Il est des légendes qui franchissent les frontières sans perdre leur capacité d’interroger l’âme. Celle des Sept Dormants d’Éphèse, venue de l’Orient chrétien, racontée dans le Coran et recueillie jusqu’au cœur de la Bretagne, fait du sommeil une traversée des siècles et de la caverne le théâtre d’un étrange éveil. Derrière le prodige apparaît une question plus grave que celle de la durée : que reste-t-il de la fidélité d’un être lorsque le monde autour de lui a changé ? À la veille symbolique de la commémoration des défunts, en ce dimanche de la Toussaint, la vieille histoire invite à écouter ce qui, dans les profondeurs de la mémoire, demeure vivant.
Les Sept Dormants dans La Légende dorée (1497).
La nuit où sept jeunes hommes choisirent la grotte
L’histoire se place, dans sa version chrétienne traditionnelle, à Éphèse, cité d’Asie Mineure héritière de la splendeur grecque et romaine. Sous l’empereur Dèce, au milieu du IIIᵉ siècle, la persécution menace ceux qui refusent de sacrifier aux dieux officiellement honorés. Sept jeunes hommes, dont les noms varient d’un manuscrit à l’autre, choisissent de ne pas renier leur foi. Plutôt que de céder à la contrainte, ils prennent le chemin des collines et trouvent refuge dans une caverne. Un chien les accompagne dans certaines versions de cette tradition et occupera une place particulièrement importante dans le récit coranique et ses commentaires.
Façade of the Celsus library, in Ephesus
Au-dehors, le pouvoir entend régler les consciences. Au-dedans, il n’y a plus que la roche, la pénombre, quelques provisions et le souffle de ceux qui veillent. Selon la légende chrétienne, l’entrée de la grotte finit par être fermée ; les fugitifs, eux, ne connaissent pas le sort ordinaire des captifs. Un sommeil mystérieux les enveloppe. Ce que les hommes ont voulu transformer en tombeau devient, dans le langage du récit, un lieu de préservation.
Illustration originale – Création IA
Les années passent, puis les règnes, puis les générations. Les chemins changent de nom, les maîtres de la cité disparaissent, les monuments se transforment et les peurs elles-mêmes perdent leur objet. Les jeunes dormeurs restent soustraits à la succession du monde. Quand vient le temps du réveil, ils croient n’avoir reposé que quelques heures. La faim les rappelle à l’existence et l’un d’eux est envoyé acheter du pain. Il emporte une pièce de monnaie qui paraît banale à ses yeux, mais qui, pour les habitants de la ville, appartient à un âge révolu.
La scène est merveilleuse parce qu’elle repose sur un détail presque domestique : le premier signe d’un bouleversement de plusieurs siècles est une pièce que personne ne peut plus dépenser. Le marchand s’étonne, la nouvelle se répand, et le messager comprend que son monde s’est éloigné bien au-delà de ce qu’une vie humaine pourrait mesurer. Le jeune homme, parti chercher de quoi nourrir ses compagnons, découvre que son propre passé est devenu un objet d’histoire.
Le prodige, la résurrection et les versions qui voyagent
Théodose II (règne 408-450 ap. J.-C.), musée du Louvre
Dans les traditions chrétiennes, la redécouverte des dormeurs est située sous Théodose II, au Vᵉ siècle. Leur retour manifeste alors, pour les auteurs de la légende, la possibilité de la résurrection du corps au moment où cette croyance est débattue. Les récits divergent sur le nombre exact des années, sur certains noms et sur le dénouement ; dans plusieurs versions, les jeunes hommes, après avoir témoigné, connaissent une nouvelle mort et sont honorés comme des saints. L’histoire nous est connue par une circulation de textes syriaques, grecs, latins et bien d’autres langues, et non par un témoignage historique contemporain des événements supposés.
Il faut garder cette distinction à l’esprit : la vérité historique d’une persécution n’établit pas la réalité factuelle d’un sommeil de plusieurs siècles. Le récit relève de la légende religieuse, mais une légende ne se réduit pas à une erreur à corriger. Elle est aussi une manière, pour une communauté, de donner figure à l’attente, de se représenter la fidélité à travers le temps et d’articuler la mémoire des morts à l’espérance des vivants. C’est cette puissance de sens qui explique son extraordinaire diffusion.
L’empereur Dèce fait murer la grotte – miniature de La Légende dorée (XIVᵉ siècle) par Jeanne et Richard de Montbaston. Wikimedia Commons, domaine public
Grégoire de Tours contribue à faire connaître les Dormants dans le monde latin ; la tradition médiévale les retrouvera notamment dans La Légende dorée de Jacques de Voragine. D’autres récits de longs sommeils existent dans diverses cultures, depuis les histoires antiques jusqu’aux contes modernes, mais celui d’Éphèse a ceci de particulier qu’il traverse durablement deux grandes traditions religieuses, chrétienne et musulmane, sans devenir pour autant un texte identique dans les deux.
Dans la sourate de la Caverne, le nombre lui-même demeure une question
Le Coran évoque les « Aṣḥāb al-Kahf », les Gens ou Compagnons de la Caverne, dans la sourate XVIII, dite « al-Kahf ». Le texte parle de jeunes croyants qui se retirent dans une grotte, de leur sommeil, de leur réveil, de leur interrogation sur le temps écoulé et du chien étendu à l’entrée. Il ne donne pas le nom d’Éphèse ni celui de Dèce. Il rappelle, au contraire, les discussions suscitées par le nombre des dormeurs : les uns en compteront trois, d’autres cinq, d’autres sept, chaque fois avec le chien en plus. Le récit coranique invite à ne pas transformer cette énigme en querelle vaine.
Illustration originale – Création IA
Le passage mentionne également trois cents années auxquelles s’ajoutent neuf, tout en rappelant que la connaissance ultime de la durée appartient à Dieu. Des commentateurs musulmans développeront, au fil des siècles, les détails laissés dans l’ombre et donneront notamment au chien le nom de Qiṭmīr. Il serait donc inexact d’attribuer indistinctement au texte coranique tous les éléments que la piété et l’exégèse lui ont ensuite associés.
Le plus singulier, peut-être, tient à la présence de l’animal au seuil. Alors que les héros dorment hors du monde, le chien veille dans l’imaginaire du lecteur. Il devient le compagnon du passage, celui qui relie le refuge et le dehors, la fidélité humaine et la protection silencieuse. Dans une lecture symbolique, la porte de la grotte n’est pas seulement un mur de séparation : elle est le lieu où se rencontrent l’épreuve, la garde et la promesse d’un retour. Ainsi la légende, qui pourrait se perdre dans les chiffres, se laisse comprendre à travers une image très simple : un animal demeure auprès de ceux qui n’ont plus la force de se garder eux-mêmes.
La caverne : tombeau, matrice et lieu de l’éveil
La caverne de Platon, gravure de Jan Saenredam d’après Cornelis van Haarlem (1604). Wikimedia Commons, domaine public
La caverne appartient au vocabulaire le plus ancien de l’imaginaire spirituel. Elle protège des intempéries et des ennemis ; elle peut aussi effrayer, parce qu’elle rapproche du sous-sol, de l’inconnu et de la mort. Platon en fit le lieu d’une célèbre parabole philosophique sur l’illusion et la difficile conversion de l’intelligence. D’autres traditions y ont situé des naissances, des retraites, des apparitions ou des passages. On ne saurait ramener toutes ces figures à un seul enseignement caché. Elles montrent néanmoins combien l’humanité a éprouvé le besoin de penser l’obscurité non seulement comme absence, mais comme seuil.
Dans la légende des Sept Dormants, la grotte inverse ses significations. Le refuge devient sépulcre aux yeux des persécuteurs, mais les dormeurs y sont gardés pour le moment de leur témoignage. La pierre n’emprisonne pas définitivement ; elle protège une fidélité destinée à reparaître. La comparaison avec une initiation se propose alors d’elle-même, à condition de demeurer une lecture et non une prétendue filiation rituelle. L’homme qui entre dans l’obscurité renonce à ses repères habituels ; lorsqu’il revient, son regard ne peut plus considérer la lumière de la même manière.
Cependant, les Sept Dormants ne se réveillent pas dans un monde meilleur en tout point. Ils découvrent avant tout un monde autre, dont ils ignorent les codes, les usages et les visages. C’est là une leçon parfois oubliée. L’éveil n’est pas la garantie d’une consolation ; il est la rencontre exigeante d’une réalité qu’il faut apprendre à lire. Nous pouvons dormir avec des certitudes et nous lever au milieu de questions. La fidélité n’a de valeur que si elle sait survivre à cette déstabilisation.
De l’Anatolie à la Bretagne, un étonnant chemin de mémoire
La chapelle des Sept-Saints, au Vieux-Marché (Côtes-d’Armor). Photo : Moreau.henri, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
La légende n’a pas seulement voyagé dans les livres. Au Vieux-Marché, dans les Côtes-d’Armor, la chapelle des Sept-Saints conserve une dévotion singulière aux Dormants d’Éphèse. Le sanctuaire, édifié sur un site dont une ancienne structure mégalithique marque la profondeur historique, a vu se rencontrer plusieurs strates de mémoire religieuse. L’histoire locale est complexe : il ne faudrait pas prétendre à une continuité démontrée et sans rupture depuis la préhistoire ou les premiers récits orientaux. Les traditions se sont transformées, parfois confondues avec celles des sept saints fondateurs des évêchés bretons, avant que des documents et des recherches ne permettent de mieux restituer la spécificité des Dormants.
Au XXᵉ siècle, l’islamologue et intellectuel français Louis Massignon reconnaît dans cette tradition un extraordinaire lieu de rencontre. À partir de 1954, le pardon des Sept-Saints reçoit une dimension islamo-chrétienne qui fait dialoguer, autour d’une légende commune, des croyants dont les confessions, les prières et les théologies demeurent distinctes. La chapelle, la fontaine, la procession et la mémoire de la sourate de la Caverne deviennent les éléments d’une géographie fraternelle, non pas fondée sur l’oubli des différences, mais sur le respect de ce que chacun apporte.
Illustration originale – Création IA
Il y a là un retournement admirable : une histoire de jeunes hommes cachés pour avoir voulu rester fidèles à leur foi devient, à des siècles de distance, l’occasion de se rencontrer à visage découvert. La même caverne qui abritait autrefois la peur permet désormais d’inventer une hospitalité. On mesure ainsi combien les récits religieux peuvent, lorsqu’ils sont accueillis avec délicatesse, devenir des ponts plutôt que des forteresses.
Un regard maçonnique : veiller sur ce qui ne doit pas mourir
La Franc-Maçonnerie connaît, elle aussi, le langage symbolique de la mort et du relèvement, de l’obscurité et de la lumière, du secret et de la transmission. Il serait abusif d’en conclure que les Sept Dormants sont des Francs-Maçons avant la lettre, ou que leur récit encode quelque rituel moderne. La richesse du rapprochement ne réside pas dans une filiation imaginaire. Elle tient à une question que partagent de nombreuses voies spirituelles : comment rester fidèle à l’essentiel lorsque les formes du monde se déplacent ?
Louis Massignon en 1909 à l’université Al-Azhar, Le Caire
Le travail de l’initiation ne consiste pas à immobiliser le temps. Une tradition vivante demeure une transmission capable de se laisser interroger, non une caverne dans laquelle on cacherait ses habitudes pour les préserver intactes. Les Dormants nous montrent, à leur manière, que la fidélité ne garantit pas la maîtrise du lendemain. Ils ne choisissent ni l’heure ni les conditions de leur réveil. Ils retrouvent pourtant ce qui peut les orienter : leur conscience, leur engagement, une parole qui traverse l’inconnu.
Abords de la grotte des Sept Dormants.
En ce dimanche de la Toussaint, la légende trouve une résonance particulière, même si cette fête n’est pas la date propre de la commémoration des Sept Dormants. Elle nous met en présence des générations disparues et de l’interrogation que toute mémoire véritable adresse aux vivants. Se souvenir ne signifie pas simplement conserver des noms ; c’est découvrir, dans la vie de ceux qui ne sont plus, une responsabilité qui nous échoit. La fraternité avec les absents ne prend sens que si elle améliore notre manière de nous tenir auprès des présents.
Au sortir de la caverne, les jeunes hommes s’étonnent de la monnaie, des rues et des visages. Nous aussi pourrions être réveillés, un jour, par une parole venue d’ailleurs, par le témoignage d’un inconnu, par l’évidence soudaine que nos certitudes ne suffisent plus. La vieille légende ne nous demande peut-être pas combien de siècles il faudrait dormir pour assister à un miracle. Elle nous souffle une question infiniment plus dérangeante : et si les véritables dormeurs étaient ceux qui, les yeux ouverts, ne voient plus la fraternité qui les appelle ?
À nos lectrices et lecteurs : quelles légendes de vos régions, de vos voyages ou de vos traditions aimeriez-vous voir explorer dans cette rubrique ? Vos propositions sont les bienvenues pour poursuivre ensemble ce chemin entre mémoire et imagination.
Les Sept Dormants d’Éphèse, miniature du Ménologe de Basile II (vers 985). Wikimedia Commons, domaine public
Les pirates de 2026 ne naviguent plus sur les mers. Ils ne attaquent plus les galions, ne cherchent plus l’or des colonies et ne brandissent plus le sabre sous les tropiques. Ils ont modernisé leur activité : ils attaquent désormais les serveurs, les bases de données et, apparemment, les Loges maçonniques. Récemment, les données de trois obédiences différentes ont été compromises. Les pirates auraient ainsi mis la main sur des fichiers de membres, des coordonnées, des informations administratives et, sans doute, quelques listes de Frères et de Sœurs.
Un exploit technologique, évidemment. On imagine déjà leur fierté : après avoir affronté des pare-feux, des protocoles de sécurité et des serveurs protégés, ils ont réussi à récupérer l’annuaire de personnes qui viennent faire un rituel du REAA le lundi soir, porte fermée, après avoir vérifié deux fois qu’ils n’avaient pas oublié leur tablier.
Le butin du siècle
Il faut saluer l’ambition de ces pirates numériques. Ils ont réussi à mettre la main sur un trésor inestimable : des coordonnées de retraités, de cadres fatigués, de fonctionnaires en fin de carrière, de professions libérales et de passionnés de symbolisme qui ont peut-être encore un abonnement à une revue maçonnique. Quel butin magnifique. Des adresses e-mail, des numéros de téléphone, peut-être quelques dates de naissance et des statuts d’adhésion. De quoi lancer une campagne de phishing d’une redoutable efficacité : « Cher Frère, votre cotisation est en retard, cliquez ici pour régler en Bitcoin. »
On imagine déjà le chef pirate présentant son butin à son équipe : « Messieurs, nous avons réussi ! Nous possédons désormais les données de trois obédiences ! » Et l’équipe de répondre, déçue : « Oui, mais qu’est-ce qu’on en fait ? »
Des pirates à la recherche d’un business model
Le problème des pirates de 2026, c’est qu’ils ont une technologie redoutable, mais un business model un peu douteux. Ils savent contourner des serveurs, mais ils ne savent pas toujours quoi faire des données une fois qu’ils les ont. Vendre une liste de maçons ? À qui ? À des vendeurs de tabliers ? À des fabricants de sautoirs ? À des éditeurs de livres sur la Kabbale ? À des organismes de formation en développement personnel ? À des voyagistes spécialisés dans les voyages initiatiques en Écosse ?
On imagine difficilement une campagne publicitaire ciblée : « Cher Frère, vous avez récemment participé à une tenue du Rite Écossais Rectifié. Nous avons précisément ce qu’il vous faut : un nouveau tablier, un sautoir de rechange et un abonnement à une revue spécialisée dans les hauts grades. »
Ce n’est pas exactement le marché le plus dynamique.
Le pirate moderne, cousin du voleur de sac à main
Il y a quelque chose de profondément risible dans cette situation. Les pirates d’autrefois attaquaient des navires chargés d’or, d’épices et de richesses. Les pirates d’aujourd’hui attaquent des serveurs pour récupérer des listes de retraités qui viennent faire un rituel le lundi soir. C’est un peu comme si un bandit de grand chemin renonçait à attaquer une diligence remplie d’or pour aller voler le sac à main d’une vieille dame qui rentre du marché. Techniquement, c’est peut-être plus facile. Humainement, c’est beaucoup moins glorieux. Le pirate moderne n’est plus un aventurier. C’est un voleur de données de bas étage, un ramasseur de fichiers, un collectionneur de coordonnées. Il ne cherche pas l’aventure, il cherche la facilité. Il ne cherche pas l’or, il cherche des adresses e-mail.
La Loge, nouvelle proie numérique
Il faut reconnaître une certaine ironie dans le choix des cibles. Les Loges maçonniques sont des lieux réputés secrets, discrets, protégés par des rituels, des mots de passe, des signes de reconnaissance et une culture du secret. Et pourtant, elles se retrouvent dans la liste des victimes du piratage numérique.
On imagine la scène : un pirate pénètre dans un serveur, découvre une base de données maçonnique et se demande s’il est tombé sur un trésor ou sur un annuaire de club de bridge. Il voit des noms, des grades, des dates d’initiation, des obligations de cotisation et des mentions de rites. Il comprend alors qu’il n’a pas volé les secrets de l’État, mais le carnet d’adresses d’une association de passionnés de symbolisme.
Le contraste est savoureux. D’un côté, toute une mythologie du secret, du mystère et de la discrétion. De l’autre, des fichiers administratifs parfaitement banals.
La vraie leçon : la sécurité avant le mystère
La leçon est simple : le secret rituel ne remplace pas la sécurité informatique. Un mot de passe rituel ne protège pas une base de données. Un signe de reconnaissance ne bloque pas un pirate. Une poignée de main ne chiffre pas un serveur. Les Loges doivent comprendre que la discrétion ne suffit plus. Il faut des mots de passe forts, une authentification à deux facteurs, des sauvegardes, des mises à jour, des formations et un peu de bon sens numérique. Le secret maçonnique est une chose admirable, mais il ne doit pas devenir une excuse pour négliger la sécurité.
Car le pirate moderne ne respecte pas les traditions. Il ne connaît ni les rites, ni les symboles, ni les serments. Il connaît seulement les failles.
La morale de l’histoire
Les pirates de 2026 ont peut-être réussi à voler des données. Mais ils ont surtout réussi à se rendre ridicules. Ils ont attaqué des institutions discrètes pour récupérer des informations bancales. Ils ont mis la main sur des listes de membres qui ne présentent aucun intérêt commercial réel. Ils ont confondu piratage et pillage, technologie et intelligence, exploitation et vulgarité. Ils ne sont pas des aventuriers des mers. Ils ne sont pas des génies du cybercrime. Ils sont des voleurs de sacs à main numériques, des ramasseurs de coordonnées, des pirates du lundi soir.
Et pendant qu’ils s’imaginent redoutables, les Frères et les Sœurs continuent de se retrouver en Loge, de faire leurs rituels, de partager leurs agapes et de rire de cette histoire.
Car la meilleure réponse aux pirates, ce n’est pas la peur. C’est le rire.
De la France aux horizons du monde, 450.fm propose un regard sur l’actualité maçonnique, la culture, l’histoire et les débats qui traversent nos sociétés. Entre vie des obédiences, recherches, symboles et questions contemporaines, cette édition rassemble les informations destinées à nourrir notre réflexion et à exercer le discernement auquel invite la démarche initiatique.
Période couverte : du vendredi 23 octobre 2026 à 18 h au vendredi 30 octobre 2026 à 18 h, heure de Paris.
Bourdin Média : le Grand Maître du Grand Orient de France évoque l’antimaçonnisme, le secret et la présidentielle – Lire notre présentation en Actu France
▶ À voir sur YouTube : Guillaume Trichard, Grand Maître du Grand Orient de France, invité de Bourdin Média le 28 octobre 2026 (antimaçonnisme, secret, présidentielle). Capture : Bourdin Média
France
Trappes et La Verrière : le Grand Orient de France dénonce un attentat raciste et appelle à combattre les discours de haine
Communiqué du 27 octobre 2026 – Grand Orient de France ; LCP ; DH Net ; Sud Radio
Image : Grand Orient de France
Le vendredi 23 octobre, des tirs partis d’un véhicule ont fait une personne tuée et cinq blessées à Trappes et à La Verrière (Yvelines), dont une fillette de douze ans grièvement blessée. Le Parquet national antiterroriste s’est saisi pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante de racisme, et le chef de l’État a évoqué un acte « terroriste raciste ». Le suspect a été interpellé et placé en garde à vue ; celle-ci a été suspendue le 25 octobre pour raisons psychiatriques, l’intéressé étant transféré à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris, puis a repris le 26 octobre : selon le procureur national antiterroriste, cité par DH Net, un nouvel examen psychiatrique n’a pas justifié d’hospitalisation sous contrainte, et l’homme ne conteste pas la matérialité des faits mais le caractère raciste de ses crimes. Nous n’avons trouvé, à la clôture de cette revue, aucune information publique sur la suite de la procédure. Ni lui ni les victimes ne sont nommés ici. Le vendredi 30 octobre à 18 h, la Ville de Trappes a convoqué place des Merisiers un « grand rassemblement populaire contre le racisme et l’islamophobie », l’Association des maires de France appelant de son côté les maires à réunir les habitants devant leurs mairies à la même heure ; le gouvernement a par ailleurs annoncé un hommage national, présidé par le Premier ministre, dont les modalités restaient à préciser le 28 octobre.
