La parole du Véné du lundi – « Cratophilie : la grande épidémie maçonnique qui ne se soigne pas »

Le Frère Daniel Béresniak, paix à son âme, avait inventé un mot magnifique : la cratophilie. L’amour du pouvoir. Pas le petit pouvoir de rien, non. Le vrai. Celui qui fait bander l’ego à longueur de décennie. Et force est de constater que, dans notre belle famille, on est particulièrement bien servis. On a des Grands Maîtres qui se font réélire jusqu’à ce que mort s’ensuive, des Vénérables ad vitam æternam qui changeraient plutôt de Loge que de chaise, des Présidents d’instituts, de fondations, de comités, de machin-truc qui s’accrochent à leur titre comme un naufragé à sa bouée. On a même inventé le mot magique : « Vénérable d’Honneur ».

Honneur à vie. Honneur à perpétuité. Une sorte d’honoris causa perpétuel distribué comme des bonbons à la sortie de l’école pour calmer les grands anxieux de la reconnaissance. Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit, non ?

Quelle est donc cette étrange maladie qui pousse certains d’entre nous à avoir besoin de rester sur la première marche du podium jusqu’à ce que leurs genoux craquent et que leur colonne vertébrale ressemble à un point d’interrogation ?

N’ayons pas peur des mots (ni des maux) : c’est une pathologie.

Un artiste normal fait son spectacle, le public applaudit, il dit merci et il rentre chez lui.
Un artiste maçon, lui, veut qu’on lui renouvelle son mandat, qu’on lui refasse une standing ovation tous les ans, qu’on lui grave son nom sur une plaque en laiton et qu’on lui donne un titre à rallonge jusqu’à la fin des temps. Sinon il fait la gueule. Sinon il boude. Sinon il devient… aigri. Bref, c’est une drogue.

Une dose de reconnaissance tous les matins, tous les midis, tous les soirs. Et si on la lui retire, il fait un manque terrible. Il devient méchant. Il devient petit. Il devient… humain. Terriblement humain. Et le plus beau dans l’histoire, c’est qu’il n’est pas tout seul, le drogué. Il a son public.

Un public complice. Un public qui adore se faire dominer par son gourou. Un public qui préfère garder le même Vénérable pendant douze ans plutôt que de prendre le risque d’avoir quelqu’un de neuf qui pourrait… oser… changer quelque chose.

Les Loges, les Obédiences, les Instituts, les Fondations… tous ces endroits où l’on garde le même gourou pendant des lustres, où l’on se refile le sceptre comme une patate chaude radioactive, ne seraient-ils pas, eux aussi, un peu malades ?

Enfin… j’dis ça, j’dis rien. Mais entre nous, Frères et Sœurs : si un jour on arrive à guérir la cratophilie maçonnique, on aura fait un sacré progrès.

En attendant, je vous laisse avec cette pensée réconfortante : le seul endroit où l’on est vraiment tous égaux… c’est devant le Grand Architecte. Et encore, il doit bien se marrer parfois en nous regardant. Que la Chaîne d’Union tienne bon… même quand certains la prennent pour un trône.

Votre Vénérable,
Toujours aussi peu impressionné par les couronnes en toc.

4 Commentaires

  1. Regardez les 3 derniers G M du GO … tous du même bord, toute façon ça sera très dur de faire changer les idées ! Surtout quand on ose vous dire pour qui faut Surtout pas voter.

  2. Hello
    Quand j’ai été nommée Vénérable Maître de la loge Denderah à Marseille à l’AMORC🌹il y a plus de 30 ans je n’ai pu rester en place car j’étais enceinte et en fin de grossesse …Mon bébé le 3 éme enfant est parti à l’Orient à 5 mois dans mes bras à cause d’une malformation cardiaque gravissime.OK 20 ans plus tard me voici Franc-Maçonne et j’ai progressé sur les plateaux….et me voici couvreur
    Heureusement j’ai 2 filles et 2 petites filles.
    Et je pense et je travaille pour la fraternité universelle🌹

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Alexandre Jones
Alexandre Jones
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.

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