Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?

Trois jours après son retour à la Grande Maîtrise, au terme du 161e Convent du Grand Orient de France, et au lendemain du ravivage de la flamme du Soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe, Guillaume Trichard, Grand Maître et président du Conseil de l’Ordre, a reçu en exclusivité notre rédaction ce lundi 31 août dans ses bureaux de la rue Cadet. Franck Fouqueray, directeur de la publication de 450.fm, et Yonnel Ghernaouti, directeur de la rédaction, étaient présents.
Pendant un long échange, le Grand Maître a précisé une feuille de route qui dépasse très largement le seul calendrier politique : 1 400 Loges appelées à agir dans la Cité, réaffirmation de la dimension initiatique et spirituelle du Grand Orient, reconquête de la culture maçonnique, décentralisation, nouvelle stratégie numérique, coopération interobédientielle et ambition internationale. Derrière la formule de « combat » employée la veille dans La Tribune Dimanche, c’est surtout une méthode qui se dessine : transformer les principes en actes.
Trois jours après l’élection, déjà dans l’action

Le contraste est frappant. Vendredi 28 août, à Bordeaux, Guillaume Trichard retrouvait la présidence du Conseil de l’Ordre et la Grande Maîtrise, une fonction qu’il avait déjà occupée en 2023-2024. Comme nous l’écrivions sur 450.fm au lendemain du scrutin, ce retour constitue un événement rare dans l’histoire récente du Grand Orient de France. L’Obédience elle-même présente cette nouvelle mandature autour de trois grandes directions : réaffirmer le GODF comme Ordre initiatique, renforcer son rayonnement dans la Cité et donner une dimension internationale plus forte à son action.
Dimanche, le nouveau Grand Maître était sous l’Arc de Triomphe pour raviver la flamme du Soldat inconnu et déposer, pour la première fois au nom de l’Obédience, une gerbe en mémoire de celles et ceux qui sont tombés pour les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Cet hommage embrassait la mémoire de tous les combattants morts au cours des conflits qui ont traversé notre histoire, mais entendait également saluer, en ces temps troublés, celles et ceux qui, aujourd’hui encore, servent et défendent les couleurs de la France à travers le monde.
À ses côtés participait à la cérémonie un colonel de la Légion étrangère, responsable des forces de l’opération Sentinelle, dispositif mobilisant plus de 8000 militaires pour contribuer, sur le territoire national, à la protection de la population civile. Guillaume Trichard a d’ailleurs insisté sur la portée symbolique de cette présence et sur le fait d’avoir accompli avec cet officier le geste du ravivage de la flamme : la mémoire de ceux qui sont tombés rejoignait ainsi l’engagement de ceux qui veillent aujourd’hui.

Par ce geste, le Grand Orient de France inscrivait donc la mémoire dans le présent : honorer les morts, reconnaître ceux qui servent et rappeler que la fraternité ne saurait demeurer une simple proclamation gravée au fronton des Temples. C’était déjà, d’une certaine manière, donner corps à cette fraternité universelle que Guillaume Trichard entend replacer au cœur de sa mandature, en reliant le souvenir, le service et l’engagement au bénéfice de tous.
Lundi matin, il recevait en exclusivité notre rédaction rue Cadet. En moins de soixante-douze heures, trois séquences – Convent, cérémonie républicaine, conférence de presse – auront donc donné le ton de cette rentrée : la nouvelle équipe entend occuper rapidement le terrain. Cette accélération n’est pas seulement médiatique. Au fil de l’entretien, Guillaume Trichard revient constamment à la même idée : le Grand Orient ne peut plus se contenter de proclamer ses valeurs. Il doit les rendre visibles, intelligibles et concrètes.
« 1 400 Loges, 1 400 actes » : faire sortir les valeurs du Temple. La formule pourrait devenir l’un des marqueurs de cette mandature : 1 400 Loges, 1 400 actes.

