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Maupassant, l’urne et la présence : contre l’abstention, le vrai combat démocratique

« Quand on voit de près le suffrage universel et les gens qu’il nous donne, on a envie de mitrailler le peuple et de guillotiner ses représentants. Mais quand on voit de près les princes qui pourraient nous gouverner, on devient tout simplement anarchiste. »

L’écrivain et journaliste littéraire Guy de Maupassant (1850 – 1893) lâche cette phrase comme on claque une porte, dans une lettre à la comtesse Potocka datée du 13 mars 1884. Elle dit la tentation du dégoût, l’ivresse sombre du trait définitif, et l’ombre portée des « princes », ces sauveurs supposés dont l’histoire, si souvent, a montré le coût. Cette colère est un éclair, mais un éclair peut aussi servir d’alibi. Car le risque, quand on s’en nourrit, n’est pas seulement de juger sévèrement le suffrage universel : c’est de glisser vers le retrait, puis vers l’abstention, cette pente douce qui donne l’impression de se protéger alors qu’elle nous démet.

À l’approche des municipales, ce vertige nous guette encore

Le 1er tour des élections municipales 2026 aura lieu le dimanche 15 mars. Le 2e tour, là où il est nécessaire, aura lieu le dimanche 22 mars. Et c’est précisément parce que la démocratie est parfois irritante, lente, imparfaite, qu’elle exige notre présence. Le pire n’est pas l’imperfection du suffrage : c’est l’abstention, cette chaise vide qui laisse la cité se construire sans nous.

Car l’abstention n’est pas un simple soupir individuel

C’est une délégation sans contrôle. C’est laisser d’autres tracer les plans du quartier, régler la lumière des rues, décider de la place des écoles, des bibliothèques, des associations, de la dignité concrète des services publics. En somme, c’est abandonner cette chose humble et décisive que la tradition maçonnique reconnaît instinctivement : l’art de bâtir. La cité, au sens ancien, n’est pas un décor mais un ouvrage. La démocratie n’y est pas une abstraction. Elle est un escalier qu’on emprunte chaque matin, un carrefour où l’on apprend à faire tenir ensemble l’intérêt particulier et le bien commun.

Avec un regard maçonnique, l’image est simple

Le bulletin de vote ressemble à une petite pierre confiée à l’urne. Non pour adorer un candidat, mais pour assumer sa part dans l’édifice commun. La démocratie, dans cette perspective, n’est pas un régime parfait : c’est une méthode pour éviter que la force brute, l’héritage, l’argent ou la peur ne deviennent les seuls maîtres d’œuvre. Elle organise le désaccord, elle canalise la conflictualité, elle transforme la colère en procédure, la plainte en possibilité, le bruit en décision. Elle ne promet pas le Bien ; elle empêche que le pire s’installe sans résistance.

Maupassant, lui, choisit la formule qui choque : mitraille, guillotine

Notre siècle devrait comprendre l’alchimie inverse. On ne répond pas au désenchantement par la disparition, on répond par la présence. On ne guérit pas le politique en désertant le politique. La lucidité n’est pas un droit à l’abandon : c’est un devoir de discernement.

Alors oui, il y aura des promesses trop rondes, des affiches trop lisses, des calculs trop visibles. C’est le réel, et il faut le regarder en face. Mais la question n’est pas où est la pureté. La question est qui travaille, qui tient parole, qui respecte, qui écoute, qui sait gouverner sans humilier, et qui refusera que la fatigue civique serve de marchepied aux cynismes et aux brutalités. La démocratie se défend rarement par de grands discours. Elle se défend par des gestes simples : vérifier, se déplacer, voter, puis veiller, questionner, participer.

On ne critique pas une cathédrale en restant dehors

On entre, on s’outille, on taille, on ajuste, on rectifie. La démocratie n’est pas un spectacle : c’est un chantier. Et l’abstention, elle, n’est pas une hauteur morale : c’est un renoncement qui laisse le champ libre.

Le 15 mars, puis le 22 mars 2026, n’allons pas chercher des princes, ni des sauveurs, ni des mythes. Restons à notre tâche : bâtir la cité possible, imparfaite mais vivante. Entrons dans l’ouvrage, posons notre pierre, et gardons la main sur ce qui nous appartient à tous. La démocratie ne se vénère pas, elle se pratique et elle se perd d’abord quand on cesse d’y prendre part.

En ce 15 janvier 2026, nous sommes à J-59 du 1er tour (15 mars 2026), et à J-66 du 2e tour (22 mars 2026).

A découvrir aussi :

LA VIE PRIVÉE DE GUY DE MAUPASSANT de Jean-Paul Lefrebvre-Filleau, Éditions LOL

J’excuse

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Tous les progrès de la civilisation[1] ne nous épargnent en rien les immenses tragédies qui traversent l’Histoire. D’un côté, les progrès dont nous pouvons nous féliciter reposent sur la conjugaison d’efforts scientifiques déployés à l’échelle de la planète ; de l’autre, les tragédies que nous avons à déplorer traduisent violemment les contradictions de notre monde, libérant des forces irrationnelles que nous aurions pu espérer savoir mieux tempérer. N’est-ce point, en partie – en large partie –, parce que ceux d’entre nous qui pourraient encore avoir prise sur des dirigeants ivres de leur puissance et du sang des autres détournent le regard, tant qu’ils ne se sentent pas directement menacés ?

Que nous soyons des maçons aux penchants sociétaux ou des sœurs et des frères plus enclins aux études symboliques voire soucieux d’une voie initiatique dont nous nous refuserions à galvauder l’ambition, nous essayons insensiblement de nous conforter voire de nous réconforter dans notre petit monde, tant qu’il tient. Regardons autour de nous, en désordre :

Tous ces enfants, toutes ces victimes civiles, qui périssent dans les conflits ou les exils qui les chassent ou les pourchassent jusqu’à la mort ;

Toutes ces femmes qui subissent le joug patriarcal, sous toutes les latitudes et dans la plupart des cultures, jusqu’aux assujettissements les plus vils et aux fins les plus terribles ;

Tous ces êtres humains forcés à l’errance et à la faim, jusqu’à nos propres portes, par ce que l’on nomme des accidents de la vie dont ils ont eu plus que leur part ;

Tous ceux que leur ethnie ou leur religion condamnent à un sort précaire voire funeste, quand d’autres qu’eux gouvernent les pays où ils résident[2] ;

Tous ceux qui s’efforcent de vivre honnêtement dans des États corrompus, que ce soit en Ukraine, mais tout aussi bien en Russie, sans rien ôter aux responsabilités de l’agresseur, sous la férule de potentats africains aux geôles regorgeant d’opposants politiques qui peuvent chérir leur chance de ne pas voir les fleuves charrier leurs corps, au petit matin, ou en diverses contrées d’Amérique latine sommées d’obéir aux intérêts et aux injonctions de leur très puissant voisin du Nord…

declin de la Franc-maçonnerie

Je pourrais indéfiniment allonger cette liste, en sollicitant plus ou moins l’élastique des proximités et des émotions. Enfin, voilà des femmes et des hommes, des vieillards et des enfants, réduits à des considérations abstraites sinon à de vagues soupirs, aux tourments du silence, tandis que nous voyons s’effondrer un multilatéralisme qui permettait tant bien que mal de contenir les appétits des ogres de la planète et de secourir des populations en détresse. Ainsi prospèrent dans la désespérance le temps de la barbarie et le règne de la force où les prédateurs ne veulent plus rien entendre, qui les contraigne, même face à l’explosion d’une planète qui n’en peut plus de l’Homme, tandis que le déclin démographique des nantis combiné au rythme effréné de leurs consommations risque bientôt de sonner le glas de leur domination – dans d’épouvantables clameurs finales, cependant.

Le nombre des victimes, sans jouer les cassandres, ne semble pas près de se restreindre. C’est pourquoi il y a urgence à n’omettre personne parmi ceux qui les ignorent, qui les rejettent ou qui les martyrisent.

Toutes ces victimes qui nous dérangent, je les excuse. Quant aux autres, c’est un peu moins le cas[3]


[1] Le titre de cet édito n’est guère plus qu’un clin d’œil lié aux circonstances.  Son thème résulte d’un défi qui me fut lancé en conférence de Rédaction, à partir d’un imprudent jeu de mots dont je suis l’auteur et qui a donné le titre de cette chronique, et ce, comme il est aisé de l’imaginer, à l’occasion du 128e anniversaire de la célèbre tribune d’Émile Zola – à la suite de quoi un esprit malin fit circuler entre nous l’audacieux pastiche de une qui figure en tête du présent article. Il est vrai que ce type de provocation, un peu facile et partant médiocre, correspond assez peu à ma pente (tout du moins, à l’écrit) et ce n’est pas sans violence que j’y ai fait succomber ma plume… utilisant même le titre avec une petite morsure d’ironie, comme on le voit à la fin de ce « papier ».

D’une part, je ne suis évidemment pas de taille à parodier l’illustre écrivain et journaliste qu’on surnomma « l’épris de justice » ; du reste, je ne reprendrai pas en anaphore le paronyme que j’emploie, de sa formule historique. D’autre part, je m’essaye ici à un exercice quelque peu ingrat qui consiste à vouloir débusquer en contre-champ les lâchetés de nos multiples abandons qui font, selon moi, plus sûrement le lit des tyrannies que les complicités actives. La veulerie, cet ennui des âmes passives, me semble être à la source de la plupart des maux de notre Histoire. J’espère seulement que l’angle rhétorique que j’ai choisi est propice à la méditation…

[2] Comme les Ouïgours et d’autres minorités musulmanes qui font l’objet d’une intense répression en Chine ; comme les Rohingyas, cette population installée dans l’espace bengalo-arakanais depuis le Ve siècle, que leur islamisation partielle au XVIe siècle n’a cessé de menacer, dans un État birman aujourd’hui dominé par une junte militaire, sans qu’il ait, pour autant, renoncé à s’inscrire dans une longue tradition bouddhiste ; comme les Iraniens qui ne peuvent vivre qu’étouffés par le régime des mollahs, sous peine d’être physiquement éliminés ; comme les Kurdes qui sont persécutés parce que, depuis un siècle, ils luttent pour leur autodétermination (alors même, il faut bien le dire, qu’ils ont, en son temps, participé à l’extermination des Arméniens) ; comme les guerres fratricides qui ensanglantent le Soudan, depuis si longtemps ; comme le génocide des Tutsis au Rwanda, où l’on ne peut pas dire que la France se soit grandie ; et l’on pourrait ainsi parcourir les continents…

[3] Certains critiquaient jadis cet art de la litote qui sévissait dans la langue française, au point de s’identifier naguère encore à son génie. Les ravages de la publicité ont eu raison de cet usage et nous ne vivons plus que sous les assauts assourdissants de l’hyperbole. Pauvres de nous !

