Dans son deuxième numéro de l’année 2026, Alpina offre bien davantage qu’un panorama de la vie maçonnique suisse. La revue de la Grande Loge Suisse Alpina déploie une méditation vivante sur ce qui fonde encore l’initiation lorsque le monde disperse, lorsque les habitudes affadissent et lorsque le sacré menace de se dissoudre dans l’usage.

Porté par une pluralité de langues et de regards, ce numéro interroge avec vigueur la fidélité, l’assiduité, la citoyenneté, la transmission et la profondeur spirituelle d’une démarche maçonnique qui ne se contente pas d’exister, mais cherche à demeurer intérieurement juste.
Le n°2 d’Alpina de 2026 n’est pas seulement un numéro de revue maçonnique
C’est un miroir tendu à une obédience qui se regarde avec assez de franchise pour ne pas confondre l’entretien de la flamme avec le confort des habitudes.

Revue multilingue de la Grande Loge Suisse Alpina, publiée six fois l’an dans sa 152e année, elle porte moins une parole monolithique qu’une polyphonie fraternelle où les langues, les sensibilités et les registres convergent vers une même interrogation intérieure. Sous la responsabilité éditoriale de Jean-Daniel Sauterel, avec Didier Planche pour l’espace francophone, Gregor Lüthy pour la partie alémanique et Daniele Bui pour la partie italienne, cette publication collective a pour véritable bibliographie sa propre continuité, celle d’un travail patient où la revue devient mémoire vive d’une maçonnerie qui pense, doute, transmet et se réforme sans cesser d’être elle-même.
Le ton est donné d’emblée par Didier Planche, qui signe un éditorial d’une rare netteté

Il y est question de cette « étincelle alchimique » sans laquelle l’initiation demeure lettre morte, puis de l’erreur moderne qui consiste à prendre la bienveillance pour une abdication de l’exigence. Ce propos, qui pourrait sembler sévère, nous paraît au contraire profondément charitable, au sens initiatique du terme, car il rappelle qu’ouvrir la porte du Temple ne consiste pas à abolir les seuils, mais à discerner si un être est prêt à consentir au travail intérieur, au sacré, à l’assiduité, à la taille de sa pierre. De cette première page naît l’axe secret de tout le numéro. La franc-maçonnerie n’y est jamais pensée comme un refuge social ou un folklore de distinction, mais comme une discipline de présence, une ascèse du sens, une fidélité à ce qui oblige l’âme à se redresser.

La beauté de ce numéro tient à ce qu’il ne s’enferme pas dans l’exhortation
Il éprouve cette exigence sur plusieurs terrains où la tradition rencontre l’histoire, le monde profane et les fractures du temps. L’article de Nadine Oberhauser sur la convention entre la Grande Loge Féminine de Suisse et la Grande Loge Suisse Alpina, prolongé par Carlo U. Nicola, donne à lire un moment institutionnel dont la portée dépasse l’anecdote administrative. Il y est question d’un équilibre à trouver entre fidélité rituelle et réflexion historique sur l’exclusion des femmes, autrement dit entre héritage et conscience critique.

Plus loin, Gregor Lüthy montre combien la citoyenneté reste une vertu maçonnique lorsque la liberté accepte de se lier à la responsabilité. Michel Jaccard, en revenant sur les remous de la loge Espérance et Cordialité, rappelle que les passions profanes ne cessent jamais tout à fait de hanter les colonnes. Kacem El Ghazzali ouvre, quant à lui, une perspective trop rarement fréquentée en retraçant la mémoire oubliée de la franc-maçonnerie dans le monde islamique, où la loge apparaît comme lieu de réforme, de rationalité et de médiation entre tradition et modernité. Nous sommes ici devant une revue qui ne rétrécit pas l’initiation à la seule intériorité, mais qui la laisse rayonner dans l’histoire réelle, sociale, religieuse et politique des hommes.

Le cœur spéculatif du volume bat cependant ailleurs, dans une sorte de triptyque discret où se répondent Remo Boggio, Carlo U. Nicola et Didier Planche. Avec Remo Boggio, le passage de la dualité à l’unité par le ternaire redonne au langage initiatique sa profondeur ontologique. Avec Carlo U. Nicola, le symbole du Grand Architecte de l’Univers est repris à frais nouveaux à travers Jacques Monod, comme si la pensée scientifique elle-même pouvait rouvrir la méditation sur le hasard, la nécessité et la liberté. Avec Didier Planche enfin, dans « Le Sacré ou la quête de sens », la question devient brûlure contemporaine. L’homme moderne, détaché de l’esprit, s’appauvrit jusqu’à l’inhumain. Cette page a une densité singulière, car elle n’oppose pas platement tradition et modernité. Elle montre que la perte du sacré est d’abord perte d’épaisseur intérieure. Jean-Konrad Mignon poursuit ce mouvement en rappelant que le numérique peut être un outil de clarté sans jamais remplacer l’épreuve initiatique elle-même. Ainsi, même lorsqu’il parle d’internet, ce numéro ne parle encore que de présence réelle.

C’est pourquoi le thème d’étude consacré à l’assiduité donne au numéro sa clef la plus profonde
Francis Thévoz le dit avec une verdeur presque provocatrice, mais juste. Il n’y a pas de franc-maçonnerie sans persévérance incarnée, sans retour régulier au lieu du travail, sans consentement durable à la lenteur qui transforme. Toute la revue converge vers cette vérité. L’assiduité n’y désigne pas seulement la présence physique en loge. Elle nomme une tenue de l’être, une manière de demeurer sous le regard de l’essentiel, une fidélité au chantier lorsque l’enthousiasme s’est retiré et que seul demeure le devoir joyeusement consenti. En cela, Alpina 2 de 2026 est un très beau numéro. Il ne cherche ni à séduire ni à rassurer. Il rappelle, avec une gravité lumineuse, que l’initiation n’est vivante qu’à la condition d’être habitée.

Ce numéro d’Alpina laisse ainsi une impression rare, celle d’une parole maçonnique qui ne cède ni au relâchement ni à la pose, mais qui travaille à maintenir vivant ce qui mérite encore d’être servi. Sous la diversité des contributions, une même leçon affleure. La franc-maçonnerie ne tient pas par l’apparat, ni par la seule mémoire, mais par la qualité de présence de celles et ceux qui consentent à l’habiter.

C’est en cela que cette livraison touche juste. Elle rappelle que la lumière ne se reçoit jamais une fois pour toutes et qu’elle demande, pour ne pas s’éteindre, la constance humble des veilleurs.
Alpina – Magazine de la Grande Loge Suisse Alpina
GLSA, n° 2, mars 2026, 52 pages
Parution six fois par an
Abonnement CHF 60, soit 64,18 €
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kanzlei@grossloge-alpina.ch
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