Dans le Temple intérieur, au cœur du silence entre les colonnes, l’initié apprend que tout vrai progrès passe par l’offrande. Car nul ne peut porter la Lumière s’il n’a d’abord accepté de brûler son ombre.
Faire du profane un acte sacré
Le Sacrifice, dans sa racine latine sacrificium, ne désigne pas la perte, mais la consécration : sacer facere, « faire sacré ». Il s’agit moins de soustraire que de transfigurer. Le profane, en ce sens, n’est pas ce qui est indigne ou méprisable : il est ce qui attend encore d’être éclairé, ordonné, élevé.
L’initié ne rejette pas le monde : il le traverse avec une conscience nouvelle, et fait de chaque instant, de chaque geste, de chaque pierre brute de son existence, un lieu possible d’élévation. Le sacrifice consiste alors à faire œuvre de transmutation : changer la matière grise des automatismes et des désirs en or vivant de l’attention sacrée.
Ainsi, chaque angle mort du Moi, chaque attachement à une illusion, chaque forme de paresse spirituelle devient une matière à sculpter. Ce n’est pas la douleur qui taille la pierre, mais la conscience éveillée, armée du ciseau du discernement et du maillet de la volonté éclairée.
Le sacrifice véritable n’est donc pas un renoncement à ce qui est vital ou légitime, mais une offrande volontaire de ce qui entrave la croissance intérieure. C’est se délester de ce qui encombre, des images figées de soi, des fausses sécurités et des conditionnements, pour permettre l’émergence du Soi profond, ce Centre immobile, miroir du divin.
Faire du profane un acte sacré, c’est sanctifier le quotidien en y déposant la Lumière. C’est comprendre que tout, jusqu’à l’épreuve, jusqu’à l’ombre, peut devenir lieu de passage, si le regard est transfiguré. L’initié n’a pas pour mission de fuir le monde, mais de l’élever en lui.
Mourir au Moi pour naître au Soi
La tradition maçonnique, dans le silence de ses rituels et la densité de ses symboles, enseigne une vérité fondamentale : nul ne peut renaître sans d’abord mourir à ce qui l’entrave. Mais il ne s’agit pas ici d’une mort extérieure, ni d’un anéantissement de l’être, encore moins de l’ego en tant que structure psychique légitime. Ce qui est appelé à mourir, c’est l’orgueil du Moi, ses illusions de permanence, ses prétentions à posséder la vérité, sa soif de pouvoir ou de reconnaissance.
L’ego n’est pas l’ennemi ; il est un outil, une interface avec le monde. Mais lorsqu’il usurpe la place du Centre, lorsqu’il prend le trône du Soi et se fait roi dans un royaume d’illusions, alors il devient obstacle. Le Rite, en ce sens, ne propose pas l’effacement de soi, mais une purification. Il invite l’initié à faire le tri entre l’essentiel et l’accidentel, entre l’être et l’avoir, entre la vérité silencieuse du Cœur et les bavardages du personnage social.
Cette purification passe par une mort symbolique, que la tradition nomme parfois Ordalie. C’est une épreuve, une traversée intérieure où l’initié, seul face à lui-même, voit s’effriter ses masques. C’est dans ce creuset que tombent les certitudes et les justifications, que les ombres refoulées émergent à la lumière, non pour accuser, mais pour être reconnues, aimées, et transformées.
Rencontrer sa propre ombre n’est pas une punition : c’est un passage nécessaire. Car avant d’aimer la Lumière, il faut d’abord l’avoir désirée au sein même des ténèbres, et compris que sans nuit, l’aube ne peut être révélée. Cette nuit de l’âme n’est pas la fin du chemin, mais sa matrice secrète.
Naître au Soi, c’est réintégrer le Centre, le point immobile autour duquel tout gravite, et qui ne s’impose jamais par la force, mais rayonne par sa seule Présence. C’est reconnaître en soi une étincelle d’Absolu, un principe d’unité, silencieux, humble, mais invincible.
Ainsi, le Maçon ne cherche pas à briller dans le monde, mais à irradier depuis l’intérieur. Et pour cela, il lui faut mourir non à l’existence, mais à l’illusion d’être séparé de l’Essence.
L’Ordalie : creuset de l’Œuvre intérieure
À l’image du métal jeté dans le brasier de l’alchimiste, l’initié est appelé à entrer dans le creuset de l’épreuve, non pour être détruit, mais pour y être purifié. Car l’Ordalie (du latin ordalium, jugement divin) n’est pas un châtiment infligé de l’extérieur, mais un rite de passage intérieur, une confrontation avec les forces enfouies, une pesée de l’être dans la Balance de la Vérité.
Dans le langage symbolique de la Tradition, l’épreuve ne juge pas ce que nous possédons, ni ce que nous paraissons être, mais ce que nous sommes devenus à force de travail, d’humilité, de conscience. Elle ne se mesure pas à la réussite apparente, mais à la capacité d’aimer malgré l’obscurité, de se tenir debout quand vacille le monde, de choisir la lumière même quand elle semble absente.
Le Feu initiatique, comme celui de l’Athanor, n’est pas un feu destructeur, mais un feu révélateur. Il ne consume que ce qui est appelé à mourir : les illusions, les mensonges, les constructions mentales figées, les attachements égoïstes. Il ne touche pas ce qui est vrai, essentiel, pur, au contraire, il le fait briller.
C’est ainsi que, dans le silence de l’épreuve, la Pierre intérieure se révèle : ce noyau inaltérable, reflet du Soi, que les Anciens nommaient la Quintessence ou l’Étincelle divine. Elle n’est accessible qu’à celui qui a traversé le feu sans détourner les yeux, sans tricher, sans fuir sa propre ombre.
L’Ordalie est un miroir ardent : elle nous renvoie non l’image que nous voudrions donner, mais celle que nous avons forgée dans l’intimité du Temple intérieur. Elle est le moment de bascule où l’ancien Moi vacille, et où peut naître une conscience nouvelle, plus vaste, plus libre, plus vraie.
Ce rite, qu’il prenne la forme d’un échec, d’une perte, d’un bouleversement ou d’un silence intérieur, n’est jamais vain. Il est, pour celui qui sait en lire les signes, l’Œuvre au Noir du Grand Œuvre : le commencement d’une régénération profonde, d’une verticalité retrouvée, d’une royauté intérieure reconquise.
Le Temple du Cœur
Le Sacrifice, sur le chemin initiatique, n’est ni mortification ni renoncement stérile : il est acte d’Amour libre et conscient, offert en silence à l’autel de l’Être. Il ne s’impose pas, il s’élève. Il ne mutile pas, il transfigure. Ce que l’initié dépose dans le Feu sacré de l’œuvre, ce ne sont pas des trésors précieux, mais les chaînes dorées de l’illusion, les colliers d’orgueil, les sceptres de pouvoir creux.
En cela, le Sacrifice maçonnique est une prière incarnée, discrète, invisible, mais agissante. Il se grave dans le marbre du vécu quotidien, dans le choix de la vérité quand le silence flatte, dans le service discret plutôt que la reconnaissance, dans l’écoute fraternelle au lieu de la certitude assénée.
Celui qui sacrifie ses passions aveugles, ses attachements possessifs, ses opinions comme autant de forteresses mentales, n’y perd rien d’essentiel. Bien au contraire, il s’ennoblit. Car il cesse d’être esclave de ses conditionnements pour devenir serviteur de l’Idéal, canal de la Lumière, réceptacle du sens.
Le véritable Temple ne se dresse pas de pierre ni de bois : il s’édifie dans le Cœur. Non pas le cœur sentimental ou fragile, mais le Cœur au sens spirituel : le Centre stable de l’être, sanctuaire secret d’où émane la Présence. Ce Temple vivant, chacun le porte en lui, mais c’est à l’initié qu’il revient de l’éveiller, de l’éclairer, de l’habiter pleinement.
Il ne suffit pas de le rêver. Il faut en poser chaque pierre par l’Art de la transformation de soi, par la rectification patiente, l’examen de conscience, le pardon donné à soi-même, et la fidélité à la Lumière même dans la nuit. Le Frère devient alors son propre architecte, déposant l’argile instable de l’ego pour élever, peu à peu, les voûtes cristallines du Sacré en lui.
Et lorsque ce Temple du Cœur s’illumine, non d’un éclat visible, mais d’une paix profonde, il devient reflet du Temple éternel, arche vivante où l’humanité tout entière peut, un jour, venir se recueillir.
Le Sacrifice comme Grand Œuvre
Au terme de ce chemin d’épreuve et de transmutation, le Sacrifice cesse d’être effort : il devient offrande joyeuse, consentie dans la lumière d’une compréhension élargie. Ce n’est plus un arrachement, mais une élévation. Ce n’est plus une perte, mais un acte créateur. Il devient alors l’Œuvre au Rouge de l’âme, l’ultime phase de l’Art Hermétique intérieur, celle où la conscience embrase l’être tout entier dans la clarté retrouvée de son origine divine.
Le Sacrifice, ici, n’est plus négociable, ni imposé : il est choix. Le choix de s’unir à une dimension plus vaste que le Moi, plus vaste même que l’individu. Il est la réponse libre et consciente à l’appel du Centre, à l’appel du Feu secret qui murmure au cœur du Frère : « Tu n’es pas séparé ».
L’abandon des illusions personnelles, des désirs isolés, des clivages de l’ego, n’est pas une mutilation, mais un retour à la Source. L’initié ne renonce pas à son identité : il la consacre, il l’élève, il la fond dans un ordre supérieur, celui de l’Unité, de la Fraternité, de la Lumière. Ce passage intérieur du plomb de la séparation à l’or de l’Unité est le sceau du Grand Œuvre : la réunification de l’homme avec lui-même, avec ses Frères, avec le Tout.
Dès lors, il n’est plus soumis à ses passions, ni agité par les vents du monde. Il devient fraternellement libre, parce qu’il ne cherche plus à dominer, mais à servir. Et intérieurement souverain, parce qu’il a conquis son propre royaume : celui de la paix, du discernement, de l’amour silencieux.
Le Grand Œuvre n’est pas une chimère réservée aux mystiques ou aux érudits : il est la vocation de tout Maçon authentique, appelé à incarner l’Homme libre et de bonnes mœurs, non par conformité, mais par transfiguration.
C’est en ce sens que le Sacrifice, loin d’être une fin, est l’accomplissement. Il est la pierre d’angle du Temple intérieur, la dernière lettre du Nom sacré, le fruit mûr de l’Arbre de Vie. Il est le passage du feu à la lumière, du multiple à l’Un, du Moi au Soi.
Le feu purifie l’or, l’épreuve purifie le cœur. Et le cœur purifié devient le flambeau du monde.
Saint Jean-Baptiste et Saint Jean l’Evangéliste sont évoqués dans le rituel du premier grade du R.E.A.A. à la clôture des travaux lorsqu’il est demandé : « Comment s’appelle la Loge », il est alors répondu que « c’est une loge de Saint Jean » et à la question suivante : « Pourquoi ? » On répond : « Parce que Saint Jean- Baptiste et Saint Jean l’Evangéliste ont été les patrons des anciens Maçons».
Mais la réponse n’est pas complète puisque l’on demande : « Allez-vous plus loin » et on répond : « Saint Jean-Baptiste est le précurseur de la Lumière ; Saint Jean l’Evangéliste disciple du Maître est celui qui a rendu témoignage de la Vérité et qui a été choisi de transmettre aux hommes l’Evangile de l’Amour, et il est enfin considéré comme une initié parfait ».
Jean 1:1. In principio erat Verbum… sont les premiers mots en latin de l’Évangile selon Jean, Évangéliaire d’Æthelstan, folio 162 recto, v. Xe siècle.
