Alors que les relations historiques entre la France et les nations africaines traversent une période de profondes mutations, une conférence publique d’envergure se profile à l’horizon. Organisée par l’Association des Loges, l’événement intitulé « L’Afrique et la France à la croisée des chemins : un dialogue essentiel pour repenser les relations franco-africaines », se tiendra le mercredi 2 juillet 2025, de 19h à 21h30, à l’Hôtel du Grand Orient de France, 16 rue Cadet, Paris 9e.
Les liens entre la France et l’Afrique, forgés par des siècles de colonisation, d’indépendances formelles et de la nébuleuse « Françafrique », sont aujourd’hui à un carrefour. En Afrique francophone – du Sahel aux Grands Lacs –, des mouvements populaires exigent une rupture avec les réseaux d’influence opaque, les ingérences économiques et les déséquilibres hérités. La jeunesse africaine, moteur de ces revendications, appelle à des relations fondées sur la transparence, la réciprocité et la dignité, tandis que la fermeture de bases militaires à Niamey, Bamako ou Ouagadougou symbolise un retrait progressif de la présence française traditionnelle.
De son côté, la France, confrontée à une perte d’influence face à la Chine, la Russie ou la Turquie, tente de redéfinir son rôle. Les discours autocritiques de certains responsables et les initiatives de partenariats « à hauteur d’hommes » marquent une évolution, mais peinent encore à répondre aux aspirations populaires. Cette conférence se veut un espace pour interroger ce moment charnière, dépassant les postures diplomatiques pour poser des questions fondamentales : Quelle présence pour la France demain ? Quelle souveraineté pour les nations africaines ? Quels partenariats équitables pour l’avenir ?
Trois Axes de Réflexion pour un Dialogue Nouveau
Quelle Présence pour la France Demain ?
Depuis les indépendances des années 1960, la présence française en Afrique a oscillé entre soutien militaire à des régimes alliés, contrôle de ressources stratégiques et rayonnement culturel via la francophonie. Cette emprise, autrefois perçue comme légitime, est aujourd’hui contestée par des expulsions d’ambassadeurs et des critiques acerbes. Pour être crédible, une nouvelle présence française doit s’appuyer sur la confiance, la transparence et une modestie rare, passant d’une logique de domination à celle d’une coexistence respectueuse.
Quelle Souveraineté pour les Nations Africaines ?
La souveraineté africaine, revendiquée sur les plans politique, économique et culturel, reste entravée par des héritages coloniaux – infrastructures, systèmes financiers comme le franc CFA, dépendances sécuritaires. Réaffirmer cette souveraineté nécessite de prioriser les besoins locaux, de libérer les institutions des influences externes et de coordonner des politiques régionales. Les intellectuels, les femmes, les jeunes et les diasporas joueront un rôle clé dans l’émergence d’une souveraineté populaire et durable.
Quels Partenariats Équitables pour l’Avenir ?
Les modèles de coopération passés, souvent marqués par des « aides » aliénantes et des contrats avantageux pour les entreprises étrangères, doivent céder la place à des partenariats équilibrés. Éducation, transition énergétique, innovation technologique et gestion des ressources naturelles pourraient devenir des axes de co-développement, où la France, avec ses diasporas dynamiques et ses valeurs républicaines, agirait en allié plutôt qu’en tuteur.
Des Intervenants d’Exception
Jean-Marie Bockel : Une Voix pour la Rupture
Jean-Marie Bockel, né le 22 juin 1950 à Strasbourg (Bas-Rhin), est un avocat et homme politique français.
Figure du réformisme républicain, Jean-Marie Bockel a marqué l’histoire en 2008 en déclarant dans Le Monde : « La Françafrique est morte. » Cette prise de position, choc dans les cercles politiques, lui valut un rapide départ de son poste de secrétaire d’État à la Coopération. Dix-sept ans plus tard, auteur du rapport présidentiel sur la redéfinition de la présence française en Afrique, il revient avec une vision lucide. Lors de la conférence, il proposera un bilan critique, des pistes concrètes pour un partenariat respectueux et une réflexion sur les défis communs, loin des leçons magistrales, en témoin engagé d’une transition historique.
Robert Bourgi : Le Témoin de l’Ombre
Robert Bourgi (Avocat)
Symbole des réseaux françafricains, Robert Bourgi, juriste et conseiller discret de chefs d’État africains et français, incarne un héritage controversé. Son livre Ils savent que je sais tout : Ma vie en Françafrique (25 septembre 2024) dévoile les coulisses de ses missions avec Chirac et Sarkozy, assumant son rôle de « facilitateur politique ». Bien qu’absent en tant qu’intervenant, son spectre planera sur les débats, alimentant les questions sur les pratiques passées et leur persistance.
Niagalé Bagayoko : Une Modération Ancrée en Afrique
Niagalé Bagayoko (Source Panthéon Sorbonne)
Spécialiste de la sécurité et de la gouvernance, Niagalé Bagayoko, présidente de l’African Security Sector Network (ASSN) depuis 2011, apportera une rigueur académique et une perspective africaine. Diplômée de Sciences Po et docteure de Paris 1, elle a enseigné à Abidjan et collaboré avec des organisations internationales. Sa modération inclusive promet un débat pluriel, où les voix citoyennes – jeunes, femmes, diasporas – trouveront une place centrale.
Nicolas Penin Grand Maître du GODF
Nicolas Penin : L’Engagement Maçonnique
La conférence sera ouverte par Nicolas Penin, Grand Maître du Grand Orient de France, qui rappellera l’engagement citoyen, humaniste et fraternel de la maçonnerie dans cette refondation des relations entre les peuples.
Un Appel à Toutes les Consciences
Cet événement, gratuit mais sur inscription obligatoire, s’adresse à un large public : chercheurs, associatifs, étudiants, maçons et citoyens. Il ne s’agit pas de juger le passé, mais de co-construire un avenir post-Françafrique, juste et fraternel. Réservez votre place dès maintenant pour participer à ce dialogue essentiel.
Informations pratiques :
Date : Mercredi 2 juillet 2025
Heure : 19h – 21h30
Lieu : Hôtel du Grand Orient de France, 16 rue Cadet, 75009 Paris
Éthique » et « morale », ces mots renvoient toutes deux aux mœurs et aux coutumes donc aux règles de conduite et à leur justification. C’est Cicéron qui, en traduisant le terme grec èthica par moralisdans la leçon i deDroit, morale et religion leur a donné une équivalence sémantique. Cependant, « morale » est le mot employé pour exprimer l’ensemble des règles ou préceptes, obligations ou interdictions relatifs à la conformation de l’action humaine aux mœurs et aux usages d’une société. La morale se définit donc principalement comme une théorie de l’obligation, ou comme un ensemble de règles de conduite d’action.
Quant à l’ « éthique », on peut la définir comme réflexion théorique sur la morale, comme un fondement de la morale.
Il semble intéressant de considérer ce que d’autres traditions, dont pourtant la nôtre est issue, établissent comme distinguo entre éthique et morale. Faisons donc un détour par la langue de l’Ancien Testament.
Les termes hébreux « mishpat » (justice) et « tsedek » (droiture, justice) sont souvent évoqués dans des contextes religieux et liturgiques juifs, mais ils apparaissent aussi dans certains rituels anglo-saxons influencés par la tradition biblique qui s’inspirent de l’Ancien Testament.
Plus précisément, ces concepts peuvent être mentionnés dans des rituels ou lectures bibliques lors de services religieux anglo-saxons qui mettent l’accent sur la justice divine et la droiture, tels que les offices de la Semaine Sainte ou des célébrations liées à la justice divine, ou encore certains cultes protestants ou évangéliques qui utilisent des lectures de l’Ancien Testament (notamment les Psaumes, Prophètes) où ces mots apparaissent, et enfin à certaines études bibliques ou des rituels de prière qui insistent sur la justice sociale et morale, inspirés par la Bible hébraïque
On sait que, pour les Hébreux, la Loi (celle des tables éponymes) et la Justice, l’équité en son application (que l’on retrouve sous les noms de mishpat et de tsédeq) furent fondatrices de la gouvernance ce peuple et des relations entre eux. «Malheur à celui qui bâtit sa maison par l`injustice [littéralement sans tsédek], Et ses chambres par l`iniquité [littéralement sans mishpat]», comme on peut le lire dans Jérémie ; 22,13. C’est en Genèse 18 : 19, que l’on comprend cette distinction : tsédek c’estla vertu et mishpat, la justice[1].
« Mishpat » est généralement traduit par : Jugement, justice, habitude, ordonnances, loi, le droit, les règles, la cause, le modèle, règles établies, . . . Il peut aussi s’agir de l’ action de décider d’une cause ; lieu, cour, siège du jugement ; mais aussi d’une procès, d’une procédure, d’un litige (devant des juges) ou encore d’un cas, d’une cause (présentée au jugement) mais aussi de la sentence, de la décision (du jugement) voire de l’exécution (du jugement).
Quant à « Tsédeq », ce mot est généralement traduit par : justice, juste, innocence, se justifier, droiture, bonté, vrai, équité, salut, triomphant, bonheur. Ce qui est droit ou juste ou normal, droiture, justesse (de poids et mesures) ; Justice (d’un gouvernement). En général équité effective, du roi, de Jérusalem comme siège d’un gouvernement juste ; de l’attribut de Dieu. Equité signifie aussi justice (dans une affaire ou une cause) ; droiture (dans le discours), justice (ce qui est moralement, éthiquement droit), justice (défendue), justification (en controverse), délivrance, victoire, prospérité ? IL peut enfin s’agir de Dieu comme gardien de l’alliance dans la rédemption, ou enfin dans le nom du roi Messianique ainsi que du peuple qui se réjouit du salut.
On a retrouvé dans l’iconographie assyrienne antérieure, un Dieu-soleil flanqué de chaque côté par deux dieux mineurs appelés Mishpat et Tsédek.
Dans les rituels anglo-saxons, les deux colonnes B et J sont, avant tout, le rappel de fonctions : royale (mishpat) pour Boaz (aïeul de David et de Salomon), et sacerdotale (tsédeq) pour Jakin (prêtre assistant lors de la consécration du Temple).