Guillaume Trichard demande à chacune des Loges du Grand Orient de France de poser, avant le prochain Convent, un acte public. Il ne s’agit pas d’imposer un modèle uniforme depuis la rue Cadet. Les formes pourront être multiples : conférence, exposition, débat public, manifestation culturelle, action de solidarité, intervention dans le champ éducatif ou associatif. Le ravivage de la flamme est présenté par le Grand Maître comme une manière de donner lui-même le signal et de ne pas demander aux Loges ce que l’exécutif obédientiel ne commencerait pas par accomplir.
Cette orientation prolonge le projet des Utopia Masonica, prévues au printemps 2027 L’ambition est qu’au cours d’un même week-end des Loges, sur l’ensemble du territoire, ouvrent leurs portes, organisent des rencontres et accueillent largement les citoyens autour d’un thème qui n’a rien d’accessoire dans la pensée de Guillaume Trichard : la fraternité.
Le choix mérite attention. À l’approche d’une élection présidentielle qui promet d’être particulièrement polarisée, le Grand Maître ne place pas seulement au centre de son discours la République ou la laïcité. Il entend également réhabiliter un mot souvent relégué aux devises et aux frontons : fraternité. Pour lui, celle-ci commence précisément lorsque l’on reconnaît dans l’autre un être humain avant de voir son origine, sa couleur, sa culture ou son appartenance.
La Fondation du Grand Orient de France, qui pour la première fois de son histoire sera dirigée par une sœur en la personne de Salima Duprez-Seghir, Vice-Présidente, devrait elle aussi être mobilisée dans cette volonté de traduire l’idéal en actes, notamment par le soutien à des associations de proximité, d’éducation populaire ou engagées contre la précarité. Il y a là une continuité historique revendiquée avec l’ancien Grand Maître Roger Leray et la volonté ancienne de donner à l’Obédience un outil capable de prolonger la fraternité maçonnique dans la société civile. Cette vocation solidaire de la Fondation avait d’ailleurs été longuement rappelée cette année à 450.fm.
« L’heure du combat est revenue », mais quel combat ?
La veille de notre réception, Guillaume Trichard avait choisi un titre sans ambiguïté pour sa tribune publiée dans La Tribune Dimanche : « L’heure du combat est revenue ». Il y décrivait une République fragilisée et un pacte collectif menacé par les fractures contemporaines.
Rue Cadet, 450.fm a voulu pousser plus loin l’interrogation : résister à quoi, et comment ?

La réponse du Grand Maître introduit une distinction importante. Selon lui, le temps présent n’est pas encore celui d’une résistance au sens propre. Il est d’abord celui de la promotion active des principes républicains : liberté, égalité, fraternité, laïcité, universalisme, état de droit. La résistance n’interviendrait, dit-il en substance, que si l’échéance présidentielle conduisait au pouvoir des forces qu’il considère contraires à ces principes. Et il précise viser tous les extrémismes. Car, selon lui, l’extrémisme est incompatible avec la démarche maçonnique, qui refuse toute position dogmatique et privilégie la recherche de l’équilibre, le discernement, le respect et la raison.
Cette précision est essentielle car Guillaume Trichard récuse parallèlement l’idée d’une consigne de vote maçonnique. Il affirme ne pas avoir à dicter aux membres de l’Obédience leur choix électoral : des Francs-Maçons formés à la liberté de conscience, à l’esprit critique et à l’émancipation des dogmes n’ont pas, selon lui, à recevoir des consignes Le rôle du Grand Orient n’est donc pas, dans sa conception, de se transformer en parti politique supplémentaire, mais de rappeler publiquement les critères au regard desquels il entend juger les discours et les actes.
La frontière qu’il trace se veut ainsi celle des principes et non des étiquettes
Racisme, xénophobie, antisémitisme, homophobie et rejet de l’autre sont explicitement présentés comme incompatibles avec les valeurs de l’Obédience. En revanche, insiste-t-il, le Grand Orient de France n’a pas vocation à intervenir dans le champ de la politique politicienne. La nuance est politiquement importante. Guillaume Trichard revendique un Grand Orient engagé, mais refuse théoriquement le passage de l’engagement républicain à l’alignement partisan. C’est l’un des équilibres qu’il devra maintenir dans les mois qui viennent.
Retrouver Fred Zeller et la tradition des « guetteurs »

Pour inscrire sa démarche dans une continuité plutôt que dans une rupture, Guillaume Trichard revient volontiers aux anciens Grands Maîtres. Il cite en particulier Fred Zeller, auquel il rattache cette idée des Francs-Maçons comme « guetteurs » chargés de demeurer vigilants lorsque les libertés sont menacées. C’est dans cette filiation qu’il situe sa formule : « L’heure du combat est revenue ». Pour lui, les prises de position actuelles ne constitueraient donc pas une innovation doctrinale mais la réactivation d’une tradition du Grand Orient qui, depuis l’après-guerre, a vu nombre de ses Grands Maîtres intervenir publiquement lorsque les principes démocratiques leur paraissaient en danger.
Le mot « combat », dès lors, mérite d’être entendu dans son acception civique : vigilance, argumentation, présence dans le débat public, mobilisation associative et culturelle. Le Grand Orient veut parler, organiser, transmettre, convaincre. Et éventuellement s’opposer.
La surprise de la rentrée : Guillaume Trichard remet la spiritualité au centre
Ceux qui réduiraient cette nouvelle mandature à la campagne présidentielle passeraient pourtant à côté de l’un des passages les plus intéressants de nos échange. Guillaume Trichard entend réaffirmer avec force que le Grand Orient de France est d’abord un Ordre initiatique. Et il ajoute un terme qui, dans certaines oreilles du GODF, pourra surprendre davantage encore : celui de spiritualité.

