Lewis Masonic annonce son premier livre audio. On y entend non une voix mécanique mais le timbre vivant de l’auteur, Tony Harvey, enregistré pour l’occasion, tandis que Sir David Wootton*, Past Deputy Grand Master de l’United Grand Lodge of England (UGLE), prête la sienne pour l’avant-propos. Le titre choisi n’est pas anodin : Seven Habits of Highly Successful Lodges, manuel contemporain de vitalité maçonnique, paraît désormais « à écouter ».
L’ouvrage audio est proposé à 10 £ et se télécharge via la même application que les e-books de l’éditeur.
Seven Habits of Highly Successful Lodges
Il y a dans cette bascule un geste fidèle à l’esprit du métier. La franc-maçonnerie est fille du Verbe plus que du papier : le souffle, la diction, la mémoire. Entendre l’auteur lui-même – plutôt qu’une imitation synthétique – redonne à la transmission sa texture orale, sa chaleur et sa responsabilité. Harvey, qui travaille depuis des années sur la gouvernance des loges et les dynamiques d’adhésion, y déroule ses « habitudes » avec la clarté pragmatique qu’on lui connaît ; le livre, déjà diffusé en version imprimée et numérique, a rencontré un public attentif dans l’Angleterre maçonnique.
Annonce publicitaire Lewis Masonic
L’annonce, malicieusement, convoque l’ancêtre des voix artificielles – ces ingénieuses machines à parler qui fascinèrent l’Europe savante : l’appareil de Wolfgang von Kempelen imaginé dès 1769, auquel Charles Wheatstone donna de nouveaux accents en 1837, puis l’extravagante Euphonia de Joseph Faber montrée à l’Egyptian Hall de Londres en 1846. Quelles que soient leurs prouesses, ces automates ne remplaçaient pas l’âme qui passe par le timbre. La leçon n’a pas vieilli : le secret initiatique se murmure, il ne se synthétise pas.
Il faut se réjouir de voir un éditeur historique articuler ainsi tradition et usages du temps. Après des heures d’écran, la fraternité gagnait ce format « compagnon » : écouter en train, en marche, entre deux colonnes d’un jour à l’autre ; faire résonner les notions de conduite, de service, de joie en loge, que l’ouvrage promeut pour les ateliers du XXIᵉ siècle. La démarche prolonge l’écosystème numérique que Lewis Masonic a mis en place autour de ses rituels et de ses livres ; elle l’ouvre à celles et ceux pour qui la lecture visuelle est moins aisée, sans rien céder à la facilité d’une voix artificielle.
Reste à souhaiter que ce premier jalon en appelle d’autres : anthologies, classiques, études historiques, portraits de métiers ; une bibliothèque parlée où la chaîne d’union se ferait aussi chaîne sonore. À ce prix, la « littérature de loge » retrouvera sa nature première : parole partagée, souffle porté, écoute fraternelle.
Seven Habits of Highly Successful Lodges – e-book
En pratique : Seven Habits of Highly Successful Lodges – qui peut se traduire par Les sept habitudes des loges les plus performantes ou Les sept habitudes des loges les plus prospères ou encore Les sept habitudes des loges qui réussissent le mieux – est disponible en trois formats – audio 10 £, soit 11,55 €, e-book 12,99 £, soit 15,01 € et relié 19,99 £, soit 23,09 € – sur les sites de Lewis Masonic et Lewis Masonic Digital.
Nota bene : Il s’agit du premier livre audio publié par Lewis Masonic, non du premier livre audio « maçonnique » au monde – le genre existe déjà ailleurs, mais l’initiative de cet éditeur-référence mérite d’être saluée.
Lewis Masonic, un bref historique
Lewis Masonic naît sous l’enseigne A. Lewis, maison dédiée aux textes maçonniques. L’éditeur revendique une fondation en 1801, à une époque où l’imprimé rituel devient un outil d’élévation et de mémoire ; le nom « A. Lewis » évoluera plus tard en Lewis Masonic.
Les archives internes rappellent aussi la figure de John Hogg, qui donne à A. Lewis une impulsion éditoriale décisive à partir de 1864 en disciplinant la publication des rituels pour éviter les « exposés » approximatifs d’auteurs profanes. Quoi qu’il en soit, la tradition éditoriale s’y fixe : servir l’Art royal par des textes sûrs, utiles à l’instruction des loges.
La chronologie exacte varie selon les documents de la maison – on lit aussi la date 1886 comme repère fondateur – signe d’une histoire longue, faite de continuités et de passages de relais.
Un jalon clair, lui, est 1973 : A. Lewis intègre Ian Allan Publishing et prend officiellement le nom Lewis Masonic. Depuis, le catalogue s’est élargi des seuls rituels à l’ensemble des champs maçonniques (histoire, symbolisme, gouvernance, conférences).
Quant au nom « Lewis », il renvoie à l’outil opératif de levage – la louve –, symbole du fils de maçon et, plus largement, de ce qui soulève la pierre avec précision : une belle métaphore d’éditeur qui élève et soutient l’œuvre.
Aujourd’hui, Lewis Masonic demeure la référence britannique pour les rituels autorisés et un éditeur central de la littérature maçonnique anglophone, forte d’auteurs contemporains et de rééditions savantes.
Sir David Wootton, AGM GLUA
*Sir David Wootton, né en 1950, a reçu à la Bradford Grammar School puis au Jesus College de Cambridge l’éducation exigeante qui forge les esprits de mesure. Juriste de haut vol, il devient en 1979 associé d’un cabinet international où il œuvre aux grands mouvements de l’entreprise et veille, tel un gardien de la règle, à la probité des bonnes pratiques de gouvernance.
Cité de Londres
Son goût de la Cité le conduit naturellement au gouvernement de la City de Londres : élu au Common Council en 2002 pour Farringdon Within, puis échevin de Langbourn en 2005, il portera la chaîne du Lord-maire en 2011-2012, symbole d’un service rendu à la communauté avec dignité et constance.
Dans l’Ordre, son parcours épouse la même exigence de rectitude. Senior Metropolitan Grand Warden en 2007, promu Ancien Grand Porte Glaive en 2012, il est appelé le 12 mars 2014 aux fonctions d’Assistant Grand Maître. Son itinéraire dessine une même fidélité : faire de la loi un art de la concorde et de la tradition une lumière vivante… Celle même que Lewis Masonic transmet, patiemment, depuis le XVIIIᵉ siècle.
D’un point de vue formel, une loge maçonnique, c’est à la fois un lieu et aussi le groupe d’êtres humains qui se réunissent dans ce lieu décoré pour pratiquer un rituel ! A la question « Pour quoi y faire ? » de nombreuses raisons sont évoquées ; un ancien grand-maître du Grand Orient de France, Jean-Michel Quillardet avait coutume de commencer ses interventions publiques par cette boutade :
« Souvent, on nous pose la question dans les conférences publiques : « À quoi sert la Franc-maçonnerie ? ». J’ai une réponse : la Franc-Maçonnerie cela ne sert à rien. »
Des raisons, en voici quelques-unes que l’on peut entendre ici ou là :
A la recherche de la vérité
Pour mieux se connaître
Pour bâtir une société fraternelle
Pour améliorer l’être humain et la société
Pour réunir ce qui est épars
Pour atteindre la Sagesse
Pour découvrir le monde des esprits
Pour acquérir Sagesse, Force et Beauté
Pour approcher le Grand Architecte de l’Univers
Pour comprendre les mystères
Pour posséder la clé du portail qui nous sépare de l’autre monde
Pour quitter le monde profane et accéder à la spiritualité
Pour retrouver l’élite de la société
Pour faire des affaires et devenir plus puissant
Pour mieux comprendre la complexité de la vie
Pour se préparer à mourir
Pour diriger le monde !
Porter à l’extérieur nos valeurs !
Et puis, il y a les réalités :
Des envies,
des peurs,
beaucoup de méfiance,
des ambitions
le goût des discours
le plaisir de l’entre soi
le refuge dans l’histoire
Les tentations délirantes
Le besoin de parader
L’envie d’être reconu-e,
La soumission à l’autorité
La fascination pour l’inutile,
Le besoin d’ordre.