« La Boétie ne demande pas qui est le tyran mais pourquoi on renonce à notre liberté » selon le philosophe Paul Audi

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De notre confrère radiofrance.fr – Avec Paul Audi

Pourquoi tant d’hommes consentent à leur propre servitude ? En 1576, paraît le fameux « Discours de la servitude volontaire » d’Étienne de La Boétie. Le philosophe Paul Audi revient sur ce texte qui l’a séduit à l’adolescence et en éclaire la portée philosophique et actuelle.

« Pourquoi le peuple consent-il à la servitude ? La servitude n’étant pas naturelle en politique, elle ne peut donc être que volontaire ! »  Ecrit par Etienne de La Boétie (1530-1563), à 16 ou 18 ans, mais publié intégralement en 1576, le Discours de la servitude volontaire  entend comprendre pourquoi les sociétés acceptent, voire veulent la domination. Paul Audi explique pourquoi il a été « frappé comme la foudre » à la lecture de ce texte , qui ne parle pas du pouvoir mais de la liberté que les hommes et les femmes sont prêts à abdiquer. Une œuvre qui, quand on la lit aujourd’hui, nous saisit, tant sa question reste d’actualité.

Pourquoi des millions d’hommes et de femmes consentent-ils à se soumettre au pouvoir d’un seul ?

Pourquoi sommes-nous d’accord, et même plus, à perdre notre liberté ? Comment en arrive-t-on là ? Si Etienne de la Boétie pose la question, la réponse ne nous est pas donnée : « Cette servitude volontaire, qui est un paradoxe absolu, cette servitude reste une énigme », souligne Paul Audi. D’ailleurs, dans le texte, La Boétie va essayer de dénouer l’énigme, trouver la clé de ce paradoxe. « Que se passe t-il avec la liberté dès lors que nous sommes au milieu de nos semblables ? » L’antonyme de la liberté, c’est le pouvoir : mais alors, comment se fait-il que la liberté se retourne contre elle-même ? « Quelle est cette étrange folie qui nous habite, insiste Paul Audi, ce vice suprême – puisque La Boétie emploie ce mot – ou ce crime qui attente à ce qui nous a toujours été donné, à savoir cette liberté première qui nous constitue et qui donne sens à notre essence ? » C’est un texte d’anthropologie politique qui ouvre sur la question de la subjectivité humaine et sur la question de l’humanité de l’homme, résume le philosophe.

Ce paradoxe de la servitude volontaire

La servitude volontaire, pour Etienne de La Boétie, n’a rien à voir avec l’esclavage : si l’esclavage est imposé de l’extérieur et nous rend passifs dans notre acceptation, la servitude volontaire parle d’une acceptation active, et La Boétie donne à la servitude volontaire une forme extrêmement active. Paul Audi va plus loin dans l’explication : « Ce que nous désirons, c’est certes la liberté, mais c’est aussi à chaque fois autre chose, c’est à chaque fois quelque chose de plus et quelque chose qui viendrait avec elle ». La seule liberté, nous ne la désirons jamais et c’est là tout le problème et la grande leçon du Discours : nous ne reconnaissons jamais l’unicité de la liberté ou son exclusivité. La liberté, nous la mêlons toujours à autre chose.

Louis-Ferdinand Céline, l’œuvre entière à l’artifice profond

« Je n’arrive pas à lire Louis-Ferdinand Céline, j’ai essayé à plusieurs reprises ‘Voyage au bout de la nuit’, avoue Paul Audi, qui reconnaît qu’au-delà du livre – ce portrait d’un nihiliste grandeur nature il y a quelque chose qui m’est insupportable »-, il n’aime ni l’œuvre, « à l’artifice très profond », ni l’homme.

Portrait du philosophe Paul Audi

Pour aller plus loin avec notre invité

Paul Audi est Docteur en philosophie, il a fait paraître Tenir Tête (Stock, 2024) et Réclamer Justice (Verdier 2025). Son essai Le Vrai du beau : regards sur la peinture, parait aux éditions Flammarion.

Références sonores

  • Archive du 6 décembre 1953, « Les petits renaissant », Chaîne nationale. Le poète Pierre Emmanuel (1916-1984) présente La Boétie et son œuvre qui est selon lui aussi actuelle que le danger de la tyrannie.
  • Texte 1. La  servitude volontaire. Etienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, édition Payot transcription en français moderne par Charles Teste, 1574, pp.194-195 de l’édition numérique**
  • Texte 2. Les hommes sont naturellement libres et égaux. Etienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, édition Payot transcription en français moderne par Charles Teste, 1574, pp.204-205 de l’édition numérique
  • Archive. Pierre Clastres , Le chef vs le Tyran. 18 février 1975, « Atelier de création radiophonique », France Culture.
  • Chanson. Jacques Higelin, Je ne peux plus te dire je t’aime.

Maçonnerie chrétienne : de quoi parle-t-on vraiment ?

Il y a, dans le titre choisi par Ramón Martí Blanco – Beauté et problématique d’une franc-maçonnerie à la lumière de l’Évangile –, une promesse presque dangereuse, parce qu’elle oblige. Parler de beauté, c’est risquer l’esthétique de surface, l’enluminure qui rassure, la parure qui donne bonne conscience. Parler de problématique, c’est risquer l’inventaire des querelles, l’humeur de chapelle, l’âpreté des procès d’intention. L’ouvrage échappe à ces deux pièges en prenant une décision nette, presque ascétique.

Tout y est ramené à une seule lumière, celle de l’Évangile, non comme décor pieux, mais comme pierre de touche, comme critère de vérité, comme instrument de discernement qui tranche dans la brume. Cette option, Ramón Martí Blanco l’assume sans trembler, et c’est ce qui donne au livre son timbre, sa verticalité, sa part de feu.

Nous lisons alors une méditation qui refuse la neutralité

Ce n’est pas un texte qui cherche à plaire à toutes les sensibilités rectifiées, ni à caresser l’ambiguïté pour ménager les appartenances. C’est un livre qui écrit avec une boussole, et qui rappelle sans relâche que la boussole n’est pas dans la loge, mais dans le Christ et dans la foi confessée. Ramón Martí Blanco ne se contente pas d’affirmer la nature chrétienne du Régime Écossais Rectifié, il interroge la manière dont cette nature est vécue, déformée, maquillée ou parfois contournée. Le cœur de sa démarche tient dans une exigence de cohérence, et cette cohérence n’est pas simplement morale, elle est doctrinale et spirituelle. Il ne s’agit pas d’avoir de bons sentiments, il s’agit de savoir de quel christianisme nous parlons, et si ce christianisme supporte encore d’être nommé sans être dissous dans des adjectifs commodes.

C’est ici que le livre prend sa netteté polémique, et, pour qui aime les chemins initiatiques, sa valeur d’avertissement

Ramón Martí Blanco identifie une tentation qui traverse notre époque comme une fièvre douce, celle de requalifier le christianisme pour le rendre plus acceptable à l’air du temps, plus intérieur, plus subtil, plus initiatiquement supérieur au christianisme des Églises. Il nomme cette tentation par les mots mêmes qui circulent, christianisme ésotérique, christianisme transcendant. Puis il fait une opération décisive, il retire à ces expressions leur prestige verbal. Il affirme qu’il peut exister un ésotérisme chrétien, ce qui revient à reconnaître la profondeur symbolique, mystique et contemplative du christianisme. Mais il refuse l’idée d’un christianisme ésotérique qui serait un autre christianisme, une version réservée à quelques-uns, dégagée du Credo, des conciles, de l’Incarnation prise au sérieux.

Dans cette réfutation, il y a plus qu’un débat d’étiquette

Il y a une critique d’une stratégie spirituelle qui consiste à substituer aux choses connues des noms extraordinaires, puis à faire croire que ces noms ouvrent un accès supérieur. Ramón Martí Blanco convoque Joseph de Maistre pour montrer comment une rhétorique peut maquiller, par le langage, un catéchisme défiguré, comme si le changement des mots suffisait à produire une vérité nouvelle. La question, au fond, est initiatique au sens le plus strict. Qui parle, avec quelle autorité, et au nom de quoi. Qui décide qu’une voie surplombe l’Église, comme si la sainteté avait besoin d’un supplément de clés que les saints n’auraient pas eues. La préface de Pascal Gambirasio d’Asseux*, en écho, le formule avec une dureté salutaire, on ne peut pas vivre la foi chrétienne comme chemin de sainteté et croire qu’un rite fabrique des initiés munis d’un passe-partout supérieur à celui des saints.

Ce point est l’un des nerfs secrets du livre

Ramón Martí Blanco ne nie pas la puissance du Rite, il ne réduit pas la maçonnerie rectifiée à un folklore ni à une morale de salon. Il rappelle au contraire que le rituel est un langage d’actes, une pédagogie du symbole en action, et qu’il peut devenir un instrument puissant pour fortifier la foi. Mais il trace une limite, et cette limite n’est pas administrative. Elle est théologique. La loge n’est pas l’Église, elle ne dispense pas les sacrements, elle n’est pas une machine de salut. Elle peut soutenir, éveiller, mettre en mouvement, exercer. Elle ne remplace pas, elle n’absorbe pas, elle ne surplombe pas. De cette limite naît une beauté très particulière, la beauté d’une initiation qui accepte de n’être qu’un avant-goût, une discipline intérieure, un travail de conversion du regard, plutôt qu’une souveraineté spirituelle.

Cette beauté, le livre la cherche là où elle est la plus exigeante, dans l’articulation entre la règle et la charité

L’Évangile n’est pas seulement brandi comme étendard, il est donné comme base d’obligation. Ramón Martí Blanco rappelle la phrase de la Règle maçonnique rectifiée qui, lue sans anesthésie, ne laisse aucune place aux accommodements. « L’Evangile est la base de nos obligations. » À partir de là, la beauté n’est plus l’harmonie des décors, elle devient une forme de droiture intérieure, une manière de tenir une parole. Et cette droiture ne se confond pas avec la dureté. La Règle, telle qu’il la cite, porte en elle une pédagogie de la charité, elle enjoint de plaindre l’erreur sans la haïr, de laisser à Dieu le jugement, de vivre un amour sans hypocrisie et sans fanatisme. C’est une nuance précieuse, parce qu’elle empêche que la défense du christianisme rectifié se change en esprit de police. La vigilance n’a de valeur initiatique que si elle est d’abord maîtrise de soi.

J.-B. Willermoz

Le livre se déploie ainsi dans une tension constante entre deux dangers jumeaux

D’un côté, le relâchement, l’affadissement, la tentation de rendre le Rite Écossais Rectifié compatible avec tout, donc avec rien, au prix d’une dilution de sa raison d’être. De l’autre, la capture, quand une minorité doctrinale, portée par des personnalités fortes, impose son récit comme l’unique récit authentique, et disqualifie toute fidélité ecclésiale comme exotérique, naïve, insuffisamment initiée. Pascal Gambirasio d’Asseux pointe cette mécanique d’emprise intellectuelle, quand l’érudition, le verbe, la posture, deviennent des instruments de subjugation. Ramón Martí Blanco reprend ce fil, non pour régler des comptes, mais pour nommer une réalité initiatique que nous connaissons bien, la parole peut élever, elle peut aussi envoûter, surtout lorsque la formation spirituelle est fragile.