Les symboles utilisés dans ce dialogue sont d’origine biblico-cosmiques et attestent d’une relation étroite entre les deux saints. En effet, Saint Jean-Baptiste est associé au solstice d’été (temps) et au tropique du Cancer (espace) et Saint Jean l’Evangéliste au solstice d’hiver et au tropique du Capricorne. Ils sont fêtés par la communauté chrétienne les 24 juin et 27 décembre et par les francs-maçons lors des tenues et agapes des saints Jean d’été et d’hiver.
Ils interrogent principalement sur une vision prophétique et visionnaire de la destinée humaine. La dimension transcendantale qui en découle, symboliquement représentée par la Lumière contrastée que provoque les deux solstices interpelle sur le mouvement perpétuel et l’éternité ainsi que sur l’espace et l’infini.
Symbolique astrologique
A ce stade de l’analyse, il faut parler de l’importance de la symbolique astrologique associée aux deux solstices. Saint Jean-Baptiste, précurseur de la Lumière est celui qui fait prendre conscience de la Lumière mais ne la crée point. Associé au Cancer, signe cardinal et à dominante d’eau, il informe sur la sensibilité germinative de la lumière qui doit naître du sentiment vécu et non point sur la force d’un raisonnement. Ainsi, l’Homme qui ressent les vertus transformatrices du Cancer est à même de percevoir ce qu’il cherche s’il veut bien utiliser les composantes symboliques du signe, c’est à dire ressentir et vivre ses sentiments dans la réalité énergétique du solstice d’été qui montre que la Lumière est la plus forte parce que le soleil est au plus haut sur l’horizon. Tout dans cet instant particulier de la Saint Jean d’été est évolutif, car sous l’influence conjointe d’un ressenti à dominante lunaire et d’une force solaire à son apogée peut naître la conscience d’un foyer cosmique (symbolisme de la maison quatre).
A l’opposé du signe du Cancer se trouve celui du Capricorne sous la maîtrise de saturne. C’est un signe cardinal et de terre, relié symboliquement au milieu du Ciel et proche de l’étoile polaire qui a été importante dans la mythologie égyptienne et biblique car elle ne bouge pas tout au long de l’année dans la voûte étoilée. Sa symbolique atteste de l’immuabilité de l’essentiel quelles que puissent en être les vicissitudes propres à l’évolution des sociétés. Saint Jean l’Evangéliste est le disciple du maître car il traduit dans la réalité (signe de terre) les vertus de la Lumière ressentie dans l’eau du cancer. C’est donc sur l’axe Cancer-Capricorne que sont nés l’Evangile qui porte son nom, trois épîtres et une Apocalypse.
En maçonnerie, la Bible contenant l’Evangile de Jean est appelé Volume de la Loi Sacrée . Elle est déposée sur l’autel de la Vérité et ouverte à l’Evangile de Jean.
Rappelons qu’en astrologie le signe du capricorne est placé au plus haut dans le ciel et qu’il symbolise de par sa position tout ce qui est important au devenir de l’homme en particulier et de sa communauté en générale. Saturne, maîtresse du signe du Capricorne, planète froide, persévérante et affranchie de toute subjectivité communiquera donc l’essence du contenu de l’évangile de Jean c’est à dire la Vérité par l’Evangile de l’Amour comme le précise si justement le rituel, mais aussi tout ce qui touche à la substance maçonnique, émanation naturelle de l’essence symbolisée par le G.’. A.’. D.’. L.’. U.’.
Ce premier dialogue entre le V.’. M.’. et le deuxième surveillant trace les grands axes de la méthode et de la symbolique qui lui est appropriée mais l’essentiel se trouve finalement dans le discours du V.’. M.’. avec le premier surveillant qui interroge à nouveau sur la loge de saint Jean et qui demande : «Quelle est la signification mystique de ma demande et de votre réponse ». Le premier surveillant répond alors : «La première nous incite à méditer l’origine et le mystère des Choses, la seconde nous fait souvenir que la Maçonnerie bien entendue nous propose des symboles qui conduisent notre esprit vers le Juste et le Vrai». Cette dernière phrase confirme que le rituel est une exégèse mythologique et non théologique et littérale comme aurait pu le laisser croire le premier dialogue avec le deuxième surveillant.
Mythes et symboles
Avant d’aborder le prologue de l’évangile de Jean proprement dit, examinons ce que signifie l’exégèse mythologique pour un maçon en rappelant tout d’abord que le mythe est à la fois une réponse sensitive et imagée de la pensée humaine aux nombreuses questions primordiales touchant à l’origine du monde et sa cause, la mort et son mystère ainsi que la vie et son sens mais qu’il est aussi une véritable histoire sacrée.
Afin d’illustrer celle-ci le rituel du REAA utilise des symboles provenant de nombreuses cultures: cosmiques avec la lune et le soleil, pythagoriciens avec les quatre éléments et le G.’. A.’. D.’. L.’. U.’. , bibliques avec le Volume de la Loi sacrée, compagnonniques avec le fil à plomb, le niveau et l’équerre, alchimiques avec V.I.T.R.I.O.L., universels avec les couleurs et enfin proprement maçonniques avec le cabinet de réflexion et les trois points.
Cette grande diversité de l’origine des symboles est la confirmation éclatante que les concepteurs du rituel veulent donner au mythe d’Hiram une dimension spatio-temporelle hors de la synchronicité du temps et de la géographie terrestre.
La communauté maçonnique, comme toutes les communautés culturelles, est fondée sur une vision mythologique car les réponses apportées par l’adepte lors de son initiation sont à la fois indispensables pour son évolution spirituelle, mais surtout utiles pour la communauté des Frères, qui se retrouve ainsi plus unie et plus forte face au mystère profond de l’existence. Cette force retrouvée par le nouveau maillon calme en quelque sorte l’effroi devant la mort en le sublimant en amour fraternel et de la vie en général. L’éthique morale qui en résulte est une vision nouvelle du Juste et du Vrai, tel que le narre le rituel du premier grade du REAA.
Il est intéressant de noter que toutes les précautions sont prises dans la dimension mythique maçonnique afin d’éviter une exégèse littérale. En effet, seul compte le combat intérieur et le respect qui lui est du ; car le mythe est une épopée, une sorte de grande aventure de la lutte du genre humain pour retrouver de la clarté intérieure et le sens de la vie. Cette lutte entre le bien et le mal, entre les intentions perverses et sublimes qui s’affrontent dans la psyché humaine est la réalité de la condition humaine. La clarté initiatique découlant d’un rituel maçonnique n’est qu’une lucidité nouvelle développée par le mythe qui éclaire sur le mal qui nous aveugle en développant l’égoïsme, la vanité et l’orgueil mais aussi sur le bien, qui permet d’harmoniser les fonctions matérielles et sexuelles et finalement, de vivre une spiritualité libre de tout dogme. L’éthique morale dans un tel contexte sera de considérer la Vie, seule réalité tangible perçue par la raison, comme le bien le plus précieux préexistant à toute société humaine, et d’en comprendre son sens tout au long du parcours ici bas.
La Vérité pour le franc-maçon est la loi de l’harmonie car rien n’est plus équilibré que la création humaine puisqu’elle est la source principale de l’entendement. La difficulté bien sûr consiste en fait à vivre une loi d’amour dans une dynamique comportementale toujours changeante. L’art de vivre, en fait l’Art Royal des francs-maçons est cette culture de l’adaptation dans une conscience altruiste de la communauté que nous symbolisons par l’édification du Temple universel.
Le Prologue de Jean
Jean 1:1, Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne, XVIe siècle.
L’Evangile (littéralement heureuse nouvelle) de Jean figure dans le Nouveau Testament. C’est un écrit majeur du Volume de la loi sacrée puisque dans la loge nous le plaçons sur l’autel de la Vérité et l’ouvrons au premier chapitre. Associé à deux épées croisées et un chandelier à trois branches, il est au cœur du processus initiatique. Sa signification doit être recherchée en relation avec la substance propre du rituel maçonnique, mais aussi avec celle contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament, car elle est l’aboutissement éclairé d’un processus dynamique des idées.
En effet, si la Genèse parle de la souffrance pathologique liée à la chute (perte du paradis) et de l’avènement de la conscience, l’Ancien Testament insiste surtout sur les efforts que doit entreprendre l’homme pour s’affranchir de cette souffrance. Le Nouveau Testament s’attache aux possibilités pour l’homme de trouver une issue vers la félicité. Enfin le Prologue de l’Evangile de Jean indique que cette démarche vers la joie est conforme au sens évolutif de la vie terrestre dans l’intégralité d’un processus cyclique. La signification ésotérique du Prologue est donc clair, il donne les clés pour affronter le mystère de la mort et du sens de la vie.
Rappelons avant d’aller plus loin les neufs premiers versets de ce Prologue :
« 1 Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. 2 Il était au commencement auprès de Dieu. 3 Par lui tout a paru et sans lui rien n’a paru de ce qui est paru. 4 En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ; 5 et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie. 6 Il y eut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean. 7 Il vint en témoignage pour témoigner au sujet de la lumière, afin que tous par lui fussent amenés à la foi. 8 Celui-là n’était pas la lumière. 9 C’était la lumière, la véritable, qui illumine tout homme en venant dans ce monde »
Premier Verset
Le premier verset « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu » est fondamental quant à un éclaircissement sur le fondement épistémologique de la pensée humaine. En effet, le mot Verbe qui se dit en latin verbum est la traduction du mot grec Logos signifiant la parole. Le Verbe est donc la Parole du G.’. A.’. D.’. L.’. U.’..
Il symbolise le fait évident pour l’esprit de l’homme que le monde, ne peut pas être conçue comme un effet sans cause, ni comme l’effet d’une cause connaissable. Il est donc créé comme l’effet d’une cause inconnaissable qui ne peut être imaginée que dans une dimension humaine. Ce qui est important c’est donc le mystère de la création et non la création en elle-même comme le souligne le premier surveillant dans la clôture des travaux « nous incite à méditer l’origine et le mystères des Choses » Ainsi, le Logos, ou la Parole ou la Connaissance est un chemin de vie qui donne accès aux mystères du G.’. A.’. D.’. L.’. U.’.
Le Logos est pour le franc-maçon intimement inclus dans l’ordre maçonnique qui symbolise la légalité et la cohérence du monde dans une dimension initiatique. Le Logos est comme le dit le premier verset: « auprès de Dieu et il était Dieu. » Cela signifie que pour l’homme l’existence du monde est organisée (théorie du Big bang) mais qu’il est mystérieusement organisé car il est l’effet d’une cause inconnaissable. En résumé cela signifie qu’il y a deux mystères: l’aspect mystérieux de l’organisation et la cause inconnaissable de la création.
Finalement le mystère de l’organisation rejoint le mystère des origines.
La prise de conscience par le maçon de ce double mystère ne peut que l’engager à respecter davantage la Vie sous toutes ses formes car elle est la réalité à l’échelle humaine du secret maçonnique. Vivre cette réalité dans la loi de l’harmonie par l’étude systématique du rapport des symboles les uns avec les autres conduira comme l’indique le deuxième surveillant à la clôture des travaux: «toutes nos actions vers le Juste et le Vrai»
Verset 2
A la fin du premier verset du Prologue, il est dit: «…et le Verbe était Dieu». Cette dernière affirmation est pour le chrétien la confirmation du dogme de l’incarnation puisque le Verbe est compris comme une divinité préexistante entièrement identifiée par Jésus ; tandis que pour les francs-maçons, le Verbe est un symbole et Jésus un homme réel. Ainsi ce premier verset montre à l’évidence que le Prologue de Jean est la source du mythe et non du dogme de l’incarnation.
