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Né en 1868 et mort en 1951, René Le Forestier est un historien français spécialiste des rapports entre franc-maçonnerie et occultisme, en France et en Allemagne. Sans jamais avoir été initié, il s’est imposé comme l’un des meilleurs connaisseurs des systèmes maçonniques du XVIIIe siècle. Sa thèse sur Les Illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie allemande et sa somme posthume, La Franc-maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècles, restent des références.
Un savant resté profane

Les éléments biographiques sur René Le Forestier, né le 22 janvier 1868 et mort le 8 novembre 1951, sont peu nombreux. Ce que l’on retient de lui tient dans son œuvre : celle d’un érudit qui, sans avoir jamais adhéré à la franc-maçonnerie, est devenu de son vivant un connaisseur reconnu de la maçonnologie et de l’occultisme.
Cette position extérieure fait sa force : ni apologiste ni adversaire, il aborde les rites, les grades et les légendes en historien, à partir des archives et des imprimés.
Les Illuminés de Bavière
Sa thèse de doctorat, soutenue devant la Faculté des lettres de l’Université de Paris et publiée en 1914, est consacrée aux Illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie allemande. Il y reconstitue l’histoire de l’ordre fondé en 1776 par Adam Weishaupt, ses ambitions, son recrutement dans les loges allemandes et sa dissolution.
Le livre fait un sort aux fantasmes complotistes qui entouraient les Illuminati depuis la Révolution française, tout en attirant l’attention des chercheurs sur la Stricte Observance templière, le système maçonnique chevaleresque qui domine alors l’Allemagne. Il a été plusieurs fois réédité.
Des Élus Coëns aux hauts grades écossais
En 1928, Le Forestier publie deux études importantes. La Franc-maçonnerie occultiste au XVIIIe siècle et l’Ordre des Élus Coëns est consacrée au système théurgique de Martinès de Pasqually, dont sont issus Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz. L’Occultisme et la franc-maçonnerie écossaise (Perrin) explore les hauts grades et leurs emprunts à l’hermétisme.
Il s’intéresse aussi à la maçonnerie féminine et aux loges d’adoption, ainsi qu’aux grades dévoilés au XVIIIe siècle, comme dans sa réédition des Plus secrets mystères des hauts grades de la maçonnerie dévoilés.
Une somme posthume

Son grand œuvre paraît dix-neuf ans après sa mort : La Franc-maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècles, publiée en 1970 chez Aubier-Montaigne et Nauwelaerts par Antoine Faivre, avec une introduction d’Alec Mellor. Plus de mille pages y retracent l’histoire de la Stricte Observance, du convent de Wilhelmsbad et du Régime rectifié.
Antoine Faivre a également édité L’Occultisme en France aux XIXe et XXe siècles. L’Église gnostique (Archè, 1990), autre inédit de l’historien.
Principaux ouvrages
- Les Illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie allemande, thèse, Paris, 1914
- L’Occultisme et la franc-maçonnerie écossaise, Perrin, 1928
- La Franc-maçonnerie occultiste au XVIIIe siècle et l’Ordre des Élus Coëns, 1928
- La Franc-maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècles, Aubier-Montaigne / Nauwelaerts, 1970 (posthume)
- Maçonnerie féminine et loges académiques, Archè, 1979 (posthume)
- L’Occultisme en France aux XIXe et XXe siècles. L’Église gnostique, Archè, 1990 (posthume)
Le fondateur de l’histoire savante des rites
René Le Forestier a posé les fondations d’une histoire rigoureuse des systèmes maçonniques du XVIIIe siècle. Avant lui, l’histoire des hauts grades, des Élus Coëns ou de la Stricte Observance oscillait entre légende et polémique ; avec lui, elle devient un objet de recherche documenté. Les historiens de l’ésotérisme occidental, Antoine Faivre en tête, se sont réclamés de son travail, et aucun chercheur s’intéressant au Rite écossais rectifié, au martinisme ou aux Illuminati ne peut faire l’économie de ses livres.
À lire sur 450.fm : La franc-maçonnerie et les Illuminati.
Voir aussi dans le glossaire : Hauts Grades Supérieurs au troisième degré.

