Serpent (Bestiaire)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le serpent compte parmi les figures les plus ambivalentes du bestiaire initiatique : tentateur de l’Éden et compagnon du dieu guérisseur, monstre du chaos et gardien des sanctuaires, il représente une puissance qui n’est ni bonne ni mauvaise par nature. Présent de l’Égypte à l’Inde, de la Bible aux légendes médiévales, son symbolisme trouve en Franc-maçonnerie une expression forte au 25e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, où la force qui blessait devient signe de guérison.

Bestiaire initiatique – Cette fiche s’appuie sur l’article de Erwan Le Bihan publié sur 450.fm : « Le Bestiaire initiatique : Le serpent – De la chute à la guérison, les anneaux de la connaissance ». Lire l’article complet ›

Un animal de la terre et de la mue

Mue de serpent abandonnée sur le sol

Sans pattes, épousant chaque relief du sol, se faufilant dans les fissures et sous les pierres, le serpent a très tôt été rattaché au monde souterrain. Ce domaine n’est pas seulement celui des morts : c’est aussi celui des sources cachées, des racines, des minerais et de la semence qui se défait avant de germer.

La mue a renforcé cette lecture. En abandonnant périodiquement sa peau, l’animal paraît renaître, et l’on y a vu une image du renouvellement, voire de l’immortalité. Mais celui qui semble rajeunir garde le pouvoir de tuer. Vie et mort, remède et poison, savoir et ruse se rejoignent en lui : c’est de cette coexistence des contraires que naît la richesse du symbole.

Une force à orienter dans l’Antiquité

L’Égypte ancienne illustre bien cette double nature. L’uræus, cobra qui se dresse au front du souverain, protège la royauté et frappe les ennemis de l’ordre, tandis qu’Apophis, serpent du chaos, assaille chaque nuit la barque solaire de Rê. La même énergie peut donc défendre le monde ou chercher à le dissoudre : tout dépend de la direction qui lui est donnée.

En Grèce, Python garde Delphes avant d’être vaincu par Apollon ; la prêtresse de l’oracle conserve pourtant le nom de Pythie, signe que la force tellurique est intégrée plutôt qu’abolie. Le serpent unique enroulé autour du bâton d’Asclépios, dieu de la médecine, rappelle enfin que poison et remède ne sont séparés que par la juste mesure. Il ne faut pas le confondre avec le caducée d’Hermès, qui en compte deux.

Le serpent dans la Bible et le Coran

Le serpent dans le jardin d’Éden

Dans la Genèse, le serpent est le plus rusé des animaux. Il ne force personne : il suggère, et les yeux qui s’ouvrent découvrent la honte plutôt que la lumière. Son assimilation à Satan est postérieure et culmine avec « l’antique serpent » de l’Apocalypse. Le récit peut se lire comme le danger d’une connaissance saisie avant d’avoir été mûrie.

Le Livre des Nombres offre l’image inverse : frappés par des serpents brûlants, les Hébreux sont guéris en regardant le serpent de bronze que Moïse élève sur une hampe. Devenu objet d’idolâtrie, il sera brisé par le roi Ézéchias. L’Évangile selon Jean rapproche cette élévation de celle du Christ, et Matthieu invite à être prudent comme le serpent et simple comme la colombe. Dans le Coran, le bâton de Moïse se change en serpent, tandis que la tentation d’Adam est attribuée à Satan, non au reptile.

Des nāgas à l’Ouroboros : un symbole universel

Couverture du Livre de la jungle de Rudyard Kipling
Couverture de l’édition originale (Macmillan) de The Jungle Book, 1894

En Inde, les nāgas règnent sur les eaux et les trésors ; Ananta porte Vishnou, Vasuki sert de corde au barattage de l’océan de lait et le roi nāga Mucalinda abrite le Bouddha en méditation. Le yoga décrit la kundalinī comme une énergie enroulée qu’il faut éveiller avec discipline. Quetzalcóatl, le Serpent à plumes, unit la terre et le ciel ; Jörmungandr enserre le monde nordique jusqu’au Ragnarök. En Occident, Mélusine et les vouivres gardent leur part de secret, et le Kaa de Rudyard Kipling, initié en 1886 à Lahore, incarne une force maîtrisée face à l’agitation des Bandar-log.

Dans l’hermétisme et l’alchimie, l’Ouroboros, serpent qui se mord la queue, figure le cycle de la matière qui se dévore et se régénère, ainsi que l’unité des contraires résumée par la formule grecque Hen to pan, « l’Un est le Tout ». Il met aussi en garde contre le cercle stérile d’un être replié sur sa propre substance.

Le symbolisme maçonnique du serpent

Sautoir de Chevalier du Serpent d’Airain
Sautoir du 25e degré du REAA

Plusieurs hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté accordent une place au serpent. Au 19e degré, Grand Pontife ou Sublime Écossais, le tableau de Loge reprend la vision des deux derniers chapitres de l’Apocalypse : la Jérusalem céleste, cité carrée aux douze portes portant en son centre l’arbre de vie, descend sur une nuée et écrase un serpent à trois têtes, figure de la division et de l’égarement.

Au 25e degré, Chevalier du Serpent d’Airain, le candidat revient de captivité chargé de chaînes, et la cérémonie reprend l’épisode des Nombres. Le serpent n’y est pas détruit mais redressé : ce qui donnait la mort devient instrument de relèvement. La marche du grade, qui serpente, traduit un chemin fait de détours et de reprises, où la persévérance compte davantage que la ligne droite.

Une leçon de discernement

Le serpent se tient près des arbres, des grottes, des tombeaux et des trésors : il garde les passages et éprouve l’intention de celui qui veut les franchir. Pour l’initié, il ne s’agit ni de nier ses ténèbres ni de s’y abandonner, mais de donner un axe aux forces profondes : le venin peut devenir remède, la ruse prudence, la peur vigilance. Comme le résume Erwan Le Bihan, « le serpent ne demande ni à être adoré ni à être maudit ».

Pour aller plus loin – Lire l’article de Erwan Le Bihan dans la série « Bestiaire initiatique » de 450.fm :

Voir aussi dans le glossaire : Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Hermétisme, Alchimie, Persévérance, Ténèbres, Initiation, Symbole, Bestiaire initiatique.

Source : Erwan Le Bihan, « Le Bestiaire initiatique : Le serpent – De la chute à la guérison, les anneaux de la connaissance », 450.fm, 18 juillet 2026.

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