C’est ce qu’estime Paul Ricoeur lorsqu’il écrit dans Fondements de l’éthique: « Je propose donc de distinguer entre éthique et morale, de réserver le terme d’éthique pour tout le questionnement qui précède l’introduction de l’idée de loi morale et de désigner par morale tout ce qui, dans l’ordre du bien ou du mal, se rapporte à des lois, des normes, des impératifs. »
Et de poursuivre plus loin : « On entre véritablement en éthique, quand, à l’affirmation pour soi de la liberté, s’ajoute la volonté que la liberté de l’autre soit. Je veux que ta liberté soit. »
Ainsi, dans le champ des sciences humaines la morale prend un sens descriptif des faits et se rattache à la sociologie ; elle peut se caractériser comme phénomène universel même si s’oppose à ce phénomène universel une relativité des morales dans l’espace et dans le temps. Il vaque cette relativité des morales implique l’émergence de conflits de morales eux-mêmes fluctuant dans l’espace et dans le temps.
MICHEL MAFFESOLI, SOCIOLOGUE, PARIS, LE 10 AVRIL 2014.
Michel Maffesoli, dans son ouvrage « Au creux des apparences » publié en 1990, exprimait bien cette frontière -ou mieux encore le glissement – être morale et éthique : « Quand on observe tous les phénomènes de violence dont l’actualité n’est pas avare, quand on voit les valeurs sociales traditionnelles perdre de leur force, ou les diverses autorités politiques, intellectuelles, journalistiques être tournées en dérision, on peut se poser la question : existe-t-il encore une morale universelle, applicable à tous ? C’est lorsque quelque chose n’a plus de réalité qu’on en parle beaucoup. Or, la Morale représente un monde qui n’est plus. Et c’est pour cela qu’on entonne, jusqu’à plus soif, des incantations en son nom. Mais comme il faut bien vivre ensemble, on voit se développer des éthiques particulières. Celles-ci traduisant ce » sentiment d’appartenance » propre aux tribus postmodernes. »
Pour être concret, on peut constater que l’éthique repose sur des valeurs morales voire communautaires. L’éthique, qui porte sur ce que nous « devrions » faire, varie donc selon les individus et les groupes.
Si l’on en croit le dictionnaire Larousse, la morale est un « ensemble de règles de conduite considérées comme bonnes de façon absolue ou découlant d’une certaine conception de la vie », et l’éthique est une réflexion argumentée sur les valeurs morales.
Mais il est facile de convenir que cette définition n’est guère satisfaisante, Surtout, l’éthique est bien plus qu’une « réflexion argumentée » : l’éthique ne commande pas, alors que la morale est effectivement un ensemble de règles. Cependant, l’éthique est bien une réflexion sur la morale, qui a trait aux valeurs qui orientent et motivent nos actions dans nos rapports avec l’autre. En fait, il n’est pas exagéré de dire que l’éthique est tournée vers l’autre, ses attentes, ses désirs, et par tant sa liberté.
Spinoza posait sans ambiguïté la différence entre morale et éthique en postulant que la morale, c’est le système du Jugement de Dieu, le système du Jugement. Mais l’Éthique inverse le système du jugement, de sorte que la différence qualitative des modes d’existence « bon /mauvais » se substitue au système de l’opposition des valeurs « Bien/Mal ».
Les acteurs professionnels du soin et de l’accompagnement connaissent bien les grands principes de l’éthique. Outre le principe de non-malfaisance, le principe de bienfaisance et le principe de justice et de non-discrimination, ils respectent le ». principe d’autonomie qui repose sur la reconnaissance de la faculté d’une personne d’avoir des opinions, de faire des choix et d’agir en fonction de ceux-ci…
Il va de soi que ceci suppose des capacités de jugement non altérées.
Plus récemment, ils ont été employés en philosophie moderne à propos des spéculations qui portaient sur « l’éthique », considérée comme le domaine de la détermination des fins de la vie humaine, des conditions nécessaires pour atteindre la vie heureuse ou des principes que doit suivre l’Homme pour mener une vie juste ou conforme à ses devoirs, dictés par la société ou par la raison.
Friedrich Nietzsche
Mais il est clair que L’Éthique de Spinoza qui vécut au 17ème siècle, traite de la conduite de la vie humaine, tandis que Généalogie de la morale de Nietzsche , qui vécut dans la seconde moitié du 19ème siècle, enquête sur l’origine des valeurs chrétiennes, qui pour l’auteur constituent ou fondent notre morale.
En fait, aujourd’hui, il est admis que « morale » et « éthique » ont des connotations différentes.
Le terme morale désigne l’attitude humaine face au bien et mal : ce qui est moral est bien, ce qui est immoral est mal. Evidemment, ce qui est amoral, – avec le a privatif – n’est pas concerné par les notions de bien et de mal. On notera que « morale » est parfois employé dans le cadre de connotations volontiers négatives : « faire la morale », c’est donner des leçons (indûment) à quelqu’un, un « moralisateur » est une personne qui se complaît à prêcher la bonne morale. On sait aussi que la « morale » n’est pas restreint au vocabulaire religieux : on parle en France de « moralisation de la vie publique » à propos des mesures prises par les pouvoirs publics pour rendre plus acceptables la conduite des élus.
Le terme « éthique» est volontiers lié à l’activité de certains, et on parle volontiers de l’éthique professionnelle des médecins, des policiers, des journalistes…, c’est-à-dire les règles selon lesquelles un individu qui exerce l’une ou l’autre de ces professions travaille afin de ne pas se comporter injustement.
L’éthique renvoie aussi aux réflexions produites à propos de l’usage fait des nouvelles techniques scientifiques en biologie. On parle alors de « bioéthique» et de « questions éthiques », qui peuvent être par exemple : « peut-on cloner des êtres humains ? ».
On notera qu’en France, un organisme a été créé en 1983 pour conduire ces réflexions et émettre des avis : le Comité consultatif national d’éthique.
Certes, l’éthique et la morale se rapprochent puisque les deux sont responsables de la construction de la base qui guide la conduite de l’homme, déterminant son caractère, son altruisme et ses vertus, et enseignant la meilleure façon d’agir et de se comporter en société.
Bien que l’éthique approuve ou justifie normalement les pratiques morales, il arrive qu’elles se rangent en opposition l’une contre l’autre.
En fait, les deux termes sont employés différemment, pour exprimer que l’éthique est liée à l’étude du bien-fondé des valeurs morales qui guident le comportement humain dans la société, tandis que la morale est liée aux coutumes, normes, tabous et aux accords établis par chaque société.
Ainsi, l’éthique est la théorisation de la morale. Il n’est pas faux de considérer que l‘éthique aide à définir les critères sur ce qui se passe autour de nous.
Surtout, l’éthique ne fait pas de discrimination selon l’univers d’usage et les coutumes, Une telle « neutralité » n’est toujours pas valable pour la morale.
Les critères d’admission en franc-maçonnerie insistent sur le fait que le candidat doit être « libre et de bonnes mœurs ». Mœurs et morale ont une parenté qui n’est pas qu’étymologique, comme le laisse présumer le concept de « moralité ».
Une loge au XVIIIème siècle : eau-forte, aquarelle, planche dite « Cabanon », 1745 – Musée de la franc-maçonnerie.
En fait, dans les premiers textes de la maçonnerie opérative il était écrit : «né libre et de bonnes humeurs» qui devient « libre et de bon renom » ensuite. Mais c’est bien pour insister sur les valeurs morales que l’exigence est devenue d’être « libre et de bonnes mœurs ». Les deux notions fréquemment accolées de mœurs et de coutumes perdurent de l’Antiquité jusqu’au 19ème siècle. Si la première regarde les manières d’être comme implicitement structurées par des systèmes de valeurs, la seconde désigne des habitudes, et donc des systèmes de pratiques.
Il existe une morale coutumière, adaptée à tel lieu et à tel temps, qui est la morale des honnêtes gens dans une société donnée. Elle traduit les bonnes mœurs qu’il est souhaitable de suivre pour l’harmonie de la collectivité ; elle est à la mesure de quiconque et ne réclame aucun élan intérieur ni vertu supérieure. C’est ce minimum de morale sociale qui est exigée ; le casier judiciaire du profane doit être vierge lors de sa demande d’entrée en Franc-maçonnerie.
Code pénal français, justice, textes de loi,
Le droit français ne maintient plus l’interdiction de déroger aux bonnes mœurs, toutefois encore évoquée dans l’article 6 du code civil créé en 1803 alors qu’on ne peut déroger, par des conventions particulières, aux lois qui intéressent l’ordre public. La loi n’a conservé les bonnes mœurs que dans le code de la propriété intellectuelle et dans le code de commerce.
Cette notion apparaît en effet désuète au regard de l’évolution de la société ; la jurisprudence l’a progressivement abandonnée au profit de la notion d’ordre public dont elle n’a eu cesse de développer le contenu.
«De bonnes mœurs» est la traduction, ou plutôt l’adaptation française, de l’expression «of good report» présente dans les rituels maçonniques anglo-saxons originels et contemporains. Elle ne signifie pas «de bonnes mœurs» mais «de bonne réputation», ce qui n’est pas la même chose.
Dans les sociétés influencées par le protestantisme et le puritanisme, les deux notions sont cependant très liées. Le Convent de Lausanne en septembre 1875 (qui réunit les Suprêmes Conseils de onze pays) proclame : «depuis la préparation au premier grade jusqu’à l’obtention du grade le plus élevé de la Maçonnerie écossaise, la première condition sans laquelle rien n’est accordé à l’aspirant, c’est une réputation d’honneur et de probité incontestée
On peut dire aussi que l‘éthique est basée sur une réflexion individuelle, tandis que la morale, fondée sur la coutume d’une société, impose ses normes et son cadre coutumier. L’éthique est peut-être cette tension même, parce qu’elle suppose le pouvoir, non sur l’autre, mais sur soi-même. Et la méthode maçonnique est, par essence, ce qui réforme de l’intérieur, ce qui reconstruit, redispose autrement la beauté intérieure. Une telle reconstruction, libre et lucide, peut-elle être « normée » autrement que par une équerre intime ?
Finalement, il peut sembler légitime de considérer qu’alors que l’éthique vise à construire des valeurs absolues, impérissables et universelles, la morale évolue sans cesse, se transformant en fonction de l’idéologie dominante des pays (ou des sociétés) et du temps qui passe….
