Robison, John (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

John Robison, né le 4 février 1739 près de Glasgow et mort le 30 janvier 1805, est un savant écossais respecté, professeur de philosophie naturelle à l’université d’Édimbourg et premier secrétaire général de la Royal Society of Edinburgh. Il doit pourtant sa postérité la plus durable à un livre de circonstance, Proofs of a Conspiracy (1797), qui accuse les Illuminés de Bavière d’avoir infiltré la franc-maçonnerie pour renverser religions et gouvernements. Avec l’abbé Barruel, il fonde la matrice moderne du complot maçonnique.

Un homme de science des Lumières écossaises

John Robison, portrait par Henry Raeburn, vers 1798 (University of Edinburgh Art Collection)
Wikimedia Commons – Henry Raeburn – Public domain

Rien, dans la carrière de Robison, ne semblait annoncer un pamphlet conspirationniste. Formé à l’université de Glasgow, il sert dans la Royal Navy durant la guerre de Sept Ans, participe aux essais du chronomètre de marine de John Harrison, enseigne la chimie à Glasgow, puis les mathématiques à l’académie navale de Kronstadt, en Russie. En 1773, il obtient la chaire de philosophie naturelle d’Édimbourg.

Ami de James Watt, collègue de Joseph Black, il rédige de nombreux articles scientifiques pour la troisième édition de l’Encyclopaedia Britannica. Il appartient pleinement à ce milieu des Lumières écossaises qui conjugue mécanique, chimie et sociabilité savante. C’est précisément ce prestige qui donnera du poids à ses accusations.

Un maçon devenu accusateur

Robison n’écrit pas en profane : il se présente lui-même comme un ancien initié. Dans l’introduction de son livre, il raconte avoir été reçu dans une loge de Liège, qu’il qualifie de « very splendid », puis avoir fréquenté des ateliers à Valenciennes, Bruxelles, Aix-la-Chapelle, Berlin, Königsberg et Saint-Pétersbourg. Il dit avoir d’abord considéré la maçonnerie comme une distraction honorable.

Le choc de la Révolution française change tout. Comme beaucoup de conservateurs britanniques des années 1790, il cherche une cause cachée à un bouleversement qu’il juge incompréhensible. Il croit la trouver dans les grades et systèmes continentaux, qu’il oppose à une maçonnerie britannique selon lui restée inoffensive.

Proofs of a Conspiracy, un titre programme

Le titre complet résume la thèse : une conspiration contre toutes les religions et tous les gouvernements d’Europe, menée dans les réunions secrètes des francs-maçons, des Illuminés et des sociétés de lecture. Publié à Édimbourg en 1797, l’ouvrage connaît très vite une deuxième édition londonienne augmentée d’un post-scriptum, puis des éditions à Philadelphie, New York et Dublin en 1798. Une traduction française paraît en 1798, une allemande en 1800.

Le livre décrit l’ordre fondé par Adam Weishaupt en 1776, réellement dissous par les autorités bavaroises dans les années 1780, comme une organisation survivante, ramifiée, capable d’avoir orchestré la Révolution. Une bonne part de sa documentation provient d’intermédiaires, notamment d’un agent de renseignement, le moine Alexander Horn, et de publications polémiques allemandes. La démonstration repose sur l’accumulation d’extraits, les rapprochements et la conviction que la coïncidence vaut preuve.

Le parallèle avec Barruel

Au même moment, en exil à Londres, l’abbé Augustin Barruel publie ses Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme. Les deux auteurs arrivent par des chemins différents à une conclusion voisine : la Révolution serait l’aboutissement d’un plan concerté associant philosophes, maçons et Illuminés. Barruel insiste sur la conjuration antichrétienne des philosophes ; Robison, protestant, met davantage l’accent sur la subversion politique et morale.

Leur quasi-simultanéité a eu un effet décisif. Deux livres indépendants, l’un catholique et français, l’autre protestant et écossais, semblaient se confirmer mutuellement. Les lecteurs y virent une preuve par convergence, alors qu’ils puisaient dans le même climat d’angoisse contre-révolutionnaire et parfois dans les mêmes sources douteuses.

La traversée de l’Atlantique et la longue postérité

C’est aux États-Unis que l’ouvrage produit son premier grand effet politique. À partir de mai 1798, le pasteur fédéraliste Jedidiah Morse s’appuie sur Robison dans une série de sermons qui lancent en Nouvelle-Angleterre une véritable panique autour des Illuminés. George Washington, à qui le livre est envoyé, répond qu’il ne croit pas que les loges américaines, en tant que telles, aient propagé ces doctrines.

La fièvre retombe, mais le texte demeure. Il est réédité à intervalles réguliers jusqu’à aujourd’hui, notamment dans les milieux de la droite radicale américaine au XXe siècle, puis sur Internet. Le nom de Robison sert désormais de caution savante à toutes les variantes du récit des Illuminati et du nouvel ordre mondial, qui ignorent généralement ses autres travaux.

Le cas Robison rappelle qu’une compétence réelle dans un domaine ne protège pas de la crédulité dans un autre. Un physicien rigoureux a pu bâtir, à partir de peurs politiques et de sources de seconde main, l’un des récits les plus tenaces de l’histoire moderne. Le prestige de l’auteur a fait la fortune de l’erreur.

Voir aussi : Abbé Augustin Barruel, Illuminati, Maçonnerie et Révolution française, Lumières, Jacobinisme, Nouvel ordre mondial, Anti-Masonic Party, Entrée de Herder chez les Illuminés de Bavière à Weimar, 1er juillet 1783 (date historique).

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