Rappelons encore une fois que l’exégèse mythologique du prologue n’est qu’une explication symbolique de la vie en évolution qui interpelle la conscience du commencement, c’est à dire aussi loin que l’esprit humain puisse remonter dans le temps jusqu’à l’instant imaginé d’une rupture évolutive traduite en maçonnerie par la recherche du Juste et du Vrai. Le processus initiatique qui agit sur l’élévation du niveau de conscience est inclus dans le mythe de l’incarnation puisqu’il a comme ambition de calmer les angoisses existentielles (de la mort, du mystère des origines, etc.) en proposant un chemin qui donne du sens à la Vie et qui rend cette évolution positive.
Aimer ses Frères est la première manifestation tangible de cette reconnaissance comme l’exprime le premier surveillant à la clôture des travaux : « Saint Jean l’Evangéliste disciple du Maître est celui qui a rendu témoignage de la Vérité et qui a été choisi de transmettre aux hommes l’Evangile de l’Amour, et il est enfin considéré comme un initié parfait ».
Transmettre aux hommes l’Evangile de l’Amour nécessite au préalable d’avoir confiance dans un processus initiatique franc-maçonnique qui est évolutif et qui exclu, rappelons-le encore une fois, tout dogmatisme littéral et religieux. Cette confiance est magistralement confirmée par Jean, considéré dans le rituel du REAA comme un initié parfait, car en baptisant Jésus et tous ceux qui frappent à la porte du Temple il a tout simplement montré l’importance que l’on doit accorder à une symbolique de la renaissance intérieure par l’élimination du vieil homme, en fait, à renoncer à l’attachement des désirs matériels. Le baptême par l’eau est symbolisé dans le rituel du premier grade du REAA avec le deuxième voyage. Il engage le récipiendaire à réfléchir et méditer la symbolique de l’eau, élément dominant du signe du Cancer associé analogiquement à Jean-Baptiste, en rapport avec l’émotivité générée par l’initiation, dans le but de mieux comprendre les vertus d’une renaissance spirituelle qui débouche, non pas dans un endroit fermé et austère mais, dans une dimension infinie symbolisée par L’Evangile de l’Amour. La confiance qui a été donnée à un ami (parrain du candidat) sera alors récompensée puisqu’elle ouvrira les portes d’un état où règne plus de Lumière et plus de Justice.
Verset 3
Le verset trois « Par lui tout a paru et sans lui rien n’a paru de ce qui est paru » signifie que tout ce qui existe et créé ici et ailleurs appartient au mystère de l’origine et au mystère de l’organisation (logos) et que rien n’est existant seul, car tout est relié à l’ensemble des faits et phénomènes connus et inconnus inclus dans le dynamisme de l’évolution.
A la lecture de ce verset, nous mesurons combien la vanité de l’homme est grande et son orgueil démesuré lorsqu’il désire s’affranchir d’un mystère par la raison. Définir l’inconnaissable n’est que pure spéculation métaphysique qui n’entraîne que malheur et désespoir car la certitude dans ce contexte est dogmatique et non évolutive. L’entendement alors ne sert que la cause du dogme qui n’est en réalité qu’une spéculation coupée de sa dimension mythique. Une telle attitude aboutit nécessairement au matérialisme dogmatique qui niant l’évidence du mystère exalte une philosophie du hasard associée à une pseudo-explication d’un dieu prométhéen réellement existant. Les dogmes sont la plaie de l’humanité car ils assombrissent la clairvoyance intérieure, dissocie la réalité de son contenu mythique, neutralisent l’entendement de l’évolution spirituel et enferment toutes les potentialités psychiques par nature évolutives dans un carcan linéaire sans horizon.
La compréhension du mythe d’Ouranos permet en fait de mieux comprendre où se situe la naissance du dogme dans la psyché humaine, car comme il a été dit plus haut, tout est relié à tout, inclus l’intentionnalité positive et négative.
En l’homme existe conjointement une puissance chaotique, créative et éruptive de type uranien puis une puissance organisatrice et tyrannique de coloration saturnienne et finalement une puissance participative et légale d’essence jupitérienne qui seule assure la cohésion d’une communauté. La Puissance cohabite dans l’homme et se révèlent à travers ses actes. Pour que la puissance d’essence uranienne (créative) évolue jusqu’à la puissance jupitérienne (associative et participative), il ne faut pas rompre l’engagement et la confiance qui lient l’Homme aux mystères de la condition humaine. Il ne faut point créer de dieu ou d’idoles et se substituer à eux.
Chronos (Saturne) est la représentation de la puissance tyrannique parce qu’il a émasculé son père Ouranos sur l’ordre de Gaïa sa mère et qu’il a ensuite eu peur de perdre cette puissance par la répétition, par ses propres enfants, de ce qu’il avait fait à son père. Il a donc ordonné de les tuer. Mais Rhéa, épouse de Chronos a soustrait son fils Zeus (Jupiter) à la tuerie et lui a demandé de combattre et d’abattre son père. L’acte accompli, Zeus a partagé la puissance avec Hadès et Poséidon ce qui a permis la venue d’Athéna, déesse de la Sagesse. Ce mythe montre que la Sagesse naît à la fin du processus évolutif de la puissance. Le dogme de quelque nature soit-il reste au niveau de Chronos qui « l’entretient » par la peur et la tyrannie.
Force, Sagesse et Beauté sont les trois valeurs constitutives d’un rituel maçonnique qui peuvent être associée analogiquement aux vocables Verbe, Vie et Lumière. Pourquoi ?
Verset 4
Jean 1:1, Évangéliaire d’Ostromir, avec le portrait de l’évangéliste, 1056-1057.
Le quatrième verset du prologue dit. « En lui était la Vie et la vie était la Lumière des hommes. » Cela signifie que le Verbe (Connaissance), associé analogiquement à la Force, contient toute la puissance du mystère des origines et de son organisation et que cette Force, qui engendre l’organisation de la matière, est la Lumière des Hommes, car la vie est le seul critère que possède l’homme de la vérité ou de l’erreur objective sur le sens de la vie. Cette complicité psychologique et intime ne peut venir que de son sentiment d’être vivant, d’être en harmonie avec son environnement et de vivre cette relation par la Beauté.
Les francs-maçons sont les fils de la Lumière. Ils ont choisi d’être seuls face à cette complicité et de la vivre dans l’amour d’une communauté de FF.’. pour finalement trouver un chemin personnel qui mène vers l’harmonisation des désirs et la félicité. Cette solitude nourrie de l’esprit organisateur et harmonisateur de la matière est en quelque sorte l’état premier de la condition humaine, puisque dans la réalité des formes, l’homme naît et meurt seul, mais elle est surtout la clé pour développer l’intuition qui permet de retrouver la substance propre aux mystères enfouis au plus profond de la conscience. Le nouvel état qui résulte d’une telle démarche (solitude) se traduit dans la réalité par un charisme qui transmute les doutes sur le sens de l’évolution. Vivre ce charisme c’est accorder encore plus de force au silence qui règne dans l’infinitude de la pensée, car il est vraiment le puit sans fond de la créativité. Boire à ce puits, c’est savoir parler vrai, c’est traduire par l’intelligence du coeur tous les actes volitifs.
Il est dit dans le rituel du premier grade après les trois voyages «Que la discipline de l’Apprenti commence par le silence et finit par la méditation». Une telle phrase place le maçon face à sa capacité d’écoute et d’entendement de sa psyché. Cette attitude est nécessaire afin d’affermir la volonté car rien ne peut se créer sans une profonde analyse de sa Vérité en relation avec la vie en évolution symboliquement représentée par les rituels maçonniques du REAA.
Verset 5, 6 et 7
Le cinquième verset « Et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point saisie » affirme que la lumière ne ternit pas au contact des ténèbres mais qu’elle reste toujours pure puisqu’elle est aussi ténèbres dans son essence. C’est à travers la compréhension d’une triade en l’occurrence les trois grandes lumières (Soleil, Lune et l’Orient) que l’explication de ce verset devient lumineuse. En effet, pour l’homme la perception du monde organisé se réalise à travers une dualité cosmique symbolisée par la Lune et le Soleil qui rythme les saisons mais aussi le tempérament. Ombre et lumière agissent dans la Nature et par analogie dans le psychisme humain. Vaincre les ténèbres, c’est à dire comprendre l’exaltation des désirs matériels, ce n’est que retrouver la même lumière qui éclaire une nouvelle voie que les maçons appellent l’Orient. Le rituel dit que « C’est à l’Orient que tout s’accomplit » car en effet, c’est ici que la triade donne du sens à l’histoire de sa vie et à celles des sociétés humaines.
La prise de conscience de cette dynamique évolutive vers le Beau et le Vrai que symbolise la Lumière est irréversible car « les ténèbres ne l’ont point saisie ». Regarder vers l’Orient c’est savoir vivre et partager dans la vie de tous les jours les valeurs cosmiques symbolisées par le Soleil et la Lune mais c’est aussi reconnaître qu’il existe toujours une vérité en quelque sorte surconscience, c’est à dire au-delà de l’entendement intellectuel qui permet de lutter contre une tendance subconsciente qui tend à nier l’évolution.
Le pavé mosaïque symbolisant la dualité est donc présent tout au long de la vie. Son action agit sur les plans matériels, psychiques et spirituels. Le doute qui en résulte est permanent dans la conscience, c’est pourquoi le maçon au fond de lui-même sait que la quête de la recherche de la Lumière et plus importante que la Lumière en soi car il lui est demander de tailler sa pierre. Il cultivera donc toutes les vertus propres au travail, c’est à dire la ténacité, la persévérance, la confiance en ses FF.’. et ses convictions et combattra avec force, dans son for intérieur, les tendances contraires. Ainsi, il pourra cheminer heureux et traverser les vicissitudes de l’existence sans jamais perdre sa foi, symbolisée par la recherche de la Lumière.
Jean-Baptiste est le témoin de la Lumière comme le rappelle les versets six et sept du prologue « Il y eut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean. Il vint en témoignage pour témoigner au sujet de la lumière, afin que tous par lui fussent amenés à la foi. » Il est considéré en maçonnerie comme un initié parfait. Pourquoi ? Jean-Baptiste, précurseur de la Lumière, symbolise l’élan intérieur qui caractérise tout homme qui veut témoigner de la lumière. Cet élan, cette ferveur est la quintessence de tous les actes volitifs accomplis dans l’esprit de l’Orient. C’est une sorte de point d’équilibre extatique béatifiant la qualité de l’instant ressenti lors d’une initiation par exemple, c’est à dire en élargissant le niveau de conscience jusqu’à la perception symbiotique d’une plénitude amoureuse de la condition humaine associée à l’immortalité de l’âme. La fraternité maçonnique vécue en loge est le rappel constant de ce point d’équilibre. Sans elle rien ne se passe, tout reste figé dans un endroit clos et austère qui rigidifie les plus beaux concepts.
La force de l’initié est à chercher tout d’abord dans la confiance qu’il porte à sa conviction (libre choix) d’adhérer à l’ordre et à celle de son parrain garant du témoignage de Jean-Baptiste considéré comme un initié parfait. La dernière phrase du verset : << …afin que tous par lui fussent amenés à la foi» signifie que l’évolution spirituelle, telle que la conçoit la voie maçonnique ne peut se faire ni dans un système dogmatique, ni dans une immanence de la Raison mais dans l’affirmation d’une conviction éclairée et personnelle que la vie a un sens pour soi dans celle des autres et que la clarté qui en résulte débouche sur le respect des droits et devoirs qui découle de la sincérité de sa ferveur (foi).
Le verset huit dit que: « Celui-là n’était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la Lumière ». Il confirme que Jean-Baptiste en tant qu’homme n’est pas la Vérité, mais qu’il connaît la Vérité puisqu’il doit témoigner sur elle, tout comme le maçon, qui est capable, grâce à son initiation, de distinguer l’erreur de la Vérité. La vocation de la franc-maçonnerie est de perpétuer la Lumière qui habite tous les hommes libres et de bonnes mœurs qui désirent entreprendre le voyage initiatique. Le devoir est donc clair il s’agit de ne pas laisser perdre le message de l’Evangile de l’Amour. Témoigner n’est pas chose facile lorsque la situation politique est contraire à l’idéal éthique découlant de la foi. Il s’agit alors d’être courageux, de ne point faiblir devant les forces dévastatrices matérialistes qui créent de la culpabilité et de la déraison.
