mer 19 juin 2024 - 20:06

Grands Maîtres du passé : Philip Wharton

Il fut grand maitre de la Première « Grande Loge de France »  qui devient le Grand Orient de France en 1773

Philip Wharton (Comté d’Oxford, Angleterre, 21 décembre 1698 – Monastère de Poblet, Catalogne, 31 mai 1731), 1er duc de Wharton, est un important homme politique jacobite, un libertin célèbre et l’un des premiers grands maîtres de la franc-maçonnerie.

Enfance et jeunesse

Philip Wharton est le fils de Thomas “Honest Tom” Wharton, membre du parti Whig. Il reçoit une excellente éducation et est formé pour devenir un grand orateur. À la mort de son père, il lui succède dans la pairie de Grande-Bretagne comme marquis de Wharton et de Malmesbury. Il est aussi marquis de Catherlough dans la Pairie d’Irlande. Il s’enfuit avec Martha Holmes, fille du major-général Richard Holmes et commence à voyager. Les immenses domaines de son père sont confiés à la gestion de sa mère et des amis de son père.

Il voyage en France et en Suisse et rencontre le « Old Pretender » Jacques François Stuart qui lui donne le titre1 de duc de Northumberland en 1716. Il part alors en Irlande où, à l’âge de 18 ans, il entre à la chambre des lords irlandaise en tant que marquis de Catherlough. Il est fait duc de Wharton en 1718 par George Ier de Grande-Bretagne.

Il fonde le premier Hellfire Club en 1718 à Londres.

En 1719, sa femme a un fils nommé Thomas, qui meurt dans une épidémie de variole dans sa première année.

Vie politique

Fidèle à Jacques François Stuart, fils de Jacques II détrôné en 1688, il se dit Jacobite. Selon lui, ce prétendant est fidèle, comme l’était son père, aux principes Whig que trahissaient le libéral Robert Walpole et le nouveau monarque. Il s’oppose activement à Walpole en 1722, en particulier en finançant un périodique nommé « The True Briton».

Il commence à accumuler les dettes, au point qu’il vend ses propriétés d’Irlande pour investir dans la South Sea Company. Quand celle-ci s’effondre dans le Krach de 1720, il perd la somme considérable de 120 000 £ et s’en amuse en organisant un simulacre de riches funérailles publiques pour la compagnie en faillite.

En 1725, ne pouvant plus faire face à ses dettes, il quitte la Grande-Bretagne.

Exil et déclin

Ayant quitté la Grande-Bretagne avec plus de 70 000 £ de dettes, il accepte en 1725 les fonctions d’ambassadeur du Prétendant auprès du Saint-Empire romain germanique, à Vienne. Mais les autrichiens n’appréciant pas sa vie dissipée, il rejoint son protecteur à Rome où il reçut de ses mains l’Ordre de la Jarretière. Il part ensuite pour Madrid, où son épouse meurt en 1726. Trois mois plus tard, il épouse Maria Theresa O’Neill O’Beirne dans une cérémonie qui fait scandale.

Il revend son titre à George Ier et s’engage contre l’Angleterre dans les forces jacobites de l’armée espagnole. Il est blessé à Gibraltar en 1727.

En 1728, il publie un pamphlet contre la « corruption » de la cause Whig par Walpole, intitulé « Reasons for Leaving his Native Country » (« Motifs de quitter son pays natal »).

En 1730, totalement ruiné, banni hors de Madrid à la suite d’une rixe, il renonce à la cause jacobite et trouve refuge en compagnie de sa seconde épouse au Monastère de Poblet, Catalogne, où il meurt des conséquences de son alcoolisme le 31 mai 1731. Sa veuve retourne alors à Londres avec l’aide du prétendant et parvient à y faire valoir ses droits en 1736, s’assurant ainsi une vie confortable.

Les titres nobiliaires de Wharton sont tous éteints après lui.

Carrière maçonnique

Membre de la Loge maçonnique King’s Arms de Londres, le duc de Wharton devient le sixième Grand Maître de la Grande Loge de Londres du 22 juin 1722 au 24 juin 1723.

En 1724, après s’être brouillé avec elle, il aurait constitué les Gormogons, afin de parodier la première Grande Loge d’Angleterre avec laquelle il s’était brouillé juste après en avoir été le Grand Maître.

Il est à l’origine de la création de la première loge d’Espagne: French Arms, no 50, située calle de San Bernardo, à Madrid. Cette loge envoie une demande de reconnaissance à la Grande Loge de Londres qui y est reçue le 17 avril 1728.

Sceau de la première Grande Loge d’Angleterre.

La même année 1728, les francs-maçons français décident de le reconnaître comme « Grand Maître des francs-maçons en France », à l’occasion de son séjour à Paris et à Lyon de 1728 à 1729. Les jacobites James Hector MacLean (1703-1750) puis Charles Radclyffe, comte de Derwentwater (1693-1746), lui succèdent. Sa nomination à la tête des francs-maçons de France, antérieure à la transformation de la « Grande Loge de Londres et de Wesminster » en « Grande Loge d’Angleterre » en 1738, est considérée par une partie des historiens comme le point de départ d’une franc-maçonnerie française indépendante de celle de Grande-Bretagne.

