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Léon de Poncins, de son nom complet Gabriel Léon Marie Pierre de Montaigne de Poncins, né le 3 novembre 1897 à Civens (Loire) et mort le 18 décembre 1975 à Toulon, est un essayiste catholique traditionaliste qui a consacré l’essentiel de son œuvre à la dénonciation d’une prétendue alliance occulte entre franc-maçonnerie, judaïsme et communisme. Traduit en plusieurs langues dès les années 1930, il a durablement nourri le conspirationnisme antijudéo-maçonnique, de l’entre-deux-guerres jusqu’aux débats du concile Vatican II.
Un aristocrate contre la modernité
Issu d’une famille anoblie à la fin du XVIIe siècle, Poncins appartient à cette droite catholique pour qui la Révolution française demeure la faute originelle. Journaliste occasionnel au Jour, au Figaro, à L’Ami du peuple ou au Nouvelliste, il dirige entre 1937 et 1939 la revue Contre-Révolution, dont le titre suffit à dire la ligne.
Il se situe dans le prolongement direct de la Revue internationale des sociétés secrètes de Mgr Ernest Jouin. Comme elle, il prétend opposer au « mystère » maçonnique une méthode documentaire, faite de citations, de rituels et de textes réunis pour démontrer un plan.
Ses livres paraissent chez des éditeurs installés, Bossard, Beauchesne ou le Mercure de France, ce qui leur ouvre un public bien plus large que celui des seules feuilles militantes. Traduits en anglais, en italien, en espagnol et en allemand, ils font de lui, dans les années 1930, l’un des auteurs français de cette mouvance les plus lus hors de France.
Une œuvre construite autour des « forces secrètes »
Dès son premier livre, Les Forces secrètes de la Révolution (1928), le cadre est posé : derrière les révolutions modernes agiraient la maçonnerie et le judaïsme. Suivent, en quelques années, La Franc-maçonnerie, puissance occulte et Les Juifs, maîtres du monde (1932), Tempête sur le monde (1934), La Dictature des puissances occultes, sous-titrée « La franc-maçonnerie d’après ses documents secrets » (1934), Société des Nations, super-État maçonnique et La Mystérieuse Internationale juive (1936).
En 1936 paraît aussi La Guerre occulte, écrite avec Emmanuel Malynski, que Julius Evola traduit en italien. La traduction anglaise de son premier livre, intitulée The Secret Powers Behind Revolution, circule dès 1929 et sera rééditée sous le titre explicite de Freemasonry and Judaism. Ses titres disent assez la logique : chaque crise contemporaine, de la Société des Nations à la guerre d’Espagne, devient le chapitre d’un même complot.
Antimaçonnisme et antisémitisme indissociables
Chez Poncins, la loge et la synagogue ne sont jamais deux sujets séparés. La franc-maçonnerie est présentée comme l’instrument, le judaïsme comme l’inspirateur, et le communisme comme l’aboutissement. Cette triade, typique de l’antijudéo-maçonnisme de l’entre-deux-guerres, permet de ranger sous une seule explication la laïcité, le libéralisme, la révolution russe et la démocratie parlementaire.
Sous l’Occupation, il continue de publier : La Franc-maçonnerie contre la France (1941), L’Énigme communiste (1942), Les Forces occultes dans le monde moderne (1943). Certains de ses textes, comme Israël, destructeur d’empires, paraissent sous l’égide de la Légion française des combattants et des volontaires de la Révolution nationale, organisation du régime de Vichy. Ses ouvrages accompagnent ainsi, sur le plan des idées, la politique d’exclusion menée contre les francs-maçons et les Juifs.
Le combat contre Vatican II
Après la guerre, Poncins déplace son combat vers l’Église elle-même. Lorsque le concile Vatican II prépare un texte sur l’attitude de l’Église envers le judaïsme, il rédige une brochure, Le Problème juif face au Concile, diffusée aux évêques avant la quatrième session. Il y soutient que les pères conciliaires méconnaissent la nature du judaïsme. Ce travail se prolonge dans Le Judaïsme et le Vatican (édition anglaise en 1967), puis dans Christianisme et Franc-maçonnerie (1969).
La déclaration Nostra Aetate, adoptée en octobre 1965, rompt pourtant avec l’accusation de déicide et condamne l’antisémitisme. L’échec de Poncins sur ce terrain explique en partie la radicalisation de ses derniers écrits, qui dénoncent des infiltrations ennemies au cœur de l’Église.
Une postérité dans les milieux conspirationnistes
Mort en 1975, Poncins n’a jamais cessé d’être lu dans une partie de l’extrême droite catholique et nationaliste. Ses livres ont été réédités en anglais comme en français, y compris par des maisons d’édition militantes liées à l’antisémitisme contemporain, qui ont publié en 2014 un recueil de ses textes sur Vatican II.
Sa manière d’écrire explique cette longévité. Le lecteur y trouve une apparence d’érudition, des citations nombreuses, un ton posé, mais un raisonnement toujours fermé : la conclusion précède l’enquête, et toute pièce nouvelle vient confirmer le plan déjà supposé.
Léon de Poncins incarne l’antimaçonnisme lettré, celui qui se présente comme un travail de documentation plutôt que comme un cri de haine. Ses livres montrent comment l’accumulation de références peut servir à rendre respectable un fantasme ancien. L’érudition mise au service d’une certitude n’est plus de l’érudition, c’est un réquisitoire.
Voir aussi : Complot judéo-maçonnique, Antimaçonnisme religieux, Catholicisme et franc-maçonnerie, Judéo-bolchevisme, Péril judéo-maçonnique, Vatican, Coston, Henry, Vichy et héritages antijudéo-maçonniques.