Dans un communiqué daté du 27 octobre et signé du Grand Maître Guillaume Trichard, le Grand Orient de France condamne fermement l’attentat et exprime sa solidarité aux victimes, à leurs proches et aux habitants. Pour l’obédience, l’indignation ne suffit pas : il faut aussi s’en prendre aux discours de haine qui stigmatisent des boucs émissaires et érigent l’origine, la couleur de peau ou la confession en motifs de suspicion. Le texte vise le fantasme du « grand remplacement » et attribue une responsabilité majeure à ceux qui propagent ces discours, particulièrement lorsqu’ils exercent des responsabilités politiques ou médiatiques.
Unité laïque après Trappes : « Le racisme frappe encore »
Communiqué du 26 octobre 2026 – Unité laïque
Photo : Philippe Alès, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Dans un communiqué mis en ligne le 26 octobre, Unité laïque voit dans l’attentat de Trappes un acte terroriste raciste et le replace dans la série des attentats antisémites commis depuis plus de quarante ans (Goldenberg, Copernic, Ozar Hatorah, Hyper Casher) : le racisme serait, comme l’antisémitisme, une face de « cette même pièce qu’est la haine de l’autre ». L’association rappelle aussi le meurtre d’un homme par son voisin en 2025, qu’elle qualifie de raciste, et invoque Péguy pour rappeler qu’il faut dire, et surtout voir, ce que l’on voit.
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Le texte dénonce les discours de haine que les extrêmes manipuleraient au gré du calendrier électoral et estime que l’agenda identitaire de l’extrême droite comme de l’extrême gauche, en divisant la société selon l’origine ou la religion, heurte l’édifice républicain. À quelques mois de l’élection présidentielle, il appelle les élus à suivre la boussole universaliste de la République indivisible, démocratique, laïque et sociale, sans céder à une vision communautariste, et chaque citoyen à dénoncer le racisme et l’antisémitisme.
Grande Loge féminine de France : une plainte déposée après la divulgation de données
Communiqué du 27 octobre 2026 – Grande Loge féminine de France
Image : Grande Loge féminine de France
Dans un communiqué daté du 27 octobre, la Grande Loge féminine de France indique que des données partielles qui lui sont attribuées ont été diffusées sur le dark web le 17 octobre, qu’elle a déposé plainte et qu’une enquête est en cours. Selon ses vérifications techniques, ses systèmes d’information centraux n’ont pas été compromis et une part non négligeable des données concernées est obsolète. L’obédience, créée en 1945 et forte de près de 14 000 membres répartis en 455 loges, ne fera pas d’autre commentaire à ce stade.
Ce communiqué fait suite à la revendication d’un pirate rapportée dans notre édition du 25 octobre (987 enregistrements revendiqués), pour laquelle nous n’avions alors trouvé aucune réaction officielle. Il s’agit d’une communication de l’obédience, que rien ne permet de vérifier de façon indépendante ; aucun nom ni donnée personnelle n’est reproduit. Source :GLFF, communiqué du 27 octobre (page en ligne ; courriel)
Grand Orient de France : une nouvelle revendication de piratage, non confirmée, circule depuis le 28 octobre
28 octobre 2026 – FrenchBreaches ; Grand Orient de France
Photo : Declic, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Un billet publié le 28 octobre au soir par FrenchBreaches, site spécialisé dans le suivi des fuites de données, rapporte que des auteurs anonymes revendiquent une cyberattaque contre le Grand Orient de France, présentée comme une tentative d’extorsion : environ 6,7 Go de données, soit 29 215 fichiers (documents, bases de données, code source), assortis d’une demande de rançon de 33 333 dollars en cryptomonnaie et d’un ultimatum de 72 heures avant publication. La revendication, présentée sous le nom d’opération « GlassLoge » et accompagnée d’un message « Happy Halloween », n’est attribuée à aucun groupe identifié. FrenchBreaches y joint la capture d’écran d’une page modifiée d’un site présenté comme celui de la bibliothèque de l’obédience, qu’il donne comme indice de compromission.
Rien n’est authentifié à ce stade : le billet lui-même précise qu’il n’est établi ni que les fichiers soient authentiques, ni qu’ils contiennent des données de membres. Au soir du 29 octobre, le site principal de l’obédience s’affichait normalement (nous n’avons pu contrôler celui de sa bibliothèque), aucun communiqué du Grand Orient de France ne portait sur cette revendication (le dernier, daté du 27 octobre, concerne l’attentat de Trappes) et nous n’avons trouvé aucune reprise dans la presse. L’obédience avait annoncé le 15 octobre le dépôt d’une plainte après la diffusion de documents qui lui étaient attribués (737 fichiers selon la presse), en indiquant que ses systèmes d’information centraux n’étaient pas compromis ; rien ne permet, à ce jour, de relier les deux affaires.
MediaLix : l’Observatoire de l’antimaçonnisme décortique une vidéo qui associe Macron, l’Élysée et la franc-maçonnerie
Analyse du 27 octobre 2026 – Observatoire de l’antimaçonnisme (Substack) ; MediaLix
Photo : ScareCriterion12, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Dans une analyse publiée le 27 octobre, l’Observatoire de l’antimaçonnisme s’intéresse à une vidéo de MediaLix datée du 12 octobre, qu’il résume en « une minute quarante-cinq pour associer Macron, l’Élysée et la franc-maçonnerie ». La vidéo se demande si une ancienne propriétaire du palais était franc-maçonne : l’Observatoire identifie Bathilde d’Orléans (1750-1822), duchesse de Bourbon, propriétaire de l’Élysée à partir de 1787 et liée à la maçonnerie d’adoption. Le fait est exact, mais il ne prouve aucun lien avec l’actuelle présidence.
L’Observatoire rappelle qu’Emmanuel Macron s’est exprimé devant le Grand Orient de France le 8 novembre 2023 et devant la Grande Loge de France le 5 mai 2025 : un dialogue institutionnel public, non une appartenance. Son verdict : des faits authentiques réunis dans un montage efficace, dont la juxtaposition peut suggérer plus qu’elle ne prouve.
Après les violences d’octobre, la franc-maçonnerie de nouveau désignée par des blogs et des vidéos
23 au 27 octobre 2026 – alertes Google ; blogs et réseaux sociaux
Domaine public, via Wikimedia Commons
Plusieurs publications reprennent, au fil de la semaine, le récit selon lequel la franc-maçonnerie serait à la manœuvre derrière les émeutes de la mi-octobre. Un blog personnel (23 octobre) lui consacre un billet intitulé « Émeutes, la franc maçonnerie avance masquée », qui ne contient qu’une vidéo YouTube, sans texte ni source. Le blog chrétien Praedicatho (homélies) revient le 26 octobre sur l’idée d’un projet maçonnique de déstabilisation, dans un billet titré « Ordo ab chao – Émeutes en France, la franc maçonnerie avance masquée », qui s’appuie sur quatre entretiens vidéo avec trois intervenants, dont un présenté comme ancien franc-maçon, sans preuve vérifiable.
Un reel Facebook intitulé « État sous influence maçonnique » désignerait, d’après la citation relevée par notre rédaction, la franc-maçonnerie comme un ennemi à identifier (« C’est à vous d’agir »). Nous n’avons pu ni ouvrir la vidéo, dont le lien transmis est incomplet, ni identifier son auteur. La qualification éventuelle d’un appel à la haine relève de la justice, non de cette revue.
Une alerte signale enfin, sous un article du site LeMediaen442.fr consacré aux manifestations du 24 octobre, deux commentaires de lecteurs qui rattachent la franc-maçonnerie à un prétendu système mondialiste et oligarchique. Ces commentaires n’engagent pas le site, que Conspiracy Watch décrit, dans une notice de 2021 mise à jour en 2022, comme un média d’« information alternative » relayant de nombreuses thèses conspirationnistes ; ils illustrent surtout la circulation du poncif en période de tension.
Dans l’agglomération de Reims, où les locaux de la Grande Loge de France à Cormontreuil (un bâtiment de 260 m², rue des Blancs-Monts, occupé depuis vingt ans par l’obédience et mis à disposition d’autres loges) ont été incendiés dans la nuit du 18 au 19 octobre (voir notre édition du 25 octobre), L’Union (22 octobre) rapporte qu’un individu qui commentait l’incendie sur Facebook incitait à brûler un autre lieu de l’obédience à Reims, en précisant l’adresse ; d’après le chapeau du journal, interpellé, il s’est révélé « déséquilibré » mais a néanmoins été condamné. Le site GADLU.INFO y a répondu le 23 octobre par un texte d’opinion. L’article de L’Union est réservé aux abonnés et seul son début est lisible : nous ne pouvons préciser ni la peine ni la date du jugement ; à notre connaissance, rien n’établit de lien entre ce commentateur et les auteurs de l’incendie. Sources : Alertes Google du 23 au 27 octobre (billets, reel et article non reliés ici par prudence) ; Conspiracy Watch, notice « Le Média en 4-4-2 » ; L’Union, 22 octobre (réservé aux abonnés ; chapeau et début de l’article lus) ; GADLU.INFO, 23 octobre
Mise en garde : un site en langue russe de « channeling » décrit la franc-maçonnerie comme un piège aux sacrifices et au chantage
Page du 23 octobre 2026 – vozrojdeniesveta.com
Domaine public, via Wikimedia Commons
Une page publiée le 23 octobre sur vozrojdeniesveta.com, site en langue russe (« Renaissance de la Lumière »), signalée à la rédaction, prétend retranscrire le message d’une entité nommée « Père-Absolu », « reçu » par une médium prénommée Marta. Intitulée, selon notre traduction, « État de préparation à la transition (Franc-maçonnerie) », elle décrit la franc-maçonnerie comme une « souricière » contrôlée par des reptiliens, aux rituels toujours plus cruels, avec sacrifices humains et chantage visant les élites.
Il s’agit d’un texte de croyance ésotérique et conspirationniste, sans le moindre élément vérifiable, publié sur un site de messages « channelés » consacrés à l’Ascension de la Terre et aux forces occultes. Nous le signalons à titre d’avertissement et ne reproduisons pas d’autres éléments. Source : Page de vozrojdeniesveta.com du 23 octobre (en russe ; lien non reproduit)
Bourdin Média : le Grand Maître du Grand Orient de France évoque l’antimaçonnisme, le secret et la présidentielle
Mercredi 28 octobre 2026 – Bourdin Média
▶ Regarder l’entretien sur YouTube. Capture : Bourdin Média
Dans un entretien mis en ligne le 28 octobre par Bourdin Média, le Grand Maître du Grand Orient de France, Guillaume Trichard, dénonce une propagande antimaçonnique, en particulier le « complot judéo-maçonnique », qu’il rattache à l’extrême droite, et dit avoir été menacé par des groupuscules d’ultradroite après avoir ravivé la flamme du Soldat inconnu. Il préfère la discrétion au secret (rituels publiés, temples et musée ouverts), cite environ 54 000 membres dont plus de 8 000 femmes, et juge incompatible avec l’obédience l’adhésion à une organisation politique prônant le rejet de l’autre. Pour la présidentielle, il dit ne vouloir recevoir aucun candidat, ne donne qu’une consigne, voter, et annonce pour janvier des propositions sur la laïcité, le climat et la pauvreté. Les chiffres sont ceux de l’invité, sans vérification indépendante. Source :Bourdin Média, vidéo YouTube du 28 octobre (entretien complet)
Beaujolais : Guillaume Trichard raconte son parcours, de la vigne à la Grande Maîtrise
Jeudi 29 octobre 2026 – Le Patriote Beaujolais (Mesinfos)
Photo : Chris93, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Dans un portrait publié le 29 octobre par Le Patriote Beaujolais (David Duvernay), le Grand Maître du Grand Orient de France, Guillaume Trichard, 50 ans, est présenté comme le premier représentant de la franc-maçonnerie issu du Beaujolais. Né à Villefranche-sur-Saône durant l’été 1976, il a vécu à Villié-Morgon, dans une famille de vignerons qui souhaitait qu’il reprenne l’exploitation ; il s’est orienté vers des études de management après une classe préparatoire HEC. Il dit s’être intéressé à la franc-maçonnerie lors d’un cours de philosophie consacré au siècle des Lumières, avoir écrit au Grand Maître du Grand Orient après une émission télévisée de 1998 et avoir été initié quelques mois plus tard.
Il explique que le Grand Maître est élu chaque année par les 37 conseillers de l’Ordre, dont le mandat dure trois ans : il avait exercé la fonction en 2023-2024 et a été réélu en août. Dans son discours d’installation du 28 août à Bordeaux, il a appelé chacune des 1 400 loges de l’obédience à prendre une initiative publique avant le prochain Convent. Il annonce aussi des « Chantiers de la République » en région (éducation, santé, grand âge, État de droit, environnement, intelligence artificielle, justice sociale), thèmes qu’il annonce reprendre en janvier dans une publication, échéance déjà évoquée la veille dans l’entretien de Bourdin Média (ci-dessus). Il rappelle enfin que le Grand Orient est un ordre initiatique, non un parti ni un syndicat, et qu’il ne prend la parole que pour rappeler ses principes et ses valeurs. Source :Le Patriote Beaujolais (Mesinfos), 29 octobre
Fondation du Grand Orient de France : « Urgence hiver », un appel aux dons contre la précarité étudiante
Lettre d’information du 30 octobre 2026 – Fondation du Grand Orient de France
Image : Fondation du Grand Orient de France
Avec l’arrivée de l’hiver, la Fondation du Grand Orient de France lance un appel aux dons sous le titre « Ne laissons pas nos étudiants dans la précarité ». Elle décrit des jeunes contraints de fréquenter les banques alimentaires, de renoncer aux soins ou de vivre dans des logements précaires, parfois en détresse psychologique, pour qui l’urgence n’est plus de construire leur avenir mais de tenir au quotidien.
Reconnue d’utilité publique depuis 1987, la Fondation finance des associations de terrain sur trois axes : l’aide alimentaire, la lutte contre la précarité énergétique, la santé mentale et le lien social. Elle rappelle que les dons ouvrent droit, dans les limites prévues par la loi, à une réduction de 66 % de l’impôt sur le revenu, ou de 75 % de l’IFI.
Grand Orient de France : un livre blanc de 216 propositions pour l’École de la République
Publié le 29 octobre 2026 – Grand Orient de France, livre blanc « L’École de la République : un Temple à reconstruire » (lettre d’information du 30 octobre)
Image : Grand Orient de France
Le Grand Orient de France a mis en ligne le 29 octobre un livre blanc intitulé « L’École de la République : un Temple à reconstruire », qu’il présente en tête de sa lettre d’information du 30 octobre. Issu des contributions des loges de toutes les régions maçonniques et des travaux de la commission obédientielle École de la République, créée lors du Convent d’août 2024, il formule 216 propositions.
Le texte dresse un constat préoccupant, avec la baisse du niveau en lecture, en expression écrite et en mathématiques, la perte d’attractivité du métier d’enseignant, la persistance de fortes inégalités scolaires et des atteintes à la laïcité. Les propositions s’ordonnent autour de cinq enjeux, des missions et valeurs de l’École à l’organisation du système éducatif, en passant par la mixité sociale et scolaire et la formation des enseignants. Parmi les mesures avancées figurent des formations d’excellence dans les territoires défavorisés, un temps de présence en classe accru à l’école primaire et une formation initiale des enseignants plus longue.
Dans sa présentation, le Grand Maître Guillaume Trichard se réclame de Ferdinand Buisson, pour qui le premier devoir d’une République est de faire des républicains, et décrit le document comme une contribution au débat public. Le livre blanc est téléchargeable en PDF sur le site de l’obédience.
Université maçonnique : une conférence sur l’intelligence artificielle, et un rapprochement envisagé avec le Campus maçonnique
24 et 25 octobre 2026 – Collège maçonnique ; Campus maçonnique
Domaine public, via Wikimedia Commons
L’Université maçonnique du Collège maçonnique proposait, le samedi 24 octobre de 10 h à 12 h, un webinaire Zoom réservé aux Sœurs et aux Frères de toutes obédiences et de tous grades, consacré à l’intelligence artificielle. Au programme : Aurélien Mizeret, consultant, formateur et spécialiste de l’IA, auteur de Ce que l’IA fait de nous, sur la façon de garder la responsabilité humaine de la décision quand la machine propose, recommande et parfois décide ; Étienne Madelin, coach exécutif, présenté par le Collège comme membre de la Grande Loge de France et auteur de Notre cause n’était pas perdue, sur l’intelligence de l’esprit et l’intelligence du cœur face à l’IA.
Dans un message du 25 octobre signé de Jean-Robert Daumas et de Jean-Michel Dardour, le Collège annonce par ailleurs le programme du quatrième trimestre 2026 du Campus maçonnique (cycles de conférences par des orateurs francs-maçons ou profanes), accessible gratuitement par Zoom sur inscription, avec accès aux replays. Il indique qu’un rapprochement entre le Campus maçonnique et le Collège maçonnique (Académie maçonnique et Université maçonnique) est envisagé afin de toucher des auditoires plus larges. Le programme publié sur le site du Campus (page mise à jour le 13 octobre) place notamment Jean-Laurent Turbet sur Benjamin Franklin le jeudi 5 novembre, Jean Petaux sur Chaban-Delmas et la Nouvelle Société le mardi 10 novembre, un « Dialogue des spiritualités » avec Alain Caillé le jeudi 19 novembre, puis Jean-Laurent Turbet sur Oswald Wirth et Albert Lantoine le jeudi 26 novembre ; d’autres séances sont listées jusqu’au 22 décembre, certaines sans date. La page ne précise ni les horaires ni les conditions d’accès. Sources : Courriels du Collège maçonnique des 23 et 25 octobre ; Campus maçonnique, programme du 4e trimestre 2026
Compagnonnage : « Mopoween » à Troyes, derniers jours de l’exposition « Au féminin » à Tours
28 au 31 octobre 2026 – Maison de l’Outil et de la Pensée ouvrière (Troyes) ; Musée du Compagnonnage (Tours)
Affiche : Maison de l’Outil et de la Pensée ouvrière
À Troyes, la Maison de l’Outil et de la Pensée ouvrière a proposé le mercredi 28 octobre, de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h, sa journée « Mopoween » : un atelier de fabrication de suspensions, de photophores et de guirlandes (de 9 h à 12 h ou de 14 h à 17 h, dès 7 ans, sur inscription) et une chasse aux bonbons dans le musée, de 14 h à 18 h, sans inscription. L’entrée était gratuite pour les enfants jusqu’à 12 ans et à 4 € (demi-tarif) pour l’accompagnateur.
Grand Orient de France : France Culture dimanche 1er novembre, puis des conférences publiques de Paris à Saint-Malo
À partir du dimanche 1er novembre 2026 – Grand Orient de France ; musée de la franc-maçonnerie
Image : Grand Orient de France
L’émission « Divers aspects de la pensée contemporaine » du Grand Orient de France est diffusée sur France Culture le dimanche 1er novembre à 9 h 40. Elle est consacrée au musée de la franc-maçonnerie, avec pour invité son conservateur, Laurent Segalini. Nous n’avons pas trouvé de podcast de cette émission au 29 octobre.
L’obédience annonce par ailleurs onze rendez-vous publics entre le 10 et le 28 novembre. À Paris, le jeudi 12 novembre, de 19 h à 21 h, au Temple Arthur-Groussier (16 rue Cadet, Paris 9e) : « Fraternité universelle : repenser la paix », avec le géopolitologue Bertrand Badie, l’avocate Chirinne Ardakani et l’essayiste Hakim El Karoui, conférence organisée par la loge Les Zélés Philanthropes. Le même jour, à Caen (19 h 30) : « Défiance envers la science : de nouveaux défis », avec notamment François de Rugy, Jean-Paul Krivine (Science et pseudo-sciences) et la chercheuse du CNRS Virginie Tournay. Le mardi 17 novembre, à Clermont-Ferrand (19 h), le Grand Maître donne une conférence publique, « Pour une République fraternelle », dont la lettre d’information du 30 octobre ne précise pas le lieu. Le mercredi 25 novembre, à Paris, dans le cadre des « Chantiers de la République » : « Demain tous pauvres ? », avec Henriette Steinberg (Secours populaire français), Nicolas Duvoux et Claire Hédon, en présence de Guillaume Trichard. Le samedi 28 novembre, à Saint-Malo : « Violences faites aux femmes et aux enfants : comprendre, prévenir, agir », avec Pascal Picq, Daniel Delanoë et Laurence Rossignol. Le même jour, à Nice (14 h 30-17 h), une réunion publique, « Patriotisme européen : de la nation à la fraternité », organisée par Fraternités européennes avec des loges du Grand Orient et des loges européennes, en présence de Guillaume Trichard (réservation sur HelloAsso).
Laurent Segalini
Les autres dates : Saint-Martin (Antilles, 10 novembre, avec l’historienne Cécile Révauger), Ruffec (13 novembre), Chinon (14 novembre), Monistrol-sur-Loire (24 novembre, entrée gratuite) et Avallon (28 novembre). L’exposition « Lumières dans la ville – Paris et les francs-maçons » reste visible au musée de la franc-maçonnerie (Paris 9e) jusqu’au 20 décembre. Aucun autre tarif n’est affiché sur le site ; réservations et inscriptions sont indiquées sur chaque fiche.
Le musée de la franc-maçonnerie annonce en outre, le samedi 28 novembre à 17 h, une conférence publique, « Le musée moderne : une idée maçonnique ? », donnée par François Mairesse, professeur de muséologie et d’économie de la culture à l’université Sorbonne nouvelle – Paris 3. Elle s’interroge sur le rôle de la franc-maçonnerie dans la naissance des premiers musées, à la fin du XVIIIe siècle. La page indique pour lieu « 16 rue Cadet, Temple 13 » ; l’entrée est gratuite et ouverte à tous, sur réservation (Eventbrite).
