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En loge, la parole n’est pas libre au sens profane : elle se demande, s’accorde et se prend selon des règles précises fixées par le rituel et les règlements. Le Vénérable Maître la distribue, les Surveillants la transmettent pour leurs colonnes, l’Orateur la reçoit en dernier pour conclure. Ce cadre, qui peut surprendre, vise à garantir l’écoute et l’égalité de chacun. Mais la « Parole » désigne aussi, avec une majuscule, la parole sacrée transmise à chaque grade et la Parole perdue de la légende d’Hiram, au cœur du grade de Maître.
Demander et obtenir la parole

Dans les rites pratiqués en France, un membre qui souhaite intervenir la demande, généralement en levant la main. Ceux qui siègent sur les colonnes s’adressent au Surveillant de leur colonne, qui transmet la demande au Vénérable ; ceux de l’Orient la demandent directement au Vénérable. Le Vénérable accorde la parole, peut la refuser ou la retirer, et veille à son équitable répartition.
Les règlements intérieurs limitent souvent le nombre d’interventions d’un même membre sur un même sujet, pour éviter les redites et les joutes. La règle des trois interventions, citée par l’ancienne version de cette notice, est un usage fréquent mais non universel.
La forme de l’intervention
- Se lever et se mettre à l’ordre du grade auquel la loge travaille.
- S’adresser au Vénérable Maître et à l’assemblée selon la formule d’usage, par exemple « Vénérable Maître et vous tous, mes Frères ».
- Parler sans interpeller directement un autre membre, en passant par le Vénérable.
- Ne pas interrompre, ne pas répondre du tac au tac, ne pas applaudir.
- Reprendre place après avoir salué.
Ces règles ont un sens : elles empêchent le dialogue de dégénérer en polémique, imposent un temps de réflexion entre les interventions et rappellent que l’on parle à la loge tout entière, non à un adversaire.
Le silence de l’Apprenti et la parole de l’Orateur
Dans de nombreux rites, l’Apprenti ne prend pas la parole pendant sa première période, sauf pour présenter ses travaux : il apprend d’abord à écouter. Le Compagnon reçoit plus largement la parole. À l’autre bout, l’Orateur, gardien de la loi maçonnique, intervient en dernier pour donner ses conclusions, notamment avant les votes : personne ne reprend la parole après lui.
La circulation de la parole
Dans certaines tenues, le Vénérable fait circuler la parole sur les colonnes, demandant tour à tour aux Surveillants si quelqu’un désire intervenir pour le bien de l’Ordre en général ou de l’atelier en particulier. Ce moment, souvent en fin de tenue, permet à chacun de s’exprimer sur un point qui n’était pas à l’ordre du jour, dans les formes du rituel.
La Parole sacrée et la Parole perdue
La parole désigne aussi le mot sacré de chaque grade, transmis lors des cérémonies et qui ne se prononce pas comme un mot ordinaire : il s’épelle ou se donne selon des modalités propres au rite. Au troisième grade, la légende d’Hiram rapporte que la Parole de Maître a été perdue avec la mort de l’architecte, et qu’une parole substituée en tient lieu.
La recherche de la Parole perdue devient alors l’un des grands thèmes de la Maîtrise et de nombreux hauts grades, qui proposent de la retrouver. Les auteurs y voient la quête d’une vérité ou d’une connaissance que nul ne possède pleinement, et que le travail initiatique s’efforce d’approcher.
Bien parler en loge est un apprentissage. Les planches, préparées par écrit et lues devant l’atelier, obéissent à leurs propres usages : on les annonce, on les présente debout, et le débat qui suit se déroule selon les mêmes règles de demande de parole. Beaucoup de maçons disent avoir découvert en loge une éthique de la discussion : écouter jusqu’au bout, répondre sur le fond plutôt qu’à la personne, accepter de ne pas avoir le dernier mot.
Le saviez-vous ?
Le prologue de l’Évangile de Jean, « Au commencement était le Verbe », sur lequel est ouverte la Bible dans plusieurs rites, fait du mot grec logos, la Parole, un principe premier. Ce texte nourrit depuis le XVIIIe siècle de nombreuses méditations maçonniques sur la parole humaine et la Parole perdue.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Oswald Wirth, Le Livre du Maître, 1922.
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Parole perdue, Mot Sacré, Élection de Portalis comme orateur de la loge L’Amitié d’Aix-en-Provence, 1784 (date historique), Surveillants, Silence, Sautoir de Vénérable Maître.
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