MediaLix (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

MediaLix est un média d’actualité en ligne qui se définit comme un « média de décryptage » en format court. Le 12 octobre 2026, il a publié sur les réseaux sociaux, notamment sur X, une vidéo de 1 min 45 consacrée aux discours d’Emmanuel Macron devant le Grand Orient de France et la Grande Loge de France, avec cette accroche : l’Élysée aurait appartenu à une franc-maçonne. Le contenu cite ses sources et n’accuse personne. Il illustre pourtant un régime d’insinuation que le glossaire range parmi les zones grises : celui où des faits exacts, découpés et ordonnés, suggèrent un lien que personne n’a énoncé.

Un média de décryptage en format court

Affiche lithographiée de 1896 : des spectateurs devant un écran, sous l’inscription « Cinématographe Lumière ».
Affiche du Cinématographe Lumière, par Marcellin Auzolle (1896). Gallica/BnF, Wikimedia Commons – Public domain

MediaLix se présente comme un média de décryptage consacré à la politique et aux sujets de société, en format court. Sa ligne affichée tient en trois mots, « faits, contexte, angle », dont le dernier dit l’essentiel : un contenu bref ne montre pas tout, il choisit. La vidéo dure 1 min 45 pour résumer deux discours dont la durée cumulée dépasse l’heure, ce que le média reconnaît lui-même en précisant qu’il en a gardé l’essentiel.

Le montage est l’art de ce choix. Depuis les premières projections du Cinématographe Lumière, en 1895-1896, le cinéma sait que deux plans mis bout à bout produisent un sens que ni l’un ni l’autre ne contient. Le cinéaste soviétique Lev Koulechov l’a montré dans les années 1920 : un même visage, associé à des images différentes, semble exprimer des émotions différentes. Les vidéos courtes des réseaux sociaux reposent sur ce principe, poussé à la vitesse du défilement.

Un point de départ exact

Vue d’optique colorée du jardin et de l’hôtel d’Évreux, futur palais de l’Élysée, vers 1750.
L’hôtel d’Évreux, futur palais de l’Élysée, alors propriété de la marquise de Pompadour : vue d’optique, vers 1750 (musée Carnavalet). Paris Musées, via Wikimedia Commons – CC0

L’accroche de la vidéo repose sur un fait historique exact. L’hôtel d’Évreux, devenu le palais de l’Élysée, est bâti à partir de 1718 pour le comte d’Évreux. Il passe ensuite à la marquise de Pompadour en 1753, à la Couronne, au financier Nicolas Beaujon en 1773, puis à Louis XVI, qui le vend en 1787 à sa cousine Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon. Or celle-ci était grande maîtresse de la franc-maçonnerie d’adoption, la branche féminine des loges de l’époque. Le président l’a lui-même rappelé le 8 novembre 2023, devant le Grand Orient de France, en évoquant une ancienne propriétaire du palais. Le verbatim publié par l’Élysée écrit « Mathilde » : c’est bien de Bathilde d’Orléans qu’il s’agit.

MediaLix cite ses sources : les deux discours, publiés in extenso sur le site de la présidence, sont accessibles à tous. Cette transparence est à son crédit, et elle permet à chacun de vérifier.

Bathilde d’Orléans, un maillon réel mais isolé

Portrait peint de Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon, vers 1765-1775.
Bathilde d’Orléans (1750-1822), duchesse de Bourbon : portrait attribué à Charles Lepeintre, d’après Drouais (château de Versailles). Wikimedia Commons – Public domain

Bathilde d’Orléans (1750-1822) est le maillon le plus solide de la chaîne, et le plus isolé. Grande maîtresse de la maçonnerie d’adoption depuis 1775, tandis que son frère, le duc de Chartres, était grand maître du Grand Orient de France, elle achète l’hôtel en 1787. Sous la Révolution, elle l’offre à la Convention pour obtenir sa libération et reste emprisonnée à Marseille pendant environ dix-huit mois. Exilée en 1797, elle voit l’hôtel vendu comme bien national.

