Batson et le dernier des Carbonari

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Velaux, décembre 1881.

Batson et le dernier des Carbonari – Mémoires du docteur Batson

La nuit était tombée tôt sur la Provence, comme elle en a l’habitude en cette saison, sans prévenir, d’un coup, ainsi qu’un volet que le vent claque.

Dans le cabinet du docteur Élie à Velaux, petit village provençal proche de l’étang de Berre, un feu de chêne ronflait dans la cheminée, jetant des lueurs ambrées sur les rayonnages encombrés de traités de médecine, de quelques romans, Hugo, Zola et d’une belle pendule Empire qui marquait sept heures moins le quart avec une régularité de notaire.

Le docteur Élie venait juste de raccompagner son dernier patient, un vieux berger des collines dont les bronches sifflaient comme une cornemuse lorsque la porte s’ouvrit sans cérémonie.

« Batson ! s’exclama-t-il en reconnaissant la longue silhouette trapue de son confrère. Par ce froid, vous avez pris le cabriolet ? »

Le docteur Batson secoua son manteau, y faisant tomber quelques flocons mêlés de poussière de mistral.

« Oui, mais je l’ai laissé à l’abri et j’ai marché depuis la place. »

Batson et le dernier des Carbonari – Batson et Antonio Iafelice au coin du feu

Il s’arrêta, remarquant le vieil homme assis près du feu dans le fauteuil à oreillettes, un verre de marc à la main.

« Ah. Je vous dérange. »

« Nullement, dit Élie avec un geste large. Permettez-moi de vous présenter mon ami Antonio Iafelice, qui me tient compagnie depuis ce tantôt. Antonio, voici le docteur Batson, mon confrère de Velaux, un homme à qui l’on peut tout dire. »

Antonio Iafelice avait soixante-seize ans, des mains de travailleur larges, noueuses, marquées par des décennies d’établi et de rabot, mais un regard d’une vivacité singulière, presque inquiétante, comme si derrière ces yeux sombres quelque chose veillait encore, quelque chose qui n’avait pas renoncé.

Il se leva avec la lenteur digne des hommes qui ont beaucoup vécu.

« Dottore » dit-il avec ce léger accent du Mezzogiorno qu’il n’avait jamais tout à fait perdu, malgré quarante années passées en France.

« Monsieur » répondit Batson en lui serrant la main et en sentant sous ses doigts la fermeté de cette poigne. Il s’installa dans le second fauteuil qu’Élie approchait du feu et accepta le verre qu’on lui tendait.

Un silence confortable s’établit, le genre de silence qui n’existe qu’entre gens de bonne compagnie, où la parole n’est pas une obligation mais un plaisir que l’on diffère pour mieux le savourer.

Ce fut Batson qui le rompit, en contemplant les flammes :

« J’ai croisé cet après-midi la procession des gamins qui rentraient de l’école. Ils chantaient la Marseillaise, ou du moins ce qu’ils en connaissent, c’est-à-dire le premier couplet et puis des lalala. Il paraît que Ferry va rendre la chose obligatoire l’an prochain. L’école pour tous. »

Il souffla sur son marc.

« Voilà qui eût semblé une chimère il y a dix ans. »

« Il y a dix ans, dit Élie en s’asseyant à son tour, nous avions encore un empereur. »

« Nous en aurons peut-être encore, grommela Batson. Et de plus les monarchistes ne sont pas morts sous les voûtes de Versailles. »

« Les idées ne meurent pas, dit Antonio d’une voix tranquille. Elles se terrent, comme le charbon sous la cendre. Et puis elles reprennent feu. »

Batson le regarda avec curiosité.

« Élie m’a dit que vous étiez menuisier, monsieur Iafelice ? »

« Je l’ai été. Je le suis encore, quand mes mains me le permettent. »

Batson et le dernier des Carbonari – Antonio Iafelice
Antonio Iafelice

Il tendit ses paumes vers la lumière du foyer avec un sourire triste.