2 Commentaires

  1. Ce n’est pas la Grande Loge de France qui serait devenue le Grand Orient en 1773. Le Grand Orient de France n’est qu’une scission minoritaire de la Grande Loge de France en 1771-1773. Seules 1/3 des loges environ, de la Grande Loge de France ont fait scission pour fonder le Grand Orient…
    Pourquoi vouloir réécrire l’Histoire? Il suffit de consulter les archives de la Grande Loge, ou plus simplement de lire ce qu’a écrit Louis Trebuchet , après bien d’autres. Le nom des loges, leur nombre et leurs députés présents s’y trouvent.
    Par ailleurs je ne suis pas certain que les Frères de Paris l’aient désigné comme leur Grand Maître. Peut-être l’ont-ils simplement reconnu comme le Grand Maître qu’il avait été, celui de la GL de Londres et Westminster. Ce ne serait donc pas tout à fait la même chose.
    Le fait historique de sa présence à Paris en 1728 a servi de prétexte en pratique à pouvoir fêter, pour des raisons plus politiques (maçonniques… voir Alain Bauer et Michel Barat) qu’historiques, le 275ème anniversaire de la Franc-Maçonnerie Française. Cette vision politique était du reste parfaitement justifiée, montrant à tous la possibilité d’un rassemblement maçonnique par delà les divergences habituelles. Bien entendu ce moment particulier ne sut pas être saisi et prolongé…
    Pour en revenir à l’histoire réelle, c’est plutôt à partir de 1738 qu’il faut situer la naissance véritable de la Grande Loge ou à tout le moins le premier Grand Maître Français, le Duc d’Antin.
    Ce sera ensuite un Bourbon, le Comte de Clermont qui dirigera la Grande Loge durant presque 30 ans, à partir de 1743. La scission du Grand Orient d’avec la Grande Loge se produira juste après sa mort en 1771. Querelle de succession??

    • TCF Alain-Noël,
      Merci pour ton intervention. Les chroniqueurs de 450.fm sont libres et responsables de leurs positions historiques et idéologiques. Il est évident que chacun d’eux n’a pas obligatoirement accès aux archives des diverses maisons maçonniques. Ainsi, leur avis est forcément sujet à débat. En somme : « La Parole circule »

      Cependant, la rédaction souhaite compléter l’article en rappelant qu’à partir de 1755 et 1766, les Vénérables des loges de Paris – « Grande Loge des Maîtres de l’Orient de Paris dite de France » -, essaient d’établir leur autorité sur l’ensemble de la maçonnerie de l’hexagone.

      La « Première Grande Loge de France », semble-t-il, n’arrive pas à s’imposer. Elle sera déstabilisée de façon chronique par les querelles entre systèmes de hauts grades rivaux qui essayent d’en prendre le contrôle et se met en sommeil en 1766. « L’inextricable fouillis écossais » comme écrivait Gaston Martin…

      En 1773, deux principes sont définis : l’élection des officiers et la représentation de toutes les loges. Les travaux des 17 réunions plénières aboutissent à la formation du Grand Orient de France…

      À la veille de la Révolution, le GODF comptait 500 loges et environ 30 000 maçons.

      Nous avons donc retenu ce qui est communément admis par bon nombre d’historiens maçonniques. D’ailleurs n’est-ce pas le 5.11.1994, pour le centenaire de la Grande Loge de France 1894-1994, qu’un timbre premier jour d’émission est proposé au public, ainsi que la médaille frappée par la Monnaie de Paris… Enfin, toujours en 1994, à l’occasion du – Centenaire de sa fondation (en 1894) la GLDF édite un numéro spécial de PVI…

      La GLDF actuelle ne doit donc pas être confondue avec la première GL dont elle n’est pas l’héritière.

      Si tu possèdes des documents et autres archives qui peuvent compléter ces informations, pour le plus grand bonheur des Sœurs et des Frères, nous nous ferons un plaisir de les diffuser. D’autant qu’il est utile de rappeler que chacun d’eux n’a pas un budget livres avoisinant les 200 € pour les ouvrages « de l’Écosse à l’écossisme » de Louis Trébuchet.

      Franck Fouqueray
      Directeur de la Publication

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Guillaume Schumacher
Guillaume Schumacher
Guillaume SCHUMACHER a été initié au GODF à l’Orient d’Épinal. Il participe également, quand il le peut, aux Imaginales Maçonnique & Ésotériques d'Épinal organisées aussi par son atelier. Avant d'être spéculatif, il était opératif. Aujourd'hui, il sert la nation dans le monde civil. Passionné de sport et de lecture ésotérique, il se veut humaniste avec un esprit libre et un esprit laïc.

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