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Le jour de la Saint-André, 30 novembre 1736, des représentants d’environ un tiers des loges écossaises se réunissent à Édimbourg pour constituer la Grande Loge d’Écosse. À l’initiative de quatre loges de la capitale, ils élisent par acclamation William St Clair of Roslin, qui vient de renoncer publiquement aux prétentions héréditaires de sa famille sur le métier. Dix-neuf ans après Londres, l’Écosse, berceau des plus anciennes archives de loges connues, se dote à son tour d’une autorité centrale. L’obédience ainsi née reste aujourd’hui l’une des plus anciennes Grandes Loges du monde.
Date : 30 novembre 1736
Lieu : Édimbourg, Écosse, Royaume-Uni
Un pays de loges anciennes

L’Écosse occupe une place singulière dans l’histoire maçonnique. C’est là que l’on trouve les statuts Schaw de 1598 et 1599, rédigés par William Schaw, maître des travaux du roi, et les plus anciens procès-verbaux de loges connus, comme ceux de la loge d’Aitchison’s Haven, qui débutent le 9 janvier 1599, ou ceux de la loge d’Édimbourg (Mary’s Chapel). Au début du XVIIIe siècle, de nombreuses loges écossaises accueillent déjà des membres étrangers au métier de la pierre, les « acceptés ». Mais chaque loge reste autonome, attachée à ses usages, et aucune instance ne les fédère.
L’exemple londonien
Depuis 1717, la Grande Loge de Londres et de Westminster s’est imposée comme une autorité centrale, avec un Grand Maître choisi dans l’aristocratie et, depuis 1723, des Constitutions imprimées. Ce modèle séduit une partie des maçons écossais, soucieux de ne pas laisser à l’Angleterre le monopole de la respectabilité maçonnique. Les historiens soulignent que la création de la Grande Loge d’Écosse répond en partie au désir d’égaler le statut de la Grande Loge anglaise. Elle reste pourtant une démarche minoritaire : la majorité des loges du pays ne participe pas aux premières discussions.
De l’initiative des quatre loges à la Saint-André
Le projet est porté par quatre loges d’Édimbourg : la loge d’Édimbourg (Mary’s Chapel), Canongate Kilwinning, Leith Kilwinning et Kilwinning Scots Arms. Elles adressent des invitations à une centaine de loges écossaises ; trente-trois sont représentées à la réunion inaugurale, tenue le 30 novembre 1736, fête de saint André, patron de l’Écosse. La chronologie Kronobase retient le 15 octobre 1736, qui se rapporte à la phase préparatoire du projet ; l’acte fondateur et l’élection du premier Grand Maître datent bien de la Saint-André. Les loges qui adhèrent obtiennent la garantie que leurs usages locaux seront respectés.
William St Clair of Roslin, premier Grand Maître Maçon
Le choix du premier Grand Maître est soigneusement préparé. William St Clair of Roslin, issu d’une famille que les chartes dites de Saint-Clair (vers 1601 et 1628) présentaient comme patronne et protectrice des maçons, est initié à la loge Canongate Kilwinning le 18 mai 1736, passé compagnon le 2 juin, puis élevé maître le 22 novembre au cours d’une procédure exceptionnelle. Le 30 novembre, il lit une renonciation, signée le 24 novembre, à toute prétention héréditaire sur le métier, puis il est élu Grand Maître Maçon par acclamation. Golfeur et archer réputé, il exerce la charge un an ; il meurt en 1778.
Une Grande Loge au caractère propre

Dès 1737, la Grande Loge entreprend de numéroter les loges selon les preuves d’ancienneté qu’elles produisent, ce qui suscite des rivalités, notamment avec la loge de Kilwinning, qui revendique le premier rang ; elle porte aujourd’hui le numéro 0. Dès ses débuts, l’obédience est bien implantée dans l’armée britannique grâce aux loges itinérantes de régiment. Les Grands Maîtres se succèdent d’année en année, comme le comte de Cromartie (1737-1738) ou le comte de Kintore (1738-1739), souvent choisis dans la haute noblesse écossaise.
Le siège de George Street et l’obédience aujourd’hui
La Grande Loge se réunit d’abord dans divers lieux d’Édimbourg, notamment à St Cecilia’s Hall à partir de 1809, avant de s’installer en 1844 dans des locaux de George Street. L’actuel Freemasons’ Hall, au 96 George Street, construit entre 1910 et 1912, abrite aussi le musée et la bibliothèque de l’obédience. La Grande Loge d’Écosse compte 32 Grandes Loges provinciales en Écosse et 26 Grandes Loges de district à l’étranger, et a contribué à la naissance de plusieurs obédiences, comme la Grande Loge de l’État d’Israël, constituée en 1953.
Repères chronologiques
- 28 décembre 1599 : second statut Schaw, qui mentionne la loge de Kilwinning.
- 24 juin 1717 : fondation de la Grande Loge de Londres.
- 1735-1736 : construction de la loge de Canongate Kilwinning, à Édimbourg, réputée la plus ancienne salle maçonnique encore en usage.
- 30 novembre 1736 : fondation de la Grande Loge d’Écosse et élection de William St Clair of Roslin.
- 1737 : début de la numérotation des loges selon leur ancienneté.
- 1844 : installation de la Grande Loge dans George Street.
- 1910-1912 : construction de l’actuel Freemasons’ Hall d’Édimbourg.
Le saviez-vous ?
La chapelle de la loge Canongate Kilwinning n° 2, dans St John Street, conserve un portrait en pied de William St Clair of Roslin. C’est aussi dans cette loge que le poète Robert Burns fut célébré comme poète lauréat, ce qui en fait l’un des hauts lieux de la mémoire maçonnique écossaise.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Grande Loge, Grand Maître, Statuts Schaw pour la loge de Kilwinning, 28 décembre 1599 (date historique).

