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Le 5 juillet 1908, à Bâle, des francs-maçons français, allemands et suisses se retrouvent pour la deuxième de leurs rencontres annuelles pour la paix. Un an après le col de la Schlucht, le rendez-vous quitte la frontière vosgienne pour la Suisse, terre neutre située au point de rencontre de la France et de l’Allemagne, et siège depuis 1903 du Bureau international de relations maçonniques. Malgré la méfiance des obédiences françaises comme des grandes loges prussiennes, les organisateurs, Charles Bernardin et Heinrich Kraft en tête, tiennent l’engagement pris en 1907 : se revoir chaque année.
Date : 5 juillet 1908
Lieu : Bâle, Suisse
Tenir la promesse de la Schlucht

Le 7 juillet 1907, près de 400 maçons réunis au col de la Schlucht avaient décidé, à la proposition du Nancéien Charles Bernardin, de renouveler leur rencontre tous les ans. La réunion de Bâle est la première mise à l’épreuve de cet engagement. Le compte rendu publié la même année porte un titre allemand, Internationale Maurervereinigung in Basel, signe de la place qu’y tiennent les frères germanophones.
Pourquoi Bâle ?
Ville suisse frontalière à la fois de l’Alsace annexée et du grand-duché de Bade, Bâle offre un terrain neutre. La Suisse joue alors un rôle central dans la coopération maçonnique internationale : la Grande Loge suisse Alpina a soutenu la création du Bureau international de relations maçonniques, installé à Neuchâtel le 1er janvier 1903 sous la présidence d’Édouard Quartier-la-Tente. Ce bureau, aux ambitions modestes et apolitiques, facilite les échanges entre obédiences et participe aux congrès pour la paix.
Une rencontre sans les obédiences
Comme à la Schlucht, l’initiative repose sur un comité indépendant et sur des loges, non sur les obédiences elles-mêmes. Les manifestations se tiennent même malgré la méfiance des obédiences françaises et prussiennes : à Paris, on craint d’apparaître comme complaisant envers l’Allemagne ; à Berlin, le courant prussien se défie de toute proximité avec une maçonnerie française jugée trop politique. Les sources consultées ne donnent ni le nombre de participants ni le détail des discours.
Les animateurs

Juge de paix à Pont-à-Mousson, vénérable de la loge Saint-Jean de Jérusalem de Nancy et membre du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France, Charles Bernardin (1860-1939) est le principal moteur côté français. Côté allemand, Heinrich Kraft, professeur à Strasbourg et vénérable de la loge An Erwins Dom, joue un rôle comparable. Le Neuchâtelois Quartier-la-Tente, à la tête du bureau international, apporte le soutien de son réseau.
Les liens se resserrent
L’année 1908 montre que la dynamique s’installe. Lors de la fête solsticiale de sa loge, le 24 mai, Bernardin signale la présence de délégations de loges de Luxembourg, Colmar, Mulhouse, Metz et Bâle. La même année, sur sa proposition, le Conseil de l’Ordre du Grand Orient fait retirer de son annuaire la page consacrée aux loges disparues d’Alsace-Moselle, geste d’apaisement à l’égard des frères des territoires annexés.
Postérité
Après Bâle viennent Baden-Baden en 1909, Paris en 1911, Luxembourg en 1912 et La Haye en 1913. Bâle restera une ville emblématique du mouvement : c’est là que se tient, en 1925, la première manifestation d’après-guerre, la huitième de la série, marquant la reprise du dialogue maçonnique franco-allemand après le conflit.
Repères chronologiques
- 1er janvier 1903 : installation du Bureau international de relations maçonniques à Neuchâtel.
- 1906 : réunion maçonnique pour la paix à Colmar.
- 7 juillet 1907 : rencontre du col de la Schlucht.
- 5 juillet 1908 : deuxième rencontre, à Bâle.
- 3-5 juillet 1909 : troisième rencontre, à Baden-Baden.
- 8-10 juillet 1911 : quatrième rencontre, à Paris.
- 1925 : première manifestation d’après-guerre, à Bâle.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Loge Mère, Obédience, Fraternité, Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Charles Bernardin (Personnalité).

