Le célèbre animateur, producteur, vient de nous quitter et la rédaction en a profité pour exhumer un vieux reportage qui démontre clairement qu’on pouvait parler légèrement de la Franc-maçonnerie sur un plateau TV.
Thierry Ardisson reçoit Alain Bauer, criminologue, président de l’observatoire de la délinquance et conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Élysée. Thierry Ardisson l’interroge sur la Franc-Maçonnerie et sur son rôle auprès de Nicolas Sarkozy. QUIZZ. « Les maçons francs« . Questions à Alain BAUER sur la franc-maçonnerie.
Biographie de Thierry Ardisson
Thierry Ardisson (Crédit Wikipedia)
Thierry Ardisson, né le 6 janvier 1949 à Bourganeuf (Creuse) et mort le 14 juillet 2025 à Paris, est un animateur, producteur, écrivain et publicitaire français, surnommé « l’Homme en noir » pour son style vestimentaire. Issu d’une famille modeste, il grandit entre Nice, l’Algérie et la Haute-Savoie avant de s’installer à Paris en 1969. Il débute dans la publicité, co-fondant l’agence Business en 1978, où il crée des slogans marquants comme « Ovomaltine, c’est de la dynamite » ou « Lapeyre, y en a pas deux ».
Dans les années 1980, il se lance dans la télévision avec des émissions novatrices comme Bains de minuit (1987), Lunettes noires pour nuits blanches (1988), Paris Dernière, et surtout Tout le monde en parle (1998-2006), qui devient un phénomène culturel. Connu pour son style provocateur et ses interviews percutantes, il révolutionne le talk-show français. Il produit également des programmes comme Salut les Terriens ! (2006-2019) et 93, faubourg Saint-Honoré. Ardisson est aussi auteur de plusieurs livres, dont Louis XX – Contre-enquête sur la Monarchie et Confessions d’un babyboomer, et producteur du film Max (2013).
Marié trois fois, père de trois enfants avec Béatrice Loustalan, il épouse la journaliste Audrey Crespo-Mara en 2014. Royaliste légitimiste, il était proche de Louis Alphonse de Bourbon. Ardisson s’éteint à 76 ans des suites d’un cancer du foie, laissant un héritage marquant dans le paysage audiovisuel français.
En 1766, François-Jean Lefebvre de La Barre est exécuté pour blasphème à seulement 20 ans, à Abbeville dans la Somme. Sa tragique histoire raconte en fait le bras de fer qui se joue sous l’Ancien Régime entre l’Église et la philosophie des Lumières. Il deviendra malgré lui un symbole de la laïcité.
C’est l’histoire d’un gamin, un peu turbulent, espiègle et à l’esprit libre, devenu symbole de la laïcité. En 1762, François-Jean Lefebvre de La Barre, issu d’une famille illustre, est déjà orphelin. Il n’a que 17 ans et son père, ayant dilapidé sa fortune avant de mourir, ne lui a rien laissé. Recueilli avec son frère par une tante, abbesse respectée à Abbeville, il s’installe en Picardie.
Un siècle tiraillé entre l’Église et les Lumières
La même année, Diderot publie clandestinement le dernier des 17 volumes de son Encyclopédie, ouvrage révolutionnaire pour l’époque puisqu’il prône la connaissance scientifique et critique la toute-puissance de l’Église. Quelques mois plus tôt, Voltaire publiait son Dictionnaire philosophique portatif, conçu pour être une arme contre l’obscurantisme religieux, qui provoqua une onde de choc à travers l’Europe.
Malgré les efforts de l’Église, de la Hollande à l’Italie en passant par le Parlement de Paris, pour faire disparaître cet ouvrage si scandaleux, le Dictionnaire se fait une place dans les sociétés européennes, et arrive jusque dans la bibliothèque du chevalier de La Barre à Abbeville.
Dans ce siècle tiraillé entre une Église toute puissante et une bourgeoisie instruite qui cherche à s’en défaire, le noble François-Jean fait partie d’un groupe de jeunes garçons de bonne famille mais réputés irrévérencieux.
Le coupable idéal
En août 1765, un crucifix situé sur le Pont-Neuf d’Abbeville est profané par des entailles de lame. D’après Voltaire, qui relatera plus tard cette affaire, Belleval, un notable abbevillois qui a une dent contre le jeune homme depuis que sa tante a repoussé ses avances, y voit là l’occasion parfaite pour le mettre en difficulté, lui et ses amis.
Mais l’affaire va très vite dépasser les querelles de la bourgeoisie locale. « Sa tante aurait suscité des jalousies et de l’envie, peut-être même une volonté de vengeance chez cet amoureux éconduit« , explique Dominique Reitzman, ancienne professeure de lettres et présidente du groupe La Barre. « Mais onne peut pas réduire cette affaire à des querelles de clocher, disons plutôt que ça n’a pas joué en sa faveur, c’est certain, il n’a pas eu de bol. Les inimitiés et les rancœurs personnelles ont fait que certains se sont acharnés.«
La police mène alors l’enquête, et les rumeurs font rage dans la société abbevilloise. Des monitoires sont lancés, procédures judiciaires à l’initiative de l’Église incitant les paroissiens à dénoncer des faits criminels. « Les prêches des prêtres rassemblent beaucoup de monde, ils vont en faire une campagne brûlante. Le monitoire constitue une menace : si quelqu’un ne dit pas ce qu’il sait, il ira en enfer« , rappelle Dominique Reitzman. « Alors si les curés, tous les dimanches, entretiennent cette idée, ils provoquent des dénonciations. On fait peur aux fidèles en leur disant que s’ils ne participent pas à la purification de la ville, des choses abominables vont leur tomber dessus, et ça les pousse à inventer des choses, ou à mettre sur le compte de cette bande tous les méfaits dont ils ont eu vent. »
Les voilà alors accusés non seulement d’avoir profané le crucifix, mais aussi d’avoir profané un cimetière avec des excréments, d’avoir chanté des chansons impies et de ne pas avoir ôté leur chapeau au passage d’une procession. « Il a reconnu ne pas avoir salué cette procession, mais ce n’était vraiment pas un geste insolent, il était un peu loin, le geste était considéré comme outrageant à l’époque mais ce n’était pas non plus vu comme une provocation délibérée.«
Son ami Gaillard d’Etallonde, accusé des mêmes méfaits, parvient à fuir grâce à son père. Mais le chevalier de La Barre reste à Abbeville. Il est arrêté rapidement et subit, en prison, des interrogatoires sous la torture. Son autre acolyte Moisnel, âgé de seulement 15 ans, est arrêté aussi.
« Blasphèmes exécrables et abominables«
La découverte dans sa bibliothèque du fameux Dictionnaire de Voltaire et d’autres livres interdits va empirer la réputation de François-Jean Lefebvre. « Le livre était répandu, mais toujours interdit en France. Ça va permettre aux juges de prouver que c’est un rebelle, de l’accabler encore plus. Mais d’après moi, c’est aussi un moyen d’accabler d’autant plus Voltaire, en disant qu’un mécréant comme le chevalier de La Barre lit son œuvre.«
Il est jugé une première fois à Abbeville, et condamné pour « impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominables« . Les juges ordonnent qu’on lui coupe la main pour le punir de ne pas avoir salué la procession, qu’on lui tranche la langue pour avoir chanté les chansons impies, puis qu’on le décapite et qu’on le brûle. Une peine qui semble invraisemblable pour ce type de crime, même à l’époque. D’autant qu’aucune preuve tangible ne vient étayer le dossier.
Voltaire, qui publiera sous pseudonyme le récit de cette affaire, écrit : « Dans ce procès monsieur, qui a eu des suites si affreuses, vous ne voyez que des indécences, et pas une action noire ; vous n’y trouverez pas un seul de ces délits qui sont des crimes chez toutes les nations, point de meurtre, point de brigandage, point de violence, point de lâcheté : rien de ce qu’on reproche à ces enfants ne serait même un délit dans les autres communions chrétiennes. » En effet, le blasphème n’est plus censé être puni de mort en France depuis déjà un siècle.
Son ami Moisnel a, quant à lui, moins bien résisté à la pression et a reconnu les faits. Jugé lui aussi à Abbeville, il bénéficiera néanmoins de la clémence des juges en raison de son âge. Voltaire écrira tout de même en 1774, dans une correspondance, que « la crainte et l’horreur » l’ont rendu fou.
Le chevalier de La Barre fait donc appel de sa condamnation. Un nouveau procès doit se tenir au Parlement de Paris. Un groupe de huit avocats se mobilise pour démontrer l’illégalité des procédures. Le procureur général appelle à casser le jugement d’Abbeville. Rien n’y fait. Les juges parisiens sont divisés sur la question, mais quinze d’entre eux (sur vingt-cinq) se prononcent en faveur du premier jugement, qui est donc maintenu.
