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Le Rite d’adoption est le rite maçonnique pratiqué, à partir du XVIIIe siècle, par des loges féminines placées sous la tutelle d’une loge masculine, les « loges d’adoption ». Né en France, il incarne ce que l’on appelait alors la « maçonnerie des dames ». Son plus ancien rituel officiellement cacheté, daté de 1761 et associé au comte de Clermont, grand maître, compte quatre grades. Fondé non sur la construction du Temple mais sur les premiers chapitres de la Genèse, il s’est diffusé en France et en Europe aux XVIIIe et XIXe siècles, puis a nourri au XXe siècle la naissance de la maçonnerie féminine autonome, avant de céder la place au Rite écossais ancien et accepté.
Les Constitutions de 1723 fermaient la franc-maçonnerie aux femmes. Dès la première moitié du XVIIIe siècle, pourtant, des frères imaginent en France un système de cooptation par adoption qui permet d’accueillir leurs épouses, leurs sœurs et des femmes de leur entourage. La pratique, mixte ou féminine, apparaît sous le nom de « maçonnerie des dames » ou « maçonnerie d’adoption ».
Chaque loge d’adoption est rattachée à une loge masculine, dont elle dépend administrativement : les tenues sont souvent conduites conjointement par un frère et une sœur. Ce cadre, à la fois ouvert et encadré, reflète la place sociale des femmes dans la sociabilité aristocratique et bourgeoise des Lumières.
Le plus ancien rituel officiellement cacheté connu date de 1761. Il porte le titre de « Maçonnerie des Dames » ou « La maçonnerie d’adoption, par le Prince de Clermont, grand maître des Orients de France » et se décline en quatre grades. Les manuscrits du marquis de Gages, dont la loge se trouvait à Mons, dans les Pays-Bas autrichiens, sont datés de 1767.
Les historiens répartissent les rituels connus en deux grandes familles : des rituels « simples », rattachés aux traditions dites de Clermont, du Grand Orient ou de la « Troisième Tradition », et des rituels « mixtes » combinant ces sources. Aucun fondateur unique n’est identifié : le rite est le fruit d’une élaboration collective, dont les textes circulaient en copies manuscrites.
Le rituel cacheté de 1761 se décline en quatre grades. Les trois premiers font pendant, dans leur esprit, aux trois degrés symboliques des loges masculines ; le quatrième vient couronner ce parcours. Les intitulés précis varient selon les familles de rituels et les manuscrits.
À ces degrés se sont ajoutés, à la fin du XVIIIe siècle, divers systèmes de hauts grades. L’un d’eux, centré sur la figure de la reine de Saba, culmine avec le grade de « Princesse de la couronne », sommet d’une échelle de dix grades. Les historiens soulignent toutefois qu’il n’est pas certain que ces hauts grades aient été réellement pratiqués ailleurs que sur le papier.
Là où la maçonnerie masculine bâtit son imaginaire autour du Temple de Salomon et de la légende d’Hiram, le Rite d’adoption puise dans les premiers chapitres de la Genèse. Ses symboles les plus connus sont l’Arbre de la connaissance, l’Arche de Noé et l’Échelle de Jacob : la chute, le salut et l’élévation de l’âme y tiennent lieu de chantier.
Les sœurs portent, comme les frères, le tablier et les gants. Des tabliers féminins en peau peinte de l’époque napoléonienne, conservés dans des collections, témoignent de la richesse iconographique de ces récits bibliques. L’enseignement moral, tourné vers la vertu, la discrétion et la bienfaisance, y occupe une place centrale.
Le rite se répand en France et dans plusieurs pays d’Europe aux XVIIIe et XIXe siècles. Sous le Premier Empire, les loges d’adoption connaissent une vogue mondaine, illustrée par des gravures de réception de jeunes femmes. Elles réunissent souvent des personnalités de la noblesse et de la haute bourgeoisie.
Au XIXe et au début du XXe siècle, la Grande Loge de France crée à son tour des loges d’adoption. Cette pratique constitue le terreau de la future maçonnerie féminine autonome.