[1] Genèse 18 : 19 : « Si je l’ai distingué, c’est pour qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Éternel, en pratiquant la vertu et la justice »
Le dernier album photo de Reporters Sans Frontières rend hommage à Vivian Maier, une des photographes les plus géniales du XXème siècle. Problème : elle n’a jamais voulu être photographe. Elle n’a jamais voulu faire ce qu’il aurait fallu pour ça : trianguler.
C’est un autoportrait de 1953, de Vivian Maier à New York. On la voit par reflet dans une vitrine, son appareil Rolleiflex calé sur son ventre, le regard distant. Depuis l’origine, depuis la camera obscura, la photographie est un dispositif de triangulation, qui fonctionne sur la symétrie inversée (voir illustration). Globalement, la composition de l’image est la même que celle d’un tableau : cadre, construction des lignes, perspective, point de fuite, mais les moyens sont différents : la chambre noire, l’objectif, l’obturateur. Il faut différencier ce qui est dans le cadre et ce qui est hors-cadre, qui ne doit pas être vu.
Ici on remarque une double transgression. D’abord, la présence de l’appareil photo. Or, l’œil qui regarde ne doit pas être visible. C’est le principe du “quatrième mur” en théâtre, on fait comme si les spectateurs n’étaient pas là, alors qu’en réalité, le spectacle est donné pour eux. La deuxième transgression est celle de l’auto-référencement. Le photographe ne peut pas être lui-même le sujet de sa propre photographie. Bien sûr, l’autoportrait est un genre courant en peinture, et très prisé de certains peintres : Rembrandt, Courbet, Van Gogh…, mais justement parce qu’il est une transgression, il met en abyme l’art de la peinture lui-même. Dans les autoportraits de peintre, l’artiste se regarde droit dans les yeux et du même coup dans les yeux du spectateur. Vivian Maier ne fait pas cela. Elle ne regarde pas dans l’appareil photo et donc pas dans les yeux du spectateur. Elle l’exclut. Elle regarde, en face d’elle, son reflet dans la glace. Vivian Maier photographe regarde Vivian Maier sujet de sa propre photographie. Sans complaisance. Ce n’est pas son œil qui prend la photo, elle semble absente, ce sont ses mains, ce sont ses doigts.
Cette image montre en réalité un portrait inversé de Vivian Maier. Non pas telle que nous l’aurions vue si on s’était trouvé face à elle, mais inversée dans le miroir de la vitrine, telle qu’elle à l’habitude de se voir elle-même. Normalement, la photographie n’inverse pas l’image à l’horizontale, le miroir, si. Nos contemporains, lorsqu’ils prennent des selfies ou des vidéos d’eux-mêmes, choisissent d’inverser l’image, ils ne se filment pas comme un photographe objectif les verrait , comme les autres les voient, mais comme ils se voient eux-mêmes dans le miroir, le sujet impose sa vision à l’auteur. Le moi dans toute sa majesté. Ça en dit long sur notre époque.
L’image doit toujours avoir un point de fuite, mais pas là, la perspective de la rue est masquée par le personnage principal. On devrait voir aussi quelque chose de ce qui se trouve derrière la vitrine, à l’intérieur de la boutique, mais rien là non plus. Des reflets. Des immeubles, des voitures bloquées à un feu, qui semblent immobiles, un homme qui marche, simple silhouette floue, et qui regarde ailleurs. Et elle, seulement elle, le reflet de son reflet qui se reflète deux fois dans le miroir. C’est une mise en abyme, mais sans aucune profondeur. Une mise en abyme écrasée sur deux dimensions, celles de la seule surface où tout se passe. Une mise en abyme plate. Sans la troisième dimension qui permet de trianguler le regard. Il n’y a pas de profondeur et pas d’extériorité, aucune place pour le spectateur. S’il plonge dedans, son regard reste piégé à l’intérieur.
Cette photo, en réalité, n’a été vue par personne. Vivian Maier reprendra plusieurs fois ce thème de son reflet dans le miroir. En 1953, elle est à New York depuis deux ans, elle commence sa longue aventure avec la photographie. Mais elle est gouvernante d’enfants, elle le restera toute sa vie, elle n’est pas photographe. Elle pourrait l’être. Elle a appris cet art avec une des plus grands photographes de son époque : Jeanne Bertrand. Elle n’est pas “naïve” comme le douanier Rousseau, elle n’est pas profane. Mais elle n’est pas photographe. Elle ne se considère pas comme ça. Elle ne vendra ni n’exposera jamais aucune seule de ses œuvres. Elle enferme ses tirages et ses milliers de négatifs jamais développés dans des cartons qu’elle emporte avec elle. Il y en aura près de 150 000. En 2007, deux ans avant qu’elle ne meure, un quidam nommé John Maloof achète certains de ces cartons aux enchères, dans la liquidation d’un garde-meubles où elles les avait entreposées. C’est lui qui va s’instituer gardien de la mémoire et s’employer à faire connaître cette œuvre. Ou plutôt, il va la fabriquer. En commençant par la rendre publique. Puis par intéresser des amateurs d’arts, des collectionneurs comme Jeffrey Goldstein qui se mettent à reconnaître son travail comme véritablement de l’art à partir de 2008. Ensuite, c’est la folie, l’engouement. Posthume. Elle n’était plus en mesure de s’y opposer ni d’y participer. Sa stature d’artiste-photographe, sa légende, et son œuvre elle-même se sont construites sans elle. D’ailleurs, est-ce bien Vivian Maier ? Elle n’a pas choisi les clichés qui méritaient d’être publiés. Les photographes ne sélectionnent qu’à peine 1% de leur production pour le rendre public, le reste, ils le jettent. Elle n’a pas non plus assuré ni supervisé les tirages, les éventuels recadrages et les éventuelles retouches. Est-ce son regard qu’on publie avec les photos qu’on expose, ou sont-ce les choix de John Maloof ? Et qui a construit “Vivian Maier” et son œuvre si ce n’est pas vraiment elle ? Sa production photographique (photographie = écriture de la lumière) était condamné par elle à dormir dans l’obscurité, au fond de cartons dont elle ne donnait l’accès à personne. Disparition de la troisième dimension, mise en abyme de l’ombre et de la lumière, écrasement sur deux dimension, puis sur une : le néant.
Tout art fonctionne sur une série de triangulations : l’artiste / son œuvre /son public, ou bien : l’artiste / son art / son œuvre, ou encore : le “marché”de l’art, le champ artistique / l’œuvre de l’artiste, etc. Vivian Maier ne s’est jamais instituée artiste. Elle n’a jamais constitué une œuvre. Le monde de l’art ne l’a jamais connue. De son vivant. Mais à sa mort, le marché et le monde de l’art ont constitué une œuvre à partir du travail de Vivian Maier et ont inventé une artiste nommée Vivian Maier.
On ne peut pas être franc-maçon tout seul. Il faut être reconnu par les siens. Pas seulement “reconnu”, mais co-construit, les autres participent à la construction du franc-maçon que nous sommes. Car nous sommes l’œuvre : operae lapidem. Nous ne pouvons pas le faire tout seul mais les autres ne peuvent pas non plus le faire sans nous. C’est à nous de mener le chantier.. Il faut aussi vouloir être franc-maçon pour l’être et se reconnaître soi-même comme tel. Dès qu’on cesse de se croire franc-maçon, on ne l’est plus. Les yeux dans le miroir, qui est ce franc-maçon qu’on vient d’initier ?
Ce roman riche en rebondissements aborde une face méconnue de l’histoire de la Corse, une histoire mouvementée et parfois compliquée, en particulier dans sa relation avec le Vatican. Au terme d’une quête qui aura duré plus de deux ans à travers la Corse et Rome, en passant par Paris et Marseille, Pierre Renucci, journaliste, expert en symboles maçonniques, est un homme comblé. Grâce à toutes les informations glanées, triées et retranscrites précieusement sur son carnet qui ne le quitte jamais, il est sur le point de percer l’un des secrets les mieux gardés de l’histoire de l’humanité….
Ses recherches dérangent le Vatican et il va devoir échapper aux tueurs lancés à ses trousses par l’énigmatique Messager. Heureusement, Pierre Renucci bénéficie de la complicité d’amis marseillais et corses pour le protéger et l’aider à résoudre cette énigme vieille de plusieurs siècles et qui va bouleverser son existence.
L’AUTEUR
Michel Viallefond, passionné d’histoire et d’ésotérisme, a, comme son héro PIERRE RENUCCI, enquêté dans plusieurs pays pour collecter les faits historiques décrits dans ce premier roman. Sa connaissance du symbolisme et de la Corse, dont il est originaire, lui ont permis d’établir les hypothèses sur lesquelles se fonde la trame de son récit
Le lundi 16 juin 2025, une cérémonie d’une intensité rare s’est tenue à l’UNESCO, à Paris, pour rendre hommage à Frankétienne, disparu quelques mois plus tôt. Le Très Respectable Grand Maître Thierry Zaveroni y représentait la Grande Loge de France, aux côtés de personnalités du monde diplomatique, littéraire et artistique, marquant la présence fraternelle et engagée de l’Ordre à cet événement à forte portée symbolique.
Frankétienne – de son nom complet Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d’Argent – fut bien plus qu’un écrivain haïtien : poète, romancier, dramaturge, peintre, chanteur et enseignant, il incarne à lui seul l’élan créateur d’une Haïti qui résiste, invente, et transfigure les chaos du monde en énergies de beauté et de conscience.
Un hommage tissé de mots, de chants et de mémoire
Le déroulé du programme, particulièrement soigné, a reflété toute la richesse de l’homme et de son œuvre.
Dès 17h30, l’accueil des invités s’est ouvert sur la projection d’un portrait de Frankétienne, accompagné du chant introductif de James Germain. Sa voix s’est élevée sur cette parole de l’auteur : « Si un jour tu tombes, apprends vite à chevaucher la chute. Que ta chute devienne ton cheval, pour continuer le voyage. » Une invitation à faire de la fragilité une force, du vertige une voie.
La première partie fut consacrée aux allocutions officielles :
S. Exc. Madame Lilas Desquiron, Ambassadrice, Déléguée permanente de la République d’Haïti auprès de l’UNESCO,
Madame Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO (ou son représentant),
Madame Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la Francophonie (ou son représentant),
S. Exc. Louino Volcy, Ambassadeur d’Haïti en France,
Madame Marie-Andrée Étienne, veuve de Frankétienne, par message vidéo.
