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Le 7 juillet 1907, au col de la Schlucht, dans les Vosges, où passe alors la frontière entre la France et l’Alsace annexée, près de 400 francs-maçons venus surtout de France et d’Allemagne se retrouvent pour une réunion fraternelle. Organisée par Charles Bernardin, vénérable de la loge Saint-Jean de Jérusalem de Nancy, et par Riess, vénérable de la loge Zur Treue de Colmar, cette rencontre est la première d’une série de manifestations maçonniques pour la paix qui se tiendront chaque année jusqu’en 1913. Trente-six ans après 1871, des maçons des deux pays affirment publiquement leur fraternité.
Date : 7 juillet 1907
Lieu : Col de la Schlucht, Vosges (frontière franco-allemande de 1871-1918)
Une frontière au sommet des Vosges

Depuis le traité de Francfort de 1871, l’Alsace et une partie de la Lorraine appartiennent à l’Empire allemand. La nouvelle frontière suit la crête des Vosges et passe précisément au col de la Schlucht, où douaniers et drapeaux des deux pays se font face, comme le montrent les cartes postales de l’époque. Le lieu a donc une forte charge symbolique : se réunir là, c’est se rencontrer littéralement à la limite des deux nations.
Les loges d’Alsace-Moselle, dont beaucoup relevaient du Grand Orient de France, ont dû choisir après 1871 entre l’exil et le rattachement aux obédiences allemandes. Les relations entre maçonneries française et allemande sont restées très froides, d’autant que le courant prussien, majoritaire outre-Rhin, réprouve la laïcisation du Grand Orient.
Les prémices du rapprochement
Les premiers contacts se nouent dès 1904, par l’intermédiaire de loges luxembourgeoises et belges. Charles Bernardin doit vaincre les réticences d’une partie des maçons nancéiens. En 1906, une réunion informelle pour la paix rassemble à Colmar environ 200 maçons allemands, 60 suisses et 120 français, tandis que s’établissent des relations entre la Grande Loge de France et des obédiences allemandes. L’idée d’une grande rencontre publique prend forme.
La journée du 7 juillet 1907
Le 7 juillet 1907, près de 400 frères de plusieurs nationalités, surtout français et allemands, gagnent le col. Les organisateurs sont Charles Bernardin pour la France et Riess, vénérable de Zur Treue à Colmar, pour l’Alsace. Le comité est improvisé et les obédiences, en tant que telles, n’y participent pas : c’est une initiative de loges et de frères. Bernardin propose de renouveler la rencontre chaque année, et les participants s’y engagent. Un compte rendu est publié à Colmar la même année sous le titre Réunion fraternelle au col de la Schlucht.
L’historien de la loge de Nancy, Chevallier, résume la suite d’une formule : « le serment de la Schlucht fut tenu ».
Les acteurs

Né à Plombières-les-Bains, ancien notaire devenu juge de paix à Pont-à-Mousson en 1902, Charles Bernardin (1860-1939) est vénérable de Saint-Jean de Jérusalem de Nancy de 1905 à 1920 et membre du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France à partir de 1898. Dreyfusard, anticlérical, il présidera jusqu’à sa mort le comité d’organisation des manifestations maçonniques internationales. À ses côtés, l’Allemand Heinrich Kraft (1867-avant 1928), professeur à Strasbourg et vénérable de la loge An Erwins Dom, est l’autre cheville ouvrière du mouvement.
Portée et postérité
La Schlucht ouvre une série : Bâle en 1908, Baden-Baden en 1909, Paris en 1911, Luxembourg en 1912, La Haye en 1913 ; la rencontre prévue à Francfort en 1914 est annulée par la guerre. À partir de 1925, Bernardin relance ces rencontres, à Bâle, Verdun, Mannheim, Besançon ou Fribourg-en-Brisgau. Le 24 juin 1909, la loge Zur Treue de Colmar fera d’ailleurs de Bernardin un membre d’honneur. La rencontre de la Schlucht reste l’un des premiers gestes publics de réconciliation franco-allemande portés par la société civile.
Repères chronologiques
- 1871 : annexion de l’Alsace-Moselle ; la frontière passe au col de la Schlucht.
- 1904 : premiers contacts maçonniques franco-allemands via le Luxembourg et la Belgique.
- 1906 : réunion maçonnique pour la paix à Colmar.
- 7 juillet 1907 : rencontre du col de la Schlucht.
- 5 juillet 1908 : deuxième rencontre, à Bâle.
- 3-5 juillet 1909 : troisième rencontre, à Baden-Baden.
- 1914 : la rencontre prévue à Francfort est annulée.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Loge Mère, Élection de Portalis comme vénérable de L’Étroite Persévérance des Amis Réunis à Aix, 1768 (date historique), Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Fraternité, Charles Bernardin (Personnalité).