« L’humidité de l’hiver provençal n’est guère meilleure que celle de Naples pour les jointures. »

« Vous êtes napolitain ? »

« Campano, pour être précis. De la province d’Avellino. Je l’ai quitté à seize ans, lors des événements de 1820. »

Une pause… « Disons que le départ ne fut pas tout à fait volontaire. »

Antonio Iafelice, l’un des derniers Carbonari

Élie toussota légèrement et dit, comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle du monde :

« Antonio vient d’une loge de Misraïm, Batson. C’est l’un des derniers Carbonari français. »

Batson posa son verre.

Il avait entendu parler des Carbonari, bien sûr par les discussions avec son ami Élie, lui-même franc-maçon du Grand Orient de France.

Mais il y avait, dans la façon dont Élie prononçait le mot, quelque chose qui indiquait que l’on n’était plus dans le domaine de l’histoire, mais dans celui d’une présence réelle, vivante, assise là, à trois pieds de lui, avec ses mains abîmées et ses yeux de braise.

« Je pensais… pardonnez-moi… je pensais le mouvement éteint depuis longtemps. »

Antonio eut un sourire énigmatique.

« C’est ce que nous voulons que l’on croie. »

Puis, après un instant, comme s’il pesait ses mots :

« Votre ami me dit que l’on peut vous parler à couvert et sans crainte, docteur Batson. »

« Vous pouvez » dit Batson simplement.

Antonio hocha la tête, regarda le feu.

« Éteint. Oui. Politiquement, sans doute. Nous avons été écrasés trop de fois, par trop d’armées, trahis par trop de gouvernements qui nous souriaient d’une main et nous livraient à Metternich de l’autre. En 1820, j’avais seize ans et je me croyais invincible. Le Congrès de Troppau* m’a guéri de cette illusion. Les Autrichiens sont arrivés, propres, ordonnés, terribles. Fernando est rentré sur son trône comme si de rien n’était. Et nous… ceux qu’ils n’ont pas pris ont fui. »

Batson et le dernier des Carbonari – Congrès de Troppau
Congrès de Troppau

* Note du rédacteur : le Congrès de Troppau, tenu du 20 octobre au 30 décembre 1820 à Troppau en actuelle Tchéquie, était une conférence de la Sainte-Alliance (Autriche, Prusse, Russie) visant à réprimer les mouvements révolutionnaires en Europe, notamment à Naples. Notamment en réaction aux soulèvements libéraux en Espagne, au Portugal et dans le royaume des Deux-Siciles. Le Protocole de Troppau signé le 19 novembre 1820 affirmait que les États ayant subi une révolution perdaient leur place dans l’alliance européenne et on pouvait intervenir militairement pour rétablir l’ordre monarchique. Même si la Grande-Bretagne et la France s’y opposèrent au principe d’intervention, se limitant à observer et marquant une rupture au sein de la Quintuple Alliance, le congrès s’est achevé par la convocation du Congrès de Laibach (janvier-mai 1821) pour organiser l’intervention militaire autrichienne en Italie.

« Et alors vous êtes venu en France. »

« Après un détour par quelques endroits… qu’il vaut mieux ne pas nommer. »

Il but une gorgée de marc.

« La France de la Restauration n’était guère plus accueillante pour nos idées, vous savez. Mais elle était plus grande, et il était plus facile de s’y perdre. Et puis il y avait des frères, ici. Des ventes actives. La Charbonnerie française brûlait encore. »

Les ventes de la Charbonnerie

Batson fronça les sourcils.

« Ces ventes… j’ai toujours eu du mal à comprendre comment vous vous organisiez sans que la police vous tombe dessus. »

« C’est précisément parce qu’elle ne pouvait pas comprendre comment nous nous organisions. »

Antonio prit un air de pédagogue amusé.

« Imaginez une forêt. Chaque arbre ne connaît que les arbres qui le touchent. Vingt membres par cellule, jamais plus et la loi interdisait les associations de plus de vingt personnes, voyez-vous, nous avons eu l’élégance de respecter la lettre de la loi. »

Il eut un rire bref.

« Chaque vente ignorait l’existence des autres. Au-dessus, des ventes centrales. Au sommet, la Haute-Vente, que personne en bas n’avait jamais vue. Si la police prenait vingt hommes, elle ne tenait que vingt hommes. Jamais le réseau. »

« Ingénieux » admit Batson.

« Nécessaire. »

Le ton d’Antonio se fit plus grave.

