Forces occultes (Film)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Moyen métrage de propagande tourné à Paris sous l’Occupation et présenté en mars 1943, Forces occultes est le grand film de fiction antimaçonnique de la France occupée. Réalisé par Jean Mamy sous le pseudonyme de Paul Riche, sur un scénario de Jean Marquès-Rivière, il mêle rituel reconstitué et mensonge antisémite. Le regarder aujourd’hui exige un appareil critique.

Un film de commande sous l’Occupation

Affiche du film Forces occultes

Le projet naît dans l’appareil antimaçonnique mis en place après la dissolution des Loges par Vichy en 1940. Il est produit par Robert Muzard pour la société Nova Films et commandé, selon les sources disponibles, en 1942 avec l’appui de la Propaganda Abteilung, l’organe de propagande allemand en zone occupée. Le service des sociétés secrètes dirigé par Bernard Faÿ y joue un rôle moteur.

Le tournage a lieu en 1942. Plusieurs scènes sont tournées dans l’hémicycle désert du Palais-Bourbon, le Parlement ayant cessé de siéger à Paris, et d’autres dans les locaux du Grand Orient de France, rue Cadet, saisis par l’occupant. La photographie est signée Marcel Lucien et la musique Jean Martinon ; Maurice Rémy tient le rôle principal, entouré notamment de Gisèle Parry, Marcel Vibert et Auguste Bovério.

Le film est présenté en exclusivité à Paris, sur les Champs-Élysées, en mars 1943, avec pour sous-titre « Les mystères de la Franc-maçonnerie dévoilés pour la première fois à l’écran ». Il est ensuite distribué dans les salles de la zone occupée, accompagné d’une campagne de presse collaborationniste qui en vante le caractère « révélateur ».

Ce que montre le film : vrais décors, faux récit

L’intrigue suit Pierre Avenel, jeune député sincère et patriote, que des parlementaires francs-maçons attirent en Loge pour servir sa carrière. Il découvre peu à peu un monde présenté comme corrompu, puis un prétendu complot unissant francs-maçons, Juifs et puissances anglo-américaines pour pousser la France à la guerre contre l’Allemagne. Le récit enchaîne les affaires des années 1930, dont le scandale Stavisky et l’émeute du 6 février 1934.

La force perverse du film tient à sa cérémonie d’initiation, longuement reconstituée : elle occupe une part importante de la durée et s’inspire de rituels réellement pratiqués dans certaines Loges françaises avant la guerre. Mamy, ancien Vénérable d’une Loge du Grand Orient, et Marquès-Rivière, lui aussi passé par la Franc-maçonnerie avant d’en devenir un adversaire acharné, connaissaient les usages qu’ils mettaient en scène. L’exactitude du décor sert de caution au mensonge du propos.

Car tout le reste est fabriqué : l’araignée frappée de l’équerre et du compas qui s’étend sur la carte de France au début du film, le complot mondial, l’image finale d’un globe en flammes. Le film ne prouve rien ; il associe des images vraies à une thèse fausse, celle du complot judéo-maçonnique, qui accompagne alors la persécution des Juifs et l’exclusion des francs-maçons de la fonction publique.

Après la Libération : procès et mémoire

À la Libération, les trois principaux artisans du film sont poursuivis pour collaboration. Robert Muzard est condamné à trois ans de prison en novembre 1945 ; Jean Marquès-Rivière, en fuite, est condamné à mort par contumace. Jean Mamy, également journaliste dans des titres collaborationnistes comme Au pilori et L’Appel, est condamné à mort, notamment pour délation, et fusillé au fort de Montrouge le 29 mars 1949.

Le film n’a jamais disparu. Des copies circulent aujourd’hui librement sur des plateformes vidéo et sur Internet Archive, souvent sans le moindre avertissement, et parfois relayées par des sites complotistes qui en font un document « révélateur ». Les durées indiquées varient d’une version à l’autre, signe d’une circulation en copies diverses.

Pour le lecteur maçon comme pour l’historien, Forces occultes reste une source irremplaçable sur la propagande d’État : il montre comment un pouvoir construit un ennemi intérieur en détournant des symboles et des rites réels. Le visionner a du sens à condition de le replacer dans son contexte, celui de Vichy et de la persécution ; la notice du glossaire consacrée à Forces occultes et à l’antimaçonnisme d’État en offre les clés.

Fiche technique

  • Titre original : Forces occultes
  • Sous-titre : Les mystères de la Franc-maçonnerie dévoilés pour la première fois à l’écran
  • Année : 1943
  • Pays : France (sous occupation allemande)
  • Réalisation : Jean Mamy, sous le pseudonyme de Paul Riche
  • Scénario : Jean Marquès-Rivière
  • Production : Robert Muzard, Nova Films
  • Interprètes : Maurice Rémy, Gisèle Parry, Marcel Vibert, Auguste Bovério
  • Musique : Jean Martinon
  • Durée : Moyen métrage (43 à 53 minutes selon les copies)
  • Genre : Film de propagande

Voir aussi dans le glossaire : Forces Occultes, Vichy et héritages antijudéo-maçonniques, Complot judéo-maçonnique, Cérémonie d'initiation.

Pour aller plus loin sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

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