L’arrêt de la cour de Parlement donne les détails de la peine qui devra être infligée à travers la ville d’Abbeville, à commencer par faire « amende honorable » devant l’église, « à genoux, nue tête et nus pieds, ayant la corde au cou, écriteaux devant et derrière portant ces mots : impie, blasphémateur et sacrilège exécrable et abominable« . Il est ensuite précisé qu’il devra subir la torture, avoir la langue coupée et la tête tranchée, que son corps sera brûlé et les cendres dispersées au vent.
Malgré l’intervention de plusieurs personnalités influentes, le Roi refuse d’user de son droit de grâce, « au motif que gracier un blasphémateur, cela aurait signifié être indulgent face à une injure à Dieu, et cela aurait mis son âme en péril« , précise Dominique Reitzman. Les recours sont tous épuisés : le jeune François-Jean doit être exécuté à Abbeville le 1er juillet 1766. Pour éviter que des amis téméraires n’essaient de le délivrer sur la route, son escorte aurait même fait un détour par Rouen pour le ramener dans la commune picarde.
Avant d’être exécuté, il est d’abord soumis à la question ordinaire, une douloureuse torture pour l’obliger à avouer ses crimes et dénoncer ses supposés complices. D’après le récit de Voltaire, il s’évanouit après qu’on lui a brisé les os, mais lorsqu’il se réveille, il se refuse toujours à donner des noms.
On lui épargne alors la question extraordinaire (qui consiste à soumettre l’accusé à des actes de tortures encore plus abominables juste avant la mise à mort), et il est conduit à l’échafaud. Les bourreaux renoncent à lui couper la langue mais il sera décapité. Voltaire, qui n’y assiste pas mais à qui on raconte la scène, la relate ainsi : « Il monta sur l’échafaud avec un courage tranquille, sans plainte, sans colère et sans ostentation : tout ce qu’il dit aux religieux qui l’assistait se réduit à ces paroles : ‘je ne croyais pas qu’on pût faire mourir un gentilhomme pour si peu de chose‘.«
Faire un exemple
L’exécution spectaculaire prend des airs à la fois de spectacle et de mise en garde pour les nombreux Abbevillois venus y assister. « Il y a l’idée de faire peur, de donner un exemple. » Au moment de brûler son corps, son exemplaire du Dictionnaire philosophique portatif de Voltaire est jeté dans le bûcher.
Voltaire écrit sur cette histoire et la rend publique. La violence de l’affaire fait scandale, provoquant un revirement de l’opinion, comme le philosophe l’avait prédit : « Quelques juges ont dit que, dans les circonstances présentes, la religion avait besoin de ce funeste exemple. Ils se sont bien trompés ; rien ne lui a fait plus de tort. On ne subjugue pas ainsi les esprits ; on les indigne et on les révolte. »
François-Jean Lefebvre de La Barre sera le dernier exécuté pour blasphème en France et son histoire marquera un tournant dans le processus de déchristianisation de la société. « L’affaire du chevalier de La Barre, avec plein d’autres exemples d’abus et d’excès de la part des représentants de l’Église, a contribué à ce qui a mené plus tard à la Révolution« , analyse Dominique Reitzman.
Un jeune homme devenu symbole
En 1793, après la Révolution et la chute de la monarchie de droit divin, il est réhabilité et érigé en victime du fanatisme catholique, sur décision de la Convention nationale.
Au fil des siècles, il devient un symbole pour tous les défenseurs de la laïcité, à travers l’Europe et son histoire sera relatée à plusieurs reprises, notamment par Victor Hugo.
En 1905, deux mois avant que la loi sur la séparation de l’Église et de l’État ne soit votée, une statue à son effigie est installée à Montmartre à Paris. Deux ans plus tard, un monument est installé à Abbeville, à l’initiative populaire.
Chaque année, le groupe La Barre, créé au début du siècle, commémore le supplice du jeune chevalier, convaincu que la lutte contre l’obscurantisme est toujours nécessaire aujourd’hui. « C’est un moyen d’opposer la liberté et la laïcité à l’intolérance et au fanatisme, mais aussi de promouvoir l’instruction et la connaissance, explique la présidente.
On lit sur le monument d’Abbeville ‘à l’émancipation intégrale de la pensée humaine’, le terme d’émancipation est important, il est précieux. L’idée, c’est la libération totale de l’esprit humain contre toute forme d’oppression, qu’elle soit religieuse, matérielle, économique ou sociale. »
L’affaire du chevalier de la Barre a d’ailleurs trouvé un triste écho, avec l’assassinat de Samuel Paty, enseignant tué après un cours sur la liberté d’expression en octobre 2020. La présidente de la ligue des droits de l’Homme d’Abbeville avait établi ce parallèle dans son discours d’hommage.
Découvrez l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix à travers une interview exclusive de Serge Toussaint, Grand Maître de l’A.M.O.R.C. pour la France. Quel est le sens profond de cette tradition ésotérique, et quel rôle joue-t-elle dans le monde moderne ? Histoire, philosophie, symbolisme, initiation : un voyage au cœur d’une fraternité souvent méconnue.
Au tournant du XXe siècle, alors que le modernisme occidental prônait des solutions technologiques souvent coûteuses et énergivores, un architecte égyptien visionnaire, Hassan Fathy (1900-1989), choisit de regarder en arrière pour mieux construire l’avenir. En puisant dans les savoirs ancestraux de l’architecture vernaculaire égyptienne, il développa des solutions novatrices, durables et écologiques, notamment à travers l’invention des madyafas, des espaces publics conçus pour rafraîchir naturellement l’environnement.
Ce pionnier, dont l’héritage inspire aujourd’hui architectes et urbanistes du monde entier, a démontré que la modernité peut s’enraciner dans la tradition pour répondre aux défis climatiques et sociaux.
Un retour aux sources pour une architecture durable
Hassan Fathy, au Caire
Né à Alexandrie en 1900, Hassan Fathy est considéré comme l’un des premiers architectes à promouvoir une architecture respectueuse de l’environnement et des cultures locales. À une époque où le béton et les constructions standardisées dominaient, Fathy s’opposa au modernisme occidental en valorisant les matériaux locaux, comme la brique de terre crue (adobe), et les techniques traditionnelles. Son ouvrage de référence, Architecture for the Poor (1969), expose sa philosophie : construire pour les communautés rurales pauvres en respectant leur environnement, leur culture et leurs moyens.
L’une de ses innovations les plus marquantes fut l’utilisation des madyafas, des espaces publics semi-ouverts conçus pour maximiser la ventilation naturelle et réduire les températures dans les climats arides de l’Égypte. Inspirés des cours intérieures et des systèmes de ventilation des architectures traditionnelles nubiennes et islamiques, les madyafas reposent sur des principes de conception bioclimatique : des murs épais en terre pour l’isolation thermique, des ouvertures stratégiquement placées pour capter les brises, et des formes architecturales favorisant la circulation de l’air.
La mosquée construite par Hassan Fathy à New Gourna, près de Louxor
Ces structures offraient un confort thermique remarquable sans recourir à l’électricité, une prouesse dans un pays où les températures estivales dépassent souvent les 40 °C.
Fathy a également intégré des éléments comme les moucharabiehs (claustras en bois permettant la ventilation tout en filtrant la lumière) et les voûtes en berceau, qui, en plus de leur esthétique, contribuaient à rafraîchir les espaces. Son projet le plus emblématique, le village de Nouvelle-Bariz (construit entre 1965 et 1967 dans l’oasis de Kharga), illustre cette approche. Conçu pour une communauté agricole, ce village utilisait des matériaux locaux et des techniques ancestrales pour créer un habitat durable, économique et adapté au climat désertique.
Une vision humaniste et écologique
Le toit et la coupole de la mosquée de New Gourna, vus du minaret
Au-delà de ses innovations techniques, l’approche de Fathy était profondément humaniste. Il croyait que l’architecture devait servir les plus démunis et renforcer le lien social. En impliquant les communautés locales dans la construction, il favorisait l’appropriation des projets et la transmission des savoirs traditionnels. Comme il l’écrivait dans Architecture for the Poor : « La brique de terre, outre son faible coût, est belle par nature, car la structure dicte les formes et le matériau impose l’échelle. »
Fathy s’opposait à l’idée que le progrès architectural devait imiter les modèles occidentaux, souvent inadaptés aux réalités climatiques et économiques des pays du Sud. Il voyait dans les techniques traditionnelles une richesse inestimable, capable de répondre aux besoins contemporains tout en préservant l’environnement. Ses madyafas, par exemple, étaient non seulement des espaces fonctionnels, mais aussi des lieux de convivialité, incarnant l’idée d’un « microcosme parallèle à l’ordre de l’univers lui-même », selon ses propres mots.
