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L’infiltration est l’un des mots favoris de l’antimaçonnisme politique. Il suggère que les francs-maçons n’entreraient pas dans les institutions comme citoyens ordinaires, mais comme agents d’une stratégie cachée. Administration, justice, armée, école, médias, partis politiques, syndicats, entreprises, associations, tout pourrait être présenté comme terrain d’une pénétration silencieuse.
Un fait banal transformé

Le procédé est efficace parce qu’il repose sur un fait banal, des francs-maçons peuvent évidemment exercer des responsabilités publiques ou privées. L’antimaçonnisme transforme cette présence individuelle en action collective coordonnée. Un magistrat franc-maçon devient la preuve d’une justice infiltrée. Un élu franc-maçon devient la preuve d’un parlement manipulé. Un journaliste franc-maçon devient la preuve d’une presse contrôlée.
Cette accusation nie la pluralité des consciences. Elle suppose que l’appartenance maçonnique abolirait toute autonomie personnelle, toute contradiction, toute diversité d’opinion. Elle imagine la franc-maçonnerie comme une armée secrète, obéissant à un ordre unique. Or la réalité des obédiences, des rites, des sensibilités et des parcours humains dément cette vision mécanique.
Présence, influence et complot
La réponse doit distinguer présence, influence et complot. Une société démocratique peut interroger les réseaux, les conflits d’intérêts et la transparence nécessaire. Mais l’accusation d’infiltration devient antimaçonnique lorsqu’elle transforme toute appartenance en culpabilité, toute relation en conspiration, toute responsabilité en mandat occulte.
Voir aussi : Double appartenance, Élites, Réseaux, État profond, Complot.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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