Grande Loge de France : un hommage aux Compagnons de la Libération, le 14 novembre à Paris
Samedi 14 novembre 2026, 15 h – Grand Temple Pierre Brossolette, Paris 17e
À l’occasion du 86e anniversaire de l’Ordre de la Libération, la Grande Loge de France organise une conférence publique, « Compagnons de la Libération, une exemplarité toujours actuelle », en hommage aux sept Frères de la GLDF comptés parmi les 1 038 Compagnons de la Libération : Pierre Brossolette, Jean Cassou, Thadée Diffre, Félix Éboué, Hubert Germain, Yvon Morandat et François Tilly. Animée par Franck Ferrand (Historia), elle réunira le Grand Maître Jean-Raphaël Notton, le général Thierry Burkhard, délégué national de l’Ordre de la Libération, Hervé Gaymard, président de la Fondation Charles de Gaulle, l’historien Guillaume Piketty et Clément Ledoux, Grand Officier à la Culture. Une plaque commémorative sera dévoilée dans le Grand Temple, qui porte le nom de Brossolette. Entrée sur inscription (gldf.org). Source :Grande Loge de France, page de l’événement
Grande Loge de France : le Grand Maître en conférence publique à Béziers et à Millau, un petit-déjeuner avec Ashoka France à Paris
6, 12 et 25 novembre 2026 – Grande Loge de France
Affiche : Grande Loge de France
La Grande Loge de France annonce deux conférences publiques de son Grand Maître, Jean-Raphaël Notton, placées sous le titre « Osez pousser les portes » : à Béziers, le vendredi 6 novembre, de 19 h à 20 h 30, au Théâtre municipal (allées Paul-Riquet), autour de la question « Que connaît-on vraiment de la franc-maçonnerie ? » ; à Millau, le jeudi 12 novembre, de 19 h à 20 h 30, à 2ISA (32 avenue de la République), autour de « Comment entre-t-on en franc-maçonnerie ? ». Les deux rencontres sont gratuites ; aucune démarche d’inscription obligatoire n’est décrite, les pages proposant un bouton « Je participe ».
Marseille : la Loge Galilée (GLDF) fête ses trente ans par une cérémonie blanche ouverte, le 14 novembre
Samedi 14 novembre 2026, 17 h – Château Saint-Antoine, Marseille (Grande Loge de France)
Domaine public, via Wikimedia Commons
La Respectable Loge Galilée n° 1230, de la Grande Loge de France (Orient de Marseille), dont les feux ont été allumés le 14 novembre 1996, fête ses trente ans par une cérémonie blanche ouverte le samedi 14 novembre à 17 h, au Grand Temple du Château Saint-Antoine (10 boulevard Jules-Sebastianelli, Marseille 11e). Sont conviés les Sœurs et Frères de l’Orient, les familles, les amis et les profanes. Selon l’invitation, un dialogue entre le Vénérable Maître et un Frère incarnant Galilée permettra de découvrir ce qu’est une loge, ce que les francs-maçons y cherchent et pourquoi celle-ci porte ce nom, puis de parcourir trente années d’histoire, de traditions et de travaux, avec le concours des frères musiciens de la loge (piano, guitare, flûte traversière, chants).
L’inscription est obligatoire (le lien figure dans l’invitation) ; accueil dès 16 h, clôture des émargements à 17 h. Des agapes blanches suivent, à 22 € sur inscription ; parking gratuit, bar et librairie sur place. Source : Courriel de Saint Jean d’Écosse (Marseille) relayant l’invitation de la Loge Galilée, 29 octobre
La Réunion : la Grande Loge Mixte de France ouvre une huitième loge dans l’île, avec une « Tenue Blanche Ouverte » à Saint-Louis
Vendredi 30 octobre 2026 – Saint-Louis (La Réunion), Grande Loge Mixte de France ; Le Mémento
Domaine public, via Wikimedia Commons
Selon Le Mémento (rubrique Réunion, 30 octobre), la Grande Loge Mixte de France ouvre une huitième loge sur l’île. Une « Tenue Blanche Ouverte », réunion accessible aux personnes non initiées et consacrée à la question de la mixité, était annoncée le vendredi 30 octobre à Saint-Louis, dans un lieu qui restera secret ; les journalistes réunionnais y étaient invités, sous conditions de confidentialité (pas d’image des participants, pas d’enregistrement pendant la cérémonie). L’article mentionne le « Rite égyptien de Memphis-Misraïm ».
Rendez-vous publics en novembre : le Café Maçon de Lyon, la Grande Loge féminine de France et le Droit Humain
5 au 28 novembre 2026 – Café Maçon de Lyon ; GLFF ; Fédération française du Droit Humain
Affiche : Fédération française du Droit Humain
Le jeudi 5 novembre, de 18 h 30 à 20 h, le Café Maçon de Lyon, rencontre mensuelle ouverte aux francs-maçons comme aux non-francs-maçons, se tient au Café de la Cloche (4 rue de la Charité, Lyon 2e) sur le thème « Sommes-nous devenus des assistés ? ». Gratuité et inscription ne sont pas précisées.
La Grande Loge féminine de France propose le samedi 7 novembre à 14 h 30, au temple de Saint-André-lez-Lille (62 rue de Lambersart), une conférence ouverte à tout public, « Voyage en franc-maçonnerie féminine », donnée par son ancienne Grande Maîtresse Marie-Thérèse Besson (inscription obligatoire). Le même jour, à partir de 13 h 15, à Paris (4 cité du Couvent, 11e), un colloque « Les finances, les femmes et l’argent » doit être suivi de la remise du prix des droits des femmes, avec notamment la sénatrice Laurence Rossignol ; la page indique une inscription obligatoire avant le 22 octobre, échéance désormais dépassée.
Carquefou : le 5e Salon du Livre Maçonnique, « De l’Art à l’Art Royal », les 21 et 22 novembre
Samedi 21 et dimanche 22 novembre 2026 – CERAL ; Evous
Affiche : CERAL
Le Cercle d’Étude et de Recherche Autour du Livre (CERAL) organise les samedi 21 et dimanche 22 novembre la 5e édition du Salon du Livre Maçonnique à Carquefou (Loire-Atlantique, 2 impasse du Tertre), de 8 h 45 à 19 h le samedi et jusqu’à 18 h le dimanche, sur le thème « De l’Art à l’Art Royal : un chemin vers la Beauté ? ». L’entrée est libre et gratuite ; les repas se réservent séparément.
Au programme du samedi : Dominique Freymond sur la franc-maçonnerie au cinéma et à la télévision, Cécile Révauger sur William Hogarth, Yves Hivert-Messeca sur la beauté comme voie vers l’Art royal. Le dimanche : Pierre Mollier et Lauric Guillaud sur « Romantisme et franc-maçonnerie », Roger Dachez sur l’art du tablier et, à 17 h 30, le spectacle de danse « Les Corps Affranchis ». Quatre éditeurs (L’Œil du Sphinx, Les Portes de Thélème, Cépaduès, Scribe), une librairie et une boutique maçonnique y tiennent un stand. Sources :Salon du Livre Maçonnique (CERAL), programme ; Evous Nantes, 28 octobre
Toulouse : un Salon maçonnique de deux jours aux Espaces Vanel, les 5 et 6 décembre
Samedi 5 et dimanche 6 décembre 2026 – Institut toulousain d’études maçonniques ; Evous
Photo : Institut toulousain d’études maçonniques
L’Institut toulousain d’études maçonniques (ITEM) organise les samedi 5 et dimanche 6 décembre, de 9 h à 19 h, un Salon maçonnique aux Espaces Vanel (arche Marengo, 1 allée Jacques-Chaban-Delmas, Toulouse). Onze obédiences y sont annoncées, ainsi qu’un forum des Grands Maîtres le samedi après-midi et, selon l’ITEM, trente-huit intervenants. Evous présente l’entrée comme gratuite et ouverte à tous ; le site de l’organisateur écrit seulement qu’elle est ouverte à tous.
Parmi les rendez-vous du samedi : la journaliste Natacha Polony (9 h 45), Jean Birnbaum et Peggy Sastre sur la nuance dans le débat public, un débat sur la laïcité avec Jean-Pierre Sakoun, puis les symboles maçonniques avec Jacques Ravenne. Le dimanche : l’intelligence artificielle et l’« intelligence fraternelle », Pierre Mollier sur le rite pour penser le monde, la place du mensonge dans la société et un concert commenté de musiques argentines.
Transparence. Yonnel Ghernaouti, directeur de la rédaction de 450.fm (présenté par l’ITEM comme chroniqueur littéraire), est annoncé comme modérateur de deux échanges le dimanche 6 décembre. Sources :ITEM, Salon 2026 ; ITEM, programme ; Evous Toulouse, 28 octobre
Livres, revues et mémoire
« Le rire chez les francs-maçons » : Dominique Alain Freymond distingue le rire de l’humour
Parution annoncée le 30 octobre 2026 – Éditions Slatkine (collection ARSA) ; librairie La Promesse de l’aube (Autun)
Couverture : Éditions Slatkine
Selon la fiche de la librairie La Promesse de l’aube, à Autun, Le rire chez les francs-maçons. Réflexions sur les différentes formes de l’humour et sa pratique dans la franc-maçonnerie, de Dominique Alain Freymond, est annoncé pour le 30 octobre aux éditions Slatkine (collection ARSA, 316 pages, 29 €). L’ouvrage part du constat que l’ordre initiatique aux rituels solennels n’est pas réputé pour son humour. Il distingue le rire, qui peut surgir sans prévenir pendant une cérémonie, de l’humour, qui est délibéré, et présente ce dernier comme un outil de connaissance de soi, des autres et du monde : il dépoussière les raisonnements convenus, retire les masques de l’ego et révèle nos faiblesses par l’autodérision. La fiche ne donne pas de biographie de l’auteur. Source :Librairie La Promesse de l’aube (Autun), fiche du livre
« Nicolas Flamel, alchimiste de papier » : le musée de Cluny sépare l’homme de la légende
13 octobre 2026 – 24 janvier 2027 – Musée de Cluny ; Medievalists.net (12 octobre)
Document du XVe siècle, domaine public
Le musée de Cluny, à Paris, présente du 13 octobre 2026 au 24 janvier 2027 l’exposition « Nicolas Flamel, alchimiste de papier », sous le commissariat de Maëlys Bitouzet, avec la Bibliothèque nationale de France, les Archives nationales et l’hôpital des Quinze-Vingts. Une cinquantaine de pièces (manuscrits, archives, objets, dispositifs multimédias), dont le testament de Flamel de 1416, montré au public pour la première fois, mettent en regard l’homme historique et la légende.
Né vers 1330-1340 et mort en 1418, Flamel fut un écrivain professionnel devenu investisseur immobilier, créancier de centaines de propriétaires à Paris et aux alentours et possesseur d’une dizaine de maisons ; rien n’indique qu’il ait pratiqué l’alchimie. La légende naît bien après lui : le Livre Flamel, manuscrit anonyme de la fin du XVe siècle, nourrit sa réputation (« secrets extraordinaires »), puis le Livre des figures hiéroglyphiques (1612) développe la légende d’un maître alchimiste, avant que Victor Hugo, André Breton ou J. K. Rowling ne l’évoquent à leur tour. Source :Medievalists.net, 12 octobre
« Vie et mort du roi Arthur » : la Pléiade réunit les grandes scènes du Livre du Graal et La Mort du roi Arthur
Paru le 8 octobre 2026 – Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard) ; ActuaLitté (23 octobre)
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La Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard) propose, en tirage spécial illustré et bilingue, les principales scènes arthuriennes du Livre du Graal puis l’intégralité de La Mort du roi Arthur, avec une préface de Philippe Walter. ActuaLitté (23 octobre) y lit l’échec de la Table ronde à maintenir l’unité des hommes. Sources :Bibliothèque de la Pléiade, fiche du volume ; ActuaLitté, 23 octobre
Il y a 140 ans, un député du Gard, futur Grand Maître du Grand Orient, à l’inauguration de la Statue de la Liberté
Mercredi 28 octobre 2026 – Le Réveil du Midi
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Pour les 140 ans de l’inauguration de la Statue de la Liberté (28 octobre 1886, île de Bedloe, New York), Le Réveil du Midi rappelle la présence, dans la délégation française, de Frédéric Desmons (1832-1910). Pasteur protestant né à Brignon (Gard), il était alors député du Gard — élu en 1881, réélu en 1885 — avant de siéger au Sénat à partir de 1894 ; il fut aussi, précise le journal, plusieurs fois Grand Maître du Grand Orient de France et défendit toute sa vie la liberté absolue de conscience.
Le président de l’Association Maison Frédéric Desmons, Jean-Christophe Muller, cité par le journal, explique qu’il avait été sollicité par Eugène Spuller pour représenter le corps parlementaire : les francs-maçons de France s’étaient beaucoup engagés dans le projet de la statue, et il avait paru nécessaire d’envoyer un éminent membre du conseil du Grand Orient pour renforcer les liens avec la franc-maçonnerie américaine. Les récits de l’époque citent « M. Desmons » dans la délégation conduite par Ferdinand de Lesseps, sans prénom ni fonction ; son identification repose sur les notices biographiques qui lui sont consacrées. Le National Park Service rappelle par ailleurs que le président américain Grover Cleveland accepta la statue au nom des États-Unis et que Bartholdi fit retirer le drapeau tricolore qui couvrait son visage.
Droit Humain : deux épisodes du podcast « Les minutes de liberté », sur « L’autre » puis sur le mot « merci »
23 et 30 octobre 2026 – Fédération française du Droit Humain
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Publié le 23 octobre, le podcast « Les minutes de liberté du Droit Humain » consacre un épisode à « L’autre ». Le texte de présentation part du constat que le travail des membres au sein de l’Ordre développe la capacité d’attention, en particulier envers autrui, et s’interroge sur ce que l’écoute et l’ouverture, sans jugement, peuvent apporter. L’épisode est disponible sur Spotify et Instagram ; la page ne précise ni les intervenants ni la durée.
Le 30 octobre, un nouvel épisode porte sur le mot « merci » tel qu’on l’emploie en loge. Sa page de présentation rappelle la confiance que les francs-maçons accordent à la tradition, cite un enseignement transmis dans des loges de Compagnons bâtisseurs selon lequel on ne « remercie » pas, et ajoute que le terme n’avait pas le même sens en anglais au XVIIIe siècle. L’épisode est proposé sur Spotify, avec un lien vers une publication Instagram ; la page ne précise ni l’intervenant ni la durée. Sources :Fédération française du Droit Humain, page de l’épisode « L’autre » (23 octobre) ; Fédération française du Droit Humain, page de l’épisode « Merci » (30 octobre)
BAGLIS TV : « Tempêtes et passions », figures de l’invisible dans le cinéma scandinave muet
Lettre du 25 octobre 2026 – BAGLIS TV (site à accès payant)
Image : BAGLIS TV
La plateforme BAGLIS TV annonce, dans sa lettre du 25 octobre, une nouvelle vidéo de Massimo Olivero, « Tempêtes et passions : figures de l’invisible dans le cinéma scandinave muet », où il est question notamment de Sjöström, Stiller et Dreyer. Elle rappelle ses vidéos récentes : Abhinavagupta (« Je suis »), « La voyance peut-elle s’apprendre ? » avec Lucie Luth, une intervention de Françoise Bonardel sur le Graal et une autre de Jean-Luc Le Bras sur l’ésotérisme et la politique coloniale à Madagascar. Le site étant payant, seul le contenu de la lettre est rapporté ici. Sources : BAGLIS TV, lettre d’information du 25 octobre (courriel) ; BAGLIS TV
Saint-Omer : les Baladins préparent la création mondiale d’un « Requiem des Templiers » pour 2027
25 octobre 2026 – Nord Littoral
Domaine public, via Wikimedia Commons
Les Baladins de Saint-Omer préparent la création mondiale d’un « Requiem des Templiers », prévue en 2027 à la cathédrale de Saint-Omer, selon Nord Littoral (25 octobre), qui évoque aussi le chef d’orchestre Ian Ward. Seul le chapô de l’article, dont la suite est réservée aux abonnés, a pu être consulté : nous n’avons trouvé aucune précision sur le compositeur, la durée ou le programme de l’œuvre. Source :Nord Littoral, 25 octobre (accès possiblement réservé aux abonnés)
Europe
Belgique
Villers-le-Temple : l’Ordo Templariorum Internationalis adoube quatre chevaliers dans l’église Saint-Pierre
Samedi 24 octobre 2026 – L’Avenir ; Grand Prieuré de Belgique de l’OTI
Photo : Jean Housen, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Le samedi 24 octobre, à 10 h, l’Ordo Templariorum Internationalis (OTI) a organisé dans l’église Saint-Pierre de Villers-le-Temple (commune de Nandrin, province de Liège) une cérémonie publique d’adoubement. Annoncée dès le 9 octobre par le Grand Prieuré de Belgique de l’ordre, elle exigeait une inscription préalable, la capacité de l’église étant limitée, sans qu’il soit nécessaire d’appartenir à un ordre templier. Selon L’Avenir (Laurent Grauls, 25 octobre), prières et discours solennels se sont succédé pendant environ une heure et demie, puis quatre personnes ont endossé la cape de templier, ceint l’épée et été adoubées chevaliers.
L’OTI, ordre originaire de Cambrai (environ 80 membres, selon son grand maître), relève des ordres templiers contemporains : l’annonce ne revendique aucune filiation directe avec le Temple médiéval, supprimé en 1312. Son grand maître, Grégory Pinatel, dit vouloir « garder l’esprit templier » et sauvegarder la mémoire des Templiers, sans prétendre les faire revenir ; ses missions seraient la bienveillance, l’aide aux plus démunis, la reconstruction de biens appartenant à l’Église et le soutien à des associations. Le parcours va de « regardant » à novice, puis à chevalier ; il récuse toute dérive sectaire (l’ordre serait plus difficile à intégrer qu’à quitter), affirme qu’on n’y parle pas de politique et annonce l’ouverture d’une commanderie au Bénin d’ici un ou deux ans. Le choix de Villers-le-Temple tient au lien du grand prieur belge, Robin Cauwenbergh, avec le village, dont l’histoire est templière : selon L’Avenir (10 août 2024), Gérard de Villers en serait le fondateur, une commanderie y existant dès le XIIe siècle et des vestiges subsistant près de l’église. Ces cérémonies publiques servent aussi, dit-il, à faire connaître l’ordre et à attirer de nouveaux membres. Sources :L’Avenir, 25 octobre (réservé aux abonnés) ; Annonce du Grand Prieuré de Belgique de l’OTI, 9 octobre ; L’Avenir, 10 août 2024 (histoire du village)
Allemagne
Lübeck : trois loges reçoivent Mgr Michael Weninger pour une conférence sur les catholiques et les francs-maçons
Lundi 26 octobre 2026 – HL-live
Photo : Christian Wolf, CC BY-SA 3.0 DE, via Wikimedia Commons
Le lundi 26 octobre, les trois loges johannites de Lübeck, « Zum Füllhorn », « Zur Weltkugel » et « Zur Weltbruderkette », recevaient au Logenhaus (St.-Annen-Straße 2) Mgr Michael H. Weninger pour une conférence intitulée « Katholiken und Freimaurer – Gegner oder Brüder ? » (« Catholiques et francs-maçons : adversaires ou frères ? »). Accueil dès 18 h, début à 19 h ; vers 21 h 30, la soirée se prolonge autour d’un verre de vin ; entrée libre, inscription demandée, avec questions du public après une pause.
Né en 1951 à Wiener Neustadt, ancien diplomate autrichien, longtemps collaborateur du Vatican, notamment dans le dialogue interreligieux, ordonné prêtre en 2011, l’intervenant est l’auteur de Loge und Altar (2020) et de Aus Nacht zum Licht, qui retrace la démarche de dialogue engagée par le Saint-Siège. Cette étape s’inscrivait dans une tournée de loges allemandes, de Brême à Schleswig, en octobre et novembre. HL-live rappelle aussi que le Logenhaus, vendu sous la contrainte en 1935 à l’époque de l’interdiction nazie, est revenu à la loge en 1950. Nous n’avons pas trouvé de compte rendu de la soirée. Source :HL-live.de, 24 octobre
Lübeck : la loge « Zur Weltbruderkette » remet 10 000 euros, surtout à trois structures pour l’enfance
Don remis le 21 octobre 2026, article du 23 octobre – HL-live
Photo : Dietmar Rabich, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Lors d’un goûter au Logenhaus, la loge johannite « Zur Weltbruderkette », par l’intermédiaire de son association « Lübecker Kinder in Not », a remis 10 000 euros, collectés au total, dont les principaux bénéficiaires sont trois structures : la DLRG Lübeck, pour l’apprentissage de la natation aux enfants, Die Muschel, service ambulatoire d’accompagnement palliatif pour enfants et jeunes, et la Haus für Spiel- und Beschäftigungstherapie, pour l’achat de matériel thérapeutique important. La remise a eu lieu le 21 octobre ; l’article de HL-live, signé « Loge/red. », relaie la communication de la loge et date du 23. Source :HL-live.de, 23 octobre
Autriche
Vienne : des règles internes de la loge FIDES révélées par la presse
26 octobre 2026 – Brandaktuell, d’après la Kronen Zeitung
Photo : Gugerell, CC0, via Wikimedia Commons
Selon un article de la Kronen Zeitung repris le 26 octobre par Brandaktuell, des documents internes d’une loge viennoise, la FIDES, offriraient un aperçu rare d’une confrérie généralement fermée : notamment un règlement intérieur de 2009 (le « Hausgesetz ») et un courriel de 2012 sur la préparation d’un rituel d’initiation. Ces textes encadreraient les vacances, les prises de parole (non précisées) et la tenue, qui peut aller jusqu’au smoking lors des initiations ; les membres s’engageraient, de façon générale, à la loyauté envers la loge. L’article replace l’affaire dans le débat autrichien sur les réseaux d’influence (les « Seilschaften ») et sur le poids d’éventuelles appartenances non déclarées dans les milieux professionnels et politiques.