Un héritage pour les villes de demain
Aujourd’hui, face à l’urgence climatique et à la nécessité de concevoir des villes durables, l’héritage de Hassan Fathy connaît un regain d’intérêt. Architectes et designers s’inspirent de ses principes bioclimatiques pour imaginer des bâtiments à faible impact environnemental. Les madyafas, avec leur capacité à rafraîchir naturellement les espaces publics, sont étudiées comme des solutions viables pour les villes confrontées à des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes. Des projets modernes, notamment dans les régions arides du Moyen-Orient et d’Afrique, reprennent ses idées en combinant ventilation naturelle, matériaux locaux et technologies contemporaines.
Un post récent sur LinkedIn de France Culture souligne cette actualité : « À rebours du modernisme occidental, et en puisant dans les savoirs traditionnels, l’architecte égyptien Hassan Fathy avait, dès le début du XXe siècle, imaginé une solution simple, durable et efficace pour rafraîchir les espaces publics : les madyafas. Aujourd’hui, architectes et designers s’en inspirent pour imaginer les villes de demain. »
Cette reconnaissance témoigne de la pertinence intemporelle de son approche.Un pionnier toujours d’actualitéHassan Fathy n’était pas seulement un architecte, mais un visionnaire qui a su marier tradition et innovation pour répondre aux défis de son temps. Ses madyafas et ses constructions en terre crue rappellent que les solutions aux crises actuelles – climatiques, économiques, sociales – peuvent souvent être trouvées dans les savoirs ancestraux. En redonnant ses lettres de noblesse à l’architecture vernaculaire, Fathy a ouvert la voie à une conception plus respectueuse de l’environnement et des communautés.
Son legs, célébré à travers des projets comme Nouvelle-Bariz ou la maison Stoppelaere en Égypte, continue d’inspirer ceux qui croient que l’architecture peut être à la fois belle, fonctionnelle et accessible. Comme le souligne un commentaire sur X, Fathy fut « l’un des premiers architectes à revisiter les modes de construction traditionnels », un héritage qui résonne encore dans la quête d’un avenir durable.
Sources :
Architecture for the Poor: An Experiment in Rural Egypt, Hassan Fathy, 1969.
Maître Eckhart (1260-1328), théologien, philosophe et mystique dominicain, est l’une des figures les plus influentes de la spiritualité chrétienne médiévale. Sa doctrine, profondément enracinée dans la théologie négative et la mystique rhénane, se distingue par sa vision audacieuse de l’unio mystica, l’union mystique de l’âme avec Dieu. Cette idée, centrale dans sa pensée, transcende les conceptions traditionnelles de la relation entre l’humain et le divin, proposant une expérience spirituelle où l’âme s’efface pour se fondre dans l’essence divine.
Cet article explore la doctrine de l’unio mystica chez Eckhart, ses fondements théologiques, ses implications spirituelles, et quelques-uns de ses rapprochements avec la Franc-maçonnerie.
Contexte historique et théologique
Maître Eckhart vécut dans une époque marquée par un renouveau spirituel et intellectuel. Le XIIIe siècle, avec des figures comme Thomas d’Aquin et Bonaventure, vit l’épanouissement de la scolastique, qui cherchait à concilier foi et raison. Cependant, Eckhart s’inscrit davantage dans la tradition de la mystique rhénane, aux côtés de figures comme Mechthild de Magdebourg et Johannes Tauler. Influencé par le néoplatonisme (notamment Plotin et Proclus), la théologie apophatique de Denys l’Aréopagite, et les écrits d’Augustin, Eckhart développa une pensée audacieuse, parfois jugée hétérodoxe, qui mettait l’accent sur l’intériorité et l’expérience directe de Dieu.
L’unio mystica, dans la pensée d’Eckhart, ne se limite pas à une simple proximité ou communion avec Dieu, comme on le trouve dans d’autres traditions mystiques. Elle implique une transformation ontologique de l’âme, où celle-ci devient un avec Dieu, non pas par addition ou juxtaposition, mais par une unification essentielle. Cette vision, bien que profondément chrétienne, s’exprime dans un langage qui flirte avec le panthéisme, ce qui valut à Eckhart des accusations d’hérésie de la part de l’Inquisition.
Les fondements de l’unio mystica
1. Le détachement (Abgeschiedenheit)
Pour Eckhart, l’union mystique commence par le détachement, un concept clé de sa spiritualité. Le détachement ne signifie pas seulement renoncer aux biens matériels ou aux désirs mondains, mais se libérer de toute attache, y compris des images mentales, des concepts et même de l’ego. L’âme doit devenir un « désert » où rien d’autre que Dieu ne subsiste. « Si tu veux que le désert devienne une terre fertile, il faut que tu sois vide de toutes choses et de toi-même. » (Sermons)
Ce vide intérieur est la condition sine qua non pour que l’âme puisse accueillir la présence divine. En se détachant, l’âme se rend disponible à l’action de Dieu, qui peut alors la pénétrer et la transformer.
2. Le fond de l’âme (Grunt)
Eckhart introduit l’idée du Grunt (ou « fond » de l’âme), une dimension profonde de l’être humain où Dieu réside déjà. Ce « fond » est une étincelle divine, un point de contact éternel entre l’âme et Dieu. Contrairement à la conception classique où l’âme reçoit la grâce de Dieu comme un don extérieur, Eckhart soutient que Dieu est toujours présent dans ce fond, mais que l’âme doit le découvrir par l’intériorisation et le dépouillement. « Dieu est plus près de moi que je ne le suis de moi-même ; il est dans le fond de mon âme, là où je ne puis entrer que par l’abandon total. » (Sermons)
Cette proximité radicale de Dieu dans l’âme est au cœur de l’unio mystica. L’union n’est pas une conquête, mais une prise de conscience de ce qui est déjà là.
sculture de Maitre Eckhart
3. La déification de l’âme
L’unio mystica, chez Eckhart, culmine dans une forme de déification, où l’âme devient un avec Dieu sans pour autant perdre son identité. Cette union n’implique pas une fusion totale qui dissoudrait l’âme dans le divin, mais une participation si intime que l’âme vit en Dieu et Dieu en elle. Eckhart utilise une image saisissante pour illustrer ce processus : « L’œil par lequel je vois Dieu est le même œil par lequel Dieu me voit : mon œil et l’œil de Dieu ne font qu’un. » (Sermons)
Cette réciprocité souligne l’unité profonde entre l’âme et Dieu. Dans cet état, l’âme transcende les distinctions entre sujet et objet, créateur et créature, pour s’immerger dans l’unité divine.
4. La théologie négative
Eckhart s’appuie sur la théologie négative pour décrire l’unio mystica. Dieu, en tant qu’absolu, est au-delà de toute compréhension humaine et de toute représentation. Pour s’unir à Lui, l’âme doit abandonner les concepts et les images, car Dieu est « néant » (au sens de transcendance absolue) et « sans nom ». « Si tu veux trouver Dieu, cherche-le là où il n’est pas nommé, là où il n’est pas limité par les mots ou les pensées. » (Sermons)
Cette approche apophatique renforce l’idée que l’union mystique ne peut être atteinte par la raison ou l’imagination, mais par un saut dans l’inconnaissable.
Implications spirituelles et philosophiques
La doctrine de l’unio mystica d’Eckhart a des implications profondes. Sur le plan spirituel, elle invite à une vie de simplicité, d’humilité et de dépouillement. Contrairement aux pratiques ascétiques extrêmes, Eckhart insiste sur une ascèse intérieure, où l’âme se libère de ses attachements pour devenir un réceptacle de la présence divine. Cette vision démocratise la mystique : l’union avec Dieu n’est pas réservée à une élite monastique, mais accessible à quiconque pratique le détachement.
Sur le plan philosophique, la pensée d’Eckhart anticipe certaines idées modernes, notamment l’existentialisme et la phénoménologie. Sa conception du « fond » de l’âme préfigure les notions d’intériorité chez des penseurs comme Kierkegaard ou Heidegger. De plus, son langage, qui oscille entre poésie et paradoxe, défie les cadres rigides de la scolastique, ouvrant la voie à une théologie plus expérientielle.
Réception et controverses
La pensée d’Eckhart, bien que profondément chrétienne, suscita des controverses. En 1329, un an après sa mort, certaines de ses propositions furent condamnées par la bulle papale In agro dominico. Les accusations portaient sur le risque de panthéisme et sur des formulations jugées ambiguës, comme l’idée que l’âme devient « un » avec Dieu. Cependant, Eckhart affirma toujours son orthodoxie, insistant sur le fait que ses enseignements devaient être compris dans un contexte spirituel et non littéral.
Malgré ces condamnations, l’influence d’Eckhart perdura. Ses écrits inspirèrent les mystiques rhénans, les réformateurs protestants comme Luther, et même des penseurs modernes comme Schopenhauer et Jung. Aujourd’hui, Eckhart est largement reconnu comme un pionnier de la spiritualité universelle, dont les idées résonnent avec des traditions orientales comme le bouddhisme zen.