« La spiritualité ne signifie pas la religion », explique-t-il. Il revendique explicitement l’existence d’une spiritualité laïque, née du travail d’introspection, de la réflexion sur soi, de la maîtrise des passions et, pour employer un langage profondément traditionnel, du travail de l’esprit sur la matière. Ce n’est pas un détail lexical. Derrière cette affirmation se trouve une tentative de réarticuler les deux dimensions parfois présentées comme concurrentes au Grand Orient : l’homme intérieur et le citoyen, l’initiation et la Cité, le silence du Temple et la parole publique.
Pour Guillaume Trichard, il n’y a pas contradiction. C’est précisément parce que la démarche initiatique vise à transformer l’individu qu’elle peut, ensuite, produire des effets dans la société. Le Franc-Maçon n’est pas invité à choisir entre sa construction intérieure et son engagement extérieur : le second doit procéder de la première. Cette inflexion mérite d’être suivie. Elle pourrait constituer l’un des aspects les plus originaux de sa mandature si elle trouve une traduction durable dans la vie des Loges. Non pas une école de pensée, mais une « école de l’émancipation ». À cette dimension spirituelle répond une deuxième priorité interne : la culture maçonnique.
Là encore, le Grand Maître refuse une formule trop scolaire. En Loge, dit-il, « on initie, on transmet, on partage ». La Franc-Maçonnerie n’est pas destinée à fournir un « prêt-à-penser ». Elle doit plutôt donner des outils permettant de s’émanciper des dogmes, des idées toutes faites et de ce que La Boétie appelait la servitude volontaire. Il préfère ainsi parler d’une « école de l’émancipation ».
Ce retour à la culture maçonnique sera décliné concrètement

Guillaume Trichard évoque le développement d’expositions itinérantes, la création, là où les locaux le permettent, de petits espaces muséaux consacrés à l’histoire maçonnique régionale, une meilleure valorisation des archives et du Musée de la Franc-Maçonnerie, mais aussi le rétablissement d’un lien éditorial plus étroit avec les nouveaux initiés. Il annonce notamment son souhait que les Apprentis puissent à nouveau recevoir directement la revue Humanisme.
À l’approche du tricentenaire de 2028, l’enjeu n’est pas mince. Une Obédience qui veut prendre la parole dans la Cité doit également être capable de transmettre à ses propres membres son histoire, ses grandes figures, ses combats, ses textes et ses contradictions.
Le chantier est d’autant plus nécessaire que le Grand Maître s’interroge ouvertement sur le rapport des jeunes générations aux livres, aux revues, aux musées et aux formes classiques de transmission. Il souhaite notamment mieux mesurer la fréquentation du Musée de la Franc-Maçonnerie par les membres eux-mêmes et renforcer le sentiment d’appartenance à une histoire collective de près de trois siècles.
Ni tout numérique ni nostalgie du papier
Sur ce terrain, Guillaume Trichard ne prône pourtant aucun retour nostalgique à l’âge du classeur et de la circulaire. Il observe que le temps de lecture se fragmente, que les usages changent et que les réseaux sociaux imposent de nouveaux formats. Sa conclusion n’est pas qu’il faudrait appauvrir le contenu, mais qu’il faut apprendre à le décliner autrement : livres, articles, conférences, vidéos, podcasts, capsules courtes.

