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Grenoble 2026 : les Rencontres Écossaises du SCPLF-REAA, RdV incontournable de la rentrée maçonnique

Les 19 et 20 septembre 2026, Grenoble accueillera les Rencontres Écossaises organisées par le Suprême Conseil pour la France du Rite Écossais Ancien et Accepté. Après « Le Réel » à Angers en 2025, la 42e édition s’attaque à une question plus vertigineuse encore : « La Création ». Mythes fondateurs, métaphysique, sciences, poésie, initiation et REAA vont dialoguer pendant deux journées à Alpexpo.

Le choix de Grenoble n’a rien d’anodin : au confluent du Drac et de l’Isère, entre Chartreuse, Vercors et Belledonne, la ville est aussi, en 2026, Capitale européenne de l’innovation. Tout semble donc concourir à faire de ce millésime un moment majeur, et probablement l’un des rendez-vous maçonniques à ne pas manquer cette année.

Il existe des manifestations qui s’ajoutent au calendrier et d’autres qui, par leur durée, leur fidélité et leur capacité à renouveler les questions, finissent par appartenir au paysage intellectuel de la Franc-Maçonnerie.

Les Rencontres Écossaises relèvent désormais de cette seconde catégorie

Nées en 1984, elles abordent leur cinquième décennie avec une singularité assez rare pour être soulignée : ne pas réduire le Rite Écossais Ancien et Accepté à l’étude de ses seuls rituels, de son histoire institutionnelle ou de ses grades, mais le confronter chaque année à l’une des grandes interrogations de l’esprit humain. En 2024, les 40es Rencontres réunissaient à Angers plus de 700 participants autour de « Dire et vivre l’Idée » ; en 2025, près de 600 personnes se retrouvaient autour du « Réel ».

Cette année, le calendrier officiel fixe sans ambiguïté le rendez-vous aux samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026 à Grenoble, les inscriptions ayant été ouvertes dès le 15 avril. Et il suffit de regarder le programme pour comprendre que le SCPLF-REAA a choisi de faire de Grenoble autre chose qu’une simple étape provinciale : « La Création » y sera envisagée comme un carrefour où se rencontrent récit des origines, connaissance scientifique, métaphysique, imagination, art et expérience initiatique.

Grenoble, ou lorsque le lieu répond au sujet

Le choix de Grenoble possède d’abord une évidence géographique. La ville s’est développée à la confluence du Drac et de l’Isère, dans cette plaine fermée par les trois grands ensembles du Vercors, de la Chartreuse et de Belledonne.

Ici, la montagne n’est jamais un décor lointain : elle impose sa verticalité à la ville, commande la lumière, limite l’horizon avant de l’ouvrir vers les sommets. Pour un imaginaire initiatique qui connaît la puissance symbolique de l’ascension, de la pierre, de la vallée et de la hauteur, la correspondance est presque trop belle.

François de Bonne de Lesdiguières

Elle trouve son emblème dans les célèbres « bulles » de Grenoble, le téléphérique urbain inauguré en 1934, qui relie en quelques minutes le centre-ville à la Bastille. Une précision historique mérite toutefois d’être apportée : le fort visible aujourd’hui n’est pas simplement une forteresse du XVIIIe siècle. Une première fortification du site fut achevée sous François de Bonne de Lesdiguières en 1592, tandis que l’ouvrage militaire actuel relève essentiellement du XIXe siècle. Le programme réservé aux accompagnantes des Rencontres a d’ailleurs intégré cette géographie symbolique en prévoyant la montée vers la Bastille par les « bulles ».

Mais Grenoble n’est pas seulement la ville des Alpes, des musées, des sports de montagne et des panoramas. Elle est surtout devenue l’un des grands laboratoires scientifiques européens. Et c’est ici que le choix du thème prend une dimension presque journalistiquement parfaite : Grenoble Alpes Métropole a reçu le titre de Capitale européenne de l’innovation 2026, décerné par la Commission européenne. Le territoire concentre quelque 30 000 emplois publics et privés de recherche et développement dans un rayon de vingt kilomètres, plusieurs infrastructures scientifiques internationales et de grands organismes de recherche.

Voilà qui change la perspective

Parler de Création à Grenoble en 2026, ce n’est pas seulement méditer la Genèse sous les montagnes ; c’est poser la question de l’origine et de l’invention au cœur d’une ville où l’on produit quotidiennement du savoir, des brevets, de la technologie et de nouvelles représentations du monde.

Un programme pensé comme une progression

La construction intellectuelle du programme mérite que l’on s’y attarde, car elle évite précisément l’écueil du colloque où s’enchaîneraient des communications sans véritable architecture. Le samedi matin s’ouvrira par Jacques Azot, Souverain Grand Commandeur du SCPLF, avant une interview filmée du rabbin Marc-Alain Ouaknin, intitulée très justement « Au commencement ». Viendra ensuite le professeur Paul Clavier avec « La Création : entre mythologie, science et métaphysique », puis Jean-Pierre Farnéa sur les mythes de la création et Francis Bardot avec une proposition dont le titre porte déjà tout un programme initiatique : « Créer avec la Création : l’initié comme poète. »

Marc-Alain Ouaknin

Le choix de Marc-Alain Ouaknin ne doit rien au hasard.

Rabbin, docteur en philosophie, traducteur de l’hébreu et penseur familier de l’exégèse, il appartient à cette famille intellectuelle pour laquelle lire n’est jamais seulement recevoir un texte, mais l’ouvrir, le retourner, le faire résonner et lui restituer sa puissance d’inachèvement.  Quant à Paul Clavier, professeur de philosophie à l’Université de Lorraine, ses travaux portent précisément sur l’histoire de la métaphysique, la cosmologie et la philosophie de la religion ; il a notamment consacré deux imposants volumes à la notion de création ex nihilo.

Son intervention devrait permettre d’éviter une confusion aussi ancienne que persistante entre récit théologique de la Création, interrogation métaphysique sur l’être et description scientifique de l’univers.

Car c’est bien là l’un des enjeux intellectuels de ces Rencontres.

La Création est un thème dangereux dès qu’on cesse de distinguer les registres du discours. La cosmologie ne démontre pas la Genèse ; la Genèse n’est pas un traité d’astrophysique ; le symbole ne vient pas combler les lacunes provisoires de la science. Le véritable dialogue commence lorsque chacun accepte de ne pas annexer l’autre. La science demande comment se constituent et évoluent les phénomènes ; la métaphysique s’interroge sur l’être, la contingence ou la cause ; les récits religieux et mythologiques donnent forme à l’expérience humaine de l’origine ; l’initiation, enfin, déplace encore la question en demandant non plus seulement comment le monde commence, mais comment un être humain peut commencer autrement.

L’après-midi prolongera cette tension féconde

Après la remise du Prix littéraire des Rencontres Écossaises, Jean-Paul Thomas puis François Gerin aborderont l’apprentissage et la connaissance de la création par la science, avant qu’Annie Chevallier ne conduise la réflexion vers « “Vivre” la vie : un processus de création continue ». On passe ainsi de l’origine cosmique à l’activité créatrice, puis de celle-ci au vivant : non plus seulement quand et comment quelque chose advient, mais comment la création demeure à l’œuvre dans le devenir.

Le dimanche ramènera explicitement cette matière vers le Rite.

Jacques-Azot

Henri Lustman traitera de « La Création dans le REAA », avant une table ronde conduite par Charles Tordjman, les conclusions de Gérard Audouin et la clôture par Jacques Azot. Tout au long des Rencontres, Francis Vidil ponctuera les travaux d’improvisations au piano inspirées principalement des jours de la Genèse. Ce choix musical est loin d’être accessoire. Il rappelle que la création ne s’épuise jamais dans son commentaire : à côté du concept demeure le son qui naît, se déploie, se transforme puis disparaît. L’improvisation sera peut-être, en elle-même, la plus immédiate des démonstrations.

Depuis 1984, une histoire intellectuelle de l’écossisme

Pour mesurer l’importance de Grenoble, il faut revenir à l’histoire des Rencontres. Le REAA lui-même plonge ses racines dans une histoire transatlantique complexe : le premier Suprême Conseil du 33e degré est constitué à Charleston en 1801 et le Suprême Conseil du 33e degré en France apparaît en 1804 autour de Grasse-Tilly.

Deux siècles plus tard, l’enjeu des Rencontres n’est évidemment plus d’établir une juridiction mais de créer un espace où l’Écossisme puisse se penser au contact de la culture contemporaine.

La première édition, organisée à Lyon en 1984, avait pour thème « L’Initiateur invisible ». Suivirent « Savoir et connaissance » à Tours en 1985, « Image et symbole » à Royaumont en 1986, « Initiation et réalisation » à Strasbourg en 1987, « La Chevalerie spirituelle » en 1988, « Orient et Occident » en 1989, puis « Hermétisme et alchimie » à Fontainebleau en 1990. L’association loi de 1901 chargée de l’organisation des colloques fut formellement créée par le SCPLF le 15 mai 1987, les Rencontres précédant donc de trois ans leur structure associative propre.

La succession des thèmes raconte à elle seule une histoire de la pensée initiatique contemporaine. Le Mythe en 1994, le Sacrifice en 1995, le Mal en 1998, le Temps en 1999, le Feu en 2001, la Vérité en 2003, les Mystères en 2006, « Ramsay et la Tradition » en 2007, « La Quête du sacré » en 2010, « L’Universalité du Rite Écossais Ancien et Accepté » en 2011, « Logos, souffle et lumière » en 2013, « De l’Incompréhensible au Mystère » en 2015, La Tradition en 2017, L’Initiation en 2018 et L’Un en 2019 dessinent une véritable cartographie des grandes préoccupations de l’écossisme spiritualiste.

Après le report de 2020 vint « Ordo ab Chao » à Clermont-Ferrand en 2021, puis « Dire, parole et langage » à Angers en 2022. Depuis, la cohérence apparaît plus nettement encore : « Dire l’indicible » en 2023, « Dire et vivre l’Idée » en 2024, « Le Réel » en 2025 et maintenant « La Création ». On peut lire cette succession comme une progression : après avoir interrogé ce qui peut être dit, ce qui excède la parole, ce que l’idée donne à penser et ce que le réel oppose à nos constructions, voici venue la question de l’acte qui fait surgir une forme nouvelle. Rien n’autorise à dire que cette continuité a été programmée dès l’origine ; elle n’en possède pas moins, rétrospectivement, une remarquable logique initiatique.

La revue Salix joue d’ailleurs un rôle essentiel dans cette continuité en conservant et prolongeant la réflexion née lors des Rencontres. Son numéro 54, paru en 2026, revenait précisément sur « Le Réel » d’Angers, transformant le temps éphémère du colloque en matière durable de lecture et de méditation. Les Rencontres ne sont donc pas seulement deux journées annuelles : elles produisent une mémoire.

Grenoble ouvre aussi un nouveau chapitre humain

L’édition 2026 possède une autre particularité, plus discrète mais historiquement importante. À Angers, en octobre 2025, Alain Chaize avait annoncé qu’il quittait la direction et l’organisation des Rencontres après trente-six années de service. Il précisait même qu’il ne serait pas présent à Grenoble.

Cette 42e édition constitue donc aussi un passage de témoin.

Dans une manifestation qui réfléchit depuis toujours à la Tradition, à la transmission et à la transformation, le symbole est puissant : il faut savoir conserver une œuvre sans la momifier, transmettre une méthode sans condamner ceux qui la reçoivent à reproduire indéfiniment les mêmes formes.

C’est peut-être ici que le mot création rejoint le plus profondément l’esprit traditionnel. Dans une perspective initiatique, créer ne signifie pas faire table rase. Le bâtisseur ne crée pas la pierre ; il l’extrait, l’éprouve, la taille et l’ordonne. Le musicien ne crée ni le silence ni les lois de l’harmonie ; il les habite pour qu’une forme encore inexistante puisse advenir. De même, une tradition vivante n’est ni répétition servile ni innovation sans mémoire. Elle demeure parce qu’elle engendre.

Le Prix littéraire, autre colonne de ces Rencontres

Il faut enfin compter avec ce qui est devenu, en quelques années, l’un des temps forts du week-end : le Prix littéraire des Rencontres Écossaises. Créé en 2022 avec le site littéraire La Griffe, il récompense des romans, essais, documents ou biographies touchant à l’ésotérisme, à la spiritualité et à la philosophie. Frédéric Lenoir fut le premier lauréat pour Jung, un voyage vers soi, suivi de Françoise Schwab pour son ouvrage consacré à Vladimir Jankélévitch, d’Antoine Sénanque pour Croix de cendre, puis, en 2025, de Heinz Wismann et Robert Redeker, couronnés ex æquo.

Pour 2026, le dossier officiel annonce onze finalistes

Leur diversité dit beaucoup de l’ambition intellectuelle du prix : Sophie Galabru avec Nos dernières fois, Paul-Victor Duquaire avec Penser la création, Camille de Villeneuve avec Aimer pour rien, Frédéric Nef avec L’esprit vivant de la nature, Catherine Bréchignac avec L’Odyssée de Luca, Sophie Nordmann avec La vocation de philosophe, Giorgio Agamben avec L’irréalisable, Joseph Raymond Bogmis avec Métaphysique et critique de la connaissance, Denis Bosomi Limbaya avec Les Chevaliers de la rationalité, Évelyne Grossman avec L’Art du déséquilibre et Julien d’Huy avec Dragon – Généalogie mondiale d’un mythe. La sélection ne cherche manifestement pas un « livre maçonnique » au sens étroit du terme : elle fait entrer dans le Temple des questions venues de la philosophie, de la science, de l’histoire des religions, de la littérature et de l’anthropologie.

Penser la création de Paul-Victor Duquaire résonne évidemment de façon presque programmatique avec le thème des Rencontres, puisqu’il examine la création divine, l’émancipation du sujet et la création symbolique. Mais d’autres ouvrages déplacent heureusement la question. Catherine Bréchignac met en scène un monde où l’opinion menace de supplanter l’argumentation et l’ignorance la science ; Sophie Nordmann défend la philosophie comme puissance de mise en question face aux dogmatismes et au prêt-à-penser. Quant à Julien d’Huy, en suivant à travers les continents la généalogie du dragon, il rappelle que l’humanité crée aussi en racontant, en transmettant et en métamorphosant ses mythes.

Pourquoi Grenoble 2026 s’impose

Tout concourt finalement à distinguer cette édition. Quarante-deux Rencontres et plus de quatre décennies de continuité, une thématique qui touche simultanément aux religions, aux sciences et à l’initiation, des intervenants capables de croiser plusieurs disciplines sans les confondre, un Prix littéraire désormais installé, la musique intégrée au cheminement intellectuel, un passage de génération dans l’organisation et, pour décor, une métropole européenne de la recherche et de l’innovation : il est rare que le lieu, le moment et le sujet s’accordent aussi étroitement.

L’organisation a choisi Alpexpo, où les participants seront accueillis dès 8 heures le samedi ; les conférences auront lieu dans l’amphithéâtre Jean Prouvé de l’Espace 1968, tandis que repas et soirée de gala sont également prévus sur le site. Ce cadre donnera à ces Rencontres les dimensions d’un véritable congrès, mais leur enjeu demeure ailleurs : dans cette possibilité offerte à plusieurs centaines de femmes et d’hommes de suspendre pendant deux jours le bruit ordinaire du monde afin de revenir à une question qui les précède tous.

Car « créer » est peut-être l’un des verbes les plus maçonniques qui soient. Le Franc-Maçon ne reçoit pas une pierre achevée ni un Temple déjà construit. Il reçoit une matière, des outils, une tradition et une tâche. Entre ce qui est et ce qui pourrait être s’ouvre alors l’espace de son travail. Après avoir consacré les Rencontres de 2025 au Réel, le SCPLF-REAA pouvait difficilement choisir question plus exigeante que celle-ci : que faisons-nous de ce réel qui nous est donné ?

À Grenoble, les 19 et 20 septembre, il ne s’agira donc pas seulement de parler de la Création du monde. Il faudra aussi interroger cette faculté singulière qui permet à l’être humain de donner forme sans se croire tout-puissant, d’innover sans renier ce qu’il a reçu, de transformer sans détruire, de transmettre sans répéter. Entre le Drac et l’Isère, sous les trois massifs et à quelques minutes des « bulles » montant vers la Bastille, le SCPLF-REAA invite ainsi l’écossisme à ce qu’il sait faire de mieux lorsqu’il demeure fidèle à sa vocation : mettre en dialogue la raison et le symbole, le savoir et le mystère, la tradition et l’avenir.

Ces Rencontres offriront également aux participants l’occasion de découvrir et d’acquérir en avant-première les deux premiers tomes du Manuscrit Vuillaume, qui inaugurent une remarquable entreprise éditoriale consacrée à l’un des grands témoins de la tradition maçonnique. Une raison supplémentaire, s’il en fallait encore une, de faire de Grenoble 2026 un rendez-vous où la réflexion, la transmission et le livre se rencontreront sous le signe vivant de l’Écossisme.

Grenoble 2026 ne sera pas simplement une nouvelle édition des Rencontres Écossaises. Tout indique qu’elle sera l’un des grands rendez-vous maçonniques de cette rentrée. Et, pour qui considère le REAA comme une voie vivante plutôt que comme un patrimoine sous vitrine, probablement l’un des plus nécessaires.

Programmes et inscriptions – Rencontres Écossaises Grenoble, 2026.

Journées européennes du patrimoine 2026 – Quand le Grand Orient de France ouvre ses Temples à la cité

Les 19 et 20 septembre 2026, les Journées européennes du patrimoine offriront une nouvelle occasion de franchir des portes que l’imaginaire collectif croit volontiers closes. À Paris, Thouars, Chinon et Fort-de-France, le Grand Orient de France invite le public à découvrir Temples, musée, collections, histoire et symboles. Derrière la curiosité patrimoniale se joue quelque chose de plus essentiel : la rencontre entre une institution initiatique plusieurs fois séculaire et la cité dont elle n’a jamais cessé d’être l’une des composantes.

La 43e édition des Journées européennes du patrimoine se tiendra les samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026 autour de deux thèmes, « Patrimoine de la photographie » et, à l’échelle européenne, « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ». Une formulation qui résonne singulièrement avec la Franc-Maçonnerie, dont le patrimoine matériel n’a de sens qu’à la condition de demeurer le dépositaire vivant d’une mémoire, d’une méthode et d’une transmission.

Ouvrir un Temple, c’est aussi déplacer le regard

Il existe probablement peu de lieux sur lesquels se soient accumulés autant de fantasmes que le Temple maçonnique. Parce que ses portes sont ordinairement réservées aux membres de la Loge lorsqu’elle se réunit rituellement, l’imagination profane les a parfois peuplées de conciliabules, de pouvoirs occultes et de secrets plus romanesques qu’historiques. Les Journées européennes du patrimoine offrent précisément l’occasion de renverser cette perspective : non pas désacraliser le Temple, mais permettre d’en comprendre l’architecture symbolique, les objets et le vocabulaire afin de montrer que le secret initiatique ne réside pas dans ce que l’on dissimule, mais dans ce que chacun doit personnellement éprouver.

En ouvrant plusieurs de ses sites, le Grand Orient de France inscrit ainsi son patrimoine dans une conception profondément républicaine de la transmission. Montrer n’est pas tout révéler, expliquer n’est pas abolir le symbole et accueillir n’est pas renoncer à l’intimité propre à toute démarche initiatique. Il s’agit plutôt d’offrir des clefs, puis de laisser le visiteur regarder autrement ces colonnes, ces outils, ces décors et cette Voûte étoilée dont la signification ne s’épuise jamais dans une simple définition.

Au « 16 Cadet », le patrimoine maçonnique devient une histoire de France

À Paris, le rendez-vous majeur se déroulera au musée de la franc-maçonnerie et dans les Temples du Grand Orient de France, 16 rue Cadet. Les visiteurs pourront participer gratuitement à des visites guidées conduites par des Francs-Maçons, sans réservation, tout en circulant librement dans le musée. Le programme officiel des Journées européennes du patrimoine annonce une ouverture le samedi 19 septembre de 10 h à 19 h et le dimanche 20 septembre de 10 h à 18 h. De nombreux médiateurs et Francs-Maçons seront présents afin de répondre aux questions du public.

Le musée permet surtout de replacer la Franc-Maçonnerie dans la longue durée de l’histoire française. Manuscrits, objets rituels, archives et œuvres d’art accompagnent un parcours allant du Paris de Louis XV jusqu’au XXIe siècle, avec notamment une édition originale des Constitutions d’Anderson, des tabliers ayant appartenu à Voltaire et Jérôme Bonaparte ou encore l’épée de La Fayette. Autant d’objets qui cessent ici d’être de simples reliques pour devenir les témoins d’une histoire intellectuelle, politique et culturelle où se croisent Lumières, Empire, République et mouvements d’émancipation.

Les visiteurs pourront également découvrir l’exposition temporaire « Lumières dans la ville, Paris et les Francs-Maçons », présentée jusqu’au 20 décembre. Elle explore cette relation singulière entre Paris et les Loges, des premières implantations maçonniques aux Neuf Sœurs, de l’égyptomanie aux barricades de la Commune, des fastes impériaux aux cimetières du Père-Lachaise et de Montparnasse. Paris y apparaît presque comme un immense tableau de Loge dans lequel idées, lieux, hommes et symboles se répondent.

