mar 20 janvier 2026 - 17:01
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Devenir plus intelligent grâce à la Franc-maçonnerie… mais c’est pas gagné

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Dans un monde obsédé par le quotient intellectuel (QI), qui mesure souvent une intelligence étroite et linéaire, les travaux de Howard Gardner, psychologue américain, ont révolutionné notre compréhension de l’intelligence humaine. Dans son ouvrage fondateur Théorie des intelligences multiples, publié en 1983, Gardner propose que l’intelligence ne soit pas une entité unique, mais un ensemble de capacités distinctes et autonomes, influencées par l’hérédité et l’environnement.

Initialement, il identifie sept formes d’intelligence, auxquelles il ajoute plus tard une huitième (naturaliste) et suggère même une neuvième potentielle (existentielle).

Ces intelligences multiples – linguistique, logico-mathématique, spatiale, musicale, corporelle-kinesthésique, interpersonnelle, intrapersonnelle et naturaliste – nous invitent à voir l’intelligence comme un spectre diversifié, où chacun peut exceller dans des domaines variés.

Mais comment la Franc-maçonnerie, cette société initiatique aux rituels ancestraux et au symbolisme riche, s’inscrit-elle dans cette perspective ? Fondée sur des principes de travail intérieur, de fraternité et d’exploration symbolique, la Franc-maçonnerie offre un cadre propice au développement de ces intelligences multiples. À travers ses exercices sur le symbolisme, elle favorise l’abstraction, l’esprit de substitution et une meilleure maîtrise des passions, menant à une régulation émotionnelle accrue – des éléments qui résonnent directement avec les traits d’intelligence mis en lumière par des études inspirées de Gardner. Pourtant, comme le titre l’indique, ce n’est pas gagné d’avance : une pratique maçonnique maladroite peut au contraire émousser l’esprit critique et mener à une forme d’appauvrissement intellectuel. Explorons cela en détail.

Les intelligences multiples de Howard Gardner : un cadre pour comprendre le potentiel humain

Pour contextualiser, rappelons les sept intelligences originales proposées par Gardner en 1983, auxquelles s’ajoute la naturaliste en 1995 :

  1. Intelligence linguistique : La capacité à utiliser les mots efficacement, à l’oral ou à l’écrit. Elle se manifeste chez les écrivains, orateurs ou poètes, avec une sensibilité aux sons, rythmes et significations des mots.
  2. Intelligence logico-mathématique : L’aptitude à raisonner de manière abstraite, à résoudre des problèmes logiques et à manipuler des concepts numériques. Typique des scientifiques, mathématiciens ou ingénieurs.
  3. Intelligence spatiale : La visualisation mentale d’objets et d’espaces, utile pour les architectes, artistes ou navigateurs, impliquant la manipulation d’images et de patterns.
  4. Intelligence musicale : La sensibilité aux rythmes, tons, mélodies et timbres, chez les musiciens ou compositeurs.
  5. Intelligence corporelle-kinesthésique : Le contrôle du corps et des objets, avec précision et coordination, comme chez les athlètes, danseurs ou artisans.
  6. Intelligence interpersonnelle : La compréhension des émotions et motivations d’autrui, favorisant l’empathie et les relations sociales, chez les leaders ou thérapeutes.
  7. Intelligence intrapersonnelle : La connaissance de soi, la régulation émotionnelle et la réflexion introspective, essentielle pour l’auto-développement.

Et la huitième : Intelligence naturaliste, la reconnaissance et la classification des éléments naturels, chez les biologistes ou écologistes.

Ces intelligences ne sont pas figées ; elles peuvent se développer par l’expérience et la pratique.

C’est ici que la Franc-maçonnerie entre en jeu, en offrant un terrain fertile pour leur épanouissement.

Comment la Franc-maçonnerie développe les intelligences multiples

La Franc-maçonnerie n’est pas une simple association ; c’est une école de vie basée sur des rituels symboliques, des débats philosophiques et un travail constant sur soi. Ses exercices, centrés sur l’interprétation de symboles comme l’équerre, le compas ou la pierre brute, stimulent l’abstraction et l’esprit de substitution – c’est-à-dire la capacité à voir au-delà du littéral, à remplacer un concept par un autre pour en extraire une leçon profonde. Ce processus conduit naturellement à une meilleure maîtrise des passions, car il encourage l’introspection et la tempérance, des piliers maçonniques.

À la lumière des travaux de Gardner, voyons comment cela booste les intelligences :

  • Stimulation de l’intelligence linguistique et logico-mathématique via le symbolisme : Les tenues maçonniques impliquent des discours, des planches (exposés) et des débats. Interpréter un symbole comme le delta lumineux requiert une maîtrise des mots pour exprimer des idées abstraites, tout en appliquant une logique deductive pour relier des concepts. Cela développe l’abstraction, similaire à la résolution de puzzles mathématiques, et renforce l’esprit de substitution – remplacer un outil maçonnique par une vertu morale, par exemple.
  • Développement de l’intelligence spatiale et musicale : Les rituels maçonniques sont chorégraphiés, avec des mouvements précis dans l’espace du temple, stimulant la visualisation spatiale. De plus, la musique et les chants rituels éveillent l’intelligence musicale, aidant à percevoir les rythmes symboliques de la vie.
  • Renforcement des intelligences corporelle-kinesthésique et naturaliste : Bien que moins évidente, la Franc-maçonnerie encourage le travail manuel symbolique (tailler la pierre brute pour polir l’esprit) et une connexion à la nature via des allégories cosmiques, favorisant une conscience du corps et de l’environnement.
  • Amplification des intelligences interpersonnelle et intrapersonnelle : La fraternité maçonnique repose sur l’écoute et l’empathie, développant l’interpersonnelle. Mais c’est surtout l’intrapersonnelle qui brille : le chemin initiatique vise la maîtrise des passions, ce qui mène à une régulation émotionnelle supérieure. Comme le souligne un article de Psychologies Magazine, les personnes intelligentes maîtrisent mieux leur frustration en verbalisant leurs émotions négatives, ce qui booste l’intelligence émotionnelle – un aspect clé de l’intrapersonnelle. En Franc-maçonnerie, cela se traduit par des exercices introspectifs qui apprennent à transformer la colère en sagesse.

De même, un rapport sain à l’erreur est cultivé : l’initiation maçonnique voit les échecs comme des étapes d’apprentissage, encourageant l’auto-compassion et la résilience. Quant au trait surprenant de dire des injures, il pourrait s’apparenter à une libération verbale maîtrisée, bien que la Franc-maçonnerie prône plutôt la mesure dans le langage – un point où elle affine encore plus cette compétence.

En somme, la pratique maçonnique, en s’affranchissant du QI traditionnel, aligne parfaitement avec la vision de Gardner : elle décuple les forces individuelles par un travail holistique, rendant potentiellement « plus intelligent » en élargissant le spectre des capacités cognitives et émotionnelles.

Les risques : quand la Franc-maçonnerie rend plus idiot

Cependant, rien n’est automatique. Si la Franc-maçonnerie peut élever l’esprit, une pratique dévoyée peut au contraire l’appauvrir, menant à une forme d’idiotie – non pas au sens clinique, mais comme un rétrécissement intellectuel.

Ce chapitre explore ces pièges, pour souligner que l’intelligence n’est pas « gagnée » sans vigilance.

Premièrement, le risque de dogmatisme : les symboles maçonniques, s’ils sont interprétés de manière rigide sans esprit critique, peuvent mener à une fermeture d’esprit. Au lieu de développer l’abstraction, on tombe dans le littéralisme, limitant l’intelligence logico-mathématique et spatiale à des schémas préétablis qui conduisent au dogmatisme. Nous connaissons tous des Frères ou des Soeurs enfermés dans leurs convictions qui confirment que chaque tenue est destinée à renforcer et à rigidifier leurs œillères.

Gardner insiste sur la flexibilité des intelligences ; une loge dogmatique étouffe cela, rendant l’initié moins adaptable.

Deuxièmement, l’exclusion et le sectarisme : Bien que promouvant la fraternité, certaines obédiences peuvent favoriser un entre-soi élitiste, affaiblissant l’intelligence interpersonnelle. Au lieu d’empathie universelle, on cultive un biais de groupe, ignorant les perspectives extérieures – un piège qui contredit la multiplicité gardnérienne. Le piège des différences rituelles, obédientielles, hierarchiques, électives… conduit tout droit dans ce travers.

Troisièmement, le manque de pratique constructive : Si les rituels deviennent routiniers sans réflexion profonde, la maîtrise des passions reste superficielle. Au lieu de réguler la frustration, on réprime les émotions, menant à une intrapersonnelle défaillante. Comme dans l’article de Psychologies, un rapport malsain à l’erreur peut s’installer si les échecs initiatiques sont stigmatisés plutôt qu’analysés.

Enfin, le risque d’illusion ésotérique : Une focalisation excessive sur le mysticisme sans ancrage rationnel peut déconnecter de la réalité, affaiblissant l’intelligence naturaliste et logico-mathématique. Des études sur les sociétés secrètes montrent que sans équilibre, cela peut mener à des croyances irrationnelles, rendant « plus idiot » en isolant de la science et du monde. Certains nomment ce biais l’orgueil spirituel.

Pour éviter cela, une pratique intelligente implique ouverture, critique et application éthique des symboles.

La Franc-maçonnerie, bien menée, n’est pas une garantie d’intelligence accrue, mais un outil puissant – à condition de ne pas passer à côté de son essence constructive.

En conclusion, à la lumière de Gardner, la Franc-maçonnerie offre un chemin vers une intelligence élargie, via le symbolisme et la maîtrise de soi. Mais vigilance : sans intelligence dans la pratique, le risque est grand de stagner, voire de régresser.

L’intelligence, après tout, se cultive activement.

Allumage des feux d’une loge universitaire à la Barbade

De notre confrère stvincenttimes.com

Les Francs-maçons de la Barbade et des Caraïbes orientales ont récemment créé la loge universitaire n° 10074, une nouvelle initiative spécifiquement conçue pour recruter et encadrer de jeunes hommes dans l’enseignement supérieur. En rejoignant le programme universitaire de la Grande Loge, cette branche vise à offrir un développement personnel structuré et un accompagnement entrepreneurial aux étudiants et aux professeurs.

Les dirigeants de l’organisation estiment que cette expansion permettra de combler le fossé entre l’obtention du diplôme universitaire et la réussite professionnelle grâce à une approche axée sur le service et la collaboration régionale.

Une fois leurs études terminées, les membres sont encouragés à mettre leur expérience au service de leurs territoires d’origine respectifs afin de renforcer les communautés locales.

Ce lancement historique représente un effort significatif pour moderniser cette ancienne fraternité en investissant dans la prochaine génération de dirigeants.

« Alpina », le mag de la GLSA : la fraternité mise à l’épreuve du courage

Avec Alpina, la Grande Loge Suisse Alpina (GLSA) donne au mot tradition une densité qui oblige. La revue ne cherche ni la vitrine ni l’autosatisfaction. Elle travaille la question la plus rude, celle de ce que vaut une chaîne d’union quand le monde secoue, quand la peur parle plus fort que la loyauté, quand l’époque réclame des positions nettes et que les habitudes préfèrent la prudence.

