C comme Charte en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La charte, appelée aussi lettres de constitution ou patente selon les obédiences et les degrés, est le titre par lequel une autorité maçonnique crée un atelier et l’autorise à travailler. Elle donne à la loge son nom, son numéro, son Orient et son rite, et la rattache à une obédience. Sans elle, un groupe de Francs-maçons peut se réunir, mais il ne forme pas une loge reconnue. Document juridique autant que symbolique, la charte est présente dans le temple à chaque tenue et rappelle que toute loge s’inscrit dans une filiation. Comprendre la charte, c’est comprendre comment la Franc-maçonnerie organise la légitimité et la transmission.

Du mot latin à l’usage maçonnique

La charte de la Golden Dawn
La charte de la Golden Dawn (Crédit : Wikimedia Commons)

Le mot vient du latin charta, « papier, écrit », lui-même emprunté au grec chartês. Au Moyen Âge, la charte désigne un acte écrit qui accorde ou confirme des droits : chartes de franchise des villes, chartes de fondation des abbayes. La Franc-maçonnerie reprend ce sens d’acte fondateur. Les Anglais parlent de warrant ; les Français, au XVIIIe siècle, de « lettres de constitution » ou de « constitutions » au pluriel ; les hauts grades emploient volontiers le terme de « patente ».

De la loge « de temps immémorial » à la loge constituée

Avant la fondation de la Grande Loge de Londres en 1717, les loges se réunissaient de leur propre autorité, « de temps immémorial ». La création des Grandes Loges change la donne : désormais, une loge doit être constituée par l’autorité centrale pour être tenue pour régulière. En Angleterre, les premiers warrants apparaissent dans les années 1720 ; quelques loges anciennes, comme celles qui fondèrent la Grande Loge, conservent encore le privilège de travailler sans charte. En France, la Grande Loge puis le Grand Orient, à partir de 1773, délivrent des lettres de constitution et tiennent le registre des ateliers.

Ce que contient une charte

  • Le titre distinctif de la loge et, le cas échéant, son numéro d’ordre dans l’obédience.
  • L’Orient, c’est-à-dire la ville où elle travaille.
  • Le rite pratiqué : Rite Français, Rite Écossais Ancien et Accepté, Rite Écossais Rectifié, Émulation…
  • Les noms des fondateurs ou des premiers officiers.
  • La date de constitution, les signatures et les sceaux de l’autorité qui la délivre.

Charte et Constitution

La Constitution est la loi générale de l’obédience ; la charte en est l’application à un atelier particulier. Par elle, la loge s’engage à respecter la Constitution et les règlements généraux, et reçoit en échange le droit d’initier, de conférer les grades de son ressort et de recevoir des visiteurs. On dit d’une loge sans charte, ou qui a rompu avec son obédience, qu’elle est « sauvage » ou irrégulière. Une loge peut aussi être mise en sommeil : sa charte est alors suspendue, parfois rendue à l’obédience, et peut être réveillée plus tard.

La charte dans le temple

Dans de nombreuses obédiences, la charte doit être présente à chaque tenue : sans elle, la loge ne peut ouvrir ses travaux. Elle est souvent encadrée et exposée, parfois lue lors de l’installation d’un nouveau Vénérable, qui en devient le gardien pour la durée de son mandat. Lors de la consécration d’une loge nouvelle, la remise de la charte est un temps fort de la cérémonie, entouré de gestes symboliques (blé, vin, huile, sel selon les rites).

Une filiation plus qu’un papier

Au-delà de sa portée administrative, la charte exprime une idée centrale : nul ne s’initie lui-même, et nulle loge ne se crée seule. Elle relie l’atelier à une chaîne de transmission qui le précède. C’est pourquoi les querelles de régularité portent souvent sur l’origine des chartes : une obédience qui se dit héritière d’une autre doit pouvoir montrer de quelle autorité ses loges tiennent leur existence. La charte devient ainsi, dans l’imaginaire maçonnique, la pierre de fondation écrite de l’atelier.

Le saviez-vous ?

Dans la tradition anglaise, un Vénérable qui ouvrirait une loge sans le warrant présent commettrait une irrégularité grave ; en cas de perte ou de destruction, la loge doit obtenir un warrant de confirmation avant de reprendre ses travaux.

À retenir

  • Synonymes : lettres de constitution, warrant (anglais), patente (hauts grades).
  • Délivrée par la Grande Loge, le Grand Orient ou le Suprême Conseil compétent.
  • Elle fixe nom, Orient, rite et rattachement de l’atelier.
  • Elle est le signe de la régularité de la loge au regard de son obédience.

Voir aussi dans le glossaire : Constitutions, Obédience, Élection de Portalis comme orateur de la loge L’Amitié d’Aix-en-Provence, 1784 (date historique), Régularité, Consécration, Orient.

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