L’envie d’aider
Une des caractéristiques de la loge maçonnique réside dans l’absence d’experts parmi ses membres. Les membres peuvent avoir des savoirs très différents mais dans la problématique de la gouvernance, le guide réside dans l’instruction fournie avec le rituel. De la sorte, il y a une réelle égalité et l’obligation de toujours négocier la prise de décision. Cela n’empêche pas que dans certaines situations l’autoritarisme est la règle mais c’est du aux personnalités présentes.
Tout cet ensemble abouti à une singularité : la loge est une association qui semble à part. Le monde brûle et la loge continue son train train quotidien !
La loge se mélange difficilement avec les autres acteurs du monde associatif. Ces membres ne se connaissent pas vraiment et ne semblent pas vouloir trop se fréquenter en dehors des rencontres mensuelles.
D’ailleurs ses membre n’aiment pas beaucoup se déclarer publiquement comme franc-maçon-ne. on sait jamais !
Si le rituel affiche des sentiments nobles, désintéressés des contingences matérielles, la loge n’en fait pas une réelle inspiration ; c’est un sujet de pinaillage entre soi-disant spécialistes. D’autres associations y attachent plus d’importance.
Si certains voudraient que les loges jouent un rôle social, la plupart du temps, cela reste une implication personnelle à la discrétion de chacun.
Parfois la loge maçonnique semble mieux fonctionner lorsque ses membres sont issus de la même corporation.
La loge est surtout un objet d’intérêt pour celles et ceux qui en ont entendu parler et l’imaginent comme un recours. Mais, du fait d’obligations financières relativement exigeantes, l’accès aux loges est réservé aux membres des classes aisées.
Les candidates et les candidats ne s’imaginent pas que la vie en loge suppose, pour être comprise et appréciée, une activité intellectuelle régulière. Comme celle-ci est assez chronophage, dans la réalité, la majorité des membres des loges ne peut la faire, de sorte qu’une certaine superficialité dans les réflexions se retrouve dans les contributions.
Le paradoxe de la loge me semble être la contradiction entre un désir d’aller vers les autres et une redoutable méfiance qui bride l’engagement ! On voudrait bien mais on se méfie quand même !
La loge peut être un lieu de bien être avec des relations simples de bienveillance. Elle peut ronronner gentiment autour de personnalités qui s’inscrivent dans son histoire.
Il y a parfois des épisodes plus difficiles avec des relations conflictuelles interpersonnelles qui aboutissent à des scissions.
Bien qu’appartenant généralement à une organisation fédérative comme l’obédience, la loge n’est pas toujours vraiment motivée par cette vie fédérale. Cela reste le domaine de quelques personnes qui s’y consacrent pour diverses raisons dont cette fameuse attirance pour les cordons qui marquent aux yeux de tous l’appartenance à l’élite des petits chefs ! Il faut dire que cela ne gêne pas trop les dignitaires car tant que les loges règlent leurs capitations, le reste peut être superflu !
La loge est plutôt discrète dans son expression médiatique
Au total, la loge est une structure sociale particulière qui peut avoir eu une histoire liée à l’implication de ses membres anciens dans des mouvements sociaux ou dans l’activité politique. L’histoire permet de ne pas se préoccuper des réalités d’aujourd’hui !
C’est essentiellement une structure de mixité sociale qui permet à des personnes d’horizons divers de se rencontrer et d’échanger. Ces rencontres et ces échanges sont conditionnés par la capacité des responsables de la loge de les organiser en dehors des tenues, ce qui n’est pas forcément souhaité. Le plus souvent, chacun de ses membres évolue à son rythme en ayant un jardin secret pas forcément partagé.
La grande tolérance permet d’y voir s’exprimer des pensées qui n’auraient pas forcément la possibilité d’être énoncées dans un autre lieu. Ce sont des moments rares dans la monotonie des redites habituelles mais ils peuvent marquer l’auditoire.
La loge c’est un monde à part où tout est quand même possible !
Chacun connait la réponse à l’interrogation « Qu’est ce qu’une franc-maçon-ne ? » « Un-e être libre dans une loge libre ! »
Même si cette liberté est souvent utilisée pour ne pas faire grand-chose, il y a une réelle potentialité qui permet au groupe humain de sortir des sentiers battus et des tentations perverses. Cela suppose bien sûr un consensus !
Cette capacité potentielle d’autoformation pourrait donner à la vie de la loge un contenu substantiel décidé de façon consensuelle pour permettre à ses membres de progresser dans différents domaines ; cela pourrait être par exemple :
La fraternité
La gestion des émotions,
L’harmonie du groupe
La problématique de la violence
L’engagement collectif.
La loge aurait à réfléchir sur une méthode pédagogique qui soit participative en évitant ces prestations magistrales qui endorment les ateliers.
En se référant à cette maxime de François Rabelais, « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ! » on pourrait imaginer une loge dynamique, vivante et intelligente qui quitterait son nuage pour revenir dans le champ de la conscience !
J’ai envie de dire, on ne peut pas y échapper. Dans tous les domaines nous avons droit aux mêmes rengaines et je dois vous le concéder moi même je tombe dans le piège d’un calendrier récurrent !
Ceci dit la franc maçonnerie est aujourd’hui toute l’année sur le devant de la scène, pour nous la saison des marronniers nous la vivons en permanence et plus qu’une « ambiance récurrente type saison des marronniers ».
« je dirais plutôt que toute l’année en franc-maçonnerie nous sommes à la Foire du trône ! »
Les dépêches, les infos se sont plus de l’ordre du midi-minuit mais du 24 heures sur 24, les journaux et autres médias confondus sont présents au nom du savoir et de l’information. En tant que franc-maçon, nous nous demandons si nous allons réussir à tenir le rythme pour analyser et digérer cet afflux d’articles, d’essais, de reportages et d’informations de tous genres concernant notre franc maçonnerie.
« La foire du trône s’installe, dure et passent les saisons. »
Nous négligeons notre culture de fond au détriment de la vision d’un reportage sur la franc maçonnerie plus facile à regarder, qui reproduit toujours les mêmes schémas que notre inconscient privilégie car plus rapidement accessible.
On chasse la difficulté qui nous pousse à analyser souvent par prétexte que nous connaissons déjà les thèmes. Alors nous allons survoler rapidement le sujet et prendre ce qui nous intéresse, on se contente d’analyses sommaires que d’autres ont conçues pour nous.
« Nous sommes dans le monde des plats préparés et prêts à consommer. »
Notre franc maçonnerie est aux portes ou est déjà entrée dans le monde de la consommation.
À ce rythme, elle risque d’avoir une saveur proche du fast-food et bientôt nous commanderons nos planches depuis l’intérieur de notre véhicule, sur notre écran plasma qui donne accès à nos programmes situés jute à côté de la touche I.A.
Je vous décris ici un monde du type Léo Ferré qui chantait: « les hommes, ll conviendrait de les connaître assis près d’une machine à sous avec des problèmes d’hommes, des problèmes de mélancolie, alors…. » Les anciens disaient il faut que jeunesse se passe, ça ne sert à rien de se lamenter, il faut rester positif…
Pour ma part je continue à croire à l’esprit critique de l’homme et à pratiquer la dérision avec humour. Et puisque nous sommes à la foire du trône profitons de nous amuser, et de nous distraire avec toutes les attractions proposées dans la video du Grand rené ci-dessous :
Dans la vallée de l’Huveaune, au cœur du 11ᵉ arrondissement de Marseille — Marselha ou Marsiho en occitan provençal —, s’élève une demeure discrète et majestueuse à la fois : le Château Saint-Antoine. Marseille, ville-préfecture des Bouches-du-Rhône et chef-lieu de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, est une cité aux mille visages, faite d’histoires entremêlées, de peuples et de pierres.
Le Château Saint-Antoine en reflète la destinée
Comme toutes les bastides marseillaises, il porte en lui un héritage mouvant, fait de grandeurs et de transmissions, de délaissements et de renaissances, avant de resplendir à nouveau dans un éclat inattendu.