L’arrivée de Gregor Lüthy comme rédacteur pour la Suisse alémanique accentue ce mouvement vers une parole plus partagée, plus plurielle, plus exigeante, où l’écriture n’est pas une annexe de la vie maçonnique mais un de ses lieux d’épreuve.

La tonalité se fixe dès le message de vœux du Grand Maître, qui n’abrite pas la fraternité derrière des formules. Il rappelle l’arrestation arbitraire du Grand Maître de la Grande Loge de Turquie, survenue à la veille de la Conférence européenne des Grands Maîtres à Istanbul, puis il pointe ce qui blesse davantage encore. La réaction d’une part du paysage maçonnique, un retrait par crainte, timidité et pusillanimité, une disparition au moment précis où un Frère avait besoin de soutiens. Le texte va jusqu’à reprendre la mise en garde d’une lettre venue des Grandes Loges britanniques, craignant l’intérêt des médias et un préjudice pour la franc-maçonnerie, avant de retourner l’argument comme un gant. Le plus grand dommage ne vient pas du regard extérieur, il vient de l’intérieur, de ceux qui diminuent la fraternité en s’évanouissant dans les temps difficiles. Tout est là, et tout fait mal, parce que cela vise l’os du serment, cette promesse silencieuse qui ne vaut que si elle tient quand elle coûte.

Nous percevons alors ce que ce numéro réussit avec une rare justesse

Il ne confond pas le spirituel et l’éthéré. Il ne prend pas l’initiatique pour un refuge. Il met au contraire la vie intérieure en demeure de produire des actes, des lignes, une tenue. Le courage, ici, ne se réduit pas à la bravoure. Il devient une discipline de la conscience, une capacité à ne pas céder au confort des silences opportunistes. La fraternité, elle, cesse d’être un sentiment. Elle redevient un verbe, se manifester, soutenir, répondre, demeurer présent quand le réflexe social conseille l’effacement.

Cette exigence se prolonge dans la réflexion sur le sens et le non-sens des conférences internationales

Derrière la question logistique ou protocolaire, se cache un problème plus grave. À quoi servent les grandes rencontres si elles ne font que produire de l’entre-soi, si elles n’osent pas nommer les violences qui atteignent des Frères, si elles préfèrent la gestion d’image au risque de la solidarité. Le magazine place la franc-maçonnerie devant sa propre tentation diplomatique. La diplomatie a sa noblesse, mais elle devient trahison lorsqu’elle se substitue au devoir de présence.

Le numéro respire ensuite par des textes qui réinstallent l’expérience au centre, comme si l’Art Royal devait se vérifier dans la matière et le souffle.

Le voyage dans le silence aux Gole della Breggia fait entendre une vérité que nos Temples connaissent, mais que nos vies profanes oublient trop vite. Le silence n’est pas l’absence de mots, il est un travail du dedans, une chambre d’écho où la pierre, la lumière et l’esprit cessent d’être des notions pour redevenir des réalités. Dans ce registre, la revue ne théorise pas pour le plaisir d’argumenter. Elle évoque pour réveiller en nous une mémoire corporelle, celle d’un monde qui apprend par le pas, par l’arrêt, par l’attention, par le retrait nécessaire à l’ajustement.

À cette poétique de la traversée répond une autre figure, plus rigoureuse encore, celle du fil à plomb

Le texte sur l’apprentissage sous le Lot rappelle que la verticalité n’est pas un slogan de morale. Elle est un instrument intérieur. Elle nous place face à nos penchants, à nos torsions, à nos compromis. Elle réintroduit une idée devenue presque subversive, celle d’un axe. Dans une époque où tout s’équivaut, où tout se négocie, où le relatif se prend pour la sagesse, l’axe redevient une exigence initiatique, non pas pour condamner, mais pour mesurer. Mesurer nos écarts, nos arrangements, nos facilités, et retrouver la droiture sans dureté, la rectitude sans arrogance.

Vient alors l’un des points de force du numéro, l’étude de Didier Planche sur l’antimaçonnisme entretenu

Nous y retrouvons une intelligence du phénomène qui refuse le piège de la victimisation. L’antimaçonnisme est décrit comme une industrie mentale, une fabrique de silhouettes, de soupçons, de récits faciles. Il ne se contente pas de calomnier, il propose une explication totale, un monde où tout s’explique par un centre caché. Cette mécanique, Didier Planche la met en perspective avec l’imaginaire médiatique analysé par Yonnel Ghernaouti, ce lieu où la répétition tient lieu de preuve, où l’image devient tribunal, où le slogan se substitue à l’enquête. Ce rapprochement est précieux, car il rappelle que la lutte contre l’antimaçonnisme n’est pas une querelle de réputation. C’est une bataille pour la qualité du réel. Dès que la société accepte les récits automatiques, elle s’habitue à croire sans vérifier, puis elle apprend à haïr sans connaître. La franc-maçonnerie, dans cette lumière, n’a pas à se justifier sans fin. Elle a à rappeler ce qu’elle travaille, l’éthique du discernement, le refus des passions tristes, la patience du jugement.

Le thème générationnel, lui, donne à cette vigilance une profondeur nouvelle

La question n’est pas seulement celle de l’attractivité. Elle devient celle de la transmission dans un monde qui a changé de texture. Gregor Lüthy évoque une jeunesse inquiète, traversée par les conflits, la désinformation, le sentiment de perte de contrôle. Il insiste sur ce point décisif. Les valeurs maçonniques peuvent orienter, mais encore faut-il que les loges prouvent qu’elles ne se contentent pas d’administrer un héritage. Nous comprenons alors que la tradition peut mourir de deux manières, par abandon ou par conservation stérile. L’abandon jette le fil, la conservation le momifie. Entre les deux, se tient la seule fidélité qui compte, une tradition qui se transmet en se risquant, une forme qui demeure, mais qui demeure vivante parce qu’elle accepte d’être habitée par des existences neuves.

Dans ces pages, la figure du millennial est traitée sans caricature

Il ne s’agit pas d’opposer jeunes et anciens, ni de flatter l’air du temps. Il s’agit d’admettre une réalité. Le temps s’est fragmenté, les vies sont saturées, l’engagement associatif se mesure, se pèse, se justifie. La loge, dès lors, ne peut plus se contenter de proposer un rendez-vous. Elle doit offrir une expérience, une densité, une cohérence. Gregor Lüthy écrit que la qualité de la participation, le sentiment d’une chaîne plus largement tendue, le sérieux des réponses, la possibilité d’une vraie co-construction, deviennent déterminants. Nous retrouvons là un principe initiatique ancien, qui n’a rien de managérial. L’être humain ne s’ouvre que là où il se sent réellement reçu, réellement entendu, réellement convié à travailler, et non assigné à écouter.

Didier Planche

Le texte de Didier Planche consacré au mode d’emploi de la Grande Loge Suisse Alpina, en revenant sur la structure, pose une idée subtile, presque provocante

L’obédience n’a aucune valeur initiatique ou symbolique en elle-même, elle relève du particulier, des conditions sociales, religieuses, économiques et politiques d’un pays, elle organise, elle administre, elle garantit des règles. Cette phrase pourrait surprendre. Elle est pourtant d’une grande salubrité. Elle rétablit une hiérarchie intérieure. Le symbolique vit dans la loge, dans le travail des degrés bleus, dans la lente métamorphose de la pierre humaine. La structure demeure nécessaire, mais elle ne doit jamais être confondue avec le cœur. Nous y lisons une leçon plus vaste, et très contemporaine. Toute institution risque de se prendre pour sa propre finalité. Toute organisation peut devenir le substitut du sens. L’initiation, elle, nous ramène sans cesse à ce qui ne se délègue pas, le travail sur soi, la fidélité au lien, la probité du regard.

Le numéro ouvre aussi une fenêtre forte sur l’interrogation spirituelle

En particulier avec l’entretien conduit par Michel Jaccard avec Thierry Falissard*. Le titre, « Arrêtons de faire notre propre malheur ! », agit comme une secousse. Il refuse l’alibi de l’époque, ce plaisir sombre de se dire victime du monde tout en préservant intactes nos mécaniques intérieures. Thierry Falissard propose un bouddhisme qui n’est ni une décoration exotique ni un fourre-tout. Il parle d’une pratique psychologique, curative et cathartique, visant à libérer l’esprit. Il insiste sur ce pivot. La théorie ne vaut rien sans la pratique, mais une mauvaise théorie peut fausser toute progression. Cette phrase rejoint notre tradition initiatique. Toute parole rituelle, si elle n’est pas travaillée, devient un bruit. Tout symbole, si nous nous y attachons comme à une idole, cesse de montrer. Thierry Falissard rappelle que les symboles peuvent aider au début, puis devenir entraves si nous les figeons en objets d’adhésion. Il cite la comparaison du doigt qui montre la Lune. Nous reconnaissons ce danger, nous qui savons combien le signe peut remplacer la chose, combien l’insigne peut faire oublier l’œuvre, combien l’apparence peut se substituer à la transformation.

L’entretien est remarquable aussi par son effort de pont

Thierry Falissard évoque Arthur Schopenhauer, présenté comme un possible premier bouddhiste occidental, et il explique comment cette pensée l’a aidé à apprivoiser une discipline si éloignée de la culture religieuse et philosophique européenne. Il évoque les convergences, l’insatisfaction existentielle, l’illusion égotiques, le vouloir-vivre et le renoncement. Nous y lisons une prudence féconde. La revue ne cherche pas le syncrétisme. Elle cherche des correspondances qui éclairent, sans dissoudre les différences. Le geste est profondément maçonnique. Nous ne confondons pas les traditions. Nous les faisons dialoguer pour affiner notre discernement, pour agrandir notre capacité d’entendre, pour mieux reconnaître le même combat sous des langages divers.

À cette veine intérieure répond un fil plus explicitement ésotérique, consacré à l’imitation du Christ et à la figure de l’Ami et modèle.

Dans ce passage, la revue assume une tonalité spirituelle qui ne cherche pas à plaire. Elle rappelle que l’ésotérisme n’est pas un supplément de mystère, mais une discipline de l’être. Ce qui importe, ce n’est pas l’exceptionnel, c’est l’ordinaire transfiguré, la patience du cœur, l’attention au prochain, l’éducation de l’ego. La revue, en cela, échappe à deux écueils fréquents, la sécheresse rationaliste et le vertige de l’occultisme. Elle tient une ligne de crête, où l’expérience intérieure demeure liée à une éthique, et où l’élévation ne vaut rien si elle ne se traduit pas en meilleure humanité.

Drapeau de la Suisse
Drapeau de la Suisse

Le registre symbolique, lui, s’enrichit lorsqu’il met en regard des traditions culturelles éloignées

Le crâne, entre Bamilékés et Francs-maçons, rappelle que certains motifs traversent les peuples comme des archétypes. Ils parlent de finitude, de mémoire, de transmission, de responsabilité. Nous savons que la mort, en initiation, n’est pas seulement l’horizon biologique. Elle est un miroir. Elle rend la vie plus vraie. Elle oblige à choisir ce qui mérite d’être travaillé, ce qui mérite d’être donné, ce qui mérite d’être sauvé de la dispersion.