« La Sainte-Alliance nous considérait comme une menace existentielle. Autriche, Prusse, Russie. Trois empires contre des menuisiers, des avocats, des médecins et quelques officiers désabusés. Il fallait bien ruser. »

Noir, bleu, rouge : les rituels des bons cousins

Élie ralluma sa pipe et dit pensivement :

« Et les rituels ? J’ai toujours été curieux de savoir ce qui se passait réellement dans vos forêts. »

Antonio regarda son verre un moment.

« Je peux vous en dire quelque chose sans trahir le serment, car la forme importe moins que l’esprit. Nous empruntions le langage des charbonniers et notre forêt, c’était le lieu de réunion ; nos apprentis étaient les bons cousins et la hache, la foi du charbonnier, le feu purificateur… Tout cela parlait à des artisans, à des gens de métier. Ce n’était pas le latin ou le grec des loges maçonniques bourgeoises. C’était une langue que les mains comprenaient. »

Il s’arrêta, le regard perdu dans les flammes de la cheminée, et Batson crut voir passer sur ce vieux visage quelque chose qui ressemblait à de l’émotion retenue, celle de la pudeur des hommes qui ont appris à n’en rien montrer.

« Noir, bleu, rouge, reprit Antonio à voix plus basse. Pour les Charbonniers français, les couleurs associées à nos principes initiatiques sont le noir symbolisant la Foi, le bleu l’Espérance et le rouge la Charité. On nous donnait un fusil et des cartouches au moment de l’initiation… Nous n’étions pas une fraternité de salon. »

Batson et le dernier des Carbonari – Garibaldi
Garibaldi

De Garibaldi aux loges de Memphis-Misraïm

« Et Garibaldi ? demanda Batson. Il était des vôtres ? »

Antonio se redressa légèrement, avec la fierté involontaire d’un homme qui évoque quelqu’un qu’il a connu.

« Il a fait ses premières armes dans notre monde, oui. Mazzini l’a appelé, et Garibaldi a répondu, comme nous répondions tous quand Mazzini appelait, parce que sa voix avait cette qualité particulière de vous faire croire que la chose impossible était seulement difficile. »

Il secoua la tête doucement.

« Après l’Amérique du Sud, après les Mille, après Rome… il est devenu plus grand que nous. Plus grand que le mouvement lui-même. Au fond, c’est peut-être ce que nous avions semé sans le savoir : des hommes qui nous dépasseraient. »

Batson et le dernier des Carbonari – Mazzini
Mazzini

Un long silence suivit. La bûche s’effondra dans une gerbe d’étincelles. Élie se leva pour en remettre une autre.

« Ce que je ne comprends pas, dit Batson avec la franchise un peu brutale qui lui était coutumière, c’est comment vous avez survécu, vous… aux échecs de 1820, de 1831, aux journées de Juin 48, à la Commune… On dit que la répression fut impitoyable. »

Antonio posa son verre et joignit ses grandes mains.

« En changeant. En acceptant que la forme meure pour que le fond survive. Après la Commune j’avais perdu deux amis au mur des Fédérés, deux vieux frères qui avaient soixante-dix ans passés et qui tenaient encore un fusil et alors j’ai compris que nous ne pouvions plus agir comme en 1820. L’industrialisation avait tué la base artisanale du mouvement. Les ouvriers des nouvelles usines avaient d’autres combats, d’autres langages. Alors nous nous sommes réfugiés dans les loges de Memphis-Misraïm, fusion réalisée cette année, précisément parce que ces rites gardaient quelque chose de l’esprit originel, une mémoire ésotérique que les loges ordinaires avaient perdue. »

Batson et le dernier des Carbonari – Au mur des Fédérés
Au mur des Fédérés

« Et vous y avez trouvé la paix ? » demanda Élie avec une douceur professionnelle.

« J’y ai trouvé des frères. Ce n’est pas tout à fait la même chose. »

Antonio esquissa un sourire.

« La paix, non. Mais l’âge s’en charge. »

1881, l’année de la République

Il se tut un moment, puis dit, regardant par la fenêtre obscure où le vent faisait vibrer les volets :

« Cette année, pourtant… Le 14 juillet fête nationale. L’amnistie des communards. Ferry et ses lois sur l’école avec une école sans curé, sans catéchisme, sans la peur de l’enfer comme pédagogie. »

Batson et le dernier des Carbonari – L’école de Jules Ferry

Il se retourna vers ses hôtes avec quelque chose qui ressemblait à de la fierté.