Le journal affirme détenir, outre ces documents, des listes confidentielles de membres, notamment de la Grande Loge ; l’origine de ces pièces n’est pas précisée et aucune réaction d’une Grande Loge n’est rapportée. L’article d’origine de la Kronen Zeitung (« Unter Brüdern – Die kuriosen Geheimregeln der Freimaurer-Logen », Rainer Fleckl, 26 octobre) est réservé aux abonnés (Krone+) : seuls son chapeau et son introduction sont lisibles. Sources :Brandaktuell, 26 octobre ; Krone.at, 26 octobre (Krone+, réservé aux abonnés ; chapeau et introduction lus)
Autriche : un livre sur la franc-maçonnerie suscite déjà polémique et différends juridiques avant sa parution
26 octobre 2026 – Salzburger Nachrichten (accès payant)
Photo : Hamster28, domaine public, via Wikimedia Commons
Dans un commentaire (« Standpunkt ») du 26 octobre intitulé « Nach 15 Jahren bei den Freimaurern : Eine Abrechnung » (« Après quinze ans chez les francs-maçons : un règlement de comptes »), le journaliste Alexander Purger, des Salzburger Nachrichten, évoque un livre sur la franc-maçonnerie qui, selon le chapeau, suscite déjà de l’agitation et des différends juridiques avant même sa parution. Le texte rappelle aussi que le gouverneur du Burgenland, Hans Peter Doskozil (SPÖ), avait affirmé il y a deux ans que des membres en vue du SPÖ viennois avaient tenté de le recruter pour une loge.
Le reste de l’article est réservé aux abonnés : ni le titre du livre, ni son auteur, ni son éditeur ne sont visibles, et nous ne pouvons préciser la nature des différends. Source :SN.at, 26 octobre (accès payant)
Autriche : l’hymne national, Mozart et les francs-maçons
26 octobre 2026 – MeinBezirk
Domaine public, Wien Museum, via Wikimedia Commons
MeinBezirk revient le 26 octobre sur l’histoire de l’hymne autrichien. La mélodie de Haydn (1797, « Gott erhalte Franz, den Kaiser ») est abandonnée après 1945 ; un concours retient alors celle du chant « Brüder reicht die Hand zum Bunde », attribuée à Mozart mais d’auteur incertain (Johann Baptist Holzer et Paul Wranitzky sont aussi cités), que l’article présente comme le « Bundeslied der Freimaurer », le chant fédéral des francs-maçons. Malgré les discussions, le gouvernement la conserve.
Le texte de la poétesse Paula Preradović est adopté par le Conseil des ministres en 1947 avec des modifications ; l’hymne est diffusé pour la première fois à la radio le 7 mars de cette année-là. Depuis la loi entrée en vigueur le 1er janvier 2012, il inclut les filles (les « Töchter ») et ses « Brüderchöre » de la troisième strophe sont devenus des « Jubelchöre ». Source :MeinBezirk.at, 26 octobre
Italie
Pise : une journée d’études pour le centenaire de la naissance de Franco Franchi, ancien Grand Maître de la Gran Loggia d’Italia
Vendredi 30 octobre 2026 – Il Tirreno ; La Nazione ; QuiNews Pisa
Photo : Luca Aless, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Le vendredi 30 octobre, à partir de 15 h, la Sala delle Baleari de la mairie de Pise a accueilli une journée d’études intitulée « L’uomo di scienza che ha riunito medicina e Massoneria » (« L’homme de science qui a réuni médecine et franc-maçonnerie »), consacrée au centenaire de la naissance de Franco Franchi, professeur, médecin et ancien Grand Maître de la Gran Loggia d’Italia. Organisée par la délégation magistrale de la région maçonnique de Toscane et par la province maçonnique de Pise, avec le patronage de la commune, elle était modérée par le journaliste Luca Daddi, rédacteur en chef central d’Il Tirreno.
Au programme : le docteur Aristide Luca Ceccanti (« Franco Franchi, une histoire maçonnique »), le docteur Francesco Leoli (« Le professeur Franco Franchi, un médecin au service des autres »), le professeur Fulvio Conti (« Franc-maçonnerie et monde médical en Italie, du XIXe au XXe siècle ») et la doctoresse Daniela Tedeschi, qui devait évoquer Franchi à travers les souvenirs d’une de ses élèves. Étaient annoncés un message de Luciano Romoli, actuel Souverain Grand Commandeur et Grand Maître de la Gran Loggia d’Italia, qui souligne l’adhésion constante de Franchi à l’amour comme principe éthique guidant l’action humaine, et un texte de l’écrivain Pier Luigi Macchioni Gotti, qui présente son héritage comme une leçon de responsabilité et de service plutôt que comme un souvenir à vénérer.
Le patronage de la commune a suscité une polémique locale : selon QuiNews Pisa (23 octobre), des conseillers municipaux de la liste « La Città delle Persone » jugent « inopportun » le patronage accordé à la franc-maçonnerie, une salle institutionnelle de la mairie ne devant pas, à leurs yeux, accueillir la célébration de la franc-maçonnerie ; La Nazione (27 octobre, sous le titre « Scontro sulle celebrazioni a Franchi ») nomme trois d’entre eux (Paolo Martinelli, Emilia Lacroce, Carlo Modica) et reprend leur argument : la franc-maçonnerie se caractériserait, à leurs yeux, par des réseaux d’appartenance et une opacité incompatibles avec la transparence des institutions publiques. Aucune réponse de la municipalité n’est rapportée dans les articles que nous avons pu lire. Ce compte rendu est établi à partir du programme annoncé par Il Tirreno le 23 octobre, sans relation de la journée elle-même. Sources :Il Tirreno, 23 octobre ; QuiNews Pisa, 23 octobre ; La Nazione, 27 octobre
Grande Oriente d’Italia : une délégation paraguayenne reçue au Vascello, Zanardelli et Lessing à l’honneur
Lettre hebdomadaire du 26 octobre 2026 – Grande Oriente d’Italia
Photo : Grande Oriente d’Italia
Dans sa lettre hebdomadaire du 26 octobre, le Grande Oriente d’Italia rapporte que son Grand Maître Antonio Seminario a reçu au Vascello, son siège romain, le lundi 12 octobre, une délégation de la Grande Loge symbolique du Paraguay, conduite par son Grand Maître José Fernández Zacur et composée de vingt frères de la loge Leonardo da Vinci d’Asunción, qu’il a lui-même accompagnés dans la visite des lieux.
La lettre annonce aussi la mise en ligne du numéro d’octobre 2026 de la revue Erasmo, ouvert par un portrait de Giuseppe Zanardelli, homme d’État, juriste et franc-maçon, pour le bicentenaire de sa naissance (26 octobre 1826). Elle relaie par ailleurs, parmi ses rubriques, l’allocution du Grand Maître à la Gran Loggia straordinaria du 19 septembre, un rappel de l’initiation de Gotthold Ephraim Lessing, le 14 octobre 1771 à Hambourg, dans la loge « Zu den drei Rosen » (255 ans plus tôt), et l’exposition Kandinsky du Palazzo Bonaparte, à Rome, ouverte depuis le 15 septembre et visible jusqu’en février 2027. Sources : Lettre d’information du Grande Oriente d’Italia, 26 octobre (courriel) ; Grande Oriente d’Italia, réception de la délégation paraguayenne ; Grande Oriente d’Italia, « È online Erasmo di ottobre 2026 »
Grande Oriente d’Italia : le souvenir d’Achille Ballori, assassiné au Palazzo Giustiniani le 31 octobre 1917
29 octobre 2026 – Grande Oriente d’Italia
Image : Grande Oriente d’Italia
Pour le 109e anniversaire de sa mort, le Grande Oriente d’Italia a publié le 29 octobre un texte de mémoire sur Achille Ballori, médecin et haut dignitaire de la franc-maçonnerie italienne (ancien Grand Maître adjoint, puis Souverain Grand Commandeur du Rite écossais ancien et accepté), tué par balles le 31 octobre 1917, vers 18 h 15, au Palazzo Giustiniani, siège de la Comunione à Rome. Né en 1850, il avait dirigé l’hôpital civil de Mantoue puis les Ospedali Riuniti de Rome et se préparait, selon le texte, à succéder au Grand Maître Ettore Ferrari. L’assassin, arrêté le lendemain, fut déclaré en 1918 atteint de démence paranoïde, d’après une notice de l’obédience de 2019.
Photo : Diego Delso, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Le gouvernement espagnol a reconnu le temple maçonnique de Santa Cruz de Tenerife comme lieu de mémoire démocratique, selon une résolution publiée au BOE et rapportée le 27 octobre par Teneriffa News, d’après l’agence EFE. Propriété de la mairie de Santa Cruz, l’édifice à façade d’inspiration égyptienne, dont la décoration fut achevée en 1923, était jusqu’à l’occupation militaire de 1936 le plus grand centre maçonnique d’Espagne ; il abritait aussi une école laïque qui dispensait gratuitement des cours aux adultes.
Après le coup d’État, le régime franquiste s’en empara : siège de la Phalange, qui y organisait des visites déformant le sens du lieu, puis magasin de ravitaillement et pharmacie militaire ; le secrétaire d’État à la Mémoire démocratique le décrit aussi comme centre de répression, d’interrogatoires et de stockage militaire. Les archives de la loge Añaza furent saisies et ses membres arrêtés, torturés et, pour beaucoup, exécutés ou disparus, selon le secrétaire d’État ; des restes humains découverts en 2009 lors de travaux corroborent, selon le BOE, les témoignages des persécutés. C’est le second site de ce type aux Canaries, après l’ancienne colonie pénitentiaire de Tefía, à Fuerteventura (reconnue en février 2026).
Szczecin : une exposition sur les francs-maçons de la ville s’ouvre dans l’ancien local d’une loge
Vernissage du samedi 24 octobre 2026 – wolnomularstwo.pl
Image : wolnomularstwo.pl
Le samedi 24 octobre à 16 h, le foyer du Teatr Polski (ul. Swarożyca 5, à Szczecin), bâtiment qui abritait jadis la loge « Pod Trzema Cyrklami » (« Aux Trois Compas »), accueillait le vernissage de l’exposition « Wszyscy patrzymy na tę samą rzekę. Szczecińscy masoni, polscy wolnomularze » (« Nous regardons tous le même fleuve. Les francs-maçons de Szczecin, francs-maçons polonais »). Elle est organisée par la loge « Trzy Cyrkle » (« Les Trois Compas »), de l’obédience désignée par le sigle WWP, qui a signé l’annonce du 20 octobre, reprise le 22 octobre par wolnomularstwo.pl. La durée de l’exposition n’est pas précisée. Source :wolnomularstwo.pl, 22 octobre
Pologne : le premier tome de « Morals and Dogma » d’Albert Pike quasiment épuisé en polonais, selon le site qui le vend
24 octobre 2026 – wolnomularstwo.pl
Image : wolnomularstwo.pl
Selon wolnomularstwo.pl (24 octobre), l’édition polonaise de Morals and Dogma d’Albert Pike paraît en tirages limités et numérotés de 333 exemplaires par volume. Le tome 1 vient de s’épuiser (quelques exemplaires subsisteraient) ; il resterait une dizaine à une vingtaine d’exemplaires du tome 2 et quelques dizaines du tome 3, tandis que la précommande du tome 4 progresse très vite. L’article évoque, par un lien, une comparaison de l’effet de rareté avec un « bitcoin maçonnique ». La page ne mentionne ni l’éditeur ni le prix des volumes.
À noter. Le site vend lui-même l’ouvrage et l’article est signé du traducteur : il s’agit d’une communication à visée commerciale, relayée avec prudence. Source :wolnomularstwo.pl, 24 octobre
Roumanie
Suceava : une filiale de Bucovine pour le Centre régional d’études maçonniques Paris–Bucarest
Mercredi 28 octobre 2026 – News Bucovina
Photo : Hedgehog2015, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Selon un communiqué relayé le 28 octobre par News Bucovina, la ville de Suceava (nord de la Roumanie) voit se créer la filiale Bucovina du Centre régional d’études maçonniques Paris–Bucarest, structure consacrée à la recherche historique, philosophique et culturelle sur la franc-maçonnerie, avec une attention particulière au patrimoine et à l’histoire de la Bucovine. Elle sera dirigée par Dragoș Huțuleac, professeur et publiciste, membre du Centre depuis 2011.
Le Centre régional, fondé en 2002 et dirigé par Viorel Dănacu, est membre depuis 2005 de l’Association of Masonic Museums, Libraries and Archives (AMMLA). Premier projet annoncé : « Istoria francmasoneriei în Bucovina – documente, personalități și mărturii » (« Histoire de la franc-maçonnerie en Bucovine – documents, personnalités et témoignages »), avec l’étude d’archives, des loges qui ont fonctionné dans la région et des biographies de personnalités, ainsi que des liens culturels entre Suceava, Cernăuți (Tchernivtsi, aujourd’hui en Ukraine) et d’autres centres européens. Sont attendus des études, des conférences, des expositions documentaires et un volume sur l’histoire de la franc-maçonnerie en Bucovine. Le communiqué ne donne ni date de lancement ni lieu de présentation. Source :News Bucovina, 28 octobre (communiqué, en roumain)
Ukraine
Odessa : un musée de la franc-maçonnerie ukrainienne moderne ouvre dans un immeuble marqué par la guerre
24 octobre 2026 – Dumskaya
Photo : Dezidor, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Un musée de la franc-maçonnerie ukrainienne moderne a ouvert à Odessa, rue Kniajeskaïa, au rez-de-chaussée d’un ancien immeuble de rapport, à quelques mètres des ruines de la « Maison des francs-maçons ». Le logement qui l’abrite a été endommagé en juin 2025 par un bombardement russe, dont l’onde de choc a détruit portes et fenêtres, rapporte le site Dumskaya (24 octobre). Son fondateur, Sergueï Sarafaniouk, journaliste et militant associatif odessite, ancien militaire, affirme ne pas être franc-maçon : après avoir refusé d’adhérer dans les années 2000, il a accepté de conserver le matériel d’une loge.
On y découvre une salle circulaire éclairée à la bougie, des centaines d’objets (tabliers rituels, truelles, compas, équerres), un pan de sol en damier entouré de trois colonnes (Sagesse, Force, Beauté), une table portant la Bible, le Coran et la Torah, ainsi que des reproductions des gravures de Konstantin Skoptsov consacrées aux symboles des 33 degrés. Un cabinet est dédié à la franc-maçonnerie ukrainienne, avec photos, documents et un « passeport maçonnique ». Les visites se font sur réservation, pour de petits groupes, surtout le dimanche. L’article cite trois loges d’Odessa relevant de la Grande Loge d’Ukraine : Zolotaïa Akatsia (fondée en 2000), Lanjeron et Pont Euxin. Source :Dumskaya, 24 octobre (en russe)
Turquie
Istanbul : UMAS 2026, un symposium sur la franc-maçonnerie libérale
Samedi 28 novembre 2026 – UMAS Istanbul
Image : UMAS
La Grande Loge Libérale de Turquie (GLLT) organise, avec la Loge de recherche Janus, le samedi 28 novembre, de 9 h 30 à 17 h 30, à l’hôtel Lazzoni (quartier de Sütlüce, Beyoğlu), la deuxième étape du cycle UMAS, symposium international de recherches maçonniques, sur le thème « La franc-maçonnerie libérale : racines historiques et perspectives contemporaines ». Au programme : Jean-Luc Le Bras (Grand Orient de France) sur le convent de 1877 et la naissance de la franc-maçonnerie adogmatique, Özlem Aydın (Grande Loge Féminine de Turquie) sur les femmes et les loges d’adoption au XVIIIe siècle, l’universitaire Jeffrey Tyssens (Vrije Universiteit Brussel) sur laïcité et adogmatisme dans la franc-maçonnerie libérale continentale (l’expérience belge), et Kemal İnanç Işıklar (GLLT) sur les racines de la conception libérale en Turquie.
La participation est de 900 livres turques (navette depuis Şişhane, ouvrage UMAS 2026, traduction simultanée, pauses et déjeuner) ; l’inscription se fait en ligne sur le site du symposium, disponible en turc, en anglais et en français. Source :UMAS Istanbul 2026, site officiel
Royaume-Uni
Colchester : à 98 ans, Arthur Channon installé Vénérable Maître de la Blackwater Lodge n° 1977
Lundi 12 octobre 2026, récit publié le 23 octobre – Essex Freemasons
Photo : Essex Freemasons
Initié le 11 janvier 1954, Arthur Channon, 98 ans, a été installé le lundi 12 octobre Vénérable Maître de la Blackwater Lodge n° 1977, qui se réunit au centre maçonnique St Giles de Colchester (Essex), après plus de 72 ans de franc-maçonnerie. Soixante et onze frères assistaient à la cérémonie, dont 39 visiteurs et 12 Vénérables Maîtres en visite. John Singh, Assistant Provincial Grand Master, qui représentait le Provincial Grand Master, a annoncé par surprise sa nomination au grade provincial de Past Provincial Grand Standard Bearer, accueillie par une ovation debout. Il s’agit d’un récit publié par la province d’Essex. Source :Essex Freemasons, 23 octobre
Royaume-Uni : un projet d’ouverture au public à Exeter, des visites guidées à Londres et une conférence annoncée par une association de Chalfont St Peter
26 octobre 2026 – Exeter Today ; ianVisits ; Age Concern GX Plus
Photo : Colin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
À Exeter, une demande d’autorisation d’urbanisme (planning application) déposée auprès du conseil municipal concerne le siège des francs-maçons du Devon, au 27 Gandy Street, bâtiment classé de catégorie II aux origines médiévales (XIVe siècle), reconstruit en 1895 (d’après une inscription) après l’incendie de l’ancienne salle, et occupé par la franc-maçonnerie depuis 1885, qui l’avait acquis pour 1 100 £. Sont prévus une entrée de plain-pied, un couloir élargi, un WC accessible et la rénovation des halls d’entrée. Le dossier vise un usage à la fois efficace et inclusif du lieu, qui garde sa fonction maçonnique tout en élargissant l’accès à la communauté. Exeter Today, Devon Live (qui titre que ce temple « secret » s’apprête à s’ouvrir au public pour la première fois) et l’Exmouth Journal (27 octobre, signé Guy Henderson, du Local Democracy Reporting Service) reprennent un texte au contenu proche : aucun calendrier ni journée portes ouvertes n’y est mentionné. Ils rappellent qu’en 2018 le Provincial Grand Master d’alors disait la franc-maçonnerie prête à accueillir des non-initiés, et que les francs-maçons du Devon (plus de 100 loges, dans une cinquantaine de lieux) versent plus de 250 000 £ par an à des associations.
À Londres, le Museum of Freemasonry propose des visites guidées de 55 minutes du Freemasons’ Hall (60 Great Queen Street) à de nombreuses dates, du mardi au samedi (créneaux variables), dont le samedi 31 octobre (11 h-16 h), jusqu’au 11 décembre (dernière date listée) : de la North Gallery du musée aux espaces cérémoniels, dont le Grand Temple avec ses mosaïques, son orgue et ses vitraux. Billet à 15 £, réservation obligatoire via Eventbrite ; le premier étage est accessible par ascenseur. Du 13 novembre au 23 décembre, les vestibules ne sont pas inclus et une scène installée dans le Grand Temple peut masquer certains éléments ; des dates peuvent être annulées en cas d’événement privé.
Londres : deux séminaires de l’Institute of Historical Research consacrés à la franc-maçonnerie, les 18 et 23 novembre
Mercredi 18 et lundi 23 novembre 2026 – Institute of Historical Research (Senate House, Londres)
Domaine public, via Wikimedia Commons
L’Institute of Historical Research (université de Londres) programme deux séminaires hybrides, à Senate House (Malet Street) et en ligne. Le mercredi 18 novembre, de 17 h 30 à 19 h 30 (heure de Londres), Nicholas Dixon traite de « La renaissance de la franc-maçonnerie à King’s Lynn : soldats, sociabilité et subversion dans le Norfolk napoléonien », dans la série consacrée à l’histoire britannique du long XVIIIe siècle. Le résumé part d’un récit de 1812 du pasteur dissident William Richards, à qui un franc-maçon local aurait parlé de « plus de cinq cents » frères dans la ville portuaire, chiffre que le résumé juge gonflé, et rattache le renouveau maçonnique à la guerre déclenchée dans les années 1790.
