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Premier volet de notre série « Franc-maçonnerie universelle en Californie ». En mars 2024, Nathalie Valkov devenait la première femme franc-maçonne à visiter une loge du John G. Jones Ancient Free and Accepted Scottish Rite de Californie. Deux ans et demi plus tard, cette soirée a débouché sur un traité de reconnaissance mutuelle avec le Grand Orient de Californie.
Par Nathalie Valkov, Grande Secrétaire aux Affaires extérieures du Grand Orient de Californie – collaboration spéciale pour 450.fm

Le 8 mars 2024, j’ai noué mon tablier et je suis entrée pour la première fois dans une loge du John G. Jones Ancient Free and Accepted Scottish Rite de Californie, à San Diego. C’était une première pour eux aussi : aucun des Frères présents n’avait jamais rencontré une femme franc-maçonne.
Au début, personne ne savait trop par où commencer. Mais dès les premières minutes, j’ai senti une vraie volonté de faire fonctionner cette situation inédite. On m’a invitée à prendre place à l’Orient, aux côtés du Frère qui est aujourd’hui notre Grand Maître. Le Frère Tony Hawkins dirigeait la tenue, qui s’est vite transformée en un long échange de questions et de réponses sur les femmes en franc-maçonnerie, sur mon tablier, sur mon rite, et sur bien d’autres choses encore.
La tenue battait son plein quand quelqu’un essaya d’ouvrir la porte du temple depuis l’extérieur. Le Couvreur, ce soir-là, n’était autre que le Grand Maître en personne, le Très Respectable Calvin Sanders, 33°/95°. De ma vie, je n’ai jamais vu quelqu’un bouger aussi vite. En deux temps trois mouvements, notre cher Frère avait bondi de son siège et faisait barrage de son corps, prêt à se sacrifier pour nous sauver tous. Heureusement, ce n’était que le pauvre agent d’entretien, qui avait oublié notre présence. Un soupir de soulagement, suivi de rires étouffés, traversa les colonnes.
À la fermeture des travaux, j’ai demandé si je pouvais me joindre à eux pour les agapes. Après m’avoir fait confirmer mon souhait, presque bouche bée, ils finirent par accepter. Rires et anecdotes furent partagés pendant le repas et, à la fin de celui-ci, nous nous embrassions comme de vieux amis en nous promettant de nous revoir bientôt.
Nous avons tenu parole. Le 3 octobre 2026, à San Diego, le Grand Maître Sanders a signé un traité de reconnaissance mutuelle et de relations fraternelles avec le Grand Orient de Californie. Lui et moi avons reparlé de cette première soirée, et de la porte, avec un plaisir évident.
Qui sont les maçons John G. Jones ?

On décrit d’ordinaire la franc-maçonnerie américaine en deux couleurs : les Grandes Loges d’État, dites « mainstream », et Prince Hall. La réalité est bien plus riche. John George Jones (1849-1914) était avocat à Chicago, militant des droits civiques et membre de la Chambre des représentants de l’Illinois, où il porta une loi contre les brutalités policières. Il était aussi maçon Prince Hall au 33e degré. En 1895, il fut élu Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil Uni du 33e et dernier degré du Rite Écossais Ancien et Accepté de la franc-maçonnerie et des départements affiliés, pour la juridiction maçonnique du Sud et de l’Ouest des États-Unis d’Amérique et de leurs territoires, organisé en 1869. Une Grande Loge suivit. Les corps qui portent son nom ont suivi leur propre chemin depuis.
En Californie, le John G. Jones Ancient Free and Accepted Scottish Rite réunit sous un même toit une Grande Loge, une Arche Royale, des Chevaliers du Temple, un Shrine AAONMS et le Suprême Conseil. Ses trois degrés symboliques sont travaillés au Rite d’York ; le Rite Écossais est réservé aux hauts grades.
De l’amitié au traité

L’amitié s’est construite par des visites, pas par des déclarations. Quand le Grand Orient de Californie a allumé ses feux, en novembre 2025, le Frère Tony Hawkins se tenait parmi les invités, aux côtés de maçons de la Grande Loge de Californie. Une obédience continentale, mixte et adogmatique naissait ce jour-là, avec dans la salle des amis venus de deux autres familles maçonniques.
En mai 2026, Tony et moi avons signé le traité en tant que responsables des affaires extérieures de nos obédiences. Il restait deux lignes de signature, qui revenaient aux Grands Maîtres. Invités à la session annuelle du Suprême Conseil John G. Jones, le Très Respectable Calvin Sanders et le Grand Maître Jean Claude Zambelli ont saisi l’occasion d’y apposer leurs noms.
Ce que dit le traité
Le texte s’ouvre sur la devise Liberté, Égalité, Fraternité, sur l’absolue liberté de conscience, et sur une phrase qui mérite d’être citée : la diversité des rites et des traditions est « compatible avec un dessein maçonnique commun ».

Chaque obédience reconnaît l’autre comme souveraine et légitime, sans subordination et sans prétention d’un rite sur l’autre. Aucune ne revendique de territoire exclusif en Californie. Les membres en règle peuvent visiter les loges de l’autre obédience, à la discrétion de la loge qui les reçoit, et demander leur affiliation dans les deux. Aucune ne recrutera chez l’autre : toute affiliation doit venir de la libre initiative de l’intéressé. Les loges peuvent organiser des travaux communs, et des Grands Représentants peuvent être nommés. Le traité ne porte que sur les trois degrés symboliques.
La photographie

Après la signature, nous avons posé pour un portrait de groupe : des femmes et des hommes, Sœurs et Frères, en décors au premier rang, les officiers du John G. Jones debout derrière. En mars 2024, une femme en tablier était une nouveauté absolue dans cette loge. En octobre 2026, personne dans la salle n’avait besoin qu’on lui explique la photo.
La franc-maçonnerie universelle se construit rarement à coups de déclarations. Chez nous, elle a commencé par une soirée de questions, une porte bien gardée et une place à table pour le dîner.
À suivre – Épisode 2 : la Grande Loge ANI du Canada.
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