Entre elle et le président actuel s’écoulent plus de deux siècles et plusieurs régimes. Le palais a été bien national, résidence de Murat puis de Napoléon, siège de la présidence dès 1848, résidence officielle des présidents par la loi de 1879. Aucune continuité de propriété, d’institution ou de pratique ne relie la duchesse du XVIIIe siècle au chef de l’État d’aujourd’hui. Ce qu’un propriétaire a été, un lieu ne le transmet pas à ceux qui lui succèdent.

Deux discours publics, rien de caché

Les deux discours évoqués sont des documents publics, intégralement publiés. Le 8 novembre 2023, rue Cadet, pour le 250e anniversaire du nom « Grand Orient », Emmanuel Macron se présente comme « le profane que je suis », c’est-à-dire le non-initié. Il écarte l’idée d’un complot ou d’un dessein secret, qualifie de fausse la légende noire qui a longtemps entouré les loges et met en garde contre la chasse aux « frères invisibles ». Le 5 mai 2025, au temple Pierre-Brossolette, il effectue la première visite d’un président de la République à la Grande Loge de France : il y décrit la franc-maçonnerie comme une cible ancienne des complotistes et des obscurantistes, et dénonce la haine antisémite.

Prononcer un discours devant une association n’est pas y appartenir. Le président s’est adressé de la même façon à la Conférence des évêques de France, aux Bernardins, en 2018, sans que personne en déduise qu’il était évêque. Quant à la formule « j’ai dit », par laquelle il achève son propos, c’est la clôture rituelle des interventions en loge, reprise par courtoisie à l’égard de son auditoire.

De la juxtaposition à la question

Le glissement ne tient pas aux faits, mais à leur ordre et à leur cadrage. L’accroche annonce que l’Élysée « a appartenu à une franc-maçonne », puis ajoute que c’est le président qui le rappelle devant les francs-maçons eux-mêmes. La formule suggère une confidence, presque un aveu, alors qu’un orateur invité évoque d’ordinaire l’histoire de l’institution qui le reçoit. Le message se clôt sur une question, « Club de pensée ou réseau d’influence ? », assortie d’une invitation à répondre.

Cette question propose deux options et en écarte une troisième : ni l’une ni l’autre. Elle pose le « réseau d’influence » comme une hypothèse de même rang que celle du « club de pensée », alors qu’aucun des faits cités ne l’établit. Elle fait enfin des spectateurs les coauteurs de la conclusion. La mécanique est celle de la fabrique du soupçon dans sa version la plus douce : aucune accusation n’est formulée, chaque maillon est exact, et c’est le spectateur qui referme la chaîne.

Poser les bonnes questions

Interroger les liens entre le pouvoir politique et les associations est légitime. La publicité des agendas, le registre des représentants d’intérêts, les déclarations déposées auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique offrent des outils précis pour documenter une influence. Le journalisme d’enquête s’en sert, avec des noms, des dates et des décisions. La juxtaposition, elle, ne documente rien : elle suggère.

La zone grise est là : un contenu peut citer ses sources, ne mentir sur rien et produire pourtant, par son cadrage, un effet de soupçon. La meilleure réponse n’est ni l’indignation ni le silence, mais la méthode : demander ce qui est affirmé, par quelles preuves, et ce que changerait l’hypothèse inverse. Une chaîne de faits exacts ne fait pas un fait : encore faut-il démontrer ce qui relie les maillons.

Pour approfondir

  • Les deux discours, en texte intégral sur le site de la présidence : Grand Orient de France, 8 novembre 2023 ; Grande Loge de France, 5 mai 2025.
  • Yonnel Ghernaouti, Quatre paroles sous la Voûte étoilée, Le compas dans l’œil, 2026 : quatre discours présidentiels, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron, lus dans leur rapport à la tradition maçonnique.
  • Gérald Bronner, La Démocratie des crédules, PUF, 2013.
  • Yonnel Ghernaouti, Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré au palais de l’Élysée.

Voir aussi dans le glossaire : Palais de l’Élysée (lieu symbolique), Adoption, Rite d’adoption, Profane, Zones grises, Fabrique du soupçon, Amalgame, Médias, Réseaux sociaux, Viralisme numérique, Fact-checking antimaçonnique, Vraie critique et faux procès, Maçonnerie et République, Secret maçonnique, Complotisme.

Illustrations : Wikimedia Commons (domaine public et CC0).

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