Le lundi 23 novembre, de 18 h à 19 h 30 (heure de Londres), Mark Dennis, conservateur du Museum of Freemasonry de Londres de 1999 à 2026 et docteur de l’université de Bristol (2023), aborde « Freemasonry and Collecting », dans la série Collecting & Display. Le résumé évoque la culture matérielle des loges, les objets fabriqués à l’intention des francs-maçons, leur goût précoce de la collection et la naissance des musées maçonniques, le premier musée de grande loge étant généralement considéré comme celui de la Grande Loge unie d’Angleterre, fondé en 1837. Chaque page propose un bouton de réservation ; contact indiqué : ihr.events@sas.ac.uk. Sources :Institute of Historical Research, séminaire du 18 novembre ; Institute of Historical Research, séminaire du 23 novembre
Poppy Appeal : les francs-maçons de Londres aux côtés de la Royal British Legion, et un service du souvenir le 31 octobre
Du 24 au 31 octobre 2026 – London Freemasons (Facebook) ; Yorkshire North and East Ridings
Image : Yorkshire North and East Ridings Freemasons
Dans une courte vidéo publiée sur Facebook (#poppyappeal2026), London Freemasons rappelle que, depuis des générations, la franc-maçonnerie londonienne et la Royal British Legion partagent un engagement de service, de mémoire et de soutien à ceux qui ont servi. Cette année, des francs-maçons sont présents dans la capitale pour collecter des fonds pour le Poppy Appeal, la campagne annuelle du coquelicot. Il s’agit d’une communication de la province de Londres, relayée telle quelle.
Dans le même esprit, la province du Yorkshire North and East Ridings annonçait le 24 octobre sa participation au Service national du souvenir des francs-maçons, fixé au samedi 31 octobre au National Memorial Arboretum et organisé cette année par la Grande Loge provinciale du Derbyshire, en hommage à ceux qui ont donné leur vie au service du pays. Des provinces de tout le pays y étaient attendues. Sources :London Freemasons, vidéo Facebook ; Yorkshire North and East Ridings, 24 octobre
Dorset, Durham, Hampshire : des dons et des défis caritatifs de francs-maçons
24 au 27 octobre 2026 – Bournemouth Echo ; Sunderland Echo ; Daily Echo ; Andover Advertiser ; Basingstoke Gazette
Photo : Ethan Doyle White, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Dans le Dorset, les francs-maçons ont accordé 50 000 £ à MYTIME Young Carers, qui accompagne environ 3 000 jeunes aidants par an. Le don finance les journées « Making Memories », où les jeunes se détendent et rencontrent des pairs dans la même situation ; des francs-maçons ont aussi donné de leur temps pour aider les jeunes à participer à des activités (notamment kayak, paddle, escalade et bushcraft), ce qui a permis au personnel de se consacrer aux jeunes aux besoins complexes (Bournemouth Echo, relayé par Yahoo le 26 octobre).
Dans le comté de Durham, le Durham Freemasons Cycling Group a remis 25 000 £ au Heel and Toe Children’s Therapy Centre de Pelton, près de Chester-le-Street, dont la piscine d’hydrothérapie coûte environ 5 000 £ par mois à faire fonctionner. La somme provient de la « Coast and Castles Bike Ride Challenge » (4-6 septembre 2026) : trente cyclistes et cinq chauffeurs, près de 200 miles (320 km) de Pelton à Portobello, à Édimbourg, pour le neuvième défi caritatif du groupe (Sunderland Echo, 24 octobre).
Enfin, dans le Hampshire, John Donoghue, franc-maçon de la province de Hampshire et de l’île de Wight, a réuni plus de 93 000 £ en une dizaine d’années de défis à vélo et à la nage à travers l’Europe (Daily Echo, 24 octobre). Son dernier défi, 800 miles dans les monts Picos de Galice jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle et retour, a rapporté 13 000 £ à la Freemasons’ Charity et 1 740 £ à Lifelites, qui fournit des technologies d’assistance aux enfants en hospice. Parmi les autres : de Gibraltar au Dorset (17 000 £ pour la Royal Masonic Benevolent Institution), d’Édimbourg à Portsmouth (7 000 £ pour le Royal College of Surgeons), une nage de 50 miles en 2022 (7 000 £), le Camino del Norte en 2024 (20 000 £) et le Camino français jusqu’à Finisterre en 2025 (20 000 £ pour le Mark Benevolent Fund). L’Andover Advertiser et le Basingstoke Gazette ont publié le même titre ; nous ne les avons pas consultés. Sources :Bournemouth Echo, 26 octobre ; Yahoo Actualités Royaume-Uni, 26 octobre ; Sunderland Echo, 24 octobre ; Daily Echo, 24 octobre ; Andover Advertiser (titre seul) ; Basingstoke Gazette (titre seul)
Staffordshire, Essex, sud du pays de Galles : des francs-maçons financent hospices, associations locales et soutien aux enfants neurodivergents
27 au 29 octobre 2026 – Express & Star ; Thurrock Nub News ; Freemasonry in South Wales
Photo : South Wales Freemasons
Dans le Staffordshire, la Staffordshire Masonic Charitable Association répartit 60 000 £ entre six hospices du comté et du Black Country, dont 10 000 £ pour Compton Care, à Wolverhampton, qui accompagne notamment des enfants et des familles touchés par des maladies limitant l’espérance de vie. Katharine House (Stafford), Acorns (Walsall), St Giles (Whittington) et Dougie Mac’s (Stoke-on-Trent) figurent parmi les bénéficiaires. Jeremy Roberts, responsable des francs-maçons du Staffordshire, y voit une façon de soutenir des structures qui apportent soins et accompagnement aux familles dans des moments difficiles (Express & Star, 29 octobre).
En Essex, le Cross Keys Community Fund, créé en 2022 par des francs-maçons au centre maçonnique de Chadwell St Mary (Thurrock), dit avoir levé plus de 60 000 £ en cinq ans au profit de plus de 150 écoles, hôpitaux, maisons de soins, associations et groupes locaux ; son cinquième bal de bienfaisance, le 17 octobre, a rapporté plus de 3 000 £ (Thurrock Nub News, 27 octobre).
Dans le sud du pays de Galles, les francs-maçons de la province accordent 60 000 £ à Home-Start Cymru, via la « Freemasons’ Charity » selon la page de la province, pour un projet de deux ans, « Calm, connect, thrive » : accompagner à domicile environ 100 enfants de moins de 11 ans par an à Merthyr Tydfil, avant même un éventuel diagnostic de neurodivergence, et partager formation spécialisée et ressources dans dix-neuf zones d’autorités locales (page de la province, 28 octobre). Les montants et les objectifs sont ceux annoncés par les donateurs et les bénéficiaires, sans vérification indépendante. Sources :Express & Star, 29 octobre ; Thurrock Nub News, 27 octobre ; Freemasonry in South Wales, 28 octobre
Un texte de 2024 refait surface : adapter l’apprentissage du rituel aux francs-maçons neurodivers
Article de décembre 2024 signalé par les alertes du 25 octobre 2026 – London Freemasons
Domaine public, via Wikimedia Commons
Les alertes du 25 octobre ont fait remonter un article du site de London Freemasons, « Apprentissage et développement : rituel pour francs-maçons neurodivers » (Learning & development: ritual for neurodiverse Freemasons). Il s’agit d’un texte de 2024, mis en ligne le 14 décembre 2024 (revue Arena n° 56, hiver 2024) ; rien n’indique une nouvelle publication. Il propose, à partir d’un guide de la province d’East Kent, des conseils pour aider les frères touchés par la dyslexie, les troubles du spectre autistique ou le TDAH à apprendre et à pratiquer le rituel. Nous le signalons comme ressource, non comme actualité. Source :London Freemasons, article de décembre 2024
Irlande
Cork : une dégustation de vins dans la salle de loge historique du Freemasons’ Hall, le 27 novembre, au profit d’un hospice
Vendredi 27 novembre 2026, de 19 h à 21 h 30 – Yay Cork (30 octobre) ; Eventbrite
Photo : JoachimKohler-HB, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
La Harmony Lodge n° 555 (Munster Freemasons) organise une soirée de dégustation le vendredi 27 novembre, de 19 h à 21 h 30, au Cork Freemasons’ Hall (25-27 Tuckey Street). Avec l’équipe de The Wine Buff Cork, elle propose des vins rouges, blancs et effervescents, des amuse-bouches, une tombola et la visite de la salle de loge historique. Le billet coûte 50 € plus frais de réservation, l’accès est réservé aux personnes de 18 ans et plus, les places sont limitées et une partie des recettes est reversée au Marymount University Hospital & Hospice. Yay Cork a relayé l’annonce le 30 octobre ; la page de billetterie précise l’organisateur et les horaires. Sources :Yay Cork, 30 octobre ; Eventbrite, page de réservation
Amériques
États-Unis
Utah : plus de 200 francs-maçons mobilisés pour une « Journée de service » dans douze projets
Samedi 17 octobre 2026, communiqué du 23 octobre – Grande Loge de l’Utah (PRWeb)
Photo : Tricia Simpson, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Le samedi 17 octobre, plus de 200 membres de la Grande Loge de l’Utah et de ses loges ont mené douze projets de service dans tout l’État, à l’initiative du Grand Maître, indique un communiqué publié le 23 octobre à Salt Lake City. Dans le comté de Salt Lake, les bénévoles ont occupé 53 créneaux dans les centres de ressources de l’association The Road Home et nettoyé les Palmer Court Apartments ; à Provo, ils ont soutenu la Food and Care Coalition (repas, douches, laverie, logement transitoire) ; à Ogden, la Lantern House ; à Tooele, Switchpoint ; à Vernal, l’Ashley Valley Homeless and Hungry Coalition ; dans le comté de Davis, le Safe Harbor Crisis Center, qui accueille des victimes de violences conjugales.
Au programme : préparation et service de repas, tri de dons, entretien de bâtiments, nettoyage. Pour le Grand Aumônier Daniel Drew, l’opération montre que l’engagement des francs-maçons s’étend bien au-delà des temples, au service d’organisations qui agissent chaque jour auprès de la communauté. Il s’agit d’un communiqué de l’obédience, présenté tel que diffusé, sans vérification indépendante. Source :PRWeb, communiqué de la Grande Loge de l’Utah, 23 octobre
Oakland : le Scottish Rite Center vendu 9,2 millions de dollars à une organisation à but non lucratif, selon la presse
27 et 28 octobre 2026 – San Francisco Business Times ; SFist ; The Real Deal ; California Freemason (juin 2026)
Photo : Dicklyon, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Le San Francisco Business Times titrait le 27 octobre que le Scottish Rite Center d’Oakland, grand édifice maçonnique de Californie, était vendu 9,2 millions de dollars à une organisation à but non lucratif (article réservé aux abonnés). SFist et The Real Deal ont détaillé l’information le 28 octobre : l’acquéreur serait une organisation spirituelle à but non lucratif liée à l’Art of Living Foundation, ONG fondée en 1981 par Sri Sri Ravi Shankar ; SFist précise que ce lien n’est pas formellement confirmé et que, selon le Business Times qu’il cite, un membre du conseil de la fondation n’a pu être joint. The Real Deal évoque environ 108 dollars le pied carré. Ni la date de clôture ni les projets de l’acquéreur n’ont été publiés.
Le magazine California Freemason (juin 2026) indiquait que le temple, ouvert en 1927 d’après les plans de l’architecte Carl Werner (The Real Deal écrit 1925) et vaste de 85 000 pieds carrés (environ 7 900 m²), avait été officiellement mis en vente fin 2025 : la Valley d’Oakland compte un peu plus de 700 membres, la plupart ne vivant pas à Oakland, pour un bâtiment conçu pour 4 000 à 8 000, et disait ne plus pouvoir en assumer l’entretien. Selon le magazine, le bâtiment, présenté comme un « trophy asset », est protégé contre la démolition ou un réaménagement important ; ni SFist ni The Real Deal ne citent de classement officiel. Sources :San Francisco Business Times, 27 octobre (accès payant) ; SFist, 28 octobre ; The Real Deal, 28 octobre ; California Freemason, « The Modernist and the Masons », juin 2026
Bay City (Michigan) : « A Light On The Lakes », un documentaire sur deux siècles de franc-maçonnerie, projeté le 12 novembre
Jeudi 12 novembre 2026, 18 h – Osgood Event Center, Bay City (MLive)
Photo : Andrew Jameson, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Les Free and Accepted Masons, en partenariat avec la Historical Osgood Preservation Society, annoncent pour le jeudi 12 novembre la projection publique de « A Light On The Lakes », documentaire consacré à deux siècles de franc-maçonnerie dans le Michigan, réalisé pour le bicentenaire de la Grande Loge du Michigan. La séance a lieu à l’Osgood Event Center (1614 Center Avenue, Bay City) : portes à 17 h, film à 18 h. Le film relie la franc-maçonnerie à plusieurs figures de l’État, dont Henry Ford, Herbert H. Dow, Douglas Houghton et Woodbridge N. Ferris, ainsi qu’à plusieurs gouverneurs.
L’entrée est à 10 dollars (gratuite pour les personnels et les élèves des écoles publiques, sur présentation d’une carte valide), au profit de la Historical Osgood Preservation Society. Le producteur, Benjamin Tigner, animera un échange avec le public après la projection. L’annonce est signée « MLive Express Desk ». Source :MLive, « Freemasonry documentary screening set for November in Bay City », octobre 2026
Californie : un portrait vidéo du Grand Maître Ara Maloyan
27 octobre 2026 – California Freemason (chaîne YouTube MasonsofCA)
Capture : California Freemason / YouTube
La Grande Loge de Californie a mis en ligne le 27 octobre, sur sa chaîne YouTube, une vidéo du magazine California Freemason intitulée « Meet Grand Master Ara Maloyan », qui présente son nouveau Grand Maître, franc-maçon depuis 26 ans et membre des loges Santa Monica-Palisades n° 307 et Ararat n° 848. D’après le descriptif, il place son mandat sous le signe de l’unité, de l’harmonie, d’un engagement renouvelé pour la formation maçonnique et le développement spirituel, ainsi que de la croissance et de la profondeur. Aucune mesure précise n’y est annoncée ; nous n’avons pu visionner la vidéo (3 min 45), seulement lire son descriptif. Source :California Freemason, vidéo YouTube du 27 octobre
Canada
Québec : « Quelle maçonnerie pour demain ? », épisode 97 du podcast Sous le Bandeau
Mis en ligne le 24 octobre 2026 – Sous le Bandeau (BaladoQuebec)
Image : Sous le Bandeau
L’épisode 97 du podcast québécois Sous le Bandeau, mis en ligne le 24 octobre (1 h 11), reçoit Franck Fouqueray pour une discussion sur l’avenir de la franc-maçonnerie. Selon le descriptif et le chapitrage de l’épisode, les thèmes vont du recul des effectifs et de l’individualisme contemporain au poids des décors, des temples et de l’argent, de la pyramide de Maslow appliquée à la loge à l’adaptation sans dénaturation (des pratiques sans décors comme le jiu-jitsu ou le karaté, le passage du carré long au cercle, et une question sur l’initiation à domicile chez les rosicruciens), puis à l’intelligence artificielle et aux planches, avec la réinvention des rituels et de la fraternité à l’ère de l’IA.
Guaçuí : la Chambre municipale honore les cent ans de la loge Liberdade e Luz n° 1029
Mercredi 21 octobre 2026 – Aqui Notícias (22 octobre)
Photo : Maycon Batista Silva, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Le mercredi 21 octobre, la Chambre municipale de Guaçuí (État d’Espírito Santo) a tenu une session solennelle en l’honneur des cent ans de la loge Liberdade e Luz n° 1029, fondée en 1926. Le conseiller Valmir Santiago, membre de la loge, a rappelé l’importance historique de la loge, qui a vu la ville naître et grandir, ainsi que ses actions sociales (aide alimentaire, distribution de médicaments, soutien aux étudiants et aux familles endeuillées), et salué le travail du Vénérable de la loge. Il a décrit la loge comme « une école de morale et de civisme » qui prêche, selon lui, Dieu, Patrie, Famille et Liberté. Source :Aqui Notícias, 22 octobre (en portugais)
Amarante (Piauí) : les « Samaritanas Solidárias » offrent jeux et jouets aux enfants d’Alto Alegre
23 octobre 2026 – Somos Notícia
Photo : Alexandro Dias, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Le groupe Samaritanas Solidárias, qui réunit 49 épouses de francs-maçons liées à la loge Acácia Amarantina n° 05, a organisé en fin d’après-midi une action sociale dans le quartier d’Alto Alegre, à Amarante : pula-pula (structure à rebonds) et jeux de ballon, peinture sur visage, distribution de jouets et goûter gratuit (hot-dog et soda). Le jour exact de l’action et le nombre d’enfants ne sont pas précisés par Somos Notícia (article du 23 octobre, mis à jour le 25). Source :Somos Notícia, 23 octobre (en portugais)
Brésil : un label littéraire pour la Grande Loge de Bahia, une fiction maçonnique de Londres à Mars
22 et 23 octobre 2026 – Jornal Grande Bahia ; JDV
Photo : Matti Blume, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
À Bahia, selon le Jornal Grande Bahia, O Homem por Trás do Terno (« L’homme derrière le costume ») de Régis Aragão Leite, avocat et gestionnaire, inaugure le label littéraire de la Grande Loge maçonnique de l’État de Bahia (GLEB), avec la maison d’édition Mondrongo. Lancé à Ilhéus le 16 octobre (loge Vigilância e Resistência) puis à Salvador le 22 octobre, au siège de la GLEB, ce livre de réflexion porte sur l’autoconnaissance, l’éthique, l’intégrité, l’identité et le propósito (raison d’être), et sur la tension entre l’image projetée et les valeurs de la personne.
Autre parution signalée : Exílio Templário de Wildon Lopes, qui se présente comme maçon de 31e degré, publié chez Scortecci (238 pages, 80 reais), mêle histoire, symboles maçonniques et science-fiction : une scène fictive à Londres en 1717 réunit Hugues de Payens, Jacques de Molay et Anthony Sayer, avant un récit en 2736 où humains et robots cohabitent et où les personnages gagnent Mars et découvrent une « ingénierie quantique maçonnique ». Le titre de l’article de JDV, d’allure promotionnelle, parle d’un « premier conte de fiction maçonnique brésilienne » ; le texte ne l’établit pas. Sources :Jornal Grande Bahia, 23 octobre (en portugais) ; JDV, 22 octobre (en portugais)
Maringá : une « Volta Histórica » à la découverte de trois loges maçonniques
Samedi 31 octobre 2026 – O Maringá ; mairie de Maringá
Photo : Mariordo, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
L’agenda culturel de Maringá (État du Paraná), publié le 28 octobre par O Maringá, annonçait pour le samedi 31 octobre, de 8 h 30 à 12 h, la dernière édition de l’année du parcours « Volta Histórica », consacrée à l’histoire de la maçonnerie : départ avenue Duque de Caxias, à l’arrêt de bus voisin de l’ancien hôtel Bandeirantes, puis visite de trois loges maçonniques de la ville. Quarante places étaient proposées, par ordre d’inscription (réservation en ligne). Selon le portail Edson Valério, la visite est accompagnée par un guide du secrétariat municipal à la Culture et les places sont gratuites ; les autres textes lus ne le précisent pas. Sources :O Maringá, 28 octobre (en portugais) ; Blog Orlando Gonzalez, texte de la mairie, 28 octobre ; Portal Edson Valério, 29 octobre
Afrique
Congo
Congo : la Grande Loge du Congo aurait un nouveau numéro deux, selon Africa Intelligence
Mercredi 28 octobre 2026 – Africa Intelligence (accès réservé aux abonnés)
Photo : Henri van der Noot, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Selon le chapô d’un article d’Africa Intelligence publié le 28 octobre, « Qui est le numéro deux de la Grande Loge du Congo ? », le président Denis Sassou-Nguesso, qui dirige la Grande Loge du Congo, aurait nommé aux fonctions de député grand maître un proche de son neveu Edgar Nguesso. Il remplacerait Jean-Dominique Okemba, présenté comme un responsable de la sécurité limogé en avril. L’article est paru aussi en anglais sous le titre « Leading masonic order appoints new deputy grand master ». Le média rattache ce texte à ses précédents : en juin, il évoquait un message attribué au président, annonçant le départ de M. Okemba de la Grande Loge du Congo, qui avait alimenté les spéculations.
Nagpur : trois loges de constitution anglaise ouvrent le Freemasons’ Hall de Civil Lines au public
Dimanche 25 octobre 2026 – The Live Nagpur ; Times of India
Domaine public, via Wikimedia Commons
Le dimanche 25 octobre, de 11 h à 16 h, le Freemasons’ Hall de Civil Lines, à Nagpur, organisait une journée portes ouvertes pour faire découvrir au public le patrimoine, les croyances et les coutumes de la franc-maçonnerie. Trois loges de constitution anglaise en étaient les organisatrices : Corinth Lodge n° 1122, Lodge Bromham n° 6175 et Lodge Penchvale n° 7643. Au programme, d’après l’annonce faite lors d’une conférence de presse : visites guidées expliquant les symboles et les pratiques, et séance de questions-réponses avec des membres. Achevé et consacré en 1904, le bâtiment a 122 ans et fait partie du patrimoine architectural de la ville.