Son histoire commence en 1762…
…lorsque l’avocat Joseph Isoard acquiert une propriété appelée « La Miniarde ». Son fils Jean-Baptiste Isoard agrandit bientôt le domaine en achetant « La Rousse » et « La Maussane » : il fait construire la partie centrale de ce qui deviendra le château. Tout au long du XIXᵉ siècle, la bastide passe entre différentes mains – Louis d’Alayer de Costemore, François Philippe, Joseph Blanc – avant de connaître, en 1907, une transformation décisive avec l’arrivée du commandant Guy de Robien.
Ce comte breton et son épouse Marguerite Halna du Fretay donnent au domaine son nom définitif : Château Saint-Antoine. Ils l’ornent d’un blason, d’une devise – « Sans vanité ni faiblesse » – et d’une chapelle dédiée à saint Antoine de Padoue. Le comte tombe au front en 1915, et la demeure entre alors dans une succession de ventes : aux industriels Fine, à l’usine d’électrochimie de la Barasse, puis à des aménageurs urbains. Abandonné, non classé monument historique, le château semblait promis à disparaître.
C’est en 2017 que survient sa résurrection
La Grande Loge de France (GLDF) en devient propriétaire et entreprend une restauration ambitieuse. En 2018, la bastide rénovée s’ouvre sur une extension moderne et fonctionnelle. Elle abrite désormais sept temples, dont un grand de 400 places, et accueille des événements culturels tels que conférences, expositions et concerts. L’ancienne bastide devient un patrimoine vivant, au carrefour de l’histoire et de l’initiation, de la Provence et de l’universel.
Vitrail, Château St-Antoine
Cette histoire n’appartient pas seulement aux archives. Elle résonne dans la littérature
Alexandre Dumas parlait des cabanons et des châteaux provençaux comme d’un art de vivre ; Stendhal voyait dans les bastides la passion dominante des Marseillais ; Victor Gelu pleurait leur disparition progressive ; et Marcel Pagnol, dans Le Château de ma mère, évoquait ces châteaux à tourelles qui jalonnaient ses chemins d’enfance, dont le Château Saint-Antoine garde encore l’écho.
Devise « Sans vanité ni faiblesse » ainsi que « ROCH BIHAN »
À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, placées sous le thème « Patrimoine architectural » les 20 et 21 septembre 2025, la Grande Loge de France ouvrira exceptionnellement les portes du Château Saint-Antoine, joyau méconnu du patrimoine marseillais.
Le terme de joyau, en Maçonnerie, désigne moins un ornement qu’une révélation.
Comme la pierre brute que nous apprenons à dégrossir, il résulte d’un patient travail de taille et de polissage. Ainsi en est-il de cette bastide devenue château, puis laissée à l’abandon et menacée de ruine, avant de renaître dans la clarté. Aujourd’hui, ce lieu témoigne de la victoire de la lumière sur l’ombre, de l’édification sur la ruine, de la transmission sur l’oubli.
Notre-Dame de la Garde
Franchir les portes du Château Saint-Antoine, c’est pénétrer dans un espace où chaque mur, chaque voûte et chaque pierre se font mémoire et enseignement. Comme deux colonnes dressées à l’entrée du Temple, l’histoire et la modernité s’y tiennent côte à côte. L’une rappelle les origines, les familles successives, les transformations et les abandons ; l’autre affirme la vitalité d’un présent où le chantier s’est fait œuvre, où l’outil a rendu vie, où le compas et l’équerre ont retrouvé leur juste place. Dans son grand temple de quatre cents places, comme dans ses six autres salles de loge, la lumière se répand désormais à travers le vitrail signé Antoine Serra, semblable à la rosace d’une cathédrale moderne où les couleurs s’ordonnent comme les vertus.
Durant ces journées de septembre, les visiteurs pourront découvrir une exposition retraçant le travail de rénovation, contempler images et documents, écouter conférences et musiques, et surtout se laisser guider par des Frères désireux de transmettre le sens de ce lieu.
Thierry Zaveroni
Thierry Zaveroni, Passé Grand Maître, rappellera que ce patrimoine est aussi européen et universel
Il relie Marseille au grand chantier de l’humanité tout entière, où chaque pierre polie s’ajuste à la construction du Temple invisible.
Visiter le Château Saint-Antoine, c’est approcher une demeure chargée d’histoire et de symboles, rarement ouverte au public.
C’est comprendre que l’architecture n’est pas seulement technique mais langage, que les pierres ne sont pas inertes mais vivantes, et que chaque bastide marseillaise peut devenir, lorsqu’elle est élevée à sa plénitude, une image du Temple spirituel. Joyau retrouvé, joyau maçonnique, le Château Saint-Antoine est désormais un pont entre hier et demain, un lieu où le silence parle et où la lumière éclaire, une demeure profane devenue demeure initiatique, rappelant à chacun de nous qu’il est, lui aussi, une pierre vivante, appelée à prendre place dans l’édifice universel.
Puisse cette méditation t’accompagner en ce jour. Bon dimanche, et bons baisers de Marseille, cité phocéenne ouverte sur la mer et baignée de lumière !
Nous entrons dans ce livre comme on franchit une porte de Temple, dans le silence habité où l’odeur de la cire et du bois ciré dispose l’âme au travail, et déjà des noms se lèvent comme des colonnes vivantes, des voix reviennent du fond des siècles, des regards se croisent, et nous comprenons que nous ne tenons pas seulement entre les mains un volume d’histoire mais une constellation de destins qui composent la voûte d’un Orient intérieur.
LE SUPRÊME CONSEIL DE FRANCE 1804 – 2025 Un essai biographique
Le Suprême Conseil de France s’impose comme une institution vivante, traversant les époques et assurant la continuité d’une lignée écossaise, juridique et mystique, savante et fraternelle.
Publié aux Éditions Numérilivre en 2025, l’ouvrage de Jean-Pierre Thomas compte trois cent soixante douze pages et propose au lecteur une traversée de deux siècles et plus que nous lisons comme un rituel de mémoire. Nous sortons de cette lecture convaincus que la biographie, lorsqu’elle épouse le rythme d’une Tradition, cesse d’être un simple relevé de faits pour devenir une méthode de connaissance, une anamnesis, un art d’assembler des pierres dispersées afin que la lumière circule de nouveau entre elles.
Jean-Pierre Thomas a choisi la forme du portrait pour approcher le cœur de l’institution. Nous suivons les Souverains Grands Commandeurs, leurs proches, leurs pairs, leurs collaborateurs, autant de visages qui forment la chaîne d’union d’un gouvernement symbolique dont la responsabilité majeure est d’assurer l’équilibre du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) sur le territoire de France. Cette responsabilité ne se résume pas à l’administration des degrés ou à la garde d’archives, elle tient d’une magistrature morale qui se reçoit et se transmet, elle suppose la juste alliance de l’autorité et du service, elle exige la probité d’un esprit et la patience d’un artisan. Au fil des pages, nous voyons se dessiner la dialectique délicate entre la verticalité initiatique et l’horizontalité fraternelle, entre la fidélité aux sources du Rite et l’attention aux circonstances historiques, entre l’unité de principe et la diversité des parcours. Cette dialectique, l’ouvrage la rend sensible par une écriture qui ne force jamais la gloire mais qui sait reconnaître l’exemplarité lorsqu’elle s’impose.
Nous avançons d’époque en époque et l’histoire générale se superpose à l’histoire du Rite. Nous entendons le fracas des mutations politiques, l’Empire qui s’installe puis s’effondre, la Monarchie qui revient puis s’éteint, la République qui s’affermit, les idéaux qui se heurtent, les guerres qui dévastent, l’Occupation qui éprouve la conscience et contraint à la clandestinité, la Libération qui demande des comptes, la reconstruction matérielle et morale qui s’ensuit. Le Suprême Conseil de France n’est jamais une tour d’ivoire, il respire avec la cité et consent à cet étrange labeur qui consiste à garder la flamme au milieu des vents contraires. Nous pensons alors au caractère initiatique de l’épreuve historique, nous y reconnaissons cette pédagogie secrète par laquelle une institution apprend à se convertir sans se renier, à se réformer sans se dissoudre, à s’ouvrir sans se perdre. L’auteur évite les simplifications commodes, il montre des hommes qui doutent, qui choisissent, qui négocient avec l’inexorable, et c’est cette humanité qui donne au livre sa densité de vérité.
