Le samedi 9 mai 2026, le Chapitre National de Recherche du Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France tiendra une réunion-débat, en visio et en présentiel, autour d’un thème décisif porté par Dominique Lamoureux, membre de la Chambre d’administration du Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France. Son titre dit déjà l’essentiel,
« Exorciser la peur »
Dominique Lamoureux
Non pas effacer l’inquiétude humaine, mais comprendre comment elle travaille les consciences, déforme les récits, altère le jugement et finit par modeler notre manière d’habiter le monde.
Il est des annonces qui valent davantage qu’un programme. Elles ouvrent un chantier intérieur
Derrière l’intitulé « Exorciser la peur », il ne faut pas entendre une formule psychologique, encore moins un slogan de circonstance. Il faut y lire l’une des grandes urgences de notre temps. Car nous vivons dans une époque où la peur n’est plus seulement une épreuve intime. Elle est devenue une matière première politique, culturelle et sociale. Elle circule dans les images, sature les mots, fabrique des réflexes, impose des simplifications, et prépare cette étrange abdication intérieure par laquelle l’homme renonce peu à peu à exercer sa souveraineté sur lui-même.
Cette réflexion s’inscrit d’ailleurs dans le travail plus large du Chapitre National de Recherche consacré à la transmission, aux évolutions, aux actualisations et à la bataille des idées.
Jean-Francis Dauriac
L’introduction de Jean-Francis Dauriac donne à cet ensemble sa profondeur historique
La bataille des idées n’y est pas traitée comme une querelle d’opinions, mais comme une dynamique longue où se jouent des visions du monde, des filiations revendiquées et des manières opposées de concevoir la tradition. En rappelant la fracture entre Moderns et Antients, puis le déplacement en France d’une maçonnerie d’ouverture devenue, avec le Rite Français, un espace de transformation vivante, le texte montre que la franc-maçonnerie n’est pas hors de l’histoire. Elle en est un laboratoire symbolique.
Elle connaît depuis ses origines cette tension entre héritage clos et tradition vivante, entre répétition et transmission créatrice.
C’est là que la peur surgit avec son vrai visage. Elle n’est pas seulement tremblement devant le danger. Elle est aussi désir d’abri doctrinal, goût de la clôture, besoin d’un monde simplifié où tout serait déjà classé entre le pur et l’impur, le nôtre et l’étranger, le fréquentable et l’infréquentable.
GCG Rite Français GODF
Jean-Francis Dauriac le dit avec une grande justesse quand il montre que les périodes de rupture favorisent les radicalités, la polarisation idéologique, la logique identitaire et l’amplification émotionnelle des conflits.
Dès que l’émotion remplace la réflexion, le fanatisme moderne trouve un terrain propice. Dès que l’appartenance devient absolue, la pensée neuve est vécue comme une trahison. Exorciser la peur, dans cette perspective, revient donc à sauver la conscience individuelle de la fusion grégaire.
Le texte de Fabrice Millon-Desvignes éclaire un autre versant du problème
La peur n’agit pas seule. Elle est travaillée, amplifiée, scénarisée par ce qu’il nomme la bataille culturelle. Avec Gramsci en arrière-plan, il rappelle que le pouvoir ne règne pas seulement par la contrainte, mais par l’adhésion à des représentations qui finissent par paraître naturelles. La culture, entendue au sens large, façonne les imaginaires, les réflexes, le langage même, jusqu’à produire ce faux naturel que nous appelons trop vite le bon sens. Dès lors, la peur n’est plus un accident psychique. Elle devient une technique d’hégémonie. Elle est l’un des moyens les plus efficaces pour faire passer des intérêts particuliers pour des vérités universelles.