Ce diagnostic mène à l’un des passages les plus structurants de l’ouvrage, la définition de ce que signifie être chrétien pour être Maçon Rectifié

La formule est connue, mais Ramón Martí Blanco montre qu’elle est devenue floue dans la pratique. Il rappelle que la condition chrétienne n’est pas une formalité, ni un signe d’appartenance culturelle, ni un symbole vague d’élévation. Elle s’enracine dans le baptême, et elle implique une confession de foi, donc des contenus, donc des limites. Cette insistance n’est pas une crispation identitaire. C’est, à ses yeux, le minimum de loyauté envers le Rite, envers la parole donnée, envers ce qui est proclamé dans les rituels eux-mêmes. Il y a, derrière cette exigence, une éthique de la promesse, et, plus profondément, une théologie de l’Incarnation. Si le Verbe s’est fait chair, alors la chair n’est pas une prison, alors le monde n’est pas un mauvais théâtre dont il faudrait s’évader par des techniques de libération. Ramón Martí Blanco attaque frontalement les résurgences gnostiques qui réapparaissent sous des habits plus élégants, en contestant la création, la résurrection de la chair, la bonté originaire de la matière. La critique est rude, mais elle est cohérente, parce qu’elle ramène tout à la joie chrétienne, non à une nostalgie de pureté.

Nous touchons ici à une dimension plus souterraine du livre, celle de la véritable problématique du mot initiation

Ramón Martí Blanco n’ignore pas l’aspiration contemporaine à l’expérience, à l’intériorité, à la quête d’un sens vécu plutôt que pensé. Il sait, et il le dit, que nos sociétés sécularisées laissent un vide, et que ce vide rend perméable à toutes sortes de croyances déguisées en religiosité. Le Rite Écossais Rectifié, parce qu’il porte une forme structurée, une chevalerie, une prière, une exigence de vertu, peut attirer des chercheurs sincères. Mais il peut aussi devenir un terrain de chasse pour des doctrines qui aiment se cacher. D’où l’image de la rose et de ses épines, que Ramón Martí Blanco reprend comme métaphore de discernement, il existe une beauté réelle, et cette beauté peut blesser si nous la manipulons sans prudence.

Il faut entendre ce que cette prudence signifie chez lui. Elle n’a rien de timide. Elle appelle au courage de rectifier dans le Rectifié ce qui, selon lui, contredit la foi. La préface l’évoque avec une urgence presque pastorale, il faut rectifier le Rectifié, au nom des vérités de la foi et des Pères. La formule est forte, car elle inverse une paresse habituelle. Beaucoup voudraient que la tradition dispense de travailler, comme si l’héritage était un repos. Ramón Martí Blanco rappelle que la tradition est une discipline. Elle demande une intelligence, une mémoire, une fidélité, et une capacité à distinguer l’esprit de la lettre quand la lettre est instrumentalisée.

C’est pourquoi l’ouvrage n’est pas seulement une charge, il est aussi une proposition de méthode

Ramón Martí Blanco invite à revenir à ce qui a été approuvé, à ce qui fait corpus, à ce qui engage. Il insiste sur la nécessité de clarifier la pratique, non pour uniformiser des sensibilités, mais pour empêcher que l’ambiguïté devienne une porte ouverte à l’infection des idées, selon son vocabulaire. Cette idée d’infection, volontairement provocatrice, dit quelque chose de son expérience. Il parle en homme de terrain, en praticien de longue durée, qui a vu les débats descendre jusque dans les loges, charrier des fragments de doctrine, créer des clans, et parfois déchirer des fraternités.

La beauté du livre, paradoxalement, naît de cette franchise

Ramón Martí Blanco

Ramón Martí Blanco ne prétend pas à l’objectivité froide. Il assume une subjectivité qui se veut cohérence. Il écrit comme quelqu’un qui a porté des charges, qui a connu des structures, qui a traversé des crises et qui refuse que le vocabulaire initiatique serve d’alibi. Cette subjectivité n’est pas narcissique, elle est testimoniale. Elle cherche à laisser un repère pour des “marins” qui s’aventurent dans des eaux tumultueuses, et cette image, très juste, rappelle que l’initiation n’est pas un salon, c’est une navigation, et que la navigation exige des instruments fiables.

Dans ce dispositif, la chevalerie apparaît moins comme un apparat que comme une pédagogie de la maîtrise

Le cheval, l’éperon, la domination des forces vitales, ce sont des images qui disent une ascèse, et qui relient l’éthique au symbolique. La chevalerie, telle qu’elle affleure ici, n’est pas une nostalgie médiévale. Elle devient un nom pour la vigilance intérieure, la capacité à ne pas se laisser emporter par l’ivresse des récits, par la fascination des degrés, par la tentation d’un savoir qui flatterait l’ego. Le livre rappelle, parfois durement, que l’orgueil est la caricature la plus fréquente du sacré.

Ce qui frappe aussi, c’est la manière dont Ramón Martí Blanco traite la question de la modernité

Il ne la diabolise pas, il la décrit comme un paysage spirituel blessé, où la distance d’avec Dieu produit l’oubli, puis des conséquences morales et intérieures. Il reconnaît qu’un rite explicitement chrétien peut paraître minoritaire, voire élitiste au sens sociologique, et il pose la question de la survie d’une telle exclusivité dans une société incrédule. Là encore, la nuance est importante. Il ne s’agit pas de céder au monde, ni de s’enfermer contre lui. Il s’agit de comprendre le prix d’une fidélité, et d’accepter que ce prix fasse partie du chemin. La beauté n’est pas ici l’adaptation, elle est la persévérance.

La portée initiatique du texte tient finalement à une idée centrale, très simple et très exigeante

Une voie ne se juge pas à la quantité de symboles qu’elle manipule, ni à la rareté de ses grades, ni à l’impression de profondeur qu’elle donne. Elle se juge à la vérité de sa boussole, et à la manière dont elle rend l’homme plus humble, plus juste, plus charitable, plus fidèle. Ramón Martí Blanco ne cesse de rappeler que le christianisme ne se borne pas à des vérités de spéculation, et c’est une phrase qui, dans un milieu friand de constructions, vient comme un rappel d’ordre, la spéculation sans conversion n’est qu’une ivresse de l’esprit.

Reste la part la plus délicate, celle où le livre, tout en défendant l’Église, parle à l’initié

Là se trouve, à mon sens, son enjeu le plus fécond. Il refuse de dresser l’Église contre l’initiation, comme si l’une annulait l’autre. Il dessine au contraire une complémentarité possible entre voie mystique et voie initiatique, à condition que chacune garde sa nature et sa place. Il y a là une proposition implicite pour notre temps. Réapprendre la hiérarchie intérieure. Réapprendre qu’un symbole, pour être vrai, doit conduire à plus de charité, pas à plus de certitude arrogante. Réapprendre qu’une tradition, pour être vivante, doit accepter d’être examinée à la lumière de ce qu’elle dit servir.

Quelques mots, enfin, sur Ramón Martí Blanco lui-même, puisque sa voix est indissociable de ce qu’il écrit

Son profil maçonnique et chevaleresque, tel qu’il se donne, n’est pas un décor de titres, mais un faisceau d’expériences qui explique la tonalité du livre, à la fois fraternelle et intransigeante. Ramón Martí Blanco a porté des responsabilités au sein d’un grand prieuré, il revendique une longue pratique du Régime Écossais Rectifié, et il se situe dans l’Ordre intérieur de la chevalerie, ce qui donne à son écriture une nervure d’honneur, de discipline et de fidélité. Sa bibliographie accompagne ce geste. Il a déjà approfondi, au compas dans l’œil, les zones les plus sensibles du Rectifié, notamment avec La Grande Profession du Rite Écossais Rectifié, où il examinait une classe secrète et ses enjeux doctrinaux, en interrogeant la compatibilité de certaines instructions avec la foi chrétienne. À côté de ce livre, son travail de traduction et de transmission autour de Jean-Baptiste Willermoz et des convents fondateurs, ainsi que ses essais sur la maçonnerie chrétienne, dessinent un même fil, celui d’un homme qui veut que la tradition ne soit pas un mot, mais une rectitude.

Au terme de cette lecture, la sensation dominante n’est pas la tristesse, malgré la matière conflictuelle

C’est une joie de vérité, parfois sévère, mais lumineuse, la joie de savoir qu’une voie initiatique n’a de valeur que si elle refuse le mensonge, même quand le mensonge se présente sous des habits subtils. Ramón Martí Blanco ne propose pas un confort. Il propose une veille. Il rappelle que le Rectifié, lorsqu’il demeure fidèle à la foi qu’il proclame, peut être un magnifique voyage, et que ce voyage exige de choisir ses compagnons, ses mots, et sa boussole.

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*Pascal Gambirasio d’Asseux est né à Paris en 1951. Juriste, il s’est également consacré à des travaux sur la spiritualité chrétienne. Ecrivain, conférencier (invité notamment de France Culture et de Radio Chrétienne Francophone), il a publié plusieurs ouvrages – qui sont aujourd’hui des références reconnues – sur la dimension spirituelle de la chevalerie et de l’héraldique ou science du blason, sur la nature chrétienne de la royauté française et du roi de France ainsi que sur la voie initiatique chrétienne en tant que chemin d’intériorité et de rencontre avec Dieu : initiatique, en effet, loin des interprétations déviantes qui en dénaturent le sens depuis au moins le XIXe siècle, signifie à la fois origine, commencement et intériorisation de la démarche spirituelle afin que, comme l’enseigne saint Anastase le Sinaïte, « Dieu fasse en l’homme sa demeure ». C’est, au vrai, ce dont ont témoigné de manière vivante toutes les grandes figures de la mystique chrétienne : ouvrir son cœur au Cœur de Dieu. Il souhaite apporter ainsi une contribution à la (re)découverte de cette dimension au sein du Mystère chrétien, délaissée par certains parce que défigurée par d’autres.

Beauté et problématique d’une franc-maçonnerie à la lumière de l’Évangile

Ramon Marti Blanco – Préface de Pascal Gambirasio d’Asseux

Le compas dans l’œil, coll. la parole circule, 2025, 182 pages, 22 €

L’éditeur, le SITE

18/01/2026 : « CocQuiKolis » un spectacle olfactif initiatique en 5 voyages

Un spectacle olfactif initiatique en cinq voyages de Pauline Dumail, dimanche 18 janvier 2026 à Saint-Germain-en-Laye, Quai des Possibles, 16h

Imaginez un instant : vous entrez dans une salle baignée de mystère, une languette de papier imprégnée de fragrances exotiques à la main. Votre nez s’éveille, votre esprit s’évade, et soudain, le monde quotidien s’efface au profit d’une immersion sensorielle totale. Bienvenue dans « CocQuiKolis », le spectacle olfactif initiatique créé et interprété par Pauline Dumail, une expérience unique qui transforme les odeurs en portail vers l’âme. Programmé pour le dimanche 18 janvier 2026 à 16h au Quai des Possibles à Saint-Germain-en-Laye, ce bijou multisensoriel n’est pas seulement un spectacle : c’est une invitation à redécouvrir vos sens, à voyager au cœur de l’humain et à émerger transformé.