À Thouars, une chapelle du XIXe siècle devenue lieu de transmission

À Thouars, la Loge du Grand Orient de France Émancipation Thouarsaise ouvrira exceptionnellement son Temple, installé dans une chapelle du XIXe siècle appartenant à un ancien hôpital aujourd’hui transformé en pôle administratif. La seule histoire architecturale du bâtiment mérite déjà le détour : un lieu autrefois voué au soin du corps et à la consolation religieuse accueille désormais un espace consacré au travail symbolique et à l’émancipation de la conscience.

Temple-GODF-Thouars
Temple-GODF-Thouars

Les visiteurs pourront y découvrir l’histoire du lieu, la symbolique d’un Temple maçonnique et les valeurs revendiquées par le Grand Orient de France, dans une volonté explicitement tournée vers « l’accueil et la transmission ». L’entrée est annoncée libre et gratuite au 4 rue des Ursulines, les 19 et 20 septembre. Ici, le patrimoine montre admirablement que les bâtiments changent d’usage sans nécessairement perdre leur vocation la plus profonde : rassembler des êtres humains autour de ce qui peut les élever.

À Chinon, les Enfants de Rabelais ouvrent leurs portes

À Chinon, la Loge Les Enfants de Rabelais proposera au public une visite de son Temple, accompagnée d’une conférence et d’une exposition. Le rendez-vous aura lieu les 19 et 20 septembre au 62 rue Haute-Saint-Maurice. Une réservation est proposée par l’intermédiaire de la Loge.

Le nom lui-même donne au rendez-vous une saveur particulière. À quelques pas de l’univers de Rabelais, dont l’œuvre demeure inséparable du rire humaniste, de la liberté d’esprit et de cette fameuse injonction selon laquelle « science sans conscience » menace de ruiner l’âme, l’ouverture d’un Temple maçonnique rappelle combien la Franc-Maçonnerie française s’est toujours située au croisement de l’humanisme, de la connaissance et du libre examen. Le patrimoine n’est alors plus seulement affaire de murs anciens : il devient une généalogie de l’esprit.

À Fort-de-France, la mémoire maçonnique se raconte aussi depuis la Caraïbe

Le voyage patrimonial se prolongera de l’autre côté de l’Atlantique avec l’ouverture du musée de la Franc-Maçonnerie Antilles Guyane Caraïbes, situé 4 rue du Temple, Morne Tartenson, à Fort-de-France. Organisées par l’association des amis du musée et les Loges du Grand Orient de France de Martinique, les visites auront lieu le samedi 19 septembre, avec des départs annoncés à 9 h, 10 h, 11 h et 12 h.

Cette présence ultramarine donne une profondeur supplémentaire à l’événement. Le patrimoine maçonnique français ne se réduit évidemment pas à Paris ni à l’Hexagone ; il épouse une histoire faite de circulations, d’implantations, de rencontres culturelles et de trajectoires parfois complexes entre Europe, Antilles, Guyane et espace caribéen. Faire entrer ce patrimoine dans les Journées européennes revient aussi à rappeler que l’histoire de la Franc-Maçonnerie française s’écrit au pluriel, depuis des territoires dont chacun a développé sa propre mémoire maçonnique.

Le véritable patrimoine d’une Loge demeure ce qu’elle transmet

Ces journées nous rappellent enfin une distinction essentielle. Un maillet ancien, un sautoir, une bannière, un tableau de Loge ou un Temple admirablement conservé constituent assurément un patrimoine qu’il faut protéger, inventorier et transmettre. Mais la Franc-Maçonnerie deviendrait un simple objet de musée si elle confondait la conservation des instruments avec la préservation de leur sens.

Le patrimoine initiatique possède cette particularité de ne pouvoir survivre qu’à travers ceux qui le reçoivent et le remettent en mouvement.

L’équerre derrière une vitrine demeure un objet historique ; tenue entre les mains d’un Franc-Maçon qui comprend ce qu’elle lui enseigne sur la rectitude de son action, elle redevient un symbole vivant. Il en va de même du Temple : admirable lorsqu’on le visite, il ne retrouve pleinement sa raison d’être que lorsque des femmes et des hommes s’y rassemblent pour travailler sur eux-mêmes afin de retourner dans la cité un peu plus conscients de leurs devoirs envers les autres.

Temple-GODF-Thouars
Temple-GODF-Thouars

C’est peut-être là que le thème européen de cette édition, « raviver, résister, réimaginer », rencontre le mieux la démarche maçonnique. Raviver ce qui pourrait devenir une tradition morte, résister aux caricatures comme à l’oubli et réimaginer la transmission pour que les générations nouvelles puissent à leur tour comprendre ce qui leur est confié : tout patrimoine digne de ce nom est moins un héritage que l’on possède qu’une dette que l’on contracte envers ceux qui viendront après nous.

Les 19 et 20 septembre prochains, lorsqu’un visiteur franchira pour la première fois la porte d’un Temple à Paris, Thouars ou Chinon, ou celle du musée maçonnique de Fort-de-France, il découvrira sans doute des décors et des objets qu’il ne connaissait pas. Mais peut-être découvrira-t-il surtout que derrière ces portes si souvent fantasmées ne se cache pas un monde soustrait à la cité : s’y trouve un chantier symbolique qui, depuis près de trois siècles, prétend au contraire mieux y retourner.

Légendes de France ou d’ailleurs – La Chasse-galerie : le canot volant, ou le prix secret du désir

Dans la nuit québécoise, huit hommes arrachent un canot à la neige pour rejoindre celles qu’ils aiment. Le Diable leur prête le ciel, mais exige que leurs âmes répondent du voyage. Rendue célèbre par Honoré Beaugrand, lui-même Franc-Maçon et libre-penseur, la Chasse-galerie porte bien davantage qu’un avertissement contre les mauvaises fréquentations : une interrogation sur le désir, la liberté, la parole engagée et cette responsabilité fraternelle qui nous interdit de croire que nous pouvons chavirer seuls. Des chasses fantastiques de France aux cortèges nocturnes d’autres cultures, elle invite à reconnaître ce que l’être humain risque de perdre lorsqu’il veut abolir toute distance.

Nous quittons volontairement l’Europe, mais l’Europe ne nous quitte pas tout à fait

Elle a traversé l’Atlantique dans les mots des voyageurs, les prières des familles, les chansons qui soutenaient l’effort et les histoires auxquelles la nuit rendait leur puissance. Sur les rives du Saint-Laurent, sa mémoire rencontre un autre monde, ses peuples, ses savoirs, ses immensités. Les chevaux des anciennes chasses fantastiques peuvent désormais céder la place à un canot d’écorce, tandis que la forêt déplace l’horizon du merveilleux. Ce qui rôdait autour des villages français prend le large dans le ciel américain ; ce qui effrayait les veillées devient aussi le langage d’une séparation, celle d’hommes dont le métier éloigne les corps sans parvenir à discipliner les cœurs.

Il faut d’abord entendre cette solitude.

Le bois craque, la neige ensevelit les chemins, le chantier retient ceux qui ont laissé au village une amoureuse, une famille, une part de leur jeunesse. Au soir de la Saint-Sylvestre, l’absence devient presque une présence physique : ailleurs, des maisons s’éclairent, des violons appellent à la danse, une année s’achève au milieu des visages aimés. Ici, la forêt demeure immense, et le désir découvre qu’il peut souffrir autant du calendrier que de la distance. C’est dans cette brèche que le Diable introduit sa proposition, avec l’habileté de ceux qui savent présenter une servitude comme un service.

Dans le récit d’Honoré Beaugrand, Joe, devenu cuisinier de chantier, raconte à ses camarades une aventure de jeunesse

Honoré Beaugrand

Baptiste Durand l’a convaincu de rejoindre un équipage de huit hommes pour gagner Lavaltrie par les airs. Le pacte interdit de prononcer le nom de Dieu et de toucher une croix pendant le voyage ; il faut aussi regagner le chantier avant six heures. La sobriété doit permettre de respecter ces conditions. Le canot décolle, survole les rivières et Montréal, puis les voyageurs gagnent un bal près de Contrecœur. Au retour, Baptiste, qui a bu, compromet la navigation ; ses compagnons le maîtrisent, mais il se libère, et l’embarcation finit dans un pin. Tous survivent, retrouvés dans la neige. Leurs âmes ont été mises en jeu ; le dénouement ne raconte pas leur confiscation. Joe laisse même subsister une explication moins surnaturelle : leurs camarades les auraient simplement découverts ivres. Cette ambiguïté appartient à la saveur du conte autant que son prodigieux envol. Beaugrand ne crée pas cette croyance de toutes pièces. Il lui donne une forme littéraire durable, en conservant le grain de la parole, la malice du narrateur et la rudesse du chantier.

Mais celui qui accueille le Diable dans ses pages mérite davantage qu’une mention au passage.

Honoré Beaugrand (1848-1906) appartient à ces existences mobiles qui font circuler les idées avec les hommes. Né à Lanoraie, passé par le métier des armes et par les États-Unis avant de devenir journaliste, écrivain et maire de Montréal de 1885 à 1887, il connaît les départs, les recommencements et les communautés de langue française qui cherchent à préserver leur voix loin de leur terre d’origine. Son roman Jeanne la fileuse, publié en volume en 1878, porte déjà cette attention à l’émigration franco-canadienne, aux travailleurs et à leurs destinées.

Son activité de presse donne à cette sensibilité une portée civique. Avec La République, lancée en 1875, il tente de faire vivre aux États-Unis un journal français qui informe, rassemble et défend une pensée indépendante. Les déplacements de l’entreprise, de Fall River à Lowell, puis à Saint-Louis et de nouveau à Fall River, ses interruptions et ses reprises jusqu’à sa disparition en 1878, disent la précarité d’une parole qui cherche ses lecteurs autant que ses moyens d’existence. Dans ces colonnes, les nouvelles, les histoires et les plaisanteries voisinent avec l’affirmation des convictions : la culture populaire et le débat politique partagent déjà la même demeure. En fondant La Patrie à Montréal en 1879, Beaugrand donnera à ce travail de journaliste une assise beaucoup plus durable.

La Franc-Maçonnerie constitue une dimension explicite de cet engagement.

Devenu Franc-Maçon en 1873 selon le Dictionnaire biographique du Canada, Beaugrand revendique publiquement dans La République sa qualité de « franc-maçon très avancé », en même temps que celle de « libéral très avancé ». Son admiration pour les principes de la Révolution française et son attachement aux droits de l’homme s’inscrivent dans un combat pour l’autonomie de la conscience. Déiste et anticlérical à cette époque, il invoque aussi l’absence de religion d’État dans le cadre constitutionnel américain pour affirmer sa liberté de conviction. Chez lui, l’émancipation intellectuelle prend donc une forme publique, exposée à la contradiction, portée dans les journaux et assumée devant ses adversaires.

À la fin du XIXe siècle, il participe également à la fondation de la Loge montréalaise L’Émancipation, liée au Grand Orient de France. Le nom de cet Atelier entre en résonance avec sa trajectoire : s’affranchir des tutelles qui prétendent gouverner la pensée, faire place au jugement personnel et ouvrir un espace de discussion. Cette orientation ne résume pas toute la diversité de la Franc-Maçonnerie ; elle situe Beaugrand dans son courant libéral et dans les tensions d’une société où l’influence ultramontaine demeure forte. Elle permet surtout de mesurer ce que représente, pour un homme de son temps, le fait de déclarer son appartenance et d’en soutenir les exigences dans la cité.

Cette liberté éclaire sa manière de recueillir les légendes.

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Un Franc-Maçon peut entendre la voix des anciens, aimer leurs histoires de revenants et donner au Diable une présence littéraire sans renoncer à la raison. En publiant La Chasse-galerie dans La Patrie en 1891, puis en la réunissant à d’autres récits dans le volume de 1900, Beaugrand offre à la mémoire populaire un avenir qui ne dépend plus de l’adhésion littérale à ses croyances. Son appartenance n’autorise pas à transformer le conte en rituel chiffré ; elle rend particulièrement féconde la rencontre, dans une même œuvre, du merveilleux transmis et de la conscience affranchie. Le lecteur maçonnique peut y reconnaître cette tâche délicate : recevoir un héritage, le travailler et le transmettre en laissant à celui qui vient la liberté d’en chercher le sens.

Honore_Beaugrand maire de Montréal en 1887

L’enjeu culturel est considérable

Une tradition peut être aimée sans que toutes ses croyances soient professées, et transmise sans que ses interdits deviennent ceux du lecteur. Beaugrand laisse vivre ensemble la peur de l’enfer, le plaisir du récit et la possibilité d’une explication prosaïque. Cette hospitalité de la littérature préserve plusieurs façons de comprendre. Le croyant y reconnaît une tentation, le sceptique un récit d’ivresse, l’historien une société, et le lecteur sensible aux symboles une aventure intérieure ; aucun n’est obligé de chasser les autres de la veillée pour avoir sa place auprès du feu.

Sur l’autre rive de l’Atlantique, la France conserve les parentés les plus directes du nom

Le Poitou et la Saintonge connaissent la chasse-galerie, tandis que les traditions françaises déploient tout un vocabulaire de chasses fantastiques et de troupes nocturnes, dont la mesnie Hellequin. Un récit populaire évoque un seigneur Gallery condamné pour avoir préféré la chasse au devoir religieux ; il faut cependant recevoir cette histoire comme une explication légendaire, et non comme une étymologie définitivement établie. Derrière la diversité des noms demeure l’effroi d’une humanité emportée au-delà de ses limites, poursuivant jusque dans l’éternité ce qu’elle n’a pas su interrompre pendant sa vie.

Dans une autre version du chasseur Gallery, un cerf poursuivi trouve refuge auprès d’un ermite ; le seigneur passe outre à l’interdit et tue l’animal. La malédiction sanctionne alors une puissance incapable de reconnaître un lieu de protection. Nous pouvons entendre dans cette scène une question qui traverse les siècles : que vaut notre force si elle ne sait jamais s’arrêter devant la vulnérabilité ? Le cerf, la grotte et l’ermite composent un espace de retrait que la chasse devrait respecter. Celui qui viole cet asile finit prisonnier de sa propre poursuite, condamné à prolonger indéfiniment le geste qu’il aurait pu interrompre.

La tradition orale ne connaît pourtant pas une seule embarcation ni un unique dénouement.

Certaines variantes font voyager les hommes sur un manche de hache merveilleusement allongé ; d’autres infléchissent l’accident, la faute ou le sort des voyageurs. Avant même le récit organisé, les bruits du vent et les cris d’oiseaux dans la nuit ont pu nourrir la croyance à des passages surnaturels. Le conte donne des visages à ce que l’oreille perçoit sans que l’œil puisse l’identifier. La mémoire populaire travaille ainsi à partir d’une expérience du monde, puis chaque narrateur ajuste ce qu’il transmet à la crainte, au rire ou à l’attente de ceux qui l’écoutent.

Le changement québécois est alors saisissant. À la passion du chasseur s’est substituée, dans le conte de Beaugrand, l’impatience de ceux qui veulent retrouver une présence aimée. La forêt cesse d’être seulement le domaine d’une poursuite ; elle devient l’espace d’un empêchement. Le merveilleux change aussi de condition sociale : des travailleurs occupent le centre du récit, et leur bonheur désiré tient à quelques heures de fête. Nous pouvons y lire la plainte discrète d’existences auxquelles le travail prend une partie du temps d’aimer, sans transformer pour autant la légende en document économique ou son auteur en porte-parole d’une théorie qu’il n’énonce pas.

Le canot lui-même oblige à élargir la mémoire. L’embarcation d’écorce renvoie aux savoirs des peuples autochtones, dont les voyageurs européens ont appris à se servir. Cette présence matérielle est solidement documentée. L’idée, souvent répétée, d’une fusion avec un récit autochtone précis de canot volant exige en revanche une tradition identifiée et une source : la silhouette de l’embarcation ne suffit pas à prouver cette filiation. Reconnaître l’héritage autochtone consiste aussi à ne pas lui attribuer indistinctement tout ce que notre goût du mystère souhaite y trouver.

À partir de ce foyer franco-québécois, la comparaison peut ouvrir une vaste géographie, pourvu qu’elle distingue les traditions parentes des simples résonances. Aucun inventaire bref ne saurait épuiser toutes les variantes locales ; suivre leurs principales familles permet cependant de comprendre comment des sociétés différentes ont donné forme à la même inquiétude devant les passages interdits. En Allemagne, les récits de chasse sauvage font entendre la chevauchée d’un chasseur surnaturel, parfois nommé Wod, que la tradition savante rapproche de Wodan. Au Danemark, des récits mettent Odin en scène comme chasseur. En Pologne et en Bohême, aujourd’hui en Tchéquie, d’autres collectes attestent des chasseurs fantastiques et des courses nocturnes. Ces ressemblances dessinent une circulation de motifs ; elles ne restituent pas, à elles seules, une religion originelle intacte sous tous les contes.

En Norvège, l’Åsgårdsreien donne à cette traversée nocturne une puissance presque cosmique. Le tableau peint par Peter Nicolai Arbo en 1872, conservé au Musée national d’Oslo, déploie dans le ciel une troupe tumultueuse. Les traditions évoquées par le musée associent cette course aux morts et aux êtres surnaturels, particulièrement autour de Noël. En regard du canot québécois, le contraste éclaire deux terreurs : être happé par une puissance étrangère, ou lui ouvrir soi-même la porte. Les bûcherons ne sont pas seulement les témoins d’un ciel inquiétant ; ils choisissent d’y embarquer, et cette décision transforme l’effroi en responsabilité.

Au pays de Galles, les Cŵn Annwn, chiens de l’Autre Monde, appartiennent à une tradition où la chasse met en relation des domaines que l’expérience ordinaire sépare. Annwn ne se laisse pas réduire sans précaution à l’enfer chrétien : la rencontre des héritages et de leurs réinterprétations fait précisément la richesse de ces récits. En Angleterre, Herne le Chasseur hante le chêne de Windsor, avec ses bois de cerf et ses chaînes ; Shakespeare en conserve un témoignage dans Les Joyeuses Commères de Windsor. Ce fantôme forestier offre un rapprochement, sans que nous devions faire de lui le conducteur universel de toutes les chasses britanniques. Ici encore, un arbre, un lieu et une heure suffisent à rendre poreuse la frontière du visible.

En Espagne, dans la tradition galicienne, la Santa Compaña déplace le motif vers une procession d’âmes en peine qui parcourt les chemins nocturnes. La chasse devient cortège, et la route familière peut se changer en passage des morts. La parenté avec la Chasse-galerie relève ici de cette proximité inquiétante entre le monde habité et l’invisible, plutôt que du canot ou du pacte. Le paysage n’est plus un décor neutre : il conserve des présences et oblige le vivant à penser la place de ceux qui l’ont précédé.

Du côté des Pays-Bas et des routes maritimes du cap de Bonne-Espérance, le Hollandais volant constitue un autre rapprochement majeur, issu d’une tradition maritime devenue internationale. Selon les versions, le vaisseau maudit poursuit une navigation sans repos, sous l’effet d’un défi ou d’une condamnation. Il offre au canot québécois un miroir renversé : les bûcherons veulent raccourcir le voyage, tandis que le navire fantôme ne peut plus le finir. La malédiction tient alors à une mobilité privée de retour, comme si l’on pouvait tout traverser après avoir perdu le droit d’arriver.

En Irlande, l’histoire d’Oisín et de Tír na nÓg explore plus directement encore le prix du retour. Le héros quitte le pays de l’éternelle jeunesse pour revoir les siens, avec l’interdiction de poser le pied sur le sol ; lorsqu’il touche terre, le temps auquel il avait échappé le rattrape. Ce n’est pas une variante de la Chasse-galerie, mais une admirable résonance : l’amour du pays et des êtres ne suffit pas à abolir la durée. Sous des formes différentes, les deux récits nous demandent si nous savons encore revenir lorsque nous avons consenti à sortir des conditions ordinaires de l’existence.

Dans le conte russe du Navire volant, le merveilleux collectif prend une orientation plus heureuse. Un garçon jugé simple accueille des compagnons aux facultés extraordinaires, dont les dons permettront de surmonter les épreuves. Le rapprochement ne suppose aucune ascendance directe du récit québécois ; il révèle une autre possibilité du symbole. Une embarcation impossible peut récompenser l’hospitalité et faire de la différence des êtres une force commune. La comparaison est précieuse pour notre lecture : le vol, à lui seul, ne signifie donc ni faute ni sagesse ; sa valeur dépend de ce qui anime les voyageurs et de la manière dont ils se traitent.

Au Chili, le Caleuche, navire fantôme des mers de Chiloé, inscrit l’embarcation surnaturelle dans une autre mémoire maritime, largement recueillie et réinvestie par la littérature. Au Japon, le Hyakki yagyō, cortège nocturne des cent démons, déploie un monde d’êtres étranges que des rouleaux peints font défiler jusqu’au retour du jour. Ni l’un ni l’autre ne doit être présenté comme un descendant du canot québécois. Ils élargissent cependant notre regard : les cultures ont imaginé bien des façons de peupler les heures où l’ordre quotidien semble suspendu, sans partager nécessairement les mêmes dieux, la même idée du mal ni la même destinée de l’âme.