La deuxième partie fut dédiée aux témoignages et lectures :
Une projection retraça la bibliographie impressionnante de Frankétienne – plus de quarante ouvrages,
L’académicien Dany Laferrière livra une intervention empreinte de fraternité,
Le professeur Jean-Marie Théodat (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) relia son œuvre à l’histoire intellectuelle haïtienne,
Makenzy Orcel et James Noël prêtèrent leur voix à ses textes,
Une sélection de vidéos fit résonner encore la voix de Frankétienne, toujours vibrante.
La troisième partie et dernière partie donna lieu à une célébration artistique :
Un voyage visuel dans l’imaginaire de l’écrivain, proposé par le réalisateur Maksasens Denis,
Des chorégraphies de Kettly Noël et ses danseurs,
Des chansons interprétées par James Germain et ses musiciens,
Des lectures-spectacles comme une apothéose poétique et musicale, conclues par un vibrant Dézafi,
Et pour clore, les percussions rituelles du rara et du vaksin.
Un cocktail dînatoire réunit ensuite les participants au 7e étage du siège de l’UNESCO, dans une atmosphère de fraternité et de partage.
Un pont entre Franc-Maçonnerie et francophonie
Le Très Respectable Grand Maître Thierry Zaveroni a représenté la Grande Loge de France à cette cérémonie internationale avec la solennité et l’engagement qui caractérisent son mandat. Sa présence n’était pas simplement protocolaire : elle incarnait l’adhésion profonde de l’Ordre aux valeurs que Frankétienne a portées toute sa vie – liberté de conscience, fraternité humaine, dignité, transmission et quête de vérité –des principes au cœur de l’idéal maçonnique du Rite Écossais Ancien et Accepté.
À travers les mots, les chants, les images et les danses de cette soirée, l’esprit de Frankétienne a soufflé sur l’UNESCO. L’auteur de Dézafi et d’Ultravocal ne fut jamais un homme de silence ou de résignation. Il fut un homme debout, œuvrant inlassablement à donner une voix aux humiliés, à dire l’histoire douloureuse de son peuple et à transformer cette douleur en parole universelle.
Cette exigence de transformation intérieure et collective rejoint en tous points la démarche initiatique maçonnique telle que pratiquée à la Grande Loge de France.
Spiritualiste et humaniste, la GLDF place l’Homme – libre et perfectible – au centre d’une quête fondée sur le symbole, le rituel et la transmission. À l’image de Frankétienne, elle ne cherche ni à imposer une vérité, ni à se faire dogme. Elle invite ses membres à s’élever, à penser, à douter, à chercher. Elle respecte la diversité des croyances, des cultures et des sensibilités, tout en affirmant l’existence d’un principe créateur, le Grand Architecte de l’Univers, que chacun est libre d’interpréter selon sa conscience.
L’œuvre de Frankétienne, marquée par le spiralisme – ce mouvement qu’il créa avec Jean-Claude Fignolé et René Philoctète – épouse cette dynamique : spirale ascendante d’un verbe libérateur, d’une pensée ouverte, d’un monde en perpétuelle mutation.
C’est également cette démarche qui anime les travaux des Loges de la GLDF, qui rejettent toute forme de réduction idéologique, politique ou religieuse, pour mieux s’ancrer dans la tolérance, la fraternité et l’émancipation pacifique de l’humanité.
Une parole pour demain
En 2021, lorsque l’Académie française décerna à Frankétienne le Grand prix de la francophonie, elle salua un créateur hors norme, ambassadeur de la langue et de l’esprit. En 2025, la Grande Loge de France, par la voix de son Grand Maître, a tenu à honorer cette même exigence d’universalité.
Cet hommage fut aussi l’occasion de réaffirmer une convergence profonde entre l’œuvre de Frankétienne et l’idéal maçonnique : unir les hommes par la culture, résister par la pensée, transmettre pour construire.
La participation du Grand Maître Thierry Zaveroni ne fut pas un simple acte diplomatique. Elle prolonge le dialogue engagé avec les représentants d’Haïti, notamment l’Ambassadeur Jean Josué Pierre Dahomey, reçu en mai 2024 lors des petits-déjeuners Enjeux & Perspectives de la GLDF, autour de cette question brûlante : « Haïti : peut-on croire possible de sortir du chaos ? »
Frankétienne et la Grande Loge de France partagent cette conviction fondamentale : c’est par la parole libérée, l’engagement lucide, l’intelligence sensible et l’élan spirituel que les peuples peuvent se relever et que les consciences s’éveillent.
Frankétienne : un poète-monde
Auteur de Dézafi, Ultravocal, Au fil du temps et de nombreuses œuvres majeures, Frankétienne fut un résistant au silence, un alchimiste du chaos, un « spiraleur » des langages. Artiste pour la paix à l’UNESCO depuis 2010, lauréat du Grand prix de la francophonie en 2021, il a fait de sa création un instrument de transformation du réel.
Jusqu’à son dernier souffle, en février 2025, il n’a cessé de tisser des ponts entre les langues, les peuples, les douleurs et les espérances.
Illustration, de g. à dr. : Thierry Zaveroni, Grand Maître de la Grande Loge de France ; Madame Lilas Desquiron, Ambassadrice, Déléguée permanente de la République d’Haïti auprès de l’UNESCO ; S.E. Monsieur Louino Volcy, Ambassadeur d’Haïti en France et son épouse.
Hier matin, mardi 17 juin 2025, à 9h, au Temple La Fayette, s’est tenue une réunion de la Section Permanente de la Chambre Suprême de Justice Maçonnique, comme nous l’annoncions dans notre article du 11 juin 2025. Elle avait été saisie par le Conseil de l’Ordre en procédure d’urgence en vue de suspendre le Frère Alain Bauer, membre de la loge sélective Intersection à l’Orient de Paris, à titre conservatoire, temporaire et exceptionnel, en raison des faits retenus à son encontre, conformément à l’article 93, paragraphe 6.
« les poursuites, devant la justice profane, justiciables de peines criminelles ou délictuelles ou condamnation à l’une de ces peines ».
Alain Bauer – Ancien GM du GODF – Crédit photo BFM TV
Pour qu’une demande de suspension soit initiée par le Conseil de l’Ordre, il n’est pas requis qu’une condamnation soit prononcée ; il suffit que des poursuites soient en cours, ce qui correspond exactement à la situation du Frère Alain Bauer. Figure médiatique et ancien Grand Maître du Grand Orient de France (GODF, 2000-2003), il était hier encore présent sur CNews et BFM TV pour débattre du conflit entre Israël et l’Iran.
Henri Proglio interviewé par la chaine YouTube Thinkerview en février 2023
En effet, depuis plusieurs années, il fait l’objet de poursuites judiciaires menées par le Parquet National Financier (PNF) dans au moins deux affaires : l’affaire Proglio-EDF et l’affaire Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Dans la première, il a bénéficié d’un non-lieu en première instance, mais le PNF a fait appel. Dans la seconde, il a été condamné le 5 mars 2025 par le tribunal correctionnel de Paris à 12 mois de prison avec sursis, une amende de 375 000 euros et une interdiction de participer à des marchés publics pendant trois ans, en raison d’un « risque de récidive ». Il a fait appel de cette décision, plaçant ainsi les deux affaires sous procédure d’appel.
Ces enquêtes ont débuté en 2014, suite à des révélations de Médiapart, avec des investigations confiées à l’Office Central de Lutte contre la Corruption et les Infractions Financières et Fiscales (OCLCIFF). La Cour des Comptes a qualifié les prestations des sociétés d’Alain Bauer de « d’incertaines, d’utilité contestable et onéreuses », notamment dans le cadre de l’achat par la CDC des Guides gastronomiques Champérard pour 333 596 euros.
Depuis 2017, tous les Conseils de l’Ordre étaient informés de ces poursuites, particulièrement de l’affaire CDC, sans qu’aucune mesure n’ait été prise contre le Frère Bauer, dont l’influence au sein du GODF restait notable. Il avait même préfacé le livre de l’ancien Grand Maître Jean-Philippe Hubsch, La Fraternité est un combat, un ouvrage qui a valu à ce dernier une sanction par un Jury Fraternel : privation d’éligibilité et interdiction de représentation jusqu’en juin 2026.
Hier matin, l’exposé des motifs, présenté par le Garde des Sceaux Gérard Sabater, ancien bâtonnier, a été sobre, détaillant la situation. Alain Bauer, absent, était représenté par Maître Vaillant, également conseil de Philippe Guglielmi. Après une première requête visant à annuler la procédure pour vice de forme, la défense a plaidé que la présomption d’innocence, liée aux appels en cours, devait empêcher toute sanction. Ce scénario était anticipé par Alain Bauer dans deux commentaires publiés sur 450.fm le 11 juin 2025, où il déclarait :
« Ayant moi-même engagé de nombreuses procédures comme Garde des Sceaux et Grand Maître, dans l’intérêt de l’Obédience, j’ai demandé que celles-ci me soient appliquées… et de demander le respect des règles que le GODF défend pour tous : présomption d’innocence jusqu’à la fin de la procédure. »
Gérard Plumecocq
Cependant, la Section Permanente n’a pas suivi ce raisonnement. Elle a prononcé la suspension des droits et qualités d’Alain Bauer pour la durée des procédures profanes, une décision qui devrait être publiée dans les 15 jours, conformément à l’article 141 des Principes fondamentaux des débats et de la publication des jugements. À noter que, par le passé, deux décisions similaires n’ont pas été publiées dans les délais : celle concernant le Frère Hubsch (plus de 4 mois après la décision du 18 juin 22) et celle du Frère Gérard Plumecoq (2023), annulant une suspension dans des conditions jugées exorbitantes du droit maçonnique.
Toute décision de justice maçonnique étant susceptible d’appel, le Conseil de l’Ordre ou Alain Bauer dispose d’un délai de trente jours suivant la notification pour faire appel. La question se pose désormais : le Conseil de l’Ordre fera-t-il appel de cette décision, et sur quelles bases ?
Alain Bauer, quant à lui, fera-t-il appel de cette sanction, qui, contrairement à certaines interprétations, n’est pas une mesure administrative mais une véritable sanction, la présomption d’innocence n’ayant pas de portée juridique dans le droit maçonnique du GODF ?