Seulement 10€ pour les adultes et 5€ pour les enfants (de 8 à 14 ans), c’est l’occasion idéale pour une sortie familiale enchantée et enrichissante.

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Les places partent vite, avec encore 39 billets adultes et 50 pour enfants en stock !

Une Immersion Olfactive qui Réveille l’Âme « CocQuiKolis », tel qu’appelée par Annick Drogou, n’est pas un spectacle ordinaire : c’est une odyssée en cinq voyages, où les parfums deviennent les guides d’une quête initiatique. À l’entrée, chaque spectateur reçoit des languettes parfumées – lavande apaisante de Provence, menthe poivrée revigorante du Maroc, ylang-ylang exotique de Madagascar, rose envoûtante d’Iran, et bois de santal mystique d’Inde.

Ces essences naturelles, sélectionnées avec expertise, ne sont pas de simples arômes : elles sont les clés pour déverrouiller des souvenirs enfouis, des émotions oubliées et une connexion profonde avec soi-même.

Pauline Dumail, souple, rayonnante et charismatique, entre en scène comme une sirène des sens. Elle incarne une adolescente espiègle chassant papillons et rêves, qui croise une sorcière sage l’invitant à quitter les sentiers battus. À travers un conte cosmopolite, elle vous entraîne dans une exploration olfactive où chaque fragrance raconte une histoire. Le chant polyphonique de Pauline, vibrant d’enfance retrouvée, fusionne avec des jeux de lumières, des souffles subtils et une musicalité envoûtante, créant un mélange de spiritualité et d’énergie brute.

Durée : environ 1h15, pour une immersion qui « vibre, lâche prise et bouscule en douceur », comme le décrit le site de réservation. Ce n’est pas seulement un spectacle : c’est une initiation sensorielle qui vous laisse avec une « quintessence définitivement personnelle », un cadeau inestimable pour l’esprit et le corps.

Cette 30e représentation marque un jalon dans l’œuvre de Pauline, qui excelle à marier aromathérapie, narration et performance pour une expérience inédite. Préparez-vous à une « immersion sensorielle forte » qui éveille les mémoires, le plaisir et les émotions, loin des sentiers battus du bien-être traditionnel. Idéal pour tous les âges, il invite les enfants à découvrir le monde des odeurs de manière ludique, tandis que les adultes y trouvent une profondeur initiatique rafraîchissante.

Pauline Dumail : Une Auteure et Performeuse Inspirée par les Parfums de la Vie

Au cœur de « CocQuiKolis » se trouve Pauline Dumail, une artiste polyvalente dont la passion pour les plantes et les arômes infuse chaque création. Fascinée depuis quinze ans par le pouvoir des essences naturelles dans la cosmétique et le bien-être, Pauline a transformé cette expertise en une plume et une présence scénique captivantes.

Issue d’un parcours riche en expériences – grande entreprise, entrepreneuriat, milieu associatif –, elle a côtoyé des personnalités variées qui nourrissent ses personnages subtils, drôles et touchants.Son roman initiatique La Vie est un parfum, respirez-la !, disponible sur son site paulinedumail.com, est le complément parfait à ce spectacle. Ce livre quantique et parfumé suit Louise, une « grande Nez » de la parfumerie, qui voyage autour du monde avec son alambic pour récolter des essences magiques.

Thèmes d’exploration de l’âme, voyages temporels (de 1981 à 6016) et initiatiques se mêlent dans un récit multisensoriel : chaque exemplaire inclut un marque-page parfumé mystère (ou les quatre pour une immersion complète, disponibles à l’achat). Bois de santal pour connecter aux mondes invisibles, petit grain bigaradier pour apaiser, jasmin pour sourire, poivre pour oser – ces parfums réels, créés en collaboration avec un Nez professionnel, prolongent l’expérience olfactive de « CocQuiKolis ».

Commandez-le pour 18€ (avec marque-page) ou 25€ (avec les quatre), et laissez-vous emporter par un univers où « la vie est un parfum » à respirer pleinement.

Pauline n’en est pas à son coup d’essai : ses réseaux sociaux (Instagram, Facebook, YouTube, Twitter, LinkedIn) regorgent de témoignages enthousiastes et d’événements passés, comme la soirée « Le Val d’Oise a du talent » en 2019. Son approche holistique, alliant aromathérapie conseil et narration poétique, fait d’elle une figure incontournable pour quiconque cherche à harmoniser corps et esprit.

Détails Pratiques : Ne Manquez Pas Cette Expérience Unique !

  • Date et Horaire : Dimanche 18 janvier 2026, de 16h à 17h30.
  • Lieu : Quai des Possibles, 7 place Christiane Frahier, Saint-Germain-en-Laye – un espace convivial et inspirant, parfait pour cette immersion sensorielle.
  • Tarifs : 10€ pour les adultes, 5€ pour les enfants (8-14 ans). Places limitées – agissez vite !
  • Réservation : En ligne via aromatherapie-conseil.com. Ajoutez simplement au panier et sécurisez votre billet pour une après-midi inoubliable.

Et pour prolonger le plaisir ? Plongez dans La Vie est un parfum, respirez-la ! ou notez déjà les dates du Festival d’Avignon : Pauline y présentera « CocQuiKolis » au Théâtre de l’Incongru les 15, 16 et 17 juillet 2026. Une opportunité rare de découvrir cette perle olfactive sous le soleil provençal !

Pourquoi « CocQuiKolis » est Incontournable : Un Cadeau pour les Sens et l’ÂmeDans un monde saturé de stimuli visuels et auditifs, « CocQuiKolis » réhabilite l’olfactif comme voie royale vers l’intériorité.

C’est plus qu’un spectacle : c’est une thérapie joyeuse, une célébration des sens qui vous laisse avec une énergie renouvelée et une « quintessence personnelle » à emporter. Que vous soyez novice en aromathérapie ou passionné de développement personnel, Pauline Dumail vous offre un voyage transformateur, drôle et poétique, qui ravive l’enfant en vous tout en éveillant le sage.

Ne ratez pas cette chance de vibrer au rythme des parfums et des contes !

Réservez dès aujourd’hui et préparez-vous à une expérience qui sent bon la magie de la vie. « CocQuiKolis » n’attend que vous pour déployer ses ailes olfactives – une invitation irrésistible à respirer le monde autrement. À bientôt à Saint-Germain-en-Laye !

NB : Pauline sera au Festival d’Avignon au Théâtre de l’Incongru, les 15, 16, 17 juillet 2026. Qu’on se le dise !

Thomas Guénolé révèle son appartenance au Grand Orient de France

Le 13 janvier 2026, le paysage médiatique français a été surpris d’apprendre que Thomas Guénolé, politologue controversé et ancien membre de La France Insoumise (LFI), a annoncé publiquement sur X (anciennement Twitter) son adhésion au Grand Orient de France (GODF), la plus ancienne et la plus influente obédience maçonnique de l’Hexagone. Dans un tweet vu plus de 425 000 fois en quelques heures, Guénolé déclare : « N’aimant pas qu’on parle de ma vie privée à ma place, je choisis donc de l’annoncer moi-même. Je suis fier d’être membre du Grand Orient de France, que j’ai rejoint par adhésion et admiration pour son combat plus que centenaire contre l’extrême droite. »

Cette déclaration, préemptive face à une supposée publication imminente du magazine Le Point, marque un tournant dans la vie publique de cet intellectuel aux positions tranchées. Mais au-delà de l’effet d’annonce, elle soulève des questions sur la transparence en Franc-Maçonnerie, les liens entre politique et Ordre initiatique, et les motivations personnelles d’un homme au parcours tumultueux.

Cet article, basé sur une analyse approfondie de la presse française (du Figaro, des archives de Wikipédia et des forums spécialisés), explore les tenants et aboutissants de cette révélation, ses échos médiatiques et ses implications sociopolitiques.

Le contexte de l’annonce : une préemption stratégique

L’annonce de Thomas Guénolé survient dans un climat de tensions politiques accrues en France, où l’extrême droite, incarnée par le Rassemblement National (RN), gagne du terrain dans les sondages en vue des élections de 2027. Selon l’article du Figaro publié le jour même (13 janvier 2026), Guénolé choisit de devancer une révélation journalistique pour maîtriser le récit de sa vie privée.

GODF,-9-décembre-2025 – Crédit photo Y. Ghernaouti

Le quotidien conservateur rapporte que l’intellectuel, connu pour ses prises de position radicales, exprime une fierté assumée envers le GODF, qu’il loue pour son engagement historique contre l’extrême droite – un combat remontant au XIXe siècle, lorsque l’obédience s’opposait aux forces réactionnaires lors de l’affaire Dreyfus ou sous Vichy.

Cette stratégie de préemption n’est pas inédite dans le monde maçonnique, où le secret des appartenances est un pilier traditionnel, mais souvent ébranlé par des fuites médiatiques. Ici, Guénolé invoque explicitement son aversion pour les ragots : « Je n’ai rien à ajouter sur ce sujet », conclut-il dans son tweet, fermant la porte à d’éventuelles spéculations. Le Figaro souligne que ce message a rapidement généré des réactions polarisées, avec des commentaires en ligne oscillant entre admiration pour son courage et moqueries sur la « décrépitude » de la Franc-Maçonnerie.

Qui est Thomas Guénolé ?

Un parcours politique et intellectuel tumultueux

Pour comprendre l’impact de cette annonce, il faut replonger dans le parcours de Thomas Guénolé, un intellectuel polyvalent dont la carrière est jalonnée de controverses. Né en 1982, Guénolé est un politologue diplômé de Sciences Po Paris et docteur en sciences politiques. Il s’est fait connaître comme chroniqueur sur des plateaux télévisés comme Touche Pas à Mon Poste (TPMP) et comme auteur de livres critiques, tels que La Chute de la Maison Mélenchon (2019), où il dénonce l’autoritarisme au sein de LFI, après son départ fracassant du parti.

Selon Wikipédia (page mise à jour au 13 janvier 2026), Guénolé a quitté LFI en 2019 à la suite d’accusations de harcèlement sexuel par le parti, qu’il a contestées, qualifiant le mouvement de « régime autoritaire » dirigé par un « autocrate ».

Avant cela, il avait défendu des positions radicales : démantèlement du Sacré-Cœur de Montmartre (symbole monarchiste), interdiction du RN ou de CNews, et critiques acerbes envers Brigitte Bardot. Son engagement maçonnique, révélé en ce début d’année 2026, semble cohérent avec son combat contre l’extrême droite, comme il l’avait déjà évoqué dans un tweet du 17 avril 2025 :

« Ce journal, devenu outil de propagande, rejoue les pires mécaniques des années 30 : désigner, insinuer, salir. Il y a 85 ans, sous le régime… » – une allusion aux persécutions antimaçonniques sous Vichy.

