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Cette entrée demande prudence et précision. Il ne s’agit pas d’imputer mécaniquement à tout électeur, responsable ou militant du Front national (FN) puis du Rassemblement National (RN) une hostilité explicite à la franc-maçonnerie. Il s’agit d’inscrire dans l’abécédaire une histoire politique française où l’extrême droite, sous des formes diverses, a longtemps puisé dans les thèmes de l’antimaçonnisme, du rejet de la République dite maçonnique, de la critique des élites, du soupçon envers la laïcité et, dans certaines traditions plus anciennes, du mythe judéo-maçonnique.
Une fondation en 1972

Le Front national est fondé en 1972, dans le contexte de recomposition des droites radicales françaises après la guerre d’Algérie, l’effacement partiel des anciennes ligues, les héritages nationalistes, poujadistes, pétainistes, maurrassiens ou identitaires, et les mutations de la vie politique sous la Ve République. Il devient Rassemblement National en 2018, dans une stratégie de transformation d’image, de normalisation affichée et de déplacement lexical. Cette mutation nominale ne supprime pas la nécessité d’étudier les filiations, les continuités, les ruptures et les cultures politiques qui traversent ce champ.
Dans une perspective antimaçonnique, l’intérêt de cette entrée ne réside donc pas dans un procès global du RN contemporain. Il réside dans la généalogie des thèmes. L’extrême droite française a longtemps désigné la franc-maçonnerie comme l’un des ressorts de la République parlementaire, de la laïcité, des droits de l’homme, de l’universalisme et d’une modernité jugée dissolvante. Cette tradition ne se confond pas toujours avec les expressions actuelles du parti, mais elle appartient à l’histoire idéologique du champ nationaliste et à ses marges militantes, médiatiques ou numériques.
Les ressorts de l’extrême droite
L’antimaçonnisme d’extrême droite s’est souvent construit autour d’une même dramaturgie. Le peuple serait trahi. La nation serait confisquée. Les élites seraient déconnectées, cosmopolites, organisées en réseaux. La République ne serait pas l’expression du suffrage, mais le produit d’influences cachées. Dans ce récit, la franc-maçonnerie devient un nom commode pour désigner la coulisse, le pouvoir invisible, l’entre-soi supposé des décideurs, l’atelier secret des lois et des valeurs honnis.
Distinguer plusieurs niveaux
Il faut toutefois distinguer plusieurs niveaux. Il y a les discours officiels d’un parti, qui peuvent évoluer, se modérer, se recomposer. Il y a les cultures militantes, plus profondes, où circulent parfois des références anciennes. Il y a les héritages idéologiques, qui ne disparaissent pas toujours avec les changements de nom. Il y a enfin les usages numériques, où des thèmes antimaçonniques peuvent être repris en périphérie, par sympathisants, influenceurs, groupes identitaires ou relais complotistes, sans toujours correspondre à une doctrine explicitement formulée par l’appareil partisan.
L’abécédaire ne doit pas produire lui-même l’amalgame qu’il combat. Il ne s’agit pas de dire que tout discours nationaliste, souverainiste ou critique de la République parlementaire serait mécaniquement antimaçonnique. Il s’agit de montrer comment certaines familles politiques ont hérité de thèmes antimaçonniques, comment elles les ont parfois atténués, déplacés, recyclés ou laissés circuler autour d’elles. La rigueur consiste à identifier les filiations sans fabriquer une culpabilité automatique.
Une lecture maçonnique
Dans une lecture maçonnique, cette entrée rappelle que les vieilles matrices ne meurent jamais entièrement. Elles changent de vocabulaire. Le complot judéo-maçonnique devient parfois dénonciation des élites globalistes. La République maçonnique devient système. La laïcité devient arme contre les racines.
L’universalisme devient déracinement.
La fraternité devient mondialisme. La vigilance consiste à reconnaître ces déplacements sans céder à l’excès inverse.
Voir aussi : Extrême droite, Nationalisme, République, Laïcité, Complot judéo-maçonnique, Action française.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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