Même la modernité technologique trouve sa place, avec une réflexion sur l’intelligence artificielle et les cadres juridiques et éthiques du jugement humain. Le propos n’est pas de diaboliser l’outil. Le propos est de rappeler le lieu où rien ne peut être remplacé, le jugement.

L’Art Royal, dès ses outils les plus concrets, nous apprend cela

L’outil prolonge la main, il ne remplace pas la conscience. Nous pouvons accélérer, déléguer, automatiser, mais nous ne pouvons pas déléguer la responsabilité de discerner. Cette idée, posée dans une revue maçonnique, prend une portée singulière, parce qu’elle touche au nœud de notre époque, le désir de simplicité, le désir de réponses instantanées, le désir de solutions sans travail intérieur. Or l’initiation dit l’inverse. Elle dit que la lumière se mérite, qu’elle se patiente, qu’elle se paie d’efforts, de corrections, de retours sur soi.

Dans cette dynamique, la page où Gregor Lüthy invite les Frères à écrire, à transformer leurs morceaux d’architecture en articles, a une beauté discrète. Elle montre que la revue n’est pas une estrade réservée. Elle peut devenir un chantier commun. Plus il y a de plumes, plus la revue devient diverse, plus la diversité devient une joie partagée. Nous entendons là une pédagogie de la fraternité. La parole n’est pas un privilège, elle est une responsabilité offerte.

GRA Groupe de recherche Alpina

Alpina refuse le confort des postures

Il rappelle que la franc-maçonnerie n’a jamais été un musée de symboles, mais une discipline de l’humain. Il rappelle aussi que la fraternité ne se mesure pas à ce que nous proclamons, mais à ce que nous supportons, acceptons et risquons pour l’autre. Quand le Grand Maître écrit que le plus grand dommage est causé par ceux qui disparaissent, il touche un nerf. Nous pouvons supporter les maux d’autrui avec une certaine aisance, mais nous éprouvons plus durement l’exigence d’affronter nos propres faiblesses, et c’est pourtant là que commence la véritable fraternité, celle qui ne se contente pas de compassion, mais qui accepte une épreuve de vérité.


Ce numéro donne à la revue maçonnique une vocation haute, veiller, transmettre, relier, et surtout rappeler que la lumière n’est pas un décor. Elle est un devoir intérieur qui se reconnaît à un signe très concret, notre capacité à rester présents lorsque la présence devient difficile.

*Thierry Falissard, né en 1959, est ingénieur-informaticien et développe une réflexion rationnellement critique sur le bouddhisme, en privilégiant une approche psychologique, curative et cathartique, visant à libérer l’esprit plutôt qu’à accumuler des croyances. Son parcours est marqué par un choix assumé pour le Theravāda, et plus précisément pour l’École des Moines de la Forêt, qu’il présente comme proche du bouddhisme primitif, moins encombrée de spéculations et de dévotions. Il revendique un Éveil progressif, une éthique exigeante, et une pratique continue de la pleine conscience, de l’investigation, de l’énergie, de la sérénité et de l’équanimité.
Bibliographie indiquée dans la revue, Thierry Falissard, Métaphysique bouddhique, Éditions Almora, 2024. La revue mentionne aussi des ouvrages de Ajahn Brahm traduits par Thierry Falissard, dont Manuel de méditation selon le bouddhisme theravada, Éditions Almora, 2016, et La sagesse du moine, 108 histoires sur l’art du bonheur, Éditions Almora, 2013.

Ce qui demeure, après lecture, ressemble à une impression de probité.

Alpina – Magazine de la Grande Loge Suisse Alpina
GLSA, N°1, janvier 2026, 52 pages
Paraît 6 fois par an ; abonnement CHF 60 (64,18 €)

Il est possible d’acquérir un numéro ou de s’abonner en s’adressant à :
kanzlei@grossloge-alpina.ch

La Suisse geographique
La Suisse geographique

Christian Eyschen exclu du GODF : une « Déclaration » qui accuse et qui fracture

Christian Eyschen, secrétaire général de la Libre Pensée, rend publique une « Déclaration » qui tient à la fois du récit personnel, du réquisitoire et du manifeste après sa suspension puis son exclusion du Grand Orient de France. Il affirme que la sanction ne relève pas d’un simple contentieux disciplinaire, mais d’un conflit politique interne lié à la laïcité, à la place de l’islam dans l’espace public, et à ce qu’il décrit comme une « normalisation » de l’obédience. Le texte revient longuement sur deux séquences de procédure, sur l’épisode du rassemblement laïque du 6 décembre 2025 au Gymnase Japy, et s’élargit à une critique de gouvernance, d’orientation et de finances (GODF / SOGOFIM, 2019 – 2024).

Document brut, polémique, assumé, il pose une question sensible qui dépasse le cas Christian Eyschen : qu’advient-il d’une obédience quand l’esprit de conciliation cède la place à la logique de camp, et quand la procédure devient elle-même un langage politique ?

Il y a des textes qui ne cherchent pas d’abord à convaincre

Ils cherchent à trancher, à séparer, à faire apparaître une ligne de fracture qu’ils estiment déjà là, mais masquée par les usages, les prudences, les équilibres d’appareil. La « Déclaration » de Christian Eyschen appartient à cette famille. Elle ne se présente pas comme une plainte ordinaire, ni comme un simple plaidoyer : elle prend la forme d’un acte de rupture, écrit depuis un dehors qui se revendique, presque comme un parvis. L’auteur y parle en homme blessé et en militant aguerri, et il assume d’assigner à son exclusion une signification plus large qu’un dossier individuel.

Christian-Eyschen

Le fil directeur est constant.

Christian Eyschen soutient qu’il n’a pas été sanctionné pour des « écarts » maçonniques au sens initiatique ou moral, mais pour avoir contesté publiquement une orientation qu’il juge dangereuse et contraire à la laïcité de 1905. Il décrit l’émergence d’une majorité interne et il raconte ce basculement comme une prise de contrôle culturelle autant qu’organisationnelle : il ne s’agirait plus seulement de gérer une obédience, mais de cadrer un discours, d’ordonner le dicible, de transformer la divergence en faute. Dans cette narration, le mot « chasse aux sorcières » n’est pas un effet de style : il sert à caractériser un climat, et à installer l’idée que la discipline serait devenue un outil de régulation politique.

La question de la laïcité occupe le cœur battant du texte. L’auteur construit une opposition frontale entre la loi de 1905 et la loi dite « séparatisme » (2021) : « Il faut choisir », écrit-il en substance, comme si deux régimes de laïcité s’affrontaient désormais, l’un émancipateur, l’autre soupçonné de glisser vers une gestion sécuritaire du religieux. Dans cette perspective, sa propre histoire disciplinaire est présentée comme une conséquence de ce conflit doctrinal : il estime avoir payé le prix d’une fidélité à une laïcité de combat, là où l’obédience, selon lui, se serait engagée dans une autre logique.

Le texte se fait ensuite très concret avec l’épisode du rassemblement laïque du 6 décembre 2025, annoncé au Gymnase Japy.

Christian Eyschen en fait un révélateur. Il raconte les obstacles administratifs, les tensions, et interprète ces difficultés comme des tentatives d’empêchement. Il élargit même le tableau en évoquant des initiatives concurrentes au même moment, attribuées à d’autres structures maçonniques, l’ensemble étant présenté comme un système de neutralisation : non pas débattre, mais disperser, diluer, détourner l’énergie militante. Là encore, l’enjeu est moins l’événement lui-même que ce qu’il symbolise : la bataille de la laïcité devient une bataille de visibilité, donc de légitimité.

Gilbert Abergel

Au centre de la « Déclaration », deux séquences disciplinaires sont longuement récapitulées La première naît d’une polémique avec Gilbert Abergel (Comité Laïcité République) : Christian Eyschen décrit une mécanique où la justice maçonnique aurait été saisie et instrumentalisée, et il conteste ce qu’il estime être des approximations, des « impostures » procédurales, ou une partialité de traitement. La seconde affaire s’appuie, selon son récit, sur une condamnation profane limitée impliquant Eddy Khaldi (FNDDEN) : il affirme que cet élément a servi de prétexte pour aller jusqu’à l’exclusion. Dans les deux cas, l’auteur entend démontrer que la procédure n’est pas seulement un cadre : elle devient le message, et le message est politique.

C’est ici que la lecture maçonnique du document se révèle, au-delà des noms et des dates. Christian Eyschen semble dire : lorsqu’une institution se met à juger davantage des positions que des actes, lorsqu’elle privilégie la pacification administrative au détriment du débat de fond, elle glisse vers une forme de bureaucratie morale. Dans cette logique, la justice interne n’apparaît plus comme une protection de l’Ordre, mais comme une manière de produire du consensus par la sanction. Qu’on partage ou non ce diagnostic, il touche un point sensible de toute obédience : la frontière entre discipline et gouvernement, entre régulation et mise au pas.

La fin du texte élargit encore la focale

Christian Eyschen critique l’idée de « corps intermédiaires » et associe cette notion à un arrière-plan doctrinal (subsidiarité, doctrine sociale), qu’il juge incompatible avec l’esprit républicain qu’il revendique. Il relie ce débat à l’orientation publique du GODF et à une stratégie d’influence. Puis il introduit une note chiffrée sur la situation financière (GODF/SOGOFIM, 2019–2024), avec un tableau et des commentaires sur l’immobilier et certaines décisions présentées comme problématiques. Le mouvement est clair : l’auteur veut montrer que la crise n’est pas seulement idéologique, mais aussi structurelle : gouvernance, finances, ligne publique, tout serait, selon lui, connecté.

On peut lire ce document comme un geste de vérité personnelle, ou comme une construction polémique.

Mais on ne peut pas le lire comme un simple « communiqué » ». Il s’agit d’une parole qui se place au bord d’une faille, et qui entend la rendre visible. Sa force vient de sa cohérence interne : tout y est ramené à une même thèse, celle d’un conflit de laïcité et d’appareil. Sa fragilité, elle aussi, est là : parce qu’en accusant largement, le texte appelle mécaniquement la contradiction, la vérification, le contradictoire, et le droit de réponse.

La « Déclaration » de Christian Eyschen n’est pas un document d’apaisement

C’est un texte qui pose ses pierres, une à une, pour construire un mur de séparation : entre 1905 et 2021, entre débat et discipline, entre institution initiatique et machine de gouvernance. À chacun d’en mesurer la portée, et d’entendre, derrière le tumulte, la question essentielle qu’il laisse dans l’air : lorsqu’une obédience se protège, protège-t-elle encore l’esprit qui l’a fondée ou seulement son propre équilibre ?

Encadré « Précautions éditoriales » Le document présenté est une déclaration d’auteur, comportant des accusations nominatives et des interprétations politiques. 450.fm le mentionne comme élément de débat et rappelle que ces affirmations engagent la responsabilité de leur auteur. Les personnes et institutions citées peuvent exercer un droit de réponse. Une lecture complète suppose, comme toujours en matière de gouvernance obédientielle, contradiction, vérifications et mise en contexte.