Citations emblématiques
Maitre Eckhart jeune
Voici quelques citations supplémentaires qui illustrent la richesse de la pensée d’Eckhart sur l’unio mystica : « Il faut que tu te brises toi-même pour que Dieu puisse naître en toi. » (Sermons) « Dieu ne veut rien de toi sinon que tu sortes de toi-même en tant que créature et que tu laisses Dieu être Dieu en toi. » (Traité du détachement) « Le silence est la langue de Dieu, et tout le reste n’est qu’une mauvaise traduction. » (Sermons)
La doctrine de l’unio mystica de Maître Eckhart n’est pas une destination, mais une réalité déjà présente qu’il s’agit de redécouvrir dans le silence et l’abandon. Elle est une invitation à transcender les limites de l’ego et des représentations humaines pour s’unir à l’essence divine.
L’influence de Maître Eckhart sur la spiritualité de la Franc-maçonnerie
C’est un sujet complexe, car il n’existe pas de lien direct ou historique clairement établi entre Eckhart et la Franc-maçonnerie, cette dernière n’émergeant qu’au début du XVIIIe siècle, bien après la mort d’Eckhart. Cependant, des parallèles peuvent être tracés entre la pensée mystique d’Eckhart et certains aspects de la spiritualité maçonnique, notamment dans ses dimensions ésotériques, symboliques et initiatiques.
La spiritualité, dans le contexte maçonnique, fait référence à une approche initiatique qui met l’accent sur la transformation intérieure, la quête de la « Lumière » (symbole de la vérité divine ou de la connaissance), et le perfectionnement spirituel. Cette dimension est particulièrement présente dans les rites maçonniques dits « égyptiens » ou dans les obédiences qui valorisent une approche ésotérique, comme le Rite Écossais Ancien et Accepté. La Franc-maçonnerie, bien qu’historiquement ancrée dans des traditions judéo-chrétiennes et des symboles issus des corporations de métiers, intègre des influences variées, y compris des courants mystiques chrétiens, hermétiques et néoplatoniciens, qui résonnent avec la pensée d’Eckhart.
Sa vision, qui transcende les dogmes rigides pour privilégier l’expérience intérieure, présente des points de convergence avec les idéaux maçonniques de recherche spirituelle et de dépassement de l’ego. Ce concept de détachement qui consiste à se libérer de tout attachement mondain, des images mentales et de l’ego pour s’ouvrir à la présence divine, trouve un écho dans les rituels maçonniques. Les initiations maçonniques, notamment celles impliquant des épreuves symboliques (terre, eau, air, feu), visent à dépouiller le profane de ses « métaux » (les attachements matériels et psychologiques) pour le préparer à recevoir la Lumière. En somme, « la nudité rituelle et spirituelle, les épreuves de l’air, de l’eau et du feu, font écho aux écrits de Maître Eckhart pour qui l’action du feu purifie l’âme ». « Si tu veux que le désert devienne une terre fertile, il faut que tu sois vide de toutes choses et de toi-même. » (Sermons) Ce vide intérieur, condition de l’union mystique, peut être comparé au processus maçonnique de « mort symbolique » et de renaissance, où le candidat abandonne son ancienne identité pour s’éveiller à une nouvelle compréhension spirituelle.
Eckhart enseigne aussi que Dieu réside dans le « fond » de l’âme, une étincelle divine accessible par l’introspection et le silence. Cette idée résonne avec la quête maçonnique de la « Lumière intérieure » ou de la « Vérité » qui se trouve au plus profond de l’être. Dans les loges, le travail sur soi, symbolisé par le polissage de la « pierre brute », vise à révéler cette dimension divine ou universelle en chaque individu. « Dieu est plus près de moi que je ne le suis de moi-même ; il est dans le fond de mon âme. » (Sermons)
Cette conception de l’intériorité divine s’aligne avec l’idée maçonnique selon laquelle la vérité ne vient pas d’une révélation extérieure, mais d’un cheminement personnel et initiatique.
La théologie négative d’Eckhart, qui insiste sur l’inconnaissabilité de Dieu et l’abandon des concepts pour s’unir au divin, trouve un parallèle dans l’approche symbolique de la Franc-maçonnerie. Les symboles maçonniques (équerre, compas, temple) ne sont pas des vérités figées, mais des outils pour transcender le langage et accéder à une compréhension intuitive de l’absolu. Le silence, valorisé dans les rituels, peut être rapproché de la théologie apophatique d’Eckhart, où Dieu est rencontré dans l’absence de mots et de formes.
Son enseignement sur le détachement, l’intériorité, la théologie apophatique, et l’universalité spirituelle résonne avec les idéaux maçonniques de transformation intérieure, de quête de la Lumière, et de fraternité universelle.
Cependant n’abusons pas des similitudes, au demeurant ténues. Aucune preuve historique ne montre que les premiers maçons connaissaient ou citaient Eckhart. Les parallèles relevés sont souvent le fait d’interprétations contemporaines, comme celles des auteurs maçonniques qui redécouvrent Eckhart dans le cadre de leur réflexion spirituelle.« Eckhart nous invite à chercher la vérité là où elle n’est pas nommée ».
D’importances différences subsistent quant à : La finalité différente : La mystique d’Eckhart est profondément théocentrique, visant l’union avec Dieu, tandis que la Franc-maçonnerie, bien que spirituelle, met davantage l’accent sur l’amélioration morale, la fraternité, et la construction d’un « temple intérieur ». L’unio mystica d’Eckhart est une expérience ontologique, alors que la spiritualité maçonnique reste souvent symbolique et pratique. Lecadre institutionnel : Eckhart s’inscrit dans le christianisme, malgré ses tensions avec l’Église, tandis que la Franc-maçonnerie adopte une approche non dogmatique, parfois en opposition avec les institutions religieuses. Certaines sources ecclésiastiques associent même la Franc-maçonnerie à des courants ésotériques éloignés de la mystique chrétienne d’Eckhart.
Et maintenant, je vous invite à lire Croix de cendre d’Antoine Senanque.
Ce roman historique et spirituel se déroule au XIVe siècle, dans une Europe marquée par la peste noire, les tensions religieuses, l’Inquisition et les rivalités entre ordres religieux (notamment dominicains et franciscains). Maître Eckhart en est une figure centrale du récit, autour de laquelle s’articule l’intrigue. Le roman mêle thriller théologique, quête spirituelle et fresque historique.
Maître Eckhart y est dépeint comme un théologien dominicain charismatique, brillant et controversé, dont les sermons et les idées mystiques fascinent autant qu’ils dérangent. Dans le roman, il incarne une spiritualité audacieuse, prônant une relation directe avec Dieu, ce qui le place en tension avec l’Église institutionnelle, inquiète face aux hérésies. Sa pensée, ancrée dans la mystique rhénane, valorise l’intériorité et la fraternité, des thèmes qui résonnent dans les choix des personnages du récit.
L’intrigue repose en partie sur la quête de deux jeunes frères dominicains, Robert et un autre moine, envoyés en 1367 à Toulouse pour trouver du papier afin que leur prieur, Guillaume, puisse écrire le récit de sa vie et de son compagnonnage avec Eckhart. Ce manuscrit, centré sur Eckhart, devient un enjeu narratif, car il contient des « vérités troublantes » sur le théologien que l’Inquisition cherche à étouffer. Eckhart, bien que probablement décédé au moment du récit principal (1367), est une présence omniprésente à travers les souvenirs, les récits et les idées qu’il a laissés. Il agit comme un moteur narratif : ses enseignements et sa réputation attirent l’attention des protagonistes et des antagonistes, notamment un inquisiteur déterminé à empêcher la diffusion de ces idées.
Eckhart représente un esprit libre, défiant les dogmes rigides de l’Église. Ses sermons, décrits comme incisifs et enflammant les foules (notamment à la Sorbonne), suscitent à la fois admiration et suspicion. Dans le roman, il incarne une résistance face à l’oppression religieuse et politique, en particulier face à l’Inquisition et aux luttes de pouvoir entre le pape et les souverains allemands.
Sa pensée mystique, qui met l’accent sur la fraternité et une spiritualité universelle, contraste avec les rivalités entre dominicains et franciscains, offrant une vision humaniste dans un monde chaotique marqué par la peste et les guerres
Les paroles d’Eckhart, citées dans le roman, redéfinissent la notion de fraternité, un thème clé de Croix de cendre. Elles guident les choix des héros, qui naviguent entre loyauté, foi et vérité dans un monde violent.
Eckhart, maudit par certains après avoir été adulé, symbolise le danger de la vérité face à l’autorité. Le roman explore comment ses idées, jugées hérétiques, menacent l’ordre établi, un conflit incarné par l’inquisiteur antagoniste.
Le périple des protagonistes à travers une Europe déchirée reflète les bouleversements qu’Eckhart a traversés, de Paris à l’Asie centrale, confronté à la peste, aux hérésies et aux persécutions.