Comme Jean-Baptiste, le maçon continuera à baptiser c’est à dire à être l’ami de tous ceux qui frappent à la porte du temple. Disponible, prévenant, les jambes dans l’eau du fleuve de la vie et la tête dans les étoiles, il donne avec humilité ce qu’il connait le mieux c’est à dire son amour de l’humanité. Ce message ne contient aucunes plus-values matérielles, ni reconnaissances sociales, mais pour celui qui témoigne, il est de la plus haute importance, car il donne du sens à sa vie.
Verset 9
Dieu avec un Franc-maçon
Le verset neuf dit que : « C’était la lumière, la véritable qui illumine tout homme en venant dans le monde ». Voilà à nouveau les vertus de l’initiation confirmées dans cette phrase qui, par ailleurs, est reprise telle quel dans le rituel du premier grade du REAA.
C’est en effet la responsabilité de l’initié devant la loi éthique qui veut que nous soyons tous concernés par la lumière puisqu’elle « illumine tout homme en venant dans le monde ». Cette affirmation est au-delà de l’entendement humain car elle est parcequ’elle est éternel. Nous retrouvons ici, le mystère de l’origine et le mystère de son organisation dans une traduction éthique et mythique. Si le verset affirme que c’est la véritable lumière, c’est parce qu’il sous-entend qu’il peut exister une fausse lumière. Le mythe de la recherche de la Vérité passe inévitablement par une lutte impitoyable qui engage l’initié à se libérer des désirs inutiles (fausses lumières) afin de déboucher sur une plus grande lucidité de lui-même. La Vérité est d’abord sa propre vérité comprise dans une dimension mythique. Cette nouvelle lucidité permet à l’initié de comprendre l’histoire des civilisations et la sienne en particulier à travers le sens de la Lumière, qui est avant tout la Vérité sur l’homme.
Conclusion
Aime ton prochain comme toi-même est l’aboutissement naturel de cet effort de vérité. C’est du reste la condition nécessaire qui assure une cohésion créatrice d’une communauté d’homme que nous symbolisons en maçonnerie par la Loge. Cette aventure de soi-même dans la conscience des autres, mais surtout dans l’esprit de l’éternel Sagesse, place la franc-maçonnerie comme la société qui témoigne de la Lumière hors de tout dogmatisme et d’autoritarisme culturel.
Le prologue de l’Evangile de Jean est ouvert sur l’Autel de la Vérité. Il relie le mythe d’Hiram symbolisant les efforts que doit entreprendre tout initié qui désire s’affranchir de la souffrance primordiale au mythe du Christ symbolisant la foi en l’essence de la vie apportée par l’Evangile de l’Amour. Ces deux mythes inclus dans le cycle évolutif de la condition humaine ne sont actifs qu’à partir du moment où l’initié les fait vivre en lui. Ils forment alors une triade représentant les trois piliers qui soutiennent la base d’un temple universel que les francs-maçons construisent depuis la nuit des temps. Etre opératif dans ce chantier c’est donner à la fois du sens à sa vie et aux mystères de l’origine mais c’est aussi ne pas douter de la qualité du travail accompli, car il est effectué dans un lieu où les outils sont connus de tous et où les actes maladroits sont toujours repris par celui qui observe et œuvre dans l’esprit de l’Eternel Sagesse.
La conscience du Tout n’a pas de frontières, elle est en permanence dans toute Vie, elle est La Vie au-delà de tout entendement raisonnable.
L’espérance mystique de l’Evangile de Jean est finalement une foi inébranlable en la capacité illimitée de l’esprit humain de s’affranchir des ténèbres pour retrouver les bienfaits de la Vie (Lumière), mais aussi d’être ému devant les mystères de l’existence et de son harmonie sous-jacente.
Nous avons tous besoin de pèlerinages qui rythment nos vies, qu’ils soient religieux, philosophiques ou intimes. Une manière de donner sens à la banalité du quotidien et de vérifier que nous sommes toujours bien enracinés, que nous n’allons pas être bousculés par le moindre souffle de vent. Une manière de vérifier que nous sommes plus du côté du roseau que du chêne !
Je vous fais confidence, que depuis de très nombreuses années, mon « chemin de compostelle » passe par le festival de cinéma de la rochelle. Un lieu magique où les cinéphiles se retrouvent pour leur messe annuelle !
I- Un certain Claude Chabrol
Ce 53e festival, comme à son habitude présentait des merveilles du « 7e art ». Mon attention fut particulièrement attirée par une rétrospective de l’oeuvre cinématographique de claude chabrol (1930-2010). Le personnage et les films ne peuvent que jouer un rôle d’aimant : le grotesque, la fantaisie, la dérision, la vivacité, la manipulation, structurent son cinéma et en font sa richesse et sa profondeur. Existe aussi un jeu très subtil sur la frontière quasiment invisible qui sépare le crime et la folie, la norme et la rébellion, le cadre et la marginalité. Un lieu qui peut se situer entre honoré de balzac, flaubert et simenon et qui illustre la solitude de l’homme. Avec ses 57 films et 23 téléfilms et près de 50 millions de spectateurs, chabrol est un immense metteur en scène. Figure de la « nouvelle vague », il va manier l’humour tendre et la férocité. Sa fille adoptive, cécile, décrit ainsi le non-conformiste (1) : « une vie de bouddha gourmand, d’anarchiste sournois, de jouisseur impertinent et débonnaire » ! A ajouter une féroce critique de la bourgeoisie (dont il était un pur produit !) face à sa fausse morale et sa violence dissimulée. Il est intéressant de constater que la plupart de ses succès sortiront durant la période « pompidolienne »…
II- Ah mademoiselle hélène, je vous mets de côté un beau gigot. Vous m’en direz des nouvelles !
Et puis la surprise…
Parmi les films célèbres de chabrol (le beau serge, les cousins, les bonnes femmes, les godelureaux, les biches, la femme infidèle, que la bête meure, la rupture, juste avant la nuit, les noces rouges, landru) revoir le boucher, film sorti en 1970, nous ouvre des perspectives philosophiques insoupçonnées qui donnent un éclairage étonnant sur la pensée chabrolienne qui loin d’être légère et gratuitement provocatrice, nous ouvre à des questions insondables. Dès lors, le monde de chabrol prend la dimension d’une histoire de l’homme sans la grâce ni la rédemption. Un monde proche de bouddha, cioran et schopenhauer et de leur conception de la permanence de la douleur. Une sorte de contre-poison à l’enthousiasme de spinoza pour la recherche du bonheur…
A un mariage, dans une petite commune de dordogne, paul thomas dénommé « paupol » par les habitants (prodigieux jean yanne !), boucher du village, fait la connaissance de mademoiselle hélène, la sympathique directrice de l’école communale (vedette fétiche de claude chabrol, stéphane audran recevra le prix de meilleure actrice saint-sébastien, pour ce rôle en 1970). Une sympathie naît spontanément entre ces deux êtres sur la touche : elle se relève difficilement d’une rupture et lui trimballe un lourd passé d’ancien militaire en indochine et en algérie, une période où l’on entassait les cadavres dans les camions, comme de la viande dont il s’occupe maintenant et qu’il offre comme cadeau à mademoiselle hélène, à la manière dont on offrirait des fleurs à l’élue de son coeur !
Un rapprochement amoureux s’opère mais l’un et l’autre savent qu’ils y croient parce que c’est absurde par nature : une parenthèse seulement, qui prend racine dans la peur de vivre de l’un et de l’autre, qui va se trouver accélérer par la découverte d’une jeune fille assassinée sauvagement à coup de couteau dans le bourg voisin. Crime suivi d’un second lors d’une sortie scolaire qu’organise mademoiselle hélène avec ses élèves pour leur faire découvrir une grotte avec des peintures pariétales sur les chasseurs et le gibier potentiel, et où l’on trouve un autre corps ensanglanté de jeune femme à deux pas de la grotte préhistorique visitée.
Et c’est là que le génie de chabrol se manifeste :
– nous devinons aisément que le boucher est le coupable et donc qu’il n’y a pas d’énigme policière à résoudre.
– nous faisons aisément le pronostic d’une psychose, mais chabrol ne s’y attarde pas. La question n’est pas là car, comme sénèque le fait remarquer : « nullum unquam existitit sine aliqua dementia » (« nul ne peut prétendre exister sans être un peu cinglé ! »).
– nous avançons bien sûr l’hypothèse que l’institutrice est en danger car elle devine très vite, comme nous, qui est l’assassin, mais que l’affection que lui porte le tueur l’obligera à retourner la violence sur lui pour l’épargner. Nous prévoyons le final « harakiri » du pseudo-samouraï comme inéluctable. Elle ne le dénoncera pas avant la scène finale, partagée entre la peur de la mort ou de nouveau de se retrouver seule.
Qu’elle est alors la question de chabrol ? Elle se tient dans la caverne : pourquoi la violence initiale dont l’homme est porteur de toute éternité est honorée quand il répond aux injonctions de l’état et devient ainsi un « héros » ou qu’il exerce un métier axé sur une forme de violence et pourquoi est-il un assassin quand il répond à ses pulsions ? L’image des peintures pariétales nous revient alors en mémoire : qui est le gibier et qui est le chasseur dans nos « grottes intérieures » ?
Mais surtout, sommes-nous sortis de la caverne où nos instincts nous enchaînent ? Dans le mythe de la caverne, notre incontournable platon nous répond que non : accéder à la lumière n’est pas une fin en soi. Il convient de redescendre dans la caverne, car elle est notre habitat et nos visites à l’extérieur ne sont qu’occasionnelles et limitées et retournons aux chaînes de notre nature. Platon tente de négocier une solution acceptable : cela serait, théoriquement, pour aider les autres ; ceux qui n’ont pas encore vu la lumière. Mais à quoi bon puisqu’elle n’est que momentanée. Dans le film,chabrol nous montre que la tendresse des « desesperados » que sont les deux héros, ne les sauvera pas de l’obscurité qui reprend ses droits…
III – pas le choix : ou la morale ou l’ethique.
Ce film dénonce l’ennemi de chabrol par excellence : la morale. Celle qui prétend répondre à la nature de l’homme en proposant ses solutions et en condamnant ceux qui ne les partagent pas, générant ainsi d’autres violences. La voie juste est sans doute la proposition humaniste de l’éthique, celle qui sait que la nature humaine peut produire des merveilles mais qui repose aussi sur un fond qui repose sur une bestialité latente qui n’attend qu’une occasion pour se manifester. Pour chabrol, la non-violence n’est qu’un décors, une mise en scène provisoire. La morale, de quelque nature qu’elle fut est l’imposition d’une « vérité », l’éthique c’est « faire avec ». Albert camus, dans un texte fondamental que nous citerons dans son entièreté, de juin-juillet 1948 (« deux réponses à emmanuel d’astier de la vigerie »), va aborder cette question de la violence inhérente à l’homme (2) : « ce n’est pas me réfuter en effet que de réfuter la non-violence. Je n’ai jamais plaidé pour elle. Et c’est une attitude qu’on me prête pour la commodité d’une polémique. Je ne pense pas qu’il faille répondre aux coups par la bénédiction. Je crois que la violence est inévitable, les années d’occupation me l’ont appris. Pour tout dire, il y a eu, en ce temps-là, de terribles violences qui ne m’ont posé aucun problème. Je ne dis donc point qu’il faut supprimer toute violence, ce qui serait souhaitable, mais utopique, en effet. Je dis seulement qu’il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation lui vienne d’une raison d’état absolue, ou d’une philosophie totalitaire. La violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu’il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu’on peut. Je ne prêche donc ni la non-violence, j’en sais malheureusement l’impossibilité, ni, comme disent les farceurs, la sainteté : je me connais trop pour connaître en la vertu toute pure. Mais dans un monde où l’on s’emploie à justifier la terreur avec des arguments opposés, je pense qu’il faut apporter une limitation à la violence, la cantonner dans certains secteurs quand elle est inévitable, amortir ses effets terrifiants en l’empêchant d’aller jusqu’au bout de sa fureur. J’ai horreur de la violence confortable. J’ai horreur de ceux dont les paroles vont plus loin que les actes. C’est en cela que je me sépare de quelques-uns de nos grands esprits dont je m’arrêterai de mépriser les appels au meurtre quand ils tiendront eux-mêmes les fusils de l’exécution. »
Décidément, tout cela devient bien compliqué. Je fatigue, je vais aller voir un film au ciné !