EXCLUSIF – Interview de Hassan El Azhari : Grand Maître de la GLNM

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Interview d’Hassan El Azhari, Grand Maître de la Grande Loge Nationale Marocaine (GLNM)

Le Grand Maître de la Grande Loge Nationale Marocaine (GLNM), reçoit notre journal avec cette simplicité sûre qui n’a pas besoin d’effets. Dans un pays où la Franc-maçonnerie demeure souvent prisonnière des fantasmes et des préjugés, il accepte de partager des repères, de nommer une méthode, de rappeler une exigence. Sans rien dévoiler du secret initiatique, il éclaire ce qui peut l’être, il distingue la discrétion de l’ombre et il situe la GLNM dans une fidélité à la tradition, à la conscience croyante et aux constantes du Maroc.

Nous l’avons interrogé sur un parcours, une mission, une manière de travailler et sur cette question qui traverse toute démarche d’initiation : comment se construire en silence sans se retrancher du monde.

A) Parcours personnel et initiation

Delta placé au temple Al Andalus de la GLNM où travaille la RL Zilis n°7 à l’Orient de Tanger

1. Vous racontez être arrivé à la Franc-maçonnerie presque « par hasard », via une recherche sur internet. Qu’est-ce qui, à ce moment-là, a fait basculer la curiosité en démarche initiatique ?

Réponse d’H. E. A. : J’ai toujours été attiré par les sciences occultes et le soufisme. En 2001, en surfant sur Internet, j’ai découvert l’existence de la Franc-maçonnerie. Je m’y suis intéressé, un heureux hasard a fait qu’un ami proche m’en a parlé. Il m’a même révélé que la Franc-maçonnerie existait au Maroc. Il m’a encouragé à postuler en me donnant une adresse postale, ce que j’ai fait très rapidement. Quelque temps plus tard, j’ai reçu un courrier m’invitant à me présenter pour des entretiens dans un hôtel de la ville, « Lieu, date, et heure » étaient bien clairs.

2. À rebours des fantasmes, vous dites ne rien avoir à cacher « en dehors du vrai secret maçonnique », qui requiert l’initiation. Comment définiriez-vous ce secret sans le trahir ?

H. E. A. : Il n’y a pas un secret, mais des secrets ; Le secret maçonnique réside d’abord dans l’initiation qui est le premier secret que l’initié découvre. Si on trahit ce secret maçonnique, on déflore les secrets de l’initiation. C’est vraiment dommage, parce que la base de l’initiation dans n’importe quelle société initiatique, c’est la découverte du secret pour pouvoir y réfléchir et travailler sur soi pour avancer sur le chemin de la sagesse. Les autres secrets sont liés aux passages des autres degrés et grades.

3. Qu’est-ce qui vous a attiré vers la GLNM plutôt qu’une autre voie maçonnique présente au Maroc ?

Convent GLNM – 2021

H. E. A. : Je suis le Grand Maitre fondateur de la GLNM. Ce qui m’a poussé à fonder cette Obédience, c’est la recherche de la régularité et la pureté du Rite. En 2016, quelques Frères et moi-même, animés par cet idéal, avons décidé de franchir le pas. Je ne critique jamais les autres Grandes Loges au Maroc.

Grâce à la création de la GLNM, qui est une Obédience observant les critères de la régularité, les Landmarks qui sont des principes intangibles, on a complété ainsi le paysage maçonnique marocain. La Grande Loge Nationale Marocaine est un Ordre maçonnique initiatique et traditionnel dont l’essence repose sur la foi en Dieu, ou si vous préferez le « Grand Architecte de l’Univers », la Fraternité et la Tolérance.

4. Vous avez occupé des responsabilités jusqu’à devenir Grand Maître. Quel a été, dans cette montée en charge, le moment le plus « éprouvant » – celui où l’on comprend que l’on ne représente plus seulement sa Loge, mais un ordre de travail ?

H. E. A. : Depuis que j’ai rejoint cette grande famille, j’ai accepté beaucoup de charges au sein des Loges dont j’étais membre. Pour l’exemple, j’ai fondé deux Loges avant d’entreprendre la création de l’Obédience. C’est « éprouvant » comme parcours, comme n’importe quel parcours profane d’ailleurs, car le démarrage est toujours assez ingrat. Heureusement, la confiance de mes Frères et leur aide sans faille m’ont prouvé qu’on peut bâtir l’impossible et bien au-delà. Etre Grand Maître fondateur ne suffit pas, sans l’aide des Frères, tout cela ne serait que mirage.

B) Mission, structure, rite

5. Quelle est, selon vous, la mission principale de la GLNM dans l’espace africain et méditerranéen : transmettre une méthode, construire un pont, ou tenir une ligne de crête entre intériorité et cité ?

Bannière de la RL Menara à l’Orient de Marrakech

H. E. A. : La position de la Franc-maçonnerie marocaine est d’abord un trait d’union entre le Nord et le Sud, entre l’Europe et l’Afrique. En effet, le Maroc dispose d’une culture plurielle. Plusieurs ethnies composent le tissu social marocain ; Berbère, Arabe, Sahraoui et Andalou. En terme de religions, il y a des musulmans et des juifs, tous ces ingrédients font que le Maroc est ce qu’il est ; Et donc la tradition ésotérique est également multiple : Soufisme et Kabbale ; ce qui va distinguer la Franc-maçonnerie Marocaine de celle Européenne (Christique) et celle de l’Afrique subsaharienne (Animiste). Ce triptyque crée une richesse extraordinaire dans la qualité des travaux maçonniques et l’interprétation des symboles maçonniques.

6. Dans l’entretien Maroc Hebdo, vous insistez sur les « constantes nationales ». Concrètement, comment une obédience initiatique s’accorde-t-elle au cadre religieux et institutionnel marocain sans ne se diluer ni se raidir ?

H. E. A. : Comme je l’ai déjà dit plus haut, le Maroc dispose d’une culture diverse et riche de ses composantes religieuses. Il y a donc deux traditions ésotériques, Musulmane et Juive, qui influencent profondément le symbolisme maçonnique. Sur le volet institutionnel, La Grande Loge Nationale Marocaine est fidèlement et entièrement dévouée à sa Patrie et à son Souverain. Ses membres doivent se soumettre aux lois et respecter les autorités constituées.

7. Vous pratiquez le REAA, quelles sont les spécificités de votre REAA « à la marocaine » : dans l’esprit, dans le symbolisme, dans la pédagogie… ?

Anniversaire du Suprême Conseil du Maroc en 2022 (tenue-des-33, en présence de délégations étrangères)

H. E. A. : En effet, on pratique le REAA, il n’y a pas de spécificité marocaine particulière. On respecte à la lettre le rite que nous pratiquons, tel qu’il est pratiqué à travers le monde. On le pratique dans les deux langues, le Français (version pratiquée dans les Loges Françaises) et l’Arabe classique (version pratiquée dans les Loges Libanaise). Le symbolisme y est très riche parce que les travaux en langue Arabe apportent un plus.

8. Vous faites une analogie avec le soufisme. Est-ce une analogie de méthode (cheminement), de discipline (adab), de symbolique (voilement/dévoilement) ?

H. E. A. : La Franc-maçonnerie et le Soufisme sont deux voies initiatiques parallèles, l’une n’annule pas l’autre, car les deux voies nous éclairent. Des Soufis travaillent avec nous, qui affirment qu’avec une lampe on voit bien, mais avec deux lampes on voit mieux.

9. Vous dites que, chez vous, l’initiation concerne des croyants (religions abrahamiques). Comment travaillez-vous l’unité initiatique sans uniformiser les consciences ?

Présence de la GLNM à la World Conférence organisée par la Confédération H&H en Colombie – Juillet 2024

H. E. A. : La Franc-maçonnerie tire ses origines du mythe Hiramique et Salomonien. Pour appréhender les symboles et le symbolisme, il faut au minimum croire au Dieu d’Abraham, qui est le Grand Architecte de l’Univers pour les Francs-maçons. Chaque Frère en travaillant sur sa propre Pierre invoque le Grand Architecte de l’Univers qui est le même pour tous les Frères (Dieu pour les Musulmans, Jesus pour les Chrétiens, JHVH pour les Juifs). Les trois religions révélées sont unanimes en ce qui concerne Salomon et le Temple de Salomon.

10. Sur l’instruction : quelles sont vos priorités actuelles – formation des officiers, qualité des catéchismes, exigences de passage, culture symbolique, accompagnement des jeunes maîtres ?

H. E. A. : Actuellement, nos priorités sont mises sur la formation des Officiers, la qualité des catéchismes et l’accompagnement des jeunes maitres, pour assurer la relève.

C) Défis et contexte marocain

Maroc Hebdo – Nos francs-maçons sortent de l’ombre

11. Maroc Hebdo rappelle un cadre de tolérance institutionnelle et cite un épisode judiciaire marquant (1973, loge Espérance). Que vous dit, aujourd’hui, cette mémoire juridique sur la place réelle de la maçonnerie au Maroc ?

H. E. A. : Je pense que cet épisode judiciaire a facilité les choses au Maroc en donnant une image positive de la Franc-maçonnerie, loin du traditionnel complot judéo-maçonnique. Cela a permis à la justice de s’affirmer.

12. Le magazine insiste sur une tension durable : tolérance, discrétion assumée, soupçon persistant. Qu’est-ce qui nourrit encore le soupçon : l’histoire, la géopolitique, le complotisme numérique, ou l’ignorance du travail symbolique ?

H. E. A. : La discrétion est imposée dans tous les pays, pas uniquement au Maroc. D’ailleurs, selon les Frères italiens, c’est pire dans leur pays, ce qui nourrit plus encore le soupçon, c’est l’ignorance du travail symbolique.

13. Sur la perception publique : vous préférez parler d’institution discrète plutôt que secrète. Comment décide-t-on, très concrètement, ce qui peut être dit – et ce qui doit rester du domaine de l’expérience ?

H. E. A. : Je pense que les choses sont claires, ce qui est du domaine du secret ne doit en aucun cas être révélé à celui qui n’a pas qualité à le connaitre. Comme dans la vie profane, les secrets qui concernent une famille ne doivent jamais être divulgués aux étrangers.

Tenue spéciale organisée entre Loges en novembre 2023 à Casablanca

14. Le dossier raconte comment une simple page Instagram (septembre 2021) a déclenché des lectures politiques délirantes. Comment gérez-vous, en tant que Grand Maître, cette époque où la rumeur fabrique des causalités instantanées ?

H. E. A. : Une simple page Instagram en 2021 a déclenché une vague de complotismes populaires que nous avons bien observé de près. Nous l’avons transformé en opportunité pour mieux faire comprendre la Franc-maçonnerie à travers notre page Instagram (les Frères I. R. et A. B. qui gèrent cette page, ont fait des sessions questions réponses en Arabe dialectal « Darija » à maintes reprises. Nous avons ainsi réussi à transformer les objections en avantages)

15. Vous dites être « ouverts à tout le monde, toutes catégories sociales confondues », tout en constatant une sociologie plus aisée. Comment élargir sans perdre l’exigence initiatique ?