Jacques Rozen
Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France
La trame biographique ne se réduit pas à une galerie de portraits. Elle devient une topographie du symbolique. Ici un frère incarne la force de l’équerre, là un autre épouse l’arc du compas, ensemble ils décrivent un cercle qui protège le travail de tous. Nous voyons la rose éclore au cœur de la croix et nous savons que cette image n’est pas une figure d’esthète mais la marque d’une alchimie intérieure qui transmute l’autorité en service et la doctrine en amour de l’humain. L’Écossisme que célèbre le livre n’est pas un mot d’école, il se manifeste comme une discipline de l’esprit et du cœur, une fidélité à la promesse d’universalité que les constitutions historiques ont formulée et que les Convents successifs ont cherché à faire rayonner. Le souvenir de Lausanne nous accompagne, non comme un monument que l’on vénère, mais comme une source vive où se retrempe l’exigence d’un rite capable de parler à tous les continents de l’âme. Nous sentons combien l’idéal humaniste n’est pas un supplément de discours, il est l’armature de ces vies offertes au bien commun du rite.
La force du livre tient à la manière dont la mémoire des noms devient un instrument de discernement pour notre présent. Lire ces portraits, c’est apprendre à reconnaître ce que veut dire exercer un pouvoir sans cesser d’être frère, diriger sans s’éloigner de l’atelier, rendre des décisions et rester soumis à la loi intérieure qui nous dépasse. La biographie se fait miroir et mise au point, elle corrige notre regard, elle nous détourne des mythologies faciles, elle nous rend attentifs à ces petits gestes de probité qui font les grandes fidélités. Nous ressortons plus vigilants et plus confiants, nourris par ces existences qui n’ont pas toujours connu la gloire mais qui ont patiemment tenu la lampe, nuit après nuit, afin que la relève trouve le chemin.
La prose de Jean-Pierre Thomas possède la tenue qui convient lorsque l’on approche une institution qui touche au sacré de la conscience. Nous entendons l’érudit qui a longuement fouillé les fonds et confronté les traces, mais nous entendons surtout l’homme de Tradition, celui qui sait que les documents ne vivent pas sans l’âme qui les anime. Ce double mouvement donne au livre une allure de pierre d’angle qui soutient une façade et révèle un axe. Le choix de la biographie n’est pas un artifice, il épouse la structure initiatique elle-même, car le Rite Écossais Ancien et Accepté avance par étapes qui sont autant de métamorphoses personnelles. Chaque vie rapporte à sa manière la conquête d’une vertu, la clarification d’un devoir, l’acceptation d’un renoncement, et l’ensemble compose un itinéraire collectif qui ressemble à une montée vers un Orient intérieur. Le lecteur maçon en reçoit un bénéfice immédiat, il y puise des modèles, mais aussi des avertissements, et cet équilibre entre l’éloge et l’examen de conscience donne au livre sa grande utilité initiatique.
Jean-Pierre Thomas
Nous devons dire un mot de l’auteur lui-même, car sa trajectoire éclaire son propos. Jean-Pierre Thomas s’est imposé au fil des années comme un écrivain de la franc-maçonnerie écossaise, attentif à la rigueur documentaire et à la respiration symbolique. Plus d’une cinquantaine d’ouvrages portent sa signature, et la reconnaissance ne s’est pas fait attendre avec des distinctions venues de sphères savantes exigeantes, preuve que sa méthode sait convaincre au-delà des cercles familiers.
Nous savons son engagement durable dans la revue Points de Vue Initiatiques (PVI), où sa compétence historique s’unit à une écoute de la vie rituelle. Nous savons aussi ses responsabilités assumées dans l’orbite de la Grande Loge de France, responsabilités qui n’ont pas durci son regard, bien au contraire elles l’ont affiné par la fréquentation du réel. Avant ce livre, il a consacré un travail précieux aux Grands Maîtres de la Grande Loge de France, puis il a accompagné le bicentenaire de la Grande Loge centrale devenue Grande Loge de France, et nous comprenons qu’avec ce nouvel essai, il clôt provisoirement une trilogie qui embrasse la Maison écossaise dans sa souveraineté, sa régularité de cœur et sa continuité de service. Cette biographie implicite de l’auteur se lit en filigrane de son écriture, elle donne confiance dans la rectitude de son approche et dans la justesse de ses choix.
Le livre rappelle avec sobriété la place du Suprême Conseil de France dans l’histoire générale du Rite, notamment sa précocité au regard des structures écossaises du monde, et nous mesure combien cette antériorité n’est pas une vaine fierté. Elle oblige, elle invite à la hauteur, elle appelle à la vigilance, car ce qui fut donné au commencement doit être gardé sans crispation mais avec une fermeté douce, en gardiens de source plutôt qu’en propriétaires de fleuve. Cette conscience de l’héritage fonde une éthique de la décision, elle protège des emballements, elle dissuade des guerres de préséance. Jean-Pierre Thomas n’insiste jamais de manière appuyée, pourtant sa composition nous conduit à cette conséquence pratique. Nous lisons et nous nous sentons appelés à une sobriété de gouvernement, à une amitié de travail, à un usage mesuré du prestige, qui correspond à la vertu du Rite Écossais lorsqu’il se souvient que la dignité la plus haute consiste à s’effacer devant la lumière.
SCDF
Nous avons aimé la manière dont l’auteur laisse affleurer des détails sensibles qui donnent chair à ces existences. Une signature ferme au bas d’une décision délicate, une parole tenue quand la tempête incitait à se taire, un geste de discrétion qui a sauvé un frère, une intuition doctrinale qui a permis d’éviter une fausse querelle, ces notations ne sont jamais gratuites. Elles composent la morale concrète d’un pouvoir initiatique, elles disent que la supériorité n’est pas une hauteur mais une profondeur, une capacité à descendre en soi pour écouter ce qui doit être entendu. Cette morale nourrit la conscience du lecteur et lui rappelle que la franc-maçonnerie n’est pas un théâtre d’apparences mais une école d’humilité, où l’on apprend à régler ses passions et à ordonner ses pensées, afin que l’outil frappe juste et que la pierre prenne la forme convenable.
L’ouvrage devient alors une aide précieuse pour le travail des loges et des ateliers de hauts grades. Nous pouvons y puiser des matériaux pour des planches de réflexion, non pour répéter des notices biographiques, mais pour interroger la manière d’exercer une charge, la manière de susciter des héritiers, la manière de tenir une ligne lorsque la pression du temps rend tout vacillant. La lecture met en mouvement, elle donne envie de rectifier ce qui doit l’être, elle rend à chacun le sens de sa part dans la grande architecture. Les plus jeunes y verront des aînés qui ne se contentent pas d’être des portraits au mur, ils deviennent des compagnons de route qui parlent encore. Les plus anciens y trouveront une confirmation que la patience et la droiture finissent par porter du fruit, si l’on consent à travailler longtemps sans chercher la lumière pour soi.
Nous remercions Jean-Pierre Thomas d’avoir écrit un livre qui réhabilite la grandeur discrète. Nous sortons de ces pages avec une gratitude de disciple, car la mémoire des noms nous a rééduqués. Nous savons mieux ce qu’il faut demander à une institution écossaise, nous savons mieux ce qu’il faut lui offrir. L’ouvrage ne flatte pas, il élève. Il nous fait aimer cette tradition qui ne se paie pas de mots, qui préfère la preuve au discours, le service à l’affichage, la durée à l’éclat. Nous refermons le volume et nous entendons cette exhortation muette, continuer à tenir la lampe, continuer à faire passer le feu, continuer à faire que la chaîne ne se rompe pas.