Notes
(1) : ouvrage collectif : 53e festival de cinéma de la rochelle- 2025. (page 67).
(2) maeso marylin:l’abécédaire d’albert camus. Paris. Ed. De l’observatoire. 2020. (pages 203 et 204)
Bibliographie
– arendt hannah : la crise de la culture. Paris. Ed. Gallimard. 1972.
– asséo andré et chabrol claude : laissez-moi rire ! Paris. Ed. Du rocher. 2004.
– bourdon laurent : tout claude chabrol. Paris. Ed. Lettmotiv. 2020.
– de baecque antoine : chabrol. Biographie. Paris. Ed. Stock. 2021.
Dans son ouvrage Taijiquan et Franc-Maçonnerie : Expériences initiatiques d’un anthropologue, Éric Caulier nous invite à un voyage fascinant au croisement des traditions orientales et occidentales, explorant les convergences entre le taijiquan, art martial interne chinois, et la franc-maçonnerie, voie initiatique occidentale. Publié avec une préface de Jean-François Sallustrau et une couverture illustrée par le talentueux Antonio Cossu, cet ouvrage se distingue par son approche transdisciplinaire, mêlant anthropologie, philosophie, spiritualité et pratique corporelle. À travers une prose riche et introspective, Caulier tisse des ponts entre corps, cœur et esprit, offrant une réflexion profonde sur la quête de sens et d’harmonie dans un monde fragmenté.
Une quête de l’unité à travers deux traditions Éric Caulier, praticien-chercheur et anthropologue, s’appuie sur son parcours singulier pour explorer les parallèles entre le taijiquan et la franc-maçonnerie. Initié aux arts internes chinois par des maîtres tels que Men Hui Feng, surnommé « l’encyclopédie vivante des arts martiaux », et engagé dans la franc-maçonnerie au sein du Rite Écossais Ancien et Accepté, l’auteur incarne une synthèse rare entre rigueur académique et expérience vécue. Son ouvrage s’articule autour de l’idée que ces deux traditions, bien que issues de contextes culturels éloignés, partagent une même ambition : réconcilier les opposés, cultiver l’harmonie et guider l’individu vers une transformation intérieure.Le taijiquan, avec ses mouvements fluides et circulaires inspirés du yin et du yang, est présenté non seulement comme un art martial, mais comme une méditation en mouvement, une pratique de santé et une philosophie de vie.
Caulier explore ses dimensions multiples – corps, souffle, esprit – et met en lumière son potentiel d’unification, notamment à travers le concept du « tiers inclus », où les opposés se complètent plutôt que de s’opposer. De même, la franc-maçonnerie, avec ses rituels et symboles, est décrite comme un cheminement initiatique visant à reconnecter l’individu à lui-même, aux autres et à l’univers, à travers une éthique du travail intérieur et de l’action vertueuse.
Une approche transdisciplinaire et humanisteL’originalité de l’ouvrage réside dans son approche transdisciplinaire, qui refuse de cloisonner les savoirs. Caulier s’appuie sur des références philosophiques (Héraclite, Laozi, Zhuangzi), scientifiques (Henri Atlan, Francisco Varela) et spirituelles (alchimie taoïste, mythologie nordique) pour construire une réflexion systémique. Il propose une vision de l’humain en interaction constante avec son environnement, où le sujet se co-construit à travers ses gestes, ses choix et ses perceptions. Cette perspective, enrichie par son expérience de terrain en Chine et ses engagements maçonniques, donne au livre une profondeur rare, accessible à la fois aux initiés et aux profanes.
L’auteur explore des thématiques universelles : l’unité corps/cœur/esprit, la recherche d’un « trésor perdu », la réhabilitation de l’analogie comme outil de compréhension, et la nécessité d’apprendre par l’erreur. Dans un chapitre particulièrement éclairant, il revisite le mythe fondateur du taijiquan – le combat entre le serpent et l’oiseau – pour proposer une lecture nouvelle : non une victoire de l’un sur l’autre, mais une communion des forces vitales et spirituelles, incarnant l’union du cercle (serpent) et de la ligne (oiseau). Cette relecture symbolique illustre la capacité de Caulier à transcender les dualismes et à offrir une vision intégrative de la réalité.
Une réflexion sur l’erreur comme moteur d’apprentissage
Un des points forts de l’ouvrage est son exploration des erreurs, non comme des échecs, mais comme des étapes essentielles du chemin initiatique. Dans le taijiquan, l’apprentissage par le tâtonnement – « essais et erreurs » – permet de trouver le « geste juste », celui qui équilibre technique et intériorité. Caulier applique cette idée à la franc-maçonnerie, où le travail sur soi passe par la reconnaissance des imperfections et la quête d’une vérité relative, toujours en construction. Cette approche, qu’il qualifie de « noble bricolage », résonne avec la pensée d’Henri Atlan, pour qui la recherche de la vérité consiste à éliminer les erreurs possibles.
L’auteur critique également les erreurs épistémologiques et ontologiques qui fragmentent notre compréhension du monde. Il dénonce le dualisme cartésien, qui sépare corps et esprit, vie et mort, et propose une vision unifiée inspirée par le taijiquan et la franc-maçonnerie. Cette réflexion culmine dans une réinterprétation du récit biblique de la Genèse, où la « Chute » est vue non comme une désobéissance, mais comme une rupture cognitive, une séparation artificielle de l’humain d’avec l’unité originelle de la création.
Une ode à l’harmonie et à la résonanceL’ouvrage s’achève sur une note optimiste, soulignant les convergences entre ces deux voies initiatiques. Le taijiquan, avec sa fluidité et sa lenteur, induit des états de conscience élargis, des « expériences de flow » où l’individu entre en résonance avec l’univers. La franc-maçonnerie, par ses rituels et son éthique, offre un cadre pour agir en commun et incarner des valeurs universelles. Ensemble, ces pratiques invitent à réintégrer la « part d’ombre », à cultiver l’authenticité et à œuvrer pour une société plus harmonieuse.
Caulier ne se contente pas de théoriser : il partage des expériences personnelles, comme cette journée d’hiver où, adolescent, il vécut une expérience mystique spontanée dans la neige, un moment qui a façonné son parcours. Ces anecdotes, mêlées d’érudition et de sensibilité, rendent le livre profondément humain et accessible.
Un ouvrage pour les chercheurs de sens
Taijiquan et Franc-Maçonnerie est une œuvre d’une richesse exceptionnelle, qui s’adresse autant aux pratiquants d’arts martiaux qu’aux francs-maçons, aux anthropologues ou à toute personne en quête de sens.
Éric Caulier, avec une plume élégante et un regard aiguisé, parvient à relier des mondes apparemment éloignés, montrant comment le taijiquan et la franc-maçonnerie, par leurs rituels, leurs symboles et leur quête d’unité, répondent à une aspiration universelle : reconnecter l’humain à lui-même, aux autres et au cosmos.
La reconnaissance du taijiquan par l’UNESCO en 2020 comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité vient renforcer la pertinence de cet ouvrage, qui dépasse les clichés exotiques ou élitistes pour révéler la profondeur de ces traditions. Illustré par le dessin d’Antonio Cossu, cet ouvrage est également un bel objet, dont la couverture invite à plonger dans un univers où le corps et l’esprit dansent ensemble.
En somme, Taijiquan et Franc-Maçonnerie est une invitation à marcher sur le chemin de l’initiation, à embrasser l’erreur comme une étape vers la vérité, et à cultiver l’harmonie dans un monde en quête de repères.
Un livre à lire, à méditer et à partager, pour tous ceux qui aspirent à une vie plus pleine et plus juste.
Dans cet entretien exclusif avec Opinion Internationale, Nicolas Penin, Grand Maître du Grand Orient de France (GODF), partage sa vision des défis majeurs auxquels la France est confrontée en 2025. Il aborde deux priorités fondamentales pour le GODF : la création d’une « République des Maires » pour revitaliser la démocratie locale et l’inscription de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État dans la Constitution, afin de garantir la laïcité comme pilier de la République. Ces combats, ancrés dans les valeurs maçonniques, reflètent l’engagement du GODF pour une société plus juste et égalitaire.
La République des Maires : Redonner du pouvoir aux territoiresOpinion Internationale : Le GODF promeut l’idée d’une « République des Maires ». Pouvez-vous expliquer ce concept et son importance ?
Nicolas Penin Grand Maître du GODF
Nicolas Penin : La « République des Maires » est une réponse à la centralisation excessive qui caractérise la France. Nous constatons une fracture croissante entre les citoyens et les institutions, alimentée par une concentration du pouvoir à Paris. Les maires, en tant qu’élus de proximité, sont les mieux placés pour comprendre les besoins de leurs administrés. Ils incarnent une légitimité démocratique forte, mais leurs compétences sont souvent limitées par un État centralisé. Nous proposons de renforcer leur rôle en leur confiant davantage de responsabilités et de moyens, tout en favorisant la coopération intercommunale. Cela permettrait de revitaliser la démocratie locale, de rapprocher les décisions des citoyens et de répondre plus efficacement aux défis sociaux, économiques et écologiques.
Cette idée s’inscrit dans notre réflexion sur la décentralisation, un sujet que le GODF explore depuis des années. En 2025, face à une société fragmentée, il est urgent de redonner du souffle à la participation citoyenne. Les maires, par leur proximité et leur engagement, sont les acteurs clés pour reconstruire la confiance et bâtir une République plus inclusive.
La laïcité : Un principe à sanctuariser dans la Constitution
Opinion Internationale : Pourquoi le GODF insiste-t-il sur la constitutionnalisation de la loi de 1905 ?
Nicolas Penin : La loi de 1905, qui établit la séparation des Églises et de l’État, est un pilier de la République française. Elle garantit la liberté de conscience, l’égalité de tous face à la loi et la neutralité de l’État face aux convictions religieuses. Cependant, elle est aujourd’hui fragilisée par des interprétations divergentes et des pressions communautaires. L’inscrire dans la Constitution, comme nous l’avons fait pour la Charte de l’environnement, serait une manière de la sanctuariser et de la protéger contre toute remise en cause.
En 2025, la laïcité est plus que jamais un rempart contre les dérives identitaires et les tensions sociales. Elle n’est pas un outil d’exclusion, mais un cadre qui permet à chacun de vivre ses croyances tout en respectant l’espace commun. Le GODF, fidèle à son engagement républicain, milite pour que ce principe devienne inaliénable, gravé dans la Constitution, afin d’assurer sa pérennité face aux défis contemporains.
Les valeurs maçonniques au service de la société
Opinion Internationale : Comment le GODF, en tant qu’obédience maçonnique, s’inscrit-il dans ces combats ?
Nicolas Penin : Le Grand Orient de France, depuis sa fondation en 1733, porte des valeurs humanistes : liberté, égalité, fraternité, laïcité. Ces principes guident notre réflexion et nos actions. Nos loges sont des espaces de débat où nous analysons les enjeux de société pour proposer des solutions concrètes. La République des Maires et la constitutionnalisation de la loi de 1905 sont des illustrations de notre engagement à défendre une vision progressiste de la République.