Ce pouvoir de métamorphose explique aussi la fécondité artistique du motif. La chasse fantastique nourrit Le Chasseur maudit de César Franck, inspiré de Bürger ; la Chasse-galerie résonne dans les chansons de Claude Dubois et de La Bottine Souriante, tandis que le cinéma d’animation lui donne un nouveau ciel avec La Légende du canot d’écorce de Robert Doucet. Les illustrations d’Henri Julien ont, elles aussi, contribué à fixer la silhouette du canot suspendu au-dessus du pays. Chaque art choisit son passage : la musique fait entendre l’élan et l’inquiétude, l’image installe la fragile embarcation dans l’immensité, la voix du conteur rend sensible le prix humain du voyage. La transmission se poursuit parce que le symbole conserve assez de profondeur pour accueillir d’autres sensibilités.

Revenons alors à nos hommes suspendus entre la forêt et les étoiles. La lecture initiatique commence par leur désir, dont il serait trop facile de faire un ennemi. Aimer, vouloir rejoindre, souffrir de l’absence appartiennent à ce qui nous humanise. La question se déplace vers le prix auquel cette aspiration accepte de se satisfaire. Le pacte devient inquiétant lorsque l’objet désiré occupe tout le champ de la conscience, au point de rendre négligeable ce qui engage l’être entier. Quelques heures de présence semblent peser davantage que la liberté de celui qui les demande, et l’impatience altère jusqu’à la capacité de comparer.

Pour le Franc-Maçon, cette impatience rencontre le travail de la pierre brute.

La matière à dégrossir comprend nos empressements, nos vanités et cette manière de croire qu’une volonté intense suffit à rendre juste ce qu’elle exige. Le maillet et le ciseau peuvent ici accompagner notre lecture : l’énergie demande une direction, et le discernement doit régler la force. Le compas, à son tour, devient une invitation à tracer la juste étendue de nos désirs, afin que leur expansion n’envahisse pas la liberté d’autrui. Ces rapprochements appartiennent au regard que nous portons sur le conte ; ils donnent aux outils une prise sur notre vie intérieure sans les réduire à des ornements ajoutés au paysage.

Le passage d’une année à l’autre approfondit encore cette méditation

La Saint-Sylvestre place les voyageurs sur un seuil, entre ce qui s’achève et ce qui ne s’est pas encore accompli. Une démarche initiatique nous apprend à donner sens à ces moments de transition, à consentir à quitter une habitude sans prétendre posséder d’avance la forme nouvelle de notre existence. Les bûcherons voudraient, eux, obtenir immédiatement le bénéfice du passage. Leur aventure nous rend sensible la patience nécessaire à toute transformation : franchir un seuil matériel peut prendre un instant, tandis qu’en comprendre la portée exige parfois des années.

Le consentement mérite lui aussi d’être interrogé. Les voyageurs prononcent bien leur engagement, mais Joe a été pressé, moqué dans sa prudence et entraîné par les autres. La scène ne permet pas de confondre aisément parole donnée et liberté pleinement éclairée. Elle montre combien l’assurance d’un meneur, la peur de paraître lâche et le désir d’appartenir au groupe peuvent accélérer une décision. Une communauté fraternelle devrait précisément offrir à chacun le temps que Baptiste refuse à Joe : celui de comprendre ce qu’il accepte, d’exprimer une réserve et de conserver sa dignité lorsqu’il hésite.

Le Diable prend ainsi, dans notre interprétation, le visage du marchand d’immédiateté

Il n’a pas à créer le manque ; il lui suffit d’en exploiter la douleur. Le rapprochement avec Faust vient naturellement, mais ces hommes ne réclament ni la totalité du savoir ni la domination du monde : ils veulent retrouver un bal et une amoureuse. Cette modestie rend l’affaire plus troublante encore, car elle rappelle qu’une aliénation peut commencer par un arrangement apparemment minuscule. Nous pouvons reconnaître cette mécanique chaque fois qu’un avantage immédiat nous invite à engager une part de nous-mêmes dont nous ne mesurons plus la valeur.

Le canot devient alors une image de l’interdépendance

Chacun garde son corps, sa place et son aviron, mais personne ne possède une trajectoire entièrement séparée de celle des autres. Le rapprochement avec la Loge trouve ici sa justesse, à condition de rester une lecture symbolique et de ne pas assimiler un engagement maçonnique à un marché diabolique. Une œuvre commune suppose que les forces individuelles s’accordent ; elle exige également que nul ne fasse porter aux autres le risque de sa seule volonté. La fraternité prend toute sa consistance lorsqu’elle nous rend attentifs aux effets de nos actes sur ceux qui voyagent avec nous.

La chaîne d’union prolonge cette image de l’équipage, car la force du lien réside dans l’attention que chacun porte à ceux qui l’entourent. Elle nous rappelle que le travail intérieur trouve sa vérité dans une relation vécue : soutenir, avertir, accepter d’être averti, et reconnaître à chacun sa place. L’équilibre d’un canot dépend moins de l’éclat d’un geste que de l’accord des gestes ; de même, une Loge éprouve sa fraternité dans la qualité de l’écoute et dans le soin qu’elle apporte aux plus hésitants. La défaillance d’un Frère appelle une réponse qui protège le groupe tout en préservant la possibilité pour cet homme de se relever.

Sous la voûte étoilé, cette solidarité acquiert une dimension plus vaste.

La voûte que contemplent les voyageurs peut rappeler au Maçon l’horizon symbolique de ses travaux, cette immensité devant laquelle l’orgueil humain retrouve sa mesure. Elle n’abolit cependant ni le danger ni la nécessité de tenir l’aviron. Ainsi comprise, la Lumière ne se confond pas avec l’éclat de la lune sur la neige : elle désigne la lucidité qui permet de reconnaître sa part de responsabilité. L’homme peut être entouré de clarté et continuer de mal conduire ; son véritable progrès commence lorsqu’il éclaire aussi les raisons de son mouvement.

La défaillance de Baptiste introduit une question politique au cœur de l’aventure. Celui qui connaît la route peut perdre le droit de gouverner lorsqu’il cesse d’entendre les avertissements. Son expérience ne le dispense pas de répondre de sa conduite, et ses succès passés ne garantissent pas le voyage présent. Les compagnons doivent intervenir pour préserver l’équipage, y compris celui qui le met en danger. Nous pouvons y lire une conception exigeante de l’autorité : elle demeure liée au service rendu, à la vigilance et à la capacité d’accueillir une contradiction. La solidarité n’oblige pas à abandonner le jugement entre les mains du plus assuré.

Dans cette perspective, l’ivresse dépasse sa fonction morale immédiate. Elle peut figurer toute exaltation qui rend un être sourd à la réalité, qu’elle naisse de la puissance, du prestige, de la certitude ou du sentiment d’être indispensable. Le gouvernail devient dangereux lorsque celui qui le tient confond sa personne avec le salut du groupe. Pour une Loge comme pour toute institution, la leçon ne se réduit donc pas à l’obéissance aux règles : elle concerne les conditions dans lesquelles la parole d’alerte peut être entendue, et la possibilité de reprendre ensemble une direction que l’un a compromise.

Les interdits du voyage éclairent aussi une dimension religieuse plus profonde.

Dans l’univers du conte, la croix conserve une puissance que le pacte ne peut neutraliser ; le Diable obtient un détour, non la disparition de tout ordre sacré. Pour le lecteur symboliste, le clocher peut devenir le signe d’une verticalité que le simple déplacement aérien ne suffit pas à rejoindre. Le canot s’élève dans l’espace sans garantir aucune élévation de l’être. Nous touchons là une distinction essentielle à toute démarche initiatique : une expérience extraordinaire, une sensation de puissance ou un accès à l’invisible ne valent pas, par eux-mêmes, transformation intérieure.

La règle imposée à la parole redouble cette ambiguïté. Les hommes doivent surveiller leur langue pour survivre au contrat, mais cette discipline les empêche aussi de nommer ce qui pourrait leur servir de recours. Un silence peut protéger une maturation ; il peut également enfermer dans une dépendance. La lecture ésotérique perdrait son discernement si elle sacralisait indistinctement toute réserve, tout secret et toute obéissance. Le conte nous invite à demander ce que sert une règle, à qui elle profite et quelle liberté elle laisse à ceux qui s’y soumettent.

Même les éléments peuvent entrer dans cette méditation, sans que nous prétendions découvrir chez Beaugrand un traité hermétique dissimulé. Le bois vient de la terre, l’embarcation appartient à l’eau, l’aventure la livre à l’air, tandis que le feu demeure associé aussi bien à la menace infernale qu’à la chaleur du foyer. Une lecture alchimique y verra volontiers l’écart entre la volatilité conquise et la stabilité encore à acquérir. Le retour au sol devient alors l’épreuve décisive : que rapporte l’homme de son envol, et comment ce qu’il a vécu transforme-t-il sa manière d’habiter le monde ? La chute ne confère aucun grade et ne produit aucune sagesse par elle-même ; elle devient une épreuve féconde lorsque l’expérience se change en conscience, puis en conduite. C’est tout le sens d’un retour au travail : reprendre la matière de sa propre vie, y reconnaître ce qui demeure désordonné et poursuivre l’ouvrage avec davantage de justesse.

Cette question rejoint notre civilisation de la vitesse

Nous multiplions les moyens de réduire les délais, et beaucoup de ces conquêtes soulagent réellement l’existence ; la légende ne commande aucun renoncement au progrès. Elle interroge plutôt la maturité de ceux qui disposent d’une puissance accrue. Un outil capable d’abolir une distance laisse entière la question du but, de la mesure et du coût supporté par autrui. À l’échelle collective, le canot peut aussi figurer notre condition écologique : des places différentes dans une même embarcation, des responsabilités inégales, mais un milieu commun dont personne ne s’extrait durablement par sa seule volonté.

Il reste enfin à regarder celles vers qui les hommes se précipitent. Le récit épouse surtout la voix masculine du chantier, et les amoureuses apparaissent à travers son attente. Une lecture contemporaine peut leur rendre une liberté que le désir des voyageurs tend à oublier : elles ne sont ni des récompenses ni des biens gardés au village. Aucun exploit accompli pour rejoindre quelqu’un ne donne droit à son amour. Cette limite prolonge la méditation sur le pacte jusque dans l’intimité ; l’être aimé demeure libre, même lorsque nous avons traversé le ciel pour lui.

La beauté du dénouement tient à ce que Joe peut encore raconter

L’aventure a laissé un corps meurtri, une mémoire et une parole offerte à ceux qui l’écoutent. Dans la chaleur retrouvée, le récit transforme une imprudence en expérience partageable, sans épuiser son mystère. La transmission accomplit peut-être ainsi ce que l’envol n’avait pas su produire : un déplacement intérieur, rendu possible par le retour, le recul et l’attention des autres. Le vieux conteur rend à la communauté ce que le jeune homme avait risqué de perdre en voulant brusquer le temps.

Lorsque nous levons les yeux vers ce canot lancé dans la nuit, nous pouvons donc y reconnaître notre propre désir de franchir ce qui résiste.

La Franc-Maçonnerie offre à cette image une interrogation qui lui est familière : quelle maîtrise de nous-mêmes accompagne les moyens que nous acquérons, et quelle place gardons-nous à ceux dont la vie dépend de notre conduite ? Le prix secret du désir apparaît lorsque, pour atteindre plus vite la maison aimée, nous acceptons de ne plus répondre de celui qui en franchira le seuil. La Chasse-galerie nous laisse heureusement le temps de reprendre l’aviron, de veiller sur nos compagnons et d’apprendre qu’un véritable retour exige encore que nous soyons capables d’habiter ensemble la terre.

Aujourd’hui l’histoire, avec Maxime Coutié

Avec Radio-Canada Ohdio, écoutez « Honoré Beaugrand, un personnage complexe et coloré », une émission du 4 décembre 2024

La Revue de Presse FM France & Monde du 13/09/26

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Dimanche 13 septembre 2026

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères,

De la France aux horizons du monde, 450.fm vous propose un regard quotidien sur l’actualité maçonnique, ses échos dans la presse et les débats qui traversent nos sociétés. Entre vie des obédiences, culture, histoire et questions contemporaines, cette revue rassemble les informations utiles pour nourrir notre réflexion et exercer ce discernement auquel nous invite la démarche initiatique.

Période de veille : du vendredi 11 septembre 2026 à 12 h au samedi 12 septembre 2026 à

12 h, heure de Paris. Cette édition comprend également des compléments culturels et un agenda issus des lettres d’information des obédiences, dont certaines publications sont antérieures à cette période. Les rendez-vous sont présentés par ordre chronologique.

FRANCE – VIE PUBLIQUE ET LIBERTÉS

Liberté de conscience des magistrats : les obédiences interpellent l’exécutif

Source : Hiram.be, communiqué du 11 septembre 2026 – France.

Douze obédiences, parmi lesquelles le GODF, la GLDF, la GLNF, la GLFF et la Fédération française du Droit Humain, contestent un avis du Collège de déontologie des magistrats qu’elles estiment porteur d’une suspicion générale envers l’appartenance maçonnique. Leur démarche auprès des autorités défend une appréciation des engagements individuels selon les mêmes principes que pour tout citoyen, sans présomption attachée à la nature de l’association fréquentée. Lire le communiqué sur Hiram.be (site payant ; cet article est en accès libre)

FRANCE – SOCIÉTÉ, CULTURE ET SPIRITUALITÉ

Quand la République cherche encore son centre

Source : 450.fm, chronique d’opinion du 11 septembre 2026 – France.

Cette chronique rapproche les débats de la presse hebdomadaire sur l’école, les inégalités, la laïcité et la démocratie, puis les relit à travers les outils symboliques du bâtisseur. En faisant dialoguer l’actualité des idées avec l’exigence du travail sur soi, elle défend l’instruction et la transmission comme conditions d’une liberté réellement exercée et d’une République capable de tenir ses promesses. Lire l’article

Jacques Carletto explore « Le pouvoir extraordinaire des sons »

Source : 450.fm, entretien du 11 septembre 2026 – France.

Autour du travail d’Alex Michel, cet entretien présente une approche vibratoire du son associant écoute, conscience et recherche d’harmonie intérieure. Si les effets physiologiques ou « énergétiques » évoqués doivent être rapportés aux thèses de l’auteur, le sujet rejoint l’attention initiatique portée au silence, au rythme et à la résonance, autant de dimensions sensibles de notre relation au monde. Lire l’entretien

Avec Thomas Römer, Points de Vue Initiatiques revient aux commencements

Source : lettre d’information n°149 de la GLDF du 10 septembre 2026 – complément culturel.

Le numéro 221 de Points de Vue Initiatiques, intitulé « Au début… », explore les mythes fondateurs et l’initiation comme possibilité de recommencement. Son invité, Thomas Römer, exégète et administrateur du Collège de France, y accorde un entretien intitulé « La Bible n’est pas tombée du ciel », ouvrant un dialogue entre l’histoire des textes, leur élaboration humaine et la lecture symbolique des origines.

Le Prix Provins Moyen Âge 2026 met les Templiers à l’honneur

Source : actu.fr – alerte reçue le 12 septembre 2026 ; date de publication non vérifiée.

Le Prix Provins Moyen Âge met en lumière l’histoire des Templiers et plusieurs ouvrages retenus par son jury. Cette actualité intéresse d’abord la connaissance du monde médiéval, tout en invitant les lecteurs maçonniques à distinguer l’histoire documentée de l’ordre du Temple des filiations symboliques et des récits élaborés ultérieurement ; la présente notice repose sur l’extrait de Google Alerts, l’article complet n’ayant pas pu être consulté. Lire la source

FRANCE – L’AGENDA DES OBÉDIENCES ET DES RENCONTRES

16 septembre – À Metz, Bernard Saïag invité par Georges Troispoints

Source : Association Georges Troispoints, annonce relayée par 450.fm le 11 septembre 2026.

L’association Georges Troispoints annonce une rencontre publique avec Bernard Saïag, professeur émérite et chercheur en philosophie des sciences, le 16 septembre, de 18 h 30 à 20 h, dans les grands salons de l’Hôtel de Ville de Metz. Annoncée libre et gratuite, cette soirée reliera esprit critique, éthique et vivre-ensemble, dans une perspective où le questionnement maçonnique participe à la construction d’une pensée ouverte. Lire l’annonce

17 septembre – Avec Pierre Schoeller, le GODF interroge l’exercice du pouvoir républicain

Source : lettre d’information du GODF du 11 septembre 2026.

Le ciné-débat Louis Delluc accueillera jeudi 17 septembre à 19 h 30, à Paris, une projection de L’Exercice de l’État, suivie d’une discussion avec son réalisateur, Pierre Schoeller, sur le thème de « L’État républicain ». Le cinéma devient ici un lieu d’interrogation sur les responsabilités du pouvoir et les tensions de la décision publique ; la lettre précise que cette rencontre affiche déjà complet.

19 et 20 septembre – La GLDF ouvre vingt-sept sites pour faire découvrir un patrimoine vivant

Source : lettre d’information de la GLDF du 10 septembre 2026 – complément d’agenda.

Vingt-sept sites de la Grande Loge de France accueilleront le public en métropole, en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. De l’ancien grenier à sel d’Avignon aux décors égyptiens de Cannes, du siège parisien installé dans un ancien couvent franciscain au Château Saint-Antoine de Marseille, les visites associeront découverte architecturale, objets maçonniques et échanges avec les Frères sur la démarche initiatique.

19 et 20 septembre – De Camus à Spinoza, le patrimoine devient un rendez-vous de pensée

Source : lettre d’information de la GLDF du 10 septembre 2026 – complément culturel.

À Montpellier, le programme annoncé réunit l’exposition Au cœur des Symboles, une lecture théâtrale de L’Étranger d’Albert Camus et le dialogue théâtral Le Bandeau de Spinoza. D’autres sites proposent des conférences sur la transmission, l’engagement initiatique ou le métier de maître verrier, donnant à ces journées une dimension littéraire et philosophique qui prolonge la découverte des Temples.

23 septembre – « Incarner l’intérêt général » : la République à l’épreuve de ses représentants

Source : lettre d’information du GODF du 11 septembre 2026.

À l’occasion du 234e anniversaire de la Première République, le GODF organise mercredi 23 septembre à 19 h 30, à Paris, une table ronde avec le concours de la Loge d’études et de recherche République universelle. Autour d’élus locaux et nationaux, parmi lesquels Hélène Bidard, Bertrand Bouyx, Sébastien Fagnen, Lauriane Josende et Emmanuel Maurel, la rencontre animée par Ella Micheletti-Huertas interrogera la manière de donner une réalité à l’intérêt général, au-delà de son invocation dans les discours.

26 septembre – À Paris, les Sœurs de la GLFF présentent leurs travaux au public

Source : site officiel de la GLFF – date de publication non précisée.

La Grande Loge Féminine de France annonce un « Temple ouvert », samedi 26 septembre à partir de 14 h 30, au 4, Cité du Couvent, dans le XIe arrondissement de Paris. Gratuite sur inscription et accessible à tout public, cette rencontre permettra de découvrir les travaux des Franc-Maçonnes et d’approcher leur démarche à travers une présentation directe de leurs réflexions. Consulter le site officiel de la GLFF

30 septembre – À Grasse, les 120 ans de la Loge PAX invitent à rencontrer l’histoire

Source : lettre d’information du GODF du 11 septembre 2026.

La Loge PAX de Grasse célébrera son 120e anniversaire mercredi 30 septembre, dès 14 h, par une exposition et une conférence publique, avec la présence annoncée de Guillaume Trichard et de l’historien Pierre-Yves Beaurepaire. Cette ouverture offre l’occasion de découvrir comment l’histoire d’un Atelier s’inscrit dans celle d’une ville, entre mémoire fraternelle, transmission et présence dans la société.

1er octobre – À Rennes, un voyage dans la Franc-Maçonnerie féminine

Source : site officiel de la GLFF – date de publication non précisée.

M.-T. Besson

Marie-Thérèse Besson, ancienne Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, donnera jeudi 1er octobre à Rennes une conférence publique intitulée « Voyage en franc-maçonnerie féminine ». Ce rendez-vous permettra de mieux connaître une tradition initiatique dont l’histoire, les pratiques et les engagements contribuent à la diversité du paysage maçonnique contemporain. Consulter le site officiel de la GLFF

3 octobre – À Castelsarrasin, Cécile Révauger éclaire l’engagement maçonnique contemporain

Source : lettre d’information du GODF du 11 septembre 2026.

Cécile Revauger

La Loge Le Réveil du Quercy organise samedi 3 octobre à 18 h une conférence publique consacrée à la manière d’être Franc-Maçon et Franc-Maçonne au Grand Orient de France au XXIe siècle. Avec l’historienne Cécile Révauger, en présence de Guillaume Trichard, ce rendez-vous permettra d’aborder un engagement dont les formes contemporaines se comprennent aussi à la lumière de son histoire.

9 octobre – À Étampes, laïcité et spiritualité entrent en dialogue

Source : lettre d’information du GODF du 11 septembre 2026.