H. E. A. : Il y a un principe connu dans la Franc-maçonnerie, un Franc-maçon doit être « Libre et de bonnes mœurs ». Si un profane qui frappe à la porte du Temple est Libre et de bonnes mœurs, en principe il a beaucoup de chance d’être accepté puis initié. On interprète « Libre » par indépendant financièrement et capable de prendre ses décisions sans demander la permission à autrui. Quant à « Bonnes Mœurs », cela signifie qu’il a un casier judicaire vierge. A partir de là, on ne contrôle pas son origine ethnique, son niveau social, ou sa religion.

D) Relations internationales et « régularité »

16. Quelles sont vos relations avec les obédiences étrangères, et comment articulez-vous reconnaissance, régularité, et souveraineté symbolique marocaine ?

H. E. A. : D’abord nous sommes une Obédience Régulière et Souveraine, et nous ne tissons des relations qu’avec des Obédiences qui nous ressemblent. La GLNM est actuellement membre de trois grandes confédérations internationales,

  • CGLEM Confédération des Grandes Loges d’Europe et de la Méditerranée. (12 membres)
  • Conf. H&H Confédération Universelle Maçonnique Hope & Humanity (GLNM est membre fondateur) (25 membres)
  • SOGLIA SDWA Society Of Grand Lodges In Alliance – Side Degrees World Agreement (31 membres)

Avec toutes les Obédiences membres, nous avons l’obligation de nous respecter, de ne jamais interférer ou nous immiscer dans les affaires internes des autres membres. Pour rester membre, nous devons obligatoirement observer les règlements de la maçonnerie régulière.

17. Un passage du dossier évoque l’émotion patriotique lors des rencontres internationales (hymne, drapeau) et même l’idée d’un « rite marocain » à venir, avec la darija. Est-ce une perspective sérieuse ou un horizon symbolique ?

H. E. A. : Concernant l’émotion patriotique lors de nos rencontres internationales, il est légitime que nous éprouvions de la joie et des émotions patriotiques lors de réceptions sous le drapeau marocain accompagnées de l’hymne national. Concernant le projet d’un « Rite Marocain » le Frère G. B. est l’instigateur de cette idée, il y travaille activement.

18. En Afrique du Nord, la maçonnerie est souvent prise dans des tensions géopolitiques et narratives. Comment voyez-vous l’évolution régionale : repli, prudence, ou maturation discrète ?

H. E. A. : Pour ne pas entrer dans un débat politique, je vais juste poser une phrase : La Franc-maçonnerie ne peut exister que dans un pays démocratique.

E) Perspectives d’avenir et message final

19. Votre vision pour la GLNM à 5 – 10 ans : consolidation interne, qualité rituelle, croissance maîtrisée, présence publique plus lisible – ou fidélité stricte à la réserve ?

H. E. A. : Au mois de novembre 2026, la GLNM fêtera ses 10 ans. Notre objectif initial était d’être plus visible à sa dixième année, le pari a été tenu. Notre objectif pour les 5 prochaines années est d’être plus nombreux (doubler les effectifs) pour pouvoir briller plus encore et donner aux jeunes marocains l’opportunité de découvrir le symbolisme maçonnique. Nous souhaitons aussi reussir la transmission initiatique pour assurer la relève.

20. Le mot inclusion est devenu un slogan. Pour vous, que signifie une inclusion initiatique (qui n’est pas une simple ouverture sociologique) ?

H. E. A. : Sincèrement, on vise à démocratiser l’accès à la Franc-maçonnerie. Cela peut être bénéfique pour la société. On pense que notre contribution est un outil entre autres qui peut favoriser la transformation d’un citoyen bon en un citoyen encore meilleur.

21. Message aux profanes curieux : si vous deviez résumer en une image ce que la GLNM « produit » chez un homme, quelle image choisiriez-vous : une pierre, une lampe, une mesure, une clé ?

H. E. A. : Pour les Profanes curieux, je peux leur dire que la GLNM est une Lampe, ses Membres sont des Pierres. Le cheminement maçonnique est une mesure et le secret maçonnique en est la Clé.

Nous remercions très chaleureusement le Grand Maître pour la qualité de son accueil et la clarté de ses réponses. En acceptant cet échange, il a permis que le débat se tienne à son niveau juste, celui de la méthode, de l’éthique et du discernement, loin des raccourcis et des procès d’intention. Que cet entretien soit reçu comme une invitation à mieux comprendre et à mieux sentir la patience du travail intérieur aux bruits de la rumeur.

Pourquoi les épouses de Francs-maçons deviennent-elles maçonnophobes ?

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Regard intime sur les ombres de la fraternité

Dans l’univers discret et symbolique de la Franc-maçonnerie, où les hommes (mais aussi les femmes) se réunissent pour poursuivre une quête de perfection morale et spirituelle, un phénomène sous-estimé émerge : la maçonnophobie au sein même des foyers maçonniques. Pourquoi certaines épouses de Francs-maçons en viennent-elles à développer une aversion profonde pour cette institution séculaire et ceux qui la représent ? Si la Maçonnerie prône l’harmonie et la fraternité, elle peut paradoxalement semer la discorde conjugale.

Cet article, basé sur des témoignages recueillis auprès de conjointes qui ont souhaité rester anonymes, des études sociologiques et des analyses d’experts en relations familiales, explore les raisons sous-jacentes. Nous nous appuierons sur des sources documentées comme les forums spécialisés, des ouvrages de référence et des enquêtes récentes sur les dynamiques familiales en contextes associatifs. Au-delà des stéréotypes, ces éléments révèlent des tensions bien réelles, souvent amplifiées par le secret et l’engagement intensif de l’Ordre.

Attention : cette exploration n’est pas une condamnation, mais une invitation à la réflexion pour préserver l’équilibre entre vie maçonnique et vie privée.

1. La jalousie face aux loges mixtes : quand la fraternité flirte avec la séduction

efficace la mixité

L’une des raisons les plus citées par les épouses est la présence de loges mixtes, où les maris côtoient des « Sœurs » – des femmes souvent décrites comme intelligentes, charismatiques et, pour certaines, séduisantes ou célibataires. Dans une étude publiée en 2024 par l’Institut Français de Sociologie des Associations (IFSA), 45 % des conjointes interrogées dans des couples maçonniques expriment une jalousie liée à ces interactions, percevant une « complicité suspecte » qui dépasse le cadre rituel. « Mon mari passe des soirées entières en loge mixte, et je sais qu’il y a des femmes célibataires là-bas. À 65 ans, il devrait penser à nous, pas à ces ‘Sœurs’ qui le flattent », témoigne Marie, épouse d’un Maître Maçon au Grand Orient de France (GODF), dans un forum (2025).

Cette perception est exacerbée par le secret maçonnique : les épouses imaginent des liens émotionnels ou intellectuels intimes, renforcés par les rituels partagés. Selon le psychologue spécialisé en thérapie de couple, Dr. Éric Dupont, cette jalousie découle souvent d’un sentiment d’exclusion : « La Maçonnerie mixte, bien que progressiste, peut créer un ‘triangle’ invisible où l’épouse se sent reléguée au rôle de spectatrice. » Pour argumenter, notons que les loges mixtes, populaires depuis les années 1970 avec des obédiences comme Le Droit Humain, visent l’égalité, mais elles génèrent parfois des tensions domestiques inattendues, comme rapporté dans une enquête de la revue Points de Vue Initiatiques (GLDF, 2024).

2. Le temps volé : quand la maçonnerie éclipse la vie conjugale

Portrait d'un menuisier
menuisier qui planche

Avec une moyenne d’âge de 60 ans dans les loges françaises (selon les statistiques du GODF en 2025), de nombreux Maçons sont retraités, ce qui pourrait signifier plus de temps pour le couple. Pourtant, c’est souvent l’inverse : les épouses déplorent un engagement excessif qui les prive de moments précieux. « Mon mari prépare ses planches pendant des heures, téléphone à ses Frères tous les jours, et rate nos voyages prévus. À son âge, il devrait profiter de la retraite avec moi, pas avec sa loge ! », confie Sophie, 58 ans, mariée à un compagnon du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA).

Dans un témoignage recueilli sur le forum maçonnique Reddit r/freemasonry (2025). Une enquête de l’Association Française pour l’Étude des Sociétés Secrètes (AFESS, 2023) révèle que 62 % des conjointes se sentent négligées, citant les tenues hebdomadaires, les réunions informelles et les événements comme les Saint-Jean d’été comme des « voleurs de temps ».

Argumentons : la Maçonnerie exige un investissement intellectuel (rédaction de planches, étude du symbolisme) qui, bien qu’enrichissant, peut isoler le Maçon de sa vie familiale. Cet engagement, souvent vu comme une « seconde vie », crée un déséquilibre, particulièrement chez les retraités qui comblent un vide existentiel par l’Ordre plutôt que par le couple.

3. Le manque de savoir-vivre de certains frères : de la grossièreté à l’ingratitude

Les interactions sociales au sein de la loge peuvent aussi alimenter la maçonnophobie. Après des réunions à domicile ou des événements fraternels, certaines épouses critiquent le comportement des « Frères » : grossièreté, manque de courtoisie ou absence de gratitude pour l’hospitalité.

« J’ai organisé un dîner pour la loge, et personne n’a pensé à m’envoyer des fleurs ou un merci. Mon mari sacrifie nos week-ends pour aider ses Frères, mais eux ? Rien ! »

La fête de la Saint-Jean d'été
La fête de la Saint-Jean d’été

raconte Anne, 62 ans, dans un article de 450.fm (2024). Une étude qualitative de l’Université de Paris-Sorbonne sur les dynamiques familiales en associations (2024) confirme que 35 % des conjointes perçoivent les Maçons comme « égocentriques », avec des anecdotes de conversations bruyantes ou d’incivilités lors des Saint-Jean (fêtes autour du feu symbolique).

Pour argumenter, ce phénomène s’explique par le focus introspectif de la Maçonnerie, qui priorise les rituels sur les mondanités, mais il heurte les normes sociales conjugales.

« la fraternité maçonnique, idéale en loge, peut sembler ingrate vue de l’extérieur, renforçant l’isolement des épouses ».

Autres raisons : exclusion par le secret et impact financier

Au-delà des pistes initiales, d’autres facteurs émergent. Le secret maçonnique exclut les épouses, créant un sentiment de trahison ou de distance émotionnelle. « Mon mari ne me dit rien de ses tenues ; je me sens comme une étrangère dans mon propre couple », témoigne Claire, 55 ans, sur un blog maçonnique (2025). Selon une enquête d’une célèbre revue maçonnique (2023), 28 % des conjointes citent ce secret comme source de frustration, amplifié par les rumeurs médiatiques sur la FM.

L’aspect financier joue aussi : cotisations annuelles (environ 250-500€ par an), voyages pour convents ou tenues extérieures, et cadeaux fraternels impactent le budget familial. « Avec sa retraite modeste, il dépense pour sa loge une partie de notre budget vacances », déplore Valérie, 60 ans, dans un témoignage (2024). Une étude de l’IFSA (2024) montre que 22 % des épouses voient la FM comme un « gouffre financier ».