Northland : un bateau accessible grâce à un don de 100 000 dollars des francs-maçons
24 octobre 2026 – Northern Advocate (NZ Herald)
Photo : Bahnfrend, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Le Northern Advocate (Denise Piper, groupe NZ Herald, 24 octobre) consacre sa rubrique « On The Up » à un projet qui doit permettre à des personnes handicapées du Northland de sortir en mer : l’Access to Adventure Charitable Trust réaménage un catamaran à moteur de 16 mètres pour l’ouvrir à des handicaps variés, dont les utilisateurs de fauteuil roulant électrique, avec notamment de meilleures rampes d’accès. Le titre associe le projet à un don de 100 000 dollars des francs-maçons ; le début du texte évoque un coup de pouce apporté par une collecte locale. Seul le début de l’article est accessible sans abonnement : nous ne pouvons préciser la loge ou la Grande Loge donatrice, ni la date de mise à l’eau. Source :NZ Herald, Northern Advocate, 24 octobre (début de l’article seulement, abonnement requis)
Hastings : une cérémonie ouverte au public pour l’ouverture officielle du nouveau Masonic Centre, fixée au 31 octobre
Samedi 31 octobre 2026 – Hawkes Bay Today (NZ Herald)
Photo : Whites Aviation, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Selon Hawkes Bay Today (groupe NZ Herald, Jack Riddell, 30 octobre), qui présente cette société quelque peu secrète comme ouvrant les portes d’une de ses cérémonies pour fêter son nouveau bâtiment, le Hastings Masonic Centre (Queen Street East, à Hastings, dans la région de Hawke’s Bay) devait être officiellement ouvert le samedi 31 octobre par le Grand Maître des Freemasons New Zealand, lors d’une cérémonie maçonnique ouverte au public. Seul le début de l’article est accessible sans abonnement : nous n’avons pu lire ni l’horaire, ni le programme, ni les détails sur le bâtiment. Source :NZ Herald, Hawkes Bay Today, 30 octobre (début de l’article seulement, abonnement requis)
Au fil de ces regards croisés, cette revue de presse invite à prolonger la réflexion, à confronter les points de vue et à demeurer attentifs aux mouvements de notre temps, dans un esprit de liberté, de vigilance et de fraternité.
Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, nous vous souhaitons une bonne lecture.
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Il est, certes, une injustice dont les générations anciennes devraient prendre la mesure : avoir laissé aux jeunes le sentiment d’hériter d’un monde à bout de souffle. Une dette publique qui hypothèque leurs lendemains, des métiers qui se raréfient ou se métamorphosent sous le fulgurant effet de l’intelligence artificielle, une planète dont les équilibres se défont inexorablement, des océans empoisonnés de la houle aux abysses, des promesses collectives qui, dans les comptes comme dans les consciences, perdent beaucoup de leur crédibilité…donnant, plus qu’un retentissement, une portée démiurgique aux vieilles exclamations mélancoliques des cieux changeants et des gouffres amers, et accumulant, dans des horizons de cendres, sables mouvants, dérives aveugles et écueils invisibles.
À peine aux portes de la vie active, voici les nouvelles troupes sommées de réparer un monde qu’elles n’ont en rien contribué à dérégler. Pour légitimes que soient ces constats crépusculaires, ils sont loin, cependant, d’épuiser l’efflorescence de moult réalités et ne disent rien, en vérité, des forces prodigieuses qui sont déjà à l’œuvre pour changer la donne en profondeur.
Car la génération des papy-boomers comme celle « oubliée », surnommée X, que l’on accuse pêle-mêle d’avoir compromis l’avenir, sont aussi celles qui ont rendu possibles des transformations technologiques sans précédent. L’intelligence artificielle générative, les progrès de la médecine, les biotechnologies, les nouvelles énergies et les sciences du vivant ouvrent des perspectives dont nous commençons à peine à mesurer l’ampleur. Les métiers de demain ne sont pas tous inventés ; certains naîtront précisément des bouleversements que nous redoutons aujourd’hui. Le progrès fera nécessairement disparaître des emplois, tandis qu’il en suscitera obligatoirement d’autres, il transformera les compétences et libérera des capacités humaines jusqu’alors inexploitées voire largement insoupçonnées.
Même les controverses agricoles méritent d’être soustraites aux dogmes. Les organismes génétiquement modifiés ne sont pas, par nature, les ennemis irréductibles d’une agriculture respectueuse de l’environnement. Tout dépend des organismes concernés, des usages, des risques évalués et des intérêts économiques à long terme. La technologie n’est ni une providence ni une malédiction : elle produit un pouvoir dont il nous appartient de déterminer et de contrôler les fins
Sans compter qu’avec la promesse d’un accès universel au savoir dans sa propre langue, se dessine un horizon nouveau. Elon Musk, dont on me fera le crédit de croire que je ne suis pas un zélateur impénitent, vient d’annoncer que tous les contenus publiés sur X seront instantanément diffusés dans l’idiome de la consultation, illustrant cette ambition jusqu’à présent irréalisable d’abolir les barrières linguistiques, de rapprocher les intelligences et de rendre partageable une part croissante du patrimoine humain. Encore faudra-t-il que cette universalité, qui gagnera rapidement toutes les plateformes internationales, ne se confonde pas avec une dépendance accrue à des flux incessants et que la circulation d’une information gigantesque et protéiforme ne dispense, moins que jamais, d’en vérifier la pertinence, c.-à-d. au moins l’origine et, si possible, la validité.
C’est ici que la démarche maçonnique peut éclairer le débat. Elle ne consiste pas à célébrer aveuglément les promesses du progrès, pas davantage à se réfugier dans la nostalgie d’un monde disparu. Elle invite à prendre du recul, à suspendre les certitudes immédiates, à examiner les conséquences de nos actes et à distinguer ce que nous pouvons faire de ce que nous devons faire. Le travail symbolique sur la pierre brute rappelle que toute puissance exige une discipline, toute liberté une responsabilité, toute construction une juste mesure.
L’intelligence artificielle nous pose ainsi une question profondément initiatique : saurons-nous développer notre puissance d’agir sans renoncer à notre faculté de juger ? À quoi servirait, par exemple, une médecine capable de prolonger la vie, si nous ne savions plus en préserver la dignité ? Que vaudrait un savoir accessible à tous, si la manipulation dominait la réflexion sans combat ? Et quelle valeur aurait une croissance technologique qui laisserait aux générations futures le fardeau de ses dégâts écologiques et de ses déséquilibres sociaux ?
La responsabilité des anciens n’est donc ni de demander pardon à la jeunesse en lui abandonnant un monde réputé perdu, ni de lui vanter les merveilles d’un avenir dont ces mêmes aînés n’auront probablement pas à subir les conséquences. Elle est de lui transmettre des outils, des connaissances, mais aussi le sens des limites et le courage de choisir… mieux qu’ils ne surent le faire ! Quant aux jeunes, ils ne sont pas condamnés à recevoir passivement un héritage : ils peuvent évidemment le contester, le transformer et lui donner un sens inédit.
Entre les générations, le véritable legs ne saurait donc se limiter ni à la seule dette, ni à la seule technologie. Les vieilles lunes de la spiritualité et de la philosophie ne sont pas mortes. Là encore, la tradition initiatique a le grand intérêt d’insister sur une méthode : apprendre à questionner, confronter les points de vue, éprouver les faits, prévoir les conséquences et agir sans se dérober.
Comme elle n’a jamais cessé de le faire valoir, la franc-maçonnerie nous rappelle inlassablement que l’édifice humain demeure inachevé. Peut-être est-ce là, finalement, la meilleure nouvelle à transmettre aux jeunes : le monde qu’ils reçoivent n’est pas seulement celui que nous avons abîmé ; c’est aussi celui qu’ils ont le pouvoir de reconstruire — à condition que nous leur laissions, avec les moyens d’y parvenir, la liberté et la responsabilité d’en décider.
Le nez contre la vitre, la jeunesse se voit aujourd’hui, semble-t-il, comme l’héritière d’un monde sans avenir… alors qu’au même moment, les générations antérieures la dote des outils propres à le réinventer, en révolutionnant comme jamais la condition humaine et la maîtrise des équilibres les plus vastes comme les plus subtils.
Le dessinateur Tetsuya Chiba est mort le 22 octobre 2026 à Tokyo, à 87 ans, des suites d’un syndrome myélodysplasique, ont rapporté l’agence Kyodo et la chaîne NHK. Son éditeur Shogakukan a annoncé la nouvelle le 27 octobre. Sous ses habits de manga de boxe, Ashita no Joe raconte la fabrication d’un être par l’épreuve.
Le retour de Moukden
Tokyo après les cendres, dans l’esprit d’une estampe japonaise (Création IA)
Tetsuya Chiba naît à Tokyo le 11 janvier 1939 et passe son enfance en Mandchourie, à Moukden, aujourd’hui Shenyang. La défaite de 1945 ramène sa famille au Japon, dans un pays en ruines où il faut réapprendre à tenir debout. Ce déracinement, il y reviendra jusqu’au bout. À dix-sept ans, en 1956, il dessine déjà pour le manga de prêt. Il publie en magazine dès 1958, puis s’impose dans le récit sportif avec Ore wa Teppei et Notari Matsutarō, vaste saga consacrée au sumo.
Membre de l’Académie des arts du Japon en 2022, il reçoit en 2024 l’Ordre de la Culture, premier auteur de manga à obtenir cette distinction. Après la cérémonie, il a rappelé qu’Osamu Tezuka avait pleuré de dépit au temps où le manga passait pour une lecture nuisible. Il publiait encore en 2026, dans Big Comic, son journal dessinéHinemosu Notari Nikki, où reviennent l’enfance et la guerre, et il participait au jury final du prix créé à son nom par Kodansha en 1980 pour les jeunes auteurs.
Le maître ivre et l’orphelin
La salle d’entraînement, à l’aube (Création IA)
De 1968 à 1973, le Weekly Shōnen Magazine de Kodansha publie Ashita no Joe, dessiné par Tetsuya Chiba sur un scénario signé Asao Takamori, nom de plume du scénariste plus connu sous celui d’Ikki Kajiwara. Joe Yabuki, orphelin et bagarreur, surgit un jour dans le quartier des doya, ces meublés de misère où logent les journaliers. Il y croise Danpei Tange, ancien patron de salle tombé dans l’alcool, qui devine un talent dans ses poings et une matière à travailler dans sa rage. Le gamin sans repères découvre la boxe, ses règles, ses codes et ses maîtres.
Deux coins, un miroir, affiche imaginaire dans l’esprit des années 1960 (Création IA)
Face à lui se dresse Tōru Rikiishi, prodige du ring, qui se prive jusqu’à l’extrême pour l’affronter. Les deux garçons se tendent un miroir, l’un par sa discipline, l’autre par sa fureur. À l’issue de leur combat, Rikiishi meurt, et Joe ne parvient plus ensuite à frapper aux tempes. Quelque chose est mort en lui avec son rival, et quelque chose d’autre doit naître.
Le 24 mars 1970, un personnage de papier reçoit des obsèques. Dans une salle de l’éditeur Kodansha, à Tokyo, plusieurs centaines d’admirateurs se pressent, à l’initiative du dramaturge Shūji Terayama et de sa troupe Tenjō Sajiki.
Quelques jours plus tard, en avril 1970, la chaîne Fuji TV diffuse le premier épisode de la série animée, réalisée par Osamu Dezaki. Le gamin des bas quartiers entre dans les foyers. Des films ont suivi, puis Megalobox en 2018, pour les cinquante ans du manga.
Le seuil des cordes
Le ring vu d’en haut, lieu mis à part (Création IA)
Nous nous gardons de plaquer un cadre maçonnique ou ésotérique sur une œuvre dont rien n’indique que ses auteurs l’aient voulue ainsi. Reste que sa construction épouse un schéma initiatique bien connu. Joe quitte l’errance pour entrer dans un espace réglé. Danpei, guide imparfait, lui transmet moins une technique qu’une éthique de l’effort, et l’entraînement, brutal et répété, agit comme une série d’épreuves destinées à briser l’ego ancien. Vient ensuite le double, puis la mort symbolique, puis la tentative de renaître. Le ring devient un lieu mis à part, où la violence, encadrée par des règles, change de nature. Franchir les cordes, c’est accepter d’être éprouvé.
Dans le Japon de l’après-guerre, cette histoire parle à une génération qui a connu la défaite et la reconstruction et qui cherche comment se relever. Des étudiants contestataires de l’époque y trouvent aussi un héros, sans que l’œuvre vire au pamphlet, car elle reste centrée sur l’individu. Joe, lui, ne se relève jamais tout à fait. Au terme de son dernier combat, contre José Mendoza, il reste assis dans son coin, blanc comme la cendre, et les lecteurs débattent depuis plus d’un demi-siècle de son sort. Dès l’annonce de la mort de son dessinateur, des auteurs comme George Morikawa, père de Hajime no Ippo, et Yasuhisa Hara, auteur de Kingdom, lui ont rendu hommage.
Ashita veut dire demain. Tetsuya Chiba s’en va, la dernière image reste en suspens, et chacun de nous demeure face à son propre coin de ring, devant ce qui doit y mourir pour que demain commence.
Certaines querelles maçonniques semblent relever de l’érudition jusqu’au moment où elles touchent au cœur de la transmission. Qui fonde une autorité initiatique, la signature d’un souverain, la continuité d’une chaîne, l’acceptation d’une règle ou le serment de ceux qui s’y soumettent librement ? En défendant l’authenticité des Grandes Constitutions de 1786, Albert Pike ouvre un débat plus vaste sur la légitimité, la mémoire et la parole donnée. Sa démonstration de l’origine berlinoise demeure discutable pour l’historien contemporain, mais son enquête oblige à distinguer la preuve, la vraisemblance et l’autorité acquise par la réception. Derrière Frédéric II et Charleston surgit ainsi une question proprement initiatique – que recevons-nous réellement lorsque nous recevons une tradition ?
Quand l’authenticité devient une question de méthode
Albert Pike ne prétend pas posséder la pièce décisive qui fermerait définitivement le débat. Il affirme croire à l’authenticité des Grandes Constitutions tout en refusant de la présenter comme un fait absolument démontré. Il parle de probabilité, d’indices convergents et d’insuffisance des objections adverses. Cette prudence mérite d’être relevée, car elle contraste parfois avec la vigueur de certaines pages polémiques. Pike accepte donc que l’histoire maçonnique se construise avec des archives lacunaires, des copies tardives et des traditions dont la force institutionnelle peut dépasser la certitude de leur origine.
Son premier mouvement suit la transmission matérielle du texte
Albert Pike, général confédéré pendant la guerre civile américaine
Le Suprême Conseil de Charleston ne possédait d’abord qu’une version française imparfaite. La version latine apparaît dans le traité conclu à Paris le 23 février 1834 et se trouve accompagnée d’une certification signée par huit personnalités ayant déclaré l’avoir comparée avec les exemplaires officiels conservés dans les archives de l’Ordre. Parmi elles figure le marquis de La Fayette. Albert Pike remarque ensuite que Charleston ne disposa de cette version latine que beaucoup plus tard. L’accusation d’une falsification latine fabriquée en Caroline du Sud devient dès lors difficile à maintenir sous sa forme traditionnelle. Son raisonnement est celui d’un juriste qui suit une chaîne de possession, confronte les copies et éprouve les témoins.
Né en 1809 et mort en 1891, avocat, homme de lettres et Grand Commander du Suprême Conseil de la Juridiction Sud des États-Unis de 1859 jusqu’à sa mort, Albert Pike reste surtout associé à Morals and Dogma of the Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry, publié en 1871. Cette enquête, d’abord parue en 1872 puis reprise en 1883, révèle l’autre versant de son œuvre. Pike écrit en historien, en avocat et en gardien d’une tradition dont il défend la dignité, triple position qui donne au texte son énergie autant que sa fragilité.
Frédéric II demeure au centre du procès sans devenir une preuve à lui seul
L’un des passages les plus révélateurs survient lorsque Pike reconnaît avoir changé d’avis. Il avait longtemps jugé probable que Frédéric II n’eût joué aucun rôle dans les Constitutions et que leur attribution au roi de Prusse relevât d’une pieuse fiction élaborée en Europe avant 1800. Il affirme ensuite s’être convaincu qu’elles furent conçues à Berlin sous les auspices du souverain en mai 1786. Cette confession de déplacement intellectuel donne à l’enquête une qualité peu commune dans la controverse maçonnique. Pike expose les faits qui ont modifié son jugement et laisse au lecteur la responsabilité de les peser.
Son dossier rassemble des indices de nature différente. Une lettre de Solomon Bush adressée à Frédéric en novembre 1785 évoque déjà son autorité sur la haute Maçonnerie et un Grand Conseil à Berlin. Un brevet genevois de 1797 mentionne les 31ᵉ, 32ᵉ et 33ᵉ degrés, ce qui fragilise la thèse d’un 33ᵉ degré entièrement fabriqué à Charleston en 1801. Pike examine aussi la santé du souverain, son activité gouvernementale, sa présence à Potsdam, les signatures et les fautes latines invoquées contre l’authenticité.
Albert Pike Younger
La distinction reste toutefois décisive. Démontrer que Frédéric pouvait travailler en 1786 ne prouve pas qu’il approuva les Constitutions, pas davantage que la circulation du 33ᵉ degré à Genève en 1797 n’établit l’origine berlinoise du système. Pike détruit plusieurs objections, mais franchit parfois trop vite la distance qui sépare l’impossibilité réfutée de l’événement établi. L’absence d’une preuve de falsification n’équivaut pas à la preuve d’une origine. Son talent d’avocat apparaît ici plus nettement que la méthode de l’historien moderne.
Charleston devient le lieu d’un autre procès, celui des hommes et de leur honneur
Maison du temple, siège du Suprême Conseil de la juridiction sud du REAA
Le débat dépasse bientôt Frédéric II. Pike défend les fondateurs du Suprême Conseil de Charleston contre Ragon, Clavel et d’autres auteurs qui avaient décrit la naissance du Rite comme une entreprise de spéculation et de falsification attribuée à plusieurs Juifs. Il corrige les dates, les identités, les professions et les origines. John Mitchell, Frederick Dalcho, Emanuel de la Motta, Abraham Alexander, Thomas Bartholomew Bowen, Israel de Lieben, Isaac Auld, Moses C. Levy et James Moultrie redeviennent des hommes inscrits dans la société de Charleston, militaires, médecins, négociants, religieux ou serviteurs publics, plutôt que les silhouettes commodes d’une légende hostile.
Les pages consacrées à Israel de Lieben et Emanuel de la Motta prennent une tonalité réparatrice. Les témoignages insistent sur leur intégrité, leur charité, leur tolérance religieuse et leur engagement civique. Malgré un langage marqué par le XIXᵉ siècle, le geste reste précieux. Une accusation réduisant des hommes à leur origine religieuse revient à l’épreuve des actes. La fraternité commence aussi par le refus de laisser la rumeur usurper la place du jugement.
La vigueur d’Albert Pike constitue pourtant une limite réelle. Ses adversaires subissent une ironie souvent mordante, parfois une attaque personnelle qui dépasse la réfutation nécessaire. Pike cherche la vérité, mais il combat aussi pour une juridiction dont son propre office garantit la continuité. Cette tension n’annule pas son travail. Elle impose de le lire avec l’équerre du discernement plutôt qu’avec l’encensoir de l’admiration.
De Morin à Charleston, la transmission se lit dans les patentes autant que dans les légendes
La seconde grande respiration du livre retrace la formation de la Maçonnerie écossaise aux États-Unis. Pike remonte au Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, au Rite de Perfection en vingt-cinq degrés, au brevet accordé à Étienne Morin en 1761, puis aux transmissions qui passent notamment par Henry Andrew Francken, Moses Michael Hays et Barend Moses Spitzer avant de rejoindre Charleston. Les grades circulent, les pouvoirs se délèguent, les systèmes se transforment et le titre d’Inspecteur Général acquiert progressivement une importance nouvelle.
Cette reconstruction fait apparaître une tradition en mouvement. Une transmission initiatique passe par des hommes, des traductions, des juridictions, des conflits, des voyages, des pertes d’archives et des réorganisations.Le Rite Écossais Ancien et Accepté paraît moins comme le produit instantané d’un décret souverain que comme l’aboutissement d’une maturation institutionnelle. Pike veut rattacher cette maturation aux Constitutions de 1786, tandis que son propre récit révèle des continuités et des métamorphoses.
Les pages consacrées à l’Allemagne, aux Illuminés de Bavière, aux anciens Jésuites et aux Rose-Croix cherchent également à rendre l’hypothèse berlinoise plausible. Albert Pike envisage qu’un souverain sceptique envers certaines formes maçonniques ait pu protéger une haute Maçonnerie servant sa politique religieuse. Le contexte éclaire l’hypothèse sans constituer une chaîne de causalité démontrée.
La loi du Rite tient aussi à la parole de ceux qui jurent de la maintenir
La pensée la plus féconde apparaît lorsque Pike cesse de faire dépendre toute légitimité de l’authenticité matérielle de 1786. Dans ses conclusions, il affirme que le Suprême Conseil de Charleston pouvait adopter les Constitutions comme loi du nouvel Ordre quels qu’en fussent le lieu, la date ou l’auteur exacts, de même que les Constitutions d’Anderson acquirent une autorité par leur réception dans la Maçonnerie symbolique. Il rappelle aussi que les Maçons du Rite jurent de maintenir cette loi. À cet endroit, le débat change de nature. La réception, l’engagement et la continuité vécue deviennent eux aussi producteurs de légitimité.
Pour le Franc-Maçon, cette proposition mérite méditation. Le serment ne rend pas vraie une légende historique. Il engage celui qui parle envers une règle reçue, une communauté et une exigence morale. La parole donnée ne transforme pas une hypothèse en fait, mais elle transforme le sujet qui s’oblige. Pike touche ainsi à une distinction initiatique essentielle entre la vérité factuelle d’une origine et la fidélité consciente à une transmission. La pierre n’est pas sacrée parce qu’elle serait ancienne. Elle acquiert sa valeur symbolique parce qu’elle est reconnue, travaillée et intégrée à une construction dont chacun accepte de répondre.