Nos travaux ne se limitent pas à des discussions internes. Nous dialoguons avec la société civile, les élus et les institutions pour promouvoir ces idées. En 2025, alors que la France traverse des crises multiples – sociales, écologiques, démocratiques –, la franc-maçonnerie se veut une force de proposition, un laboratoire d’idées pour construire un avenir plus solidaire et respectueux des libertés individuelles.
Une vision pour 2025 : Rassembler et protéger
Opinion Internationale : Quels sont les projets du GODF pour cette année ?
Nicolas Penin : En 2025, le GODF intensifie ses efforts pour promouvoir la République des Maires et la constitutionnalisation de la loi de 1905. Nous organisons des colloques, des débats publics et des rencontres avec les élus locaux pour faire avancer ces projets. Par ailleurs, nous poursuivons notre travail sur l’éducation, l’égalité des genres et la transition écologique, des thématiques au cœur de nos réflexions.
Nous souhaitons également renforcer les liens avec les citoyens, en montrant que la franc-maçonnerie n’est pas une société secrète, mais un espace de réflexion ouvert, dédié au bien commun. À travers nos actions, nous voulons contribuer à une société où la liberté de pensée, la solidarité et la laïcité sont des piliers inamovibles.
Conclusion : Un appel à l’engagement
Nicolas Penin conclut cet entretien avec une conviction forte : « La République a besoin de citoyens engagés, de maires forts et d’une laïcité intangible. Le GODF, fidèle à sa mission, continuera de porter ces combats existentiels pour une France plus juste et plus unie. » En 2025, face aux défis d’une société en mutation, le Grand Orient de France se positionne comme un acteur clé, proposant une vision humaniste et républicaine pour répondre aux aspirations des citoyens et renforcer les fondations de la démocratie.
Cet entretien illustre l’engagement indéfectible du GODF pour une République décentralisée, laïque et fraternelle, des valeurs plus que jamais nécessaires dans le contexte actuel.
Les Templiers, ces moines-soldats inventeurs de la banque moderne, ont sillonné le monde, laissant à travers les âges le mythe d’une richesse bien cachée. Mais où est donc passé le fabuleux trésor des chevaliers du Temple ? Entrez dans l’histoire du plus grand secret de tous les temps, un mystère qui nourrit encore aujourd’hui de nombreuses légendes.
⏯️🎧📻 Retrouvez « Entrez dans l’Histoire » avec Lorant Deutsch en podcast sur rtl.fr et l’application RTL – Tous les replays ici : https://urls.fr/xD9y13
Initier, comme vous le savez, veut dire « mettre sur le chemin… ». En traitant le sujet « Chemin initiatique et devenir… », je souhaiterais évoquer la question de l’influence de la franc-maçonnerie dans l’évolution de notre société dans les années qui viennent. Car pour autant que nous soyons des hommes qui faisons de la Tradition, notre socle, nous ne pouvons oublier que ce mot a aussi pour origine la transmission. D’année en année, de maçon à maçon, de degré en degré, le temps nous façonne. En quoi façonnons-nous notre environnement, notre vie, bref notre avenir à partir de ce que nous sommes et devenons, nous maçons ?
Il s’agit uniquement ici de proposer des axes de réflexion, et ce à partir d’une base, le R .E.A.A et notre vécu de chacun dans nos ateliers. Etant « une alliance universelle d’hommes éclairés, groupés pour travailler en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité » ainsi que le précise le mémento de l’Apprenti, il est clair que nous avons, directement ou indirectement une influence sur ce que notre monde devient. Car ce que nous sommes dit aussi ce que nous faisons. Dès lors, on peut raisonnablement penser que le Chemin initiatique n’aura pas de fin, puisque ceux qui le suivent ne cessent de se succéder en construisant autour d’eux. Ne sommes-nous pas nous-mêmes le passé et déjà la tradition de ce futur qui arrive ?
– I Les Fondations d’un autre Ordre : Ordo ab chao
C’est avec les matériaux du passé que nous construisons l’avenir. Car si des hommes, au XVIIIème siècle – mais même avant, car ce XVIIIème ne fut pas une génération spontanée – ont ressenti la nécessité de se réunir régulièrement, de travailler ensemble et de défendre des valeurs nouvelles, puis de forger une pensée à partir d’une symbolique c’était évidemment soit pour proposer un autre sens au vécu, dû-t-il être limité au temps partagé en tenue, soit pour permettre à certains d’entre eux de jeter les bases d’une autre vie profane reposant notamment sur un autre vision de la vie, de l’homme et de la société. Les textes des Anciens Devoirs jusqu’au Discours de Ramsay, puis du Convent de Lausanne en 1861 en témoignent. Les maçons ont contribué au façonnement du monde d’hier et d’aujourd’hui. Souvenons-nous par exemple de l’influence des maçons dans la naissance des Etats-Unis d’Amérique, l’influence des maçons dans l’abolition de l’esclavage, pendant les guerres mondiales et jusqu’à aujourd’hui dans l’installation du droit à l’interruption volontaire de grossesse.
La diversité des obédiences maçonniques, la diversité des rites pratiqués témoignent d’ailleurs de chemins initiatiques frères concourant au même but : participer de la construction d’un avenir à partir de visions éparses.
Les Obédiences maçonniques ne sont pas les seuls axes de réflexions de nos sociétés. Les Eglises, les partis politiques, les divers mouvements connus ou inconnus ont leur credo, leur méthode et leurs espérances. Nous maçons participons souvent également à ces autres sérails.
Nos ateliers sont avant toute chose des laboratoires, ou des enclumes sur lesquels nous forgeons nos consciences, et par-là sans-doute aussi les contours de nos sociétés à venir.
Si nous n’avons pas collectivement de credo, de certitudes, mais une méthode initiatique, un chemin, le REAA nous participons, tenue après tenue à la naissance d’un autre homme à partir du profane : l’initié. Puis d’initié en initié nous travaillons à la naissance d’un frère. Cet initié, ce frère n’est qu’un homme voué à une sorte de pèlerinage perpétuel au fond de lui-même, vers une cité nouvelle dont il sera à la fois le concepteur, le bâtisseur et l’habitant.
Chez nous, l’avenir se choisit et par-là aussi s’auto-détermine et se détermine collectivement. En effet chacun se détermine librement en choisissant un jour de frapper à la porte du temple et de demander la Lumière. Nous accueillons chaque profane dans une réception également libre. Contrairement à ce que beaucoup pensent, notre idéal n’est pas d’exclusion ou d’élitisme, mais de participation, de lente métamorphose, de conservation, puis de construction. Disons que de nos broussailles nous aimons faire des jardins : ordo ab chao. Nous accompagnons le temps, véritable athanor alchimique. Ainsi faisons-nous du passé en puisant nos racines dans notre tradition, du présent en enrichissant nos tenues régulières de nos travaux, et de l’avenir dans l’accueil régulier de nouveaux frères pour l’accomplissement d’hommes nouveaux dans leur idéal. En effet quelque chose ne vaut, dans la durée du temps, que s’il y a transformation et seulement s’il porte témoignage sous de nouvelles figures, ou de nouveaux langages, comme un vin nouveau que l’on met dans de nouvelles outres.
– II Chez nous, d’une certaine manière, le Verbe se fait chair :
Nous somme redevenus des hommes libres, c’est à dire « des hommes morts aux préjugés du vulgaire et nouveaux nés à une vie nouvelle que nous a conféré l’initiation ». Est-ce une simple formule ou une réalité ? C’est en fait à chacun de nous d’en décider et c’est ce qui détermine profondément chacun de nous, individuellement puis collectivement jusque dans la vie profane. Les neuro-physiciens comprennent aujourd’hui combien les intentions et les attentes jouent un rôle fondamental pour façonner et diriger notre expérience consciente.
Scène de la trilogie « Nürnberg Saga »: Andreas Schadt (au centre) joue le fondateur de la loge Paul Wolfgang Merkel – Photo : BR / Loopfilm GmbH
Si nous sommes des hommes « nouveaux » notre regard et notre vision changent aussi. Nous avons en effet reçu la Lumière. Et c’est sous le faisceau de cette Lumière que nous agirons peu à peu différemment. Dans les Anciens Devoirs on peut trouver par exemple la recommandation suivante : « vous vous montrerez aimants et loyaux l’un envers l’autre ». L’impact d’une telle attitude, si elle était généralisée par un groupe, pourrait avoir un impact non négligeable à tous les niveaux d’une société. Les textes fondateurs de la franc-maçonnerie, en mettant de côté les influences religieuses de l’époque, établissent clairement une vision plus juste des rapports entre tous.
Dans le manuscrit Dumfries (1710), il est écrit : « Ce sont là des devoirs généraux auxquels tout maçon doit se tenir… Il est fortement souhaitable que ceux-ci les conservent soigneusement dans leur cœur, leur désir, et leurs inclinations. En faisant ainsi il se rendront eux-mêmes réputés aux yeux des générations futures ». Sans dire, pour l’heure que nous préfigurons tel type de société plutôt qu’un autre, nous pouvons cependant reconnaître dans nos structures, notre organisation globale, les sujets sur lesquels nous travaillons, que nous participons d’une certaine vision de la vie. Nous y reconnaissons nos choix. L’esprit du Convent de Lausanne témoigne en soi du rejet de tout dogmatisme, d’un esprit qui respecte le libre arbitre de chacun et l’acceptation d’un seul axiome : l’existence d’un Principe Créateur. En cela Lumière, Esprit et Liberté constituent les fondements de notre Rite. Il est difficile d’admettre que des hommes baignant par choix dans l’eau de ce genre d’idées de cherchent pas à en teindre leurs actes quotidiens.
Pour nous le Chemin initiatique est non seulement une vision éclairée globale de la société qui nous laisse augurer petit à petit d’évolutions progressives dans le monde profane, mais c’est aussi une organisation de nos actions et un fonctionnement de notre communauté. En nous abritant ainsi sous la devise « ordo ab chao » nous acceptons le principe certes symbolique d’un ordre dans l’agencement phénoménologique du monde, qui témoigne en partie d’un fonctionnement et d’une organisation. L’ordonnancement de nos tenues, les prises de paroles, les responsabilités des officiers, la répartition de l’espace et du temps selon des colonnes, des points cardinaux, le rôle de la Lumière, nos travaux en eux-mêmes révèlent un parti pris dans la gestion de nos énergies intérieures et extérieures, et d’une volonté de la maîtrise de l’espace et du temps. Pour reprendre une formule de notre frère Yves Litzellmann dans un de ses articles : « la tradition, en soi, est chose vivante puisqu’elle s’élabore à même la vie, elle se transmet en formulations gestuelles ou orales, porteuses de vérité concrète et guides pour l’action ».
Enfin, comme il l’a été maintes fois souligné, je cite Hubert Greven: « Le REAA est le Rite d’un ordre initiatique dont l’unique objet est la transformation de l’homme… ». En effet chemin initiatique, par le truchement du Rite Ecossais Ancien et Accepté a le mérite de faire un autre homme. Cet homme n’est pas changé. Il se change d’année en année, de degré en degré. Qui est et qu’est-ce que cet autre?
A la manière de Gérald Edelmann qui écrit dans son livre « comment la matière devient conscience » qu’il faut reconnaître leur place aux valeurs dans un monde faits, nous disons notre frère est un homme qui a reçu la Lumière. Cela n’apprend rien en soit à celui qui ne le vit pas, mais cette Lumière est sensée éclairer chacun de nos actes, chacune de nos pensées et donc influence notre vie d’aujourd’hui et celle de l’avenir. L’initié peut ou non s’initier pour lui-même, mais une fois la tenue terminée il se retrouvera inévitablement dans le monde profane pour « achever à l’extérieur l’œuvre commencée dans le temple ». Un homme qui tente d’aller au-delà de ses préjugés ne réfléchit pas à l’avenir de la même manière que celui qui n’en a pas conscience.