Cette révélation en 2026 pourrait être vue comme une extension de son militantisme, aligné sur les valeurs du GODF, obédience libérale et adogmatique qui compte environ 52 000 membres et s’engage contre les extrémismes.

Réactions dans la presse et sur les réseaux : entre soutien et sarcasmes

L’annonce a rapidement fait les gros titres de la presse française. Le Figaro, premier à relayer l’information le 13 janvier 2026, met l’accent sur le passé controversé de Guénolé, titrant :

« Je suis fier d’être membre du Grand Orient de France : Thomas Guénolé annonce être franc-maçon ».

Thomas Guénolé

Le quotidien cite des réactions en ligne, comme celle d’un internaute qualifiant Guénolé de « personnalité impressionnante » ou un autre ironisant sur un « LFIste chez les adorateurs du GADLU » (Grand Architecte de l’Univers, symbole maçonnique). Avec 46 commentaires sur l’article, les avis sont polarisés : certains saluent son engagement antiraciste, d’autres moquent la « décrépitude de la franc-maçonnerie ». D’autres médias ont emboîté le pas.

Wikipédia met à jour sa page sur Guénolé le jour même, intégrant cette affiliation comme un élément clé de sa biographie, soulignant son évolution d’un militant de gauche à un Maçon assumé.

Sur les réseaux, des tweets comme celui de Guénolé en 2025 sur la propagande d’extrême droite renforcent l’idée d’un combat cohérent, mais attirent des critiques : certains l’accusent d’opportunisme, d’autres de diluer la discrétion maçonnique. Les obédiences maçonniques restent discrètes, mais un post Facebook du GODF du 23 juin 2025 sur ses événements (comme une conférence sur les trois siècles de Maçonnerie) montre un contexte d’ouverture, où des révélations comme celle de Guénolé pourraient encourager la transparence.

Implications pour la Franc-Maçonnerie et la Politique Française

Pierre Mollier, en 2019

Cette annonce n’est pas anodine dans un pays où la Franc-Maçonnerie est souvent associée à des théories conspirationnistes. Selon un sondage IFOP pour le GODF en 2025, 35 % des Français croient encore que les Maçons influencent secrètement la politique, un chiffre en baisse mais persistant. Guénolé, en révélant son appartenance, défie ce stéréotype, alignant son adhésion sur un « combat centenaire contre l’extrême droite » – une référence à l’engagement historique du GODF, comme lors de l’affaire Dreyfus ou contre le fascisme.

Pierre Mollier, historien de la Maçonnerie, cité dans Le Figaro (2026), voit cela comme un signe de « démystification » : « Dans une ère de transparence, de telles annonces normalisent l’Ordre. »

Politiquement, cela pourrait relancer les débats sur les liens entre gauche et Maçonnerie. Guénolé, ex-LFI, rejoint une obédience traditionnellement proche des idées républicaines et laïques, comme le note Wikipédia, en rappelant que Jean-Luc Mélenchon lui-même a adhéré à la franc-maçonnerie depuis 1983, assumant cet engagement, même s’il en a démissionné depuis.

Des articles de presse soulignent que de telles révélations, loin d’être taboues, renforcent la visibilité positive de la FM, face aux attaques de l’extrême droite.

Conclusion : une révélation qui interroge la transparence en temps de Crise

Rue Cadet devant la librairie DETRAD à côté du GODF
Rue Cadet devant la librairie DETRAD à côté du GODF

L’annonce de Thomas Guénolé, le 13 janvier 2026, n’est pas qu’une anecdote personnelle : elle illustre les tensions entre secret maçonnique et exigence de transparence, dans une société polarisée. Fier de son engagement contre l’extrême droite, Guénolé transforme une potentielle « fuite » en acte militant, comme l’analyse Le Figaro.

Alors que le GODF prépare ses célébrations pour 2025-2026 (trois siècles de Maçonnerie), cette révélation pourrait encourager d’autres figures publiques à sortir du silence, renforçant l’image d’un Ordre engagé pour la République.

Reste à voir si cela apaisera les conspirationnistes ou, au contraire, alimentera les suspicions. Une chose est sûre :

en 2026, la Franc-Maçonnerie continue de fasciner et de diviser, même si c’est à une moindre échelle qu’à l’époque de l’affaire Dreyfus.

Commentaire de Thomas Guénolé après la parution de cet article :

Je suis Thomas Guénolé. Merci pour cet article intéressant et constructif. A la lecture des commentaires, je souhaite rappeler brièvement ces trois points :

1. je suis d’origine ashkénaze par ma mère, j’ai une aïeule qui fut déportée au camp de Mielec, et par conséquent je ne tolère donc pas certaines accusations infâmes que j’ai lues dans quelques commentaires ;

2. la seule raison pour laquelle j’ai révélé mon appartenance est le fait que Le Point s’apprêtait à me « outer » dans un article en préparation – détestant que l’on parle à ma place de ma vie privée, j’ai estimé devoir prendre les devant ;

3. de mon point de vue, les frères et soeurs qui refusent de combattre l’extrême droite se fourvoient très gravement, car il est de tradition au Grand Orient de France de la combattre sans relâche – autrement dit, objectivement, quelqu’un qui refuse de combattre l’extrême droite ne devrait pas être au Grand Orient.

Je ne ferai pas d’autre commentaire. Celui-ci me semble nécessaire et suffisant.

Fraternellement,
Thomas Guénolé

Laïcité 1905 – 2025 : l’appel qui rassemble… et les abstentions qui pèsent

Le 9 décembre 2025, date-sceau, date-clef, cinq obédiences françaises ont posé un geste rare, simple, lisible : signer ensemble un « Appel pour la défense et la promotion de la laïcité », au moment même où la loi du 9 décembre 1905 fêtait ses 120 ans.

Dans un paysage maçonnique souvent fragmenté par les styles, les rites, les prudences et les égos institutionnels, ce texte a la vertu des tracés justes : il rappelle que la République tient par des principes (normatifs, juridiques) et par des valeurs (morales, personnelles), et que la laïcité est de l’ordre du principe, donc du bâti, donc de la charpente.

Ce qui frappe d’abord, c’est la tonalité

L’appel refuse la laïcité comme instrument de tri, d’étiquetage, de « marquage identitaire ». Il la replace là où elle doit rester, dans son rôle d’architecture commune : garantir la liberté de conscience, protéger le libre exercice des cultes dans le respect de l’ordre public, et assurer la stricte neutralité des institutions publiques. Ce rappel, à l’heure des raccourcis et des surenchères, a quelque chose de profondément initiatique : il dit que le centre doit rester vide pour que chacun puisse y tenir debout, sans qu’un magistère – religieux, politique, communautaire – ne s’y installe.

Les signataires ont mis leurs noms au bas du texte

Pierre Bertinotti (Grand Orient de France), Maurice Leduc (Droit Humain), Liliane Mirville (Grande Loge Féminine de France), Bernard Dekoker-Suarez (Grande Loge Mixte Universelle), Félix Natali (Grande Loge Mixte de France). Et ils ont assumé la phrase qui engage : œuvrer avec les forces républicaines, « en toute indépendance à l’égard des partis », pour que la liberté de conscience s’accorde avec la neutralité rigoureuse des institutions.

Après 120 ans, que faire ? La question est juridique… et spirituelle

D’abord, on cesse de faire semblant de découvrir que la laïcité est déjà au sommet des normes : elle est un principe constitutionnel (article 1er de la Constitution : « République… laïque ») et, plus largement, elle irrigue le bloc de constitutionnalité, ce que l’appel rappelle explicitement.


Ensuite, on regarde lucidement le débat qui monte

Faut-il constitutionnaliser les deux premiers articles de la loi de 1905 ?

Ceux qui posent (1) la liberté de conscience et (2) le fait que la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Ces deux articles sont bien ceux-là, noirs sur blanc. Sur ce point, il faut être précis : la demande existe, elle s’est structurée, elle est portée publiquement (notamment par le Grand Orient de France dans le débat public).
Mais elle suscite aussi des réserves argumentées : certains rappellent que l’opération peut être en partie redondante, et que le vrai nœud – notamment autour des régimes dérogatoires – relève d’un débat politique et juridique complexe.
Bref, le sujet n’est pas clos. Il est devant nous, et l’appel du 9 décembre 2025 a ceci d’intelligent qu’il évite le slogan : il remet la laïcité au niveau du principe, et donc du travail de longue haleine.

Dans le même temps, le Parlement continue d’être un laboratoire d’idées sur la laïcité (par exemple avec des propositions constitutionnelles visant à en redéfinir les garanties institutionnelles).

Le point qui fâche : l’occasion manquée de la GLDF… et la réserve de la GLNF

Cet appel n’a pas été signé par la Grande Loge de France ni par la Grande Loge Nationale Française, alors même qu’il se voulait, précisément, un geste de rassemblement interobédientiel. La liste des signatures, telle que publiée, est sans ambiguïté.

Blason GLDF
Blason GLDF

Pour la Grande Loge de France, le sujet n’est pas l’absence de parole. Au contraire : son Grand Maître Jean-Raphaël Notton a pris la plume (tribune datée du 9 décembre 2025) et la GLDF a occupé l’espace médiatique autour de la liberté de conscience et de la commémoration de 1905.


Mais c’est précisément là que la critique devient légitime

Parler seul quand un texte commun tend la main, c’est choisir le monologue plutôt que la chaîne. C’est préférer la verticalité d’une prise de position “maison” à l’horizontalité – pourtant maçonnique – d’un engagement partagé. Une obédience peut multiplier colloques, tribunes, émissions : si elle refuse le geste collectif au moment où il se présente, elle affaiblit le symbole même qu’elle prétend défendre.

Y. Pennes, GM GLNF – J.-R. Notton, GM GLDF

Pour la GLNF, la réserve est en grande partie structurelle

Sa présentation publique rappelle volontiers une règle cardinale : en loge, il n’est pas question de traiter de politique ni de religion. Cette prudence s’inscrit dans une tradition de la « régularité » (la leur) telle que l’ont formalisée les Basic Principles adoptés le 4 septembre 1929 par la Grande Loge Unie d’Angleterre, principes traduits et diffusés en France une dizaine d’années plus tard, ce qui dit assez l’attention précoce portée à ce corpus par ce qui deviendra, en 1948, la GLNF (alors Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises).

Dans cette grille, l’interdit vise explicitement la discussion en loge : le point 7/8 énonce qu’« il est strictement interdit de discuter de religion et de politique au sein de la Loge ». Et il faut insister sur ce détail, souvent brouillé dans le débat public : c’est EN LOGE que la règle s’applique, dans le cadre rituel, pour préserver l’unité, la paix des travaux et la finalité initiatique.