Sénanque s’appuie sur la figure historique d’Eckhart, mais le réinvente dans un cadre romanesque. Il est à la fois un théologien réel, dont les sermons et les écrits sont documentés, et une figure presque mythique, dont l’aura inspire les personnages. Le roman ne se contente pas de retracer sa vie, mais utilise Eckhart comme un prisme pour explorer des questions philosophiques et morales. Par exemple, sa présence à la Sorbonne, où il « embrase sa chaire », ou ses voyages en Asie centrale, ajoutent une dimension épique à son personnage, digne d’un roman d’aventures à la Dumas.
Maître Eckhart n’est pas seulement un personnage historique intégré au récit ; il est le cœur spirituel et intellectuel de Croix de cendre. Il incarne :
Un idéal : Une foi profonde, mais libérée des carcans institutionnels, qui inspire les protagonistes à chercher la vérité.
Un danger : Ses idées, jugées subversives, font de lui une cible de l’Inquisition, ce qui alimente le suspense du roman.
Un miroir : À travers les souvenirs de Guillaume et les actions des jeunes moines, Eckhart reflète les dilemmes moraux des personnages, confrontés à un monde en crise.
Dans Croix de cendre, Sénanque suggère que les idées d’Eckhart partagent des affinités avec la kabbale, notamment dans sa conception de Dieu comme une réalité infinie et ineffable, proche de l’Ein Sof (l’Infini) de la tradition kabbalistique. Cette connexion est implicite, mais elle se manifeste dans la manière dont Eckhart parle de l’union de l’âme avec Dieu, un thème qui évoque les aspirations de la kabbale à transcender le monde matériel pour atteindre le divin en remontant dans l’arbre des séphiroth (jusqu’à dépasser Kéther), pratiquant avec ascèse les vertus qui leur sont associées.
Le passage qui m’a le plus interpellée est celui où Eckhart, dans un élan de foi et de désespoir, croit que ressusciter une jeune béguine pourrait être un acte de communion avec la puissance divine, un miracle qui confirmerait enfin sa proximité avec Dieu. Son désir de ressusciter cette femme semble motivée par un mélange d’admiration pour son âme, de désespoir face à la mort et d’aspiration à un acte divin, plutôt que, bien sûr, par un amour charnel ou sentimental. Son échec le rendra fou !
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Je m’installe dans l’été. Hier, le 14 juillet, j’ai vu défiler nos armées sur les Champs-Élysées, tous ces militaires en uniformes impeccables qui, d’un même pas, verseraient leur sang pour sauver la patrie, en cas de conflit. Beaucoup à dire à ce sujet, dans ce monde fracturé. Nous voilà donc le 15, jour anniversaire d’un être qui m’est très cher. En quelques heures, tant d’impressions, tant de réflexions tant d’aspirations filant vers divers horizons. Puis, cette conscience d’être un infime individu, fragile et mortel (j’allais dire, en plaisantant, de plus en plus mortel, attendu mon âge). Or cet infime individu se pose beaucoup de questions, sur sa vision des choses, sur les conditions de son engagement, etc.
Il sait aussi qu’il n’est rien sans les autres, que la vie se renouvelle et qu’il est essentiel de transmettre. Mais que transmettre ? La révolution technologique transforme à une vitesse fulgurante les métiers, les activités, les productions, les relations, les perspectives, en d’autres termes, la culture et les modes de pensée voire les modes de vie, tout comme les opportunités et les risques. En tant que maçons, nous ne détenons aucune solution particulière face à ces émergences multiples mais, comme il s’agira toujours de réagir en homme libre, loyal et responsable, la petite école initiatique garde toute sa place. En aiguisant ses connaissances des réalités, chacun peut se fier, en toutes circonstances, à une boussole exigeante, dotée de trois aiguilles devant s’aligner : tout d’abord, ne jamais faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas subir, à défaut de lui faire tout le bien dont on souhaiterait bénéficier – ce dernier point étant délicat et se discutant aussi sous plusieurs angles, pour ne pas s’imposer à l’autre en dehors des cas de nécessité – ; ensuite et, plus prosaïquement, ne jamais céder à la médiocrité, quoi qu’il arrive ; enfin, s’exercer tous les jours à voir plus large, plus haut et plus loin. Cela n’a l’air de rien, mais il n’est point facile de se conformer, sans faillir, à de telles injonctions…
Les spirales initiatiques d’un vieux franc-maçon
Or c’est cette unité qui compte, sans quoi une initiation à éclipses devient, par sa légèreté, une imposture. Ses propriétés constantes façonnent des obligations qui ne s’interrompent pas. Elles ne sauraient, dès lors, pas plus être sélectives qu’intermittentes. L’initié s’alimente de sa continuité. Et ce n’est pas en se badigeonnant de références occultistes qu’il échappera à la vérité de son silence intérieur. Bien au contraire, s’il est sincère, car le rendez-vous avec soi-même est permanent. Toute négligence, toute rupture, participent à l’effondrement du monde. Sa quête n’est, pourtant, pas si fragile ni dramatique. On s’habitue assez facilement à rester fidèle à quelques principes élémentaires, à garder un certain parallélisme entre sa propre voie et La Voie inspirante.
On aura toujours besoin d’un tiers équilibrant entre deux plateaux…
Toutefois, parmi toutes les personnes que l’on fréquente, combien sont réellement celles, maçonnes ou profanes, qui observent incessamment cette rigueur ? Cette rigueur, qui n’est pas plus sévère que rigide et qui repose sur la régularité et l’exactitude, implique un esprit indépendant, dépourvu d’ambitions secrètes ou secondaires. Elle caractérise simplement – mais au sens plein – un homme libre et de bonnes mœurs. Dans la vie courante, il y a souvent de quoi être découragé. Il faut parier sur le moyen terme : la qualité des personnes finit par faire son chemin. Certes, au début, il faut avoir le cuir un peu épais : bien faire et laisser dire.
À l’échelle de l’Histoire et du monde, l’évolution de nos sociétés comme celle des empires ou de la planète laissent pour le moins perplexe et dubitatif. Avons-nous, cependant, mieux à faire dans nos environnements ? Cela rappelle peut-être la parabole du colibri qui allait projeter ses gorgées d’eau sur le feu pour éteindre un incendie de forêt – comme ceux qui endeuillent le paysage, l’été – ou encore, toujours en cette période estivale, ces châteaux de sable montés en bord de plage, à marée descendante, avec force pelles et seaux. Ce serait vain si nous étions seuls. C’est pourquoi il ne faut jamais renoncer à l’inlassable effort de réunir les bonnes volontés. Or elles existent, bien plus nombreuses qu’on ne le croit, et on ne peut bel et bien compter que sur elles, dans tous les cas de figure.
Alors, au boulot et vivent les colibris et les châteaux de sable !
Au cœur de l’Europe, où les courants de l’histoire ont façonné une nation riche de sa diversité linguistique et culturelle, la Franc-Maçonnerie belge brille comme un phare de fraternité, d’enquête philosophique et de progrès sociétal. Depuis ses débuts au XVIIIe siècle, elle tisse une tapisserie complexe, mêlant traditions anciennes et aspirations modernes, spiritualité et engagement social.
Drapeau de la Belgique
Armes de la Belgique
Les six principales obédiences – le Grand Orient de Belgique (GOB), la Fédération Belge du Droit Humain, la Grande Loge de Belgique (GLB), la Grande Loge Féminine de Belgique (GLFB), la Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB) et Lithos, Confédération de Loges – apportent chacune un fil distinct à cette œuvre, incarnant les principes universels de Liberté, Égalité et Fraternité tout en affrontant les défis de leur époque. À partir des données les plus récentes disponibles*, mises en perspective par un éclairage historique, nous entreprenons un voyage à travers les origines, les philosophies et les dynamiques d’effectifs des principales obédiences, révélant la vitalité de la Franc-Maçonnerie belge au 13 juillet 2025.
Sceau du Grand Orient de Belgique
Le Grand Orient de Belgique : le pilier de la liberté adogmatique
Genèse et histoire : Fondé le 23 février 1833, le Grand Orient de Belgique (GOB) naît des cendres de la Grande Loge d’Administration des Pays-Bas Méridionaux, affirmant son indépendance dans le sillage de la révolution belge contre la domination hollandaise. Plus ancienne et plus nombreuse des obédiences belges, le GOB s’inscrit dans une tradition libérale et adogmatique. Ses décisions historiques de 1854, autorisant les débats politiques et religieux en loge, et de 1872, supprimant l’obligation d’invoquer le Grand Architecte de l’Univers, marquent une rupture avec la tradition maçonnique anglo-saxonne dite « régulière », l’alignant sur les courants progressistes de la Franc-Maçonnerie continentale. En 2020, le GOB franchit une étape décisive en adoptant la mixité, se restructurant en une confédération de fédérations masculine, mixte et féminine, accueillant ainsi les femmes pour la première fois dans son histoire.
