mer 18 février 2026 - 14:02

Qu’est ce que le satanisme ?

Proposé en exclusivité par Bernard Fontaine

René Guénon aborde le satanisme dans un chapitre de son ouvrage L’erreur spirite (1). Dès l’introduction de ce chapitre, il revient sur l’affaire Léo Taxil qui avait réussi à duper les milieux catholiques, royalistes et même franc-maçons en orchestrant une opération de désinformation. A travers des publications sur un prétendu secret maçonnique, il avait finalement fait apparaître le Diable dans les loges des hauts grades. C’est ainsi que René Guénon fit la connaissance de Clarin de la Rive avec qui il collabora à une série d’articles portant sur la nature occulte et l’existence de supérieurs inconnus. Le satanisme, selon René Guénon, constitue une inversion des doctrines orthodoxes, en renversant et déformant les symboles traditionnels.

Le satanisme inconscient se manifeste essentiellement sur un plan mental et théorique (3). Il ne suppose pas nécessairement une croyance en un diable ni la pratique de rituels spécifiques. Il s’agit plutôt d’une conception qui nie, minimise ou inverse la notion de Dieu. Par exemple, cette perspective évoque des penseurs tels que Spinoza, Hegel, Renouvier ou William James. Ce dernier lui-même qualifié de sataniste inconscient : « … C’est sa théorie de l’expérience religieuse, qui lui fait voir dans le subconscient le moyen pour l’homme de se mettre en communication effective avec le Divin; de là à approuver les pratiques du spiritisme, à leur conférer un caractère éminemment religieux, et à considérer les médiums par excellence de cette communication, il n’y avait qu’un pas, on en conviendra » (4). René Guénon souligne que le subconscient humain renferme des traces ou des vestiges des états inférieurs. Ainsi, prétendre accéder à Dieu à travers son subconscient revient à placer Dieu dans ces états inférieurs de l’humanité. Cependant, il est essentiel d’appréhender la dimension la dimension métaphysique des états multiples de l’être qui peut se comprendre sur un plan théologique avec les plans angéliques et démoniaques.

Comme on a pu le voir, René Guénon rejette toutes les formes caricaturales du diable et du satanisme. La figure du diable s’inscrit dans une vision métaphysique traditionnelle. Le mal qu’il représente n’est pas autonome. Son action reste limitée aux petits mystères, jouant un rôle de parodie durant un temps cyclique très court. Il n’existe que du fait d’une dégénérescence inscrite dans le cycle de l’ordre cosmique. Nous sommes toujours dans le domaine métaphysique et il n’est pas question d’une figure anthropomorphe à laquelle tout culte serait sans résultat opératif. Ce mal s’inscrit à la fois dans la pseudo-initiation à travers des groupements et pratiques composés d’individus inconscient du rôle qu’il joue dans la propagation de l’erreur et de l’inversion. Par contre, il existe des satanistes conscients, très peu nombreux, passant la contre-initiation. Il s’agit de satanistes conscients pratiquant des rituels à une figure symbolique le Dieu Seth. Il s’agit pour eux de détourner l’homme du ciel, de toute transcendance, d’inverser les symboles, …

Homme qui lit un livre de spiritisme

Parmi les figures de la Contre-initiation, René Guénon insiste sur le personnage peu connu du Chevalier Le Clément de Saint Marcq (5). Ce dernier était un noble, officier dans l’armée belge, commandant la place d’Anvers. Mais il était aussi un occultiste spirite. Il a provoqué le scandale en publiant une brochure intitulée L’Eucharistie (6) :

« Abordons le sujet principal qui nous occupe et ouvrons l’Evangile de Saint-Jean, au chapitre 6, verset 47 et suivants. Voici les paroles sur lesquelles est fondées l’institution de l’Eucharistie : 

47 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi à la vie éternelle.