En 1935, les frères de la Grande Loge de France décident unilatéralement d’accorder l’autonomie à leurs loges d’adoption. En 1936, huit loges féminines autonomes réunissent un premier convent, que la Seconde Guerre mondiale disperse. Reconstitué en 1945 sous la présidence d’Anne-Marie Gentily, l’ensemble prend le nom d’Union maçonnique féminine de France, restructurée en 1946, puis devient officiellement la Grande Loge féminine de France en 1952.
En 1959, la nouvelle obédience adopte le Rite écossais ancien et accepté, qui remplace le Rite d’adoption comme rite de travail. Les sources consultées ne documentent pas de pratique régulière actuelle du rite ; il demeure un objet d’étude historique et un jalon majeur de l’histoire de l’initiation des femmes.
- Le rite d’adoption et l’initiation des femmes en franc-maçonnerie, Jan Snoek, Dervy, 2012
- Femmes et franc-maçonnerie : trois siècles de franc-maçonnerie féminine et mixte en France (de 1740 à nos jours), Gisèle et Yves Hivert-Messeca, Dervy, coll. « L’univers maçonnique »
- Les premières francs-maçonnes au siècle des Lumières, Janet Burke, Presses universitaires de Bordeaux
- Histoire des francs-maçons en France, Daniel Ligou (dir.), Privat, vol. 2
- La Grande Loge féminine de France : autoportrait, collectif, Guy Trédaniel
Le Rite d’adoption est la première forme durable d’initiation maçonnique des femmes. Encadré par les loges masculines, il a néanmoins forgé un imaginaire propre, fondé sur la Genèse plutôt que sur le Temple. Pratiqué de 1761 au milieu du XXe siècle, il a préparé la naissance de la Grande Loge féminine de France, qui l’a abandonné en 1959 au profit du REAA, tout en restant un témoin précieux de la sociabilité des Lumières.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Loge d’Adoption, Tablier, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Janet Burke (Auteur), Yves Hivert-Messeca (historien), Daniel Ligou (historien).



Le Rite d’adoption est le rite maçonnique pratiqué, à partir du XVIIIe siècle, par des loges féminines placées sous la tutelle d’une loge masculine, les « loges d’adoption ». Né en France, il incarne ce que l’on appelait alors la « maçonnerie des dames ». Son plus ancien rituel officiellement cacheté, daté de 1761 et associé au comte de Clermont, grand maître, compte quatre grades. Fondé non sur la construction du Temple mais sur les premiers chapitres de la Genèse, il s’est diffusé en France et en Europe aux XVIIIe et XIXe siècles, puis a nourri au XXe siècle la naissance de la maçonnerie féminine autonome, avant de céder la place au Rite écossais ancien et accepté.
Les Constitutions de 1723 fermaient la franc-maçonnerie aux femmes. Dès la première moitié du XVIIIe siècle, pourtant, des frères imaginent en France un système de cooptation par adoption qui permet d’accueillir leurs épouses, leurs sœurs et des femmes de leur entourage. La pratique, mixte ou féminine, apparaît sous le nom de « maçonnerie des dames » ou « maçonnerie d’adoption ».
Chaque loge d’adoption est rattachée à une loge masculine, dont elle dépend administrativement : les tenues sont souvent conduites conjointement par un frère et une sœur. Ce cadre, à la fois ouvert et encadré, reflète la place sociale des femmes dans la sociabilité aristocratique et bourgeoise des Lumières.
Le plus ancien rituel officiellement cacheté connu date de 1761. Il porte le titre de « Maçonnerie des Dames » ou « La maçonnerie d’adoption, par le Prince de Clermont, grand maître des Orients de France » et se décline en quatre grades. Les manuscrits du marquis de Gages, dont la loge se trouvait à Mons, dans les Pays-Bas autrichiens, sont datés de 1767.
Les historiens répartissent les rituels connus en deux grandes familles : des rituels « simples », rattachés aux traditions dites de Clermont, du Grand Orient ou de la « Troisième Tradition », et des rituels « mixtes » combinant ces sources. Aucun fondateur unique n’est identifié : le rite est le fruit d’une élaboration collective, dont les textes circulaient en copies manuscrites.