L’échange prend même un détour par l’intelligence artificielle. Pour le Grand Maître, l’audience ne suffira plus à garantir l’influence : les systèmes d’IA recherchent avant tout du contenu susceptible d’être exploité, synthétisé et transmis. D’où cette conviction qu’il faut continuer à produire du fond tout en adaptant ses modes de circulation. Des formats vidéo courts sont notamment envisagés pour diffuser davantage de culture maçonnique.
En même temps, Guillaume Trichard se méfie du tout-numérique. Il raconte combien le document reçu matériellement, la revue trouvée dans sa boîte aux lettres ou le support conservé dans une bibliothèque peuvent créer un lien sensible avec l’Obédience, notamment pour des Frères et des Sœurs plus âgés ou moins à l’aise avec les outils numériques. Cette coexistence du papier et du numérique pourrait résumer assez justement la méthode annoncée : moderniser sans déraciner.
Une nouvelle équipe structurée pour le rayonnement
C’est ici que le dynamisme de la nouvelle équipe apparaît le plus concrètement. Autour de Guillaume Trichard, les trois Grands Maîtres adjoints sont René Turiaf, Joël Vendeville et Assane Cisé. Le bureau comprend également Alexandre Geoffroy comme Grand Orateur, Édouard Ramaroson aux Affaires intérieures, Jean-Édouard Ombetta aux Affaires extérieures, Olivier Cortet à la Grande Trésorerie, Bertrand Sade comme Garde des Sceaux et Alain Dupuy comme Grand Hospitalier, entourés de leurs adjoints. La composition avait déjà été détaillée dans notre précédent article.
Mais l’organisation annoncée lundi va plus loin. Guillaume Trichard indique avoir mis en place un dispositif renforcé autour du rayonnement obédientiel, avec cinq Grands Officiers spécifiquement chargés de la communication, de l’événementiel, des relations institutionnelles, du numérique et de la décentralisation. Le site Internet doit être repensé, la présence sur les réseaux sociaux renforcée et les manifestations davantage diffusées hors de Paris.
Le mot important est peut-être celui de décentralisation.
Les ciné-débats qui rencontrent un public important rue Cadet doivent être déployés en région. Les Chantiers de la République, jusqu’ici fortement identifiés aux rencontres parisiennes, ont vocation à essaimer sur l’ensemble du territoire. Même le Conseil de l’Ordre doit sortir ponctuellement de Paris : un premier Conseil décentralisé est annoncé à Marseille dès octobre. Autrement dit, l’idée des « 1 400 Loges, 1 400 actes » n’est pas seulement un mot d’ordre adressé à la base : l’exécutif veut lui-même déplacer son centre de gravité.
Les « Chantiers de la République » vont essaimer dans les territoires