48 Je suis le pain de vie.

49 Vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts.

50 C’est ici le pain qui est descendu du ciel, afin que  celui qui en mange ne meurt pas.

51 Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c’est ma chair que je donnerai pour la vie du monde.

52. Les juifs donc disputaient entre eux : Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ?

53. Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du fils de l’homme, vous n’aurez point la vie en vous-même.

54. Celui qui mange ma chair et boit mon sang à la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.

55. Car ma chair est véritablement une nourriture et mon sang est véritablement un breuvage.

Le Chevalier Le Clément de Saint Marcq se posant la question de savoir comment pourrait on ainsi pratiquer une forme de cannibalisme, prétendait qu’en fait la science permettait de répondre à cette énigme : « … la semence procréatrice de l’homme est une matière comestible, semi-solide, semi-liquide qui peut donc être mangée ou bue ; elle est à la fois la chair et le sang de l’homme de qui elle provient, parce que c’est en elle que provient le germe de sa descendance possible, laquelle est la chair de la chair et le fruit de son sang. Ce n’est donc que sous les espèces du sperme que la chair de Jésus Christ a pu être véritablement une nourriture et son sang véritablement un breuvage ». Il s’agit de la spermatophagie sacrée dont le Christ ne fut pas le fondateur mais le continuateur. En effet, Le Chevalier Le Clément de Saint Marcq pense y trouver une trace dans la Bhagavad Gîta traduit par Burnouf. Cette thèse fut suivie d’une véritable pratique au sein de la loge Kvmris et dans d’autres loges d’Europe sous l’autorité du Chevalier Le Clément de Saint-Marcq. En France, son représentant fut le mystérieux Maurice Braive qui officia dans une loge dont étaient membres Bernard de Sigoyer (7) et Aïvanhov.

On peut voir dans cette thèse un véritable détournement de la pratique de la kundalini et la maîtrise de l’énergie sexuelle à travers des exercices de respirations et d’une ascèse très sévère. 

Ainsi pour René Guénon, le Chevalier de Saint-Marcq répandait une thèse sataniste, inversion de l’authentique christianisme, réduit à une vulgaire pratique de « magie sexuelle« .

  Notes :

(1) L’erreur spirite fut publiée en 1923 aux éditions Marcel Rivière. C’est le seul livre de René Guénon qui ne connaîtra pas de réédition de son vivant. Chapitre X La question du satanisme, pp. 307-334, éditions Dervy, 2021.

(2) Il cite les Yézidis : « … on cite la secte des Yézidis, mais c’est là un cas exceptionnel, et encore n’est-il pas sûr qu’il soit correctement interprété … ». On notera qu’il ne parle pas encore des Tours du diable.

(3) L’erreur spirite, Op. Cit., p. 312.

(4) Idem, p. 313.

(5) Il n’existe pas de livre sur ce personnage. Un mémoire et une thèse ont été présentés à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes par deux étudiants différents durant les années 2000.

(6) https://pandor.u-bourgogne.fr/archives-en-ligne/ark:/62246/r3269zr94vlkfk/f1?locale=fr

(7) Un tueur de femme qui fut défendu par Maître Maurice Garçon.

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2 Commentaires

  1. Suite à un ami qui m’a téléphoné pour parler de cet article, je précise que si Le Clément de Saint Marcq a exposé cette idée -de la spermatophagie, supposée avoir été pratiquée lors de la Cène ( conservée secrète par l’église ensuite), rien ne laisserait supposer une mise en pratique par Saint Marcq. Par contre, sa théorie eu une influence sur les doctrines et pratiques de Theodore Reuss et Aleister Crowley.

  2. Je suis pour la thèse qui convoque la spermatophagie sacrée pour tenter de comprendre la lecture erronée ou inversée de l’Eucharistie proche du cannibalisme.
    Tout est en effet dans la compréhension de l’Énergie Sexuelle, de son usage sacré et son orientation; D’où des expressions tels la Kundalini, le Tantrisme et j’en passe.

    Très respectueusement…

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