Le rituel cacheté de 1761 se décline en quatre grades. Les trois premiers font pendant, dans leur esprit, aux trois degrés symboliques des loges masculines ; le quatrième vient couronner ce parcours. Les intitulés précis varient selon les familles de rituels et les manuscrits.
À ces degrés se sont ajoutés, à la fin du XVIIIe siècle, divers systèmes de hauts grades. L’un d’eux, centré sur la figure de la reine de Saba, culmine avec le grade de « Princesse de la couronne », sommet d’une échelle de dix grades. Les historiens soulignent toutefois qu’il n’est pas certain que ces hauts grades aient été réellement pratiqués ailleurs que sur le papier.
Là où la maçonnerie masculine bâtit son imaginaire autour du Temple de Salomon et de la légende d’Hiram, le Rite d’adoption puise dans les premiers chapitres de la Genèse. Ses symboles les plus connus sont l’Arbre de la connaissance, l’Arche de Noé et l’Échelle de Jacob : la chute, le salut et l’élévation de l’âme y tiennent lieu de chantier.
Les sœurs portent, comme les frères, le tablier et les gants. Des tabliers féminins en peau peinte de l’époque napoléonienne, conservés dans des collections, témoignent de la richesse iconographique de ces récits bibliques. L’enseignement moral, tourné vers la vertu, la discrétion et la bienfaisance, y occupe une place centrale.
Le rite se répand en France et dans plusieurs pays d’Europe aux XVIIIe et XIXe siècles. Sous le Premier Empire, les loges d’adoption connaissent une vogue mondaine, illustrée par des gravures de réception de jeunes femmes. Elles réunissent souvent des personnalités de la noblesse et de la haute bourgeoisie.
Au XIXe et au début du XXe siècle, la Grande Loge de France crée à son tour des loges d’adoption. Cette pratique constitue le terreau de la future maçonnerie féminine autonome.
En 1935, les frères de la Grande Loge de France décident unilatéralement d’accorder l’autonomie à leurs loges d’adoption. En 1936, huit loges féminines autonomes réunissent un premier convent, que la Seconde Guerre mondiale disperse. Reconstitué en 1945 sous la présidence d’Anne-Marie Gentily, l’ensemble prend le nom d’Union maçonnique féminine de France, restructurée en 1946, puis devient officiellement la Grande Loge féminine de France en 1952.
En 1959, la nouvelle obédience adopte le Rite écossais ancien et accepté, qui remplace le Rite d’adoption comme rite de travail. Les sources consultées ne documentent pas de pratique régulière actuelle du rite ; il demeure un objet d’étude historique et un jalon majeur de l’histoire de l’initiation des femmes.
- Le rite d’adoption et l’initiation des femmes en franc-maçonnerie, Jan Snoek, Dervy, 2012
- Femmes et franc-maçonnerie : trois siècles de franc-maçonnerie féminine et mixte en France (de 1740 à nos jours), Gisèle et Yves Hivert-Messeca, Dervy, coll. « L’univers maçonnique »
- Les premières francs-maçonnes au siècle des Lumières, Janet Burke, Presses universitaires de Bordeaux
- Histoire des francs-maçons en France, Daniel Ligou (dir.), Privat, vol. 2
- La Grande Loge féminine de France : autoportrait, collectif, Guy Trédaniel
Le Rite d’adoption est la première forme durable d’initiation maçonnique des femmes. Encadré par les loges masculines, il a néanmoins forgé un imaginaire propre, fondé sur la Genèse plutôt que sur le Temple. Pratiqué de 1761 au milieu du XXe siècle, il a préparé la naissance de la Grande Loge féminine de France, qui l’a abandonné en 1959 au profit du REAA, tout en restant un témoin précieux de la sociabilité des Lumières.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Loge d’Adoption, Tablier, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Janet Burke (Auteur), Yves Hivert-Messeca (historien), Daniel Ligou (historien).