Le sujet de cet article paraît quelque peu provocateur pour nous maçons qui œuvrons pour tenter de parfaire notre société et donc par là-même nous trouver dans une démarche opposée de celle d’un usurpateur. Si je me hasarde à répondre à cette interrogation, « l’œuvre d’un imposteur est elle moralement recevable » Il me semble naturel de répondre : « non en aucun cas et d’aucune façon », car un avis positif irait à l’encontre de l’objectif éthique que nous suivons en franc maçonnerie.
« Ici tout est symbole » nous est-il dit, donc ce sujet n’est pas anodin et cache sous-jacent une réalité humaine inscrite au plus loin de sa condition. En fait, cette réflexion soulève de nombreuses interrogations quant aux comportements et aux objectifs des hommes à l’origine de projets, de religions, de doctrines, de livres etc. Le plus complexe est de dévoiler l’imposteur et ses impostures, de vérifier et d’avoir les preuves car, en règle générale il s’agit de quelqu’un d’extrêmement rusé qui maquille, travestit ses actes et projets et en fait une apparente réalité. Les supercheries et impostures ont émaillées l’histoire humaine. L’Épopée de Gilgamesh par exemple, est le plus ancien récit mythique découvert à ce jour qui, à l’évidence a inspiré l’Iliade, l’Odyssée et la Bible, alors que ces textes ont été écrits 2000 ans plus tard.
Qu’y a-t-il d’historique dans les évangiles ? Toute la Bible n’a-t-elle pas été reconstruite ? Le nouveau testament semble avoir été entièrement fabriqué au fur et à mesure des années au seul intérêt de servir le prosélytisme de l’église. La plupart des écrits du nouveau testament, attribués aux apôtres, étant par essence même des faux, sachant bien que la plupart des disciples de Jésus étaient illettrés et donc incapables de rédiger un quelconque texte. Ce sont les Patriarches, les moines et les Prêtres qui tout au long des années ont construit une multitude d’histoires et de mythes au service de l’église.
Copier, coller, tordre le réel n’est-ce pas une méthode de faire du neuf avec de l’ancien ? Une méthode pour s’imposer, pour se substituer à la légitimité, pour détourner la raison. L’œuvre produite par ces usurpateurs est-elle positivement recevable ? On peut discuter sur le caractère éducatif, éthique et moral du contenu de ces écrits, mais oui, me semble-t-il dès lors que l’œuvre va dans l’intérêt des êtres, régule ou améliore leur condition, éduque, elle est semble-t-il recevable.
En Franc-maçonnerie.
Il me faut maintenant faire le lien avec notre démarche maçonnique, car comme je l’ai indiqué au début, le sujet n’est pas anodin et participe certainement à parfaire la construction de mon temple intérieur. Dès le 1er degré, l’orientation est de donner une dimension morale à notre engagement maçonnique : « C’est une alliance universelle d’hommes éclairés, réunis pour travailler en commun au perfectionnement spirituel, moral, matériel et intellectuel de l’humanité ». « Vous devez être un homme libre et de bonnes mœurs »
Les premiers pare-feu au profane « usurpateur » passent par les enquêtes, le parrainage, un extrait vierge du casier judiciaire qui vient compléter le dispositif de précaution qui est mis en œuvre pour toute demande d’initiation et surtout le passage sous le bandeau, véritable mise à nu de l’impétrant.
Toutefois, nombreux sont ceux qui esquivent ces obstacles et poursuivent le chemin.
Plus tard, tuilage, mots de semestre et mots de passe comme « Schibboleth », mot légendaire qui fut un moyen de distinguer un ami d’un ennemi, viennent s’ajouter au principe de précaution qui sous entend que nous pouvons être infiltrés à tout moment par un ou des imposteurs.
Ainsi donc, le cadre pour lequel nous œuvrons semble incompatible avec l’acceptation, ou le cautionnement d’un usurpateur et de son œuvre.
« Monsieur, cette épée que vous sentez sur votre poitrine est toujours levée pour punir le parjure. Elle est le symbole du remords qui déchirerait votre cœur si vous deveniez traître à la Fraternité dans laquelle vous avez demandé à être admis. »
Dès le jour de notre initiation, les mises en garde sont claires, parjure, ignorance et superstition doivent être bannie et on nous indique les sanctions qui peuvent éventuellement s’abattre sur nous.
« Le bandeau qui couvre vos yeux est le symbole de l’aveuglement dans lequel se trouve l’homme dominé par ses passions et plongé dans l’ignorance et la superstition. »
La sincérité doit prévaloir sur la fourberie, la fraternité sur l’individualisme, le curieux ou l’imposteur est invité à changer de chemin.
En revisitant notre rituel, on se rend compte pourtant que l’imposture volontaire est clairement identifiée avec le projet des trois mauvais compagnons. En effet, ceux-ci souhaitent obtenir les secrets de construction du temple pour prendre rang auprès des Maîtres. Le succès de cette opération aurait aboutit à une parfaite imposture car ils n’avaient encore, ni le savoir ni les compétences, pour être élevés à ce degré, et se substituer dignement à Hiram.
image en provenance de la page legende-hiram.blogspot.com/2017/10/1949-les-armes-outils-du-meurtre-dhiram.html
Toutefois, cette tentative d’imposture avortée a vu la mort prématurée de Maître Hiram et a donc eu des répercussions collatérales puisqu’elle a servi de base à l’élaboration du rituel d’élévation du futur Maître et à la renaissance d’Hiram par substitution à travers le nouveau Maître tout comme Osiris, Horus, Dionysos, Mithra, Orphée, dans d’autres traditions. Les trois mauvais compagnons sont donc indispensables à l’élaboration du mythe, tout comme Judas auprès de Jésus.
La pire imposture est sans doute l’involontaire, car la « bonne foi » et l’angélisme de son auteur la rend crédible. Tout un tas de fausses affirmations se transmettent de cette façon. La Franc-maçonnerie n’est pas exempte d’abriter des imposteurs- gourous du savoir qui marquent de leur empreintes des générations d’apprentis qui boivent avidement les inepties de leur instructeur ou sont orientés dogmatiquement vers des chemins de pensée hasardeux.
Les degrés de perfection nous font endosser des costumes différents mais complémentaires. Le cycle des substitutions entamé avec la mort d’Hiram continue avec Johaben, Stolkin, Guibulum, mais aussi Salomon, et me donne le sentiment d’acquérir au fil du temps un peu de sagesse et de compréhension.
Tous ces degrés ont un fil conducteur, la construction du soi, de l’Homme vrai. Epouser un personnage alors que soi-même on n’est pas en conformité avec son propre discours, est une forme d’usurpation du rôle, une tromperie de Soi, mais aussi du collectif. L’imposteur n’existe que parce que les autres le cautionne, se taisent ou en jouent. Pour passer il doit se justifier, tout comme au passage au 3ème degré, lorsque l’on doit démontrer que nos mains et notre tablier ne sont pas souillées du sang du Maitre. Toutefois, il arrive à tromper ses frères, à acquérir mots de passe et mots secrets pour travailler au grade auquel il prétend appartenir.
On voit bien que la Franc-maçonnerie identifie bien dans son rituel du Rite Ecossais Ancien et Accepté ce que peut être un personnage qui pratique l’imposture et les sanctions qu’il encourt mais n’est en aucun cas un paravent étanche. Dans le récit mythique du 9ème degré, l’imposteur peut être cet « inconnu » qui informe Salomon de l’emplacement des meurtriers du Maître. Symboliquement « l’inconnu » signifie révélateur de quelque chose que l’on ne connaît pas. L’inconnu vient à nous pour nous révéler un secret. C’est ce qui est inconnu de nous, qui nous fait sortir de l’ignorance, même si cet inconnu fait peur. Salomon montre dans ce récit mythique qu’il faut savoir accueillir parmi nous, en nous donc l’inconnu. Savoir faire confiance.
En clair, c’est l’inconnu qui guide les pas des neuf élus et de Jhaoben vers la caverne… c’est ce qui est inconnu de nous et en nous qui doit nous guider. (Les yeux bandés, l’inconnu nous guide lors de notre initiation et nous lui faisons confiance !) Ce grade punit le compagnon imposteur et meurtrier, lequel malgré tout s’estime injustement tué en criant NEKAM (vengeance). Il nous enseigne que l’imposture et la trahison ne resteront pas impunies en franc-maçonnerie.
L’instruction des 13ème et 14ème degrés repose sur la légende d’Enoch et des trois mages.
Selon sa vision suggérée par le Grand Architecte de l’Univers, Enoch creusa, avant le déluge, sous le Temple, 9 voûtes et plaça une plaque d’or gravée des lettres du nom ineffable IOD – Hé – Vav – Hé. (Je suis celui qui est) puis scella son accès de façon que personne ne puisse y pénétrer.
C’est sur son emplacement que Salomon fit construire le temple de Jérusalem bien plus tard. Salomon plongea dans la luxure, incapable d’être fidèle à son alliance avec Dieu il déchaîna la colère divine et provoqua la partition d’Israël. Grandeur et décadence, devenu un imposteur, un faux sage en disgrâce avec Dieu il est à l’origine de la destruction du Temple de Jérusalem par Nabuchodonosor.
Pourtant, dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté, le roi Salomon est par essence l’incarnation même de la sagesse. Cette vertu qui lui est attribuée est-elle une imposture ou bien la légende fait-elle un arrangement qui convient à la Franc-maçonnerie en s’en servant de support à notre rituel ?
Salomon est-t-il donc l’exemple à suivre ou bien encore une fois, une imposture peut-elle devenir positive dès lors qu’elle guide sur le bon chemin des générations de maçons ? Qu’elle met en évidence notre propre imposture, nous qui épousons son personnage à divers degrés.
Revisitons les rituels d’instruction du 13ème et 14ème degré et voyons ce qu’ils nous enseignent sur notre propre démarche.