Cette idée protège la Franc-Maçonnerie de la tentation de chercher dans un pedigree prestigieux la garantie de sa valeur. Si la dignité du Rite dépendait d’une signature royale, sa Lumière resterait suspendue à l’autorité d’un prince mort en 1786. L’initiation enseigne au contraire que l’autorité intérieure se construit dans le travail, la mesure, la fidélité et la responsabilité. Le compas rappelle la limite lorsque la conviction dépasse la preuve.
L’archive ne donne pas la Lumière, elle oblige à la chercher
Albert Pike livre un ouvrage de combat, savant, parfois excessif, souvent plus subtil que la cause institutionnelle qu’il défend. Sa force réside dans l’attention portée aux traces, aux filiations et aux incohérences des accusations. Sa faiblesse naît du mouvement qui le pousse parfois à convertir une objection détruite en confirmation positive. Sa valeur durable tient cependant à une exigence plus haute. La mémoire maçonnique ne peut être abandonnée ni à la crédulité dévote ni au scepticisme paresseux. Elle réclame une discipline capable de distinguer ce qui est établi, probable, transmis ou seulement espéré.
Albert Pike_statue,Washington
Une tradition digne d’être transmise n’a rien à craindre du doute méthodique, pourvu que le doute lui-même accepte la mesure. Les Grandes Constitutions de 1786 restent un objet d’histoire et de controverse, mais Pike conduit vers une interrogation plus intime que leur seule datation. Lorsque les archives ne peuvent offrir une certitude parfaite, quelle part de notre fidélité relève de la preuve, quelle part relève de la confiance, et surtout quelle part engage notre propre responsabilité dans ce que nous transmettrons à ceux qui viendront après nous ?
Bijou des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33e degré
Albert Pike, A Historical Inquiry in Regard to the Grand Constitutions of 1786, Washington, D.C., 1883, publication institutionnelle du Supreme Council for the Southern Jurisdiction of the United States, 87 pages de texte hors pages liminaires, prix d’origine non indiqué.
L’étude avait été publiée une première fois en 1872 par ce même Suprême Conseil, comme texte introductif aux Grandes Constitutions de 1786 du Rite Écossais Ancien et Accepté. L’édition de 1883 en assure une diffusion autonome et élargie, toujours sous l’autorité de la Juridiction Sud des États-Unis, sans mention d’un éditeur commercial distinct.
Devenue un document de référence dans les controverses historiques relatives aux origines du R.E.A.A. et à l’authenticité des Constitutions de 1786, elle a depuis fait l’objet de plusieurs réimpressions en fac-similé, notamment chez Kessinger Publishing en 2003 et chez Outlook Verlag en 2023, cette dernière édition comptant 94 pages.
Au XIIe siècle, des colonnes de pierre portaient une lampe à leur sommet, sans que l’on sache toujours si elle éclairait des obsèques ou rassurait le voyageur en l’invitant à prier pour les morts. Près de neuf siècles plus tard, on creuse des courges pour d’autres lumières, et l’émission L’Église d’aujourd’hui a consacré, le 24 octobre sur RMC, un numéro aux dangers d’Halloween et à l’occultisme, avec le discernement du Père Jean-Baptiste Edart. Que reste-t-il de la veillée entre la lanterne et la citrouille ? Enquête sur une fête passée, en moins de trente ans, de l’opération publicitaire au calendrier, sur ses morts sans nom et sur ce que le crâne du cabinet de réflexion peut encore en dire.
Une généalogie qui se dérobe
Le mot ne cache rien : Halloween contracte l’anglais All Hallows’ Eve, la veille de la Toussaint. Le récit courant va plus loin et plus vite : cette nuit-là, les Celtes auraient fêté Samain, leur nouvel an, quand s’entrouvre la porte des morts, et l’Église, faute d’abolir la fête, l’aurait recouverte de ses saints. L’historien Ronald Hutton, dans The Stations of the Sun (1996), y trouve peu d’appui : aucune source ancienne ne décrit clairement une fête celtique des défunts au début de novembre, et l’idée doit beaucoup à John Rhys et à James Frazer, qui lisaient dans le folklore des vestiges antiques. Samain est certes attesté par les récits irlandais du Moyen Âge, mais comme date d’assemblées et d’aventures surnaturelles. Quant au 1er novembre, il contrarie le scénario : les martyrologes irlandais du haut Moyen Âge placent la fête de tous les saints au 20 avril, et c’est des Églises d’Angleterre et d’Allemagne, vers 800, que nous vient la date actuelle. En 998, l’abbé de Cluny Odilon prescrit à ses moines de commémorer le lendemain tous les fidèles défunts. Les faits établis sont donc chrétiens et monastiques ; un fonds irlandais plus ancien reste une hypothèse, que rien ne permet d’étendre à la Gaule ; les druides officiant autour des bûchers relèvent de la légende, et la porte entrouverte, de la lecture symbolique.
Navets creusés, lanternes de pierre
Navet creusé, chandelle et gâteaux de l’âme sur un seuil : scène imaginée – Création IA
Les îles Britanniques ont gardé de cette veille des feux, des déguisements, des navets creusés où brûle une chandelle. Mieux documenté, le souling : dès le début du XVIe siècle, des enfants et des pauvres allaient de porte en porte, en Angleterre, à la Toussaint et à la commémoration des défunts, et recevaient des gâteaux en échange de prières pour les morts de la maison. Le don avait un destinataire. La France a ses propres lumières : les lanternes des morts, colonnes creuses du XIIe siècle dont le sommet portait une lampe, comme à Cellefrouin, en Charente, ou à Ciron, dans l’Indre. Viollet-le-Duc, qui les inventorie dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française, doute qu’elles aient simplement éclairé des obsèques et retient l’idée d’un signal qui rassure le voyageur contre les esprits de la nuit et l’invite à prier pour les défunts. Jacques Le Goff situe à la même époque la naissance du Purgatoire (La Naissance du Purgatoire, 1981) : rien ne prouve que les deux se répondent, mais tous deux supposent que les vivants peuvent quelque chose pour les morts.
Huit mille citrouilles au Trocadéro
Une mer de citrouilles au crépuscule, la tour Eiffel à l’horizon : évocation de l’opération de 1997 – Création IA
Passée par l’Amérique, où l’émigration irlandaise du XIXe siècle a changé le navet en citrouille, la fête entre en France par la publicité plutôt que par la tradition. En octobre 1997, France Télécom couvre le Trocadéro de huit mille citrouilles pour une opération baptisée « Olaween ». À la veille de la Toussaint 1999, les évêques de France condamnent ces pratiques en termes sévères, rapporte Jean Markale, au nom du respect dû aux défunts. En 2002, la radio américaine NPR évoque une famille française sur quatre en quête de bonbons, l’inquiétude d’une partie de l’Église, pour qui la Toussaint invite à penser la mort et non sa caricature, et la réplique de jeunes catholiques parisiens, Holywins, qui offrent des pâtisseries plutôt que des sucreries. Les enquêtes suivantes ne se superposent pas : trois Français sur dix célèbrent Halloween selon un sondage du Parisien en 2016, six sur dix le déclarent en 2022 pour l’Observatoire Société et Consommation. Leurs définitions diffèrent, mais elles disent qu’une pratique minoritaire est devenue ordinaire. Là où la Toussaint, que l’usage a faite jour des morts, fleurit des tombes qui portent un nom, la veille promène des morts qui n’en ont pas.
Le discernement et le frisson à vendre
Le rayon des frissons : la veillée devenue calendrier commercial – Création IA
Près de trente ans après le Trocadéro, la fête s’est institutionnalisée : on la programme. Le Disney Halloween Festival court cette année, à Disneyland Paris, du 26 septembre au 1er novembre : la veillée d’une nuit est devenue une saison de plus d’un mois, qui s’achève le jour même de la Toussaint. Dans le Jura, la médiathèque de Voiteur proposait en 2024 un atelier d’Halloween dès quatre ans. Le commerce y a trouvé son calendrier : environ 300 millions d’euros en 2023, dont 50 pour les seules confiseries, selon l’Observatoire Société et Consommation pour les Confiseurs de France.
Reste le discernement, que l’émission place en titre. Le Catéchisme de l’Église catholique rejette la divination, l’évocation des morts, la magie et le spiritisme (§ 2116–2117) ; quant au Samhain des néopaïens, il appartient à un calendrier à huit fêtes popularisé au milieu du XXe siècle, construction récente plutôt que survivance. Le discernement consiste à ne pas prendre pour une magie ce qui est un costume, ni pour un costume ce qui est une pratique. Les Francs-Maçons n’ont pas oublié ce que l’on peut fabriquer avec de la peur : de 1885 à 1897, Léo Taxil vendit à un public crédule un satanisme maçonnique inventé de bout en bout, avant d’en faire l’aveu à la Société de géographie, le 19 avril 1897. L’épisode n’invalide aucune inquiétude sincère ; il rappelle seulement que la peur se vend aussi bien que les bonbons.
Le crâne et le prénom
Le Franc-Maçon côtoie, lui, la mort représentée sans y voir une invocation. Dans les rituels du Rite Français et du Rite Écossais Ancien et Accepté, sous des formes que chaque Obédience règle à sa façon, le profane attend dans un cabinet de réflexion, face à un crâne et à un sablier, et y rédige son testament philosophique ; d’autres traditions, notamment anglo-saxonnes, préparent autrement le candidat. Le crâne y est un miroir : c’est le profane qui meurt. Le grade de Maître repose, dans la plupart des rites, sur la mort d’Hiram, un mort nommé, pleuré, dont on reçoit la charge. Le crâne du rayon Halloween est un cousin du premier, issu comme lui du memento mori chrétien, sans que l’un descende de l’autre ; mais il n’est le miroir de personne. Les squelettes, fantômes et zombies de la fête sont des morts sans nom, figurants d’une veillée qui ne veille plus personne.
Selon Arnold van Gennep (Les Rites de passage, 1909), un rite de passage enchaîne séparation, marge et agrégation. Halloween offre une marge superbe ; l’agrégation lui manque, car personne n’y est reçu. L’anonymat, pourtant, ne fait pas à lui seul la différence : la commémoration d’Odilon confiait à la prière tous les fidèles défunts, y compris ceux que nul ne pleurait, et en faisait une charge ; c’est la charge qui manque à Halloween. Une planche pourrait partir de là : qui sont, pour une Loge, ses morts sans nom, ces Frères dont plus personne ne prononce le prénom et à qui elle doit pourtant le rituel qu’elle pratique ?
Un cabinet de réflexion imaginé : crâne, sablier, feuille blanche. Les dispositions varient selon les rites et les Obédiences – Création IA
Au flanc de ces lanternes de pierre, il y avait une petite porte, ménagée pour la lampe. Elle ne s’ouvrait pas pour ceux qui passaient ; elle s’ouvrait pour la lumière, et laissait à chacun le soin de lever les yeux ou de poursuivre sa route. C’est peut-être l’essentiel de ce que demande une veillée : qu’une flamme parvienne jusqu’à ceux dont plus personne ne sait le nom, et que nul ne soit contraint de s’arrêter.
Bibliographie sélective
Ronald Hutton, The Stations of the Sun. A History of the Ritual Year in Britain, Oxford, Oxford University Press, 1996 (consulté par extraits).
Jean Markale, Halloween. Histoire et traditions, Paris, Imago, 2000 (introduction consultée en ligne ; c’est par elle que nous connaissons la condamnation de 1999).
Eugène Viollet-le-Duc, « Lanterne des morts », Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, Paris, 1854–1868 (article consulté dans le texte reproduit par Wikisource).
Jacques Le Goff, La Naissance du Purgatoire, Paris, Gallimard, 1981 (référence vérifiée dans un catalogue de bibliothèque ; ouvrage non relu pour cet article).
Arnold van Gennep, Les Rites de passage, Paris, Émile Nourry, 1909 (référence identifiée ; ouvrage non relu pour cet article).
Eugen Weber, Satan franc-maçon. La mystification de Léo Taxil, Paris, Julliard, coll. « Archives », 1964 (référence identifiée ; ouvrage non relu pour cet article).
Nicholas Rogers, Halloween. From Pagan Ritual to Party Night, Oxford, Oxford University Press, 2002 (pour aller plus loin ; référence identifiée, ouvrage non consulté).
Catéchisme de l’Église catholique, § 2116–2117.
Nick Spicer, « Catholic Church Takes Dim View of French Halloween », NPR, 1er novembre 2002 (article consulté en ligne).
Sondage publié par Le Parisien en 2016, tel que relayé par lepetitjournal.com (consulté en ligne).
Rossel Conseil Médias, page consacrée à Halloween reprenant les chiffres de l’Observatoire Société et Consommation pour les Confiseurs de France, 2022–2023 (source secondaire, consultée en ligne).
Sortiraparis, présentation du Disney Halloween Festival 2026, Disneyland Paris (consulté en ligne).
IF Martin Méry, page consacrée à l’opération « Olaween » de France Télécom, octobre 1997 (consultée en ligne).
macommune.info, annonce de l’atelier d’Halloween de la médiathèque de Voiteur, 2024 (consultée en ligne).
Wikipédia (en anglais), notices « Soul cake » et « Wheel of the Year » (sources secondaires, consultées en ligne pour le souling et le calendrier néopaïen).
L’émission L’Église d’aujourd’hui du 24 octobre sur RMC.
Il semble n’être qu’une grâce passagère, une ponctuation de couleur sur la page verte du monde. Pourtant, le papillon nous oblige à regarder l’une des énigmes les plus radicales du vivant : comment une créature peut-elle changer de forme sans cesser d’être elle-même ? De la chenille à la chrysalide, de l’obscurité de la métamorphose à l’épreuve des ailes déployées, son histoire croise la biologie, les mythologies de l’âme, l’art funéraire, l’alchimie et le langage initiatique. Il ne suffit pas de vouloir s’élever : encore faut-il consentir à devenir autre.
La merveille n’est pas seulement dans les ailes
Nous aimons les papillons pour leur légèreté, leurs couleurs, la fragilité apparente de leur vol. Nous les cherchons dans les jardins, au bord des chemins, sur les buissons de lavande ou les fleurs d’été, et nous oublions volontiers que cette apparition lumineuse fut d’abord une créature terrestre, vouée à dévorer des feuilles, à croître et à muer. La chenille n’est pas un papillon inachevé au sens moral du terme. Elle est une forme vivante parfaitement adaptée à son existence. Sa métamorphose ne sanctionne pas une défaillance ; elle révèle simplement que la vie peut comporter plusieurs manières d’habiter un même corps.
Chez les papillons, qui appartiennent à l’ordre des lépidoptères, la métamorphose est dite complète. L’œuf donne naissance à une larve, puis vient le stade de la nymphe — souvent nommé chrysalide — avant l’apparition de l’adulte, que les entomologistes appellent imago, mot latin qui signifie « image ». Le processus n’est pas une disparition magique de toute la matière de la chenille suivie d’une création ex nihilo : des tissus se réorganisent, d’autres se transforment profondément, et des structures déjà préparées au cours du développement, les disques imaginaux, participent à la formation de l’insecte ailé. La précision biologique ne retire rien au mystère ; elle en déplace la source. C’est la continuité même, au cœur d’un changement si visible, qui nous émerveille.
La chrysalide est un lieu paradoxal. Vue de l’extérieur, elle semble immobile, parfois accrochée à une branche comme une feuille oubliée. À l’intérieur, le vivant travaille. Nos yeux, habitués à confondre le mouvement avec l’activité, jugent volontiers le silence comme une absence. Le papillon nous apprend que certains changements ne se laissent pas observer à la surface. Il existe des œuvres qui ne grandissent qu’à l’abri du regard.
Maria Sibylla Merian, Metamorphosis insectorum Surinamensium, 1705, planche 20
Il a fallu du temps pour regarder la chenille et le papillon comme les deux visages d’une même vie. Naturaliste et illustratrice, Maria Sibylla Merian publie en 1705, après deux ans passés au Suriname, ses Metamorphosis insectorum Surinamensium : sur soixante planches, elle montre les insectes à leurs différents stades — chenille, chrysalide, papillon — au milieu de la plante qui les nourrit. Ces images contribuent à réfuter l’idée, encore répandue à son époque, que les insectes naîtraient spontanément de la boue ou de l’eau stagnante.
Plus près de nous, les laboratoires ont réservé une surprise à ceux qui croyaient la rupture totale. En 2008, une équipe américaine a conditionné des chenilles de sphinx du tabac (Manduca sexta) à fuir une odeur en l’associant à un léger choc électrique : devenus papillons de nuit, les adultes évitaient encore cette odeur. Le premier état ne s’efface donc pas tout à fait dans le second.
Psyché : quand l’âme emprunte une aile
Le rapprochement entre le papillon et l’âme traverse une longue histoire culturelle. Le grec « psyché » signifie l’âme ou le souffle vital et peut aussi désigner le papillon. Ce voisinage lexical a nourri une iconographie admirable : des figurations antiques et, plus tard, des artistes de la Renaissance ont représenté Psyché avec des ailes de papillon, rendant visible ce qui, par définition, échappe à la prise. L’insecte devient alors le signe sensible de l’intériorité, de la survivance possible, de ce qui ne saurait se réduire au poids de la chair. Le motif traverse les siècles : en 1798 encore, François Gérard fait voler un papillon au-dessus d’Éros et de Psyché dans son Psyché et l’Amour, aujourd’hui conservé au musée du Louvre.
François Gérard, Psyché et l’Amour, 1798, musée du Louvre
Dans le récit d’Amour et Psyché inséré par Apulée dans ses Métamorphoses, au IIᵉ siècle de notre ère, l’héroïne traverse l’interdit, la perte, les épreuves et la nécessité d’une fidélité conquise. Il serait excessif de prétendre que la fable décrit littéralement la biologie du papillon ; elle met en scène une transformation d’un autre ordre, celle d’un être appelé à traverser les conséquences de sa curiosité, de ses erreurs et de son désir. Mais l’association iconographique entre Psyché et les ailes de l’insecte nous invite à lire les deux histoires en miroir : l’âme ne se révèle pas simplement par l’amour de la lumière, elle se découvre en apprenant à traverser la nuit.
Dans les représentations funéraires, dans les objets de deuil ou les allégories plus modernes, le papillon peut évoquer la brièveté de la vie et le passage vers un autre état. Son vol n’est pas une preuve de l’immortalité ; c’est une image que les hommes ont élaborée pour regarder l’absence sans céder tout entier au néant. Il faut préserver cette différence entre croyance, poésie et connaissance, car le symbole ne gagne rien à se travestir en démonstration.
La chrysalide et la chambre du secret
L’espace clos occupe une place centrale dans les récits de transformation : grotte, tombeau, ventre de la terre, matrice, chambre obscure ou cellule silencieuse. Il protège autant qu’il éprouve. Dans la chrysalide, la nature semble reprendre une forme et la redistribuer. Dans de nombreuses traditions initiatiques, le retrait produit un effet comparable sur le plan symbolique : il soustrait l’individu au bruit ordinaire afin qu’il reconsidère ce qu’il croyait savoir de lui-même. Le mot lui-même garde la trace d’un éclat : « chrysalide » vient du grec khrusos, l’or, à cause des reflets dorés que présentent certaines nymphes.
Le cabinet de réflexion, dans les pratiques maçonniques qui le connaissent, peut être envisagé sous cet angle. Il ne transforme évidemment pas matériellement le corps de celui qui y séjourne ; il met en scène une confrontation avec la finitude, le temps, les illusions et la nécessité d’un commencement nouveau. La comparaison avec la chrysalide n’est ni un secret transmis depuis l’Antiquité ni une équivalence rituelle universelle. Elle est une analogie féconde : l’obscurité n’y constitue pas le contraire de la lumière, mais parfois la condition de son accueil.
Dans les rites de souche écossaise, les murs du cabinet peuvent même porter la formule V.I.T.R.I.O.L. : Visita interiora terrae, rectificando invenies occultum lapidem, « visite l’intérieur de la terre et, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée ». La chambre close devient alors moins un tombeau qu’un atelier.
Ce qui mérite d’être retenu n’est d’ailleurs pas seulement l’idée de renaissance. Notre époque affectionne ce mot parce qu’il semble promettre un résultat immédiat, presque publicitaire. La métamorphose du papillon raconte au contraire une durée, des seuils et des vulnérabilités. On ne négocie pas avec la chrysalide comme avec une porte qu’il suffirait d’ouvrir plus tôt. Toute maturation possède son temps propre, et vouloir l’abréger peut compromettre ce qu’elle rend possible.
Un laboratoire pour les alchimistes de l’esprit
L’imaginaire alchimique a volontiers fait de la transformation une école de patience. Dissoudre, séparer, purifier, réunir : autant de gestes matériels dont la postérité spirituelle a proposé une lecture morale. Le papillon n’est pas, dans les textes classiques de l’alchimie, une traduction obligatoire des étapes de l’Œuvre. Pourtant, la succession de formes qu’il traverse se prête à une comparaison, à condition de ne pas confondre l’histoire des emblèmes avec notre propre interprétation.
La « nigredo », associée à l’obscurcissement et à la décomposition symbolique, peut rappeler l’instant où les certitudes anciennes cessent de porter. L’« albedo » évoque, dans une lecture analogique, l’éclaircissement du regard ; la « rubedo », l’intégration d’une forme nouvelle de présence au monde. Mais la vraie leçon n’est pas d’attribuer une couleur fixe à la chenille, une autre à la chrysalide, une troisième au papillon. Elle consiste à reconnaître qu’une transformation digne de ce nom ne relève ni du déguisement ni du simple changement de décor. La matière est travaillée, non maquillée.
