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La reconnaissance est l’acte par lequel une obédience maçonnique établit des relations officielles avec une autre, en admettant qu’elle répond à des critères jugés compatibles avec les siens. Elle conditionne concrètement la possibilité, pour les membres, de se visiter et de travailler ensemble. Distincte de la régularité, avec laquelle on la confond souvent, elle structure le paysage maçonnique mondial en grands courants : la maçonnerie dite régulière, organisée autour de la Grande Loge unie d’Angleterre, et la maçonnerie libérale ou adogmatique, dont le Grand Orient de France est la figure historique.
Reconnaissance et régularité

La régularité désigne la conformité d’une obédience à un ensemble de règles jugées traditionnelles ; la reconnaissance est la décision, par une autre obédience, d’entretenir des relations avec elle. Les deux notions sont liées mais distinctes : une obédience peut en juger une autre conforme à ses critères sans pour autant la reconnaître, par exemple parce qu’elle reconnaît déjà une autre grande loge sur le même territoire.
Les critères de la Grande Loge unie d’Angleterre
En 1929, la Grande Loge unie d’Angleterre publie ses Basic Principles for Grand Lodge Recognition, qui servent encore de référence au courant régulier :
- Régularité d’origine : être issue d’une grande loge elle-même régulière.
- Croyance en un Être suprême et prestation des obligations sur le Volume de la Loi sacrée.
- Exclusivité masculine, sans relations avec des loges mixtes ou féminines.
- Souveraineté sur les trois grades symboliques, sans dépendance envers un autre corps.
- Présence des trois grandes lumières : Volume de la Loi sacrée, équerre et compas.
- Interdiction des discussions politiques et religieuses en loge, et respect des anciens landmarks.
S’y ajoute en pratique le principe d’exclusivité territoriale : une seule grande loge reconnue par pays ou par juridiction, sauf accord particulier.
La rupture de 1877
En 1877, le Grand Orient de France supprime de sa constitution l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme. Le 22 novembre 1877, la Grande Loge unie d’Angleterre rompt toute relation avec lui. Cette fracture fonde la division durable entre les deux grands courants. En 1913 naît en France une grande loge qui deviendra la Grande Loge nationale française, reconnue par Londres comme puissance régulière pour le territoire français.
Un autre réseau : la maçonnerie libérale

Les obédiences qui ne se reconnaissent pas dans les critères anglais ont construit leurs propres réseaux. En 1961, à l’initiative du Grand Orient de France et d’autres puissances, est lancé le CLIPSAS, association internationale qui réunit des obédiences attachées à la liberté absolue de conscience, masculines, féminines ou mixtes. Les relations y reposent sur des traités d’amitié bilatéraux plutôt que sur un modèle unique.
Conséquences pour les membres
Pour le maçon, la reconnaissance a des effets très concrets. Elle conditionne le droit de visiter les loges d’une autre obédience, d’y être reçu comme frère ou sœur après tuilage, de participer à des tenues communes ou à des rencontres internationales. Les obédiences liées échangent souvent des « garants d’amitié », représentants chargés d’entretenir la relation. En l’absence de reconnaissance, les visites sont en principe interdites, même entre maçons qui pratiquent le même rite.
Une relation vivante
La reconnaissance n’est jamais acquise une fois pour toutes. Des relations peuvent être nouées, suspendues ou rompues au gré des évolutions internes des obédiences : admission des femmes, crises de gouvernance, changements de principes. La crise de la Grande Loge nationale française au début des années 2010, qui conduisit plusieurs grandes loges étrangères à suspendre leurs relations avec elle, en a fourni un exemple récent.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Grande Loge unie d’Angleterre, Basic Principles for Grand Lodge Recognition, 1929.
- Alec Mellor, Dictionnaire de la franc-maçonnerie et des francs-maçons, Belfond, 1971.
- Pierre-Yves Beaurepaire, L’Europe des francs-maçons, XVIIIe-XXIe siècles, Belin, 2002.
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Régularité, Obédience, Landmarks, Reconnaissance de la Grande Loge nationale indépendante et régulière par la Grande Loge unie d’Angleterre, 3 décembre 1913 (date historique), Visiteur, Tuilage.
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