Cette territorialisation est probablement l’une des décisions les plus intéressantes pour l’année qui commence. Guillaume Trichard souhaite que les Chantiers de la République deviennent un véritable label susceptible d’être repris localement par les Loges lorsqu’elles organisent une conférence ou un événement répondant aux grands axes de la mandature, avec la présence d’un Conseiller de l’Ordre.
Le dispositif pourrait ainsi produire un maillage inédit : au lieu de quelques grands rendez-vous nationaux réunissant un public déjà familier de la Franc-Maçonnerie, multiplier les rencontres locales dans des villes moyennes, des territoires ruraux et même ce que Guillaume Trichard appelle des « déserts maçonniques », ces zones où le Grand Orient est peu ou pas représenté. C’est aussi une manière de poser une question stratégique rarement formulée aussi directement : à quoi sert une grande Obédience nationale si sa parole ne circule qu’entre Paris, les grandes métropoles et ceux qui fréquentent déjà ses événements ?
Une mandature qui ne veut pas s’enfermer dans la présidentielle
La présidentielle de 2027 occupe naturellement une part importante de cette rentrée. Mais Guillaume Trichard insiste sur des combats appelés à durer au-delà de l’échéance électorale.
Le communiqué publié après le Convent fixe quatre sujets de société : la santé globale, la dignité du grand âge, l’éducation populaire et le droit d’asile des réfugiés climatiques. Autant de champs qui montrent que l’Obédience veut continuer à travailler sur des questions prospectives et ne pas réduire son expression publique au face-à-face avec les extrémismes. Cette dimension est essentielle. Pour conserver une parole audible, le Grand Orient devra en effet démontrer qu’il sait être autre chose qu’un acteur réagissant aux crises politiques. Les enjeux de vieillissement, de santé, d’éducation et de bouleversement climatique peuvent lui permettre de retrouver une fonction plus classique de laboratoire d’idées, à condition que les travaux des Loges parviennent effectivement jusqu’au débat public.
Vers davantage d’actions communes entre Obédiences
Autre signal envoyé par Guillaume Trichard : celui d’un rapprochement opérationnel avec plusieurs autres Obédiences françaises. Il dit être sorti très rassuré des échanges du Convent et évoque le souhait de mener, dans les mois à venir, des actions concertées interobédientielles. L’enjeu n’est pas de gommer les différences de traditions, de pratiques ou de conceptions maçonniques, mais de déterminer les sujets sur lesquels des Obédiences différentes peuvent parler ou agir ensemble.
Cette volonté prendra notamment une dimension internationale.
Le Grand Maître veut renforcer ce qu’il appelle une forme d’internationale de la Franc-Maçonnerie libérale et adogmatique, dans un contexte où des Loges et des Francs-Maçons sont fragilisés ou menacés dans plusieurs pays. L’objectif officiel est la constitution d’un véritable pacte d’alliance, afin qu’aucune Obédience amie confrontée à une crise ne demeure isolée. Le communiqué publié après le Convent évoquait déjà explicitement la situation des Francs-Maçons de Madagascar.
Lors de notre entretien, Guillaume Trichard va plus loin et annonce son intention de réunir prochainement plusieurs Obédiences françaises autour de la situation malgache. Il insiste sur un point : l’efficacité ne passe pas nécessairement par la multiplication des communiqués publics. Dans certaines circonstances, estime-t-il, la solidarité maçonnique internationale doit aussi savoir travailler dans la discrétion. L’argument est profondément maçonnique : si le serment de secours mutuel possède un sens entre deux Frères ou deux Sœurs, pourquoi cesserait-il d’en avoir un lorsque c’est une communauté maçonnique entière qui se trouve menacée ?
Un agenda qui commence déjà à se remplir
La volonté d’action devrait rapidement être mise à l’épreuve. Outre les Journées européennes du patrimoine, plusieurs rendez-vous sont en préparation autour des libertés publiques, de la situation iranienne et de la mémoire de Samuel Paty. Les modalités de certaines manifestations étaient encore en cours d’ajustement au moment de notre entretien. Le 17 septembre est par ailleurs déjà annoncée rue Cadet la projection de L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller, suivie d’un débat consacré à « L’État républicain » en présence du réalisateur. La succession de ces rendez-vous, la décentralisation annoncée des manifestations et du Conseil de l’Ordre, la refonte des outils de communication et la mobilisation des Loges donnent à cette rentrée une tonalité assez différente d’un simple changement de président.
Il y a manifestement, autour de Guillaume Trichard, une volonté d’accélération.
Le véritable enjeu : relier de nouveau le Temple et la Cité. C’est probablement là que se situe la ligne de force de notre entretien.

On aurait pu imaginer que le retour de Guillaume Trichard se résume à une présidence de combat, dominée par l’échéance présidentielle et la dénonciation des extrémismes. La conversation du 31 août révèle un projet plus large et, à certains égards, plus ambitieux : réconcilier ce que l’on oppose parfois trop facilement au sein de la Franc-Maçonnerie française.
La spiritualité et l’engagement. La culture et la communication. Le livre et la vidéo. Le patrimoine et l’intelligence artificielle. Paris et les territoires. La souveraineté de chaque Loge et la puissance collective de 1 400 ateliers. L’identité du Grand Orient et la coopération interobédientielle. La République française et l’universalisme maçonnique.
Cette articulation sera difficile. Elle comporte même une tension féconde : comment demeurer un Ordre initiatique lorsque l’on veut intervenir fortement dans la Cité ? Comment parler politique sans devenir partisan ? Comment défendre une tradition trois fois séculaire sans transformer le patrimoine en musée immobile ? Comment conquérir les nouveaux formats numériques sans sacrifier la profondeur du travail maçonnique ?
Guillaume Trichard semble avoir choisi de ne pas résoudre ces contradictions en supprimant l’un de leurs termes. Il veut au contraire tenir les deux bouts de la chaîne. Et c’est peut-être là que se jouera réellement sa mandature. Car après les discours de Bordeaux, la flamme ravivée sous l’Arc de Triomphe et les premières déclarations de cette rentrée, le Grand Orient de France entre désormais dans le temps plus exigeant de la réalisation. Le chantier est ouvert. Les outils sont annoncés. Les équipes sont en place. Les Loges sont appelées à prendre leur part.
En Franc-Maçonnerie comme ailleurs, on ne juge jamais longtemps le constructeur à la beauté de son plan. Vient toujours l’heure où il faut quitter la planche à tracer, saisir les outils et regarder si, pierre après pierre, l’édifice commence réellement à s’élever. Pour Guillaume Trichard et la nouvelle équipe du Grand Orient de France, cette heure-là vient de commencer.
