Pélican (Bestiaire)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans le Bestiaire initiatique, le pélican est le symbole du don de soi et de la transmission. Une légende répandue par les bestiaires médiévaux le montre s’ouvrant la poitrine pour ranimer ses petits de son sang. L’image devint une figure du Christ, inspira les poètes, donna son nom à un vase des alchimistes et entra dans l’emblématique du 18e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, celui de Chevalier Rose-Croix.

Bestiaire initiatique – Cette fiche s’appuie sur l’article de Erwan Le Bihan publié sur 450.fm : « Bestiaire initiatique : le Pélican, celui qui nourrit de son cœur ». Lire l’article complet ›

L’oiseau réel et une erreur féconde

Pélican au bord du Nil

Issu du grec pelekan, passé en latin sous la forme pelecanus, le nom est sans doute apparenté à pelekus, « hache », par allusion à l’énorme bec de l’oiseau. Ce grand oiseau aquatique, pêcheur patient, porte sous la mandibule inférieure une vaste poche membraneuse.

Ses petits sont nourris de poisson régurgité et vont puiser eux-mêmes leur nourriture dans la gorge des parents : jamais le pélican ne s’ouvre la poitrine. Une observation inexacte est pourtant devenue une vérité symbolique durable. Leçon pour l’initié : la force d’un symbole ne dépend pas de son exactitude zoologique, mais de ce qu’il permet aux hommes d’exprimer.

Le « pélican en sa piété », de la légende au Christ

La légende se fixe dans le Physiologus, texte chrétien de l’Antiquité tardive (sans doute IIe-IVe siècle) et source de nombreux bestiaires. Les petits frappent leurs parents, qui les tuent ; trois jours plus tard, le pélican s’ouvre le flanc et les ressuscite en les arrosant de son sang. Isidore de Séville reprend le récit au VIIe siècle et situe l’oiseau dans les solitudes du Nil, ce qui ne suffit pas à faire du mythe un héritage de l’Égypte pharaonique.

Le psaume 101 de la Vulgate, où le psalmiste se dit semblable au « pélican de la solitude », commenté par Augustin, renforce le lien avec le Christ. Le Moyen Âge multiplie alors le « pélican en sa piété » sur les vitraux, les enluminures et les pièces d’orfèvrerie, parfois associé à des grappes de raisin qui rendent l’allusion eucharistique transparente. L’hymne Adoro te devote, attribué à Thomas d’Aquin, va jusqu’à nommer Jésus « pieux Pélican ».

De Dante à Musset, une figure littéraire

Pélican nourrissant ses petits de son sang

Au chant XXV du Paradis, Dante désigne le Christ par la seule expression « notre pélican », sûr d’être compris. Shakespeare utilise l’image dans les deux sens : dans Hamlet, Laërte se dit prêt à nourrir ses amis de son sang ; dans Le Roi Lear, le vieux roi qualifie de « filles pélicans » celles qui dévorent le père qui les a nourries. Le don y révèle son ambivalence : donner n’autorise pas à exiger la gratitude.

Dans La Nuit de mai (1835), Musset fait du pélican la figure du poète qui, faute de mieux, offre à ses enfants son propre cœur. L’œuvre véritable, suggère-t-il, porte toujours la marque de la blessure de celui qui l’a écrite.

Le pélican des alchimistes

En alchimie, le pélican est un vase de verre muni de bras latéraux : les vapeurs qui montent, se condensent et redescendent retournent sans cesse dans le corps du récipient. Hieronymus Brunschwig en décrit un modèle double dans son traité de distillation publié en 1512, et les Ripley Scrolls représentent un tel vase. Le dispositif accomplit matériellement ce que raconte la légende : ce qui sort de lui revient en lui pour le transformer.

Cette circulation incessante fait du pélican l’image d’un travail qui s’alimente de ses propres produits. Il faut cependant se garder d’équivalences mécaniques entre l’oiseau, le sang et telle substance : l’alchimie procède par correspondances, non par dictionnaire.

Le symbolisme du pélican au grade de Rose-Croix

Tablier de Chevalier Rose-Croix orné d’un pélican
Tablier de Chevalier Rose-Croix, 18e degré du REAA

Le pélican figure parmi les emblèmes du grade de Chevalier Rose-Croix, 18e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté et l’un de ses hauts grades. Le bijou du grade le montre nourrissant ses petits, avec la rose, la croix et le compas. Né d’une imagerie fortement chrétienne, ce degré a été relu dans plusieurs juridictions de façon plus universaliste, autour de la loi d’amour, de la tolérance et de la fraternité. Le pélican y figure celui qui donne non de ses biens, mais de son propre centre.

L’iconographie lui prête souvent sept petits. Les rapprochements abondent, jours de la Création, planètes traditionnelles, arts libéraux ou union du trois et du quatre, mais ils relèvent de la méditation symbolique et non d’une explication historique attestée.

Se transformer, puis transmettre

Rapprocher le pélican du phénix est éclairant : le phénix meurt pour renaître lui-même, le pélican se blesse pour qu’un autre vive. Ils évoquent deux temps de l’initiation, la transformation personnelle puis la transmission.

En loge, l’ancien digne de ce nom n’est pas un détenteur de savoir, mais celui qui sait donner sans s’appauvrir et laisser les plus jeunes faire de cet héritage ce qu’il n’avait pas prévu. Instruire remplit ; initier éveille une faim. Le Glossaire consacre par ailleurs une notice à l’animal : P comme Pélican.

Pour aller plus loin – Lire l’article de Erwan Le Bihan dans la série « Bestiaire initiatique » de 450.fm :

Voir aussi dans le glossaire : Pélican, Rose-Croix, Chapitre, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Alchimie, Sept, Bijou, Rouge (couleur), Bestiaire initiatique.

Source : Erwan Le Bihan, « Bestiaire initiatique : le Pélican, celui qui nourrit de son cœur », 450.fm, 5 septembre 2026.

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