Longtemps après la mort d’Hiram et de Salomon, après que le royaume de Juda fut détruit, rasé Jérusalem, renversé le Temple, des Mages originaires de Babylone, découvrirent une excavation sur les ruines. On était au milieu du jour, le Soleil brillait au zénith (Ouverture des travaux au 1er degré« Il est midi, les travaux commencent et la pleine lumière nous permet de découvrir le trésor caché. »)
Ils firent une corde faite des trois ceintures et la fixère sur une pierre plate existant auprès du puits et sur laquelle on lisait encore le mot « Jakin ». Ils roulèrent dessus un fût de colonne où l’on voyait le mot « Boaz », (les piliers du temple au 1er degré) ils s’enfoncèrent, sous la conduite de leur chef dans le couloir menant à la porte de bronze et virent dans le milieu, l’existence d’un ornement en relief ayant la forme d’une couronne royale, autour de laquelle était un cercle composé de points au nombre de vingt-deux (les 22 lettres de l’alphabet hébraïque). Les mots prononcés pour ouvrir les portes successives furent les dix sephirot de la Kabbale : Malkuth, Yesod, Hod, Netsah, Tiphereth, Gueburah, Khesed, Binah, Hochmah et Kether, qui nous ouvrent les portes vers la tradition hébraïque.
Quand enfin ils entrèrent sous la neuvième arche, les Mages s’arrêtèrent surpris, elle n’était pas plongée dans l’obscurité. Elle était, au contraire, brillamment éclairée. Au milieu étaient placés trois lampadaires d’une hauteur de onze coudées (les trois piliers du tableau de loge, les trois grandes lumières) ayant chacun trois branches. Les lampes brûlaient depuis des siècles et même l’écroulement du Temple n’avait pas entraîné l’extinction. (La lumière éternelle sur le bureau du V\M\)
A la base du triangle formé par les lampadaires, se trouvait un autel de marbre blanc cubique de deux coudées de haut. Sur la face supérieure de l’autel, étaient gravés à l’or pur, les outils de la Maçonnerie : la Règle, le Compas, l’Equerre, le Niveau, la Truelle, le Maillet. Sur la face latérale gauche, on voyait les figures géométriques : le Triangle, le Carré, l’Etoile à cinq branches, le Cube (2ème degré). Sur la face latérale droite, on lisait les nombres : 27, 125, 343, 729, 1331. Enfin, sur la face arrière, était représenté l’Acacia symbolique (3ème degré). Sur l’autel était posée une pierre d’agate de trois palmes de côté sur laquelle était incrusté le triangle d’or gravé des lettres IEVE. Les disciples épelèrent les lettres lod, Hé, Vau, Hé sans le prononcer.
Maha Imaha Rabach s’exclament les Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons prononçant ainsi le mot de passe des fidèles gardiens du trésor. Nous abordons avec la communication de ces lettres l’interprétation Kabbalistique qui nous indique qu’IEVE est un nom de lumière. Ce nom qui signifie en fait le verbe. Il ne s’agit pas d’un simple verbe symbolique, mais d’un verbe au sens originel du terme, qui représente réellement la parole divine qui a crée le monde et que l’initiation à ce degré communique pour conduire l’adepte vers la connaissance et la conception Suprême, le « Centre de l’idée ».
(L’endroit où par l’introspection et la méditation on découvre comment se forge la conception de l’idée, le vaste domaine de la pensée et de l’action s’ouvre pour le Franc-maçon – rituel)
Bloqués sous la neuvième arche nos trois mages se prirent par la main (« Seul sans le secours de vos frères vous courrez à une chute inexorable » rituel d’initiation) et ainsi se retrouvèrent au pied d’un escalier de vingt-quatre marches. (L’outil de l’apprenti, la règle à 24 divisions) Ils le gravirent en comptant 9, 7, 5 et 3 (batterie du 14ème degré). Il était minuit. (L’heure de fermer les travaux 1er degré)
Cette légende nous enseigne que nous sommes à la fin d’un cycle et que cette descente au fond du puits est en fait un retour au premier jour de notre initiation.
Le mot VITRIOL (Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée.) affiché dans le cabinet de réflexion prend toute sa signification et nous fait toucher du doigt que c’est par l’introspection et par la compréhension de son « moi » que nous pouvons assurer les fondations de notre temple intérieur.
Les symboles de l’apprenti, du compagnon et du maître sont bien identifiés lors de cette légende. Ces deux degrés nous font revisiter tout notre parcours maçonnique. Ils nous permettent de faire le bilan et de vérifier si nous ne faisons pas partis de la classe des imposteurs qui souhaitent accéder à un degré auquel ils prétendent indument accéder, tout comme les trois mauvais compagnons.
Suis-je digne d’appartenir à la classe des Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons ? « J’ai travaillé à me perfectionner. »
L’égo a-t-il cédé la place à l’humilité ?
Le postulant du cabinet de réflexion qui subissait l’épreuve de la terre est-il devenu un être vertueux ? Suis-je digne de cet anneau d’or qui me lie aux hommes vertueux ? VIRTUS JUNXIT, MORS NON SEPARABIT (ce que la vertu a uni, la mort ne pourra séparer)
Je ne peux répondre qu’une chose, « mes frères me reconnaissent comme tel » A ce stade, la pratique de la vertu ne supporte pas la dissimulation et l’imposture. Bref, notre démarche initiatique n’a-t-elle pas pour but de nous éclairer, de nous ôter le voile trompeur qui nous empêche de voir la réalité des choses ?
Sujet complexe, mais ô combien révélateur de la comédie humaine. A un moment ou un autre, sommes-nous tous des imposteurs par rapport à une situation donnée par rapport à un projet, un désir ? La descente au centre de la terre représente également la prise de conscience de soi, qui suis-je en fait ? Le passage de porte en porte marque la progression jusqu’à l’essentiel de son être. Le maître est transformé lorsqu’il sort du puits. Il a beaucoup appris sur lui-même, sur la nécessité de la perte de l’ego qui, mal maîtrisé nous relaie au rang des imposteurs.
Entre la pression de l’ego d’une part et le caractère naturellement relatif et partiel de nos affirmations d’autre part, il n’est pas possible d’exprimer la « Vérité absolue » ; Cependant, si on en est lucide, avec de l’humilité et de la sincérité, l’œuvre de notre vie peut être positivement et moralement recevable.
« Les impostures existent en loge comme ailleurs » écrit Jean Verdun passé grand maître de la GLDF, « tout groupement humain recèle des imposteurs, mais en loge, petite unité jamais soumise à des autorités régularisatrices, les imposteurs sont encore plus nocifs qu’ailleurs. Ils paralysent le système nerveux de la loge qu’ils parviennent à séduire et à dominer, poursuit- il et je pense que l’on peut faire confiance en son analyse.
Bien entendu, l’imposture est plus apparente chez les autres que sur nous-mêmes. L’observation des imposteurs que nous pouvons identifier peut nous aider à rectifier nos propres impostures…Ne fait pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’il te fut fait à toi-même !
Je pense que l’homme « vrai » est celui qui est en quête de sens, en recherche de vérité et non pas dans l’exercice du factice, du fabriqué et du contourné.
« C’est en réglant ainsi ses inclinations et ses mœurs que l’on parvient à donner à son âme ce juste équilibre qui constitue la Sagesse, c’est-à-dire l’Art de la Vie. »
Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée.
L’authentique Maçon est celui qui respecte les divers serments qu’il a prêté et que bien trop souvent il met entre parenthèse au fil des ans. Alors, Salomon, Hiram, Hénoch, Guibulum, quel que soit le modèle ce qui est important c’est l’apport des diverses qualités qu’ils nous ont léguées, justice, courage, sagesse et courage.
« Fais ce que tu dois, advienne que pourra ».
Quelle que soit notre démarche, je crois que c’est l’intention qui prévaut sur le résultat. Cette petite clochette intérieure qui nous fait savoir que notre action, nos desseins ne sont pas sains, et que poursuivre lucidement et sans état d’âme dans l’imposture nous place au statut des mauvais compagnons.
La chute de XIII Alfonz de Bourbon, dernier roi d’Espagne avant l’établissement de la Seconde République espagnole en 1931, reste un sujet fascinant, mêlant histoire politique, tensions sociales et spéculations sur des forces occultes. Parmi ces dernières, l’influence présumée de la Franc-Maçonnerie occupe une place centrale dans les récits, notamment dans l’article publié le 15 juin 2025 sur le site Múlt-kor, intitulé « XIII.
Alfonz bukása, mítoszok, és szabadkőművesek » (La chute de Alfonz XIII, mythes et francs-maçons). Cet article explore les causes historiques de cette transition, en s’appuyant sur les données disponibles, tout en enrichissant la perspective historique de l’influence maçonnique à travers un examen approfondi des contextes européens et espagnols. Écrit à 12:27 AM CEST le 16 juin 2025, ce texte vise à démêler les faits des légendes, tout en offrant une analyse nuancée de ce moment charnière.
Contexte Historique : La Chute de XIII Alfonz
La fin du règne de XIII Alfonz, marquée par son exil le 14 avril 1931, suit de près les élections municipales du 12 avril, où les forces républicaines l’emportent dans les grandes villes comme Madrid et Barcelone, malgré une majorité nationale pour les monarchistes. Dans une lettre ouverte publiée dans El ABC, le roi reconnaît avoir perdu l’amour de son peuple, déclarant : « Les élections de dimanche m’ont clairement montré que je ne jouis plus aujourd’hui de l’affection de mon peuple. » Cette abdication volontaire, bien que précipitée par la pression populaire, s’inscrit dans un contexte de crise économique post-1929, de polarisation politique et de montée des mouvements sociaux – étudiants, ouvriers et femmes – réclamant modernité et justice sociale.
L’article de Múlt-kor souligne que la Monarchie, perçue comme archaïque, était affaiblie par son alliance avec l’Église catholique, dont les privilèges irritaient une partie croissante de la société. La crise économique, aggravée par la stagnation agricole et l’industrialisation lente, a amplifié le mécontentement, rendant la promesse républicaine de progrès irrésistible. Cependant, l’historiographie traditionnelle ne suffit pas à expliquer pleinement cette chute soudaine, ouvrant la porte à des théories conspirationnistes, dont l’implication présumée des francs-maçons.
L’Influence Maçonnique : Une Perspective Historique Élargie
L’idée d’une influence maçonnique dans la chute de XIII Alfonz s’ancre dans une longue tradition de soupçons envers les loges, datant du XVIIIe siècle. La Franc-Maçonnerie, née en Angleterre en 1717 avec la fondation de la Grande Loge de Londres, s’est rapidement répandue en Europe, y compris en Espagne et en France, où elle a été associée aux idéaux des Lumières – liberté, égalité, fraternité – qui ont alimenté la Révolution française (1789). Augustin Barruel, ex-jésuite et auteur d’un essai en 1797, a été l’un des premiers à accuser les francs-maçons d’avoir orchestré ce bouleversement, une théorie reprise par les cercles conservateurs et catholiques pour discréditer les réformes progressistes.