Ville d’Étampes

Pour son vingtième anniversaire, la Loge L’Atelier Écossais d’Étampes annonce vendredi 9 octobre à 19 h une conférence publique intitulée « Laïcité, Spiritualité et Franc-maçonnerie ». Jean-François Colosimo et François Cavaignac y interviendront dans une table ronde animée par Lou Fritel, en présence annoncée de Gérard Larcher et de Guillaume Trichard ; le rapprochement de ces trois termes ouvre un champ de réflexion sur la liberté de conscience et les différentes expressions de la vie spirituelle.

MONDE – MÉMOIRE ET SYMBOLISME

États-Unis – « Tribute in Light » : deux colonnes de lumière pour rendre visible l’absence

Source : 450.fm, lecture culturelle du 11 septembre 2026 – pays concerné : États-Unis.

Pour le vingt-cinquième anniversaire des attentats du 11-Septembre, cette lecture culturelle médite sur les deux faisceaux lumineux dressés à New York. Tout en précisant que l’œuvre n’est pas maçonnique, l’auteur en rapproche la verticalité, la présence de deux colonnes, la mémoire et le relèvement, dans une interprétation qui distingue l’intention artistique des résonances symboliques éveillées chez le spectateur. Lire l’article

Au fil de ces regards croisés, cette revue de presse invite à prolonger la réflexion, à confronter les points de vue et à demeurer attentifs aux mouvements de notre temps, dans un esprit de liberté, de vigilance et de fraternité.

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, nous vous souhaitons une bonne lecture.

Ainsi va le Monde*…

*Ainsi va le monde… Depuis des siècles, la formule accompagne avec une discrète mélancolie le spectacle des affaires humaines : les puissances passent, les certitudes vacillent, les réputations se font et se défont, tandis que l’Histoire poursuit sa course sans toujours demander notre permission. « Ainsi va le monde » n’est pourtant ni une résignation ni un renoncement ; c’est d’abord le constat lucide d’un univers en mouvement, où rien n’est définitivement acquis et où chaque époque porte ses ombres autant que ses Lumières. Pour le Franc-Maçon, habitué à travailler entre l’éphémère et l’essentiel, cette vieille expression prend une résonance particulière : si le monde tourne, il appartient à chacun de chercher son axe, de discerner derrière le bruit des événements ce qui mérite d’être compris, transmis ou interrogé. C’est précisément l’ambition de cette revue de presse : observer le monde tel qu’il va, sans complaisance ni désenchantement, afin de mieux penser celui qui vient.

Revue de presse d’hier

Liberté de conscience des magistrats : les obédiences maçonniques interpellent l’exécutif

Douze principales obédiences maçonniques françaises viennent d’adresser une protestation solennelle au président de la République, au garde des Sceaux et au Collège de déontologie des magistrats. En cause : l’avis n° 2026-27, qui présenterait l’appartenance maçonnique d’un magistrat comme « incompatible » avec sa fonction ou, à tout le moins, comme appelant de « réserves importantes ». Les signataires y voient non une simple exigence déontologique, mais le retour inquiétant d’une suspicion collective fondée sur l’appartenance associative.

Une réaction collective inédite

Temple Jean Mons – GLNF Paris

Le texte rassemble un spectre particulièrement large de la maçonnerie française. Le Grand Orient de France, la Grande Loge Nationale Française, la Grande Loge de France, la Fédération française du Droit humain, la Grande Loge féminine de France, la Grande Loge de l’Alliance maçonnique française, ainsi que plusieurs obédiences mixtes, indépendantes, spiritualistes et traditionnelles, ont choisi de parler d’une même voix (liste en fin d’article).

Cette unité est en elle-même un événement. Les obédiences françaises ne partagent ni les mêmes références, ni la même conception du travail initiatique, ni les mêmes positions sur la mixité, la spiritualité, la place du Grand Architecte de l’Univers ou l’engagement dans la cité. Mais elles se retrouvent ici sur une ligne simple : un citoyen ne saurait être frappé d’une suspicion générale à raison de son appartenance à une association licite.

Leur inquiétude porte moins sur le contrôle normal des conflits d’intérêts que sur le glissement possible d’une vigilance légitime vers une présomption. Autrement dit, il est parfaitement recevable d’examiner les liens concrets, les relations particulières, les intérêts en cause ou les situations susceptibles d’altérer l’impartialité d’un juge. En revanche, qualifier globalement la qualité de franc-maçon d’« incompatible » avec l’exercice de la magistrature revient à faire de l’appartenance elle-même un motif de défiance.

Or, l’appartenance à une organisation, même connue pour sa discrétion, ne démontre par elle-même ni collusion, ni partialité, ni intérêt personnel. L’analyse pertinente doit porter sur des faits vérifiables : une affaire précise, une relation directe, un avantage, une intervention, un conflit d’intérêts identifiable. La seule étiquette ne peut suffire.

Pouvoir, justice, droit, assemblée

Le point sensible : impartialité ou présomption ?

La justice impose aux magistrats une exigence élevée d’indépendance, d’impartialité et de probité. Cette exigence ne se discute pas. Elle protège les justiciables, garantit la confiance dans les décisions rendues et constitue l’un des piliers de l’État de droit.

Mais les obédiences signataires estiment que l’avis du Collège de déontologie franchirait une limite en laissant entendre que l’engagement maçonnique serait, en lui-même, incompatible avec la fonction de juger. Une telle approche soulève une question de principe : doit-on apprécier un magistrat selon ses actes, sa situation objective et son comportement professionnel, ou selon les appartenances privées qu’il partage avec des milliers d’autres citoyens ?

C’est tout l’enjeu du conflit entre deux visions de la déontologie.

Une déontologie fondée sur les faitsUne déontologie fondée sur la suspicion d’appartenance
Elle recherche un conflit d’intérêts concretElle déduit un risque général d’une qualité personnelle
Elle impose le déport lorsqu’un lien précis met l’impartialité en causeElle rend l’appartenance elle-même suspecte
Elle s’applique à tous les réseaux ou engagements : associations, syndicats, partis, cultes, cercles professionnelsElle cible une catégorie particulière d’association
Elle sanctionne un comportement ou une situation objectivableElle peut aboutir à une forme de tribunal des appartenances

Pour les obédiences, la seconde logique serait difficilement conciliable avec les libertés publiques. Elles rappellent que la liberté d’association, la liberté de conscience, la liberté d’opinion et le principe d’égalité ne sont pas des libertés conditionnelles : elles protègent aussi les opinions, les appartenances et les engagements qui dérangent, intriguent ou suscitent la méfiance.

L’enjeu ne concerne donc pas exclusivement la Franc-maçonnerie. Si un citoyen peut être regardé comme moins apte à exercer une fonction publique parce qu’il appartient à une association licite, la question se pose inévitablement pour d’autres formes d’engagement : syndical, philosophique, religieux, politique, mutualiste ou culturel. L’État de droit ne se mesure pas à la manière dont il protège les affiliations consensuelles, mais à sa capacité à défendre les libertés lorsque celles-ci deviennent impopulaires.

Une mémoire française douloureuse

Les mots employés par les obédiences – « doctrine de suspicion et d’exclusion », « pages les plus sombres de notre histoire nationale » – ne sont pas choisis au hasard. La France a connu des périodes durant lesquelles l’appartenance maçonnique a servi de critère de fichage, de mise à l’écart, de discrimination professionnelle, voire de persécution.

Sous le régime de Vichy, les lois antimaçonniques ont notamment entraîné la dissolution des obédiences, la saisie de leurs biens et l’exclusion de nombreux francs-maçons de fonctions publiques. Le soupçon porté sur la Maçonnerie ne relevait pas seulement de la polémique : il s’est traduit par des dispositifs administratifs et politiques visant des personnes à raison de leur appartenance réelle ou supposée.

C’est pourquoi les signataires refusent toute résurgence d’un raisonnement collectif : être franc-maçon ne peut devenir, de façon automatique, un élément à charge. La prudence déontologique est nécessaire; l’assignation identitaire est dangereuse. Entre les deux, il existe une frontière que la République doit préserver.

Cette vigilance est d’autant plus importante que l’antimaçonnisme contemporain se nourrit souvent de vieilles représentations : l’idée d’un « réseau » omnipotent, d’une solidarité occulte qui commanderait les décisions publiques, ou d’une influence cachée qui dispenserait de toute preuve. Or une information relative à une appartenance, même lorsqu’elle peut relever de l’intérêt général dans certaines circonstances, ne constitue jamais à elle seule la preuve d’une collusion ou d’un conflit d’intérêts.

Trois courriers, trois demandes

Les obédiences ont articulé leur démarche autour de trois interventions distinctes.

D’abord, elles demandent au président de la République de veiller à ce que les instances de l’État et les comités déontologiques ne se transforment pas en « tribunaux de conscience ». La formule vise à rappeler que l’État laïque n’a pas à trier les citoyens selon la respectabilité supposée de leurs convictions philosophiques ou de leurs appartenances associatives.

Ensuite, elles sollicitent le garde des Sceaux afin que le Conseil supérieur de la magistrature, dans sa formation plénière, se prononce sans ambiguïté sur cette question. Elles souhaitent que l’autorité constitutionnelle chargée de concourir à l’indépendance de la magistrature fixe une position claire : l’appartenance maçonnique n’emporte pas, par nature, incompatibilité avec les fonctions judiciaires.

Enfin, les obédiences ont saisi le président et les membres du Collège de déontologie des magistrats. Leur demande est précise : l’engagement des magistrats francs-maçons doit être apprécié selon les mêmes critères que celui de tout autre citoyen. Cela signifie qu’un magistrat doit se déporter quand une situation concrète l’exige, déclarer les intérêts pertinents et éviter toute confusion entre liens privés et devoirs publics; mais il ne doit pas subir une présomption défavorable attachée à la simple nature de l’association dont il est membre.

Défendre la justice sans discriminer

Le débat est donc plus subtil que l’alternative caricaturale entre secret et transparence. Les magistrats ne sont pas au-dessus des règles déontologiques, et la Franc-maçonnerie ne saurait être placée hors du champ de l’examen public lorsqu’un conflit concret peut exister. Mais la même règle doit valoir pour tous.

La bonne méthode consiste à distinguer trois niveaux :

  • L’appartenance, qui relève en principe de la liberté associative et de la vie privée.
  • Le lien spécifique entre un magistrat et une personne, une partie, un avocat, une entreprise ou un dossier.
  • Le conflit d’intérêts, qui apparaît lorsqu’un intérêt privé ou une relation particulière est de nature à compromettre l’impartialité, ou à faire raisonnablement douter de celle-ci.

C’est au troisième niveau que doit intervenir le contrôle déontologique. Non au premier, sauf à installer une police des consciences où certaines appartenances seraient tolérées et d’autres intrinsèquement suspectes.

Les obédiences ne demandent donc pas une immunité. Elles demandent l’égalité de traitement. Elles ne contestent pas le devoir d’impartialité des magistrats; elles rappellent que celui-ci doit se fonder sur des circonstances objectives, non sur des fantasmes collectifs. Elles ne réclament pas le droit à l’opacité; elles refusent que la transparence devienne le prétexte à une exclusion.

Une alerte républicaine

Au-delà de la controverse immédiate, cette mobilisation collective pose une question essentielle à la démocratie française : peut-on être pleinement citoyen, pleinement libre et pleinement serviteur de l’État tout en appartenant à une organisation philosophique ou fraternelle licite ?

La réponse devrait être évidente. Oui, à condition que l’exercice de la fonction publique reste gouverné par la loi, l’impartialité, la déclaration des intérêts utiles et, lorsque cela est nécessaire, le déport. Tout le reste relève d’une confusion entre la vigilance démocratique et le soupçon généralisé.

Les douze obédiences signataires veulent précisément empêcher cette confusion. À travers leurs courriers, elles défendent certes leurs membres, mais elles soulèvent une alerte qui dépasse très largement leurs temples : dans une République attachée à la liberté de conscience, nul ne devrait être condamné par avance à raison de l’association légale à laquelle il appartient.

Signataires : Grand Orient de France, Grande Loge Nationale Française, Grande Loge de France, Fédération Française du Droit Humain, Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité, Grande Loge Féminine de France, Grande Loge Indépendante de France, Loge Mixte de France, Grande Loge Mixte Memphis-Misraïm, Grande Loge Mixte Universelle, Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra

Communiqué de presse de la GLFF

L’acacia : le végétal sacré de la légende hiramique

À côté des outils empruntés aux maçons opératifs, des réminiscences du Temple de Salomon, telles les colonnes B et J, et de l’emblème pythagoricien du Pentagramme, la Franc-maçonnerie symbolique honore tout particulièrement un symbole végétal, l’Acacia.

Acacia est en réalité un genre de plantes, en fait de près de 1500 arbres et d’arbustes, dont la plupart en Australie, puis dans les régions tropicales et subtropicales d’Afrique, d’Asie et des Amériques. Leur système racinaire est généralement bien développé, ce qui favorise l’exploitation des ressources hydriques dans des sols souvent pauvres et soumis à une forte variabilité climatique. Le nom de genre Acacia a été publié en 1754 dans la 4e édition abrégée du Gardeners Dictionary. Au cours du XIXe siècle, de nombreuses espèces furent progressivement rattachées à ce genre, qui devint extrêmement vaste et hétérogène.

Le nom Acacia provient du grec ancien ἀκακία (akakia), nom d’un arbre épineux d’Égypte et de la péninsule Arabique. Ce terme est généralement rattaché à ἀκίς (akis), « pointe, épine », tandis que l’étymologie grecque du mot a-kakia suggére l’innocence, vertu de celui qui ignore le mal, signifiant la candeur d’un être aux intentions pures.

L’« acacia » des textes grecs, mentionné notamment par Théophraste Renaudot, correspond vraisemblablement au gommier rouge arbre épineux commun dont les gousses et les exsudats étaient utilisés en pharmacopée antique. Le mot a été repris en latin, puis adopté par la botanique moderne comme nom de genre.

 En franc-maçonnerie, l’Acacia occupe une place à part : elle est liée à la légende d’Hiram, et on la retrouve sur presque tous les décors du grade de Maître, ainsi que sur certains hauts grades du REAA.

Mais l’Acacia n’a pas toujours régné seule. Au XVIIIe siècle, et encore au XIXe, d’autres plantes se sont invitées dans certains rituels maçonniques.

C’est le cas du Cassia, qu’on appelle aussi la casse, et du Tamaris.

Revenons un instant en arrière. La légende d’Hiram serait entrée dans la Franc-maçonnerie peu avant 1730. Elle n’appartient donc pas au noyau originel de la Franc-maçonnerie spéculative du XVIIe siècle.

On pense que la scène du relèvement du corps d’Hiram s’inspire d’une légende maçonnique plus ancienne : celle de la découverte du corps de Noé par ses trois fils. On en trouve déjà la trace dans le manuscrit Graham, daté de 1726. Mais à ce stade, aucun symbole végétal n’apparaît encore dans le récit.

Il faudra attendre 1730, et le Masonry Dissected de Samuel Pritchard, pour lire la première description du grade de Maître telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Dans ce texte, l’endroit où repose le corps est signalé par un rameau. Mais attention : ce n’est pas encore l’Acacia que l’on connaît. C’est une branche de Cassia, car le mot désigne plusieurs arbustes proches : la casse, le séné, le faux séné, ou encore le cannelier de Chine.

Il s’agit dans tous les cas d’un arbuste, reconnu pour ses vertus médicinales et aromatiques. Cet arbuste a traversé les cultures. On y a souvent vu un symbole de force intérieure, de résilience, de résistance face aux épreuves.

Le Cassia avait aussi sa place dans les rites funéraires. En 1731, l’auteur de A Defence of Freemasonry le rappelait en ces mots : on disait que les Frères plaçaient une branche de Cassia à la tête de la tombe d’Hiram, en écho à une ancienne coutume des pays orientaux, celle d’embaumer les morts, et en particulier de préparer la tête et d’en sécher le cerveau, comme Hérodote l’avait déjà raconté.

Le Cassia avait donc tout pour être choisi : ses fleurs d’un jaune éclatant évoquent la lumière, il symbolise l’endurance dans l’épreuve, et il tenait une place dans les rites funéraires. Alors, une question demeure : pourquoi a-t-il fini par céder sa place à l’Acacia ?

C’est probablement en France que l’on trouvera la réponse à ces questions. Dès les années 1740, on trouve l’Acacia dans les rituels maçonniques français. C’est le cas notamment dans le Manuscrit Luquet, l’un des deux plus anciens rituels manuscrits français connus (vers 1745), et dans la divulgation « Le Sceau Rompu » (1745).

Comment est-on passé de Cassia à Acacia ? Vraisemblablement par une proche homophonie entre « le Cassia » et « l’Acacia », d’autant plus explicable par le caractère essentiellement oral des anciennes pratiques rituelles des francs-maçons. Mais encore fallait-il que cette homophonie fît sens.

Et c’était le cas, car l’Acacia a encore plus de lettres de noblesse que le Cassia. Ne le dit-on pas imputrescible, capable de renaître après les incendies et donc symbole de renaissance et d’immortalité ? Mais surtout, selon la Bible, c’est le bois qui servit à la construction de l’Arche de l’Alliance, du mobilier liturgique et des piliers du Tabernacle, le Temple itinérant institué par Moïse dans le désert (Exode, chapitres 25 à 27).

La tradition chrétienne affirme quant à elle, sans référence scripturaire, que la Croix du Christ et la couronne d’épine était faites d’Acacia. Et dans certaines versions de la légende d’Osiris, le corps du dieu assassiné reposa près d’un Acacia.

Si le Cassia avait de bonnes raisons d’illustrer la légende d’Hiram, l’Acacia en avait de meilleures, car il rattachait la mort d’Hiram à l’Arche de l’Alliance et à l’idée de renaissance et de résurrection induite par les figures du Christ et d’Osiris.

Mais comment expliquer qu’une homophonie entre « la Cassia » et « l’Acacia » en français ait imposé à l’ensemble de la Franc-maçonnerie le symbole de l’Acacia ? Les rituels anglais (que ce soit Emulation ou les autres rituels en usage dans la Grande Loge Unie d’Angleterre, tels le Taylor, le West End, …) connaissent tous l’Acacia.

 Serait-il alors admissible que les rituels maçonniques français aient pour une fois influencé les usages maçonniques anglais et non l’inverse ? 

La Cassia était clairement la version en usage chez les Modernes, c’est-à-dire les Loges de la Première Grande Loge de Londres (1717), selon la divulgation de Pritchard en 1730.

On ignore en revanche si un symbole végétal équivalent apparaissait dans les rituels des Anciens, dont la Grande Loge fut fondée en 1753. En tout cas la divulgation The Three Distinct Knocks de 1760, qui révèle les usages rituels d’une Loge des Anciens, n’en mentionne aucun. 

Mais l’on sait très bien qu’il y eut beaucoup de contacts entre les francs-maçons jacobites exilés en France et les Loges françaises.

Or les Jacobites avaient généralement plus d’affinités avec les Anciens qu’avec les Modernes, inféodés à la dynastie hanovrienne. C’est donc vraisemblablement par eux que l’Acacia français pénétra la Franc-maçonnerie anglaise des Anciens.

Et lors de l’union des deux Grandes Loges en 1813 pour former la Grande Loge Unie d’Angleterre, on sait que les usages rituels des Anciens furent adoptés et c’est très vraisemblablement à partir de là que l’Acacia remplaça la Cassia dans les rituels anglais.

Si l’Acacia semble s’être imposé dans l’ensemble de la Franc-maçonnerie mondiale, une troisième variante apparut en France au sein du Rite de Misraïm.

Dans le rituel de ce Rite rédigé entre 1815 et 1820, on ne trouve mention ni de Cassia ni d’Acacia, mais de Tamaris. Connu de la Bible et de nombreuses cultures anciennes (Égypte, Grèce, Scandinavie, Chine, Japon…), le Tamaris véhicule un symbolisme qui n’est pas très éloigné de celui du Cassia et de l’Acacia : force, endurance, fécondité, longévité et immortalité. Mais c’est bien évidemment son inscription dans la tradition égyptienne qui va pousser les auteurs de ce Rite à le choisir.

Les sources égyptiennes affirment généralement que le corps d’Osiris reposa près d’un Acacia ou d’un Sycomore. Mais il faut bien comprendre que ces sources restèrent inaccessibles aux lecteurs modernes jusqu’au déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion en 1822.

Les créateurs de la Franc-maçonnerie égyptienne n’avaient donc accès à l’Égypte ancienne qu’au travers des écrits des auteurs grecs (Hérodote, Diodore de Sicile, Strabon, Plutarque…) et dans une moindre mesure, latins (Pline l’Ancien, Apulée…). Faisant preuve d’une certaine érudition, c’est certainement chez Plutarque que l’auteur découvrit le Tamaris, qu’il choisit d’introduire dans sa légende d’Hiram, au lieu de la Cassia ou de l’Acacia, afin d’égyptianiser davantage son propos.

Plutarque rapporte en effet une version du mythe d’Osiris inconnue dans les sources égyptiennes : selon cette variante, le corps d’Osiris, placé dans un coffre, fut livré aux flots de la mer et dériva jusqu’à s’échouer contre un Tamaris à Byblos en Phénicie (actuellement au Liban).

Le Tamaris grandit autour du coffre, qu’il finit par englober, et le roi de Byblos, émerveillé de la croissance inhabituelle de cet arbre, le fit couper pour en faire une colonne de son palais.