L’initié n’est pas celui qui fait profession de posséder de grandes ailes. Il est celui qui accepte de revenir sur ses gestes, ses certitudes, ses réactions, parfois sur une image flatteuse de lui-même. Il apprend à ne pas considérer comme une défaite ce qui l’oblige à abandonner une ancienne manière d’être. Le papillon nous offre ainsi l’un des plus beaux antidotes à l’orgueil spirituel : les ailes ne sont pas un trophée conquis contre le monde ; elles sont l’aboutissement fragile d’une histoire de dépendances, de nourriture et de patience.
Émerger ne signifie pas immédiatement savoir voler
Le spectacle de l’émergence est plus laborieux que ne le suggèrent les images de jardins. À sa sortie de la chrysalide, le jeune papillon ne possède pas d’emblée la silhouette déployée qu’on lui connaît. Ses ailes demandent du temps pour prendre leur forme et leur tenue, tandis qu’il s’accroche à un support. Il lui faut encore affronter l’air, la pluie, le vent, les prédateurs et la recherche de nourriture. La beauté du résultat n’efface pas les conditions difficiles de son commencement.
C’est peut-être ici que l’image rejoint le plus fortement le travail du Franc-Maçon. Recevoir une lumière n’est pas devenir soudain capable d’en porter toutes les conséquences. L’initiation ne supprime ni la maladresse ni l’ignorance ; elle rend plus exigeant le travail qui s’ouvre. L’Apprenti doit apprendre à se tenir, à écouter, à mesurer la portée de sa parole, à supporter l’inconfort de ne pas savoir. Le Compagnon ne se met pas en route parce qu’il a cessé d’être vulnérable, mais parce qu’il accepte de donner au chemin sa part d’incertitude. L’envol exige encore un apprentissage après la naissance des ailes.
Cela change également notre manière de regarder les autres. Un être humain en pleine transformation peut paraître hésitant, contradictoire, peu lisible. La tentation est grande de lui imposer une définition et de le sommer d’être achevé. Or, si la métamorphose possède une éthique, elle commence par le respect du temps de l’autre. Une fraternité qui ne supporterait que des êtres déjà parfaits méconnaîtrait ce qu’elle prétend célébrer : l’effort, la progression et la bienveillance.
La légèreté n’est pas le contraire de la gravité
Le papillon accomplit enfin une prouesse discrète : il semble n’avoir conservé de la pesanteur terrestre que ce qui lui permet d’approcher les fleurs. Sa légèreté n’est pas l’insouciance d’un être sans histoire. Elle résulte d’un parcours qui a connu la dépendance, l’enfermement et le temps. Dans la poésie, il devient une sorte de pensée en mouvement, un signe rapide aperçu entre deux silences. Chez les peintres, des natures mortes aux paysages, sa présence peut rappeler que la grâce ne demeure jamais à disposition de celui qui voudrait la retenir.
Le regard initiatique peut y reconnaître une mise en garde contre une autre illusion : croire que l’on s’élève en niant le monde matériel. Le papillon ne fuit pas la terre ; il revient vers les fleurs, dépend des saisons, s’inscrit dans les chaînes du vivant, contribue à des relations écologiques qui le dépassent. La spiritualité, elle aussi, ne devrait pas nous dispenser de l’attention concrète aux êtres et à leurs besoins. La véritable élévation ne rompt pas le lien avec ce qui nous nourrit.
Une dernière image demeure : celle d’une chrysalide vide suspendue au rameau, modeste enveloppe qui atteste qu’un passage a eu lieu. Elle n’a rien d’un déchet honteux ; elle conserve la mémoire d’une forme dont il a fallu se séparer. Nous voudrions parfois renaître sans perdre, grandir sans quitter, acquérir sans renoncer. Le papillon nous répond par sa seule existence que toute transformation laisse derrière elle une demeure devenue trop étroite. Et il nous pose, dans le silence d’un jardin, cette question : quelle part de nous-mêmes devons-nous cesser d’habiter pour donner enfin toute leur mesure à nos ailes ?
Documentation : Apulée, Métamorphoses (livres IV à VI, « Amour et Psyché ») ; Maria Sibylla Merian, Metamorphosis insectorum Surinamensium, Amsterdam, 1705 ; François Gérard, Psyché et l’Amour, 1798, musée du Louvre ; D. J. Blackiston, E. Silva Casey et M. R. Weiss, « Retention of memory through metamorphosis », PLOS ONE, 2008 ; Création IA ; Wikipédia ; Wikimedia Commons.
Deux lecteurs sur trois approuvent la nouvelle formule de la Lettre du soir de 450.fm. Depuis le 24 octobre, nous vous demandons votre avis d’un simple clic : 563 votes plus tard, voici les premiers résultats de ce sondage, toujours ouvert.
Le 24 octobre, la Lettre de 450.fm a changé de visage : une maquette plus aérée, des rubriques régulières, un livre du jour, une obédience à découvrir dans notre annuaire mondial, une fiche du Glossaire… Les nouveautés du site sont détaillées dans notre article « 450.fm fait peau neuve ». Pour savoir ce que vous en pensiez, chaque Lettre du 24, du 25 et du 26 octobre proposait trois réponses : « Je l’aime beaucoup », « Elle me convient », « Je préférais l’ancienne ».
Les résultats en un coup d’œil
Résultats cumulés des Lettres du 24, 25 et 26 octobre 2026 (563 votes). Infographie 450.fm
« Elle me convient » : 206 votes (37 %), la réponse la plus choisie ;
« Je préférais l’ancienne » : 189 votes (34 %) ;
« Je l’aime beaucoup » : 168 votes (30 %).
Deux lecteurs sur trois adoptent la nouvelle formule
En réunissant les avis positifs, « Je l’aime beaucoup » et « Elle me convient », 374 votes sur 563, soit 66 %, approuvent la nouvelle Lettre. Un tiers des votants, 189, regrettent l’ancienne formule : un avis que nous prenons au sérieux, et dont nous tenons compte pour les prochains ajustements.
Avis favorables contre préférence pour l’ancienne formule. Infographie 450.fm
Un accueil qui s’améliore jour après jour
Lettre après Lettre, la tendance se précise. Le samedi 24 octobre, premier jour de la nouvelle maquette, 66 % des 204 votants donnaient un avis favorable. Le dimanche 25, l’écart se resserrait (64 % sur 192 votes). Le lundi 26, une fois l’effet de surprise passé, 71 % des 167 votants se déclaraient satisfaits, et la part de ceux qui préféraient l’ancienne formule tombait à 29 %.
Répartition des votes selon la Lettre du 24, du 25 et du 26 octobre 2026. Infographie 450.fm
Comment lire ces chiffres
Ce sondage est un baromètre, pas une enquête scientifique. Chaque vote correspond à un lecteur qui a cliqué sur l’une des trois réponses dans une Lettre donnée ; un même lecteur a pu voter dans plusieurs Lettres. Les résultats présentés ici sont arrêtés au 27 octobre 2026 en fin d’après-midi.
Votre avis compte toujours
Le sondage reste ouvert. Si vous n’avez pas encore donné votre avis, ou si vous souhaitez nous dire ce que vous aimeriez voir évoluer, répondez au sondage en un clic. Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont déjà pris le temps de répondre : vos avis nous aident à faire de la Lettre de 450.fm le rendez-vous du soir de la franc-maçonnerie francophone.
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Il est des tableaux dont on croit connaître le sujet avant même de les regarder. Une tour, des ouvriers, un ciel à conquérir : l’image semble raconter l’orgueil puni des hommes. Mais, sous le pinceau de Pieter Bruegel l’Ancien, en 1563, Babel devient bien davantage qu’une condamnation de la démesure. Elle révèle les contradictions d’une civilisation capable de mobiliser des savoirs extraordinaires sans toujours inventer le langage commun qui donnerait sens à son ouvrage. Pour le regard maçonnique, cette architecture vertigineuse pose une question décisive : qu’est-ce qui distingue une construction gigantesque d’un Temple véritablement édifié ?
Une montagne de pierres où fourmillent les hommes
Pieter Bruegel l’Ancien, La Tour de Babel, 1563, huile sur bois, 114 × 155 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum.
Au Kunsthistorisches Museum de Vienne, La Tour de Babel ne présente pas la ruine romantique d’un édifice abandonné ; elle montre un chantier vivant. Sur un panneau de chêne de quelque 114 centimètres de haut et 155 de large, Bruegel fait monter de la terre une architecture si vaste qu’elle écrase par sa seule présence le port, les maisons et les hommes. Les étages se superposent comme les anneaux d’une montagne façonnée par la volonté humaine ; des rampes contournent la masse, des arcades ouvrent leurs gueules obscures, tandis que les machines de levage et les échafaudages disent l’obstination des bâtisseurs.
Illustration originale – Création IA
Le peintre ne s’est pas contenté d’inventer un monument spectaculaire. Il a observé les gestes de son siècle : tailleurs de pierre, porteurs, contremaîtres, ingénieurs, charpentiers, manutentionnaires. Il connaît les palans, les grues, les roues et ces techniques qui métamorphosent une idée en matière. Dans cette foule minuscule, chaque main exécute une tâche précise ; pourtant, l’immense organisme qu’elle anime paraît privé d’une véritable unité. Le travail est organisé, mais l’œuvre semble privée de mesure intérieure. La précision des métiers ne garantit pas la justesse du projet.
Détail du premier plan : Nemrod et sa suite devant les tailleurs de pierre. Sur le bloc de droite, la signature de Bruegel.
À gauche, au premier plan, apparaît un personnage princier généralement identifié à Nemrod, entouré de courtisans devant lesquels certains s’inclinent. Il faut ici distinguer les traditions de leurs sources : le livre de la Genèse évoque Nemrod parmi les puissants de la terre, mais ne le désigne pas explicitement comme l’architecte de Babel. Cette association appartient à une longue histoire d’interprétations. Bruegel, lui, oppose visuellement la majesté du commandement à l’immensité du labeur. Qui construit vraiment : celui qui ordonne ou celui qui taille la pierre ?
Quand la verticalité oublie sa raison d’être
Dans la Genèse, les hommes parlent une même langue et décident de bâtir une ville ainsi qu’une tour dont le sommet touche les cieux, afin de se faire un nom et de ne pas être dispersés. L’épisode est souvent réduit à la formule commode de l’orgueil châtié. Or le récit est plus troublant. Le projet manifeste aussi la peur de se séparer, le désir d’une cohésion préservée et la volonté d’inscrire durablement une communauté dans l’espace. La question n’est donc pas simplement celle de la hauteur. Elle touche au rapport entre unité, uniformité et liberté.
Ils dirent encore : Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.
Genèse 11, 4 (version Louis Segond)
Hieronymus Cock, Vue du Colisée, probablement vers 1550, eau-forte, Washington, National Gallery of Art.
Dans l’image de Bruegel, la tour emprunte notamment à l’architecture antique, avec ses arcades répétées qui font penser au Colisée. Cette référence confère au projet biblique le visage des empires et de leurs monuments. L’échelle devient politique : à mesure que le bâtiment s’élève, les hommes rapetissent. L’architecture, qui devrait abriter l’existence, paraît devoir absorber ceux qui la servent. Il est permis d’y voir une parabole de toutes les constructions humaines dont la grandeur finit par justifier à elle seule les sacrifices qu’elles réclament.
Ces ruines, Bruegel les connaissait. Il avait séjourné à Rome vers 1552, et son éditeur anversois, Hieronymus Cock, diffusait des vues gravées des vestiges antiques, dont ce Colisée déjà rongé par la végétation. Sur le panneau de Vienne, l’amphithéâtre éventré devient édifice neuf, immense, en chantier : comme si la ruine et le projet, la catastrophe passée et la catastrophe à venir, se donnaient rendez-vous dans la même image.
Tout symbole vertical exige pourtant une lecture plus nuancée. L’arbre, la montagne sacrée, l’échelle de Jacob, la colonne, la flèche d’une cathédrale disent également l’aspiration de l’homme à une réalité qui le dépasse. Monter n’est pas nécessairement pécher. La faute commence peut-être lorsque l’élévation extérieure remplace le travail intérieur, lorsque l’ascension n’est plus une conversion du regard, mais une démonstration de puissance.
La langue perdue des bâtisseurs
Gustave Doré, La Confusion des langues (Genèse XI), gravure sur bois pour La Sainte Bible, Tours, Mame, 1866.
Babel a légué aux langues européennes une image de la confusion. Dans le récit biblique, Dieu brouille le langage des hommes, rendant leur entreprise commune impossible. Mais ce motif ne concerne pas seulement la diversité des idiomes. Il interroge la possibilité même de travailler ensemble lorsque chacun attribue aux mots un sens différent. On peut partager un vocabulaire et demeurer profondément étrangers ; on peut, inversement, venir de traditions diverses et reconnaître dans un geste, une règle ou une attention réciproque les bases d’une entente véritable.
Le nom même de Babel porte cette ambivalence. En akkadien, Babylone se disait Bāb-ilim, « la porte de Dieu » ; le récit de la Genèse y entend plutôt l’écho de l’hébreu balal, « mêler, confondre » : « c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre » (Genèse 11, 9). Le même nom désigne ainsi le seuil du divin et le brouillage des voix.
La peinture de 1563 naît dans un monde traversé par de puissantes tensions religieuses, économiques et politiques. Bruegel a vécu dans les Pays-Bas, au voisinage d’Anvers, grande cité marchande ouverte à des langues et à des circulations multiples. Sans réduire le tableau à une allégorie directement codée de son époque, il est impossible de ne pas entendre, derrière le tumulte antique, les inquiétudes d’un XVIᵉ siècle où l’on s’interroge sur les conditions d’une vie commune. La Babel du peintre est à la fois biblique et immédiatement contemporaine.
Cette lecture n’a rien d’anachronique. Dans les années 1560, Anvers compte près de quatre-vingt-dix mille habitants et accueille des marchands de toute l’Europe ; ses détracteurs, du côté espagnol et catholique, aiment à y voir une nouvelle Babylone. On sait que le tableau y était déjà : l’inventaire de 1565 de la collection du banquier Nicolaes Jonghelinck, dans sa villa des faubourgs d’Anvers, le mentionne.
Illustration originale – Création IA
Cela donne une portée singulière aux outils. Le compas ne sert pas uniquement à tracer des cercles, l’équerre ne mesure pas seulement la rectitude de la taille, le niveau ne vérifie pas seulement l’assise d’une pierre. Dans leur résonance initiatique, ces instruments suggèrent des exigences adressées à l’être humain : proportionner ses ambitions, régler ses actes, rechercher une égalité qui ne gomme pas les différences. Une œuvre collective commence par une discipline du rapport à autrui. Sans elle, les instruments demeurent efficaces, mais leur efficacité peut se retourner contre l’esprit qui les a conçus.
De Babel au Temple : deux architectures, deux intentions
Jean Fouquet, La Construction du Temple de Jérusalem, enluminure pour les Antiquités judaïques de Flavius Josèphe, vers 1470-1475, Paris, BnF.
Le rapprochement avec le Temple de Salomon est tentant, tant les deux récits appartiennent au grand imaginaire biblique de la construction. Il serait pourtant inexact de les confondre ou de prétendre qu’ils ont une signification maçonnique identique. L’un met en scène un chantier destiné à faire un nom à ses bâtisseurs ; l’autre devient, dans la tradition scripturaire, le lieu d’une présence qui ne se laisse pas posséder. Dans la lecture symbolique, ce contraste demeure fécond : bâtir pour sa propre gloire n’est pas bâtir pour donner place à plus grand que soi.
Les textes du métier ne les ont d’ailleurs pas toujours opposés aussi nettement. Dans le manuscrit Cooke, l’un des plus anciens des Anciens Devoirs, copié au XVᵉ siècle, c’est Nemrod qui entreprend la tour de Babylone, avec plus de quarante mille maçons. Lorsqu’il en envoie trois mille à son cousin Assur pour bâtir Ninive, il leur donne ce que la tradition retient comme la première charge du métier : être loyaux, travailler honnêtement, instruire les moins habiles et s’aimer comme des frères. Dans la mémoire maçonnique, Babel n’est donc pas seulement le lieu d’une langue perdue ; elle abrite aussi, aux origines légendaires du métier, une première exigence de fraternité.
Les traditions maçonniques ont accordé à l’architecture une fonction éducative. Le chantier du Temple est moins un programme immobilier qu’une image du perfectionnement de l’homme et de l’ordonnance fraternelle de ses forces. La pierre brute n’a aucune raison de mépriser l’autre pierre ; elle n’atteint sa place que par le travail patient qui la rend capable de s’ajuster à l’ensemble. Un chef-d’œuvre ne naît pas de l’effacement des différences, mais de leur harmonisation. La diversité des fonctions n’y est pas une anomalie qu’il faudrait abolir : elle représente précisément la condition de la construction.
Lorsqu’on bâtit la maison, on se servit de pierres toutes taillées, et ni marteau, ni hache, ni aucun instrument de fer, ne furent entendus dans la maison pendant qu’on la construisait.
1 Rois 6, 7 (version Louis Segond)
Babel nous prévient cependant d’un danger plus subtil. Il est toujours possible de parler de fraternité, de tradition ou de lumière tout en érigeant, en pratique, une structure vouée au prestige des hommes. Les mots les plus élevés ne dispensent jamais de vérifier la manière dont on se comporte avec ceux qui travaillent à nos côtés. Le véritable critère d’une architecture spirituelle n’est peut-être pas l’éclat de sa façade, mais la qualité des liens qu’elle rend possibles.
Réinventer une parole plutôt que rêver d’une langue unique
Dans la tradition chrétienne, la Pentecôte a parfois été comprise comme une réponse à Babel : les personnes réunies entendent une parole qui leur devient intelligible, sans que leurs langues soient pour autant supprimées. Ce déplacement est essentiel. L’unité n’y naît plus de l’uniformité imposée, mais d’une compréhension rendue possible à travers la pluralité. On pourrait y reconnaître, par analogie et sans assimilation doctrinale, l’idéal d’une fraternité qui n’exige pas que tous pensent pareil pour se rendre mutuellement audibles.
Au bruit qui eut lieu, la multitude accourut, et elle fut confondue parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.
Actes 2, 6 (version Louis Segond)
El Greco, La Pentecôte, vers 1600, huile sur toile, Madrid, musée du Prado.
La lecture est ancienne : au IVᵉ siècle déjà, Grégoire de Nazianze opposait, dans son discours sur la Pentecôte, les langues divisées de Babel à celles que l’Esprit rassemble. Les textes eux-mêmes ménagent cette symétrie. À Babel, les hommes veulent monter et c’est l’Éternel qui « descendit pour voir la ville et la tour » (Genèse 11, 5) ; à Jérusalem, c’est « du ciel » que vient le bruit qui réunit la foule (Actes 2, 2). La traduction de Segond laisse même entendre un écho : le verbe « confondre », qui dit le geste divin à Babel, revient pour la foule de la Pentecôte, « confondue » de s’entendre dans sa propre langue.
La leçon est d’une actualité troublante. Jamais nos sociétés n’ont disposé d’autant de moyens pour traduire, transmettre, commenter et relayer. Les réseaux numériques, les systèmes algorithmiques et l’intelligence artificielle produisent désormais des circulations de paroles à une vitesse inconnue de Bruegel. Pourtant, la multiplication des messages ne garantit ni l’écoute ni la rencontre. Nous avons perfectionné les machines de communication ; avons-nous perfectionné l’art de nous comprendre ? Le chantier de Babel n’appartient donc pas au passé. Il s’ouvre chaque fois qu’une puissance technique progresse plus vite que la conscience de ceux qui l’emploient.
La pierre qui manque est peut-être celle de l’écoute
Regardons une dernière fois la tour de Bruegel. Rien ne permet de nier le génie des bâtisseurs ; rien ne permet non plus de croire que leur persévérance suffira. La peinture demeure suspendue dans cet instant ambigu où l’ouvrage grandit tandis que son sens se dérobe. Sa beauté ne tient pas seulement au spectacle de l’immense. Elle réside dans la présence obstinée des petites figures humaines qui, au pied du monument, continuent d’agir, d’espérer, d’obéir ou de discuter.
Illustration originale – Création IA
Une Loge peut disposer de règles, de rituels, de mots anciens, d’un ordonnancement exemplaire et cependant oublier le plus difficile : faire de la place à l’autre. À l’inverse, une parole humble, une contradiction accueillie, une main tendue peuvent parfois accomplir davantage qu’un édifice éclatant. Peut-être Babel ne nous demande-t-elle pas d’abandonner nos outils, mais de leur rendre leur destination. Car la plus haute tour ne vaut pas la pierre invisible que deux êtres posent lorsqu’ils apprennent enfin à s’entendre.
Documentation : Kunsthistorisches Museum, Vienne, et musée Boijmans Van Beuningen, Rotterdam, pour les deux versions de la Tour de Babel ; Barbara A. Kaminska, « “Come, let us make a city and a tower” : Pieter Bruegel the Elder’s Tower of Babel and the Creation of a Harmonious Community in Antwerp », Journal of Historians of Netherlandish Art, vol. 6, n° 2, 2014 ; BnF, Passerelles, « La tour de Babel de Pieter Brueghel l’Ancien » ; manuscrit Cooke (XVᵉ siècle), édition en ligne sur Wikisource ; Bible, version Louis Segond (Genèse 11, 1 Rois 6, Actes 2) ; Grégoire de Nazianze, Discours 41 ; National Gallery of Art, Washington ; Bibliothèque nationale de France ; Wikimedia Commons ; Création IA ; Wikipédia.
Pieter Bruegel l’Ancien, La « Petite » Tour de Babel, vers 1568, huile sur bois, 59,9 × 74,6 cm, Rotterdam, musée Boijmans Van Beuningen.