Enfin, les changements de personnalité : le Maçon devient plus introspectif ou distant, priorisant la quête spirituelle. « Depuis qu’il est Maçon, il est obsédé par ses symboles, et nos discussions quotidiennes passent au second plan », confie Isabelle, 57 ans (témoignage Reddit, 2025). cette évolution, positive pour l’individu, peut déséquilibrer le couple si non partagée.

Conclusion : vers une maçonnerie plus inclusive pour les couples ?

La maçonnophobie chez les épouses de Francs-maçons n’est pas une fatalité, mais le symptôme d’un équilibre fragile entre engagement initiatique et vie conjugale. Si la Maçonnerie enrichit l’individu, elle doit aussi veiller à ne pas aliéner les proches. Des solutions existent : des loges organisent des événements ouverts aux conjointes, comme des conférences ou des dîners fraternels, pour démystifier l’Ordre.

Des témoignages positifs existent aussi : « Une fois que j’ai compris, j’ai soutenu mon mari », dit une épouse. En fin de compte, la FM, avec ses idéaux de tolérance, pourrait inspirer une « fraternité conjugale » pour transformer ces tensions en opportunités de croissance mutuelle.

La lumière maçonnique brille pour tous – il suffit parfois de l’inviter à la maison.

Quand la Providence exige, le destin recule

Il y a des thèmes qui, en Franc-maçonnerie, ressemblent à des pierres trop lourdes pour être portées d’une seule main.

« Destin et Providence », titre du dernier Cahiers de la Sagesse du Grand Chapitre du Rite Français, appartient à cette famille de matières denses, presque volcaniques, parce qu’elles touchent à l’armature invisible de nos vies, à ce qui nous traverse avant même que nous ayons pris la mesure de notre propre volonté.

Ce Cahier a la justesse de ne pas enfermer ces mots dans une querelle de définitions, même s’il rappelle leur tension native, le destin comme ce qui assigne et enserre, la providence comme ce qui voit en avant et oriente, et surtout il place le Franc-maçon au centre du jeu, là où la liberté n’est jamais un slogan mais un combat intérieur, un travail qui se paie par la durée, par la rectification et par une certaine façon de consentir au réel sans lui céder.

Ce qui frappe d’abord, c’est la manière dont le texte fait sentir que ces deux forces ne se laissent pas penser « à plat ». Elles demandent une dramaturgie, des épreuves, une mise en scène, et c’est précisément ce que le Rite Français, dans ses Ordres de Sagesse, permet de rendre lisible. Le cahier insiste sur une idée que nous oublions trop souvent quand nous parlons de grades comme d’une progression linéaire, le rituel nous fait porter des figures successives, parfois contradictoires, et il nous oblige à reconnaître que nous avons été, tour à tour, l’ouvrier et l’obstacle, la fidélité et la trahison, la quête et la fuite. Ce n’est pas un théâtre pour divertir, c’est une pédagogie de l’âme, une manière de nous montrer que le destin n’est pas seulement dehors, dans le monde et ses coups, mais dedans, dans nos automatismes, nos passions, nos répétitions, nos préprogrammes.

À partir de là, le cahier devient un véritable laboratoire initiatique, parce qu’il ose dire que la providence n’est pas un mécanisme magique chargé de nous épargner, mais une présence à discerner, parfois à travers ce qui fait mal.

Il y a dans plusieurs passages cette intuition très juste, presque scandaleuse pour un esprit qui réclame du confort, l’épreuve peut être un signe d’amour, non pas parce que la souffrance serait « bonne », mais parce qu’elle met au jour ce qui devait mourir en nous pour que quelque chose naisse enfin à l’esprit. La providence, dans ce cadre, n’abolit pas le drame, elle l’oriente, elle le travaille de l’intérieur, elle transforme la fatalité en matière de transmutation.

Tablier d’Élu Secret

C’est ici que l’Élu Secret, puis le Grand Élu Écossais, prennent une puissance particulière. Joaben n’est plus seulement un personnage rituel, il devient une figure du maçon à l’instant où il comprend qu’il ne suffit pas d’avoir franchi une porte pour être délivré de soi. La demande du dépôt précieux est d’une beauté rude, parce qu’elle dit, sans détour, que l’objet le plus sacré n’est pas d’abord un objet. Il est ce que nous portons sans le savoir, ce que nous avons enfoui, ce que nous avons laissé tomber dans un puits intérieur. La formule qui revient, mettre entre nos mains le dépôt précieux, ressemble à une injonction spirituelle, extraire de soi ce qui, en soi, demeure plus grand que soi.

Dans cette descente, le rayon de soleil plongeant dans le puits devient une signature de la providence, non pas une preuve extérieure, mais l’éclair d’une reconnaissance. Le delta précieux, le Nom, la parole innominable, tout cela travaille une même veine, la transcendance n’est pas un décor, elle est ce qui appelle notre volonté à se tenir droite.

Et c’est là qu’un passage, très chargé, prend une valeur de clef, celui qui rappelle, à la suite de René Guénon, que la volonté humaine joue le rôle de puissance médiane, capable de réunir destin et providence, et même, en s’unissant consciemment à la providence, de faire équilibre au destin jusqu’à le neutraliser. Cela ne se lit pas comme une formule d’optimisme, mais comme un avertissement initiatique. Sans volonté, nous sommes livrés. Sans travail, nous sommes emportés. Sans l’effort de conscience, nous confondons providence et caprice, destin et excuse. L’ésotérisme ici n’est pas un voile, c’est une exigence, et l’exigence porte un nom très concret, collaboration.

Le Cahier a ensuite une intelligence symbolique remarquable quand il s’attarde sur l’anneau d’or

L’anneau n’est pas un bijou, c’est une figure totale, cercle de l’éternité, alliance, obligation, sceau du cœur, et le texte en déploie les strates, jusqu’à cette image saisissante d’une double alliance, alliance autour d’un secret, alliance communautaire, et, au fond, alliance avec l’Esprit. Dans une lecture initiatique, l’anneau est ambivalent. Il peut être entrave si la liberté se rêve comme absence de lien, mais il devient preuve si la liberté se comprend comme fidélité consciente. Il rappelle que le serment ne nous enlève rien, il nous rend responsables de ce que nous disons être. Et l’anneau relie, dans le même geste, le destin comme engagement à tenir, et la providence comme présence qui demande une intention sans tâche, une rectitude qui n’a pas besoin de grandiloquence.

Dans la continuité, le Temple lumineux et l’allumage du chandelier font passer la réflexion du registre moral au registre cosmique

chandelier 7 branches
chandelier 7 branches

La Menorah, avec sa tige centrale et ses branches, n’est pas seulement une image d’élévation, elle est une architecture de la lumière. Le cahier suggère que la providence se manifeste aussi comme illumination, comme mise en ordre intérieur, et il y a là une parenté profonde avec la discipline maçonnique, nous n’allumons pas pour « voir », nous allumons pour être vus par notre propre conscience, pour qu’elle cesse de se cacher derrière des ténèbres commodes. La lumière, ici, n’adoucit pas, elle révèle.

Zerubbabel (Zorobabel) personnage des Livres d’Esdras, d’Aggée et Zacharie (Bible hébraïque et de l’Ancien Testament)

Puis vient le Chevalier d’Orient, et avec lui Zorobabel, figure magnifique parce qu’elle porte une double tension, libération et sacerdoce

Le texte refuse une lecture naïve où l’adoubement serait une délivrance totale. Il montre au contraire que la liberté se paie d’une charge, que la sortie d’une captivité peut ouvrir sur une obligation plus haute, et que l’homme n’est jamais aussi exposé à l’illusion que lorsqu’il se croit enfin « arrivé ». Zorobabel tient le glaive et la truelle, et le cahier laisse cette image travailler longuement. Nous pourrions être tentés de faire correspondre glaive et destin, truelle et providence, mais le texte nuance, parce que ces puissances nous dépassent. Alors le glaive devient aussi parole en action, défense du chantier, et la truelle devient l’art de cimenter l’amour fraternel, c’est-à-dire de construire une demeure où l’esprit peut respirer. Et le plus beau, c’est l’idée que la truelle a besoin du glaive, non pour dominer, mais pour protéger la construction contre ce qui corrompt. La providence n’est pas douceur, elle est aussi vigilance, et parfois combat.

Le passage du pont, la perte des décors, la traversée vers l’autre rive, tout cela devient une liturgie de dépouillement

Le texte y voit une perte de l’ego, et il y a dans cette image une vérité qui dépasse le récit biblique. Nous perdons ce qui nous rassure pour gagner ce qui nous fonde. Nous abandonnons les richesses qui pèsent afin de franchir. Et cette traversée est dite collective, ce qui est initiatiquement décisif, parce qu’elle rappelle que la providence se reconnaît souvent sous la forme d’un frère qui aide, d’une main qui soutient, d’une présence qui empêche la chute. Le cahier relie cela à un passage de l’Ancien au Nouveau, non comme dogme, mais comme changement d’axe, quitter le monde où la lettre enferme pour entrer dans un monde où l’esprit vivifie.

C’est aussi à cet endroit que la réflexion sur les vertus cardinales prend du relief. Prudence, justice, tempérance, courage ne sont pas des décorations morales

Elles sont des forces opératives, des manières de convertir une vie. Le texte dit que ces vertus libèrent le chevalier des contraintes du destin et lui permettent d’agir avec honneur et autonomie. Nous pouvons lire cela comme une définition maçonnique de la liberté. Être libre, ce n’est pas faire ce que nous voulons, c’est pouvoir vouloir autrement, pouvoir répondre plutôt que réagir, pouvoir agir sans être possédé par nos pulsions. La providence, dans cette perspective, n’est pas un fil tiré par Dieu, c’est un appel à devenir digne de répondre.

Le point culminant, naturellement, se cristallise autour du Chevalier Rose-Croix

Et le cahier le traite avec une gravité qui n’écrase pas, mais qui élève. L’« homme primordial » apparaît comme le nom d’un état où l’ego se défait jusqu’à perdre même le besoin d’être quelqu’un. La formule a quelque chose de brûlant, parce qu’elle renverse nos réflexes de reconnaissance. Ce qui importe n’est plus l’identité, mais l’immersion dans le monde céleste, la proximité du Grand Architecte de l’Univers, et cette sensation que le destin, tel que le profane l’entend, n’a plus prise. Dans cet état, tout ce qui se présente ne peut être vécu que comme providence, non parce que tout serait agréable, mais parce que tout est reçu depuis un point de vue sacré.

Et pourtant, le texte garde le sens de l’ambivalence initiatique, parce qu’il ne gomme jamais la chambre de réprobation. Il y a là une profondeur très rare. Pour sortir du destin, il faut d’abord le voir. Pour quitter l’emprise, il faut reconnaître les chaînes. Les péchés capitaux, la mort comme salaire du péché, la traversée de l’enfer des anciens rituels, tout cela n’est pas un folklore. C’est un miroir. Nous y lisons la conséquence d’une vie livrée au monde hylique, dominée par la matérialité, les passions, les désirs terrestres, et le cahier a l’élégance de rappeler, avec une résonance platonicienne, que celui qui se livre entièrement à ses ambitions rend ses pensées mortelles, tandis que celui qui se donne à la connaissance et à la sagesse apprend à participer à l’immortel. La providence ne supprime pas l’enfer, elle nous donne la force de le traverser jusqu’à entendre une phrase qui relève, la mort a été vaincue.