On comprend, dès lors, la logique interne… Éviter de signer un texte interobédientiel à forte portée civique, de crainte qu’il ne soit lu comme une prise de position « politique ». Mais la laïcité n’est pas une bannière partisane : elle est l’armature juridique et symbolique qui rend possible la coexistence de toutes les convictions, y compris l’absence de croyance, dans la paix civile. En s’abstenant, la GLNF laisse donc aux autres le soin de porter, seules et explicitement, la défense publique d’un principe qui conditionne l’équilibre républicain et, plus profondément, la possibilité d’une fraternité non confessionnelle.

Ce que l’appel préfigure : un paysage maçonnique à deux vitesses

L’appel des Obédiences

L’appel du 9 décembre 2025 dessine une ligne de partage très nette.

D’un côté, des obédiences qui acceptent de dire publiquement : la laïcité est une liberté (espace public soustrait au confessionnel), une égalité (aucun culte privilégié ou lésé), une fraternité (cohésion sociale contre les replis).
De l’autre, des obédiences qui préfèrent l’expression isolée ou la réserve, et qui, ce faisant, ratent l’essentiel : dans la symbolique républicaine comme dans la symbolique initiatique, il arrive un moment où le signe compte autant que le discours. Un texte commun, signé ensemble, est une pierre posée à plusieurs mains. Ne pas la poser, c’est laisser une faille dans le mur, même si l’on affirme aimer le bâtiment.

L’appel des Obéciences

En 2026, la laïcité ne demande pas qu’on l’admire, elle demande qu’on la tienne : comme une verticale

L’appel interobédientiel du 9 décembre 2025 a eu la justesse de rappeler que ce principe n’est pas une arme, ni un drapeau contre quelqu’un, mais une forme qui protège tous. Et c’est précisément pour cela que les abstentions de la GLDF et de la GLNF pèsent : non parce qu’elles seraient contre la laïcité, mais parce qu’elles ont refusé, ce jour-là, le geste le plus simple et le plus fort… celui de la chaîne.

Acacia : l’arbre qui fait de l’ombre au mystère

Voici un nouvel extrait du Dictionnaire malicieux du vocabulaire maçonnique, ouvrage à paraître en mars 2026 aux éditions Le compas dans l’œil. Comme le souligne André Saldinari dans sa préface : Ce texte, à la limite de la parodie, nous installe dans un observatoire hilare de la pensée maçonnique qui désigne et réinterprète  les fragments avec une logique de voyeur «naïf». Il désacralise sans jamais dénaturer et rend le propos accessible sans trahir la profondeur symbolique. (en précommande)

Acacia : l’arbre qui fait de l’ombre au mystère

L’acacia, ce n’est pas seulement un arbre qui pousse dans le désert avec un look torturé genre vieux rockeur des années 70. Son nom viendrait du grec a-kakos (α-κακόs), qui veut dire « sans méchanceté ». En gros, c’est l’arbre le plus chill du game, un véritable symbole d’innocence et de bonne vibe. Mais attends, ça va devenir bien plus épique.

Dans les mystères antiques, les plantes sacrées, c’était du sérieux : elles représentaient l’initiation, genre un ticket VIP pour la résurrection et l’immortalité de l’âme.
La Franc-maçonnerie, toujours dans le coup, a swappé le lotus, le lierre, le gui ou le myrte pour l’acacia, parce que ? Pourquoi pas ?
En Égypte, c’était l’érica (la bruyère) qui avait la cote. Dans les mystères d’Osiris, Isis trouve le corps de son chéri assassiné près d’une colline où pousse une bruyère. Après avoir ramené Osiris à la vie (pas mal, non ?), elle décrète : « Cette plante, c’est LA star des mystères. »  Merci Albert G. Mackey, pour ce brin d’explications : The Symbolism of Freemasonry, Chap. XXVIII ).

Branche d'acacia dans les mains sur tissu rouge
Branche d’acacia dans les mains sur tissu rouge

Pour les Égyptiens, l’acacia, ou isheddonneur de félicité »), était un arbre sacré. Thot et la déesse de l’écriture y griffonnaient les noms des pharaons pour leur filer prospérité et une longue vie. Son nom hiéroglyphique, shen, évoque l’éternité, comme un anneau sans fin (le genre de symbole qui ferait un super logo de marque). Fun fact : cet « acacia » était peut-être un cassia, un arbre à cannelle dont l’épice servait à l’embaumement. Donc, oui, l’acacia sentait bon la momie.

Dans le sarcophage d’Aménophys II, on a trouvé une branche d’acacia sur le corps, comme un clin d’œil post-mortem. Et lors des fêtes royales égyptiennes, une arche avec un acacia clamait : « Osiris s’élance. »  Traduction : la vie éternelle, c’est comme une graine qui pousse en arbre, prête à faire un comeback. Les Hébreux, pas en reste, ont aussi utilisé le bois d’acacia pour l’Arche d’Alliance, le Tabernacle et tout le mobilier sacré (Exode 25-38). Parce que, visiblement, l’acacia, c’est le bois IKEA du divin : solide, sacré et imputrescible.

Le Livre des Morts d’Ani (trouvé à Thèbes en 1887) va encore plus loin avec un hymne à Osiris qui dit : « Hommage à toi, ô seigneur de l’Acacia. »  

Ça sent le parallèle avec Hiram, le héros maçonnique, avatar d’Osiris. En gros, l’acacia, c’est le MVP des symboles initiatiques.

Mais l’acacia, c’est aussi un arbre multitâche. Les Égyptiens en faisaient des secrétaires à papyrus et des coffres à momies. Les Arabes lui vouaient un culte jusqu’à ce que Mahomet dise à Kaleb : « Stop, on coupe tout. »  (c’est bien mieux expliquer dans L’Initiation, 1981, n°2, p.72 ).

acacia
acacia

En sanskrit, on l’appelle saptaparnasept feuilles »), et en Israël, il s’appelle shittim ou sittâh, un arbre du désert avec un bois dur comme du métal et des épines qui ne rigolent pas. Les Bédouins en comptent cinq espèces, certaines proches du mimosa, d’autres bardées d’épines comme un hérisson végétal.

Le Mimosa c’est le pompon d’Or qui snobe le mal avec éclat. Le mimosa, cousin chic du genre acacia et membre de la bande des mimosées, est une star végétale avec environ 800 espèces recensées – et probablement 1200 si on creuse un peu. Ses petits pompons jaunes, des glomérules veloutés, s’accrochent directement à la tige comme des décorations de Noël, sans pédoncule, en mode sessile pour les botanistes branchés. Symbole de l’or et du soleil, le mimosa brille comme une médaille d’honneur. Avec son bois dur comme du béton, il incarne la vie qui triomphe, un vrai super-héros végétal qui ricane face aux forces du mal. En loge, c’est une image éclatante de victoire et de lumière, prête à illuminer les travaux maçonniques avec sa vibe solaire et son panache doré.

En Amérique latine, l’acacia est un vrai pionnier, colonisant les terrains vagues. Ses épines creuses sont des Airbnb pour fourmis, qui en échange jouent les bodyguards contre les prédateurs. C’est une bromance symbiotique : l’acacia est myrmécophyte, un mot qui mérite un point au Scrabble. Et quand un koudou vient grignoter ses feuilles, l’acacia envoie un SOS gazeux (éthylène) pour rendre ses feuilles toxiques. C’est l’équivalent végétal d’un « Dégage, mec. ».

Illustration d'acacia avec écriture au dessous
Illustration d’acacia avec écriture au dessous

Dans la Bible, l’acacia est cité 29 fois, surtout pour l’Arche d’Alliance et l’autel des sacrifices. Mais certains exégètes se demandent si le shittim biblique était vraiment un acacia ou un cèdre planté par des ancêtres.

Dans le Sinaï, on dit que l’acacia symbolise la mort (ses racines pompant toute l’eau) mais aussi l’immortalité, car son bois ne pourrit pas. En Inde et en Afrique, il est LE bois des rituels, surtout chez les Bambaras, où les anciens dormaient sur des lits d’acacia pour un billet aller-simple vers l’éternité.

Les bâtisseurs de cathédrales, fans de la Shekhina (la lumière divine), sculptaient des feuilles de saule, mais l’acacia a pris le relais en Maçonnerie comme rameau d’or, symbole d’innocence et de pureté. On dit même que la couronne d’épines du Christ était tressée avec ses branches, tout comme la croix (selon Le Recueil Précieux de la Maçonnerie Adonhiramite, 1787 ).

Et Hiram ? Sa tombe était ornée d’un rameau d’acacia, clin d’œil à son statut de légende maçonnique.

René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)
René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)

René Guénon note que les plantes épineuses (rose, chardon, acacia) évoquent l’élévation et les rayons solaires. En hébreu, shita (acacia) vaut 314 en guématrie, comme Shaddaï, un nom divin. Coïncidence ? Je ne crois pas.
L’acacia, c’est un GPS mystique qui guide le maçon vers le Grand Architecte de l’Univers.

William Hutchinson, un maçon érudit, surnommait les francs-maçons les « Acaciens », et dans un tableau de 1753, Les mystères montrés ici sont ceux que seul un maçon peut connaître, Salomon trace le théorème de Pythagore pendant que Chronos, avec une faux, un ouroboros et… une branche d’acacia, fait un cameo dans les nuages. Classe, non ?

Mais plot twist : et si l’acacia n’était pas un arbre ? Certains pensent que c’est une déformation d’ascia, un outil de tailleur de pierre ou une herminette funéraire pour sceller les tombes. Avant Irénée, l’ascia était un emblème importé par les pythagoriciens… qu’ils auraient reçu des Esséniens (Nouvelles considérations sur l’ascia).
Samuel Prichard, en 1730, parle même de cassia dans Masonry Dissected.

Arbre ou outil, l’acacia reste le symbole du lien entre le visible et l’invisible, un pont vers l’immortalité. Alors, prêt à planter ton acacia intérieur pour un glow-up spirituel ?

Samuel Prichard – Crédit : freimaurer-wiki

Dans le Rituel de Stricte Observance Templière de 1774, on troque l’acacia pour la cassia – une plante sud-américaine, un arbuste avec des feuilles composées de 3 à 6 folioles, persistantes ou semi-persistantes. Mais ce glissement phonétique, c’est un peu comme remplacer une star par son cousin moins charismatique : la cassia n’a pas la même puissance symbolique que l’acacia, emblème de renaissance et d’immortalité en Maçonnerie.

Au Rite Français, dans la divulgation La Maçonnerie disséquée de Prichard (1730), Cassia prend une autre tournure : c’est carrément le nom de code pour désigner un Maître maçon. Un petit clin d’œil botanique pour reconnaître les initiés, mais sans la profondeur mystique de l’acacia – disons que la cassia fait le job, mais sans voler la vedette.

