Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?

Le Rite écossais rectifié (RER), aussi appelé Régime écossais rectifié, est un système maçonnique puis chevaleresque d’essence chrétienne. Il naît à Lyon dans les années 1770, de la réforme de la Stricte observance templière conduite par Jean-Baptiste Willermoz, et prend forme aux convents des Gaules (1778) et de Wilhelmsbad (1782). Il s’organise en loges de Saint-Jean, loges de Saint-André, Ordre intérieur des Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte et, selon les structures, une classe secrète. Il est pratiqué aujourd’hui en Suisse, en France, en Belgique et sur le continent américain, par de nombreuses obédiences et Grands Prieurés.
Le RER se rattache à la famille des rites dits « des Modernes ». Il est issu des travaux menés dans les années 1770 au sein de la Stricte observance templière, système allemand qui revendiquait une filiation avec l’ordre du Temple. Les maçons lyonnais réunis autour de Jean-Baptiste Willermoz entreprennent de « rectifier » ce régime : ils conservent son organisation en provinces et sa chevalerie, mais abandonnent la prétention à une descendance templière historique. Le convent des Gaules, tenu à Lyon en 1778, élabore le Code de Lyon et réforme le code des Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte (CBCS).
Le convent de Wilhelmsbad (1782), présidé par le duc Ferdinand de Brunswick, réunit trente-six maçons européens après une série de convents préparatoires, dont ceux de Kohlo (1772) et de Brunswick (1775). Il redessine la carte de l’ordre en neuf provinces dirigées chacune par un Grand Prieuré et décide la rédaction des rituels des trois premiers grades et l’articulation du quatrième. Le convent général prévu pour valider ces travaux ne se réunit jamais, la Révolution française ayant interrompu le processus.
La figure centrale est Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), négociant lyonnais, secrétaire francophone du convent de Wilhelmsbad et chargé de finaliser les rituels. Membre de l’ordre des Élus coëns de Martinès de Pasqually, il fait passer dans le rite une part de la doctrine de la réintégration, combinée à des apports de la Stricte observance, de l’écossisme, de la maçonnerie bleue française et de rituels suédois, hollandais et allemands.
Les textes de référence sont le Code de Lyon, le Code de Wilhelmsbad, le Code général des CBCS et une règle maçonnique dite « en neuf points ». Les rituels ont connu quatre états successifs : 1782, 1788, 1808 (lors de la rectification de la loge Le Centre des Amis à Lyon) et vers 1820, date de la dernière révision de Willermoz. Les structures actuelles pratiquent l’un de ces ensembles ou une version adaptée.
Le rite s’articule en quatre étages, dont le dernier n’est pas pratiqué partout :
- Loges de Saint-Jean (loges bleues) : Apprenti, Compagnon, Maître
- Loges de Saint-André (loges vertes) : Maître écossais de Saint-André
- Ordre intérieur : Écuyer novice, puis Chevalier bienfaisant de la Cité sainte (CBCS)
- Classe secrète : Profès et Grand Profès
Le grade de Maître écossais de Saint-André fait la jonction entre la maçonnerie symbolique et l’Ordre intérieur, de caractère chevaleresque. Les provinces prévues à Wilhelmsbad portaient des noms historiques (Basse-Allemagne, Auvergne, Occitanie, Bourgogne, etc.), encore repris par certains Grands Prieurés.
Le RER se présente comme un rite chrétien. Selon les structures, la référence va d’une adhésion stricte aux dogmes conciliaires à une simple référence à la Trinité, à l’Incarnation et à la double nature du « Divin Réparateur ». Certains auteurs parlent d’un christianisme « transcendant » ou « primitif », compris comme un chemin d’éveil intérieur. L’empreinte de la doctrine coën de la chute et de la réintégration de l’homme y reste sensible, tout comme l’idéal chevaleresque de bienfaisance.
Après une longue éclipse en France au XIXe siècle, le rite survit en Suisse, où le Grand Prieuré indépendant d’Helvétie, actif depuis 1779, conserve la tradition. En 1910, il transmet à Camille Savoire et Édouard de Ribaucourt rituels et patentes ; la loge Le Centre des Amis est réveillée à Paris en 1911 au sein du Grand Orient de France. Le 23 mars 1935, Savoire fonde le Grand Directoire des Gaules, souvent appelé Grand Prieuré des Gaules, lié de 1958 à 2000 à la Grande Loge nationale française comme instance des hauts grades du rite.
Le RER est aujourd’hui pratiqué par la plupart des obédiences françaises et par de nombreuses juridictions indépendantes : Grand Prieuré des Gaules, Grand Prieuré de France, Grand Prieuré indépendant des Gaules, Grand Prieuré rectifié de France, Grand Prieuré féminin de France, Directoire national rectifié de France – Grand Directoire des Gaules, entre autres. On le trouve aussi en Belgique (Grande Loge régulière de Belgique), au Canada (Grand Prieuré du Franc-Canada, 2019), et parfois en mixité ou au féminin.
