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Les orthodoxies religieuses, entendues au sens large comme systèmes attachés à la conservation stricte d’une vérité doctrinale, entretiennent souvent une relation difficile avec la franc-maçonnerie. L’initiation maçonnique, parce qu’elle travaille par symboles, par degrés, par pluralité d’interprétations et par liberté de conscience, peut être perçue comme une menace par les institutions ou les courants qui entendent définir de manière exclusive la vérité, le salut et l’appartenance.
Une tension partagée

Cette tension ne concerne pas une seule religion.
Elle peut apparaître dans certains milieux catholiques, orthodoxes, évangéliques, musulmans ou autres, chaque fois que le Temple est compris comme une concurrence spirituelle, une voie parallèle, une pseudo-religion ou une école de relativisme. Le soupçon religieux ne supporte pas que des hommes de convictions différentes puissent se réunir sans réduire leurs différences à une confession unique. La pluralité devient danger. Le symbole devient ambiguïté. Le secret devient menace. La liberté de conscience devient insoumission.
Il faut pourtant éviter toute généralisation abusive. Les traditions religieuses sont diverses. Elles ne parlent pas d’une seule voix. Elles connaissent des courants spirituels, mystiques, intellectuels, institutionnels, conservateurs, libéraux, contemplatifs, réformateurs ou intransigeants. Des croyants de nombreuses confessions ont été ou sont francs-maçons. Des dialogues existent. Des lectures spirituelles de l’initiation peuvent entrer en résonance avec des fidélités religieuses personnelles. L’histoire est plus complexe que l’opposition simpliste entre religion et maçonnerie.
Quand naît l’antimaçonnisme
L’antimaçonnisme commence lorsque l’orthodoxie devient incapacité à reconnaître l’autre comme conscience libre. Il ne suffit plus alors de dire que la franc-maçonnerie est incompatible avec telle doctrine, ce qui relève du droit interne d’une tradition religieuse. On affirme qu’elle serait dangereuse en soi, corruptrice, démoniaque, relativiste, ennemie de Dieu ou destructrice de la communauté. La différence doctrinale devient soupçon global. Le désaccord devient diabolisation.
La franc-maçonnerie dérange certaines orthodoxies parce qu’elle ne fonde pas son travail sur une confession unique. Elle peut accueillir des croyants différents, des hommes attachés à des traditions spirituelles diverses, des déistes, des agnostiques, des humanistes, selon les obédiences et les rites. Cette pluralité n’est pas toujours comprise comme hospitalité symbolique. Elle peut être interprétée comme indifférentisme, relativisme ou confusion des vérités.
La question du serment

La question du serment aggrave encore cette tension. Pour certaines autorités religieuses, le fait qu’un croyant prête serment dans un cadre non ecclésial, rituel et fraternel peut sembler problématique. La question du secret ajoute une inquiétude. Que promet-il ? À qui se lie-t-il ? Quelle parole reçoit-il ? Quelle autorité reconnaît-il ?
L’antimaçonnisme transforme ces questions en verdicts. Il ne cherche plus à comprendre. Il déclare que le serment maçonnique concurrence l’obéissance religieuse.
La réponse maçonnique
La réponse maçonnique n’est pas d’opposer une orthodoxie maçonnique à une orthodoxie religieuse. Elle est de rappeler que l’initiation n’est pas une Église concurrente. Elle ne dispense pas de la foi celui qui croit. Elle ne donne pas un dogme de remplacement. Elle ne distribue pas des sacrements. Elle ne prétend pas sauver les âmes à la place des religions. Elle propose un travail symbolique, moral et initiatique.
Le problème surgit lorsque le symbole est interprété comme un sacrement rival et la liberté intérieure comme une désobéissance. Le Temple devient alors, dans le regard soupçonneux, une contre-église. Le Grand Architecte de l’Univers devient une divinité concurrente. La chaîne d’union devient une communion suspecte. Le secret initiatique devient une doctrine cachée. Chaque élément symbolique est lu à travers une grille religieuse de concurrence.
Une lecture plus juste permet de distinguer. Un symbole n’est pas nécessairement un dogme. Un rite initiatique n’est pas nécessairement un sacrement. Une fraternité spirituelle n’est pas nécessairement une Église. Une liberté de conscience n’est pas nécessairement une révolte contre Dieu. Un espace de recherche n’est pas nécessairement une négation de la vérité.
Une tension à regarder sérieusement
Il reste que la tension existe. Elle doit être regardée avec sérieux. Certaines conceptions religieuses ne peuvent accepter la franc-maçonnerie sans contradiction interne. Certaines formes de maçonnerie ne peuvent se reconnaître dans une orthodoxie fermée. Mais la tension n’autorise pas la calomnie. Elle appelle la clarté. Distinguer incompatibilité doctrinale et légende noire, discipline religieuse et persécution symbolique, fidélité confessionnelle et haine de la liberté de conscience.
Dans une perspective initiatique, la vérité ne se défend pas par la peur. Elle demande droiture, patience, fidélité et discernement. Une orthodoxie peut être respectable lorsqu’elle garde une tradition avec exigence. Elle devient antimaçonnique lorsqu’elle ne sait plus voir dans l’autre qu’une menace. De même, la franc-maçonnerie doit respecter les cohérences religieuses sans renoncer à défendre la liberté intérieure. Nul ne peut tailler la pierre d’un autre à sa place.
Voir aussi : Antimaçonnisme religieux, Catholicisme et franc-maçonnerie, Évangélismes et antimaçonnisme, Islam politique et antimaçonnisme, Liberté de conscience, Pape et franc-maçonnerie, Fatwas antimaçonniques.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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