Philosophie et orientation : Le GOB est un sanctuaire de libre pensée, où les outils de la raison et le compas de la tolérance guident les membres vers l’amélioration de soi et le progrès sociétal. Ses loges, souveraines et diverses, pratiquent principalement le Rite Français Moderne et le Rite Écossais Ancien et Accepté, favorisant un dialogue dynamique entre rituel et réflexion. Engagé dans les principes de Liberté, Égalité et Fraternité, le GOB promeut des débats éthiques sur des sujets comme la bioéthique ou la justice sociale, projetant la lumière maçonnique au-delà des temples. L’adoption récente de la mixité reflète une adaptation aux valeurs contemporaines, renforçant son rôle de confédération progressiste.
Évolution des effectifs (2019–2024) : Avec environ 10 000 membres répartis dans 118 loges, le GOB demeure la plus grande obédience belge. Ses effectifs passent de 10 025 en 2019 à 9690 en 2022, subissant un léger recul dû à la pandémie de COVID-19, avant une reprise à 9977 en 2024. Cette remontée, amorcée en 2023, s’explique par l’ouverture à la mixité, attirant de nouveaux membres, dont certains issus du Droit Humain. Les projections pour 2025 suggèrent que le GOB pourrait dépasser ses effectifs d’avant la pandémie, témoignant de son dynamisme.
Blason FBDH
Fédération belge du Droit Humain : le flambeau de la mixité et de l’internationalisme
Genèse et histoire : Fondée en 1928 à partir de huit loges issues d’une loge mixte pionnière créée en 1912, la Fédération belge du Droit Humain introduit un paradigme révolutionnaire : l’égalité absolue entre hommes et femmes. Rattachée à l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, elle jouit d’une autonomie démocratique, élisant son propre Grand Maître et réunissant son propre Convent. Sa vocation mixte et internationale en fait une force d’unité maçonnique, tissant des liens fraternels avec les obédiences adogmatiques belges (GOB, GLB, GLFB, Lithos) et internationales.
Philosophie et orientation : Ancrée dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, la Fédération offre un chemin initiatique progressif, du grade symbolique au 33e degré, mettant l’accent sur la croissance personnelle et l’engagement sociétal. Ses 112 loges sont des laboratoires de réflexion, où les membres explorent la condition humaine à travers le symbolisme, l’éthique et les enjeux sociaux. Sa structure démocratique et son attachement aux droits humains universels, en phase avec la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, en font un fer de lance de l’inclusivité et de l’humanisme. Ses relations fraternelles avec d’autres obédiences adogmatiques renforcent une vision commune d’un monde tolérant et équitable.
Évolution des effectifs (2019–2024) : Avec 7803 membres en 2019, le Droit Humain est la deuxième obédience belge en importance. La pandémie entraîne une baisse progressive, atteignant 7590 membres en 2024, en partie due à des départs vers le GOB mixte en 2023 et 2024. Malgré cela, l’obédience reste résiliente, avec des perspectives de reprise en 2025 grâce à son attractivité mixte et internationale.
Grande Loge de Belgique
Grande Loge de Belgique : le sanctuaire symbolique
Genèse et histoire : Née en 1959 de cinq loges symbolistes du GOB – Tradition et Solidarité, La Parfaite Intelligence et l’Étoile Réunies, La Constance, Le Septentrion et Marnix van Sint-Aldegonde –, la Grande Loge de Belgique (GLB) cherche à restaurer une dimension spirituelle tout en restant adogmatique. Sa création répond à la dérive laïque du GOB, réaffirmant la centralité symbolique du Grand Architecte de l’Univers et du Volume de la Loi Sacrée, interprétés librement. Bien qu’initialement reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre, son caractère adogmatique entraîne une rupture en 1979, donnant naissance à la GLRB. Aujourd’hui, la GLB maintient des liens fraternels avec les obédiences adogmatiques, équilibrant tradition et liberté.
Philosophie et orientation : La GLB est un refuge pour ceux qui cherchent à approfondir le symbolisme maçonnique, où l’équerre et le compas encadrent une interprétation libre des principes spirituels et éthiques. Ses loges, exclusivement masculines et au nombre d’environ 70, prônent la tolérance, l’universalisme et la défense des droits humains, en phase avec les idéaux révolutionnaires de Liberté, Égalité et Fraternité. Son approche non dogmatique de la spiritualité permet aux membres d’explorer le sacré sans contrainte, alliant introspection et engagement sociétal.
Évolution des effectifs (2019–2024) : Stable à 4059 membres en 2019, la GLB résiste bien à la pandémie, oscillant entre 4027 et 4032 jusqu’en 2022. Une chute à 3963 en 2024 s’explique par le départ de 60 Frères de la RL De Gulden Passer vers Lithos, révélant des tensions internes. Le défi de la GLB réside dans l’équilibre entre son focus symbolique et l’attrait croissant de la mixité ailleurs.
Grande Loge Féminine de Belgique
Grande Loge Féminine de Belgique : la sororité de la Lumière
Genèse et histoire : Fondée le 17 octobre 1981, à partir d’une première loge créée à Bruxelles en 1974 par la Grande Loge Féminine de France, la Grande Loge Féminine de Belgique (GLFB) est un bastion de la Franc-Maçonnerie féminine. Elle répond au besoin d’un espace réservé aux femmes dans le paysage maçonnique belge, offrant un sanctuaire pour le travail initiatique des sœurs. La GLFB entretient des relations fraternelles avec les obédiences adogmatiques, signant des accords de reconnaissance mutuelle avec le GOB, la GLB, le Droit Humain et Lithos, incarnant l’unité dans la diversité.
Philosophie et orientation : Les loges de la GLFB, pratiquant divers rites dont le Rite Écossais Ancien et Accepté, cultivent une perspective féminine des principes maçonniques, mettant l’accent sur l’égalité, la dignité et la lutte pour l’équité de genre. Ses membres, guidés par les idéaux de Liberté, Égalité et Fraternité, s’engagent dans la croissance personnelle et la défense des droits des femmes. La présence discrète mais résolue de la GLFB en fait une force essentielle, où les sœurs tissent des liens de solidarité et de réflexion.
Évolution des effectifs (2019–2024) : Avec 2269 membres en 2019, la GLFB subit une légère baisse pendant la pandémie, atteignant 2213 en 2021. Une reprise progressive à 2245 en 2024 témoigne de sa résilience, avec une croissance modeste mais stable. L’attrait de la GLFB réside dans son focus unique sur la Franc-Maçonnerie féminine, bien qu’elle fasse face à la concurrence des obédiences mixtes comme le GOB et Lithos.
Grande Loge Régulière de Belgique
Grande Loge Régulière de Belgique : le gardien de la tradition
Genèse et histoire : Fondée le 15 juin 1979 par 333 Frères issus de neuf loges de la GLB, la Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB) s’aligne sur la tradition maçonnique « régulière » de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Respectant les Anciens Landmarks, elle invoque le Grand Architecte de l’Univers et maintient une adhésion exclusivement masculine, obtenant ainsi la reconnaissance des grandes loges anglo-saxonnes. Son attachement à la pureté rituelle et à la discipline spirituelle la distingue dans le paysage belge.
Philosophie et orientation : La GLRB est un temple de la tradition, où le Rite d’Émulation et d’autres pratiques symboliques favorisent une approche structurée et spirituelle. Ses quelque 30 loges mettent l’accent sur la sainteté des trois degrés fondamentaux – Apprenti, Compagnon et Maître –, tout en soutenant des corps de hauts grades comme le Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien et Accepté. Ses actions philanthropiques, notamment pour les enfants démunis, et ses travaux érudits à travers la loge Ars Macionica reflètent un équilibre entre réflexion intérieure et action extérieure. Son statut régulier limite les interactions avec les obédiences adogmatiques, mais elle reste un pilier respecté.
Évolution des effectifs (2019–2024) : Avec 1902 membres en 2019, la GLRB connaît une baisse à 1 821 en 2021, mais retrouve son niveau d’avant la pandémie à 1 902 en 2024. L’ouverture d’une loge universitaire à Louvain-la-Neuve et un âge moyen d’initiation de 42 ans signalent un dynamisme auprès des jeunes, le Grand Maître Benoit Jadot notant une augmentation des candidatures, augurant une croissance en 2025.
Lithos, Confédération de Loges
Lithos, Confédération de Loges : l’avant-garde progressiste
Genèse et histoire : Fondée le 11 novembre 2006 par cinq loges quittant le Droit Humain, Lithos, Confédération de Loges, incarne une approche moderne et flexible de la Franc-Maçonnerie. Présente en Belgique, en Suisse et en Allemagne, elle regroupe 41 loges sous une structure confédérative, permettant à chaque loge de choisir sa composition (mixte, masculine ou féminine) et son rite, principalement le Rite Français Rétabli. Son ethos progressiste et son rayonnement international en font une étoile montante de la Franc-Maçonnerie belge, attirant des membres d’autres obédiences.
Philosophie et orientation : Lithos incarne une Franc-Maçonnerie humaniste et adogmatique, ancrée dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Ses loges, majoritairement mixtes, adoptent une approche « sociétale », mêlant transformation personnelle et engagement dans les enjeux éthiques et sociaux contemporains. En accordant une autonomie à ses loges, Lithos cultive la diversité dans l’unité, offrant un espace où tradition et modernité convergent pour un monde plus juste.