La branche d’acacia : le symbole maçonnique qui fait fleurir l’espoir… même sur une tombe

Les meurtriers d’Hiram, après leur sale coup, veulent faire disparaître son cadavre. D’abord, ils le planquent sous les décombres du crime, histoire de le déplacer plus tard dans un coin paumé où ils l’enterrent. Le roi Salomon envoie trois fois trois maîtres (neuf, pour les matheux.) à sa recherche. Après un long périple, ces détectives découvrent une tombe fraîchement creusée, marquée par une branche d’acacia – posée là par les mauvais compagnons pour repérer l’endroit et finir le boulot plus tard. Une autre version dit que ce sont les trois maîtres qui placent la branche sur la tombe pour la signaler. Le corps d’Hiram est en mode décomposition – pas jojo. – mais cette branche verte, couleur de l’espérance, semble crier : « Tout n’t fini, les amis. »

Elias Ashmole par John Riley

Comme le gui (Le Rameau d’Or de Frazer p. 652), le houx ou le sapin de Noël, l’acacia est une plante qui ne flanche pas face aux hivers rudes – un symbole de la pérennité de la vie et de l’immortalité.

Elias Ashmole (1617-1692), un des premiers maçons à témoigner de son appartenance dans ses mémoires, remplace l’antique palme d’Homère et Virgile – donnée aux « deux fois nés »  (naissance terrestre et spirituelle par initiation) – par une branche d’acacia. Un vrai relooking initiatique.

Pour les maçons, cette branche, plantée au milieu de la Loge de Maître, c’est un symbole de renaissance : une vie nouvelle qui surgit des cendres, un cycle de transformations, de devenir, de naissance, et de confiance en ce qui se trouve au-delà de la mort – un vrai message d’espoir vert. Le symbolisme végétal suit une progression aux trois premiers degrés : d’abord la grenade, avec sa chair qui protège les fruits ; puis les épis de blé, qui pourrissent pour redonner la vie (cycle biologique) ; et enfin l’acacia, qui incarne la connaissance et la renaissance spirituelle. Comme dit Isaïe 41:19 : « Je mettrai dans le désert le cèdre, l’acacia, le myrte et l’olivier, je mettrai dans les lieux stériles le cyprès, l’orme et le buis, tous ensemble »– une vraie forêt sacrée.

Les outils du maitre

Que ce soit une branche d’acacia, d’olivier, de myrte, ou une croix, c’est toujours le même symbole : une reconnaissance psychique. Papus le dit avec Ashmole et la Rose-Croix : « L’immortalité m’t connue. »  (La légende d’Hiram, Revue l’Initiation n°1, 1957, p. 12)

Bref, la branche d’acacia, c’est le symbole qui fait fleurir l’espoir sur la tombe d’Hiram, te rappelle que la vie continue, et te pousse à renaître – alors, prêt à planter ton acacia, ou juste à rêver d’une immortalité verte ?

L’Acacia m’est connu : le mot de passe qui branche sur l’éternel

Socrate

« L’acacia m’est connu » est une phrase qui claque comme un mot de passe VIP dans le club maçonnique, mais qui va bien plus loin qu’un simple sésame pour maîtres. Là où Socrate, avec son humilité philosophique, murmurait « je sais que je ne sais rien », cette formule est une affirmation audacieuse, un clin d’œil à une sagesse qui traverse les âges. L’acacia, ce bois sacré, n’est pas juste une plante pour herboristes mystiques : c’est un symbole qui connecte le maçon à un réseau cosmique et historique, un peu comme un câble USB reliant l’initié à des millénaires de récits.

L’Arche d’Alliance

En prononçant « l’acacia m’est connu », le maître maçon ne se contente pas de fanfaronner sur son grade. Non, il se branche sur un courant spirituel profond : il touche à la puissance de l’Arche d’Alliance, s’associe à la souffrance du Christ, redonne vie à Hiram, et flirte avec l’idée d’immortalité. C’est un raccourci symbolique vers l’histoire biblique – pensez aux cèdres et à l’acacia du Temple de Salomon – et la légende maçonnique, où l’acacia marque la tombe d’Hiram, signe de résurrection et de mémoire. Ce n’est pas juste un arbre, c’est un totem qui murmure des secrets d’éternité.

Mais soyons honnêtes : aujourd’hui, l’aspect christique de cette formule fait hausser les épaules à pas mal de maîtres. Les temps changent, et l’acacia, s’il reste une star du symbolisme maçonnique, parle désormais plus d’universalité et de quête intérieure que de couronne d’épines. C’est comme si le maçon disait : « OK, j’ai capté le message de l’arbre, je suis connecté à quelque chose de plus grand, mais pas besoin de me confesser pour autant ! »

Tout petit lexique pour parler en souriant comme un jeune franglais :

Bromance : mot-valise anglo-saxon créé dans les années 1990 fusionnant brother et romance, exprimant littéralement une relation forte entre deux ou plusieurs hommes, avec un niveau émotionnel élevé, les copains en somme.
Chill : se détendre, prendre du bon temps, se relaxer, profiter de l’instant, savourer le moment présent
Fun fact : anecdote
Glow-up : association de deux verbes anglais, To glow qui signifie briller et grow up : grandir. Glow up c’est donc s’améliorer en grandissant.
MVP : dans le cadre de la conception de produit, le minimum viable product (MVP), ou produit minimum viable en français, est la première version d’un produit, réalisée le plus tôt possible et à moindre frais]
Plot twist : moment de révélation complétement inattendu bouleversant l’intrigue.
Swapper : sauvegarder une partie de la mémoire centrale sur un périphérique de stockage pour la libérer pour utilisation par un programme qui en a besoin.
Vibe : ambiance, vibration

Si vous préférez le style plus « sérieux » jetez un coup d’œil et, même plus, lisez l’article déjà paru sur notre journal

Voici Voilà

4

Aucune procédure n’est nécessaire pour lire ce texte.

Le doute est autorisé, la compréhension facultative, et toute ressemblance avec des situations réelles est pure coïncidence…ou pas. Il vous regarde.

Introduction

Le théâtre commence avant les mots.
Il commence dans le regard, pas celui qu’on donne, mais celui qu’on reçoit.
Voici et Voilà ne sont pas des personnages.
Ce sont des directions.
Des voix qui montrent sans expliquer, des gestes qui indiquent sans désigner.
Le Frère Errant entre.
Il cherche une porte.
Il n’y en a pas.
Le théâtre est un miroir.
Un miroir qui ne reflète pas le visage, mais l’absence de visage.
Un miroir qui ne montre rien, sinon ce qui se dérobe.
Et ce miroir, ce soir, regarde.

Acte I : L’Entrée sans Porte

Décor : un espace nu. Une chaise. Au fond, un miroir immense, voilé d’un tissu noir.
Une lumière pâle, hésitante.

LE FRÈRE ERRANT
Je suis là… mais suis‑je entré

LE VÉNÉRABLE
Tu es entré dès que tu as douté.

LE FRÈRE ERRANT
Il n’y a pas de porte.

LE VÉNÉRABLE
C’est la première épreuve.

Le Frère Errant s’approche du miroir. Il touche le voile sans l’ôter.

LE FRÈRE ERRANT
Pourquoi est‑il caché

LE VÉNÉRABLE
Parce qu’il ne montre pas.

Il attend.

LE FRÈRE ERRANT
Et s’il ne me reconnaît pas

LE VÉNÉRABLE
Alors tu es libre.

Silence.

La lumière baisse légèrement.

VOIX OFF (Voici ou Voilà)
Et ce miroir, ce soir, regarde.

Acte II : Le Comité du Chat

Décor : trois bureaux identiques. Trois Pingouins du Zénith, chacun derrière un bureau.

Une horloge sans aiguilles.

Un panneau : Comité du Chat — Salle des Réponses Non Demandées.

PINGOUIN 1
Pourquoi as‑tu pensé sans autorisation

LE FRÈRE ERRANT
Je croyais que le doute était permis.

PINGOUIN 2
Le doute est un privilège.
Tu ne l’as pas encore mérité.

PINGOUIN 3
Mais tu peux demander à ne pas le mériter.
C’est la procédure.

LE FRÈRE ERRANT
Et si je refuse la procédure

PINGOUIN 1
Alors tu seras promu.

PINGOUIN 2
Mais tu ne sauras pas à quoi.

PINGOUIN 3
Et tu devras signer ton ignorance.

Le Frère Errant regarde les bureaux. Aucun papier.

LE FRÈRE ERRANT
Je suis venu poser une question.

PINGOUIN 1
Tu l’as déjà posée.
En entrant.

PINGOUIN 2
Et tu as déjà reçu la réponse.
En t’asseyant.

PINGOUIN 3
Mais tu ne l’as pas encore oubliée.
C’est là le problème.
Les trois Pingouins se lèvent, tournent sur eux‑mêmes, puis se rassoient.

VOICI (voix off)
Le Comité ne décide rien.
Il confirme ce qui devait arriver.

VOILÀ (voix off)
Et ce qui devait arriver…
n’est jamais arrivé.

LE FRÈRE ERRANT
Je suis le chat ou la souris

PINGOUIN 1
Tu es le couloir.

PINGOUIN 2
Et nous sommes les portes.

PINGOUIN 3
Mais aucune ne s’ouvre.

Silence.

VOIX OFF (Voici et Voilà)
Et ce miroir, ce soir, regarde.

Acte III — Le Rituel du Rien

Décor : une salle circulaire.

Au centre, un cercle tracé à la craie.

Autour, des silhouettes en noir et blanc.

Un gong suspendu, qui sonne sans rythme.

Un panneau : Rituel du Rien — Tenue Solennelle Obligatoire.

Les Pingouins tournent lentement autour du cercle.

LE FRÈRE ERRANT
Ils tournent… mais vers quoi

VOICI
Vers le centre.

VOILÀ
Mais le centre n’est pas là.

LE FRÈRE ERRANT
Alors pourquoi tourner

VOICI
Parce que c’est le rituel.

VOILÀ
Et le rituel est ce qu’on fait quand on ne sait plus quoi faire.
Le gong sonne. Les Pingouins s’arrêtent, lèvent les bras, puis les baissent.

LE FRÈRE ERRANT
C’est fini

VOICI
Non.
C’est recommencé.

VOILÀ
Et ce qui recommence ne finit jamais.
Le Frère Errant traverse le cercle. Rien ne se passe.

LE FRÈRE ERRANT
Je suis au centre.

VOICI
Non.
Tu es là où le centre n’est plus.

VOILÀ
Et c’est là que le Rien commence à parler.
Le gong tombe au sol.

VOIX OFF (Voici et Voilà)
Et ce miroir, ce soir, regarde.

Acte IV : La Révélation Inutile

Décor : scène nue.

Le miroir, cette fois sans voile.

Au fond, un panneau rouge clignote lentement : MOI.

Le Frère Errant entre. Il regarde le miroir sans s’en approcher.

LE FRÈRE ERRANT
J’ai cherché le sens.
J’ai trouvé des grades, des gestes, des silences.
J’ai suivi les Pingouins.
J’ai tourné dans le Rituel du Rien.
J’ai écouté Voici.
J’ai rêvé avec Voilà.
Et maintenant…

Il s’approche du miroir.
Il ne se voit pas.