À la recherche du corps de son époux, Isis parvint à obtenir la colonne, en dégagea le corps d’Osiris, qu’elle embauma et ramena en Égypte.

acacia
acacia

Cette légende avait au moins deux raisons de retenir l’attention de l’auteur du rituel de Misraïm : tout d’abord, le Tamaris était explicitement intégré à la découverte du corps d’Osiris et pouvait ainsi tout naturellement trouver sa place dans la légende d’Hiram. Ensuite, le fait que le corps d’Hiram se soit retrouvé à l’intérieur d’une colonne devait être très parlant pour un auteur de rituel maçonnique. Et plus, si l’on suppose que l’auteur avait également connaissance des écrits botaniques de Pline l’Ancien, qui affirme que les prêtres égyptiens portaient des couronnes faites de rameaux de Tamaris.

Le choix du Tamaris était donc tout à fait judicieux pour souligner la dimension égyptienne du rituel, et l’on peut regretter que le Rite de Misraïm utilisé de nos jours (dit Rite de Venise 1788), qui date en fait des années 1980 seulement, n’ait pas suivi son illustre prédécesseur sur ce point et se soit aligné sur l’Acacia.

En somme,Acacia, Cassia ou Tamaris ont tous trois de bonnes raisons d’avoir été choisis pour illustrer la légende d’Hiram dans les rituels maçonniques.

Mais l’importance prépondérante du symbole de l’acacia au 3ème degré a permis à William Hutchinson (1732-1814), membre de la Royal Society of Antiquaries de surnommer les francs-maçons, les Acaciens.

Probablement jugé plus prestigieux que ses concurrents, l’Acacia s’est donc finalement imposé.

Mais il est temps de se focaliser sur l’Acacia, au risque de ne pas choisir d’autre végétal mentionné par les traditions !

D’un degré à l’autre, les réponses au tuilage progressent d’un état de passivité vers un niveau d’implication et de responsabilité.

Branche d'acacia dans les mains sur tissu rouge
Branche d’acacia dans les mains sur tissu rouge

Au 1er degré, l’Apprenti annonce : « Mes Frères me reconnaissent comme tel ». Il dépend de ses Frères qui admettent sa qualité maçonnique, donc il est mis sur la voie silencieuse de l’introspection.

Au2ème degré, le Compagnon déclare : « J’ai vu l’étoile flamboyante ». Il consacre ses sens à la prospection du monde, guidée par son étoile, mais n’est pas encore maître de son voyage.

Au 3e degré, le Maître affirme : « L’acacia m’est connu », il agit en possession des mots substitués, maîtrisant ses pas sur la voie du milieu ; il s’engage pour chercher les secrets véritables qui ont été perdus, là où se trouve l’acacia.

Dans la plupart des rituels d’élévation à la Maîtrise, alors que la loge est plongée dans le plus grand chaos, neuf Frères voyagent à la recherche du Maître assassiné.

Soudain, le 2e Surveillant fait savoir : « Cet arbre funéraire, cet acacia m’annonce une sépulture. Il n’y a pas longtemps qu’il est planté… peut-être ombrage-t-il le tombeau de notre Maître Hiram ».

On peut citer ici une variante de ce mythe. Les Maîtres partis à la recherche d’Hiram n’aperçoivent pas l’acacia, car ce sont eux qui vont le planter. Voici ce que rapporte François-Timoléon Bègue-Clavel du Rite Français ancien dans son ouvrage Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie et des Sociétés Secrètes Anciennes et Modernes de 1783 : « Le respectable Maître Hiram ne paraissant plus aux travaux comme à son ordinaire, Salomon ordonna à neuf maîtres de faire des recherches, et ceux-ci allèrent sur le mont Liban.

Le deuxième jour, l’un d’eux, excessivement fatigué, voulut se reposer sur un monticule ; s’étant aperçu que la terre était nouvellement remuée, il s’en approcha et fouillant, il trouva le cadavre. Il appela ses camarades et leur fit part de sa triste découverte, présumant que c’était le corps de leur respectable Maître qui sans doute avait été assassiné, et n’osant, par respect, pousser leurs recherches plus loin, ils recouvrirent la fosse et pour la reconnaître ils coupèrent une branche d’acacia qu’ils plantèrent au-dessus et se retirèrent vers Salomon auquel ils firent leur rapport »

Peu importe la version à retenir, l’acacia, verdoyant, planté sur un tertre fraîchement dressé, indique toujours la sépulture du Maître.

Radio 2
Branche d’acacia – Crédit photo Radio 2

Il pointe le centre du drame, où se retrouvent alors les Frères Maîtres, entre l’équerre et le compas.

Repère solitaire dans l’immensité du voyage, l’acacia oriente l’attention du Maître Maçon et balise son chemin à la rencontre de son propre centre.

Cependant, sur la tombe d’Hiram où la terre est fraîchement remuée, l’acacia n’est pas né tout seul d’un germe spontané.

Sa plantation implique un acte volontaire qui, dans notre rituel, mémorise un emplacement et donne une suite à l’histoire.

Comme c’est le cas le plus courant dans nos rituels actuels, dans un effort commun, les neuf Frères ont retrouvé la sépulture d’Hiram grâce à l’acacia. Ils tournent alors leur regard vers le tombeau et ses mystères.

Le 1e Surveillant témoigne : « oui, il est dit que la Connaissance repose à l’ombre de l’Acacia ».

Le maître du chantier, mis à mort par l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition, possède la Connaissance que localise l’acacia. Il a emporté avec lui les secrets véritables des maîtres bâtisseurs.

L’ombre donne la fraîcheur, mais aussi la clairvoyance sur ce qui ne peut être dévoilé en pleine lumière, car le plein soleil aveugle l’esprit et il est dangereux de « Révéler » à qui n’a pas qualité pour recevoir, comprendre et s’en servir.

L’acacia aux fortes épines protège cette Vérité qui doit rester hermétique aux imposteurs, car les mauvais Compagnons rôdent toujours.

L’aspect épineux de l’acacia a suggéré une tradition christique selon laquelle la couronne d’épine de Jésus fut tressée avec les épines de cet arbuste. Au-delà, la croix elle-même aurait été faite du bois qui servait à la construction du temple donc avec de l’acacia… ou du cèdre.

Dans le livre de 1440 Heures de Catherine de Clèves, une miniature montre une passerelle que la reine de Saba doit franchir pour rendre visite à Salomon. La reine, cependant, eut une vision prophétique que le pont fournirait le bois sur lequel le Christ serait crucifié. Elle refuse donc de marcher sur le pont et patauge pour rejoindre le roi qui l’attend. 

Dans l’analogie astronomique, la légende d’Hiram est l’emblème du soleil, le symbole de sa marche apparente : ainsi le Compagnon est entré à reculons dans le Temple, contemplant l’étoile flamboyante qui brille au loin à l’Occident, posant un regard sur son travail passé. Puis il a fait face pour marcher vers son avenir, comme le soleil d’automne en route vers le déclin.

Si l’acacia est un Arbre funéraire, c’est donc aussi un arbre de vie

On notera ainsi que sur un tableau allégorique anonyme, conservé au Musée de la Franc-maçonnerie de Londres et intitulé Les mystères montrés ici sont ceux que seul un maçon peut connaître, le Roi Salomon dessine le théorème de Pythagore, et dans le ciel, sur des nuages, Chronos tient dans sa main droite la faux de la mort et une branche d’acacia résurrectionnelle dans sa main gauche.

Sur la tombe d’Hiram, la verdeur de l’acacia a signé un triomphe sur la mort, il est imputrescible. Il forme cet axe vertical chargé de sève dont les racines inventives cheminent vers des richesses connues d’elles seules, tandis que ses feuilles respirent au plus près du soleil.

Il se régénère sur le terreau des morts où s’organise le grand rassemblement des particules dispersées à travers l’espace et le temps.

C’est la règle générale de la nature qui donne la vie et la reprend, se nourrit d’elle-même, recycle à l’infini.

À l’image de l’acacia, le nouveau Maître prend racine dans cette part invisible de lui-même, se recentre dans une intimité déjà sondée le long du fil à plomb.

Par les 5 points de la Maîtrise, le futur Maître est relevé et reçoit les syllabes du Mot Sacré. Comme le soleil reparaît au solstice d’hiver, le Maître renaît plus radieux que jamais, rayonnant de lumière. L’acacia est connu.

Restauré dans ses possibilités et devenu conscient d’une transformation en lui, le Maître se nourrit désormais de l’enseignement de son relèvement pour continuer sa quête et devenir un pilier stable de la loge.

Plante de résilience dans les déserts arides, bois imputrescible de l’Arche d’Alliance, arbre de renaissance associé à Osiris et au Christ, l’acacia concentre en lui les grandes thématiques initiatiques : la mort, la quête, la connaissance et la régénération.

En définitive, l’Acacia ne marque pas seulement l’emplacement du corps d’Hiram : il indique le chemin que chaque Maître Maçon doit suivre pour retrouver, en lui, le Maître véritable.

Symbole d’immortalité et d’espérance, il rappelle avec force que, même après l’épreuve la plus sombre, la vie et la lumière peuvent toujours renaître, plus vigoureuses et plus lumineuses qu’auparavant.

Le Maître Maçon comprend que la véritable immortalité ne réside pas dans la survie du corps, mais dans la transmission de la Lumière, de la Connaissance et des valeurs qu’il s’efforce d’incarner.

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En 2019, la Bibliothèque nationale de France numérise, au sein de Gallica, trois manuscrits conservés sous les cotes Smith-Lesouëf 125 à 127. Parce qu’ils n’étaient pas intégrés au fonds maçonnique proprement dit, ces documents fondamentaux avaient jusque-là largement échappé au regard des historiens de la Franc-Maçonnerie. Ils sont alors repérés et étudiés par les chercheurs de la Fondation Latomia, qui parviennent à identifier leur rédacteur : Claude-André Vuillaume, 33e, auteur du célèbre Tuileur, et à dater leur rédaction de 1822.

Cette date suffit presque à dire l’importance de l’ensemble. Nous nous situons aux premières années de l’installation et de la structuration du Rite Écossais Ancien et Accepté en France, dans la proximité immédiate de la réorganisation du Suprême Conseil en 1821. Le Suprême Conseil du 33e degré avait été créé en France en 1804 ; les décennies suivantes furent celles des ajustements, des transmissions, des recompositions institutionnelles et rituelles dont devait naître une tradition durable.

Le manuscrit ne constitue donc pas seulement une curiosité bibliophilique. Il offre quelque chose de beaucoup plus précieux : un témoignage rituel situé dans le temps, au moment où le REAA français prend forme, organise ses degrés et transmet son architecture initiatique.

Trente-trois degrés, trois manuscrits, six tomes

Devant l’importance historique et rituelle de ces documents, la Commission Histoire du Suprême Conseil pour la France a souhaité en assurer la publication. L’ensemble paraîtra sous le titre Rituel des trente-trois degrés de l’Écossisme et permettra de parcourir progressivement la totalité de l’édifice écossais.

L’édition ne se contente pas de reproduire un texte ancien

Elle restitue des manuscrits remarquablement illustrés, dans lesquels figurent des lithographies issues notamment de l’édition de 1820 du Tuileur de Vuillaume, mais aussi des dessins originaux, plans, signes d’ordre, bijoux, tableaux de Loge, objets et tabliers du Rite. Chaque grade est accompagné de représentations du Franc-Maçon dans les décors et les postures d’ordre caractéristiques. L’ensemble compte 107 illustrations en pleine page, auxquelles viennent s’ajouter de nombreuses illustrations insérées dans le texte ainsi qu’un appareil de notes explicatives particulièrement développé.

Le choix éditorial consiste à répartir les trois manuscrits originaux en six tomes, accompagnés de leur transcription et d’un abondant apparat critique.

Le premier volume couvre les 1er au 3e degrés, complétés notamment par les rituels funèbres et celui de Passé-Maître ; le deuxième conduit du 4e au 14e degré. Viendront ensuite le tome 3, consacré aux 15e à 18e degrés ; le tome 4, aux 19e à 27e degrés ; le tome 5, aux 28e à 30e degrés ; enfin le tome 6, qui conduira du 31e au 33e degré, avec un supplément historique.

Grenoble 2026 : les deux premiers tomes disponibles

C’est donc un rendez-vous éditorial autant qu’initiatique qui attend les participants aux prochaines Rencontres Écossaises, organisées à Grenoble les samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026. Le site officiel du Suprême Conseil pour la France confirme ces dates,

À cette occasion, les deux premiers tomes du Rituel des trente-trois degrés de l’Écossisme seront disponibles. Ce premier ensemble permettra déjà de suivre un arc essentiel de la progression écossaise, depuis les trois grades symboliques jusqu’au 14e degré. Les tomes 3, 4, 5 et 6 paraîtront au cours de l’année 2027, achevant ainsi la publication de l’intégralité du corpus Vuillaume.

Le choix de présenter ces premiers volumes lors des Rencontres Écossaises n’a d’ailleurs rien d’anodin. Ces journées sont devenues au fil des décennies un lieu de dialogue entre histoire, philosophie, science, symbolisme et spiritualité, prolongeant par la réflexion ce que le Rite propose par l’expérience. En 2026, elles se tiendront à Grenoble autour de grandes interrogations liées notamment à la Création et à la pensée initiatique.

Le rituel comme mémoire en mouvement

L’intérêt d’une telle publication dépasse naturellement la seule histoire documentaire. Un rituel ancien n’est pas un fossile que l’on placerait sous verre ; il est une strate de mémoire. Il révèle ce qu’une génération de Maçons recevait, pratiquait, transformait et transmettait. En confrontant ces textes de 1822 aux usages contemporains, le lecteur peut mesurer ce qui demeure, ce qui s’est déplacé, ce qui s’est enrichi et parfois ce qui s’est effacé.

C’est là que l’entreprise prend une véritable dimension initiatique. La Tradition n’est pas la répétition mécanique du passé ; elle est transmission d’un dépôt vivant. Encore faut-il connaître ce dépôt, revenir aux sources, examiner les mots, les gestes, les décors et les symboles avant de prétendre en comprendre l’esprit. Le Manuscrit Vuillaume nous offre précisément cette possibilité : remonter le cours du Rite jusqu’à une époque où nombre de ses formes étaient encore proches de leur élaboration française.

On pourrait presque y voir le geste de l’archéologue rejoint par celui du Maçon.

L’un retire patiemment les couches du temps ; l’autre cherche derrière les formes successives la pierre première dont procède l’édifice. Tous deux savent que l’ancien ne vaut pas parce qu’il est ancien, mais parce qu’il permet de mieux interroger le présent.

Avec cette édition en six tomes, le Suprême Conseil pour la France accomplit ainsi un véritable travail de conservation et de transmission. Les deux premiers volumes proposés à Grenoble ouvriront la porte ; les quatre autres, attendus en 2027, permettront d’achever le parcours jusqu’au 33e degré. Deux cents ans après que Claude-André Vuillaume eut fixé sur le papier rites, signes, décors et enseignements, son manuscrit revient ainsi parmi les Maçons non comme une relique, mais comme une parole retrouvée de la mémoire écossaise.

Les Rencontres Écossaises 2026 auront lieu à Grenoble les 19 et 20 septembre. Pour les amoureux du REAA, de son histoire et de ses sources, le rendez-vous prendra cette année une dimension particulière : celle de pouvoir enfin ouvrir les premiers volumes d’un manuscrit qui, après deux siècles de silence, recommence à transmettre.

Le Bestiaire initiatique – Le scarabée, celui qui pousse chaque matin la Lumière hors des ténèbres

Il est minuscule, marche au ras de la terre et travaille dans ce que l’homme regarde volontiers comme une matière vile. Pourtant, l’Égypte ancienne en fit l’un des plus puissants signes de la renaissance solaire. Sous le nom de Khépri, le scarabée devint l’image du Soleil qui revient, du monde qui recommence et de l’être qui ne cesse de « venir à l’existence ». Entre la boule sombre poussée sur le sol et l’astre surgissant à l’Orient se dessine alors une extraordinaire leçon initiatique : la Lumière n’est peut-être jamais donnée une fois pour toutes ; il faut chaque matin contribuer à la remettre en mouvement. Pour le Franc-Maçon, qui travaille symboliquement au passage des ténèbres à la Lumière et à la transformation de sa propre matière, le scarabée égyptien devient ainsi un compagnon inattendu du Grand Œuvre.

Il existe des animaux dont le symbole naît de leur force, de leur majesté ou de leur capacité à dominer l’espace. L’aigle règne sur le ciel, le lion sur la terre, le serpent se glisse entre les mondes. Le scarabée, lui, ne domine rien. Il pousse. Toute sa grandeur symbolique tient peut-être dans ce verbe. Il pousse devant lui une sphère beaucoup plus volumineuse que son propre corps et, dans cette obstination presque dérisoire à l’échelle du désert, les anciens Égyptiens crurent discerner un mystère cosmique. Ce petit animal affairé au ras du sol devenait l’image d’une puissance qui, chaque matin, remet le Soleil en mouvement et empêche la création de s’effondrer dans l’immobilité de la nuit.

Le rapprochement n’est pas seulement poétique

Le scarabée était appelé kheperer et le verbe égyptien kheper signifie « devenir », « venir à l’existence », « prendre forme ». De ce même champ symbolique procède Khépri, forme du Soleil levant, puissance de transformation et de renouvellement. Les Égyptiens assimilèrent le mouvement de l’insecte roulant sa boule à celui de l’astre surgissant chaque matin à l’horizon oriental. Le scarabée devint ainsi l’un des amulettes les plus répandues de l’Égypte ancienne, signe de régénération dans l’existence terrestre autant que d’espérance de renaissance dans l’au-delà.

Khépri : non pas être, mais devenir

Voilà sans doute ce qui donne au scarabée sa profondeur proprement initiatique. Il n’est pas seulement symbole de vie. Il est symbole du devenir. La nuance est considérable. La vie pourrait se concevoir comme un état ; le devenir est un mouvement. Or l’initiation véritable ne promet précisément aucun état définitif. Elle ouvre un chemin.

L’initié n’est jamais achevé.

Il serait pourtant trop facile d’entendre cette affirmation comme une simple morale du perfectionnement personnel. L’Égypte nous conduit plus loin. Kheper, c’est l’apparition d’une forme nouvelle là où elle n’était pas encore visible. C’est la transformation qui permet à l’être d’advenir à lui-même. Khépri n’est donc pas seulement le Soleil : il est le Soleil au moment où celui-ci devient visible, lorsqu’il franchit le seuil oriental et arrache progressivement le monde à l’indistinction nocturne.

Tout initié reconnaîtra ici une géographie familière.

La nuit n’est jamais totalement supprimée ; elle précède l’aube et lui donne son sens. L’Orient n’est pas seulement une direction géographique ; il devient le lieu symbolique où quelque chose commence à paraître. Entrer dans la Lumière ne signifie donc pas conquérir une clarté permanente, mais accepter d’accomplir sans cesse le passage qui conduit de l’obscur à l’intelligible.

Voilà pourquoi le scarabée pourrait presque être regardé comme un animal du seuil. Il travaille entre deux états du monde : la terre et le ciel, la matière et l’astre, l’obscurité et la naissance solaire. Il ne contemple pas passivement la lumière ; il semble participer à son avènement.

Pour le Franc-Maçon, l’image est saisissante.

Lorsque le néophyte reçoit symboliquement la Lumière, rien n’est terminé. Tout commence. Croire que l’initiation consiste à avoir reçu une Lumière serait confondre le seuil avec le chemin. Le scarabée nous enseigne au contraire que l’astre doit être remis en mouvement chaque matin, comme la pierre doit être retravaillée à chaque Tenue. La Lumière initiatique n’est pas un capital spirituel que l’on posséderait définitivement ; elle est une exigence renouvelée.

Du fumier au Soleil : l’étrange alchimie du scarabée

Le symbole devient encore plus saisissant lorsque l’on considère la matière avec laquelle travaille l’animal. Le scarabée ne roule ni or, ni cristal, ni pierre précieuse. Il façonne sa sphère à partir de matière organique en décomposition. Ce détail biologique, transposé dans le langage symbolique, ouvre un vertigineux renversement : le Soleil semble naître de ce que l’homme méprise.

Il faut ici résister à la tentation d’attribuer aux anciens Égyptiens une doctrine alchimique formulée telle que les siècles hellénistiques, arabes et européens la développeront ensuite. Mais l’analogie est trop féconde pour que le regard initiatique l’ignore. L’alchimiste sait que l’Œuvre ne commence pas avec une matière déjà pure. Elle commence précisément avec une matière confuse, obscure, parfois désignée comme vile, qu’il faudra travailler, dissoudre, transformer et conduire à une autre modalité d’existence.

Le scarabée semble raconter cette histoire bien avant nos traités. Il prend l’informe, le rassemble, lui donne une forme sphérique et le met en mouvement.

La sphère mérite à elle seule que l’on s’y arrête. Sans commencement ni fin, elle est l’une des figures les plus anciennes de la totalité, du monde accompli et de la perfection cosmique. Entre les pattes du scarabée, la matière dispersée devient unité. Ce qui était épars est rassemblé. Ce qui semblait rejet devient support de vie. Ce qui appartenait à la décomposition entre dans un cycle de génération.

Or rassembler ce qui est épars est déjà une opération initiatique.