Tablier de Maître au Rite Écossais Ancien et Accepté, un des deux rires pratiqués par Lithos
Évolution des effectifs (2019–2024) : Avec 1702 membres en 2024 dans 41 loges, Lithos affiche une croissance soutenue depuis sa création, renforcée par des départs comme celui des 60 Frères de la RL De Gulden Passer de la GLB. Bien que les données de 2019 à 2023 soient incomplètes, sa taille actuelle et sa trajectoire suggèrent une obédience dynamique, particulièrement attrayante pour ceux qui recherchent une structure inclusive et flexible.
Carte de la Belgique
Une réflexion comparative : le paysage maçonnique belge
La Franc-Maçonnerie belge, avec environ 27 500 membres répartis dans ses six principales obédiences, reflète la diversité et la résilience de la nation. Avec une densité maçonnique de 2,3 pour 1000 habitants, légèrement inférieure à celle de la France (2,6), elle demeure une force vive dans unpays de 12 millions d’habitants. L’ouverture du GOB à la mixité, l’héritage internationaliste du Droit Humain, la profondeur symbolique de la GLB, l’émancipation féminine de la GLFB, la rigueur traditionnelle de la GLRB et la flexibilité progressiste de Lithos forment une mosaïque harmonieuse, chacune contribuant à la mission maçonnique d’éveil et de fraternité.
La pandémie de COVID-19 a mis à l’épreuve leur résilience, avec des baisses d’effectifs suivies de reprises variées. Le GOB et la GLRB se distinguent par leur retour aux niveaux d’avant la crise, tandis que le Droit Humain et la GLB font face à des défis liés aux départs vers des obédiences mixtes. La croissance régulière de la GLFB et l’expansion rapide de Lithos soulignent l’attrait des espaces féminins et mixtes, reflétant les évolutions sociétales vers l’inclusivité.
Drapeau belge
La FM belge, un avenir fraternel…
À l’aube de 2025, la Franc-Maçonnerie belge brille comme une constellation de loges, chacune reflétant une facette de la quête éternelle de vérité, de justice et de fraternité. Du progressisme cosmopolite du GOB à la rigueur traditionnelle de la GLRB, ces obédiences naviguent entre héritage et innovation, rituel et pertinence. Leurs effectifs, bien que marqués par les crises mondiales, témoignent d’un engagement indéfectible envers les idéaux maçonniques qui illuminent la Belgique depuis le XVIIIe siècle. Alors que les outils du Métier (The Craft) – équerre, compas et maillet – guident leur travail, ces obédiences nous invitent à envisager un monde où la lumière de la Franc-Maçonnerie continue de promouvoir l’unité, la sagesse et l’espoir.
Drapeau de la Suisse
Ne manquez pas notre prochain épisode consacré à « L’Europe sous l’Équerre et le Compas : une odyssée maçonnique depuis la Suisse ».
* Pour mémoire, les effectifs post-2015 sont estimés d’après les informations transmises par nos correspondants(es) belges.
De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano
Dans la tradition ésotérique et maçonnique, le symbolisme n’est jamais aléatoire : chaque élément, chaque forme et chaque couleur contient des enseignements profonds, accessibles uniquement à ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Parmi les symboles les moins fréquemment analysés, mais d’une puissance évocatrice extraordinaire, figurent l’épi de blé et la rose, qui racontent ensemble le cycle de la vie initiatique, la tension entre la matière et l’esprit, le besoin de transformation et l’harmonie entre passé, présent et futur.
L’épi de blé, emblème de nourriture, de labeur et de renaissance, est l’un des plus anciens symboles de l’humanité. Il évoque le travail de la terre, le labeur silencieux des semailles, l’espoir de la récolte et, en fin de compte, l’abondance qui nourrit le corps et, métaphoriquement, l’esprit.
En Franc-Maçonnerie, il représente le travail incessant de l’initié : la culture de soi, la discipline, l’humilité et le fruit que l’on obtient uniquement par la persévérance.
L’épi de blé ne pousse pas tout seul : il exige soin, temps et respect des saisons. Ainsi, l’homme « libre et moral » apprend que le chemin initiatique est lent, exigeant, mais profondément régénérant.
Per aspera ad astra , à travers les difficultés on atteint les étoiles : l’épi est donc aussi une promesse d’élévation.
Dans le rituel maçonnique, il apparaît comme un signe d’abondance spirituelle, mais aussi comme un avertissement : on ne peut pas récolter sans d’abord semer, et on ne peut pas nourrir les autres sans d’abord nourrir sa propre âme.
La rose, symbole de mystère, d’amour et de transformation, dans sa splendeur et sa fragilité, englobe un univers symbolique complexe. C’est la fleur de l’amour universel, mais aussi de la connaissance voilée, de la pureté qui transcende la souffrance et les épines, et de la beauté qui s’épanouit dans le silence intérieur.
Dans de nombreuses traditions ésotériques, c’est aussi le sceau du secret, sub rosa , ou ce qui doit être conservé au cœur du temple intérieur.
Vieil alchimiste dans son laboratoire
Dans le contexte maçonnique, c’est le symbole de la transformation alchimique, de l’élévation du plomb de l’ignorance à l’or de la sagesse. Il représente l’espoir indéfectible, l’amour fraternel réconfortant et l’idéal de perfection vers lequel tend le maçon.
Associée à l’épi de blé, la rose offre un équilibre entre l’esprit et la matière : l’un enraciné dans la terre, l’autre s’élevant vers le ciel.
Foi, espérance et une Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui. Aujourd’hui plus que jamais, dans un monde déchiré par des conflits internes et externes, la Franc-Maçonnerie est appelée à se renouveler sans se trahir. Non pas à suivre les modes, mais à répondre aux besoins authentiques de l’homme contemporain.
L’épi de blé et la rose nous offrent une clé symbolique de ce voyage.
La première nous parle de la foi dans le travail, dans la possibilité que chaque individu, chaque Frère, puisse construire, jour après jour, un Temple intérieur plus solide, une société plus juste.
Le second nous invite à espérer, à croire que même dans la nuit la plus sombre, la lumière de l’harmonie, de l’amour et de la vérité peut fleurir.
Vivre « ici et maintenant » ne signifie pas oublier la Tradition, mais l’incarner. Cela signifie rendre les symboles vivants, opérationnels, non relégués à des cartes rituelles, mais mis en pratique dans le monde.
En tant que francs-maçons, nous sommes appelés à faire de notre vie un pont entre ce qui a été et ce qui sera, car c’est seulement ainsi que nous pouvons être véritablement initiés : non pas spectateurs, mais ouvriers de l’avenir.
Au solstice d’été, lors des agapes, il n’est pas rare de voir des offrandes symboliques d’épis de blé et de roses : un hommage à la nature, mais aussi à la dimension intérieure du maçon méditant sur son œuvre. Les pauses rituelles, comme celles de l’été, ne sont pas vides, mais des espaces de contemplation, à l’image de la terre qui se repose entre les récoltes.
La Franc-Maçonnerie dont nous rêvons est celle qui embrasse l’épi de blé et la rose, non seulement comme ornements, mais comme manifeste d’un nouvel humanisme initiatique. Une institution nourrie du grain de la sagesse ancienne et parfumée par la rose de la sensibilité moderne.
Fiat Lux , que la lumière soit. Mais que cette lumière soit nourrie par la substance, l’épi, et colorée par l’amour, la rose.
Que chaque Frère, dans le silence de son Temple intérieur, cultive son épi et laisse fleurir sa rose. Que la Foi dans le cheminement, l’Espérance dans le progrès et la Charité du cœur soient les trois piliers sur lesquels bâtir une Franc-Maçonnerie vivante et contemporaine, tout en restant fidèle à ses racines.
En toi, Seigneur, tu as espéré, ne te laisse pas tromper dans l’éternité. Psaume 70 (71)
Les pow-wow, rassemblements traditionnels des peuples autochtones d’Amérique du Nord, sont bien plus qu’une simple célébration. Ces événements, ancrés dans une riche histoire et une spiritualité profonde, mettent en lumière les danses traditionnelles qui jouent un rôle central dans la préservation de l’identité culturelle et dans des pratiques de guérison. En explorant ces danses et leur lien avec les rituels de santé, un parallèle intriguant peut être tracé avec la franc-maçonnerie, une autre institution marquée par des symboles, des rituels et une quête de transcendance.
