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La justesse est la qualité de ce qui est exactement ajusté : une pierre bien taillée, un angle droit, une note juste, une parole qui tombe à propos. Plus fine que l’exactitude et distincte de la justice, elle désigne en franc-maçonnerie l’art de la bonne mesure, que l’équerre, le compas et le niveau enseignent symboliquement. Travailler sa pierre, c’est chercher la justesse : ni trop, ni trop peu, mais ce qui convient à la place que l’on doit tenir dans l’édifice.
Du juste à la justesse

Le mot vient de « juste », issu du latin justus, « conforme au droit ». Mais là où la justice concerne ce qui est dû à chacun, la justesse désigne l’adéquation : la note qui s’accorde, le mot qui convient, le geste ni trop appuyé ni trop timide. Une décision peut être légale sans être juste ; une parole peut être exacte sans être juste. La justesse commence là où l’application mécanique d’une règle ne suffit plus.
La mesure selon Aristote
Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote définit la vertu comme une juste mesure entre deux excès : le courage entre la lâcheté et la témérité, la générosité entre l’avarice et la prodigalité. Ce « juste milieu » n’est pas une moyenne arithmétique ni une tiédeur : il est relatif à la personne et aux circonstances, et il est déterminé par la sagesse pratique de l’homme prudent. C’est exactement ce que la langue appelle justesse.
Les outils de la justesse

Les outils du bâtisseur, transposés dans l’ordre moral, sont autant d’instruments de justesse :
- l’équerre vérifie l’angle droit et la rectitude de la pierre comme de la conduite ;
- le compas trace les limites et apprend la mesure de soi ;
- le niveau rappelle l’égalité et l’équilibre ;
- le fil à plomb contrôle la verticalité, l’exigence intérieure ;
- la règle mesure et partage le temps.
La pierre brute ne devient pas cubique par la force, mais par une succession de coups mesurés. Un coup trop fort la brise, un coup trop faible la laisse informe : l’apprentissage maçonnique est celui du geste juste.
Une loge juste et parfaite
Les rituels parlent de loge « juste et parfaite » pour désigner une loge réunie en nombre suffisant et régulièrement ouverte. Au-delà de ce sens rituel, l’expression invite à une question : une loge dont les formes sont observées est-elle juste dans la manière dont ses membres s’écoutent et se parlent ? La discipline de la parole, le silence de l’Apprenti, la demande de parole par l’intermédiaire des Surveillants sont autant d’exercices de justesse.
Le saviez-vous ?
Dans l’Égypte ancienne, la plume de Maât servait d’étalon lors de la pesée du cœur des défunts : une image très ancienne de la justesse, où la mesure porte sur la conscience plutôt que sur les apparences.
Pour approfondir
- Aristote, Éthique à Nicomaque, livre II, trad. Jules Tricot, Vrin.
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééditions).
Pour aller plus loin : la définition du Wiktionnaire.
Voir aussi dans le glossaire : Équerre, Compas, Niveau, Règle, Fil à plomb, Pierre brute, Justice maçonnique, Maât.
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