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Le nombre quatre est, dans le symbolisme maçonnique, le nombre de la stabilité et du monde manifesté. Il s’exprime dans le carré, la pierre cubique, les quatre éléments, les quatre points cardinaux ou les quatre vertus cardinales. Moins mis en avant que le trois, le cinq ou le sept, qui rythment les grades, il sous-tend pourtant la géométrie du temple et l’horizon du travail de l’Apprenti. Il rattache la loge à une longue tradition, de Pythagore et Empédocle aux Quatre Saints Couronnés, patrons des tailleurs de pierre médiévaux. C’est le nombre de la construction achevée.
Le quatre dans la pensée antique

La philosophie grecque a donné au quatre une place éminente. Les pythagoriciens vénéraient la tétraktys, figure triangulaire de dix points disposés sur quatre rangées : la somme des quatre premiers nombres, un, deux, trois et quatre, donne dix, nombre de la totalité. Au Ve siècle avant notre ère, Empédocle d’Agrigente décrit le monde comme formé de quatre « racines », la terre, l’eau, l’air et le feu, doctrine que reprendront Aristote puis toute la tradition médiévale et alchimique.
La tradition biblique connaît aussi le quatre : les quatre fleuves du jardin d’Éden, les quatre vivants de la vision d’Ézéchiel, devenus les symboles des quatre évangélistes, ou le Tétragramme, le nom divin de quatre lettres.
Le carré et la pierre cubique
En loge, le quatre se manifeste d’abord par la géométrie. Le carré est la figure de l’ordre et de la stabilité ; son prolongement dans l’espace, le cube, est la forme de la pierre parfaite. La pierre cubique, aboutissement du travail sur la pierre brute, figure l’homme qui s’est dégrossi et peut prendre place dans l’édifice. Le temple lui-même est décrit comme un carré long, un rectangle orienté selon les points cardinaux, de l’Orient à l’Occident et du Midi au Septentrion.
Les quatre éléments et les épreuves
Dans plusieurs rites pratiqués en France, notamment le Rite Français et le Rite Écossais Ancien et Accepté, l’initiation au premier degré fait passer le candidat par des épreuves associées aux quatre éléments. La terre correspond au cabinet de réflexion, puis viennent les voyages et les purifications par l’air, l’eau et le feu. L’initiation reproduit ainsi une traversée symbolique du monde élémentaire, avant l’accès à la lumière.
Dans les rituels et la tradition

- Le carré long de la loge et ses quatre orientations : Orient, Occident, Midi, Septentrion.
- La pierre cubique, à six faces carrées, symbole de l’œuvre accomplie.
- Les épreuves de la terre, de l’air, de l’eau et du feu dans les initiations des rites français.
- Les quatre vertus cardinales, prudence, tempérance, force et justice, explicitées dans l’instruction du premier degré de plusieurs rites anglo-saxons.
- Les Quatre Saints Couronnés, patrons traditionnels des maçons et tailleurs de pierre.
Les Quatre Saints Couronnés
La tradition chrétienne vénère sous le nom de Quatuor Coronati des sculpteurs martyrisés, selon la légende, pour avoir refusé de tailler une idole païenne. Ils devinrent les patrons des métiers de la pierre. Le manuscrit Regius, poème anglais de la fin du XIVe siècle et plus ancien des Old Charges, évoque leur histoire. En 1886, la première loge de recherche maçonnique, fondée à Londres, prit leur nom : la loge Quatuor Coronati n° 2076, dont les travaux font toujours autorité.
Interprétations
Les auteurs symbolistes opposent volontiers le trois, nombre du principe et de l’esprit, au quatre, nombre de la matière et de la manifestation. Leur somme, sept, et leur produit, douze, ont nourri de nombreuses spéculations. Sans s’y perdre, on peut retenir l’idée principale : le quatre rappelle que l’élévation spirituelle doit s’ancrer dans le réel, que l’on ne bâtit pas sans fondations, et que le travail initiatique consiste à donner forme stable à une intention.
Le saviez-vous ?
Le nom de la loge londonienne Quatuor Coronati est devenu celui de sa revue savante, les Ars Quatuor Coronatorum, publiée depuis la fin du XIXe siècle. Elle a joué un rôle majeur dans le passage d’une histoire légendaire de la maçonnerie à une histoire fondée sur les archives.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééd.).
- René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Gallimard, 1962.
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Pierre brute, Carré long, Eléments, Purification, Cabinet de Réflexion, Trois.
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