Aline Kotlyar ajoute à cette réflexion un élément décisif
Aline Kotlyar
Elle nous rappelle que les idées ne viennent jamais seules. Elles arrivent prises dans des cadres, des mots, des récits, des voisinages, des silences. Ce qui domine n’est pas toujours ce qui crie le plus fort. Parfois, ce qui façonne le plus sûrement les consciences est ce qui s’installe par imprégnation, ce qui se dépose couche après couche, ce qui rend certaines interprétations spontanées et d’autres presque impensables.
La peur agit précisément ainsi. Elle ne frappe pas toujours comme un orage. Elle sédimente. Elle organise le champ du visible et de l’invisible. Elle sélectionne ce qui mérite attention, ce qui doit être tu, ce qui sera perçu comme menace, ce qui sera présenté comme évidence. Exorciser la peur, c’est alors rouvrir l’épaisseur du réel contre les cadres trop vite imposés.
Jean-Claude Laroche élargit encore l’horizon en posant la question de la rupture civilisationnelle
Jean-Claude Laroche
Ses pages décrivent un monde où nos repères vacillent sous l’effet conjugué des mutations numériques, géopolitiques, écologiques et anthropologiques. Le rapport au savoir, au temps, à l’espace, à la transmission et même à la définition de l’humain se trouve ébranlé. Dans de telles zones de turbulence, la peur prospère naturellement. Elle prospère parce que l’accélération fragilise la mémoire, parce que le devenir paraît plus opaque, parce que la technique donne le sentiment de nous dépasser. Mais le mérite du texte de Laroche est de ne pas céder à cette peur. Il rappelle que chaque rupture oblige moins à paniquer qu’à discerner ce que nous voulons préserver et transmettre comme essentiel de l’expérience humaine.
C’est sans doute ici que le titre de la rencontre du 9 mai prend toute sa portée initiatique.
« Exorciser la peur » ne signifie pas nier les périls, ni se raconter des consolations
GCG-RF-GODF,-bannière
Cela signifie travailler en soi et entre nous ce qui permet de ne pas être gouvernés par les forces obscures du temps. Il ne s’agit pas de fermer les yeux sur le monde, mais de les ouvrir mieux. Il ne s’agit pas de substituer un optimisme naïf à l’angoisse contemporaine, mais de rendre au jugement sa rectitude, à la parole sa responsabilité, à la transmission sa noblesse. Dans la perspective du Rite Français, une telle démarche n’a rien d’accessoire. Elle rejoint sa vocation profonde, transmettre sans répéter, transformer sans trahir, faire de la tradition non un refuge pour consciences apeurées, mais une méthode d’émancipation.
Il y a, dans cette réunion annoncée par le Chapitre National de Recherche, quelque chose de plus qu’une conférence.
Il y a un rappel à l’ordre intérieur. Un rappel discret mais ferme
GCG Rite Français GODF
La peur, aujourd’hui, veut tenir le cadre. Elle veut distribuer les rôles, fixer les mots autorisés, réduire le réel à des alternatives grossières, installer chacun dans la docilité de son camp. Le travail maçonnique, lorsqu’il demeure fidèle à sa plus haute exigence, répond exactement à l’inverse. Il réouvre l’espace. Il réintroduit de la nuance là où l’époque exige des réflexes. Il oppose la lenteur du discernement à la vitesse des paniques collectives. Il remet de la profondeur dans des consciences menacées par l’aplatissement.
« Exorciser la peur, au fond », ce n’est pas chasser un fantôme
C’est empêcher qu’il devienne architecte. Et peut-être est-ce là, plus que jamais, l’une des tâches du travail maçonnique. Non pas rassurer le siècle, mais l’aider à ne pas perdre son âme.
De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano
La pierre que les bâtisseurs ont rejetée est devenue la pierre angulaire.
Ce n’est pas simplement un verset à méditer. C’est une loi intérieure, une grammaire de l’esprit : une phrase qui renverse les critères habituels du jugement. Ce qui paraît faible, rugueux, imparfait ou disproportionné aux yeux de ceux qui ne voient que la surface peut devenir l’élément décisif du bâtiment. La tradition symbolique de la pierre angulaire le rappelle avec justesse : elle ne se contente pas de fermer une structure, elle l’unit et la soutient. Elle est à la fois un élément de soutien et de conclusion, un fondement et un accomplissement.
