L comme Liberté en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La liberté est au cœur de l’identité maçonnique. Le futur initié doit être « libre et de bonnes mœurs » ; la liberté de conscience est un principe fondateur de nombreuses obédiences ; et la devise « Liberté, Égalité, Fraternité », adoptée par la République en 1848, est aussi celle du Grand Orient de France et de la Grande Loge de France. Le mot recouvre plusieurs sens : condition juridique, liberté intérieure conquise sur les passions, liberté de penser et liberté politique. Les distinguer aide à comprendre l’histoire et les débats de la franc-maçonnerie.

« Libre et de bonnes mœurs »

Liberté
Source : Wikimedia Commons – Christophe Dioux – Public domain

Les Constitutions d’Anderson (1723) exigent que les membres d’une loge soient des hommes de bien, nés libres, d’âge mûr et discret. Dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, la condition renvoie à un statut juridique : on ne peut s’engager par serment si l’on dépend d’un maître. La formule française « libre et de bonnes mœurs » est restée la condition d’admission dans la plupart des rites.

Avec le temps, le sens s’est intériorisé : être libre, c’est aussi être maître de soi, capable de choisir en conscience. Le candidat atteste qu’il se présente de son plein gré, sans contrainte ni intérêt, et les rituels rappellent que l’initiation vise à le libérer de ses préjugés et de ses passions.

La liberté de conscience

En matière religieuse, les Constitutions de 1723 n’imposent au maçon que la religion sur laquelle tous les hommes s’accordent, laissant à chacun ses opinions particulières. Cette ouverture a fait des loges des lieux de rencontre entre confessions. En France, le Grand Orient franchit un pas décisif lors de son convent de 1877, en supprimant l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme, au nom de la liberté absolue de conscience. Cette décision entraîne la rupture avec la Grande Loge Unie d’Angleterre.

La liberté de conscience reste aujourd’hui l’un des principes inscrits dans la constitution du Grand Orient de France. Elle oppose, sur la question des obligations religieuses, la maçonnerie dite libérale ou adogmatique et la maçonnerie dite régulière.

La devise républicaine

La triade « Liberté, Égalité, Fraternité » apparaît sous la Révolution : on la trouve chez Camille Desmoulins en 1790, chez Robespierre la même année, et la Commune de Paris la fait peindre sur les murs en 1793. Après une longue éclipse, elle est adoptée comme devise officielle par la Deuxième République le 27 février 1848, inscrite sur les édifices publics le 14 juillet 1880 et reprise dans les constitutions de 1946 et 1958.

La devise est aussi celle du Grand Orient de France et de la Grande Loge de France. L’idée qu’elle serait d’origine maçonnique est ancienne mais discutée : les historiens notent que la triade circulait largement dans la culture politique révolutionnaire, et que les loges l’ont adoptée au XIXe siècle dans le sillage de 1848. Adolphe Crémieux, franc-maçon et ministre du gouvernement provisoire, en fut l’un des promoteurs.

Les visages de la liberté maçonnique

Liberté
Source : Wikimedia Commons – Patania, dessinateur – CC0
  • Liberté d’entrer : nul n’est initié sans l’avoir demandé librement.
  • Liberté de parole : en loge, chacun s’exprime à son tour, sans être interrompu, sous la discipline du rituel.
  • Liberté de conscience : principe central, interprété différemment selon les obédiences.
  • Liberté intérieure : affranchissement des préjugés et des passions, but du travail sur soi.
  • Liberté politique : engagement de nombreux maçons dans les combats pour les libertés publiques aux XIXe et XXe siècles.

Liberté et antimaçonnisme

La revendication de liberté a valu à la franc-maçonnerie l’hostilité des régimes autoritaires. Condamnée par l’Église dès 1738 par la bulle In eminenti, elle fut interdite par les régimes fascistes et nazis, et en France par le régime de Vichy en 1940. Ces persécutions ont durablement associé, dans la mémoire des loges, liberté et démocratie.

Le saviez-vous ?

L’exigence d’être « né libre » a longtemps servi d’argument pour refuser l’initiation des femmes, au motif qu’elles dépendaient juridiquement de leur père ou de leur mari. L’évolution du droit a privé cet argument de son fondement.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • James Anderson, The Constitutions of the Free-Masons, Londres, 1723.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééd.).
  • Mona Ozouf, « Liberté, égalité, fraternité », dans Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, t. III, Gallimard, 1992.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Liberté de conscience (antimaçonnisme), Égalité, Fraternité, Publication des Constitutions d’Anderson, 1723 (date historique), Entrée d’Antoine-Émile Moulin, père de Jean Moulin, au Grand Orient de France, 1902 (date historique), Profane, Tolérance.

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