Il demeure enfin ce sentiment d’une concorde possible entre l’exigence historique et l’ardeur initiatique. Le livre prouve que la connaissance précise des lignées n’éteint pas l’élan de l’esprit, bien au contraire elle lui donne un socle. La vérité y gagne en densité, la fraternité y gagne en justesse, la liberté y gagne en courage. Au moment où la famille écossaise se souvient de Lausanne et interroge son avenir, cette biographie du Suprême Conseil de France nous paraît une réponse de haute tenue. Elle nous enseigne que l’exemplarité n’est pas un mot de pierre mais un mouvement du cœur qui se transmet par des vies données. Nous en sortons ragaillardis dans notre désir de construire et apaisés dans notre manière d’habiter la tradition. Que ce livre circule de main en main, qu’il prenne place sur les tables de loge, qu’il soutienne des méditations discrètes, et qu’il soit pour chacun une invitation à l’ascèse fraternelle. Ainsi la mémoire deviendra avenir, et la pierre se laissera polir jusqu’au moment où la lumière passera sans obstacle.
LE SUPRÊME CONSEIL DE FRANCE 1804 – 2025 Un essai biographique
Jean-Pierre Thomas – Préface de Jacques Rozen – Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France
Les traumas parsèment de rides la peau des hommes et des femmes au fil des âges, et correspondent à des phénomènes et des évènements physiques et psychiques qui embellissent ou assombrissent leurs visages à mesure qu’ils marquent de leurs empreintes la mémoire et l’imaginaire. Leurs points et leurs traits reliés entre eux ressemblent à des charades et des dessins, pleins de sens pour qui sait jouer à les relier, et qui semblent même parfois évoquer et réécrire des mythes et des contes d’autrefois.
Carl Gustav Jung
Les mythes sont non seulement les révélateurs des mystères de la psyché humaine, mais aussi et surtout des accélérateurs de prises de conscience nécessaires à l’épanouissement de la conscience spirituelle. Ces niveaux progressifs d’initiation correspondent au processus d’individuation dans la psychologie analytique de C.G. Jung, durant lequel la psyché se régule, se développe, et se réorganise d’elle-même. Cette dynamique permet à la psyché de mieux s’adapter et s’intégrer à tout son environnement, et surtout d’atteindre et de révéler au plus profond de soi-même le Soi équivalent à l’Atman hindou.
Ce processus d’individuation se décline en six étapes qui correspondent sensiblement à six degrés de la Maçonnerie égyptienne : le trauma (51è Sublime Titan du Caucase), la découverte de la persona et sa différenciation (52è Sage du Labyrinthe), l’intégration des ombres (53è Chevalier ou Sage du Phénix), la rencontre des archétypes anima/animus (54è Sublime Scalde), l’expérience numineuse des archétypes (55è Sublime Docteur Orphique), et enfin la dialectique du Moi et de l’inconscient collectif ou archétypal (56è Pontife Sage de Cadmia). L’intégration en soi-même de ces différents états psychiques prédispose à vivre pleinement toute expérience spirituelle. (Méditations du Sphinx, Patrick Carré, Éditions GAMAYUN)
Le trauma, première étape vers l’individuation, sous-tend le mythe de Prométhée, figure centrale de ce 51è degré. Après la prise de pouvoir de Zeus au royaume des Dieux, contée par Hésiode dans sa Théogonie (VIIème siècle avant notre ère), les frères Prométhée et Épiméthée, deux Titans, sont chargés de créer les êtres vivants. Prométhée façonne le corps des hommes en mélangeant comme un potier sur son « tour » de la terre et de l’eau. Afin de parfaire sa création et la rendre définitive en durcissant ce mélange à la cuisson, il ne lui manque que le feu qui n’existe que sur le mont Olympe, domaine privé des Dieux.
Décidé plus que jamais à mener à bien sa mission, Prométhée prend le risque, avec la complicité d’Athéna, de pénétrer secrètement sur le mont sacré et de voler un tison de feu. Zeus s’aperçoit de la trahison du Titan en qui il avait toute confiance et le châtie en ordonnant à Héphaïstos, dieu du feu, d’enchaîner Prométhée sur un rocher dans les montagnes du Caucase. Un aigle vient chaque matin lui dévorer le foie, et son foie se reformant toutes les nuits, sa torture est infinie. Mais un jour, Hercule surgit et libère Prométhée de ses chaînes et abat l’aigle, exécutant ainsi l’un de ses douze travaux.
Vol du feu par Prométhée
Le conflit entre Zeus tout puissant et Prométhée le révolté apparaît dans la seconde partie de la Théogonie d’Hésiode, la première contant la cohabitation pacifique des hommes et des dieux, du visible et de l’invisible, comme chez les Anciens Égyptiens qui entretenaient avec leurs dieux un dialogue permanent ritualisé, à la fois en eux-mêmes et collectivement durant les cérémonies. À l’inverse, les dieux grecs se sont éloignés des hommes à mesure que les forces invisibles, qui sous-tendent et agitent l’imaginaire et le relient au réel, étaient découplées du monde visible par la « raison » omniprésente et omnipotente dans les pensées.
Le « coup d’état spirituel » de Zeus prenant le pouvoir sur l’Olympe symbolise cette prise de contrôle de la raison sur tous les types de pensées, en particulier sur les pensées intuitives les plus subtiles, et réduit la puissance des forces cosmiques activées par les dieux égyptiens à des jeux de rôles de dieux anthropomorphes. L’imaginaire y a perdu son rôle de courroie de transmission des forces à l’œuvre en soi-même et dans l’univers, mais y a gagné un rôle de miroir des jeux de forces exercées par la psyché, qui à défaut de pouvoir s’exprimer et s’extérioriser dans un monde purement rationnel, se transforme en nœuds de forces destinés à être dénoués, mais que paradoxalement la raison peine à comprendre et à dénouer.
Autrement dit, la raison dominatrice dans la psyché comme Zeus dans l’Olympe, tel un pompier pyromane, peine à éteindre l’incendie qu’elle a elle-même allumé. Zeus et la raison entendent priver les hommes du feu et s’en réserver l’usage, car l’homme s’en servirait pour faire « voler son esprit« , disent les alchimistes, et le libérer de sa gangue matérielle, et pour qu’il s’imprègne de « ce qui vient d’en haut », disent les Maçons à des degrés élevés d’initiation. En alchimie, l’esprit qui déploie ses ailes s’élève purifié par le feu intérieur maîtrisé et sublimé.
Prométhée et Epiméthée
Le rôle de Prométhée, dans ce processus alchimique, est écrit dans son nom même, car il dérive du substantif grec « προμηθής, promêtḗs, homme qui pense avant d’agir, le prévoyant » et du suffixe « εύς, eús, qui indique un agent, celui qui fait une action » indiquée par le verbe « prévoir« . Hésiode insiste sur cette valeur du mot en opposant Prométhée à son frère Épiméthée, « l’imprévoyant, celui qui réfléchit après coup« . Prométhée l’alchimiste prévoit ou pré-voit plus précisément de mettre en œuvre et d’entretenir l’action du feu durant les différentes phases de l’Œuvre de transmutation intérieure.
Il « projette » d’en réguler l’intensité pour que le feu corresponde aux différents degrés du feu philosophique, évitant ainsi aux initiés à l’œuvre qu’ils ne se brûlent à leur propre feu et ne tuent le germe qui est dans leur Materia Prima. Ce « régime du feu » correspond à une progression harmonique de degrés d’intensité, figuré en Égypte par les deux grandes plumes portées par Amon sur sa tête et par les « rémiges » (anagramme du mot « régime« ), les deux plus longues plumes du faucon Horus.
Etre magnétique
Prométhée dissimule le feu qu’il dérobe aux dieux dans la tige creuse d’une férule, une plante vivante reproduisant la structure naturelle des corps énergétiques des êtres vivants, des tubes creux de champs magnétiques générés par les courants électriques qui les parcourent, et des courants électriques induits en sens inverse par des champs magnétiques. Chez les Anciens Égyptiens, ils s’agit des ondes magnétiques du KHAT et des courants électriques du KHAIBIT, deux des neuf constituants de l’être égyptien.
Le KHAT constitue l’aura, un halo de lumière qui enveloppe le corps physique et reflète par ses couleurs et son intensité nos sentiments, nos pensées, nos états d’âme. Le KHAIBIT est constitué par le courant électrique qui circule dans des milliers de petits canaux d’énergie, de fins faisceaux lumineux appelés nadis dans la médecine ayurvédique, transportant l’énergie vitale, le « prana » en sanskrit. KHAT et KHAIBIT se régénèrent mutuellement et forment ensemble le corps éthérique, astral de l’être, décrit comme un double subtil du corps en occident, son aura de son vivant et son fantôme dans la mort.
