Création de la Grande Loge nationale de France issue du Suprême Conseil, 1848 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En 1848, dans l’élan de la révolution de Février, des loges et dignitaires dissidents du Suprême Conseil de France fondent à Paris une Grande Loge nationale de France. Lancé le 5 mars par la loge Le Patronage des Orphelins, le projet veut abolir les rivalités entre obédiences, supprimer les hauts grades et donner aux loges leur souveraineté. Sans lien avec l’actuelle Grande Loge nationale française, née en 1913, cette obédience démocratique et républicaine est interdite par le préfet de police en janvier 1851. Son histoire éphémère éclaire les aspirations maçonniques de 1848.

Date : 1848
Lieu : Paris, France

Un Suprême Conseil ébranlé

Création de la Grande Loge nationale de France issue du Suprême Conseil, 1848
Source : Wikimedia Commons – Anonyme, graveur en médailles – Médailleur – CC0

Depuis 1821, le Suprême Conseil de France dirige le Rite écossais ancien et accepté ; ses loges symboliques sont administrées par une Grande Loge centrale. Le 24 août 1847 meurt le Lieutenant Grand Commandeur, le général comte de Fernig ; Jean-Pons Guillaume Viennet lui succède. Les dirigeants du Suprême Conseil, notables prudents, ne s’impliquent pas dans la révolution de 1848, alors qu’une partie de leurs loges parisiennes est acquise aux idées républicaines et sociales.

Le manifeste du 5 mars 1848

Le 5 mars 1848, trois jours après l’instauration du suffrage universel, la loge Le Patronage des Orphelins n° 112, à l’Orient de Paris, annonce dans un long manifeste qu’elle se sépare du Suprême Conseil. Elle appelle à créer un pouvoir nouveau, la Grande Loge nationale de France. Selon l’historien Pierre Chevallier, plusieurs dignitaires du Suprême Conseil signent un appel à un congrès parisien chargé de constituer cette autorité.

Un programme démocratique

Le projet veut mettre fin à la rivalité entre le Suprême Conseil et le Grand Orient de France, fondre les rites dans un rite national et cesser de reconnaître les hauts grades. Chaque loge serait représentée par trois députés dans une assemblée souveraine, la Grande Loge nationale ; les ateliers recevraient une pleine autonomie réglementaire et judiciaire. Ses officiers viennent pour beaucoup de l’artisanat et du monde ouvrier, ce qui donne à l’obédience une coloration sociale marquée.

Radiations et vie de l’obédience

Création de la Grande Loge nationale de France issue du Suprême Conseil, 1848
Source : Wikimedia Commons – Nadar – Public domain

Le Suprême Conseil réagit le 21 juillet 1848 : il radie les organisateurs de la dissidence et les loges Les Trinitaires n° 44 et Les Commandeurs du Mont-Liban n° 16, qui l’ont rejointe, ainsi que Jules Barbier, orateur de la Grande Loge centrale. Les exclus constituent la Grande Loge nationale, qui ne rassemble que peu de loges et n’est reconnue par aucune obédience officielle. La chronologie Kronobase situe sa constitution au 14 décembre 1848, date que les sources consultées ne permettent pas de confirmer.

L’interdiction de 1851

Le 2 janvier 1851, le préfet de police Pierre Carlier interdit l’obédience et exige la fin des réunions au 15 janvier : ne relevant ni du Grand Orient ni du Suprême Conseil, elle est assimilée à une société politique. Le 10 janvier, ses officiers protestent dans une lettre publiée par la Revue maçonnique ; parmi les signataires figurent le marquis du Planty, médecin, maire de Saint-Ouen et Vénérable de la Grande Loge, et le général Jorry. Le 14 janvier 1851, du Planty prononce la dissolution.

Postérité

Éphémère, la Grande Loge nationale de 1848 anticipe des revendications qui reviendront dans la maçonnerie écossaise française : autonomie des loges symboliques, démocratie interne, séparation entre grades bleus et hauts grades. Ces aspirations aboutiront en 1894 à la naissance de la Grande Loge de France. Il ne faut pas la confondre avec la Grande Loge nationale française, fondée en 1913 dans une tout autre perspective.

Repères chronologiques

  • 1821 : réveil du Suprême Conseil de France et de sa Grande Loge centrale.
  • 24 août 1847 : mort du général comte de Fernig ; Viennet devient Lieutenant Grand Commandeur.
  • 5 mars 1848 : manifeste de la loge Le Patronage des Orphelins.
  • 21 juillet 1848 : radiations prononcées par le Suprême Conseil.
  • 2 janvier 1851 : interdiction par le préfet de police Pierre Carlier.
  • 14 janvier 1851 : dissolution prononcée par le marquis du Planty.
  • 1894 : fondation de la Grande Loge de France.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Obédience, Pierre Chevallier (historien).

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