Extrême droite (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’extrême droite a souvent fait de l’antimaçonnisme l’un de ses instruments idéologiques. Elle associe la franc-maçonnerie à la République parlementaire, à la laïcité, au cosmopolitisme, aux droits de l’homme, à la décadence morale, à l’universalisme abstrait, aux élites déracinées et, dans ses formes les plus dangereuses, au judaïsme fantasmé comme puissance cachée. La loge devient le lieu imaginaire où se préparerait la dissolution de la nation.

Une vision organique de l’ordre social

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Cette hostilité repose sur une vision organique et fermée de l’ordre social. La nation y est pensée comme un corps menacé.

La franc-maçonnerie devient un élément étranger à ce corps, une puissance d’infiltration, une source de division, une machine de déracinement. Le franc-maçon est présenté comme citoyen infidèle, serviteur d’une cause internationale ou complice d’un ordre invisible. Il n’est plus jugé sur ses actes. Il est suspect par appartenance.

La force d’un récit simple

La force de ce récit tient à sa simplicité. La nation aurait été pure, unifiée, enracinée, fidèle à elle-même. Puis des forces cachées l’auraient décomposée. Les loges, les Juifs, les étrangers, les protestants, les parlementaires, les intellectuels, les libres penseurs, les républicains, selon les époques et les milieux, deviennent les figures de cette corruption. L’antimaçonnisme d’extrême droite offre donc une explication à la perte supposée d’une pureté collective.

Ce discours connaît des intensités variables. Il peut prendre la forme d’une polémique culturelle, d’une dénonciation politique, d’un pamphlet nationaliste, d’une propagande antisémite ou d’une persécution d’État. Sa logique profonde reste la même. Désigner un ennemi caché pour expliquer la crise de la nation. La franc-maçonnerie n’est pas étudiée. Elle est utilisée comme symbole. Elle devient le nom de l’abstraction contre la terre, de la République contre l’enracinement, de la loi civile contre l’ordre traditionnel.

Des ligues à aujourd’hui

L’Action française, les ligues antisémites, Drumont, Maurras, le Grand Occident de France, puis Vichy donnent à cette tradition antimaçonnique des formes historiques puissantes. Le mythe judéo-maçonnique y joue un rôle central. Il permet de fusionner plusieurs haines. Le Juif représenterait la finance, le cosmopolitisme, le déracinement. Le franc-maçon représenterait le secret, la République, la laïcité, l’influence cachée. Ensemble, ils forment l’ennemi intérieur.

La réponse maçonnique

La réponse maçonnique ne peut être naïve. L’histoire a montré où menaient ces récits lorsqu’ils devenaient pouvoir. Les temples peuvent être fermés. Les archives peuvent être saisies. Les noms peuvent être publiés. Les frères peuvent être exclus, fichés, persécutés. Face à l’extrême droite antimaçonnique, il faut tenir ensemble mémoire et vigilance. La mémoire rappelle les violences déjà commises. La vigilance reconnaît les formes nouvelles de la même vieille langue.

Cela ne signifie pas que toute critique de la République, de la modernité ou de la mondialisation appartienne à l’extrême droite. La rigueur impose de distinguer. Mais l’antimaçonnisme d’extrême droite se reconnaît lorsqu’il associe la loge à une trahison nationale, lorsqu’il parle de purification, lorsqu’il amalgame francs-maçons et Juifs, lorsqu’il présente la fraternité universelle comme dissolution des peuples, lorsqu’il fait de la laïcité une guerre contre l’âme nationale.

La fraternité maçonnique, lorsqu’elle demeure fidèle à son exigence, oppose à la clôture identitaire l’universalisme de la dignité humaine. Elle ne nie pas les patries, les mémoires, les langues, les cultures. Elle refuse seulement qu’elles deviennent des instruments de haine. Elle ne combat pas l’enracinement. Elle combat l’enfermement. Là où l’extrême droite cherche l’ennemi intérieur, l’initiation rappelle que le premier chantier est la rectification de soi.

Voir aussi : Antimaçonnisme d’extrême droite, Nationalisme, Vichy, Judéo-maçonnisme, Ennemi intérieur, Action française.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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