Châtiment de Prométhée
Mais avant de s’élever tel un aigle à deux têtes au-delà de soi-même en conscience, Prométhée doit encore souffrir du châtiment ordonné par Zeus, le foie dévoré chaque jour par un aigle à une tête. Autrement dit, enchaîné à sa Pierre alchimique, il doit entretenir en lui-même un état mental cher aux grecs et aux artistes en création qui ont l’art, pour stimuler leur imaginaire, de souffrir du foie et d’entretenir en eux la mélancolie, mot transcrit du grec « μελαγχολία, melankholía » composé de « μέλας, mélas, noir » et de « χολή khōlé, la bile« . Les artistes de l’Art Royal ont ainsi l’art de faire couler en eux un filet de bile noire nécessaire à l’inspiration et au déclenchement de l’impulsion créatrice.
La mélancolie était considérée par les grecs comme une source de génie ou de folie permettant de faire le deuil d’un évènement, de renouveler le sens de la vie et de la réinitialiser, tout en se ré-initiant soi-même.
La bile salvatrice du trauma maintient actif le processus d’individuation dont la phase suivante est la découverte de la « persona » et de la « différenciation« .
Dans un monde interconnecté où les frontières s’estompent mais les identités se questionnent, la franc-maçonnerie européenne trouve un écho dans les échanges intellectuels transnationaux. Le mardi 16 septembre à 20h, la Grande Loge Numérique (GLN), plateforme innovante dédiée à la diffusion des savoirs maçonniques, organisera une visio-conférence internationale pour dévoiler la dernière publication de la Société Européenne d’Études et de Recherches Écossaises (S.EU.RE).
Ce volume, recueil des actes du colloque tenu à Bourges en novembre 2024 sur le thème « Le monde global est-il universel ? », promet un débat riche sur l’humanisme écossais à l’ère de la globalisation. Avec des intervenants de renom comme Alain de Keghel, Georges Lassous et Ysabeau Tay Botner, cet événement virtuel s’annonce comme un rendez-vous incontournable pour les initiés et les curieux de la pensée maçonnique.
La S.EU.RE : un pont humaniste entre les maçons d’Europe
Fondée en 2006 par Alain de Keghel, figure emblématique de la franc-maçonnerie française et ancien Grand Commandeur du Grand Collège des Rites du Grand Orient de France (GODF), la Société Européenne d’Études et de Recherches Écossaises incarne une ambition visionnaire : tisser des liens durables entre les maçons d’Europe et consolider une pensée humaniste écossaise, ouverte à tous sans exclusion. Diplômate de carrière, ayant servi dans des ambassades comme celles de La Haye, Bonn, Dakar, Tokyo et Washington, de Keghel a su infuser à la S.EU.RE son expérience internationale, faisant de cette société un espace de dialogue inclusif et multiculturel.
Fondée en 2006 par Alain de Keghel, figure emblématique de la franc-maçonnerie française et ancien Grand Commandeur du Grand Collège des Rites du Grand Orient de France (GODF), la Société Européenne d’Études et de Recherches Écossaises incarne une ambition visionnaire : tisser des liens durables entre les maçons d’Europe et consolider une pensée humaniste écossaise, ouverte à tous sans exclusion. Diplômate de carrière, ayant servi dans des ambassades comme celles de La Haye, Bonn, Dakar, Tokyo et Washington, de Keghel a su infuser à la S.EU.RE son expérience internationale, faisant de cette société un espace de dialogue inclusif et multiculturel.
Composée de 130 membres issus de divers pays – France, Pologne, Belgique, Italie, Portugal, Autriche, Suède, Turquie, Allemagne et au-delà –, la S.EU.RE transcende les obédiences pour promouvoir l’étude des rites écossais anciens et acceptés (REAA), tout en favorisant un humanisme laïque et progressiste. Sous la direction éditoriale de Georges Lassous, historien et chercheur passionné par les traditions maçonniques, la société publie annuellement la revue Kilwinning, nommée en hommage à la loge mère écossaise du XIIe siècle, considérée comme l’une des plus anciennes au monde. Édité en plusieurs langues avec des traductions soignées, Kilwinning – dont le numéro 16 est paru en juillet 2025 – aborde des thèmes comme l’éthique maçonnique, l’histoire des rites et les enjeux sociétaux contemporains, avec des contributions d’érudits tels que Roger Dachez ou Pierre Mollier.
Le colloque de Bourges : un débat sur l’universel dans un monde global
Le colloque « Le monde global est-il universel ? », organisé en novembre 2024 à Bourges en partenariat avec les Rencontres d’Aubigny et le Cénacle, a marqué un retour aux échanges en présentiel après la pandémie. Réservé aux initiés, cet événement a réuni des experts pour interroger la tension entre globalisation et universalisme humaniste. Les actes, désormais disponibles sur le site de l’éditeur Numerilivre – une plateforme innovante de publication numérique –, explorent comment les valeurs maçonniques, ancrées dans la tolérance et la quête de vérité, peuvent répondre aux défis d’un monde interconnecté mais fracturé.
Parmi les contributions phares, des analyses sur l’universalisme écossais face aux particularismes culturels, ou encore le rôle de la franc-maçonnerie dans la promotion d’une éthique globale sans dogme imposé. Édités avec une diffusion hybride (imprimé et numérique), ces actes s’inscrivent dans la lignée des volumes précédents de Kilwinning, comme le n°7 (2015) qui traitait de questions éthiques internationales. La publication, accessible via Numerilivre, reflète l’engagement de la S.EU.RE pour une diffusion large, au-delà des cercles initiatiques.
Une visio-conférence pour débattre et partager
La visio-conférence du 16 septembre, proposée par la Grande Loge Numérique – une initiative moderne favorisant l’accès virtuel aux savoirs maçonniques –, permettra de plonger au cœur de ces réflexions. Plusieurs auteurs des actes seront présents pour un débat interactif, répondant aux questions des participants connectés depuis l’Europe et au-delà. Alain de Keghel, fondateur visionnaire de la S.EU.RE, ouvrira les échanges, aux côtés de Georges Lassous, pilier éditorial de Kilwinning. Ysabeau Tay Botner – apportera une perspective féminine et contemporaine. Connue pour ses conférences sur l’engagement maçonnique et l’émergence du féminisme (comme celle de 2019 à Paris sur « Engagement maçonnique et émergence du féminisme »), Tay Botner.
Cet événement, gratuit et ouvert aux initiés via inscription sur le site de la GLN, s’inscrit dans une dynamique d’ouverture : il vise à consolider les liens européens tout en invitant à une réflexion sur l’universalisme maçonnique face à la globalisation. Comme le souligne de Keghel dans ses écrits, la franc-maçonnerie écossaise n’est pas une relique du passé, mais un outil vivant pour « tisser des liens entre maçons d’Europe » et promouvoir un humanisme sans exclusion.
Un humanisme écossais pour un monde en quête de sens
À l’heure où l’Europe fait face à des défis identitaires et géopolitiques, la S.EU.RE et sa revue Kilwinning rappellent la vocation de la franc-maçonnerie : un espace de dialogue rationnel et fraternel. La visio-conférence du 16 septembre n’est pas seulement une présentation ; c’est une invitation à débattre de l’universel dans un monde global, où les rites écossais – symboles de lumière et de perfection – pourraient éclairer les chemins de l’avenir. Pour participer, inscrivez-vous dès à présent sur le site de la Grande Loge Numérique. Un rendez-vous qui, à l’image de la spirale maçonnique, enroule passé et présent pour un futur partagé.
Une conférence proposée par Georges Troispoints dans le cadre des journées Européennes du patrimoine
Dans le cadre des journées Européennes du patrimoine, l’Association Georges Troispoints va proposer le samedi 20 septembre à 16h00 une conférence animée par Claude BUTTNER. Ce sera l’occasion, non seulement de découvrir les somptueux salons de Guise de la Mairie de Metz mais aussi d’écouter un érudit nous parler des rues, des façades devant les quelles nous passons chaque jour sans savoir, ni d’où elles viennent ni ce qu’elles veulent ou ont voulu dire.