« Mes amis morts auraient aimé voir ça. »

« À condition que la République tienne » rajouta Batson prudemment.

« Elle tiendra. Pas parce qu’elle est forte. Parce que ses adversaires se haïssent entre eux davantage qu’ils ne la haïssent… C’est souvent ce qui sauve les républiques. »

Élie rit franchement.

« Voilà soixante ans de politique résumés en une phrase, Antonio. »

« Soixante ans d’observation, rectifia le vieil homme sans fausse modestie. L’observation est la seule chose que l’âge ne vous retire pas. Il vous prend la vitesse, la force, parfois la mémoire des noms propres. Mais si vous avez regardé assez longtemps, vous finissez par voir les mêmes choses revenir sous des costumes différents. »

Batson hocha la tête, songeur.

« Et cette expansion coloniale qui se dessine… la Tunisie, l’Indochine… Les républicains semblent vouloir faire leur empire à leur tour. »

Antonio soupira.

« Nous voulions la liberté des peuples… Tous les peuples. C’était l’idéal de Garibaldi à Genève, en 67 c’est à dire la fraternité universelle des nations libres. Il n’aurait pas aimé ça, les colonies. »

Il ferma à demi les yeux.

« Mais les hommes au pouvoir finissent toujours par trouver de bonnes raisons de faire ce qu’ils combattaient autrefois. »

Un silence pensif s’installa de nouveau. Dehors, le vent de décembre charriait quelques feuilles mortes contre les carreaux.

Ce fut Antonio qui, le premier, fit le geste de se lever.

« Il se fait tard. Je dois rentrer avant que mes genoux ne déposent définitivement leur démission. »

Les deux médecins se levèrent avec lui. Il y eut la cérémonie du manteau, de l’écharpe, du chapeau.

À la porte, Antonio s’arrêta et se retourna vers Batson. Il le regarda un long moment, de ce regard qui savait jauger les hommes et avait appris, à soixante-seize ans, à ne plus se tromper.

« Mon temps est fini, docteur Batson. Je le sais et cela ne me chagrine pas car j’ai eu la chance d’un temps extraordinaire, même si ce fut un temps difficile. Mais vous, vous allez voir des choses que nous n’avons fait que rêver. L’école pour tous. La presse libre. Peut-être un jour la séparation de l’Église et de l’État. »

Il boutonna son manteau lentement.

« Puisse l’avenir vous porter vers des jours radieux. Et si parfois les jours vous semblent sombres, souvenez-vous qu’il y a eu des hommes qui ont travaillé dans une obscurité bien plus profonde, avec seulement trois couleurs pour tout étendard. »

Il tendit la main à Batson, qui la serra avec plus de chaleur qu’il ne l’eût fait une heure auparavant.

« Noir, bleu, rouge », dit Batson doucement*.

* Note du rédacteur : ces couleurs ont marqué l’imaginaire collectif, notamment à travers la littérature, par exemple « Le Rouge et le Noir » de Stendhal, dont l’auteur fut banni de Milan en 1821 pour sympathie envers le mouvement libéral et unioniste des carbonari. Cette accusation de carbonarisme sera particulièrement visible dans sa nouvelle « Vanina Vanini ». Ces couleurs ont influencé d’autres mouvements, tels que le syndicalisme révolutionnaire qui arbore encore le rouge et le noir.

Antonio Iafelice sourit pour la première fois vraiment, d’un sourire qui rajeunit son vieux visage de vingt ans.

« Vous avez retenu. »

Et il sortit dans la nuit de décembre, sa silhouette se fondant rapidement dans l’obscurité du chemin, comme un homme qui a l’habitude de disparaître.

Élie et Batson restèrent sur le seuil un moment, sans parler, regardant là où il n’y avait plus rien à voir.

« Un verre de plus ? » proposa finalement Élie.

« Deux » dit Batson.

Une nuit d’hiver sous les étoiles de Velaux

Avant de refermer la porte sur le froid, ils regardèrent le ciel.