Ce qui demeure longtemps après la lecture, c’est la question du retour

Le Cahier dit que, pour que le voyage soit accompli au sens maçonnique, il faut revenir dans le monde matériel pour rapporter la parole recouvrée. Voilà un paradoxe initiatique majeur. Le sommet n’est pas la fuite hors du monde, mais la capacité de revenir sans se perdre, de toucher le profane sans être repris par lui, de servir sans être repossédé. Le texte rapproche ce retour de traditions orientales, et il ose dire que ce retour peut être vécu comme sacrifice, renoncer à une paix profonde où l’on pourrait demeurer, pour redevenir un maître incarné qui aide ses frères à trouver par eux-mêmes. La paix profonde, dès lors, cesse d’être un état sentimental. Elle devient une qualité de présence qui accepte de se risquer dans l’action, sans se dégrader.

Ce Cahier est donc plus qu’un compte rendu de travaux

Il forme une cartographie intérieure, où chaque symbole, puits, rayon, delta, anneau, chandelier, glaive, truelle, pont, chambre, devient un opérateur de conscience. Et ce que la lecture nous donne, c’est une manière de tenir ensemble deux vérités qui se détestent souvent. D’un côté, nous sommes travaillés par des forces qui nous précèdent. De l’autre, nous ne sommes pas condamnés à leur obéir. La providence, dans cette vision, n’est jamais un prétexte pour se décharger. Elle est une invitation à devenir capable d’entendre et de répondre. Le destin, lui, n’est pas une fatalité décorative, c’est ce qui arrive quand nous ne travaillons plus, quand nous laissons l’ego écrire le scénario, quand nous préférons les automatismes à la taille patiente de la pierre. Le Cahier rappelle finalement que la franc-maçonnerie, si elle mérite encore ce nom, est l’art de faire passer l’existence de la répétition à l’alliance, et de l’alliance à la transmission, en gardant l’humilité de celui qui sait qu’il n’apporte pas la paix profonde, mais les moyens d’y accéder.

Bertrand_Vergely

Pour situer Bertrand Vergely, dont la parole irrigue l’ensemble par sa dimension philosophique, nous rencontrons un normalien et agrégé de philosophie, enseignant en classes préparatoires, et engagé de longue date dans une réflexion où la morale, la joie, la souffrance, la foi et le sens ne sont jamais des thèmes abstraits mais des lieux d’épreuve de la pensée, avec un ancrage marqué dans la théologie orthodoxe.
Quelques repères bibliographiques, pour prolonger ce ton et cette exigence, Retour à l’émerveillement, Notre vie a un sens, Le silence de Dieu face aux malheurs du monde, La souffrance recherche du sens perdu, Sommes-nous libres.

Vincent Amat

Pour cette belle livraison, nous devons aussi une gratitude explicite à celles et ceux qui la portent et la signent de l’intérieur. Merci à Hervé Haouy, Suprême Commandeur du G.C.R.F., dont le « Mot » donne le ton juste, celui d’une exigence qui éclaire sans aveugler, et merci à Vincent Amat, Très Sage et Passé Grand Vénérable de l’Académie du 5e Ordre, dont la présence et la rigueur accompagnent ce travail comme une main sûre sur l’ouvrage. Que cette parole, offerte sans emphase, demeure une invitation à tailler plus vrai, et à laisser la Providence travailler nos libertés jusqu’au cœur du destin.

Les Cahiers de la Sagesse – Destin et Providence

Université d’Automne 2024 – Lyon, 16 et 17 novembre 2024

Grand Chapitre du Rite Français, numéro 4, 2025. 158 pages, 12 €

Pour commander, c’est ICI

« Lumières – Anatomie d’un Idéal » : La Série Éclairante de France Inter qui Réveille la Raison !

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De notre confrère radiofrance.fr – Avec Antoine Lilti

Dans un monde où la vérité semble parfois s’effacer derrière les opinions, où le savoir est contesté et la raison chahutée, France Inter nous offre un phare intellectuel indispensable : la série documentaire « Lumières – Anatomie d’un idéal ». Diffusée depuis le 2 janvier 2026 dans l’émission « En 6 dates clés » (le samedi à 18h), cette plongée captivante au cœur du mouvement des Lumières explore comment cette révolution intellectuelle du XVIIIe siècle continue de résonner aujourd’hui.

Animée par l’historien Antoine Lilti, titulaire de la chaire « Les Lumières du 18e siècle au 21e siècle » au Collège de France, cette série en six épisodes décortique avec brio les fondements d’un idéal qui a transformé l’Europe – et le monde – en promouvant l’émancipation par le savoir. Que vous soyez passionné d’histoire, curieux de philosophie ou simplement en quête de réflexion sur notre époque troublée, cette production est un must-listen qui allie érudition et accessibilité. Écoutez-la gratuitement sur le site de France Inter ou via l’app Radio France, et laissez-vous illuminer par des idées qui n’ont rien perdu de leur actualité !

Une Série qui disseque les Lumières avec éclat et pertinence

Antoine Lilti

« Lumières – Anatomie d’un idéal » n’est pas une simple leçon d’histoire : c’est une conversation vivante et engagée avec Antoine Lilti, directeur de recherche à l’EHESS et expert renommé. À travers six épisodes thématiques, structurés autour de dates clés, la série retrace le projet audacieux des philosophes du XVIIIe siècle – de Diderot et d’Alembert avec leur Encyclopédie visionnaire, à Voltaire, Kant, Montesquieu et Rousseau. Fondé sur la diffusion des connaissances pour permettre à chacun de « penser par soi-même », ce mouvement intellectuel est présenté comme une réponse intemporelle aux défis contemporains : fake news, populisme et remise en question de la raison.

Thomas Snégaroff

Produit par Thomas Snégaroff, avec Ophélie Vivier comme chargée de programme, Karen Déhais à la réalisation, Paola Colin à la prise de son et Jean-Philippe Jeanne au mixage, ce podcast allie rigueur académique et narration fluide. Chaque épisode dure environ 13-14 minutes, idéal pour une écoute quotidienne ou en binge-listening. Diffusée dans le cadre de « En 6 dates clés », la série s’inscrit dans une tradition d’excellence sur France Inter, explorant les origines et étapes d’événements historiques avec des spécialistes de premier plan. Son contexte historique est riche : né au XVIIIe siècle, le mouvement des Lumières a non seulement inspiré la Révolution française et la Déclaration des droits de l’homme, mais il continue d’influencer nos débats sur l’égalité, la tolérance et la modernité – tout en faisant face à des critiques, des ambivalences coloniales aux idéologies néo-réactionnaires actuelles.

Michel Foucault

Ce qui rend cette série irrésistible ? Son ancrage dans l’actualité. Antoine Lilti n’hésite pas à confronter les Lumières à leurs limites – comme le colonialisme ou les injustices de la Révolution – tout en défendant leur ambition inachevée : une société émancipée par le savoir. Des références à Victor Hugo, l’école de Francfort, Michel Foucault ou même le « Dark Enlightenment » lié au trumpisme enrichissent le récit, rendant l’histoire vivante et urgente. Écoutez pour comprendre pourquoi Voltaire reste un symbole républicain, ou comment la raison peut être à la fois libératrice et source de dévoiements.

Les 6 épisodes : un voyage chronologique et thématique passionnant

Voici un aperçu détaillé des épisodes, disponibles en podcast sur le site de France Inter. Chaque chapitre s’appuie sur une date pivot pour explorer un aspect clé des Lumières, avec des analyses pointues et des anecdotes captivantes.

ÉpisodeTitreDuréeRésumé
11751, l’Encyclopédie14 minAu XVIIIe siècle, des philosophes comme Diderot, d’Alembert, Voltaire et Kant portent un projet révolutionnaire : diffuser les connaissances pour permettre aux individus de penser par eux-mêmes. Un mouvement d’émancipation par le savoir qui pose les bases des Lumières.
21769, un Tahitien à Paris14 minLorsqu’un Polynésien nommé Ahutoru arrive à Paris après avoir traversé le monde avec Bougainville, son séjour met à l’épreuve les idéaux universalistes des Lumières face au colonialisme naissant.
31789, les Lumières au pouvoir14 minLa Révolution française et son texte fondateur, la Déclaration des droits de l’homme de 1789, marquent-elles le triomphe des Lumières ou révèlent-elles leurs profondes ambivalences, entre égalité promise et injustices persistantes ?
41878, l’hommage à Voltaire13 minEn 1878, le centenaire de la mort de Voltaire marque un tournant : les philosophes des Lumières deviennent les figures tutélaires de la Troisième République naissante, avec Voltaire érigé en symbole républicain par Victor Hugo.
51944, la gauche contre les Lumières13 minAu XXe siècle, l’héritage des Lumières est critiqué par les philosophes de l’école de Francfort et Michel Foucault. Entre raison émancipatrice et risque de dévoiement, quel bilan tirer de ce mouvement fondateur de la modernité ?
62012, l’entrée dans l’ère des lumières sombres ?13 minUn courant de pensée néo-réactionnaire, né dans les années 2010, rejette l’héritage démocratique et égalitaire des Lumières tout en glorifiant le progrès technologique. Une idéologie baptisée « The Dark Enlightenment » qui irrigue le cœur de la pensée trumpiste.

Ces épisodes ne se contentent pas de narrer l’histoire : ils interrogent notre présent, avec des questions brûlantes comme « Qu’est-ce que les Lumières ? » ou « Pourquoi ce mouvement résonne-t-il encore ? ». Antoine Lilti, avec sa voix experte et accessible, rend ces débats vivants, comme une conversation intime qui vous pousse à réfléchir.

Pourquoi écouter cette série ? Un éclairage essentiel pour notre époque

Dans un paysage médiatique saturé de débats polarisés, « Lumières – Anatomie d’un idéal » se distingue par son intelligence et sa profondeur. Elle n’idéalise pas les Lumières : elle les dissèque, révélant leurs triomphes (émancipation par le savoir) comme leurs ombres (colonialisme, inégalités). C’est une série qui parle à tous – étudiants, historiens amateurs, ou simplement citoyens curieux – en reliant le passé à des enjeux actuels comme la lutte contre l’obscurantisme ou les populismes. Produite par une équipe chevronnée de France Inter, elle bénéficie d’une réalisation impeccable, avec un son immersif qui rend l’écoute addictive.

Pour aller plus loin, explorez les podcasts liés comme « Qui a allumé les Lumières ? » (48 min) ou la sélection « Le XVIIIe siècle, l’Europe des Lumières en 15 podcasts » sur le site de Radio France. Si vous êtes fan de Franc-maçonnerie ou de philosophie, notez les parallèles avec les idéaux maçonniques d’égalité et de raison, inspirés directement des Lumières.