Le RER français s’est fragmenté en plus d’une quinzaine de structures, divisées sur les rituels, leur interprétation et l’administration ; plusieurs « provinces » homonymes coexistent sans toujours se reconnaître. Une charte commune a été signée à Avignon par quelques Grands Prieurés. L’obligation d’être fidèle à la religion chrétienne n’est plus exigée dans les obédiences adogmatiques et libérales, ce qui alimente le débat sur l’identité du rite. La transmission de la classe secrète, conservée à Genève après 1830, fait elle aussi l’objet de discussions : Pierre Noël, dans Renaissance traditionnelle (n° 168), a montré que la « grande profession » revendiquée au XXe siècle par Robert Ambelain différait de celle instituée par Willermoz.
- La Franc-Maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècles, René Le Forestier, 1929 (rééd. Archè, 2003)
- Les chevaliers aux portes du Temple. Aux origines du rite écossais rectifié, Jean Saunier, Ivoire-clair, 2005
- Création et histoire du rite écossais rectifié, Jean Ursin, Dervy, 1994
- Principes et problèmes spirituels du Rite écossais rectifié et de sa chevalerie templière, Jean Tourniac, Dervy, 1990
- La franc-maçonnerie à la lumière du Verbe : le Régime écossais rectifié, Jean-François Var, Dervy, 2013
- La franc-maçonnerie chrétienne, Paul Naudon, Dervy, 1970
- Aux sources du Régime écossais rectifié, André Kervella, La Pierre Philosophale, 2017
Né de la volonté lyonnaise de réformer la Stricte observance, le Rite écossais rectifié est l’un des rares systèmes maçonniques dont l’architecture a été pensée d’un seul tenant, des loges bleues à la chevalerie. Sa référence chrétienne et l’héritage de Willermoz en font un rite à part, aujourd’hui très répandu mais aussi très morcelé, dont l’histoire illustre la tension permanente entre fidélité aux textes fondateurs et adaptation aux obédiences contemporaines.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Robert Ambelain (Auteur), André Kervella (Auteur), René Le Forestier (Auteur), Paul Naudon (historien), Pierre Noël (Auteur), Jean Saunier (Auteur), Camille Savoire (Personnalité), Jean Tourniac (Auteur).



Le Rite écossais rectifié (RER), aussi appelé Régime écossais rectifié, est un système maçonnique puis chevaleresque d’essence chrétienne. Il naît à Lyon dans les années 1770, de la réforme de la Stricte observance templière conduite par Jean-Baptiste Willermoz, et prend forme aux convents des Gaules (1778) et de Wilhelmsbad (1782). Il s’organise en loges de Saint-Jean, loges de Saint-André, Ordre intérieur des Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte et, selon les structures, une classe secrète. Il est pratiqué aujourd’hui en Suisse, en France, en Belgique et sur le continent américain, par de nombreuses obédiences et Grands Prieurés.
Le RER se rattache à la famille des rites dits « des Modernes ». Il est issu des travaux menés dans les années 1770 au sein de la Stricte observance templière, système allemand qui revendiquait une filiation avec l’ordre du Temple. Les maçons lyonnais réunis autour de Jean-Baptiste Willermoz entreprennent de « rectifier » ce régime : ils conservent son organisation en provinces et sa chevalerie, mais abandonnent la prétention à une descendance templière historique. Le convent des Gaules, tenu à Lyon en 1778, élabore le Code de Lyon et réforme le code des Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte (CBCS).
Le convent de Wilhelmsbad (1782), présidé par le duc Ferdinand de Brunswick, réunit trente-six maçons européens après une série de convents préparatoires, dont ceux de Kohlo (1772) et de Brunswick (1775). Il redessine la carte de l’ordre en neuf provinces dirigées chacune par un Grand Prieuré et décide la rédaction des rituels des trois premiers grades et l’articulation du quatrième. Le convent général prévu pour valider ces travaux ne se réunit jamais, la Révolution française ayant interrompu le processus.
La figure centrale est Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), négociant lyonnais, secrétaire francophone du convent de Wilhelmsbad et chargé de finaliser les rituels. Membre de l’ordre des Élus coëns de Martinès de Pasqually, il fait passer dans le rite une part de la doctrine de la réintégration, combinée à des apports de la Stricte observance, de l’écossisme, de la maçonnerie bleue française et de rituels suédois, hollandais et allemands.
Les textes de référence sont le Code de Lyon, le Code de Wilhelmsbad, le Code général des CBCS et une règle maçonnique dite « en neuf points ». Les rituels ont connu quatre états successifs : 1782, 1788, 1808 (lors de la rectification de la loge Le Centre des Amis à Lyon) et vers 1820, date de la dernière révision de Willermoz. Les structures actuelles pratiquent l’un de ces ensembles ou une version adaptée.