L’alchimiste pourrait y reconnaître, par analogie, quelque chose de la nigredo, cette œuvre au noir dans laquelle l’ancienne forme se défait avant qu’une autre puisse apparaître. Il ne s’agit pas de prétendre que le scarabée soit historiquement le symbole canonique de la nigredo, encore moins de projeter rétrospectivement tout le corpus hermétique sur l’Égypte pharaonique. Mais le regard symbolique travaille justement par correspondances : la matière noire, l’enfouissement, la putréfaction, l’obscurité souterraine et l’émergence d’une vie nouvelle appartiennent à une même grammaire universelle de la transformation.

Ce que le profane rejette peut ainsi devenir matière de l’Œuvre. Nos erreurs, nos contradictions, nos passions, nos blessures même ne sont pas nécessairement des déchets dont il faudrait seulement se débarrasser. Elles peuvent devenir, lorsque la conscience les travaille, matière première de la transmutation intérieure. Le scarabée ne nie pas la matière obscure : il la façonne.

Mourir à la nuit pour sortir au jour

Une seconde observation renforça encore la puissance du symbole. Pour les anciens Égyptiens, qui ne connaissaient naturellement pas tous les mécanismes biologiques de reproduction du coléoptère, l’apparition de jeunes scarabées depuis la terre semblait relever d’une forme de génération mystérieuse. L’animal paraissait naître de lui-même, comme si la vie surgissait spontanément d’une matière apparemment inerte. Il devint ainsi un extraordinaire symbole de régénération et de renaissance.

On comprend dès lors pourquoi il entra si profondément dans l’univers funéraire égyptien. Car l’Égypte n’a probablement jamais pensé la mort comme une simple extinction. Elle l’a pensée comme un passage dangereux nécessitant rites, paroles, connaissances et transformations. Le défunt doit franchir la nuit pour rejoindre une autre forme de vie ; il doit, comme le Soleil, traverser les régions obscures avant de pouvoir renaître.

Le titre moderne de Livre des Morts masque d’ailleurs en partie cette dynamique. Le corpus funéraire que nous désignons ainsi portait en Égypte le sens beaucoup plus lumineux de « formules pour sortir au jour ». Tout est là : non un livre destiné à demeurer parmi les morts, mais un ensemble de paroles permettant de retrouver le jour.

Le scarabée appartient profondément à cette théologie de l’émergence. Il ne célèbre pas la mort ; il affirme qu’aucune nuit n’est nécessairement le dernier mot.

L’initiation, toutes proportions gardées, repose sur une structure analogue. Il faut quitter un état pour qu’un autre devienne possible. Le cabinet de réflexion, la séparation d’avec le monde profane, les épreuves, le dépouillement des métaux et la confrontation symbolique à la mort ne prennent sens que parce qu’une renaissance est attendue. L’initié ne revient pas exactement là où il était. Il est appelé, selon le vocabulaire même de Khépri, à devenir.

Le scarabée de cœur : lorsque l’homme est pesé par sa propre vérité

Mais il est une forme de scarabée qui conduit encore plus profondément dans le sanctuaire intérieur : le scarabée de cœur.

Livre des Morts

Dans les pratiques funéraires égyptiennes, de grands scarabées étaient placés sur la poitrine du défunt. Certains portaient sur leur face inférieure une formule correspondant notamment au chapitre 30B du Livre des Morts. Le cœur occupait pour l’Égyptien une fonction qui dépassait largement notre représentation sentimentale moderne : il était lié à la pensée, à la mémoire, à la conscience et à la valeur morale de l’individu. Dans la scène célèbre de la psychostasie, il devait être pesé face à Maât, principe de vérité, de justice, d’équilibre et d’ordre cosmique. Le scarabée de cœur était associé à cette redoutable épreuve et à la nécessité que le cœur ne condamne pas son propre possesseur.

Nous voici soudain très loin de l’amulette décorative.

Car le véritable tribunal n’est plus extérieur : l’homme porte son témoin en lui-même.

Voilà peut-être l’une des pensées les plus puissantes que l’Égypte ancienne puisse transmettre à l’initié contemporain. On peut tromper les autres, élaborer des justifications, construire autour de soi le décor flatteur d’une vertu proclamée ; il demeure un espace intérieur où l’être sait. Le cœur conserve la mémoire de ce que nous avons réellement pensé, voulu, accompli ou refusé d’accomplir.

La pesée du cœur devient alors une extraordinaire figure de l’examen de conscience initiatique. Que pèserait mon cœur si, ce soir, il devait être placé sur la balance ?

Non pas : quels grades ai-je reçus ? Quelles fonctions ai-je occupées ? Quels titres puis-je aligner ? Mais : qu’ai-je véritablement construit ? Quelle part de moi-même ai-je rectifiée ? Ai-je rendu le monde autour de moi un peu plus juste, un peu plus fraternel, un peu plus lumineux ?

Face à Maât, les cordons ne pèsent rien.

Mâat Ordre cosmique

Cette image mérite d’être méditée en Franc-Maçonnerie. Car nos Temples possèdent leurs offices, leurs dignités, leurs préséances et leurs décors nécessaires à l’ordonnancement rituel. Mais la véritable balance initiatique ne connaît pas ces hiérarchies. Elle mesure autre chose : la conformité progressive de l’être avec la parole qu’il prononce, l’écart entre le symbole affiché et la vie réellement menée.

Le scarabée de cœur nous ramène ainsi vers un Temple beaucoup plus secret que celui dans lequel nous nous réunissons : le sanctuaire de notre propre conscience.

Sous la terre, le Soleil invisible

Il existe encore, dans l’imaginaire du scarabée, une dimension souterraine essentielle. La boule est enterrée. La vie s’y prépare hors de la vue. L’œuvre véritable commence donc dans l’invisible.

L’initié connaît lui aussi cette loi du silence.

Ce qui transforme profondément un être ne produit pas toujours immédiatement des signes extérieurs. Entre l’instant où une parole rituelle est entendue et celui où elle devient réellement conscience, il peut s’écouler des années. Le symbole descend en nous comme une semence enfouie. Il travaille dans les régions que nous ne maîtrisons pas encore.

Nous aimerions parfois que l’initiation produise des illuminations éclatantes. Le scarabée nous rappelle une vérité plus humble : la métamorphose se prépare dans le noir.

La graine travaille sous la terre. L’enfant se forme dans le secret du ventre. Le Soleil lui-même, dans l’imaginaire religieux égyptien, traverse pendant la nuit un royaume invisible avant de reparaître à l’Orient. Toute renaissance suppose donc un temps de retrait, d’obscurité et de gestation.

C’est peut-être ici que le symbolisme du scarabée rejoint le plus profondément celui du cabinet de réflexion. Celui qui y descend ne reçoit pas encore la Lumière. Il rencontre la terre, le silence, le dépouillement, les signes de la finitude. Mais cette obscurité n’est pas une négation de la Lumière : elle en constitue la matrice.

Avant l’Orient, il y a toujours une nuit.

Des mystères d’Égypte aux maçonneries égyptiennes : la nécessaire prudence

Le scarabée exerce naturellement une séduction particulière dès que l’on approche l’hermétisme, l’égyptosophie ou les Rites maçonniques dits égyptiens. Dès les XVIIIe et XIXe siècles, l’Europe initiatique rêve l’Égypte comme la patrie primordiale des Mystères. Memphis, Misraïm, puis Memphis-Misraïm construiront une part de leur univers symbolique dans cet imaginaire pharaonique et hermétique.

Il serait pourtant historiquement imprudent d’en déduire une transmission continue allant des prêtres de l’Égypte ancienne jusqu’aux Loges modernes. La puissance d’une correspondance symbolique ne constitue jamais la preuve d’une filiation historique. Le Franc-Maçon peut donc regarder le scarabée comme un magnifique miroir de sa démarche sans prétendre que les bâtisseurs de cathédrales, les premières Loges spéculatives ou les fondateurs des Rites égyptiens auraient reçu de manière ininterrompue un enseignement secret venu des temples de Karnak ou d’Héliopolis.

Cette prudence n’appauvrit aucunement le symbole ; elle le libère au contraire des légendes faciles.

Car l’essentiel est ailleurs. L’Égypte offre au Franc-Maçon un langage permettant de penser quelques-unes des intuitions fondamentales de toute démarche initiatique : la mort et la renaissance, la descente et la remontée, l’Orient et la Lumière, l’équilibre et la justice, le travail sur la matière, le passage du multiple à l’unité et surtout cette conviction que l’homme n’est pas condamné à demeurer ce qu’il est.

Le scarabée ou la fraternité des bâtisseurs minuscules

Il y a enfin quelque chose de profondément touchant à ce que l’Égypte ait choisi un insecte pour représenter une puissance solaire. Le scarabée n’a rien d’un animal triomphant. Il avance péniblement. Il recommence lorsque l’obstacle renverse sa sphère. Il contourne la pierre, gravit l’irrégularité du sol et pousse encore.

Son héroïsme n’est pas celui du conquérant. C’est celui du travailleur.

À cet endroit précis, son enseignement devient presque maçonnique par nature. Le Franc-Maçon n’est pas appelé à devenir le propriétaire de la Lumière mais son ouvrier. Il ne crée ni la Vérité, ni la Justice, ni la Fraternité ; il tente modestement de leur ouvrir un passage dans le monde.

Chaque pierre taillée, chaque préjugé abandonné, chaque colère dominée, chaque parole devenue plus juste, chaque acte de fraternité posé là où l’indifférence aurait été plus facile constitue une manière infime de pousser le Soleil.

Nous rêvons volontiers de grandes révélations. Le scarabée nous enseigne la fidélité aux petits mouvements répétés.

Et peut-être est-ce ainsi que les mondes changent.

Pousser chaque matin notre propre Soleil

Lorsque vient l’aube sur la vallée du Nil, Khépri commence symboliquement son œuvre. Le disque solaire paraît au bord du monde et la création recommence. Ce qui s’est accompli hier ne dispense pas le Soleil de se lever aujourd’hui.

L’initié devrait peut-être se souvenir chaque matin de cette vérité.

Aucune initiation ancienne ne nous dispense de recommencer. Aucun degré atteint n’autorise à considérer la pierre comme définitivement polie. Aucune Lumière reçue ne garantit que nous ne retournerons pas vers nos propres ténèbres. Le travail maçonnique est précisément ce recommencement obstiné par lequel l’être tente, jour après jour, de faire émerger en lui un peu plus d’ordre du chaos, de conscience de l’obscurité, d’unité de la dispersion.

Le scarabée égyptien nous laisse ainsi une étrange et magnifique parole silencieuse.

Ne demande pas seulement quand viendra la Lumière. Demande-toi ce que tu fais pour qu’elle se lève.

Car le véritable initié n’est peut-être pas celui qui affirme avoir trouvé la Lumière, mais celui qui, comme Khépri à l’Orient du monde, accepte humblement de reprendre chaque matin son ouvrage, de poser les mains sur la matière encore obscure de lui-même et de pousser, avec patience, persévérance et espérance, son propre Soleil hors de la nuit.

La Revue de Presse FM France & Monde

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Samedi 12 septembre 2026

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères,

De la France aux horizons du monde, 450.fm vous propose un regard quotidien sur l’actualité maçonnique, ses échos dans la presse et les débats qui traversent nos sociétés. Entre vie des obédiences, culture, histoire et questions contemporaines, cette revue rassemble les informations utiles pour nourrir notre réflexion et exercer ce discernement auquel nous invite la démarche initiatique.

Période couverte : alertes reçues du jeudi 10 septembre 2026 à 16 heures au vendredi 11 septembre 2026 à 16 heures, heure de Paris.Vendredi 11 septembre 2026

FRANCE – Obédiences, société et débats publics

Guillaume Trichard retrouve la Grande Maîtrise du Grand Orient de France

Guillaume Trichard

Lyon Capitale – presse régionale | France | 10 septembre 2026 à 16 h | Français |

Le quotidien régional revient sur la réélection de Guillaume Trichard, originaire du Beaujolais, et sur les priorités qu’il assigne au GODF : lutte contre les extrémismes, santé globale, dignité du grand âge, éducation populaire et protection des Francs-Maçons menacés. Sa venue à Villefranche-sur-Saône, le 14 septembre, doit permettre de préciser ce cap.

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Guillaume Trichard expose à 450.fm le cap de sa mandature

450.fm – presse maçonnique, entretien | France | 11 septembre 2026 | Français |

L’entretien annonce notamment la volonté de renforcer les coopérations internationales entre Franc-Maçonneries libérales et adogmatiques, dans un contexte où certains Frères sont menacés en raison de leur appartenance. La notice repose sur l’extrait de l’alerte et l’index du journal ; les développements complets devront être lus dans l’article.

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Écoles hors contrat : la controverse autour des propos du Grand Maître s’internationalise

EWTN Italie – média catholique ; Le Salon Beige – blog d’opinion | France, regard italien |

EWTN traduit le débat français en affrontement historique entre Maçonnerie et enseignement catholique, tandis que la Fédération des parents d’élèves des écoles indépendantes répond à Guillaume Trichard. Ces publications expriment un cadrage confessionnel et militant. Elles ne doivent pas conduire à confondre l’ensemble des écoles privées avec le seul secteur hors contrat visé par la déclaration.

Lire EWTN Italie · Lire la réponse de la FPEEI

Emmanuel Pierrat

Emmanuel Pierrat condamné à deux ans de prison avec sursis pour harcèlement moral

450.fm – presse maçonnique ; décision corroborée par Actu-Juridique et Le Parisien | France |

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné l’avocat, présenté par 450.fm comme membre du GODF, pour le harcèlement moral de dix-huit anciens collaborateurs. Il devra aussi indemniser les victimes ; aucune interdiction d’exercer n’a été prononcée. Cette décision pénale, distincte d’une sanction disciplinaire antérieure, appelle une restitution factuelle, sans atténuation ni extrapolation maçonnique.

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« Passages » : les Minutes de liberté maçonnique du Droit Humain

Fédération française du Droit Humain – communication institutionnelle, podcast | France |

La Fédération française du Droit Humain publie un nouvel épisode de ses « Minutes de liberté maçonnique » consacré aux passages. Le thème touche naturellement aux seuils, aux changements d’état et à la transformation initiatique. La page n’ayant pas pu être ouverte, aucun contenu précis ni aucune citation du podcast ne sont ici reconstitués.

Écouter le podcast

Étampes : laïcité, spiritualité et Franc-Maçonnerie en débat

Grand Orient de France – communication institutionnelle | France |

Une conférence publique organisée par une Loge du GODF se tiendra le 9 octobre à l’établissement public de santé Barthélemy-Durand, à Étampes. En rapprochant laïcité et spiritualité, l’intitulé invite à penser une articulation souvent caricaturée : garantir la liberté de conscience n’interdit nullement l’expérience intérieure, mais protège précisément la pluralité de ses expressions.

Voir l’annonce · Consulter l’agenda du GODF

Mahsa Jina Amini : le GODF fait de la mémoire un devoir de justice

450.fm – presse maçonnique | France / Iran | 10 septembre 2026 | Français |

Le 16 septembre, le GODF projettera à Paris le documentaire « Iran : Plaidoyer pour la justice », quatre ans après la mort en détention de Mahsa Jina Amini. Producteur, sociologue, équipe du film et représentants de l’Obédience participeront à la rencontre. L’événement relie liberté de conscience, dignité des femmes et vigilance envers la répression politico-religieuse.

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FRANCE – Patrimoine et transmission

La Grande Loge de France ouvre plusieurs Temples pour les Journées du patrimoine

La Grande Loge de France, rue Puteaux Paris XVIIe.
La Grande Loge de France, rue Puteaux Paris XVIIe.

Le Populaire du Centre et Grande Loge de France – presse régionale et communication institutionnelle | France |

À Couzeix, Villefranche-de-Rouergue et Carsac-Aillac, la GLDF associe visites guidées, présentation des symboles et conférences sur l’engagement maçonnique. Villefranche propose trois créneaux sur inscription ; Carsac ouvre son Temple pendant deux jours et accueille, le samedi à 17 h 30, une conférence du Premier Grand Maître adjoint. Le patrimoine devient ainsi médiation vivante.

Couzeix – Le Populaire · Villefranche-de-Rouergue – GLDF · Carsac-Aillac – GLDF

Rillieux-la-Pape : la GLNF ouvre son Temple et son musée

Logo-GLNF-Officiel

Le Progrès – presse régionale | France | 10 septembre 2026 | Français |

La Grande Loge Nationale Française annonce l’ouverture au public de son Temple situé 140 avenue de l’Industrie, à Rillieux-la-Pape, ainsi que de son musée. Le détail du programme reste derrière l’accès abonnés. Cette ouverture permet néanmoins de confronter les représentations fantasmées de la Loge à un lieu réel, inscrit dans une histoire, une architecture et une pratique.

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La GLTSO ouvre ses Temples : « Raviver, Résister, Réimaginer »

450.fm, d’après un communiqué de la GLTSO – presse maçonnique et source institutionnelle | France |

Le dimanche 20 septembre, la GLTSO accueillera le public à Saint-André-lez-Lille, Levallois-Perret et Villeurbanne pour des visites et conférences sur inscription. Son triptyque invite à recevoir un héritage sans le figer : raviver les sources, résister à l’effacement et réimaginer la transmission. Le Temple se présente moins comme décor que comme architecture de pensée.

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L’ésotérisme dans le rituel maçonnique : une lecture du travail intérieur

GADLU.INFO – blog maçonnique | France |

Le billet annoncé interroge la raison de la participation aux travaux de Loge et l’associe à la taille de la pierre brute, à la maîtrise des passions et au progrès intérieur. Cette approche relève d’une interprétation initiatique du rituel, non d’une enquête historique. Le texte complet n’étant pas accessible, ses arguments précis ne sont pas reconstruits.

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Marcas-Ravenne-et-Giacometti
Marcas-Ravenne-et-Giacometti

« Marcas, Maître Franc-Maçon » : « Le Rituel de l’ombre » en édition intégrale

Decitre et Furet du Nord – fiches commerciales de librairie | France |

Les libraires annoncent une édition intégrale du « Rituel de l’ombre » d’Éric Giacometti, dans la série « Marcas, Maître Franc-Maçon ». Ces fiches ne constituent ni une critique ni une information éditoriale indépendante, mais elles signalent la réunion d’un récit où l’imaginaire du secret maçonnique sert les ressorts du thriller et de la bande dessinée populaire.

Voir chez Decitre · Voir au Furet du Nord

FRANCE – Veille critique des discours

Quand un site polémique prétend que l’armée serait « passée en revue » par le GODF

Riposte Laïque – site d’opinion polémique | France |

Le titre et l’extrait associent la hiérarchie militaire, des appartenances supposées et le Grand Orient dans un registre accusatoire. Faute d’accès au texte et de documents établissant les liens avancés, aucune de ces insinuations n’est reprise comme un fait. Ce signalement relève surtout de la veille sur la permanence d’un imaginaire antimaçonnique des réseaux cachés.

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MONDE – Australie – Justice et sécurité

Bondi : une irrégularité de sécurité incendie conduit le centre maçonnique devant le tribunal

Daily Telegraph / Wentworth Courier – presse | Australie | 10 septembre 2026 | Anglais |

Le Bondi Masonic Centre avait omis de remettre sa déclaration annuelle de sécurité incendie et a plaidé coupable après une convocation judiciaire. Le juge a finalement classé l’affaire sans condamnation. Le titre joue sur le « secret brûlant » maçonnique ; les faits rapportés relèvent plus simplement d’une obligation réglementaire et de sa régularisation judiciaire.

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MONDE – Bulgarie – Justice et soupçon d’appartenance

Conseil supérieur de la magistrature : Atanas Slavov invoque le risque des fidélités de Loge

Fakti.bg, d’après Bulgaria ON AIR – presse | Bulgarie |

L’ancien ministre de la Justice Atanas Slavov exige indépendance et intégrité des candidats au nouveau Conseil supérieur de la magistrature. Il évoque les Francs-Maçons et les Templiers pour opposer la loi aux fidélités fraternelles. Il s’agit d’une mise en garde politique générale : l’article ne démontre l’appartenance d’aucun candidat ni une influence maçonnique déterminée.

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MONDE – Italie – Politique et représentations

Luca Sforzini récuse le récit de « pouvoirs forts » autour de Vannacci

Visione TV – entretien vidéo / média d’opinion | Italie |

Luca Sforzini rejette l’idée d’une « Maçonnerie obscure » agissant autour de Roberto Vannacci et affirme appartenir à une Maçonnerie régulière. La formule visant des « Maçons improbables » relève de son jugement personnel. La page n’ayant pas pu être consultée, le contexte politique complet et les personnes éventuellement mises en cause restent à vérifier.

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MONDE – Royaume-Uni – Solidarité et patrimoine

Inondations au Népal : 50 000 livres d’aide financées par la charité maçonnique

Lancashire Post et Stand Up For Southport – presse locale ; Freemasons’ Charity – source institutionnelle | Royaume-Uni / Népal |

La Freemasons’ Charity finance une aide d’urgence de 50 000 livres, acheminée par la Croix-Rouge britannique avec son homologue népalaise auprès des victimes d’inondations. Les deux articles locaux associent ce soutien aux Francs-Maçons du Lancashire occidental. La reprise groupée évite de transformer une même opération nationale de solidarité en plusieurs informations distinctes.

