Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?

Les bulles pontificales contre la franc-maçonnerie constituent l’une des sources majeures de l’antimaçonnisme religieux. La première grande condamnation romaine est In eminenti apostolatus specula, promulguée par Clément XII le 28 avril 1738, qui interdit aux catholiques d’entrer dans les loges maçonniques. Elle est suivie notamment par Providas de Benoît XIV en 1751, puis par une longue série de textes pontificaux et doctrinaux.
Les racines des condamnations

Ces condamnations s’enracinent dans plusieurs inquiétudes. Le secret des réunions, le serment, la présence d’hommes de confessions différentes, l’autonomie des loges, la circulation transnationale des sociabilités maçonniques et l’idéal de tolérance religieuse sont perçus comme dangereux par une Église qui entend préserver son autorité doctrinale et sociale. Le problème n’est donc pas seulement disciplinaire. Il touche à la question centrale de la liberté de conscience.
Au XIXe siècle, l’opposition romaine se durcit dans un contexte de combats entre l’Église, les États libéraux, les mouvements nationaux, la laïcisation politique et les héritages révolutionnaires. L’encyclique Humanum genus de Léon XIII, publiée le 20 avril 1884, constitue l’un des textes les plus structurés de cette hostilité pontificale à la franc-maçonnerie. Le Vatican conserve aujourd’hui le texte de cette encyclique dans ses archives en ligne.
Une légitimation religieuse
Pour l’antimaçonnisme, les bulles pontificales ont offert une légitimation religieuse puissante. Elles ont permis de présenter la franc-maçonnerie comme une menace spirituelle, morale et sociale. Pourtant, il faut distinguer le document doctrinal, son contexte, ses intentions, ses usages et ses récupérations. Entre une condamnation ecclésiale et les fantasmes de satanisme, de gouvernement occulte ou de complot mondial, il existe un passage que l’antimaçonnisme franchit sans scrupule.
L’approche initiatique ne consiste pas à nier l’existence de ce conflit historique. Elle consiste à le penser avec précision.
Une histoire longue
Les bulles pontificales appartiennent à l’histoire longue des rapports entre autorité religieuse et liberté de conscience. Elles disent la difficulté d’un monde ancien à accepter des espaces où des hommes peuvent travailler ensemble sans se soumettre à une unité confessionnelle obligatoire. En cela, elles sont moins une fin de discussion qu’un seuil. Elles obligent à interroger ce qui, dans l’homme, veut croire librement, chercher loyalement, bâtir fraternellement, même lorsque les institutions du dehors lui refusent cette autonomie.
Voir aussi : Église catholique, Antimaçonnisme catholique, In eminenti, Providas, Humanum genus, Liberté de conscience.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
Pour aller plus loin