Autre évidence : Un homme qui tente d’être équitable, franc, loyal, sincère ne prépare pas le même avenir que celui qui ne l’est pas.
Un homme, qui dans sa relation aux autres essaie de s’inspirer du sentiment d’équité, vise au nivellement des inégalités pour élever sans cesse l’état moral et matériel des individus et de la Société toute entière ne construit pas les mêmes fondations que celui qui négligent ces invitations. En ce sens le choix d’un Chemin initiatique et de sa mise en application dans le quotidien préfigure bien une espérance quant aux capacités positives des hommes à s’entendre, œuvrer en commun à un avenir commun à l’avènement duquel ils se dévouent. Dès lors si chemin initiatique il y a, il est en effet intérieur en chacun de nous, et ainsi il agit en nous dans notre calme intérieur retrouvé ou acquis, dans l’abandon provisoire ou prolongé de notre ego, dans le recul que nous prenons quant aux dimensions souvent médiocres de la vie profane. Par là nous nous redressons en nous pour mieux agir au dehors une fois chaque tenue close.
Il faut oser le dire et c’est tout à l’honneur de ceux qui nous ont précédés, ou de ceux qui sont aujourd’hui franc-maçon, que de travail invisible avons-nous tous fait dans un esprit de tolérance, de partage, de vision fraternelle, de connaissance symbolique ? Quels résultats innombrables et inconnus ont été acquis à ce jour grâce au respect et la mise en œuvre de notre rite. Combien d’entre nous, d’entre vous, sont devenus meilleurs, plus droits, plus fraternels depuis qu’ils sont devenus les ardents et dignes représentants du REAA. Enfin, d’avoir nombreux travaillé à renoncer au vice pour pratiquer la vertu n’a-t-il pas ici et là et au gré des années voire des siècles peu ou prou contribué à rendre nos sociétés difficiles ?
Ainsi qu’il est souligné dans un n° d’Ordo ab Chao : « Tous ceux qui mettent tout leur cœur à vivre les principes du rite s’illuminent intérieurement et extérieurement par leur réalisation… car ce rite loin de nous contraindre nous fait exister; l’initié est un nouvel homme qui se réalise dans l’accomplissement de l’ouverture d’esprit que lui donne la pratique du rite » et c’est en ce sens que je fais mienne cette évocation: chez nous, d’une certaine manière, le Verbe se fait chair : en ce sens que nous nous efforçons de mettre en pratique par l’Art Royal, ce que nous évoquons dans notre Rite. Dès lors notre recherche de la Vérité ne peut laisser l’avenir indifférent.
Pour citer Patrick-André Chéné : « la force de cette voie (la voix initiatique) est son caractère moderne, certes, adaptée à l’homme contemporain, mais ancrée dans ses racines dans nos traditions, notre histoire, c’est histoire de l’humanité gravée en nous, et ayant par ce fait force d’universalité. La conscience du franc-maçon animée d’une intention vraie, percevra ainsi la dimension des objets et des êtres dans leur présence au quotidien» car l’aptitude à l’objectivité extérieure se mesure à l’aptitude du dialogue interne » (Jung : l’Ame et le Soi)
III C’est dans le cœur de l’homme et nulle part ailleurs, que se décide son avenir.
La franc-maçonnerie, dans son Chemin initiatique invite l’homme à se réinventer en se forgeant un devenir. Et pourquoi un devenir ? Tout simplement parce que la Vie vit et parce que tout en nous du corps à l’esprit est évolution. Cette évolution vibre dans nos gènes. Dès lors, il vaut mieux pour nous en avoir la maîtrise. C’est précisément ce à quoi nous travaillons dans nos ateliers « par le perfectionnement graduel de nous-mêmes ». Je ne crois pas que nous répétions inlassablement et sans efficacité des gestes et des discours immuables. Même sans public le discours influe sur l’acteur qui ne joue que pour lui-même. C. G Jung écrit dans l’Ame et la vie : « L’être humain croit avec la grandeur de sa tâche… » et rajoute … pourvu qu’il s’en donne les moyens ». Notre frère Jean-Pierre Papon souligne : « le RÉAA en Occident, propose une approche de la connaissance de soi qui ne dépend pas d’une préalable adhésion à un système de croyance ou d’éthique, mais qui pourtant est susceptible de conférer un sens à l’univers et à notre vie. »
En travaillant sur nous, il s’agit bien d’œuvrer pour le monde. Mais ne nous y trompons pas, le Chemin initiatique n’est pas le but, il est la route vers… un autre monde, donc un autre nous-mêmes puisque nous en serons les acteurs, les figurants et les auteurs. Alors un sens. D’abord celui de l’Occident vers l’Orient, vers cette Lumière du prologue de l’Evangile de Jean, la lumière pour les hommes, pour qu’elle devienne justement sur le Chemin initiatique la lumière des hommes, pour les meilleurs d’entre nous. Par là nous allons vers le sens et nous devenons sens pour les autres en « élevant nos consciences et nos cœurs en fraternité ».
Eclairés nous devons aussi agir dehors selon ce que dis notre rituel de fermeture « Que la Lumière qui a éclairé nos travaux continue de briller en nous pour que nous achevions au dehors l’œuvre commencée dans ce Temple, mais qu’elle ne reste pas exposée aux profanes ». En quoi ce que nous faisons dans nos ateliers est-il l’amorce d’une action dans le monde profane ? Pour bon nombre de profanes ce que nous faisons dans le temple ne les concerne pas. Nous, nous devons au contraire nous sentir tout à fait concernés par notre apport dans le monde profane : pour contribuer à ce que la Paix règne sur la terre, que l’Amour règne parmi les hommes, que la Joie soit dans les cœurs !
Certains diront que c’est faire preuve de naïveté que de parler ainsi. J’y vois pour ma part tout le pari de la démarche initiatique du maçon. Si nous lisons ces lignes sur un plan seulement symbolique elles perdent leur substance. Car la Paix, et l’histoire du monde nous l’a assez montré, combien il est crucial pour chacun de nous d’en être d’ardents contributeurs, puis les acteurs quotidiens. Car l’amour, décliné sous toutes ses formes, que nous portons aux autres, quels qu’ils soient contribuent à les rendre meilleurs et installe les respects et la tolérance. En d’autres termes nous pouvons ainsi montrer une alternative à la haine qui est dévastatrice, séparatrice et venimeuse. Quant à la Joie dans les cœurs, un éclat de rire de n’importe quel enfant en ce monde témoigne de notre responsabilité à en créer le cadre salvateur.
Réussir ? Peut-être, espérer sûrement, comme l’aurait dit Guillaume d’Orange. Car on ne peut vibrer de Lumière comme nous le faisons sans partout et toujours propager son éclat dans tous les lieux sombres des hommes. Nous devons incarner l’espérance. Encore un mot dirait peut-être un profane. Et pourtant, c’est peut-être dans ce mot-là que réside toute la puissance de notre devoir de maçon, parce qu’il aide à ne jamais renoncer en disant : au bout du Chemin, au bout du chemin initiatique, il y a un possible auquel nous voulons chacun, à notre manière contribuer et travailler dans nos ateliers respectifs. Je ne vois pas d’autre état d’ouverture que l’espérance pour nous accompagner à chaque tenue, chaque année, en accueillant.
En guise de conclusion :
Dans son Discours de 1737 Ramsay s’exprime ainsi !
« C’est pour faire revivre et répandre ces anciennes maximes prises dans la nature de l’homme, que notre société fut établie. Nous voulons réunir tous les hommes d’un esprit éclairé et d’une humeur agréable, non seulement par l’amour des beaux-arts, et encore plus par les grands principes de vertu, où l’intérêt de la confraternité devient celui du genre humain entier, où toutes les nations peuvent puiser des connaissances solides, et où tous les sujets les différents royaumes peuvent, vivre sans discorde … »
Écrit à quatre mains, ce premier volume de la trilogie Malum et Bonum plonge le lecteur dans une aventure palpitante et pleine de rebondissements à la recherche de la vérité. Une quête qui va conduire Adeline, à travers la découverte d’un monde ésotérique, à des révélations ahurissantes sur ses origines familiales et à l’accomplissement de son destin.
Au coeur d’un beau quartier de Paris, dans le hammam d’un club de sport, Adeline Le Clèves, propriétaire des lieux, fait face au spectacle macabre de deux corps nus enlacés : sa soeur Rébecca est étendue là, tuée avec son jeune amant. Après l’assassinat de son père, sénateur, survenu deux ans plus tôt et jamais élucidé, quel sort s’acharne sur les siens ? Suspectée par le commandant de police Salvo Camillèri chargé de l’affaire, Adeline décide alors de mener sa propre enquête et se retrouve confrontée à une mystérieuse et dangereuse organisation. Écrit à quatre mains, ce premier volume de la trilogie Malum et Bonum plonge le lecteur dans une aventure palpitante et pleine de rebondissements à la recherche de la vérité. Une quête qui va conduire Adeline, à travers la découverte d’un monde ésotérique, à des révélations ahurissantes sur ses origines familiales et à l’accomplissement de son destin.
L’ouvrage publié aux éditions Detrad aVs dans la collection « En Quête Initiatique » dirigée par Didier Quiniou, s’inscrit dans une lignée précieuse, celle des récits où l’action est prétexte à l’éveil, où la narration devient un chemin vers la lumière, et où l’émotion rejoint la connaissance. Il est à la fois roman d’enquête, récit de filiation, cartographie du secret et méditation sur la mémoire, le deuil, et la possibilité de renaître en vérité.
AUTEURS :
Mario Maiolo, interprète multilingue passionné par la langue française, apporte à l’ouvrage sa rigueur élégante, sa maîtrise du rythme et de l’équilibre narratif.
Michèle-Élisabeth Rochlin, professeure de Lettres Classiques, membre de la Grande Loge Féminine de France, y insuffle une lumière discrète, mais constante : celle des symboles travaillés en silence, celle des traditions intérieures transmises à travers les mots.
Le jeudi 17 juillet 2025 à 19h30, le Collège Maçonnique organise une nouvelle édition des Entretiens d’Été, une conférence en ligne intitulée « Migrations… Odyssées du Vivant ». Cet événement, animé par le rabbin Yann Boissière, promet une exploration profonde et contemporaine de l’Exode, un récit mythologique et spirituel qui résonne encore aujourd’hui.
un voyage au cœur de la pensée humaineConnu comme le second livre du Tanakh hébraïque, le Livre de l’Exode – ou Chemot (« Les Noms ») – est également appelé Sefer ha Geoulah (« Livre de la Rédemption ») dans la tradition midrashique. La version grecque des Septante le nomme Exodos, « la sortie d’Égypte ». Ce texte, riche de ses quarante chapitres, retrace la libération du peuple hébreu de l’esclavage en Égypte, l’instauration de la fête de Pessah, l’Alliance scellée au mont Horeb et la construction du Tabernacle. Au-delà de l’histoire, l’Exode invite à une réflexion universelle sur les migrations, qu’elles soient physiques, spirituelles ou intellectuelles. Yann Boissière, rabbin libéral affilié au mouvement Judaïsme en Mouvement, proposera une lecture contemporaine de ce récit trimillénaire, explorant comment le don du Code de l’Alliance – les Devarim reçus par Moïse – marque un tournant paradigmatique dans les comportements humains.
Yann Boissière :
un parcours singulierD’origine lilloise, Yann Boissière est un rabbin au parcours atypique. Initialement passionné par la culture anglo-saxonne et la linguistique (études à la Sorbonne et à l’Université de Bourgogne), il s’est d’abord illustré comme scénariste pour la télévision et le cinéma. Sa rencontre avec Pierre-Henri Salfati le conduit à se convertir au judaïsme, avant de devenir enseignant du Talmud Torah à la synagogue de Beaugrenelle (Paris, 15e arrondissement).