Lire le Lancashire Post · Lire le relais de Southport

Wisbech et March : des lieux maçonniques participent aux journées portes ouvertes

Fenland Citizen – presse locale | Royaume-Uni | Date de publication non vérifiée | Anglais | Article inaccessible ; extrait Google Alerts

À l’occasion des Heritage Open Days, des sites historiques de Wisbech et March accueilleront le public, avec des membres disponibles pour expliquer la Franc-Maçonnerie, son héritage local et ses actions caritatives. Le programme détaillé repose sur l’extrait de l’alerte. Cette médiation de proximité fait du patrimoine bâti un seuil vers la rencontre plutôt qu’un simple objet de curiosité.

Lire l’article

Dix ans de festivals caritatifs et 86 millions de livres annoncés

Freemasons’ Charity sur Instagram – communication institutionnelle et réseau social | Royaume-Uni |

La publication institutionnelle affirme que le système des festivals maçonniques a permis de réunir 86 millions de livres depuis 2016. Le chiffre n’a pas été vérifié dans un rapport financier au cours de cette revue et doit donc rester attribué à l’organisme. Il témoigne néanmoins de la place structurelle donnée à la philanthropie dans la Maçonnerie britannique.

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MONDE – États-Unis – Solidarité locale

Wisconsin : deux Loges soutiennent les repas scolaires et un camp de jeunesse

Grand Lodge of Wisconsin – communication institutionnelle | États-Unis | Mise en ligne en septembre 2026 ; jour non indiqué | Anglais |

La Loge de Waterloo a versé 2 000 dollars à chacun de deux programmes scolaires destinés à financer des repas, avec l’appui du programme « Acts of Kindness ». À Ladysmith, une autre Loge annonce un don au Trail’s End Youth Camp. Ces communications illustrent une philanthropie de proximité, mais ne constituent pas une couverture de presse indépendante.

Waterloo – repas scolaires · Ladysmith – camp de jeunesse


FRANCE – Vie publique, justice et liberté de conscience

Guillaume Trichard attendu à Villefranche-sur-Saône le 14 septembre

Lyon Capitale – presse régionale | Publication : 10 septembre 2026, 16h00 | Langue : Français |

Lyon Capitale revient sur le retour de Guillaume Trichard à la Grande Maîtrise du GODF et annonce son déplacement dans le Beaujolais le 14 septembre. Le journal présente les « Chantiers de la République », cycle de conférences publiques destiné à porter les orientations de l’obédience dans les territoires.

Lyon Capitale – presse régionale

Mahsa Jina Amini : une soirée de mémoire et de justice rue Cadet

450.fm – presse maçonnique, annonce et analyse | Publication : 10 septembre 2026 | Langue : Français |

Le GODF accueillera le 16 septembre, de 19h30 à 22h00, la projection d’Iran : Plaidoyer pour la justice, suivie d’une conférence avec notamment Hirbod Dehghani-Azar et Chahla Chafiq. Organisée au Temple Arthur Groussier, sur inscription, la rencontre relie la mémoire de Mahsa Jina Amini à la défense des libertés.

450.fm – presse maçonnique, annonce et analyse

Emmanuel Pierrat

Emmanuel Pierrat : une condamnation pour harcèlement moral rapportée par 450.fm

450.fm – presse maçonnique, compte rendu judiciaire | Publication : 10 septembre 2026 | Langue : Français |

Selon 450.fm, Emmanuel Pierrat a été condamné le 9 septembre à deux ans de prison avec sursis pour le harcèlement moral de dix-huit anciens collaborateurs, sans interdiction d’exercer. Son ancienne associée a été relaxée. Le jugement intégral n’a pas été consulté et le caractère définitif de la décision n’est pas établi ici.

450.fm – presse maçonnique, compte rendu judiciaire

Rue Cadet : le tag contre le GODF ravive la question de l’antimaçonnisme

450.fm ; GADLU.INFO – article et reprise sur un blog maçonnique | Publication : 9 septembre 2026 pour 450.fm ; reprise le 10 septembre | Langue : Français |

450.fm rapporte une dégradation du siège du GODF dans la nuit du 5 au 6 septembre et le dépôt d’une plainte, information également relayée par GADLU.INFO. L’article analyse le vocabulaire de l’influence cachée comme un ressort du soupçon antimaçonnique, sans que l’identité des auteurs de l’inscription soit établie.

450.fm ; GADLU.INFO

Les obsèques de Charles Josselin alimentent un nouveau commentaire catholique

Tribune Chrétienne – média confessionnel, opinion | Publication : 10 septembre 2026 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Après le cas de François Patriat, Tribune Chrétienne prend les obsèques catholiques de Charles Josselin pour interroger la cohérence de la pratique ecclésiale envers les Francs-Maçons. L’article défend une position doctrinale restrictive ; cette appréciation appartient au média et ne constitue ni une décision épiscopale publiée ni une enquête sur la conscience des défunts.

Tribune Chrétienne – média confessionnel, opinion

Écoles indépendantes : des réponses aux prises de position du GODF

Le Salon Beige ; Famille Chrétienne – publications catholiques d’opinion | Publication : Dates de publication non vérifiées | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Le Salon Beige annonce une réponse de la Fédération des Parents d’Élèves des Écoles Indépendantes au Grand Maître du GODF, tandis que Famille Chrétienne défend la liberté de l’enseignement catholique. Ces deux signalements reposent sur les extraits Google Alerts : les textes complets étant inaccessibles, leurs arguments détaillés ne sont pas repris.

Le Salon Beige ; Famille Chrétienne – publications catholiques d’opinion · Famille Chrétienne

Riposte Laïque s’en prend à la visibilité publique du Grand Orient

Riposte Laïque – site d’opinion | Publication : Date de publication non vérifiée | Langue : Français |

Sous un titre consacré à l’armée française et au chef du Grand Orient, Riposte Laïque mobilise des références à l’appartenance maçonnique de personnalités publiques. La page étant inaccessible, le signalement repose uniquement sur l’extrait Google Alerts ; ses insinuations ne sont pas reprises comme des faits, ni ses affiliations affirmées comme vérifiées.

Riposte Laïque – site d’opinion

À Angoulême, une conférence de conversion dans un cadre polémique

Médias-Presse.Info – média catholique traditionaliste, annonce | Publication : 10 septembre 2026 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Médias-Presse.Info annonce, le 3 octobre à 11h00, une intervention de Serge Abad-Gallardo sur sa conversion après son parcours maçonnique. Le texte d’accompagnement lui attribue une dénonciation générale de la Franc-Maçonnerie comme adversaire du catholicisme. Ce discours militant doit être distingué d’un travail historique et d’une description impartiale des obédiences.

Médias-Presse.Info – média catholique traditionaliste, annonce

FRANCE – Les temples s’ouvrent au public

Villefranche-de-Rouergue : trois rendez-vous pour découvrir le Temple

Grande Loge de France – communication institutionnelle | Publication : Mise en ligne non datée ; événement les 19 et 20 septembre 2026 | Langue : Français |

La GLDF annonce des visites guidées d’une heure trente, uniquement sur inscription : samedi 19 septembre à 16h00, puis dimanche 20 à 10h00 et 16h00. Cette ouverture propose une découverte accompagnée du lieu maçonnique, où l’explication des usages et des symboles peut donner sa profondeur à la visite patrimoniale.

Grande Loge de France – communication institutionnelle

La GLTSO ouvre ses temples dans trois villes

450.fm – presse maçonnique, relais d’un communiqué GLTSO | Publication : 10 septembre 2026 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Saint-André-lez-Lille, Levallois-Perret et Villeurbanne accueilleront le public le dimanche 20 septembre pour des visites et conférences. L’article précise qu’une inscription préalable est indispensable, avec confirmation et pièce d’identité à présenter. Le programme associe découverte des lieux et rencontre avec leurs membres, autour d’une réflexion sur la transmission d’un patrimoine vivant.

450.fm – presse maçonnique, relais d’un communiqué GLTSO

Rillieux-la-Pape : le Temple et le musée de la GLNF annoncés au programme

Le Progrès – presse régionale | Publication : 10 septembre 2026, 19h48 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Le Progrès signale l’ouverture du Temple de la GLNF et de son musée, au 140 avenue de l’Industrie, pour les Journées du patrimoine. Seul le début de l’article est accessible : l’annonce est confirmée, mais les horaires et modalités de visite ne peuvent pas être précisés à partir de ce contenu.

Le Progrès – presse régionale

Clermont-Ferrand : la GLDF parmi les lieux à découvrir

La Montagne – presse régionale | Publication : Date de publication non vérifiée | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Dans une sélection de lieux insolites du Puy-de-Dôme, La Montagne annonce un accueil par les Francs-Maçons de la GLDF les 19 et 20 septembre, de 10h00 à 18h00. La notice repose sur l’extrait Google Alerts, l’article étant inaccessible ; adresse et conditions d’accès restent à confirmer avant déplacement.

La Montagne – presse régionale

Saint-Germain-en-Laye : visites et conférences au Temple La Bonne Foi

Sortiraparis – agenda culturel | Publication : Date de mise à jour non relevée ; événement les 19 et 20 septembre 2026 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Le programme annonce des visites guidées et une présentation d’objets et de décors maçonniques, de 14h00 à 18h00 les deux jours. Une conférence de découverte est prévue à 16h00 chaque après-midi. L’accès est indiqué gratuit et sans réservation, offrant une entrée concrète dans la compréhension du patrimoine maçonnique local.

Sortiraparis – agenda culturel

FRANCE – Conférences et transmission

Lauriane Josende annoncée au Grand Orient le 23 septembre

Ouillade – média local, agenda | Publication : 9 septembre 2026 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Ouillade annonce la présence de la sénatrice Lauriane Josende au Grand Orient de France le mercredi 23 septembre à 19h30. L’alerte rattache ce rendez-vous au 234e anniversaire de la Première République ; la page consultée confirme l’invitée et l’horaire, mais ne fournit pas de programme textuel détaillé ni de modalités d’inscription.

Ouillade – média local, agenda

Rennes : Thomas Denicourt présentera la démarche de l’OITAR

Infolocale – annonce du Cercle François Rabelais | Publication : Mise en ligne non datée ; événement le 9 octobre 2026 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Blason OITAR

Le Cercle François Rabelais propose une conférence gratuite le 9 octobre à 19h00, salle Pélican du Jeu de Paume à Rennes. Thomas Denicourt, présenté comme ancien Grand Maître Général de l’OITAR, abordera la méthode initiatique, l’écoute et le travail symbolique, avant un échange avec le public et un moment convivial.

Infolocale – annonce du Cercle François Rabelais

René Guénon et les débuts du REAA au programme de la Commission Histoire

René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)
René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)

Bloc-notes de Jean-Laurent Turbet – blog maçonnique | Publication : Page classée en août 2026 ; jour de publication non vérifié | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

L’alerte annonce une réunion de la Commission Histoire de la GLDF le 26 septembre à 10h00, consacrée à René Guénon et à la Franc-Maçonnerie au REAA jusqu’en 1805, avec Jean-Laurent Turbet et N.-E. Bessis. La page étant inaccessible, ce signalement d’agenda repose sur l’extrait Google Alerts ; les conditions d’accès restent à vérifier.

Bloc-notes de Jean-Laurent Turbet – blog maçonnique

FRANCE – Livres, symboles et patrimoine culturel

Jean Monard : faire passer les outils du commentaire à l’expérience

450.fm – presse maçonnique, critique de livres | Publication : 10 septembre 2026 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

La chronique rapproche les livres d’exercices de l’Apprenti et du Compagnon de Jean Monard, en soulignant leur progression du travail intérieur vers la relation au monde. Elle propose une lecture pratique de l’initiation : le symbole prend son sens lorsqu’il transforme les comportements, la qualité de l’écoute et la manière de transmettre.

450.fm – presse maçonnique, critique de livres

Pic de la Mirandole et Botticelli dans un nouveau chapitre littéraire

450.fm – feuilleton de Solange Sudarskis | Publication : 10 septembre 2026 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Le douzième chapitre d’Il fut Pic de la Mirandole met en scène une rencontre avec Botticelli autour du mystère du Printemps. Ce dialogue littéraire fait voisiner humanisme renaissant, peinture et interprétation symbolique. Il convient de le lire comme une création narrative, et non comme le compte rendu documentaire d’une conversation historiquement attestée.

450.fm – feuilleton de Solange Sudarskis

Apprentissage et première pierre : deux méditations sur le commencement

GADLU.INFO – blog maçonnique, réflexions symboliques | Publication : 10 septembre 2026 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Deux contributions interrogent le début du chemin : l’une accompagne l’Apprenti après son entrée en Loge, l’autre médite sur la pose de la première pierre. Leur rapprochement invite à penser le commencement comme un engagement durable plutôt qu’un instant cérémoniel ; il s’agit de propositions symboliques, distinctes d’une enquête sur les pratiques contemporaines.

GADLU.INFO – blog maçonnique, réflexions symboliques · La première pierre – GADLU.INFO

Alexandre Chambat : les valeurs du Compagnonnage à l’épreuve de la cuisine

Le Parisien – presse, portrait | Publication : 9 septembre 2026, 13h55 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Le Parisien présente Alexandre Chambat, chef du restaurant Eskal à Paris, et relie sa cuisine à son parcours de Compagnon du Tour de France. Le début accessible du portrait montre l’attention au geste et au travail collectif ; l’entretien intégral est réservé aux abonnés. Ce voisinage culturel n’implique aucune appartenance maçonnique.

Le Parisien – presse, portrait

Échirolles lance une collecte pour sauver la chapelle des Templiers

Ville d’Échirolles – communication municipale | Publication : 9 septembre 2026 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

La Ville annonce des travaux de sauvegarde à partir de cet automne et une collecte avec la Fondation du patrimoine. Celle-ci doublera les dons recueillis dans la limite de 10 000 euros. Ce chantier concerne un vestige de commanderie médiévale : son intérêt patrimonial ne doit pas être confondu avec une filiation maçonnique démontrée.

Ville d’Échirolles – communication municipale

À Cherbourg, l’ange déchu devient une figure de la révolte

Le Monde – presse, critique d’exposition | Publication : 10 septembre 2026 ; mise à jour à 14h34 | Langue : Français | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Le Monde présente l’exposition L’Ange de la révolte au Musée Thomas-Henry, consacrée aux représentations de Satan au XIXe siècle. Le chapeau accessible décrit le passage du monstre au rebelle humanisé, puis aux démons intérieurs. L’article complet est réservé aux abonnés ; cette piste éclaire l’histoire des imaginaires sans assimiler symbolisme et croyance.

Le Monde – presse, critique d’exposition

MONDE – Allemagne | Patrimoine

Hildesheim : la maison de Loge ouvre ses portes

Hildesheimer Allgemeine Zeitung – presse régionale | Publication : 9 septembre 2026, 19h44 ; mise à jour le 10 septembre à 01h35 | Langue : Allemand | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Le quotidien annonce des visites du bâtiment historique de la Loge de Hildesheim. Le titre et le début du texte sont consultables, mais le détail de l’événement n’est pas accessible ; dates de visite et modalités ne sont donc pas précisées ici. L’initiative témoigne d’une mise en partage du patrimoine maçonnique local.

Hildesheimer Allgemeine Zeitung – presse régionale

MONDE – Australie | Vie associative et justice

Bondi : une affaire de déclaration de sécurité incendie, sans condamnation

The Daily Telegraph / Wentworth Courier – presse locale | Publication : 10 septembre 2026 selon l’index de presse | Langue : Anglais | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Selon le texte disponible dans l’index de presse, le centre maçonnique de Bondi a comparu pour défaut de transmission d’une déclaration annuelle de sécurité incendie. L’affaire s’est terminée sans condamnation. La page directe étant inaccessible, la notice repose sur cet index ; le titre accrocheur ne doit pas masquer la nature administrative du dossier.

The Daily Telegraph / Wentworth Courier – presse locale

MONDE – États-Unis | Solidarité

Wisconsin : 4 000 dollars pour aider les élèves à déjeuner

Wisconsin Freemasons – communication institutionnelle | Publication : Septembre 2026 selon l’URL ; jour non indiqué | Langue : Anglais | Alerte reçue le 11 septembre 2026

La Loge Waterloo n°63 annonce un don total de 4 000 dollars aux programmes de repas scolaires de Waterloo et de Marshall, soit 2 000 dollars pour chaque district. Soutenue par la Wisconsin Masonic Foundation, cette initiative traduit la solidarité fraternelle en aide alimentaire concrète pour les enfants qui en ont besoin.

Wisconsin Freemasons – communication institutionnelle

MONDE – Royaume-Uni | Patrimoine et histoire

Fenland : des lieux historiques et maçonniques accueillent le public

Fenland Citizen – presse locale | Publication : Date de publication non vérifiée | Langue : Anglais | Alerte reçue le 10 septembre 2026

L’alerte signale des ouvertures patrimoniales à Wisbech et March, avec présentation de l’histoire maçonnique locale et des activités caritatives. La page étant inaccessible, ce signalement repose sur l’extrait Google Alerts ; les lieux et horaires exacts restent à confirmer. L’accueil annoncé privilégie l’échange avec les membres plutôt que la seule découverte architecturale.

Fenland Citizen – presse locale

Craftcast explore l’évolution de la Franc-Maçonnerie avec Martin Faulks

Craftcast – podcast maçonnique institutionnel, vidéo | Publication : Date de publication non vérifiée | Langue : Anglais | Alerte reçue le 10 septembre 2026

Un nouvel épisode signalé par les alertes reçoit Martin Faulks pour explorer l’évolution de la Franc-Maçonnerie au cours des trois derniers siècles. La vidéo n’a pas été visionnée : cette notice repose sur sa présentation dans Google Alerts, sans reprendre comme établies les thèses historiques suggérées par son titre sur les origines.

Craftcast – podcast maçonnique institutionnel, vidéo

Jeudi 11 septembre 2026

Catholique et Franc-Maçon : un prêtre et un évêque répondent

Le Club de Mediapart – billet de blog, non assimilable à la rédaction de Mediapart | France

Le billet interroge la compatibilité entre catholicisme et appartenance maçonnique en rapportant les réponses d’un curé et d’un évêque. D’après l’extrait, le prêtre estime cette double appartenance impossible. Le texte intégral n’ayant pas été consulté, cette position reste attribuée à l’auteur et aux interlocuteurs annoncés, sans généralisation à l’ensemble des catholiques.

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Écoles privées catholiques : un média confessionnel américain observe le GODF

National Catholic Register – presse catholique | États-Unis / sujet France | 9 septembre 2026 selon l’index de recherche

Le National Catholic Register présente les prises de position de Guillaume Trichard sur l’enseignement privé catholique à l’approche de l’élection présidentielle. Son cadrage, explicitement confessionnel, rappelle le rôle maçonnique dans les lois scolaires de Jules Ferry. Faute d’accès au corps du texte, les formulations politiques précises et les citations complètes ne sont pas reprises comme vérifiées.

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Funérailles catholiques de Francs-Maçons : des pratiques épiscopales contrastées

Enterrement plus écologique

ZENIT – média catholique | France et Italie | 9 septembre 2026, 16 h 54

ZENIT rapproche deux refus de funérailles liturgiques en Italie et la cérémonie présidée en France pour François Patriat, sans eucharistie selon le diocèse de Dijon. L’article défend la doctrine catholique d’incompatibilité avec la Franc-Maçonnerie. Il s’agit d’une lecture confessionnelle et canonique, distincte d’un jugement sur la personne ou son destin spirituel.

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« Trente jours d’influence » : la FSSPX propose une lecture polémique

FSSPX Actualités – média institutionnel catholique traditionaliste | France | 9 septembre 2026 |

La publication rapproche plusieurs événements récents — débat sur l’euthanasie, funérailles de personnalités et réception d’un candidat au siège du GODF — pour soutenir une thèse d’influence maçonnique. Cette causalité relève du cadrage éditorial de la FSSPX : la simultanéité des faits cités ne suffit pas, à elle seule, à démontrer une coordination.

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Franc-Maçonnerie et religions : construire un dialogue sans effacer les divergences

450.fm – presse maçonnique, analyse | France / source initiale Brésil | 9 septembre 2026 |

À partir d’un article de Manuel Luiz Figueiroa publié au Brésil, 450.fm examine trois siècles de défiance entre Franc-Maçonnerie et institutions religieuses. Le texte ne prétend pas à une réconciliation doctrinale ; il propose plutôt une coexistence fondée sur la liberté de conscience et des actions communes, en maintenant clairement les désaccords.

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Pierre Bertinotti : « la méthode maçonnique, c’est l’école de la démocratie »

Le Télégramme – presse régionale | France | Date de publication non vérifiée | Français |

L’extrait donne la parole à Pierre Bertinotti sur la liberté d’expression en Loge et la règle qui autorise chacun à révéler sa propre appartenance, mais non celle d’autrui. L’idée d’une « école de la démocratie » constitue son appréciation de la méthode maçonnique ; l’entretien complet n’a pas pu être vérifié.