Samedi 20 septembre 2025 à 16h00 dans les salons de Guise de la Mairie de Metz
Evidemment, il s’agit d’un Rendez-vous à ne pas manquer parce que Claude BUTTNER est un passionné de la ville de Metz, de la Moselle. Depuis 1970, il œuvre dans les instances associatives liées au patrimoine, et il devenu un acteur incontournable des différentes commissions territoriales agissant en faveur de la culture, du patrimoine historique du pays Messin. Son engagement est également reconnu par les différentes administrations puisqu’il est médaillé de Sport et jeunesse et du Tourisme. L’intérêt que porte Claude BUTTNER à l’environnement et au l’habitat de l’Homme rencontre en outre son enthousiasme pour l’histoire de la Région.
A n’en pas douter, Claude BUTTNER nous fera lever les yeux sur des façades devant lesquelles nous sommes passés 1000 fois. Il révélera les petites histoires qui nous permettent de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Il nous mettra sur la piste des indices du quotidien de nos aieux.
Claude BUTTNER a aussi pour objectif de montrer l’impact que les Francs-Maçons d’autrefois ont eu sur nos villes, sur nos murs et sur notre façon de vivre.
Mairie de Metz, construite de 1769 à 1771 par l’architecte Blondel
La Franc-maçonnerie et l’architecture
A première vue, on pourrit s’étonner de vouloir adosser la Franc-Maçonnerie et l’art de bâtir. Au contraire, il y a spontanément une conjonction d’idées : une idée comme un bâtiment se doit d’être solide dans le temps, on ne construit pas sa maison chaque matin. elle doit supporter et traverser les intempéries. Les grandes idées s’imposent aussi dans le temps et traversent les âges. Les idées et les murs solides supposent également qu’ils soient utiles et fonctionnels.
Un vieux pont qui ne permet plus de traverser une rivière ne sert à rien et il est abandonné. Il en est de même, à nouveau pour les idées. Dès lors qu’un concept n’a plus d’usage, on y fait moins référence. Lorsque les idées sont utiles et solides, étrangement elles deviennent belles, brillantes. elles s’imposent dans le temps et dans les esprits.
En tout cas, notre patrimoine porte les traces de nos prédécesseurs et certains étaient Francs-Maçons. Et leur marque si elle est discrète existe belle et bien. Voilà une belle ballade dans le temps que L’association Georges Troispoints propose.
Partout en France : poussons les portes, partageons la lumière !
Il est des week-ends qui ne sont pas de simples parenthèses, mais de véritables passages. Les 20 et 21 septembre, la Grande Loge de France (GLDF) ouvre largement ses Temples à l’occasion des Journées européennes du patrimoine (JEP).
Blason GLDF
En France – 24 sites -, des lieux d’ordinaire silencieux pour le monde profane se font hospitalité, conversation et transmission.Nous aimons ces instants où la pierre parle, où les symboles respirent, où la curiosité devient rencontre. Cette année, pas moins de vingt-quatre sites accueilleront le public, dessinant une cartographie de la tradition vivante, de la Bretagne aux rivages méditerranéens, des métropoles aux Orients plus discrets.
Grand Temple Pierre Brossolette
Rien d’une visite protocolaire. On entre, on regarde, puis très vite on écoute, on échange, on questionne. Des Frères guideront pas à pas, expliqueront l’architecture, dévoileront la portée symbolique des salles, des décors, des objets de mémoire. Des conférences rythmeront la journée, des expositions raconteront la longue histoire d’un humanisme initiatique qui a traversé les siècles sans perdre son souffle. Ici, la culture ne s’oppose pas au spirituel : elle lui donne un visage, une voix, une main tendue.
Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France
À Paris, le siège de la GLDF – rue Louis Puteaux – sera, comme toujours, un phare fraternel. Mais l’invitation s’adresse à toutes et tous, là où les Loges ont choisi d’ouvrir leurs portes. Nous entendons encore la parole simple du Grand Maître, Jean-Raphaël Notton : « Osez pousser nos portes ! Vous êtes les bienvenus. » La formule dit l’essentiel : l’initiatique n’est pas un retrait, c’est un chemin qui relie, un art du dialogue, un goût exigeant pour la vérité partagée.
Temple Franklin Roosevelt
Au-delà des clichés qui collent trop souvent à la franc-maçonnerie, ces JEP mettent en lumière des évidences discrètes : l’attention au détail, le respect du geste, l’écoute fraternelle. Nous savons combien un Temple, lorsqu’il s’ouvre à la cité, devient un espace de médiation et de paix. On y dépose ses préjugés comme on dépose ses armes, on y reprend souffle, et l’on découvre que nos outils – équerre, compas, maillet – sont d’abord des invitations à mieux bâtir notre humanité.
Tout au long du week-end, chacune et chacun pourra vivre l’expérience à son rythme : participer à des visites guidées, découvrir l’architecture et apprendre la symbolique de ces lieux ; assister à des conférences et des expositions qui éclairent le rôle de la Franc-Maçonnerie dans l’histoire et la société ; échanger librement avec des membres de la Grande Loge de France, dans un esprit de partage et de dialogue.
Les Mariannes
Les passionnés de patrimoine savoureront l’élégance des boiseries, la géométrie des volumes, la douceur d’une lumière orientée ; les curieux goûteront le plaisir d’une conversation franche avec des Frères disponibles ; les esprits en quête reconnaîtront dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) la continuité d’une lignée à la fois savante et fraternelle, juridique et mystique, qui se réinvente sans se renier, fidèle à l’essentiel : l’élévation de l’homme par la connaissance et la fraternité.
Appellation « musée de France » – Ministère de la Culture
Parce que la fraternité commence par l’attention portée à chacun, une vigilance particulière est accordée à l’accessibilité. De nombreux sites sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Lorsque des contraintes subsistent, des solutions d’accompagnement sont proposées pour faciliter la visite. Pour toute précision – accès PMR, présence d’ascenseurs, sanitaires adaptés, points d’assise, modalités d’accueil – nous invitons les visiteurs à contacter en amont l’Orient concerné.
L’essentiel est simple : que chacun se sente attendu, accueilli, accompagné.
Ordre des Mopses
Nous aimons dire que la tradition n’est pas un musée, mais une source. C’est exactement ce qui se joue lors de ces deux journées : transmettre sans prosélytisme, accueillir sans condition, répondre sans s’imposer, laisser chacun repartir avec une question plus claire, une intuition plus haute, une joie simple. Le patrimoine, ici, n’est pas un décor : c’est une expérience — et parfois, une vocation qui s’éveille.
Musée de la GLDF – musée de France
Le programme détaillé se découvre Loge par Loge sur le site officiel de la Grande Loge de France. On y trouve les horaires, les formats de visites, les conférences et les expositions proposés dans chaque Orient. À vous de choisir votre chemin de découverte, à nous d’en faire un moment de fraternité vraie.
« Osez pousser nos portes ! Vous êtes les bienvenus. »
Frères, Sœurs, amis de la cité, curieux bienveillants : que ce week-end soit notre rendez-vous. Poussons ensemble ces portes pour que la lumière circule mieux dans la ville. Au sortir du Temple, il y a toujours un peu plus de clarté, et cette clarté ne brille pas pour elle-même : elle éclaire la route que nous avons à marcher, côte à côte… et pourquoi pas, ensemble.
Le numéro 209 de Renaissance Traditionnelle (RT) s’inscrit dans la continuité d’une œuvre éditoriale commencée il y a plus d’un demi-siècle par René Guilly et poursuivie aujourd’hui par Roger Dachez. Cette revue, véritable phare dans l’océan des publications maçonniques, a toujours eu pour vocation de susciter des études originales, de faire paraître des documents rares, de nourrir l’intelligence symbolique et d’éveiller la sensibilité spirituelle de ses lecteurs.