Les Neuf Souverains à Windsor pour les funérailles du roi Édouard VII, photographié le 20 mai 1910. Debout, de gauche à droite : Haakon VII de Norvège, Ferdinand Ier de Bulgarie, Manuel II de Portugal, Guillaume II d’Allemagne, Georges Ier de Grèce et Albert Ier de Belgique. Assis, de gauche à droite : Alphonse XIII d’Espagne, George V du Royaume-Uni et Frédéric VIII de Danemark.
En Espagne, la Maçonnerie s’implante au XVIIIe siècle, malgré les persécutions de l’Inquisition. Sous le règne de Charles III (1759-1788), des loges influencent des réformes administratives, mais elles restent marginales jusqu’au XIXe siècle, où elles gagnent en visibilité sous la pression des idées libérales. À l’époque de XIII Alfonz, les loges espagnoles, souvent affiliées à des réseaux internationaux (notamment français et britanniques), attirent des intellectuels, des militaires et des politiciens républicains. L’article de Múlt-kor évoque des théories selon lesquelles ces réseaux auraient joué un rôle dans la déstabilisation de la Monarchie, une idée renforcée par l’hostilité de l’Église catholique, qui voyait dans la Maçonnerie une menace contre son autorité.
Historiquement, les preuves directes d’une conspiration maçonnique restent fragiles. Cependant, les loges espagnoles, comme la Gran Oriente Español, fondée en 1889, ont soutenu des mouvements anticléricaux et républicains, notamment à travers des figures comme Manuel Azaña, futur président de la République. L’article note que la victoire républicaine à Madrid et Barcelone pourrait avoir été amplifiée par des réseaux maçonniques locaux, qui auraient mobilisé des élites urbaines contre la Monarchie. Cette influence, bien que probablement exagérée par les rumeurs, s’inscrit dans un contexte où la Maçonnerie était perçue comme un « pouvoir occulte », alimentant les récits conspirationnistes.
Mythes et Réalités : Le Rôle des Francs-Maçons
L’article de Múlt-kor met en lumière les ambiguïtés entourant ce rôle. D’un côté, les conservateurs espagnols ont accusé les francs-maçons de manipuler les élections de 1931, suggérant une coordination avec des loges étrangères pour renverser XIII Alfonz. Ces allégations s’appuient sur l’idée d’une Maçonnerie internationale, un thème récurrent dans les théories du complot, notamment après la Révolution française. De l’autre côté, les historiens modernes, comme ceux cités dans Múlt-kor, soulignent que la chute du roi est avant tout le résultat de facteurs internes : crise économique, mécontentement social et échec politique.
Photographie prise quelques instants après la tentative d’assassinat d’Alfonso et Victoria Eugénie le jour de leur mariage
Pour enrichir cette perspective, examinons l’histoire européenne. En France, la Maçonnerie a joué un rôle dans la Révolution de 1789, bien que son influence ait été surestimée par Barruel. En Italie, les loges carbonari ont contribué aux mouvements unificateurs du XIXe siècle. En Espagne, bien que moins documentée, la Maçonnerie a soutenu la Première République (1873-1874) et les réformes libérales, ce qui en fait une cible naturelle pour les monarchistes sous XIII Alfonz. L’article suggère que les mouvements étudiants et ouvriers, actifs dans les années 1930, pourraient avoir été influencés par des idéaux maçonniques, mais sans preuves concrètes, cela reste spéculatif.
Implications Symboliques et Maçonniques
Au-delà de l’histoire factuelle, la chute de XIII Alfonz offre une réflexion symbolique pour les francs-maçons. Dans les loges, le sacrifice et la transformation – thèmes centraux du mythe d’Hiram – peuvent être lus comme une métaphore de la transition d’une ère monarchique à une ère républicaine. La Maçonnerie, avec son idéal d’égalité, aurait pu voir dans cette chute une victoire de ses principes, même si son rôle réel reste débattu. L’article de Múlt-kor invite à se demander si les mythes autour des francs-maçons ne reflètent pas une peur collective face au changement, un thème que la Maçonnerie elle-même explore dans ses rituels.
Entre Histoire et Légende
Alphonse XIII en visite Verdun en 1919
La chute de XIII Alfonz reste un sujet où l’histoire se mêle aux mythes. L’influence maçonnique, bien que plausible dans un contexte de réseaux progressistes, manque de preuves solides pour être confirmée comme un facteur décisif. L’article de Múlt-kor offre une base précieuse, soulignant les tensions sociales et les spéculations autour des loges. En enrichissant cette analyse avec l’historique européen, on comprend mieux comment la Maçonnerie, perçue comme un agent de transformation, a pu être scapegoatisée. Pour les maçons d’aujourd’hui, cette période invite à une vigilance : préserver l’esprit critique face aux légendes, tout en honorant l’héritage d’une quête de lumière et d’harmonie.
Après avoir suivi les courants de l’Avent, exploré la carte et le territoire, ressenti les rythmes possibles de la transhumance initiatique, il est enfin temps de partir pour le Premier Voyage de la Quête de l’Ibis vert. Par le souffle des arcanes rencontrées les symboles murmurent une autre histoire où glyphes, couleurs, mots sont autant de Portes d’où chacun peut partir à la rencontre de sa propre intuition dans ce voyage où le mental peut se perdre dans les sens laissant ainsi peut-être la place à l’essence dans l’espoir de l’Ignition dans le « Cœur-Creuset » du troisième Voyage avec l’espoir de la Rencontre avec l’Ibis Vert…
Ainsi parlait la [Voie • x] intérieure du myste : « Entends-tu le cri du Serpent connaissant l’amas tiers? Entends-tu l’appel du Coq fendant la Nuit dans sa quête sisyphéenne du Jour? Ressens-tu les vibrations des ailes de l’Ibis d’émeraude annonçant les crues du Nil?
Que feras-tu de tes croyances abandonnées sous le limon fertile après le grand retrait des Eaux séparées?
Quand l’incarné sort de terre debout il prend chair dans la boue du passé, ignorance révélées de ses heures de Gloire!
Immole le Jour à la Nuit, la nuit à la solitude, la solitude au vide par la quête de l’Ibis vert. Ainsi résonnera du Néant l’écho de la Vie féconde du [Né • en].
Ainsi le Monde, à travers l’Arcane recouvrera son Unicité. »
« C’est en pénétrant en Antremonde que s’ouvrent les portes de l’origine du Monde. Trouve le Kaïros et les Portes s’ouvriront car l’Impératrice est le lieu du monde imaginal.
De son reflet d’argent naît sub-rosa le Nadir, direction primordiale à la gravité du sel qui se consume en pâmoison arrimé à son fil d’Or.
L’impératrice à l’accorde Arianne relie les trois mondes par la verticalité du sublime dans l’horizontalité de sa chute.
L’envol est le choix de l’Absence à la dualité du monde dans l’espoir de la présence au Monde. »
Par le feu immanent du Globe Monde, le forgeron élu des sept transmute l’archée procaryote1.
Par le souffle alchimique il défixe les sels agglomérés aux couleurs opaques car la mâle agissante ferveur seule est stérile et c’est dans l’arène que l’immaculée faconde féconde est ignitiée. »
« L’Aimé rode, il part, chemine vers l’émeraude à son rythme.
Les rideaux rouges voilent le myste errant sous le set étoilé du septemtriones.
Sur le chemin l’infini dais d’azur veille en propitiatoire aux sagesses vernaculaires. Le nautonier guide la nef des fous, la fantasia des merveilleuses aux abysses outremer de vin aigre. »
La [Voie • x] lui dit : « L’ermite marche dehors au dedans. Au mutos l’inspir, au logos l’expire »
Alors l’émeraude d’Hermès prit la [pas • rôle] : « Quod est inferius est sicut quod est superius »
Et la [Voie • x] de traduire : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut »
Avant de continuer doctement : « Dans la caverne aux illusions, le vieil anachorète triomphe silencieux »
L’émeraude éclaira de sa lumière les reflets illusions de l’étang où nagent les intuitions. Elle persévéra : « Quod est supérius est sicut quod est inferius, ad perpetrenda miracula rei unius »
« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour faire le miracle d’une seule chose »traduisit la [voie • x] avant de poursuivre : « L’émeraude Lumière serre les pans de la cape absidienne »2
Puis : « pour vivre [l’Aur • riant] aller vers [l’Oxyde • dans], dans l’Intérieur est la [Voie • x] de l’ex-terreur. »
La [Voie • x] des profondeurs continua. Elle venait de si profondément que le myste avait du mal à en saisir les murmures : « Dans l’Aïon des trois Parques…enfants de la tente…Saturne insatiable de sa faim chronophage…du rouet au ciseau se tissent les vingt quatre heures… »
Venu d’Orient, il vint à sa rencontre vêtu de la parure des sages [re • connus]. Du rat pris dans sa roue il reconnut le tourment à lui aussi familier. Il parlait dans un sabir énigmatique métaphorique et symbolique. Selon lui, seules les [pas • rôles] franchissent la barrière du mental en faisant [dix • versions].
Le myste l’écouta avec intention:
« De l’inconscient remontent les étincelles illuminées, enluminures d’un Nadir fantasmé. De bonne ou mauvaise fortune la roue tourne par la scansion de l’audacieux tant qu’il n’est pas centré. Au Soufre la victoire, au Mercure le désespoir. Il [râ • joute] au monde le Chaos de la défaite dans l’embrasement d’un vainqueur au battement désarticulé. »
La [Voie • x] repris :« Ici le Kaïros s’étend des augures célestes au Grand Retournement. C’est le choix de l’initié. La Voie sèche et intellectuelle ou celle, humide, poétique et mystique. Le séparé est mort sure. »
Le Serpent Nahash [ נָחָשׁ ] l’interrompit :« Pour trente deniers souffre transmuté. Qui seras-tu par delà [l’âme • Aur] ? »
Et dans un grand retournement, le [pend • dans] devint [pans • dus].
C’est éclairé par l’Alpha désigné par l’Ursæ Minor que la faux de Treize sépara le sceau de ses croyances… Au delà des apparences le testament était un [teste • amant].
