lun 27 mai 2024 - 15:05

Lieu symbolique : Le Panthéon et les francs-maçons

À Paris, au cœur du quartier latin, l’église Sainte-Geneviève, devenue au gré des bouleversements politiques, le Panthéon, temple de la raison, des grands hommes et grandes femmes de la nation fut bâti par un jeune architecte alors peu connu Jacques-Germain Soufflot. Il espère rivaliser avec Saint-Pierre de Rome et Saint-Paul à Londres !

Pour l’église Sainte-Geneviève, il opte pour un plan en croix grecque, surplombé d’une triple coupole.

La structure du bâtiment, son ambition et le choix des matériaux, lui valent autant d’éloges que de critiques. Malheureusement, il décèdera avant la fin de l’édification du monument. Son collaborateur, Maximilien Brébion et son élève, Jean-Baptiste Rondelet, franc-maçon initié à la RL Sainte Sophie (Paris ; 1785-1786), prennent le relais jusqu’à la fin du chantier, en 1790. De 1790 à 1889, (date de la construction de la Tour Eiffel) le Panthéon fut le plus haut point de Paris !

La crypte.

Le Panthéon, Église ou temple laïc ?

Édifié comme sanctuaire à la gloire de la patronne de Paris, l’édifice connait un premier tournant dès la Révolution. Alors que l’église est à peine achevée, le bâtiment devient, suite à la disparition de Mirabeau en 1791, une nécropole nationale réservée au culte des hommes illustres.

Voltaire et Rousseau font leur entrée au Panthéon respectivement en 1791 et en 1794. Peu de temps après, en 1806, Napoléon Bonaparte restitue l’édifice à l’église catholique, mais conserve la crypte pour y inhumer les dignitaires d’Empire.

Le fronton

En 1815, sous la Restauration , le monument redevient, dans son intégralité, une église, avant de reprendre sa fonction de Panthéon en 1830, sous la Monarchie de Juillet.

Dénommé Temple de l’humanité en 1848, sous la Deuxième République, l’édifice redevient une église à l’avènement du Second Empire, en décembre 1851.

Il faudra attendre les funérailles de Victor Hugo, en 1885, sous la Troisième République, pour que le monument garde définitivement son rôle de Panthéon.

Jean Zay.

Le Panthéon et les francs-maçons

À ce jour, la liste des personnes transférées au Panthéon présente les 81 personnalités (75 hommes et 6 femmes) dont un peu moins de 40 francs-maçons…

Pierre Brossolette.

Parmi les derniers entrés au panthéon, citons Pierre Brossolette et Jean Zay, tous deux dans le caveau n° 9. Mais aussi Freda Josephine McDonald, dite Joséphine Baker (1906-1975), initiée le 6 mars 1960 à la Grande Loge Féminine de France.

Citons entre autres :

Pierre-Jean-Georges Cabanis, Antoine-César de Choiseul-Praslin, Louis-Antoine de Bougainville, Jean-Étienne-Marie Portalis, l’abbé Grégoire, Gaspard Monge…

Rappelons aussi que, malgré une légende fort répandue, Jean Moulin ne fut jamais franc-maçon. Nous souhaitons revenir brièvement sur l’histoire et la vie maçonnique de quatre d’entre eux, dont quatre loges du Grand Orient de France, la plus ancienne obédience française et la plus importante d’Europe continentale, portent le titre distinctif :

Félix Éboué (1884-1944)

Le gouverneur général Félix Éboué a passé toute sa carrière dans l’Empire colonial français, entre les Antilles et l’Afrique subsaharienne. Administrateur de proximité, allant au-devant de ses administrés, les respectant, essayant toujours de les comprendre, médiateur et républicain au plus profond de lui-même, il a souvent été écarté par des intrigues de bas étage. Il a payé son indépendance d’esprit, mais aussi son engagement dans les rangs du socialisme et dans la franc-maçonnerie qu’il ne cachait pas.