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FRANCE – Culture, histoire et patrimoine

« Fauda » relue à travers le masque et la frontière intérieure

450.fm – presse maçonnique, critique culturelle | France | 9 septembre 2026 | Français |

Erwan Le Bihan lit la série israélienne comme une interrogation sur l’identité de celui qui doit porter le visage de son adversaire. L’article distingue la fiction née en 2015 des événements postérieurs au 7 octobre 2023 et précise qu’elle n’a rien « prédit ». Le regard maçonnique est ici interprétatif, non documentaire.

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À Orléans, un parchemin maçonnique vendu plus de 200 000 euros

actu Orléans – presse locale | France | Date de publication non vérifiée | Français |

L’alerte annonce la vente à plus de 200 000 euros d’un parchemin ancien présenté lors d’une vacation consacrée à la Franc-Maçonnerie. L’index évoque un document de plus de cinq siècles, mais le détail matériel, la provenance et le prix exact n’ont pas été consultés. L’intérêt patrimonial est donc signalé sous réserve.

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Léon Blum à Londres en 1936

Des pionniers masculins du féminisme, de Condorcet à Léon Blum

The Conversation – média d’analyse universitaire | France |

L’article annoncé retrace l’engagement d’hommes en faveur des droits des femmes, de Condorcet à Léon Blum, en évoquant notamment les réseaux maçonniques comme espaces de circulation des idées émancipatrices. Le corps du texte étant inaccessible, cette piste historique ne permet pas ici d’évaluer la place exacte attribuée aux Loges ni les nuances chronologiques.

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Grasse : la Loge PAX célèbre ses 120 ans

Grand Orient de France

Grand Orient de France – communication institutionnelle | France |

La Loge PAX organise au Palais des Congrès de Grasse une exposition sur l’histoire maçonnique locale, puis une conférence avec Guillaume Trichard et l’historien Pierre-Yves Beaurepaire. L’entrée est libre de 14 h à 19 h 30. L’anniversaire relie mémoire territoriale, recherche historique et présentation publique d’une obédience.

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La Réunion : le temple de Saint-Denis ouvre ses portes

Linfo.re – média d’actualité, vidéo | France (La Réunion) |

L’alerte signale un reportage vidéo sur l’ouverture au public du temple de Saint-Denis. La page renvoie désormais vers l’index général des vidéos, empêchant de vérifier le contenu et les modalités pratiques. Le sujet reste culturellement notable : l’ouverture d’un lieu maçonnique permet d’inscrire son histoire dans le patrimoine réunionnais.

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Toulouse : une conférence pour découvrir la Grande Loge de France

Oazis – agenda événementiel | France |

L’agenda annonce une conférence gratuite au Club Écossais Toulousain afin de présenter la Franc-Maçonnerie pratiquée à la Grande Loge de France et d’échanger avec le public. L’annonce n’ayant pas pu être consultée directement, le lieu précis, les conditions d’accès et l’éventuelle inscription doivent être confirmés avant déplacement.

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Le complotisme prend la Franc-Maçonnerie parmi ses objets d’étude

Front Populaire – revue d’opinion souverainiste, présentation commerciale | France |

Le numéro 26 annonce un dossier sur la frontière entre doute légitime, raisonnement complotiste et usage polémique de l’étiquette « complotiste ». La Franc-Maçonnerie figure parmi les thèmes évoqués, sans être l’unique objet du dossier. Cette présence rappelle combien l’imaginaire maçonnique demeure un laboratoire privilégié des récits de pouvoir caché.

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MONDE – Allemagne

Kurt Tucholsky, « la voix qui avait raison trop tôt »

European Security – média d’analyse | Allemagne | Date de publication non vérifiée | Français |

L’article annoncé revient sur l’écrivain et journaliste allemand Kurt Tucholsky, critique précoce du nationalisme et du militarisme, en renvoyant à des travaux sur son identité juive, socialiste et maçonnique. Le texte n’a pas été consulté : l’appartenance et son rôle biographique doivent donc être lus à partir des références historiques citées, non de l’extrait seul.

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MONDE – Irlande

Les Francs-Maçons lancent une initiative sur la santé des femmes

Business Eye – presse économique régionale | Irlande | 9 septembre 2026 | Anglais |

Les Freemasons of Ireland annoncent une série de rencontres publiques gratuites sur la santé et le bien-être. La première, le 22 septembre près de Belfast, portera sur les cancers du sein et de l’ovaire avec deux spécialistes de Queen’s University. Cette publication précise et confirme un signalement plus sommaire relevé dans l’édition précédente.

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MONDE – Russie

Mort d’Andreï Serkov, historien majeur de la Franc-Maçonnerie russe

Kommersant, information reprise par RBC, KP et Life – presse | Russie |

Andreï Serkov est mort à 62 ans. Chercheur à l’Institut de littérature mondiale de l’Académie des sciences de Russie, il avait consacré plus de trente ans aux archives maçonniques. Son dictionnaire encyclopédique « Franc-Maçonnerie russe, 1731-2000 » rassemble plus de 12 000 biographies et visait à sortir le sujet du registre conspirationniste pour l’établir académiquement.

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Au fil de ces regards croisés, cette revue de presse invite à prolonger la réflexion, à confronter les points de vue et à demeurer attentifs aux mouvements de notre temps, dans un esprit de liberté, de vigilance et de fraternité.

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, nous vous souhaitons une bonne lecture.

Ainsi va le Monde…

L’Art au compas – « Tribute in Light » : deux colonnes de lumière pour rendre visible l’absence

Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, New York rallume, ce vendredi 11 septembre 2026, les deux faisceaux bleus de Tribute in Light. Depuis leur première apparition, six mois après la catastrophe, ces colonnes immatérielles sont devenues bien davantage qu’un dispositif commémoratif : elles constituent une véritable architecture de l’absence, un monument sans pierre qui restitue non les tours disparues, mais le vide qu’elles ont laissé dans le paysage et dans la mémoire.

Pour le Franc-Maçon, la contemplation d’une telle œuvre fait nécessairement résonner quelques-uns des grands symboles de l’initiation : les deux colonnes, la verticalité, le carré, la Lumière, la chute et le relèvement, la mémoire des disparus et la poursuite de l’ouvrage. Il ne s’agit nullement de faire de Tribute in Light une création maçonnique, ce qu’elle n’est pas, mais de laisser le regard initiatique mesurer tout ce qu’une œuvre universelle peut éveiller lorsqu’elle rencontre les grands archétypes de l’humanité.

Il existe des monuments qui s’imposent par leur masse et d’autres dont la puissance tient précisément à ce qu’ils refusent de remplir l’espace.

Tribute in Light appartient à cette seconde catégorie. Lorsque la nuit descend sur Manhattan et que deux immenses faisceaux bleutés s’élèvent depuis Lower Manhattan, aucune tour ne renaît véritablement, aucune silhouette architecturale n’est reconstituée, aucun trompe-l’œil ne cherche à nous rendre ce qui a été détruit. L’œuvre agit autrement : elle matérialise le manque. Elle transforme en présence sensible ce qui, depuis le matin du 11 septembre 2001, demeure irrévocablement absent. Là où s’élevaient autrefois les Twin Towers, il ne reste, dans le ciel nocturne, que deux verticales de lumière, presque sans épaisseur, sans façade, sans fenêtres, sans poids, comme si la ville elle-même avait trouvé le moyen de donner une forme au souvenir sans prétendre vaincre la mort.

Cette année, le geste prend une intensité particulière puisque le 11 septembre 2026 marque le vingt-cinquième anniversaire des attentats.

Seal_of_New_York_City

Un quart de siècle s’est écoulé depuis que les tours se sont effondrées sous les yeux du monde entier, faisant entrer en quelques heures New York, l’Amérique et, au-delà, une grande partie de notre imaginaire collectif dans un autre âge. Il y eut ce jour-là la sidération, puis le deuil, la colère, les guerres, les fractures politiques et géopolitiques que l’on sait ; mais il y eut aussi, très vite, la nécessité de trouver une forme juste à la mémoire. Or la mémoire monumentale court toujours le risque de devenir pesante, démonstrative ou triomphale. Tribute in Light choisit au contraire l’effacement, la transparence, l’immatériel. La ville n’élève pas un nouvel objet destiné à rivaliser avec ce qui a disparu ; elle confie à la lumière le soin de désigner ce qui n’est plus.

L’histoire de l’œuvre éclaire cette retenue.

Présentée pour la première fois le 11 mars 2002, six mois exactement après les attentats, elle naît de plusieurs intuitions convergentes portées par des artistes, architectes et concepteurs qui avaient compris que l’enjeu ne consistait pas à reconstruire symboliquement les tours, mais à rendre sensible leur disparition. John Bennett, Gustavo Bonevardi, Richard Nash Gould, Julian LaVerdiere et Paul Myoda, avec Paul Marantz pour la conception lumineuse, participèrent à cette création collective dont la force tient justement à ce refus de l’imitation. Les premières esquisses évoquaient déjà l’idée de tours fantômes, de volumes absents dont le manque continuait pourtant d’habiter le paysage. On songe ici à ce phénomène étrange du « membre fantôme », lorsque le corps continue de sentir ce qui n’est plus là : Manhattan semblait avoir perdu deux de ses membres et, paradoxalement, leur disparition les rendait plus présents encore.

C’est sans doute là que commence la véritable profondeur esthétique de Tribute in Light.

L’œuvre nous rappelle que l’art n’a pas toujours pour mission de représenter ce qui fut ; il peut également donner forme à ce qui manque. Il existe une esthétique de la présence, celle des statues, des portraits, des monuments équestres et des architectures commémoratives, mais il existe aussi une esthétique du retrait, où le vide devient langage. L’histoire de l’art moderne en offre de nombreux exemples, depuis les mémoriaux abstraits du XXe siècle jusqu’aux installations contemporaines qui préfèrent la trace à la figuration. À New York, cette esthétique atteint une intensité particulière : la catastrophe avait détruit deux architectures de masse ; la mémoire leur répond par une architecture sans matière. Le verre, l’acier et le béton ont disparu ; subsistent deux colonnes lumineuses qui ne peuvent être ni touchées ni possédées.

Le dispositif technique lui-même nourrit cette lecture

Quatre-vingt-huit puissants projecteurs, disposés en deux ensembles carrés, créent les faisceaux qui montent dans le ciel. Ce détail pourrait sembler purement matériel ; il devient pourtant, sous le regard symbolique, extraordinairement suggestif. L’œuvre commence par le carré, figure de la mesure, de la stabilité, de l’espace terrestre organisé, pour s’élancer ensuite vers une hauteur dont l’œil ne saisit plus la fin. L’architecture prend naissance dans une géométrie parfaitement calculée avant de se dissoudre dans l’incommensurable. Pour le Franc-Maçon, habitué à travailler avec l’équerre et le compas, avec la pierre et sous la Voûte étoilée, cette tension entre le mesurable et l’infini possède une résonance immédiate.

L’homme trace, ordonne, bâtit, vérifie ses angles et ses proportions… mais l’édifice véritable ouvre toujours sur quelque chose qui dépasse la seule mesure humaine.

Les deux faisceaux évoquent naturellement les deux colonnes placées à l’entrée du Temple maçonnique

Il serait toutefois intellectuellement fautif d’aller plus loin et d’imaginer quelque intention ésotérique cachée chez les concepteurs. La richesse du symbole ne tient pas à son origine supposée, mais à sa capacité de faire dialoguer des traditions différentes. Deux colonnes appartiennent depuis l’Antiquité à l’imaginaire du seuil, de la garde et du passage. Dans la tradition biblique, Jakin et Boaz marquent l’entrée du Temple de Salomon ; dans la culture initiatique, elles séparent et relient tout à la fois le dehors et le dedans, le profane et le sacré, ce qui précède et ce qui commence. À Manhattan, la situation est plus troublante encore, car ces deux colonnes lumineuses ne soutiennent aucun édifice et n’encadrent aucune porte visible. Elles dressent un seuil sans révéler ce qui se trouve au-delà.

C’est précisément cette absence de Temple qui leur confère une force si singulière

Les colonnes maçonniques appartiennent à une architecture ordonnée, à un espace où l’on entre pour travailler ; celles de Tribute in Light demeurent seules dans la nuit, dépouillées de toute fonction porteuse, comme si le Temple avait disparu et que ne subsistaient que les signes de son passage. Elles ne soutiennent rien, mais elles maintiennent symboliquement une mémoire debout. Le Franc-Maçon peut y reconnaître une vérité essentielle de son propre chemin : lorsque les formes matérielles s’effondrent, le travail ne s’interrompt pas nécessairement ; il peut changer de nature. Ce qui était architecture devient souvenir, ce qui était présence devient transmission, ce qui était pierre devient lumière.

Le motif du relèvement s’impose alors avec une grande évidence. Toute la mémoire visuelle du 11 septembre demeure liée à la chute : chute des avions, chute des corps, effondrement des étages, immense descente de poussière recouvrant les rues de Lower Manhattan. Tribute in Light inverse cette dynamique sans jamais la nier. Là où tout était tombé, quelque chose désormais s’élève. Il ne s’agit pas d’une revanche esthétique sur la catastrophe, encore moins d’une victoire proclamée sur la mort, mais d’un geste infiniment plus mesuré : répondre à la chute par une verticalité, au poids par l’immatériel, à l’effondrement par une ascension silencieuse.

Cette idée du relèvement appartient profondément à l’univers initiatique.

Toute initiation suppose une rupture, une traversée, une perte de l’ancienne forme avant qu’une autre possibilité d’être puisse apparaître. Le Maçon sait qu’il n’existe pas de véritable élévation sans confrontation préalable avec ce qui tombe, se brise ou disparaît. Mais il sait également que relever ne signifie jamais reconstituer à l’identique. Voilà sans doute l’une des plus belles leçons de cette œuvre : reconstruire n’est pas effacer la cicatrice. Une société, un individu ou une communauté peuvent poursuivre leur ouvrage sans prétendre revenir à l’état antérieur. La mémoire n’est pas la restauration d’un passé intact ; elle est l’intégration de la blessure dans une histoire qui continue.

Cette dialectique prend une profondeur supplémentaire lorsque l’on rapproche Tribute in Light du mémorial permanent de Ground Zero, conçu autour du projet Reflecting Absence. Là où se dressaient les tours se trouvent désormais deux vastes bassins carrés dans lesquels l’eau s’écoule continuellement avant de disparaître dans une cavité centrale dont le fond échappe au regard. La rencontre de ces deux dispositifs constitue, presque malgré leurs auteurs, une extraordinaire composition symbolique : au sol, deux carrés dans lesquels l’eau descend ; dans le ciel, deux carrés d’où la lumière s’élève. L’eau plonge vers les profondeurs tandis que la lumière se dirige vers les hauteurs, comme si la mémoire du lieu se déployait désormais sur un axe vertical reliant symboliquement l’abîme et le ciel.

Les traditions initiatiques et religieuses ont depuis toujours accordé une place essentielle à cette double orientation.

On descend dans la caverne, le tombeau, la crypte ou les entrailles de la terre avant de remonter vers la lumière. Les Grecs parlaient de katabasis pour désigner la descente aux Enfers et d’anabasis pour le mouvement inverse. L’alchimie elle-même ne cesse de jouer avec cette nécessité de la dissolution avant la recomposition, du solve avant le coagula. La Franc-Maçonnerie, sans se confondre avec ces traditions, en partage certains grands archétypes : on ne reçoit la Lumière qu’après avoir accepté de traverser l’obscurité. À Ground Zero, cette antique grammaire symbolique semble s’être inscrite dans l’espace urbain : l’eau descend vers le manque tandis que la lumière s’élève depuis l’empreinte de ce qui fut.

Mais il faut aller plus loin encore, car Tribute in Light modifie subtilement notre conception même de la Lumière. Trop souvent, celle-ci est pensée comme simple contraire des ténèbres, selon une opposition presque enfantine dans laquelle la clarté serait le Bien et l’obscurité le Mal. Or l’installation new-yorkaise nous enseigne exactement l’inverse : sans nuit, les faisceaux disparaissent. La lumière ne supprime donc pas les ténèbres ; elle a besoin d’elles pour devenir visible. Voilà une leçon profondément initiatique. Recevoir la Lumière ne signifie pas être délivré une fois pour toutes de l’ombre ; cela signifie apprendre à discerner dans l’obscurité, à lui donner une forme, à ne plus la confondre avec le néant.

Cette Lumière possède aussi une dimension spirituelle universelle. Depuis que l’humanité honore ses morts, elle allume des flammes : lampes funéraires de l’Antiquité, cierges chrétiens, veilleuses juives du Yahrzeit, lampes votives, feux rituels ou simples bougies déposées devant un nom. La flamme est peut-être l’un des plus anciens langages par lesquels les vivants refusent que les morts disparaissent entièrement. Tribute in Light transpose ce geste ancestral à l’échelle d’une métropole. La petite veilleuse devient colonne céleste, mais l’intention demeure étonnamment proche : maintenir une clarté là où l’absence pourrait devenir oubli.

Il y a enfin dans cette œuvre une forme de sobriété qui rappelle ce que les traditions mystiques nomment parfois la voie apophatique : dire en renonçant à tout dire, approcher le mystère en acceptant qu’il échappe aux représentations. Tribute in Light ne raconte pas la vie des victimes, ne figure pas leurs visages, ne prétend pas offrir de réponse métaphysique à leur disparition. Elle ne dit ni où sont les morts ni ce que leur mort signifie. Elle se contente de laisser deux immenses traces lumineuses dans le ciel. Ce renoncement à expliquer constitue probablement sa plus grande dignité. Il existe des douleurs que le langage affaiblit lorsqu’il veut trop les commenter ; il existe des absences que l’on respecte davantage en leur donnant un espace qu’en prétendant les combler.

Le Maçon peut reconnaître ici quelque chose de son propre rapport au symbole.

Le symbole véritable n’impose pas une définition ; il ouvre une profondeur. Il ne ferme pas le sens mais le met en mouvement. Les deux colonnes lumineuses ne délivrent aucun message univoque, et c’est précisément pourquoi elles peuvent parler à chacun. Le croyant y verra peut-être une élévation des âmes, l’agnostique une présence de la mémoire, l’artiste une victoire de l’immatériel sur la masse, l’architecte une réponse au vide urbain, le survivant une trace des disparus, tandis que le Maçon y reconnaîtra peut-être l’écho de ces deux colonnes entre lesquelles tout passage initiatique commence.

Un détail plus discret enrichit encore la méditation

Les faisceaux attirent parfois les oiseaux migrateurs et peuvent perturber leur navigation nocturne ; depuis plusieurs années, des ornithologues surveillent leurs déplacements et l’installation peut être momentanément éteinte lorsque trop d’oiseaux se trouvent désorientés. Ce simple fait pourrait fournir à lui seul une magnifique leçon symbolique : la Lumière elle-même doit connaître la mesure. Toute lumière n’est pas nécessairement bonne parce qu’elle éclaire ; lorsqu’elle aveugle ou détourne le vivant de sa route, elle doit savoir s’effacer. Le Maçon, qui apprend que la maîtrise ne réside jamais dans l’excès mais dans la juste mesure, trouvera là matière à méditer sur toutes ces certitudes humaines qui prétendent éclairer le monde au point d’empêcher parfois les autres de trouver leur propre chemin.

Vingt-cinq ans après les attentats, Tribute in Light entre désormais dans une autre dimension de la mémoire.

Une génération entière est née après le 11 septembre 2001. Ce qui fut pour certains une expérience vécue devient pour d’autres un événement historique transmis par des images, des récits et des commémorations. C’est précisément à ce moment que l’art acquiert une responsabilité nouvelle : lorsque les témoins disparaissent peu à peu, les œuvres deviennent les dépositaires d’une mémoire qu’elles ne doivent ni figer ni banaliser. Les deux colonnes de lumière remplissent cette fonction avec une remarquable économie de moyens symboliques. Elles ne racontent pas toute l’histoire ; elles empêchent simplement que le vide cesse de parler.

Et c’est peut-être là, finalement, que se trouve le cœur maçonnique de notre regard, non dans l’œuvre elle-même mais dans ce qu’elle nous oblige à penser. Tout Maçon sait que le Temple auquel il travaille ne sera jamais achevé, que d’autres ouvriers l’ont précédé et que d’autres reprendront un jour les outils qu’il devra lui-même déposer. Il sait que construire signifie nécessairement recevoir un héritage, travailler un temps puis transmettre à son tour. La mémoire des morts n’est donc pas un culte du passé ; elle devient une responsabilité confiée aux vivants.

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Lorsque, dans la nuit du 11 septembre 2026, les deux faisceaux bleus s’élèveront de nouveau au-dessus de Manhattan, ils ne rendront pas les morts à leurs familles, ne restitueront pas les tours disparues et n’effaceront aucune cicatrice. Ils accompliront quelque chose de plus humble et peut-être de plus profond : rappeler qu’un vide peut devenir mémoire, qu’une absence peut devenir transmission, qu’une chute n’interdit pas le relèvement et qu’une architecture peut parfois se construire avec ce qui, par définition, ne possède ni poids ni matière.

Ainsi, entre la nuit de Manhattan et la Voûte étoilée, deux colonnes continueront de monter vers un ciel qu’elles n’atteindront jamais. Et le Maçon qui les contemplera pourra peut-être entendre, dans leur silence, une antique invitation : ce qui a été abattu ne peut être rendu intact, mais ce qui demeure vivant en nous peut encore être relevé, transmis et offert à ceux qui poursuivront l’ouvrage après nous.