Sur le chemin initiatique, cette image possède une force rare. Toute transformation authentique naît d’une rupture entre le jugement du monde et le jugement de la conscience. L’initiée, avant même d’être reconnue, est souvent rejetée ; avant d’être comprise, elle est incomprise ; avant d’être accueillie, elle est évaluée avec des instruments inadaptés, des instruments conçus pour mesurer autre chose qu’elle. Et pourtant, c’est précisément là, dans cette exclusion apparente, que s’ouvre la possibilité d’un véritable travail : devenir pierre vivante, matière consciente, capable de contribuer à l’édifice commun.
Mazzini
La franc-maçonnerie, dans ce qu’elle a de meilleur, n’est pas un théâtre de vanités, mais une école de liberté intérieure. Giuseppe Mazzini enseignait que les associations doivent se soumettre au contrôle de tous, car le progrès ne découle pas du secret comme d’un privilège, mais de la responsabilité comme d’un service. Dans cette même optique, la recherche maçonnique est liée à la liberté, à l’éthique et à l’agitation spirituelle, et non au conformisme tranquille de ceux qui ont déjà décidé de ne plus chercher.
Giordano Bruno, le Nolan brûlé vif à Campo de’ Fiori pour avoir refusé de soumettre ses pensées au pouvoir, a laissé derrière lui une déclaration qui semble gravée dans les fondements de la pensée occidentale : la liberté de pensée est plus forte que l’arrogance du pouvoir.
Pour lui, la liberté n’est pas un caprice : c’est la fidélité à une vérité intérieure. C’est le courage de refuser de sacrifier son intelligence lorsque l’autorité tente de se substituer à la conscience.
Des siècles auparavant, Socrate avait exprimé la même idée en d’autres termes : une vie sans recherche ne vaut pas la peine d’être vécue. La recherche n’est donc pas un ornement pour l’être humain, mais la forme la plus élevée de dignité. Et, pour une femme qui suit le chemin initiatique, cette affirmation n’est pas abstraite : elle fut, et est encore en partie, une conquête concrète.
Il y a des frères et sœurs qui abordent la vie initiatique avec un cœur sincère mais des mains hésitantes. Ils se sentent inadéquats, négligés, parfois même moqués par ceux qui confondent maîtrise et possession, guidance et oppression, expérience et pédanterie. Cela se produit lorsque l’ego prend la place de l’art et lorsque l’ordre extérieur n’est plus soutenu par aucun ordre intérieur.
Ainsi, le Temple n’instruit plus : il divise. Cela n’élève pas : cela humilie. Elle n’éclaire pas : elle aveugle. Ceux qui subissent cette attitude ne sont souvent pas faibles, ils sont encore entiers. Il n’a pas encore appris à jouer le rôle de la personne adéquate et, pour cette raison, il est jugé « pas prêt ». Mais l’initiation authentique ne récompense pas l’arrogance, ne sanctifie pas les postures, ni ne glorifie le carriérisme. Elle met le caractère à l’épreuve, purifie les intentions et mesure la fidélité à la quête.
Si un frère ou une sœur est réduit(e) au silence simplement parce qu’il ou elle n’appartient pas au cercle de ceux qui sont flattés, ce n’est pas lui ou elle qui est déficient(e) : c’est le système de relations qui est corrompu. Il y a ensuite une autre figure, tout aussi troublante : celle du frère ou de la sœur qui, en quête de reconnaissance, passe d’obéissance en obéissance, de rite en rite, d’adhésion en adhésion, tel un pèlerin sans destination.
Photographie de Sami nomades prise entre 1900 et 1920.