Nommé gouverneur du Tchad début 1939, une voie de garage à ses yeux, il entre vivant dans l’Histoire en août 1940 : refusant la soumission, il se rallie au général de Gaulle et devient un homme-clé de la France libre dans l’Empire colonial, organisateur sans faille qui sait mobiliser les énergies.

Il décède épuisé au Caire le 17 mai 1944, quelques semaines après la célèbre conférence de Brazzaville, sans avoir connu la libération de la France. En 1949, la République honore ce descendant d’esclave en le faisant entrer au Panthéon en même temps que Victor Schoelcher.

Félix Éboué a été initié au sein de la Loge « La France équinoxiale » de la Grande Loge de France, à l’Orient de Cayenne, le 13 juillet 1922. Passé Compagnon le 1er février 1927 puis, le 26 mars 1927, élevé Maître Maçon, il s’affilie par la suite à la Loge martiniquaise de la GLDF « Les disciples de Pythagore ».

Pour mémoire, son épouse Eugénie Tell, ancienne sénatrice de Guadeloupe, est initiée au Droit Humain. Il serait logique qu’elle puisse le rejoindre au Panthéon.

Léon Gambetta (1838-1882)

Léon Gambetta est le père fondateur de la IIIe République. Député républicain, auteur du programme radical de Belleville en avril 1869, où il y demandait entre autres, l’école gratuite, laïque et obligatoire, la liberté de la presse, le suffrage universel. Chef de l’Union Républicaine, il défendit la République contre la restauration monarchique et prononça un discours en 1871 pour les valeurs démocratiques.

Urne contenant le cœur de Léon Gambetta.

Après son décès, Léon Gambetta devient le symbole du patriotisme républicain. Le 11 novembre 1920, jour où fût inhumé le soldat inconnu, le cœur de Gambetta a été transféré au Panthéon.

Il a été initié à la loge « La Réforme » du GODF, à l’Orient de Marseille, en mai 1869, l’année où il fut élu député.

Victor Schoelcher (1804-1893)

Victor Schœlcher , journaliste et homme politique, est connu pour avoir agi en faveur de l’abolition définitive de l’esclavage en France, via le décret d’abolition, signé par le gouvernement provisoire de la Deuxième République le 27 avril 1848. Il est également élu député de la Martinique puis de la Guadeloupe. Un grand défenseur des principes maçonniques et de la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Il appartint, avant 1848, à la Loge « Les Amis de la Vérité » où il avait été initié et à La Clémentine Amitié » ; après l’exil, il fréquenta « La Renaissance par les Émules d’Hiram ». Toutes à l’Orient de Paris.

François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778)

Né le 21 novembre 1694, sa vie fût un combat contre le fanatisme et l’intolérance. C’est un philosophe emblématique de l’humanisme des Lumières. Il est le précurseur du revenu Citoyen.

Au soir de sa vie, il reçoit la lumière au sein de la Loge « Les Neuf Sœurs ». À une époque où nos valeurs républicaines sont, encore et toujours, plus violemment attaquées, la référence à Voltaire qui, au XVIIIe siècle, s’est battu pour la liberté d’expression, est quasi systématique. Toutefois, il est attribué à Voltaire, véritable philosophe de la tolérance, des mots qu’il n’a jamais écrits ni prononcés.

On connaît cette fameuse phrase soi-disant écrite le 6 février 1770 à l’abbé Le Riche : « Monsieur l’abbé, je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez continuer à écrire ». Si l’existence de cette missive est avérée, la phrase n’y figure pas, ni même l’idée ! Apocryphe, donc…

Sources : Fichier Bossu ; Site GODF ; Photos © Yonnel Ghernaouti, YG ; Wikipédia

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du Compagnon de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC) Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire, membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France (IMF) et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (Musée de France), il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour plusieurs revues obédientielles dont « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France et « Perspectives » de la Fédération française de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain ou encore « Le Compagnonnage » de l’UC. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en a été le commissaire général. En 2023, il est fait membre d'honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d'Épinal (IM&EE).

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

Abonnez-vous à la Newsletter

DERNIERS ARTICLES