Sa vision ouverte et moderne du judaïsme enrichira cette conférence d’une perspective unique, mêlant érudition, spiritualité et réflexion contemporaine.
Une soirée ouverte à tous
Gratuite et accessible à tous, cette conférence sera enregistrée et disponible sur le site du Collège Maçonnique www.collegemaconnique.fr. Cet événement s’inscrit dans une série de rencontres estivales, avec d’autres temps forts à venir, comme la conférence du 24 juillet avec le Dr Claire Mestre, psychiatre et anthropologue, sur le thème Femmes et Migrations, ou encore la projection en avant-première du film The Road to Hope de Christophe Smith le 14 août.
Ne manquez pas cette occasion de plonger dans une réflexion intemporelle sur les migrations humaines et les transformations de la pensée, guidés par la sagesse de Yann Boissière.
Inscrivez-vous dès maintenant pour réserver votre place à cet événement inspirant !
La Grande Troménie de Locronan, dont le nom dérive du breton Tro Minihi (« tour du sanctuaire »), puise ses origines dans une double tradition : celtique et chrétienne. Avant l’arrivée du christianisme en Armorique, Locronan était un haut lieu spirituel celtique, structuré autour d’un calendrier luni-solaire. Les druides, savants de l’époque, y pratiquaient des rituels liés aux cycles saisonniers et aux forces naturelles.
Le sanctuaire, situé au pied de la colline de Menez Lokorn, était orienté selon des repères cosmiques, marquant les parcours annuels du soleil et de la lune, comme l’a souligné l’ethnologue finistérien Donatien Laurent. Selon ses recherches, les pèlerins de la Troménie reproduisent avec leurs pas un cheminement symbolique calqué sur ces cycles cosmiques, une pratique antérieure à l’ère chrétienne.
Au VIe siècle, l’arrivée de saint Ronan, un moine irlandais venu évangéliser la Bretagne, marque un tournant. Vivant en ermite à Locronan, il intègre les traditions locales tout en christianisant le site. Après sa mort, son culte se développe rapidement, et la Troménie devient une célébration dédiée à sa mémoire. Selon la tradition, saint Ronan parcourait quotidiennement le trajet de la Petite Troménie (6 km) et, chaque dimanche, celui de la Grande Troménie (12 km), suivant les anciennes limites paroissiales. Ce parcours, jalonné de 12 stations symbolisant les mois de l’année celtique, perpétue une vision du monde où les forces cosmiques – lune et soleil, féminin et masculin, hiver et été – s’équilibrent dans une harmonie complémentaire.
La Grande Troménie, qui se tient tous les six ans, s’inscrit dans cette périodicité ancienne, potentiellement liée aux cycles calendaires celtiques. Christianisée au fil des siècles, elle reste un témoignage vivant de la fusion entre paganisme et christianisme, une caractéristique typique des pardons bretons. Comme l’explique Lukian Kergoat, linguiste et participant de longue date à la Troménie, « c’est une déambulation spirituelle qui dépasse le simple fait religieux ».
Crédit : Howard Crowhurst, en 2019 sur Nurea TV. Découvrir son dernier ouvrage : « Le grand plan de la Troménie de Locronan », disponible sur le site de l’éditeur Epistemea.fr – Retrouvez son travail ses conférences sur la plateforme EpistemeaTV
Le déroulement de la Grande Troménie 2025
La Grande Troménie de 2025, qui se déroule du 13 au 20 juillet, a été officiellement présentée lors d’une conférence de presse le 18 juin à Locronan, en présence des organisateurs, dont le curé de la paroisse Sainte-Anne de Châteaulin et les représentants de l’association Locronan, Vie et Tradition. Cette dernière, née en 2024 de la fusion de deux entités locales, veille à la pérennité de ce patrimoine immatériel, tout en entretenant l’église Saint-Ronan et en mobilisant la communauté pour l’événement.
Un coup d’envoi festif et symbolique
Les festivités commencent la veille, le samedi 12 juillet, avec un spectacle son et lumière retraçant la vie de saint Ronan, de son arrivée en Bretagne à la fondation de Locronan. Ce spectacle, porté par des habitants de la commune, met en scène les légendes et traditions liées au saint, illuminant les bâtiments historiques de la petite cité de caractère. À minuit, le tantad (feu de joie) est allumé, symbolisant l’ouverture du chemin sacré pour une semaine.
La procession du dimanche 13 juillet
Le dimanche 13 juillet marque le point culminant de l’événement. Dès 9h, la Gorsedd, fraternité des druides de Bretagne, inaugure la journée avec une procession dédiée au culte celtique. Une centaine de participants, guidés par le grand druide Per Vari Kerloc’h et le porteur de l’épée d’Arthur, s’élancent sur le parcours de 12 km, traversant chemins creux, champs et ruisseaux. Ce rituel, qui célèbre la vie, les éléments et la mort, s’inscrit dans la continuité des pratiques préchrétiennes.
À 10h30, Mgr Dognin, évêque de Quimper et Léon, célèbre une messe solennelle à l’église Saint-Ronan. À 14h, la grande procession chrétienne débute depuis la chapelle du Pénity, où repose le gisant de saint Ronan. Les pèlerins, portant bannières, reliques et costumes traditionnels du pays glazik, parcourent les 12 stations, marquées par des croix de granit et des huttes abritant des statues de saints en bois ou en pierre. L’évêque prononce une homélie sur la butte de Menez-Lokorn, avant un retour à Locronan vers 20h.
Crédit : Howard Crowhurst, en 2019 sur Nurea TV. Découvrir son dernier ouvrage : « Le grand plan de la Troménie de Locronan », disponible sur le site de l’éditeur Epistemea.fr – Retrouvez son travail ses conférences sur la plateforme EpistemeaTV
Une semaine de pèlerinage ouvert
Du 13 au 20 juillet, le chemin sacré reste accessible, permettant à chacun de participer à son rythme. Des milliers de pèlerins – près de 5 000 lors de l’édition 2019 – affluent pour accomplir ce parcours, chacun avec ses motivations : foi catholique, quête spirituelle, hommage aux traditions bretonnes, ou simple désir de marcher dans un cadre naturel et historique.
Un chemin sacré : entre nature et spiritualitéLe parcours de la Grande Troménie, long de 12 km, traverse la plaine du Porzay et la montagne du Prieuré, sur des chemins privés spécialement ouverts pour l’occasion. Les préparatifs, minutieux, impliquent de faucher les blés, couper le maïs, débroussailler les chemins creux et installer des ponts improvisés sur les ruisseaux. Les 12 stations, marquées par des croix de granit, correspondent aux 12 mois du calendrier celtique, débutant en novembre. Le bas du parcours symbolise l’hiver et la lune, tandis que le haut évoque l’été et le soleil, incarnant une vision du monde où les opposés s’harmonisent.
Les 42 huttes qui jalonnent le chemin abritent des statues de saints, sorties de leurs églises ou chapelles pour saluer les pèlerins. Ces figures, souvent sculptées dans le bois polychrome, sont des dons d’artistes locaux ou de familles, comme celles du pays glazik offertes par des donateurs crozonnais. Certaines, comme la hutte de sainte Barbe, sont rattachées à des familles locales, perpétuant une tradition d’hospitalité et de transmission.
Le père Christian Le Borgne, curé de la paroisse, résume l’essence de ce pèlerinage : « Chacun y trouve ce qu’il est venu chercher, et beaucoup trouvent… en marchant. » Les pauses aux stations deviennent des moments de recueillement, où les pèlerins déposent leurs fardeaux – prières, espoirs, ou chagrins – pour repartir plus légers.
Un patrimoine vivant : la Grande Troménie dans la culture contemporaine
La Grande Troménie transcende le cadre religieux pour devenir un événement culturel et patrimonial majeur. Elle attire des visiteurs aux profils variés : pèlerins catholiques, adeptes de la spiritualité celtique, touristes curieux, ou habitants attachés à leurs racines. Cette diversité reflète la richesse de l’événement, qui fédère au-delà des croyances.
La contribution d’Anne Gouerou
La documentariste Anne Gouerou a joué un rôle clé dans la valorisation de ce patrimoine. Son ouvrage, La Troménie de Locronan : un chemin au rythme du temps celtique, publié le 11 juillet 2025 aux éditions Yoran Embanner, explore les origines et les rituels de la Troménie. Illustré par des photos anciennes, des aquarelles d’Anne Cognard et enrichi de QR codes donnant accès à des vidéos de l’édition 2019 et aux archives de Donatien Laurent, ce livre rend accessible un savoir ethnologique et historique. Gouerou, passionnée par les travaux de Laurent, souligne l’importance de vulgariser ces connaissances pour préserver la mémoire de ce rituel.
Une projection de courts-métrages réalisés par Gouerou sur l’édition 2019 a également eu lieu le 1er mars 2025 à Ti Lokorn, permettant aux Locronanais et aux habitants des environs de se replonger dans l’ambiance de la Troménie et de préparer l’édition 2025.
Un ancrage communautaire
L’engagement de la communauté locale est au cœur de la pérennité de la Troménie. L’association Locronan, Vie et Tradition mobilise des bénévoles pour entretenir le parcours, organiser les festivités et préserver l’église Saint-Ronan. Des initiatives comme le montage de la crèche paroissiale, qui reproduit la Troménie en miniature avec des costumes bretons brodés, témoignent de cet attachement. En 2024, après des années de polémiques, la crèche a retrouvé sa place dans la chapelle du Pénity, marquant une réconciliation communautaire.
La Troménie et la modernité : une résonance universelle
Dans un monde marqué par les bouleversements sociaux et environnementaux, la Grande Troménie de Locronan offre un espace de connexion avec des valeurs intemporelles : la marche, le silence, la nature, et la quête de sens. Comme le souligne Anne Gouerou, « c’est bien plus que du folklore » : c’est une expérience qui traverse l’humain dans toute sa complexité.
Le pèlerinage attire également l’attention pour son lien avec le deuil et la mémoire. Les stations du parcours, où les pèlerins s’arrêtent pour prier ou méditer, sont des lieux de recueillement où l’on honore les disparus et les promesses faites. Cette dimension spirituelle, ouverte à tous, qu’ils soient croyants ou non, fait de la Troménie un rituel universel.
Sur les réseaux sociaux, l’événement suscite un vif intérêt. Des publications sur X soulignent son caractère incontournable : « Il faut y participer au moins une fois dans sa vie, sinon… », écrit un utilisateur, tandis qu’un autre évoque la magie des bannières et des costumes bretons portés lors de la procession.
une invitation à marcher ensemble
La Grande Troménie de Locronan, qui se tient du 13 au 20 juillet 2025, est bien plus qu’un simple pardon breton. Elle est une célébration de l’héritage celtique et chrétien, un moment de communion entre les générations, et une invitation à parcourir un chemin sacré où chacun trouve sa propre vérité. Comme l’écrit Anne Gouerou, « les troménies sont des processions en forme de pardons circulaires », des cercles qui relient le passé au présent, la terre au ciel, et l’individu à la communauté.
Que l’on soit attiré par la spiritualité, la culture bretonne, ou simplement l’envie de marcher dans un cadre chargé d’histoire, la Grande Troménie de Locronan est une expérience à vivre. Rendez-vous est pris pour 2025 – ou dans six ans, pour la prochaine édition de ce rituel millénaire.
Sources :
Ouest-France, articles sur la Grande Troménie de Locronan, 2025.
Le Télégramme, articles sur la Troménie et l’ouvrage d’Anne Gouerou, 2025.
Diocèse de Quimper et Léon, présentation de la Grande Troménie, 2025.