Cette errance n’est pas toujours une soif de vérité. Parfois, c’est une soif de reconnaissance, un désir d’appartenance, un besoin de se sentir important. Lorsque la quête s’interrompt, la fragmentation s’installe. Et le sujet ne se renforce pas : il se disperse. Il convient de lui donner un nom : « nomadisme initiatique ». C’est l’errance de ceux qui ne construisent pas, mais collectionnent. Ils ne servent pas, mais consomment. Ils n’approfondissent pas, mais accumulent signes, titres, formules et affiliations. En apparence, cela ressemble à du mouvement, mais en réalité, c’est de l’instabilité. En apparence, cela ressemble à un désir de perfection, mais en réalité, c’est une fuite face à sa propre imperfection. Le nomadisme initiatique nous rend fragiles car il remplace le travail sur soi par la multiplication des cadres.
Lorsque le jugement devient arbitraire, les loges s’appauvrissent. Non seulement parce qu’elles perdent leur dimension humaine, mais aussi parce qu’elles perdent le critère spirituel de sélection : non pas le prestige, mais la substance ; non pas la rhétorique, mais la cohérence ; non pas le bruit, mais la présence. Une loge est riche lorsqu’elle forme des femmes et des hommes plus libres et plus justes, plus aptes au silence, à l’écoute et au service. Elle est pauvre lorsqu’elle devient le théâtre de compétitions, d’échanges de faveurs et d’identités démesurées.
Ici, la pierre rejetée prend à nouveau la parole. Le véritable Maître n’est pas celui qui décide qui mérite et qui ne mérite pas avec un esprit de domination, mais celui qui sait reconnaître la graine dans la terre, le potentiel dans la rugosité, l’appel dans la fragilité. Le Temple n’a pas besoin de gardiens de l’orgueil, mais d’artisans de la conscience. Son œuvre n’est pas une fabrique de fausses hiérarchies : elle vise l’édification de l’humanité.
Cicéron nous a rappelé que la dignité consiste à se gouverner soi-même et à se soucier du bien commun. Mazzini a ajouté que liberté et devoir sont indissociables, car la loi sans responsabilité dégénère.
Un bon enseignant n’est donc pas celui qui prononce des jugements : il est un témoin de l’équilibre. Il ne prétend pas tout comprendre ; il sait plutôt que la véritable sagesse s’allie au service.
Per aspera ad astra.À travers les épreuves jusqu’aux étoiles.
La leçon est claire : ce qui ressemble à un obstacle peut devenir un chemin ; ce qui ressemble à un rejet peut se transformer en élévation. La pierre rejetée ne se venge pas et ne réclame pas son acceptation. Elle se laisse travailler. Et, précisément pour cette raison, elle finit par devenir un point d’ancrage, un lieu de rencontre, un espace de stabilité, un principe d’harmonie. La véritable leçon de la pierre rejetée est qu’aucun être humain ne devrait être réduit à sa première impression, à son erreur, à sa maladresse initiale ou à sa timidité.
Chaque être recèle en lui un centre de gravité potentiel. L’initiation, si elle est authentique, n’écrase pas : elle révèle. Elle n’humilie pas : elle affine. Elle ne choisit pas par vanité : elle préserve par responsabilité. Le phénomène que nous avons évoqué, le nomadisme initiatique, alimenté par le narcissisme, un sentiment d’inadéquation non résolu et un désir de légitimité, est réel et reconnaissable.
Mais face à cela, la voix de la pierre angulaire reste valable : la partie rejetée peut devenir la partie décisive, si elle trouve une main droite et un cœur sincère.
C’est de là que renaît la liberté de pensée, la noblesse du travail intérieur, l’heureuse pauvreté de l’ego qui se laisse enfin affiner.
À propos des fausses et vraies loges, de la trace russe et de l’influence d’Alikhan Bukeikhanov : un entretien vidéo avec le grand maître du Kazakhstan, Sergueï Kravchenko
L’agence d’information internationale (MIA) « Ratel Media » poursuit sa série d’entretiens avec des leaders d’opinion et des personnalités publiques et politiques du Kazakhstan.