LE FRÈRE ERRANT
Peut‑être que le miroir ne montre pas.
Peut‑être qu’il attend.
Peut‑être qu’il révèle ce qu’on évite.
Il regarde le public.

LE FRÈRE ERRANT
Tout cela…
ne parlait‑il pas de moi
Le panneau clignote une dernière fois :

MOI — MOI — MOI

Puis s’éteint.

Épilogue

Texte projeté :

Vous avez vu.

Vous avez douté.

Vous avez peut‑être ri.

Mais tout cela ne parlait que de vous.

Pourquoi les Francs-maçons argentins abandonnent-ils des siècles de secret ?

De notre confrère argentin buenosairesherald.com – Par Juan Décima

En novembre, la Grande Loge d’Argentine a confirmé des rumeurs qui circulaient depuis des décennies : elle avait la preuve que Juan Domingo Perón et Raúl Alfonsín, deux des présidents les plus importants d’Argentine, étaient francs-maçons. Cette révélation a suscité une avalanche de nouvelles questions sur cette organisation secrète et ses rituels, depuis les symboles qu’elle utilise (comme la boussole ou « l’Œil qui voit tout », figurant sur le dollar américain) jusqu’à l’emploi de poignées de main secrètes pour se reconnaître. 

Le fait que deux dirigeants politiques issus de partis farouchement opposés aient pu coexister pacifiquement au sein de la franc-maçonnerie a également permis à la loge de montrer comment elle envisage son nouveau rôle de « promotion de la tolérance ».

Grand Maître Pablo Lázaro. Crédit : Grande Loge d’Argentine des Francs-Maçons Libres et Acceptés

La franc-maçonnerie fait partie intégrante de l’histoire argentine depuis la création du pays. Sur les neuf hommes qui formèrent le premier gouvernement en 1810, huit étaient francs-maçons. 

Il en a été de même pour les bâtisseurs de la nation, de José de San Martín et Manuel Belgrano à Bartolomé Mitre, Leandro Alem et Domingo Sarmiento.

La franc-maçonnerie, organisation fraternelle exclusivement masculine, trouve ses origines au XIVe siècle. Ses membres s’organisent en loges, chacune se consacrant à des domaines tels que la politique, l’histoire et l’éducation. L’ensemble de ces loges forme les Grandes Loges. 

La Grande Loge d’Argentine des Francs-Maçons Libres et Acceptés se décrit comme une « société philanthropique, philosophique et progressiste » vouée au « perfectionnement moral et intellectuel des individus ».

Bureau et chaise dans le bureau de Pablo Lázaro. Cette chaise a été utilisée par d’anciens Grands Maîtres comme Domingo Sarmiento et Bartolomé Mitre.

Les francs-maçons ont fait l’objet de controverses en raison de leur adhésion traditionnellement secrète, qu’ils qualifient aujourd’hui de « discrète ». 

Cela a suscité des accusations d’élitisme et de népotisme, les critiques arguant que le secret n’a pas sa place dans les affaires publiques et peut engendrer des avantages indus au travail et au sein des institutions. Leur laïcité a également provoqué de vives tensions avec l’Église catholique et des accusations d’antireligion.

Dans cet entretien, le Grand Maître argentin Pablo Lázaro, principale autorité de l’institution dans le pays, retrace l’histoire et l’évolution de la franc-maçonnerie en Argentine, ainsi que les détails de leur décision d’annoncer publiquement l’adhésion de Perón et d’Alfonsín. L’entretien a été abrégé et remanié pour plus de clarté.

Quand les francs-maçons sont-ils apparus pour la première fois en Argentine ?

Bien que la franc-maçonnerie soit présente en Argentine depuis le premier gouvernement national de 1810, la Grande Loge d’Argentine fut créée en 1857. Sa création nécessitait des lettres de créance d’une loge reconnue. L’Argentine les obtint de l’Uruguay, qui les tenait lui-même du Brésil, premier destinataire des lettres de créance délivrées par la Grande Loge du Royaume-Uni. 

Certaines loges sont consacrées à la philanthropie, d’autres à l’histoire, et d’autres encore à la politique. Il existe même une loge des personnels de santé, créée pendant la pandémie pour tenter d’éviter l’effondrement du système de santé.

Face arrière du temple principal de la Grande Loge d’Argentine.

Pourquoi les francs-maçons ont-ils été plus impliqués dans la politique ici qu’en Europe ?

Tout dépend de la date et du lieu de création d’une loge. La Grande Loge de Grande-Bretagne, par exemple, est bien plus philanthropique dans ses actions. Cela s’explique par le fait qu’elle a été fondée il y a 300 ans, alors que le système politique était déjà en place. 

L’Argentine, en revanche, était un pays naissant où les débats sociaux et politiques faisaient encore rage. Selon le dicton, les francs-maçons ne font pas de politique et ne parlent pas de religion. En réalité, cela signifie que nous ne participons pas aux partis politiques.

Les francs-maçons ont joué un rôle dans l’adoption de lois importantes au Royaume-Uni, notamment les plus progressistes. La loi 1420 (1884) a instauré l’enseignement primaire gratuit et obligatoire pour les enfants de 8 à 14 ans. La réforme universitaire de 1918, qui a conféré à l’université son autonomie vis-à-vis du pouvoir politique, a démocratisé les élections et a instauré un accès libre et public à l’enseignement supérieur. 

Les efforts visant à légaliser la crémation et le divorce ont également été menés par des individus qui se sont révélés par la suite être des francs-maçons. 

Je tiens à préciser que la franc-maçonnerie n’est pas antireligieuse. Nos différends avec l’Église catholique ont toujours porté sur des questions politiques. Nous respectons toutes les religions, mais nous comprenons que la foi relève de la sphère privée et familiale. 

Nous sommes, en substance, une fédération de libres penseurs. Tous différents, mais avec une seule exigence : tolérer la dissidence et la surmonter dans la quête d’objectifs communs. 

Peut-on affirmer que les francs-maçons étaient beaucoup plus présents dans la vie publique argentine au XIXe siècle qu’au XXe ?

Oui, et à juste titre. Cette institution a exercé une grande influence jusqu’en 1930, date à laquelle l’Argentine a subi le premier d’une série de coups d’État militaires qui allaient marquer le XXe siècle. 

Entre 1930 et le retour de la démocratie en 1983, l’institution a perdu environ 400 propriétés qu’elle possédait. 

Les coups d’État militaires ont incité les francs-maçons les plus âgés à dire aux plus jeunes de garder le secret, car cela pourrait « leur causer des ennuis ». Cela a continué même après le retour de la démocratie, car la génération qui nous a dirigés avait été élevée sous de nombreuses dictatures et adhérait encore à ce code du silence. 

Cela a commencé à changer lorsqu’une nouvelle génération de dirigeants — dont moi — a pris ses fonctions en 2008. Nous avons grandi en démocratie, en adhérant à un principe selon lequel « les insultes ne doivent pas être prises en compte ». 

Et la vérité est que les francs-maçons ont été victimes d’une quantité incroyable de calomnies. Nous savions qu’il n’y avait rien à cacher. 

Dans le bureau de Pablo Lázaro, on trouve la représentation d’un compas, élément symbolique clé pour les francs-maçons.

Quels ont été les principaux changements que vous avez mis en œuvre ?

Nous avons instauré une politique d’ouverture. À l’époque, nous comptions 2 200 membres actifs et 14 provinces ne possédaient aucune loge maçonnique. Aujourd’hui, il existe des loges dans toutes les provinces et notre effectif s’élève à 14 000 membres. 

Notre croissance est due avant tout au fait que nous faisons passer le message et que nous affirmons qu’il n’y a rien à cacher. 

Mais il y a aussi l’immense crise institutionnelle qui touche les partis politiques et de nombreuses institutions, y compris religieuses, incapables de proposer une orientation claire. Nous attirons de plus en plus de personnes qui commencent à se lasser de cette polarisation extrême.

Nous comprenons que nos adversaires ne sont pas ceux qui pensent différemment, mais ceux qui refusent tout compromis. 

La Casa Rosada doit sa couleur à une tentative des francs-maçons de surmonter la polarisation, qui fait partie intégrante de l’histoire argentine depuis ses débuts. 

Lorsque Sarmiento [franc-maçon] était président, le palais présidentiel fut peint en rose pour symboliser l’unité. Cette couleur provenait du mélange de rojo punzó (une nuance de rouge identifiant une faction politique connue sous le nom de los federales ) avec du blanc (représentant un autre camp politique connu sous le nom d’ unitarios ). 

Notre devise cette année était de promouvoir la tolérance comme mode de vie communautaire. En montrant que Perón et Alfonsín étaient membres, nous voulions illustrer comment des adversaires viscéraux peuvent coexister et parvenir à des accords. S’ils y sont parvenus, pourquoi pas nous ?

Les archives maçonniques contenant les documents relatifs à Perón et Alfonsín sont-elles accessibles au public ?

La Grande Loge d’Argentine possède des archives centrales qui, jusqu’à récemment, étaient très incomplètes. En effet, les dossiers étaient souvent détruits afin de protéger les personnes. De plus, certaines loges possèdent leurs propres archives et ne les transmettent pas à la Grande Loge.

Nous sommes en train de constituer une sorte de Wikipédia maçonnique. Cela permettra aux loges de numériser et de mettre en ligne leurs archives. 

Une fois cela terminé, l’idée est de mettre à disposition en ligne une version simplifiée pour tous ceux qui souhaitent la consulter. 

Une version plus détaillée, destinée aux historiens, journalistes et universitaires, pourra être consultée sur place. La version en ligne devrait être disponible d’ici mi-2026.

La Grande Loge d’Argentine n’accepte actuellement que les hommes. Comment le rôle des femmes au sein de cette institution a-t-il évolué ?

Nous n’acceptons que les hommes car l’organisation plus large à laquelle nous appartenons, tout comme le Brésil, les États-Unis, le Royaume-Uni, entre autres, est réservée aux hommes depuis 300 ans.

Dans des pays de la région, comme l’Argentine, le Chili, l’Uruguay et le Brésil, il existe cependant des Grandes Loges Féminines depuis un certain temps.

Nous entretenons d’excellentes relations avec la loge féminine argentine depuis 25 ans. Nous organisons des événements et des actions philanthropiques en commun et envisageons même de gérer une université ensemble, bien que nous appartenions à des confédérations différentes.

Cela dit, nous sommes conscients qu’on ne peut parler de la franc-maçonnerie comme d’un vecteur de changement social en excluant 51 % de la population mondiale. C’est même contradictoire. Toutefois, c’est un débat que nous devons trancher au sein de notre organisation.

Photo de couverture : Séance dans le temple principal de la Grande Loge d’Argentine des Francs-Maçons Libres et Acceptés (Crédit : Grande Loge d’Argentine des Francs-Maçons Libres et Acceptés).