Velaux s’était enveloppée dans son manteau d’hiver, un habit de bure et de silence, bien loin des tumultes écrasants de l’été.

Le mistral s’était finalement tu, laissant place à un calme absolu, presque minéral.

L’air est d’une pureté coupante, un froid sec qui fige la terre et cristallise l’atmosphère.

Dans cette obscurité totale les lueurs des lampes à pétrole s’étaient éteintes tôt dans les mas isolés et le ciel nocturne ne se contentait pas d’apparaître mais il s’imposait. Il devient le véritable sujet du monde.

Lever les yeux vers la voûte céleste en ce mois de décembre 1881, c’était faire l’expérience immédiate d’une dissolution.

Batson et le dernier des Carbonari – Nuit étoilée sur Velaux

Batson s’adressant à son ami le docteur Élie :

« Nous, hommes de la fin du XIXe siècle, coincés dans l’engrenage d’un progrès industriel naissant et d’une rationalisation du temps, trouvons ici en Provence profonde une faille temporelle. »

Au-dessus des oliviers centenaires aux silhouettes tordues comme des spectres en prière, le ciel déployait une tapisserie d’un bleu-noir si profond qu’il en devenait abyssal.

« Que dis-je !… Ce n’est pas un vide, c’est une plénitude, rajouta Batson. Les étoiles possèdent une texture, une vibration. Sirius, Orion, les Pléiades scintillaient avec une ferveur presque agressive, perçant la nuit comme des diamants bruts. L’âme humaine se sentait à la fois minuscule, écrasée par le vertige de Pascal avec sa phrase “Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie”, et paradoxalement grandie, car capable de concevoir cette infinité. »

Batson et le dernier des Carbonari – Pascal
Pascal

La Provence hivernale apportait une dimension tragique et théâtrale à cette contemplation.

Le paysage de calcaire, les reliefs des collines aux alentours où déjà les Celtes avaient fait leur sanctuaire*, baignés par la lueur stellaire, prenaient des teintes spectrales, argentées et froides.

* À Roquepertuse (Velaux).

Il y avait une alliance secrète entre la dureté de la pierre provençale et la clarté glaciale des astres.

Un ordre universel, beau, immuable et totalement indifférent aux tourments humains. Les étoiles brillaient sans intention, la terre gelait sans haine et dans ce détachement absolu de la nature se trouvait une forme de consolation.

Batson et le dernier des Carbonari – La voûte céleste

La nuit n’est pas sombre par malice, elle est simplement le lit dans lequel l’univers se repose.

Batson avant de partir pensa :

« C’est une nuit qui remet l’homme à sa juste place : un passant éphémère sous un dôme de lumière éternelle, invité, le temps d’un frisson, à participer au grand secret du monde. »

Batson et le dernier des Carbonari – Docteur Batson
Docteur Batson

Note de l’auteur : comment ne pas déceler, dans cette nuit spécifique de 1881, l’ombre imminente d’une mutation artistique et philosophique ? Nous sommes à moins d’une décennie du moment où un peintre hollandais, Vincent van Gogh, s’installera un peu plus au sud, à Arles puis à Saint-Rémy-de-Provence, pour projeter sur ce même ciel ses propres tourments métaphysiques.*

* Cf. « B et B à Montmajour ».

Comme j’eusse aimé que mon ami le docteur Batson ait pu lire ces toutes dernières lignes de L’Étranger de Camus dans lesquelles, après avoir hurlé sa fureur et sa vérité au prêtre qui tentait de lui imposer les consolations de la foi, Meursault s’effondre, épuisé.

C’est alors que la nuit pénètre dans sa cellule, non pas comme une ombre angoissante, mais comme une présence libératrice.

« Lui parti, j’ai retrouvé le calme… Devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De le sentir si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. »

FIN

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Jean-Luc Elissalde
Jean-Luc Elissalde
Psychiatre libéral durant 40 ans, Franc-maçon au GODF depuis 38 ans, enseigne à la faculté de médecine de Marseille notamment la psychiatrie adulte et enfants et actuellement l'hypnose médicale. Les centres d'intêret sont multiples : l'étude du mentalisme de spectacle, l'IA, la chanson, l'écologie avec des projets de replantation forestière à Barbentane...

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