Le rite s’articule en quatre étages, dont le dernier n’est pas pratiqué partout :
- Loges de Saint-Jean (loges bleues) : Apprenti, Compagnon, Maître
- Loges de Saint-André (loges vertes) : Maître écossais de Saint-André
- Ordre intérieur : Écuyer novice, puis Chevalier bienfaisant de la Cité sainte (CBCS)
- Classe secrète : Profès et Grand Profès
Le grade de Maître écossais de Saint-André fait la jonction entre la maçonnerie symbolique et l’Ordre intérieur, de caractère chevaleresque. Les provinces prévues à Wilhelmsbad portaient des noms historiques (Basse-Allemagne, Auvergne, Occitanie, Bourgogne, etc.), encore repris par certains Grands Prieurés.
Le RER se présente comme un rite chrétien. Selon les structures, la référence va d’une adhésion stricte aux dogmes conciliaires à une simple référence à la Trinité, à l’Incarnation et à la double nature du « Divin Réparateur ». Certains auteurs parlent d’un christianisme « transcendant » ou « primitif », compris comme un chemin d’éveil intérieur. L’empreinte de la doctrine coën de la chute et de la réintégration de l’homme y reste sensible, tout comme l’idéal chevaleresque de bienfaisance.
Après une longue éclipse en France au XIXe siècle, le rite survit en Suisse, où le Grand Prieuré indépendant d’Helvétie, actif depuis 1779, conserve la tradition. En 1910, il transmet à Camille Savoire et Édouard de Ribaucourt rituels et patentes ; la loge Le Centre des Amis est réveillée à Paris en 1911 au sein du Grand Orient de France. Le 23 mars 1935, Savoire fonde le Grand Directoire des Gaules, souvent appelé Grand Prieuré des Gaules, lié de 1958 à 2000 à la Grande Loge nationale française comme instance des hauts grades du rite.
Le RER est aujourd’hui pratiqué par la plupart des obédiences françaises et par de nombreuses juridictions indépendantes : Grand Prieuré des Gaules, Grand Prieuré de France, Grand Prieuré indépendant des Gaules, Grand Prieuré rectifié de France, Grand Prieuré féminin de France, Directoire national rectifié de France – Grand Directoire des Gaules, entre autres. On le trouve aussi en Belgique (Grande Loge régulière de Belgique), au Canada (Grand Prieuré du Franc-Canada, 2019), et parfois en mixité ou au féminin.
Le RER français s’est fragmenté en plus d’une quinzaine de structures, divisées sur les rituels, leur interprétation et l’administration ; plusieurs « provinces » homonymes coexistent sans toujours se reconnaître. Une charte commune a été signée à Avignon par quelques Grands Prieurés. L’obligation d’être fidèle à la religion chrétienne n’est plus exigée dans les obédiences adogmatiques et libérales, ce qui alimente le débat sur l’identité du rite. La transmission de la classe secrète, conservée à Genève après 1830, fait elle aussi l’objet de discussions : Pierre Noël, dans Renaissance traditionnelle (n° 168), a montré que la « grande profession » revendiquée au XXe siècle par Robert Ambelain différait de celle instituée par Willermoz.
- La Franc-Maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècles, René Le Forestier, 1929 (rééd. Archè, 2003)
- Les chevaliers aux portes du Temple. Aux origines du rite écossais rectifié, Jean Saunier, Ivoire-clair, 2005
- Création et histoire du rite écossais rectifié, Jean Ursin, Dervy, 1994
- Principes et problèmes spirituels du Rite écossais rectifié et de sa chevalerie templière, Jean Tourniac, Dervy, 1990
- La franc-maçonnerie à la lumière du Verbe : le Régime écossais rectifié, Jean-François Var, Dervy, 2013
- La franc-maçonnerie chrétienne, Paul Naudon, Dervy, 1970
- Aux sources du Régime écossais rectifié, André Kervella, La Pierre Philosophale, 2017
Né de la volonté lyonnaise de réformer la Stricte observance, le Rite écossais rectifié est l’un des rares systèmes maçonniques dont l’architecture a été pensée d’un seul tenant, des loges bleues à la chevalerie. Sa référence chrétienne et l’héritage de Willermoz en font un rite à part, aujourd’hui très répandu mais aussi très morcelé, dont l’histoire illustre la tension permanente entre fidélité aux textes fondateurs et adaptation aux obédiences contemporaines.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Robert Ambelain (Auteur), André Kervella (Auteur), René Le Forestier (Auteur), Paul Naudon (historien), Pierre Noël (Auteur), Jean Saunier (Auteur), Camille Savoire (Personnalité), Jean Tourniac (Auteur).

