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Le 1er décembre 2007, l’avocat niçois François Stifani est élu grand maître de la Grande Loge nationale française (GLNF), alors deuxième obédience du pays et seule reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Il succède à Jean-Charles Foellner, élu en 2001. Élu pour trois ans, il fait porter son mandat à cinq ans. Sa gouvernance, contestée dès la fin de 2009, conduit à une crise sans précédent : procès, administration judiciaire, perte des reconnaissances internationales et départ de milliers de frères. Cette élection ouvre donc l’un des chapitres les plus troublés de la maçonnerie française contemporaine.
Date : 1er décembre 2007
Lieu : France
La GLNF, obédience de la régularité

Fondée en 1913 sous le nom de Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France et ses colonies, après la sortie de la loge Le Centre des Amis du Grand Orient, la GLNF a été reconnue la même année par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Elle se définit par la régularité au sens anglo-saxon : croyance en un Être suprême, présence du Volume de la Loi sacrée, refus de la mixité et de la politique en loge. Au milieu des années 2000, elle revendique quelque 43 000 membres, ce qui en fait la deuxième obédience française.
L’élection du 1er décembre 2007
Le grand maître de la GLNF n’est pas élu par une assemblée de délégués, mais désigné par le Souverain Grand Comité, instance restreinte de hauts dignitaires. Le 1er décembre 2007, celui-ci porte François Stifani à la tête de l’obédience, en remplacement de Jean-Charles Foellner. Élu pour trois ans, le nouveau grand maître obtient ensuite du même comité la prolongation de son mandat à cinq ans, jusqu’à la fin de 2012, décision qui sera l’un des griefs majeurs de ses opposants.
François Stifani, de Nardò à Nice
Né à Nardò, dans les Pouilles, François Stifani arrive en France en 1956 avec ses parents ; il est l’aîné de sept enfants. Titulaire d’un CAP d’aide-comptable, il suit les cours du CNAM, s’installe sur la Côte d’Azur en 1970 et dirige un cabinet comptable. Licencié en droit public et maître en droit privé de la faculté de Nice, il devient conseil juridique puis avocat au barreau de Grasse, spécialisé en fiscalité et droit des affaires. Initié en 1976 au Droit Humain, il est « régularisé » au Rite français à la GLNF et devient en 2002 grand maître provincial Alpes-Corse-Méditerranée.
Une gouvernance vite contestée

Le style du nouveau grand maître, très présent dans les médias et proche du pouvoir politique, suscite rapidement des critiques. Ses opposants dénoncent une gestion jugée trop personnelle, l’opacité des comptes, d’importants achats immobiliers et des propos qui auraient mis les membres de l’obédience à la disposition du président de la République. Le 4 décembre 2009, une trentaine de dignitaires lancent un mouvement de contestation, bientôt relayé par l’association Franc-Maçonnerie Régulière (FMR), qui saisit la justice.
De la crise à la rupture
La suite est connue : démission de la présidence de l’association en janvier 2011, nomination d’une administratrice judiciaire par le tribunal de grande instance de Paris, suspension des relations par la Grande Loge Unie d’Angleterre en septembre 2011 puis retrait de sa reconnaissance en septembre 2012, départ de milliers de frères vers la Grande Loge de l’Alliance maçonnique française. Le 23 juin 2012, l’assemblée générale refuse de ratifier la reconduction de Stifani. Jean-Pierre Servel est élu le 1er décembre 2012 ; Stifani est suspendu trois jours plus tard, puis radié en avril 2013.
Portée de l’événement
L’élection de 2007 ne laissait pas présager une telle tempête. Elle révèle pourtant les fragilités d’un système qui concentrait l’essentiel des pouvoirs entre les mains du grand maître et d’un comité qu’il contribuait à désigner. La crise qui suit a profondément remodelé le paysage maçonnique français : naissance de nouvelles obédiences, réforme de la gouvernance de la GLNF, et rapprochements inédits entre obédiences dites régulières et la Grande Loge de France.
Repères chronologiques
- 1913 : fondation de la future GLNF et reconnaissance anglaise.
- 1er décembre 2001 : élection de Jean-Charles Foellner.
- 1er décembre 2007 : élection de François Stifani.
- 4 décembre 2009 : début de la fronde de dignitaires.
- 25 janvier 2011 : nomination d’une administratrice judiciaire.
- 1er décembre 2012 : élection de Jean-Pierre Servel.
- 24 avril 2013 : radiation de François Stifani.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Musée-bibliothèque de la Grande Loge Nationale Française (Musée maçonnique), Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique).