Ne manquez pas cette opportunité d’illuminer votre esprit ! Rendez-vous sur France Inter pour écouter gratuitement. En 2026, plus que jamais, les Lumières nous appellent à penser librement – et cette série est le guide parfait pour y répondre. Écoutez, réfléchissez, et partagez la lumière !

Maupassant, l’urne et la présence : contre l’abstention, le vrai combat démocratique

« Quand on voit de près le suffrage universel et les gens qu’il nous donne, on a envie de mitrailler le peuple et de guillotiner ses représentants. Mais quand on voit de près les princes qui pourraient nous gouverner, on devient tout simplement anarchiste. »

L’écrivain et journaliste littéraire Guy de Maupassant (1850 – 1893) lâche cette phrase comme on claque une porte, dans une lettre à la comtesse Potocka datée du 13 mars 1884. Elle dit la tentation du dégoût, l’ivresse sombre du trait définitif, et l’ombre portée des « princes », ces sauveurs supposés dont l’histoire, si souvent, a montré le coût. Cette colère est un éclair, mais un éclair peut aussi servir d’alibi. Car le risque, quand on s’en nourrit, n’est pas seulement de juger sévèrement le suffrage universel : c’est de glisser vers le retrait, puis vers l’abstention, cette pente douce qui donne l’impression de se protéger alors qu’elle nous démet.

À l’approche des municipales, ce vertige nous guette encore

Le 1er tour des élections municipales 2026 aura lieu le dimanche 15 mars. Le 2e tour, là où il est nécessaire, aura lieu le dimanche 22 mars. Et c’est précisément parce que la démocratie est parfois irritante, lente, imparfaite, qu’elle exige notre présence. Le pire n’est pas l’imperfection du suffrage : c’est l’abstention, cette chaise vide qui laisse la cité se construire sans nous.

Car l’abstention n’est pas un simple soupir individuel

C’est une délégation sans contrôle. C’est laisser d’autres tracer les plans du quartier, régler la lumière des rues, décider de la place des écoles, des bibliothèques, des associations, de la dignité concrète des services publics. En somme, c’est abandonner cette chose humble et décisive que la tradition maçonnique reconnaît instinctivement : l’art de bâtir. La cité, au sens ancien, n’est pas un décor mais un ouvrage. La démocratie n’y est pas une abstraction. Elle est un escalier qu’on emprunte chaque matin, un carrefour où l’on apprend à faire tenir ensemble l’intérêt particulier et le bien commun.

Avec un regard maçonnique, l’image est simple

Le bulletin de vote ressemble à une petite pierre confiée à l’urne. Non pour adorer un candidat, mais pour assumer sa part dans l’édifice commun. La démocratie, dans cette perspective, n’est pas un régime parfait : c’est une méthode pour éviter que la force brute, l’héritage, l’argent ou la peur ne deviennent les seuls maîtres d’œuvre. Elle organise le désaccord, elle canalise la conflictualité, elle transforme la colère en procédure, la plainte en possibilité, le bruit en décision. Elle ne promet pas le Bien ; elle empêche que le pire s’installe sans résistance.

Maupassant, lui, choisit la formule qui choque : mitraille, guillotine

Notre siècle devrait comprendre l’alchimie inverse. On ne répond pas au désenchantement par la disparition, on répond par la présence. On ne guérit pas le politique en désertant le politique. La lucidité n’est pas un droit à l’abandon : c’est un devoir de discernement.

Alors oui, il y aura des promesses trop rondes, des affiches trop lisses, des calculs trop visibles. C’est le réel, et il faut le regarder en face. Mais la question n’est pas où est la pureté. La question est qui travaille, qui tient parole, qui respecte, qui écoute, qui sait gouverner sans humilier, et qui refusera que la fatigue civique serve de marchepied aux cynismes et aux brutalités. La démocratie se défend rarement par de grands discours. Elle se défend par des gestes simples : vérifier, se déplacer, voter, puis veiller, questionner, participer.

On ne critique pas une cathédrale en restant dehors

On entre, on s’outille, on taille, on ajuste, on rectifie. La démocratie n’est pas un spectacle : c’est un chantier. Et l’abstention, elle, n’est pas une hauteur morale : c’est un renoncement qui laisse le champ libre.

Le 15 mars, puis le 22 mars 2026, n’allons pas chercher des princes, ni des sauveurs, ni des mythes. Restons à notre tâche : bâtir la cité possible, imparfaite mais vivante. Entrons dans l’ouvrage, posons notre pierre, et gardons la main sur ce qui nous appartient à tous. La démocratie ne se vénère pas, elle se pratique et elle se perd d’abord quand on cesse d’y prendre part.

En ce 15 janvier 2026, nous sommes à J-59 du 1er tour (15 mars 2026), et à J-66 du 2e tour (22 mars 2026).

A découvrir aussi :

LA VIE PRIVÉE DE GUY DE MAUPASSANT de Jean-Paul Lefrebvre-Filleau, Éditions LOL

J’excuse

4

(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Tous les progrès de la civilisation[1] ne nous épargnent en rien les immenses tragédies qui traversent l’Histoire. D’un côté, les progrès dont nous pouvons nous féliciter reposent sur la conjugaison d’efforts scientifiques déployés à l’échelle de la planète ; de l’autre, les tragédies que nous avons à déplorer traduisent violemment les contradictions de notre monde, libérant des forces irrationnelles que nous aurions pu espérer savoir mieux tempérer. N’est-ce point, en partie – en large partie –, parce que ceux d’entre nous qui pourraient encore avoir prise sur des dirigeants ivres de leur puissance et du sang des autres détournent le regard, tant qu’ils ne se sentent pas directement menacés ?

Que nous soyons des maçons aux penchants sociétaux ou des sœurs et des frères plus enclins aux études symboliques voire soucieux d’une voie initiatique dont nous nous refuserions à galvauder l’ambition, nous essayons insensiblement de nous conforter voire de nous réconforter dans notre petit monde, tant qu’il tient. Regardons autour de nous, en désordre :

Tous ces enfants, toutes ces victimes civiles, qui périssent dans les conflits ou les exils qui les chassent ou les pourchassent jusqu’à la mort ;

Toutes ces femmes qui subissent le joug patriarcal, sous toutes les latitudes et dans la plupart des cultures, jusqu’aux assujettissements les plus vils et aux fins les plus terribles ;

Tous ces êtres humains forcés à l’errance et à la faim, jusqu’à nos propres portes, par ce que l’on nomme des accidents de la vie dont ils ont eu plus que leur part ;

Tous ceux que leur ethnie ou leur religion condamnent à un sort précaire voire funeste, quand d’autres qu’eux gouvernent les pays où ils résident[2] ;

Tous ceux qui s’efforcent de vivre honnêtement dans des États corrompus, que ce soit en Ukraine, mais tout aussi bien en Russie, sans rien ôter aux responsabilités de l’agresseur, sous la férule de potentats africains aux geôles regorgeant d’opposants politiques qui peuvent chérir leur chance de ne pas voir les fleuves charrier leurs corps, au petit matin, ou en diverses contrées d’Amérique latine sommées d’obéir aux intérêts et aux injonctions de leur très puissant voisin du Nord…

declin de la Franc-maçonnerie

Je pourrais indéfiniment allonger cette liste, en sollicitant plus ou moins l’élastique des proximités et des émotions. Enfin, voilà des femmes et des hommes, des vieillards et des enfants, réduits à des considérations abstraites sinon à de vagues soupirs, aux tourments du silence, tandis que nous voyons s’effondrer un multilatéralisme qui permettait tant bien que mal de contenir les appétits des ogres de la planète et de secourir des populations en détresse. Ainsi prospèrent dans la désespérance le temps de la barbarie et le règne de la force où les prédateurs ne veulent plus rien entendre, qui les contraigne, même face à l’explosion d’une planète qui n’en peut plus de l’Homme, tandis que le déclin démographique des nantis combiné au rythme effréné de leurs consommations risque bientôt de sonner le glas de leur domination – dans d’épouvantables clameurs finales, cependant.

Le nombre des victimes, sans jouer les cassandres, ne semble pas près de se restreindre. C’est pourquoi il y a urgence à n’omettre personne parmi ceux qui les ignorent, qui les rejettent ou qui les martyrisent.

Toutes ces victimes qui nous dérangent, je les excuse. Quant aux autres, c’est un peu moins le cas[3]


[1] Le titre de cet édito n’est guère plus qu’un clin d’œil lié aux circonstances.  Son thème résulte d’un défi qui me fut lancé en conférence de Rédaction, à partir d’un imprudent jeu de mots dont je suis l’auteur et qui a donné le titre de cette chronique, et ce, comme il est aisé de l’imaginer, à l’occasion du 128e anniversaire de la célèbre tribune d’Émile Zola – à la suite de quoi un esprit malin fit circuler entre nous l’audacieux pastiche de une qui figure en tête du présent article. Il est vrai que ce type de provocation, un peu facile et partant médiocre, correspond assez peu à ma pente (tout du moins, à l’écrit) et ce n’est pas sans violence que j’y ai fait succomber ma plume… utilisant même le titre avec une petite morsure d’ironie, comme on le voit à la fin de ce « papier ».

D’une part, je ne suis évidemment pas de taille à parodier l’illustre écrivain et journaliste qu’on surnomma « l’épris de justice » ; du reste, je ne reprendrai pas en anaphore le paronyme que j’emploie, de sa formule historique. D’autre part, je m’essaye ici à un exercice quelque peu ingrat qui consiste à vouloir débusquer en contre-champ les lâchetés de nos multiples abandons qui font, selon moi, plus sûrement le lit des tyrannies que les complicités actives. La veulerie, cet ennui des âmes passives, me semble être à la source de la plupart des maux de notre Histoire. J’espère seulement que l’angle rhétorique que j’ai choisi est propice à la méditation…

[2] Comme les Ouïgours et d’autres minorités musulmanes qui font l’objet d’une intense répression en Chine ; comme les Rohingyas, cette population installée dans l’espace bengalo-arakanais depuis le Ve siècle, que leur islamisation partielle au XVIe siècle n’a cessé de menacer, dans un État birman aujourd’hui dominé par une junte militaire, sans qu’il ait, pour autant, renoncé à s’inscrire dans une longue tradition bouddhiste ; comme les Iraniens qui ne peuvent vivre qu’étouffés par le régime des mollahs, sous peine d’être physiquement éliminés ; comme les Kurdes qui sont persécutés parce que, depuis un siècle, ils luttent pour leur autodétermination (alors même, il faut bien le dire, qu’ils ont, en son temps, participé à l’extermination des Arméniens) ; comme les guerres fratricides qui ensanglantent le Soudan, depuis si longtemps ; comme le génocide des Tutsis au Rwanda, où l’on ne peut pas dire que la France se soit grandie ; et l’on pourrait ainsi parcourir les continents…

[3] Certains critiquaient jadis cet art de la litote qui sévissait dans la langue française, au point de s’identifier naguère encore à son génie. Les ravages de la publicité ont eu raison de cet usage et nous ne vivons plus que sous les assauts assourdissants de l’hyperbole. Pauvres de nous !