Elle lui dit : « Abandonne tes illusions. Sème ton encre dans la terre en silence. Un jour tu récolteras les fruits du ciel, des eaux, du feu et de la renaissance ô Voyageur du Vide »
Et la [Voie • x] dit : « Comme on ne quitte pas la terre sans sacrifier le corps, on ne quitte pas le taire sans le sacrifice du sol. Descendre en fa pour retrouver l’étole d’émeraude et au chant du coq reprendre lutte »
Le myste entendit aussi, venu de la chaire de sa terre une parole étrange à la totalité insaisissable : « …Puis dans l’ombre du Minotaure remonter l’ancre de la ligne des entrailles avides. »
Alors qu’il espérait sortir de la montagne le Diable lui apparut dans une synchronicité Numineuse dont Il a le secret. Il enroula sa queue autour de son corps vert de terre. Ce corps transmuté révéla la Pierre originelle qui l’animait.
Dans l’ombre ambivalente de l’Acacia méconnu il fit taire les mots en étreignant sa gorge de sa queue de sirène où les cadavres des cyclopes succombants flottaient dans leur errance vers l’éternel Ether.
Il fit Œuvre de Chaire en proposant la Pomme aux dix cordes à son souffle renaissant.
La [Voie • x] alors projeta dans son regard de cyclope la pendaison de Judas donnant son seul né aux enfers en disant:
« Par le Cube passent et trépassent les tentations du vieil homme ! »
C’est ainsi que le souffle écroula la Maison de ses certitudes… La colonne vertébrale de ses croyances antédiluviennes brisée, à sa table à tracé, depuis le cœur de la taire, au milieu du charnier des cyclopes qui lui avaient précédés, le myste Lui fit appel par le point et le trait.
Il lui répondit : « Je t’ai donné la mine et tu as plombé l’Or. Meurs encore en tombe!
Le sans trait n’est pas le lait de Pi. On ne tord pas le Compas impunément.
L’éclair [brise • l’âme] pourfend les Frères étranges par le dominés de l’orgueil, yeux de paillettes vêtus.
Taire-toi dans le Silence et explore l’essence du trait acéré.
Par l’étude s’apprivoisent les tourbillons des passions. »
Sous les reflets mercuriens de la Lune, le Lycanthrope et la Salamandre lui apparurent alors. Ils parlaient en énigmes du plus profond de leur irrationalité.
Le Lycanthrope commença :« De l’ancien des cendres ne laisser poussière grise, glaciation nocturne dans la gymnopédie de nos pas. Mais de ton axe nocturne tout n’est que ténèbres! »
La Salamandre reprit : C’est dans l’aube que tu apparais tenant Ignis au creux des paumes de ton regard. Et mains vides et creuses tu retournes à la nuit éclairé par d’autres phares, cœur battant ton intuition assourdit. »
« Igne Natura Renovatur Integra » avaient été gravé à la pierre d’émeraude par Arianne sur les murs du labyrinthe du père, Dédale. Si la nature se renouvelle dans son intégrité par le feu, cela ne peut se faire que par l’épreuve de l’Aïon consacré. Dans ce Temple au Soleil invaincu, Astérios règne en Maître absolu du Feu, de l’Œuvre et de la Pierre Sacrée dont le sang d’émeraude circule dans ses veines.
Au pharmakos3 qui se prendrait pour le fils Icare, il meugle du fond du Temple son avertissement : « Où se trouve ton Chemin sinon à l’orée de l’Ombre, ce chemin ambre et feu?
Un homme sans mémoire ne trace-t’il pas autant son sillon? S’il ne suit de trace, est-il pour autant perdu? C’est par son Ignition que l’Initié s’accomplit!
Initié Ignitié, la Nuit est ton Royaume, l’Ombre ton [deux • voir], le jour ta solitude! »
« IN GIRUMINUS NOCTE ESSE CONSUMIMUR IGNI »… « Nous partons en promenade la nuit et sommes consumés par le Feu » nous averti la Mandorle du Monde. Mais de quel Feu s’agît-il? Celui qui brûle, éclaire, brille, réchauffe, glace, le Feu acide de la chenille au Creux de sa chrysalide en chemin vers son altérité qui la fera changer d’Eve? Si seul le Creux connait alors seul le creusé sait… évidée évidence…
A ces questions le Pentagramme, rayonnant de l’invisible à l’invisible par les sept couleurs de [l’Arc • en • Je], répond:
« Ô voyageur du vide, ton Temps est venu d’embrasser la seconde révolution. Dans les cendres de ton inaccompli l’air noir a asséché la pestilence de tes humeurs corporelles des deniers harnachés à l’amer. La lave de tes silences coule dans les souterrains de ton Albedo!
Ainsi c’est par le Feu que l’on relève le mort né mais c’est par l’Eau sacrée que son corps est purifié!
Va! trouve ton puits et apprivoise ta mue reine! Trouve ta liberté dans ton merveilleux! »
Le myste par les trois marches de chair, asséché par le cycle de l’Air, entre dans l’Œuvre au blanc entouré par ses pairs.
La porte de l’Œuf sacré ainsi franchie, ce sont d’autres aventures qui l’attendent dans sa quête de l’Ibis vert. Par la mort sure de la murène il tisse la chrysalide de sa mue reine.
C’est dans l’Alpha et l’Oméga du cycle de l’Eau que le « Bat te leurre ».
« Mot étrange » greffon d’abside: Extrémité en demi-cercle d’une église, derrière le chœur (chevet) et d’obsidienne:Roche éruptive de couleur foncée. ↩︎
Le pharmakós (en grec ancien φαρμακός, « celui qu’on immole en expiation des fautes d’un autre ») est la victime expiatoire dans un ritede purification↩︎
De notre confrère expartibus.it – Par Rosamunda Christian
Le phénomène du « Franc-maçon errant » est de plus en plus répandu, les Frères migrant d’une Obédience à l’autre à la recherche d’un idéal qui semble leur échapper. Cette instabilité reflète une crise profonde, où les certitudes qui ont guidé la franc-maçonnerie pendant des siècles vacillent. Les Obédiences, autrefois piliers de stabilité, apparaissent aujourd’hui fragmentées. Les divisions, les conflits internes et les divergences idéologiques ont miné la confiance de leurs membres.
Alchimie laboratoire
Le Franc-maçon errant, dans ce contexte, incarne la figure de quelqu’un qui, bien qu’animé par de nobles intentions, se retrouve perdu, incapable de trouver un lieu où les principes maçonniques sont authentiquement vécus. Pour endiguer ce problème, un retour à l’essentiel est nécessaire. Les Ordres initiatiques doivent cesser de rivaliser comme « récipients » et redevenir des laboratoires de pensée, des temples du silence laborieux, des forges de véritable initiation.
Rejoindre une Obédience doit être un choix conscient et profond, non dicté par des déceptions ou des stratégies personnelles.
Il faut travailler sur plusieurs fronts : offrir une formation initiatique sérieuse et constante, créer de véritables espaces de discussion fraternelle, valoriser les mérites au lieu de cultiver des clientèles, décourager le prosélytisme exaspéré et renforcer le sentiment d’appartenance par des rituels soignés et des moments communautaires sincères.
Autrefois, le cas du Franc-Maçon errant était rare et était contenu avec fermeté, mais aussi avec sagesse. L’entrée en Loge était précédée de longues périodes d’observation et de réflexion ; l’initiation n’était pas une ligne d’arrivée, mais le début d’un véritable voyage transformateur. Les Frères aînés, gardiens du savoir, veillaient sur les nouveaux adeptes avec un esprit paternel et sévère, les guidant par l’exemple et non seulement par les paroles.
Une expression latine qui décrit parfaitement ce phénomène est :
Errat homo qui ubique habitat, nulli domus est
c’est-à-dire
L’homme qui vit partout se trompe, aucune maison n’appartient à personne.
Elle exprime parfaitement la confusion de ceux qui passent d’une Obédience à une autre sans prendre racine, dans la recherche continue de quelque chose qui n’est peut-être pas à l’extérieur, mais à l’intérieur d’eux-mêmes.
Astronaute dans l’espace
C’est seulement ainsi que le Franc-Maçon errant pourra cesser d’errer et trouver enfin le chemin vers la Lumière stable d’un Temple qui est le miroir de son propre esprit.
Cette expression latine résume l’essence du franc-maçon errant : celui qui erre sans s’arrêter, sans trouver un « lieu initiatique » stable, finit par perdre le sens même de son voyage. C’est un avertissement : il faut trouver le centre, travailler sur sa propre pierre avant de chercher de nouveaux temples.
L’avenir du Franc-Maçon errant dépendra de la capacité des Ordres à redécouvrir l’essence la plus authentique du chemin initiatique. L’errance, qui apparaît aujourd’hui comme une fuite continue d’un Temple à l’autre, naît souvent d’un vide intérieur, d’une déception face à des formes désormais vidées de leur contenu ou de la recherche de quelque chose que l’on ne sait plus nommer.
Pour enrayer ce phénomène, il est nécessaire de reconstruire un sentiment profond d’appartenance, de proposer de véritables parcours de formation, centrés sur l’individu, sur l’éthique, sur la réflexion symbolique. Ce n’est qu’avec des rituels soignés, des rencontres authentiques et un véritable esprit fraternel que nous pouvons redonner au Maçon le désir de rester, de construire, d’appartenir.
Autrefois, ce risque était limité par une entrée sélective, une longue période d’apprentissage et un sens aigu du sacré. Aujourd’hui, nous devons retrouver cet esprit : ralentir, écouter, travailler. Car le Franc-Maçon qui erre n’est pas perdu s’il trouve en chemin une Lumière qui n’éblouit pas, mais réchauffe.
Errat sed quaerit. Il se trompe, mais il cherche.
Et c’est en cherchant consciemment que l’on peut retrouver le chemin.
Ce n’est pas un hasard si la célèbre expression « le pouvoir use ceux qui ne l’ont pas » trouve un terrain fertile jusque dans les colonnes du Temple. Souvent, plutôt qu’une course à l’ascension, on assiste à une course au titre, à la position, à l’influence. Mais lorsque le pouvoir devient une fin, plutôt qu’un moyen de servir, la franc-maçonnerie perd son sens spirituel et se vide de son sens.
Peut-être est-il temps de nous demander : sommes-nous encore là pour construire le Temple… ou simplement pour le dominer ?