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Pair d’Angleterre aussi brillant qu’instable, Philip Wharton (1698-1731), premier duc de Wharton, fut grand maître de la Grande Loge de Londres en 1722-1723. Passé au service des Stuarts en exil, il séjourna en France en 1728-1729, où les francs-maçons le reconnurent, selon la tradition, comme leur grand maître. Il ouvre ainsi la liste des grands maîtres dont le Grand Orient de France se considère l’héritier.
Un pair whig devenu jacobite

Né le 21 décembre 1698, fils du whig Thomas Wharton, Philip Wharton hérite très jeune des titres paternels, dont celui de marquis de Wharton (1715). Orateur doué, il siège à la Chambre des lords et reçoit du roi George Ier le titre de duc de Wharton en 1718. Dès 1716 pourtant, lors d’un voyage sur le continent, il s’est rapproché du prétendant Jacques François Stuart, qui le fait duc de Northumberland dans la pairie jacobite.
Adversaire résolu de Robert Walpole, il finance en 1723-1724 le périodique The True Briton, où il se présente comme un whig fidèle aux principes que le pouvoir aurait trahis. Ruiné en partie par le krach de la Compagnie des mers du Sud (1720), lourdement endetté, il quitte la Grande-Bretagne vers 1725. Sa réputation de libertin lui vaut d’être associé à la fondation du premier Hell-Fire Club londonien.
De Londres à Madrid : un parcours maçonnique européen
Membre de la loge du King’s Arms, Wharton est élu en juin 1722 sixième grand maître de la Grande Loge de Londres, charge qu’il exerce jusqu’en juin 1723. Il s’entoure de Jean Théophile Désaguliers comme député grand maître et de James Anderson comme grand surveillant. Sa sortie est orageuse : lors de la fête de la Saint-Jean 1723, sa tentative de faire élire le député grand maître par la Grande Loge échoue, et il quitte la salle sans cérémonie. On lui attribue, sans certitude, l’inspiration de la société parodique des Gormogons.
En exil, il fonde à Madrid la loge French Arms, n° 50, la première loge connue en Espagne, dont la reconnaissance est sollicitée auprès de Londres en 1728. Il sert ensuite comme officier dans l’armée espagnole au siège de Gibraltar (1727), ce qui lui vaut d’être poursuivi pour haute trahison et mis hors la loi en 1729.
« Grand maître des francs-maçons en France »
Lors de séjours à Paris et à Lyon en 1728-1729, Wharton aurait été reconnu par les maçons établis en France comme leur grand maître. Les documents contemporains sont rares et les historiens discutent la portée exacte de ce titre ; une partie d’entre eux voit pourtant dans cet épisode la naissance d’une maçonnerie française autonome, distincte des loges placées sous l’autorité de Londres.
Après lui, la direction des loges françaises passe à d’autres exilés jacobites, James Hector MacLean puis Charles Radclyffe, comte de Derwentwater, avant l’élection du duc d’Antin en 1738. Le Grand Orient de France, issu en 1773 de cette première Grande Loge, inscrit traditionnellement Wharton en tête de la liste de ses grands maîtres.
Une fin précoce
En 1730, ruiné et banni de Madrid, Wharton renonce à la cause jacobite et se retire au monastère cistercien de Poblet, en Catalogne. Il y meurt le 31 mai 1731, à trente-deux ans ; ses titres s’éteignent avec lui. Figure contrastée, il reste dans l’histoire de l’Ordre comme le premier lien personnel entre la Grande Loge de Londres et la maçonnerie naissante sur le continent.
Repères
- Naissance : 21 décembre 1698, Angleterre
- Décès : 31 mai 1731, monastère de Poblet (Catalogne)
- Profession : Pair d’Angleterre, homme politique, publiciste
- Obédience : Grande Loge de Londres ; loges de France (ancêtres du Grand Orient de France)
- Fonction : Grand maître de la Grande Loge de Londres ; grand maître des francs-maçons en France selon la tradition
- Mandat(s) : Londres 1722-1723 ; France 1728
- Loge(s) : King’s Arms (Londres) ; fondateur de French Arms n° 50 (Madrid)
- Distinctions : Duc de Wharton (1718) ; duc de Northumberland dans la pairie jacobite (1716)
Voir aussi dans le glossaire : Grand Maître, Grande Loge, Constitutions, Obédience maçonnique.
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