Reconnaissance de la Grande Loge nationale indépendante et régulière par la Grande Loge unie d’Angleterre, 3 décembre 1913 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 3 décembre 1913, lors de la Quarterly Communication de la Grande Loge unie d’Angleterre réunie à Freemasons’ Hall, à Londres, le Grand Secrétaire lit un message du Grand Maître, le duc de Connaught, approuvant l’établissement de relations fraternelles avec la Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France et les colonies françaises. Fondée un mois plus tôt par Édouard de Ribaucourt, la jeune obédience devient ainsi la seule puissance maçonnique française reconnue par Londres, un statut que conserve aujourd’hui la Grande Loge nationale française.

Date : 3 décembre 1913
Lieu : Londres, Royaume-Uni

Trente-six ans sans maçonnerie française reconnue

Reconnaissance de la Grande Loge nationale indépendante et régulière par la Grande Loge unie d’Angleterre, 3 décembre 1913
Source : Wikimedia Commons – Colin – CC BY-SA 4.0

Depuis 1877, date à laquelle le Grand Orient de France a supprimé l’obligation de croire en Dieu, la Grande Loge unie d’Angleterre a rompu avec lui. Pour Londres, qui se considère comme la gardienne des Anciens Landmarks, la croyance en un Être suprême et la présence du Volume de la Loi sacrée en loge sont des conditions absolues. La Grande Loge de France, constituée en 1894, n’obtient pas davantage de reconnaissance. Pendant plus de trois décennies, la maçonnerie anglaise n’a donc pas de partenaire officiel en France.

Une demande préparée

Le 5 novembre 1913, la loge parisienne Le Centre des Amis, conduite par Édouard de Ribaucourt, rompt avec le Grand Orient, qui lui refusait des rituels invoquant le Grand Architecte de l’Univers, et s’érige en Grande Loge. Les fondateurs s’engagent sur les principes attendus par Londres : croyance en Dieu, serment sur la Bible, interdiction des débats politiques et religieux. La démarche vers la Grande Loge unie d’Angleterre est immédiate ; elle aboutit en quelques semaines seulement.

La séance du 3 décembre 1913

La reconnaissance est annoncée lors de la tenue trimestrielle de la Grande Loge unie d’Angleterre, le 3 décembre 1913, à Freemasons’ Hall, sur Great Queen Street. Le Grand Secrétaire y donne lecture d’un message du Grand Maître approuvant l’établissement de relations fraternelles avec la nouvelle obédience française. Dès le lendemain, la loge bordelaise L’Anglaise n° 204, l’une des plus anciennes de France, rejoint la Grande Loge de Ribaucourt, lui apportant une profondeur historique bienvenue.

Le duc de Connaught, Grand Maître

Reconnaissance de la Grande Loge nationale indépendante et régulière par la Grande Loge unie d’Angleterre, 3 décembre 1913
Source : Wikimedia Commons – Unidentified photographer – Public domain

Arthur, duc de Connaught et de Strathearn (1850-1942), troisième fils de la reine Victoria, est Grand Maître de la Grande Loge unie d’Angleterre depuis 1901 et le restera jusqu’en 1939. Militaire de carrière, il est en 1913 gouverneur général du Canada. Sa caution personnelle donne à la reconnaissance de la petite obédience française un poids considérable aux yeux du monde maçonnique anglophone.

Une reconnaissance aux effets durables

La décision de Londres fait de la Grande Loge nationale indépendante et régulière l’interlocutrice exclusive, en France, des obédiences qui suivent les critères anglais de régularité. Pendant la Première Guerre mondiale, elle accueille des militaires britanniques ; en 1921, c’est sous son égide qu’est fondée à Saint-Omer la loge Builders of the Silent Cities, dont Rudyard Kipling est membre fondateur et qui réunit des frères chargés des cimetières militaires du Commonwealth. Les critères anglais seront formalisés en 1929 dans les Principes de base pour la reconnaissance.

Postérité

Devenue Grande Loge nationale française en 1948, l’obédience a conservé cette reconnaissance pendant près d’un siècle. Lors de la crise interne de 2010-2012, la Grande Loge unie d’Angleterre suspend ses relations avant de les rétablir en 2014. La séance du 3 décembre 1913 reste ainsi l’acte fondateur de la maçonnerie dite régulière en France, et un jalon de la division durable du paysage maçonnique français entre courants libéral et traditionnel.

Repères chronologiques

  • 1877 : rupture entre la Grande Loge unie d’Angleterre et le Grand Orient de France.
  • 1901 : le duc de Connaught devient Grand Maître de la Grande Loge unie d’Angleterre.
  • 5 novembre 1913 : fondation de la Grande Loge nationale indépendante et régulière.
  • 3 décembre 1913 : reconnaissance annoncée à Freemasons’ Hall.
  • 4 décembre 1913 : la loge L’Anglaise n° 204 de Bordeaux rejoint l’obédience.
  • 1921 : fondation de la loge Builders of the Silent Cities à Saint-Omer.
  • 1948 : l’obédience devient la Grande Loge nationale française.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Reconnaissance, Régularité, Landmarks, Musée-bibliothèque de la Grande Loge Nationale Française (Musée maçonnique).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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