Elle ne se contente pas de rendre compte du passé : elle déploie une recherche vivante qui éclaire l’histoire et l’initiation. Ce nouvel opus de 128 pages confirme ce double souffle, savant et méditatif, érudit et initiatique.
Renaissance Traditionnelle 209 janvier juin 2025
Ce numéro porte aussi une valeur particulière : il inaugure une nouvelle étape matérielle de la revue, installée désormais dans ses locaux de Puteaux, au bord de la Seine. Ce déménagement, annoncé avec reconnaissance envers la patience des abonnés, devient bien plus qu’un simple fait logistique. Il symbolise un passage, une traversée, une translation qui n’est pas sans rappeler la démarche initiatique elle-même. Comme une loge qui change de Temple tout en gardant son flambeau allumé, Renaissance Traditionnelle poursuit son travail de transmission et d’élévation.
Renaissance Traditionnelle, diplôme
Dès la première de couverture, le lecteur est saisi par l’image d’un certificat de franc-maçon daté du 2 juin 1827, issu des collections du Royal Museums de Greenwich. Plus qu’une illustration, ce document agit comme une clef d’entrée, une porte symbolique qui rappelle que chaque signe, chaque sceau, chaque trace graphique du passé maçonnique peut être lu comme une pierre taillée dans le grand chantier de la mémoire. Sa reproduction soigneuse témoigne du soin extrême porté à la mise en page et à l’iconographie : la revue ne livre pas seulement du contenu, elle donne forme à une véritable expérience esthétique et symbolique.
Le sommaire de ce numéro se révèle d’une richesse rare, embrassant la diversité des approches qui font la force de la revue. L’ensemble compose une mosaïque de voix, de perspectives, de disciplines, mais toujours tendues vers une même finalité : mieux comprendre et mieux aimer la tradition maçonnique dans sa double dimension, historique et spirituelle.
Le dossier : « Colonnes, chandeliers et piliers »
Roger Dachez poursuit l’étude entamée dans le précédent numéro autour de cette triade familière à tous les initiés. Les colonnes, les chandeliers et les piliers sont souvent considérés comme des éléments de décor. L’auteur les réinscrit dans une histoire vivante, polymorphe, mouvante. Il montre que ces symboles, loin d’être immuables, se sont transformés selon les époques, les rituels et les sensibilités.
La colonne n’est pas seulement un support architectural : elle devient axe, signe de verticalité et d’élévation. Elle incarne la stabilité mais aussi la polarité, reliant le ciel et la terre, la tradition et l’innovation. Le chandelier n’est pas seulement un luminaire : il rythme la nuit, éclaire le travail, rappelle l’étoile de l’initié dans le silence du Temple. Les piliers ne sont pas de simples soutiens : ils incarnent les valeurs qui fondent l’Ordre et inscrivent l’homme dans l’harmonie cosmique. Cette étude nous révèle que la tradition ne se fige jamais. Elle se réinvente dans l’espace du rituel, offrant aux générations successives de nouvelles clefs d’interprétation.
Les Varia : mémoire et quête
L’histoire de la Loge de Joigny (1777-1880), étudiée par Christian L., nous transporte dans la respiration d’un atelier de province. Cette plongée dans les archives fait revivre non seulement des actes administratifs ou des statuts, mais surtout une manière d’habiter l’histoire locale. Chaque loge devient un microcosme, une réplique miniature du grand chantier universel. La fragilité des frères, leurs enthousiasmes, leurs épreuves, leurs engagements sociaux et politiques apparaissent comme autant de pierres posées dans le temple invisible de la fraternité.
L’article de Philippe Langlet, « Le chaînon manquant ? », est sans doute l’un des moments les plus puissants de ce numéro. En s’interrogeant sur le quatrième grade du REAA, Maître Secret, l’auteur met en lumière les strates rituelles, les filiations textuelles, les variantes doctrinales qui témoignent de la richesse d’une tradition souvent appauvrie dans sa pratique actuelle. Sa méthode philologique et comparative, mettant en regard les rituels de 1857 (Albert Pike) et de 1922 (Suprême Conseil de France), révèle une constellation de correspondances et de divergences.
De cette enquête minutieuse, il ressort une leçon initiatique majeure : le chaînon manquant n’est pas une pièce disparue qu’il faudrait reconstituer. Il est la fonction même de la tradition vivante, cet espace de tension et de fidélité où mémoire et recréation s’accordent. Vérité, Parole et Temple apparaissent comme les trois noyaux doctrinaux qui traversent les versions et donnent au grade sa sève intérieure. Langlet ne nous enferme pas dans une reconstruction figée : il ouvre un passage, il invite à lire entre les lignes, à percevoir le mouvement de la tradition comme une musique qui se transmet d’oreille en oreille.
Jan A. M. Snoek, avec sa rectification érudite sur le développement précoce du degré de Maître Écossais, rappelle l’importance des errata. Corriger n’est pas un acte secondaire. C’est une preuve que la recherche est vivante, perfectible, fidèle à l’exigence maçonnique d’amélioration continue.
Retour aux classiques : le Secret des francs-maçons (1744)
Roger Dachez consacre une étude magistrale à cette première grande divulgation française. Loin de la considérer comme une simple trahison, il la replace dans son contexte et montre qu’elle a paradoxalement sauvé des formes rituelles qui auraient pu disparaître. Les éditions successives de 1744 ne livrent pas un texte figé mais un kaléidoscope de variantes. Leur impression a fixé dans l’encre des gestes et des paroles qui, autrement, se seraient perdus.
La leçon est capitale : le secret initiatique ne réside jamais dans la lettre imprimée. Il demeure dans l’expérience intérieure, dans le silence, dans la transformation vécue au Temple. La divulgation dévoile et voile tout à la fois. Elle rend plus précieuse encore la recherche de ce qui ne peut être dit.
Mémoire et compagnonnage
La rubrique « Francs-maçons du passé » met en lumière une figure oubliée : Pierre-Jacques Willermoz, frère du plus connu Jean-Baptiste. En redonnant à cet homme de l’ombre la place qu’il mérite, Roger Dachez rappelle que l’histoire de la Franc-Maçonnerie ne s’écrit pas seulement avec des héros auréolés mais aussi avec des artisans discrets qui ont œuvré pour la continuité de l’Ordre.
Dans « Emblemata Latomorum », Jean-Paul Le Buhan explore la frontière subtile entre signes de métier et emblèmes de confrérie. Les marques gravées par les compagnons ou les maçons deviennent emblèmes dès lors qu’elles dépassent la fonction pour se charger d’une valeur symbolique. Cette interrogation ouvre sur une méditation profonde : à quel moment le geste se transfigure-t-il en rite, l’outil en emblème, l’inscription en symbole ?
Jean-Michel Mathonière, dans la rubrique « Côté compagnonnages », interroge la symbolique des colonnes et des ordres d’architecture chez les compagnons du Tour de France. Il montre combien compagnonnage et Franc-Maçonnerie partagent une langue commune, faite de pierre, de règle et de compas, où l’art de bâtir devient science de l’âme. Ce détour par la tradition compagnonnique éclaire la Franc-Maçonnerie comme un vaste chantier humain et spirituel.
Les lumières de conclusion
Comme toujours, la revue se termine par les comptes rendus de livres, ouvrant la réflexion vers d’autres horizons, et par la rubrique RT numérique, qui montre que la tradition sait aussi emprunter les voies de la modernité.
Alors, ce numéro de RT, juste un recueil d’articles savants ? Non, il est une œuvre collective où rigueur et méditation, mémoire et quête spirituelle, érudition et contemplation se rejoignent. Fidèle au vœu de René Guilly, il nous aide à mieux comprendre et à aimer plus encore la tradition maçonnique.
Chaque article y est une pierre. Chaque étude une colonne. Chaque illustration une lumière. Ensemble, ils composent un Temple de papier où le lecteur est invité à entrer, à méditer, à poursuivre la chaîne ininterrompue de la recherche et de l’initiation.
Le numéro est disponible au prix de 30 € pour 128 pages. L’abonnement annuel, pour 2025, donne droit à deux numéros, de janvier à décembre. Informations et commandes sur le site officiel : https://rt.fmtl.fr/.