Pow-wow des premières nations d’Albuquerque (New Mexico USA) Crédit F. Fouqueray
Cet article offre une analyse détaillée des danses pow-wow, de leur dimension curative et de leurs similitudes potentielles avec les pratiques maçonniques.Les Danses Traditionnelles Pow-Wow : Origines et SignificationLes pow-wow, dont le terme dérive du mot algonquien pau wau (signifiant guide spirituel ou rassemblement de meneurs spirituels), ont émergé au XIXe siècle, notamment dans les Grandes Plaines, bien que leurs racines remontent à des pratiques plus anciennes. Initialement des rassemblements intertribaux pour célébrer des victoires, honorer les ancêtres ou préparer des expéditions, ils ont évolué pour devenir des espaces de résistance culturelle face aux politiques d’assimilation imposées par les gouvernements américain et canadien, qui interdisaient les danses traditionnelles jusqu’au milieu du XXe siècle.
Les danses pow-wow sont variées et reflètent la diversité des nations autochtones (Ojibwé, Lakota, Navajo, etc.). Parmi les styles les plus emblématiques :
La Danse des Clochettes (Jingle Dress Dance) : Originaire des Ojibwés, cette danse de guérison implique des robes ornées de 365 cônes métalliques, symbolisant les jours de l’année et des prières adressées au Créateur. Selon la légende, elle fut révélée dans un rêve à un grand-père pour guérir sa petite-fille malade, les tintements des clochettes imitant la pluie purificatrice.
La Danse des Herbes Sacrées (Grass Dance) : Née dans les Plaines, elle mime le piétinement de l’herbe pour préparer un campement, avec des mouvements fluides accentués par des franges. Elle est associée à la force et à la connexion avec la nature.
La Danse Traditionnelle : Exécutée par les hommes et les femmes, elle évoque les mouvements des guerriers ou des gardiennes spirituelles, avec des pas ancrés au sol pour les hommes et des gestes gracieux pour les femmes.
La Danse du Cerceau : Une performance acrobatique où les danseurs manipulent des cerceaux pour raconter des histoires, souvent liée à la guérison par la narration.
Ces danses se déroulent dans un cercle sacré, béni par un guide spirituel, et sont accompagnées par le tambour, considéré comme le cœur battant de la Terre Mère. L’entrée dans le cercle se fait par l’est, suivant le mouvement du soleil, soulignant l’importance cosmique de ces rituels.Le Rôle des Danses dans les GuérisonsLa dimension curative des danses pow-wow est fondamentale. Elles ne sont pas seulement des expressions artistiques mais des actes spirituels visant à restaurer l’harmonie physique, émotionnelle et communautaire. Par exemple :
La Danse des Clochettes est dédiée à des individus malades, les danseuses envoyant des prières à travers leurs mouvements et les sons des clochettes. Cette pratique, documentée dans les communautés des Grands Lacs, s’inspire d’une tradition orale où une fillette guérit grâce à une robe spéciale confectionnée après un rêve.
La Danse des Herbes Sacrées est liée à des récits de guérison, comme celui d’un jeune garçon retrouvant l’usage de ses jambes en imitant l’herbe des prairies, guidé par une vision chamanique.
Les danses intertribales, ouvertes à tous, favorisent la cohésion sociale, un facteur clé de la santé mentale et communautaire.
Ces pratiques s’appuient sur une cosmologie où la danse agit comme un pont entre le monde physique et spirituel, permettant aux ancêtres et aux esprits de participer à la guérison. Les danseurs, préparés par des jeûnes, des purifications et des prières, portent des regalia (vêtements sacrés) personnalisés, chaque élément (plumes, perles, os) étant chargé de signification spirituelle.
Parallèle avec la Franc-Maçonnerie.
La franc-maçonnerie, société initiatique née au XVIIe siècle en Europe, partage des similitudes fascinantes avec les pow-wow, malgré leurs contextes culturels distincts. Voici quelques points de convergence :
Rituel et Symbolisme :
Dans les pow-wow, le cercle sacré, le tambour et les regalia sont des symboles vivants de connexion spirituelle. De même, la franc-maçonnerie utilise des outils (équerre, compas) et des rituels (grades, serments) pour symboliser des valeurs morales et une quête de lumière.
Les deux traditions valorisent des espaces dédiés : le cercle pow-wow et la loge maçonnique, où les participants accèdent à une dimension transcendante.
Guérison et Transformation :
Les danses pow-wow visent à guérir par l’harmonie avec la nature et les esprits. La franc-maçonnerie, bien que plus abstraite, cherche à « polir la pierre brute » (l’individu imparfait) à travers l’initiation, un processus de transformation personnelle pouvant être interprété comme une forme de guérison spirituelle.
Les deux systèmes impliquent une préparation : jeûne et prière pour les danseurs, réflexion et étude pour les maçons.
Communauté et Secret :
Les pow-wow, autrefois pratiqués en secret face aux interdictions coloniales, et la franc-maçonnerie, connue pour ses mystères, partagent une dimension clandestine qui renforce leur cohésion interne.
Les deux groupes favorisent des échanges interculturels ou interpersonnels : les pow-wow accueillent des nations variées, tandis que la maçonnerie réunit des individus de backgrounds différents sous une bannière universelle.
Héritage et Résistance :
Les pow-wow ont survécu aux répressions coloniales pour affirmer l’identité autochtone. La franc-maçonnerie, persécutée par certains régimes, a également résisté en préservant ses traditions, illustrant une résilience culturelle parallèle.
Cependant, des différences subsistent : les pow-wow sont ouverts au public et enracinés dans une spiritualité animiste, tandis que la franc-maçonnerie est élitiste et déiste, évitant les pratiques religieuses explicites. Ce parallèle reste donc métaphorique, invitant à une réflexion plutôt qu’à une équivalence.
Depuis les années 1950, les pow-wow ont gagné en popularité, s’étendant des réserves aux villes et même à l’Europe (comme à Ornans, France, avec « Danse avec la Loue » depuis 2008). Ils intègrent désormais des compétitions et des échanges interculturels, tout en conservant leur essence spirituelle. Les guérisons, bien que moins documentées scientifiquement, continuent d’être vécues comme des expériences collectives puissantes, soutenues par des témoignages oraux.
Les danses traditionnelles pow-wow sont un témoignage vibrant de la résilience autochtone, mêlant art, spiritualité et guérison. Leur capacité à restaurer l’équilibre individuel et communautaire trouve un écho dans les rituels maçonniques, qui cherchent également à élever l’esprit humain. Ce parallèle, bien que non exhaustif, souligne l’universalité des pratiques rituelles visant à transcender les défis terrestres. En ce mois de juillet 2025, alors que ces traditions continuent d’évoluer, elles rappellent l’importance de préserver les savoirs ancestraux face à la modernité.
Chers Frères et Sœurs de la Loge, on ne peut ignorer le bourdonnement autour des fake news qui envahissent nos cercles maçonniques. Entre les rumeurs d’un Grand Maître caché sous un chapeau melon et les théories sur des réunions secrètes avec des chimpanzés artistes (oui, ça circule, même si ça semble tiré d’un canular d’Ozzy Osbourne !), il est temps de sortir l’équerre et le compas pour trier le grain de l’ivraie. Heureusement, notre cher Jissey, avec son dessin hebdomadaire, nous tend une perche – ou plutôt un burin bien aiguisé – pour y voir plus clair, avec son humour légendaire.
Les Fake News : Un Épidémie Plus Contagieuse que la Grippe !On entend tout et n’importe quoi : des initiations impliquant des griffes de machine à peluches (inspirées, dit-on, d’un gamin d’Ohio), des complots où Daenerys Targaryen aurait rejoint la Grande Loge, ou encore des chansons K-pop chantées en loge pour polir la pierre brute. Ces histoires, aussi amusantes soient-elles, brouillent les pistes.
La Méthode Jissey : Un Rituel en Trois Pas. Avec son coup de crayon malicieux, Jissey nous offre une méthode simple pour démasquer les fake news, digne d’un travail au grade de Compagnon :
Vérifie la Source, Pas Juste le Tablier : Si l’info vient d’un site douteux ou d’un tweet enflammé, prends ton maillet et tape dessus. Jissey dessine un Frère consultant un parchemin poussiéreux plutôt qu’un fil X tendancieux – sage conseil !
Pose la Question à la Loge : Un bon maçon ne juge pas seul. Demande autour de la table. Jissey imagine une loge entière éclatant de rire face à une rumeur sur des danses pow-wow secrètes – « Non, c’est juste notre chorégraphie du vendredi soir ! »
Reste Zen, Même Face au Nonsense : Que ce soit un Jeno en quête de perfection ou un San qui susurre du K-pop, garde ton compas dans la poche. Jissey clôt son dessin avec un Vénérable méditant : « Si ça ne tient pas à l’équerre, c’est du vent ! »
Un Sourire pour Polir la Pierre
En ces temps troublés par les fake news, rions un peu avec Jissey. Son dessin nous rappelle que la franc-maçonnerie, c’est avant tout un espace de réflexion, pas une arène de complots. Alors, la prochaine fois qu’une rumeur vous chatouille les oreilles, sortez votre sens de l’humour – et peut-être un bon thé à la menthe, juste pour rire ! Fraternellement vôtre, continuons à bâtir dans la lumière… et avec un peu de légèreté !