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La République est l’un des grands objets de l’antimaçonnisme français. Elle est accusée, dans les récits réactionnaires, cléricaux ou nationalistes, d’être une création maçonnique, un régime de loges, un système antireligieux, une machine laïque dressée contre la tradition, l’Église, la monarchie ou la nation profonde. L’antimaçonnisme ne dit pas seulement que des francs-maçons furent républicains. Il prétend que la République serait maçonnique par essence, donc suspecte.
Une histoire collective transformée en complot

Cette accusation transforme une histoire collective en complot. La République française s’est construite à travers des révolutions, des guerres, des débats parlementaires, des luttes sociales, des combats scolaires, des conflits religieux, des crises, des compromis, des progrès et des reculs. Des francs-maçons y ont joué un rôle, parfois important. Mais réduire la République à une fabrication de loges, c’est retirer aux citoyens leur histoire.
La République n’est pas un temple caché. Elle est une forme politique, toujours imparfaite, où le peuple souverain se donne des lois, organise les libertés publiques, reconnaît des droits, construit un espace commun. Elle a connu des grandeurs et des fautes, des fidélités et des trahisons, des moments d’émancipation et des violences. Elle n’est pas pure. Mais elle ne devient pas illégitime parce que des francs-maçons ont contribué à certains de ses combats.
La loi de 1905
La loi de 1905 offre un exemple de cette déformation. Elle affirme que la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes sous réserve de l’ordre public. L’antimaçonnisme y voit pourtant une machine de guerre contre la religion, parce qu’il confond neutralité de l’État et haine de la foi, liberté de conscience et déchristianisation, séparation et persécution. Cette confusion a nourri durablement l’image d’une République maçonnique hostile au sacré.
La lecture maçonnique peut reconnaître une parenté spirituelle entre l’idéal républicain et certains idéaux maçonniques. Liberté, égalité, fraternité, laïcité, dignité, émancipation, instruction, responsabilité civique. Mais parenté ne signifie pas propriété. La République n’appartient pas aux francs-maçons. Elle appartient au peuple souverain. Ce que la franc-maçonnerie peut y apporter de meilleur, c’est une exigence de conscience, non une prétention de possession.
Le peuple contre la République

L’antimaçonnisme politique a souvent cherché à opposer le peuple réel à la République légale. Les institutions seraient capturées. Les lois seraient écrites ailleurs. Les élus seraient sous influence. Les droits seraient abstraits. Les loges seraient les véritables ateliers du pouvoir. Ce récit est puissant parce qu’il permet de délégitimer la démocratie sans le dire ouvertement. Il prétend défendre le peuple contre la République, mais il retire au peuple sa capacité d’agir politiquement.
Une distinction ferme
La réponse exige une distinction ferme. Il est légitime de critiquer la République, ses échecs, ses hypocrisies, ses oublis, ses violences, ses promesses non tenues. Il est nécessaire de le faire.
Mais cette critique doit porter sur des faits, des institutions, des politiques, des responsabilités. Elle devient antimaçonnique lorsqu’elle transforme la République en façade d’un complot initiatique.
Une perspective initiatique
Dans une perspective initiatique, la République peut être pensée comme un chantier commun. Elle n’est pas l’achèvement du Temple. Elle est l’espace où des consciences différentes apprennent à vivre sous une loi commune sans se détruire. Elle ne remplace pas les traditions spirituelles. Elle les inscrit dans un cadre de liberté. Elle ne sacralise pas l’État. Elle lui impose de ne pas devenir le bras d’un dogme.
La République n’est donc pas une possession maçonnique. Elle est une tâche civique. Elle demande des citoyens debout, capables de raison, de mémoire, de fraternité et de vigilance. Elle peut accueillir l’apport maçonnique, comme elle accueille l’apport de croyants, de libres penseurs, de syndicalistes, d’instituteurs, de militants, d’élus, de chercheurs, de résistants et d’anonymes. Elle appartient à tous ou elle cesse d’être République.
Voir aussi : Maçonnerie et République, Laïcité, Éducation laïque, Peuple trahi, Action française, Liberté de conscience, Troisième République.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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