Et aujourd’hui, nous avons un invité inhabituel dans notre studio : le Grand Maître de la Grande Loge du Kazakhstan, Sergueï Kravchenko. Sergey Kravchenko travaille dans les télécommunications et est associé de sociétés de télévision et de radio qui diffusent par satellite. La haute qualité du signal satellite au Kazakhstan est largement due aux activités de la société de M. Kravchenko. Il est marié et père d’une fille de 12 ans. Il aime la plongée, la chasse, les danses latino-américaines et le chant d’opéra.
Dans cet entretien, nous abordons la franc-maçonnerie kazakhe, sa structure, les mythes qui entourent l’ordre, ainsi que le schisme interne au sein de la structure maçonnique et son impact sur l’organisation.
Voici la conversation que nous avons eue avec le Grand Maître de la Grande Loge du Kazakhstan :
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En décembre dernier , j’ai découvert par hasard l’existence d’une Grande Loge au Kazakhstan, dirigée par Aidar Alpyspayev. Nous avons même réalisé une interview avec lui, publiée par Ratel Media. Et récemment, j’ai appris que vous êtes également le Grand Maître de la Grande Loge du Kazakhstan. Alors, y a-t-il deux loges au Kazakhstan ?
Oui, on me pose souvent cette question ces derniers temps, car suite à la publication de l’article révélant nos procédures judiciaires, le sujet a suscité un vif intérêt. Il est important de préciser que l’affaire concernait spécifiquement une association.
L’association publique « La Grande Loge Kazakhe » a été officiellement enregistrée auprès du ministère de la Justice de notre pays. Conformément à la réglementation en vigueur, les organisations maçonniques ne peuvent exercer leurs activités sur le territoire de l’État qu’avec son autorisation. Il s’agit d’une pratique internationale : si un État interdit la franc-maçonnerie, nous n’avons aucun droit d’y mener nos activités.
Il m’est difficile d’expliquer pour l’instant les raisons de cet incident. Mais puisqu’il a déjà été évoqué, je souhaite apporter quelques précisions. Aidar Alpyzbayev occupait auparavant le poste de Grand Maître de la Grande Loge du Kazakhstan. Son mandat de trois ans s’est achevé en 2024.
Après cela, je suis devenu Grand Maître. Cependant, il avait des affaires personnelles inachevées, sans lien avec notre organisation. De ce fait, il a formé autour de lui un groupe qui a commencé à se livrer à des activités similaires à celles de la franc-maçonnerie : ils se réunissent également en loges et tiennent des réunions. Toutefois, nous ne considérons pas cette structure comme la Grande Loge du Kazakhstan.
Notre loge mère est la Grande Loge de Russie. Le brevet que je détiens m’a été délivré par le Grand Maître de la Grande Loge de Russie, Andreï Bogdanov . C’est lui qui m’a installé comme Grand Maître, conformément à toutes les règles de notre ordre.
Aidar Alpysbaev, quant à lui, est resté l’ancien Grand Maître, mais a poursuivi ses activités sans reconnaître ces règles.
C’est pourquoi la situation qui fait l’objet de débats publics et de poursuites judiciaires découle de ses agissements. L’affaire concerne son exclusion illégale de cinq membres fondateurs de l’organisation.
Il a falsifié les signatures sur les formulaires de démission, rédigé un protocole et l’a enregistré auprès du ministère de la Justice, toujours avec de fausses signatures, nous excluant ainsi du groupe des membres fondateurs. Dès que j’ai eu connaissance de ces faits, j’ai intenté une action en justice pour réintégrer l’organisation.
Le tribunal a tranché en notre faveur : nous avons été réintégrés en tant que fondateurs de l’association publique « La Grande Loge Kazakhe ». C’est exactement ce qui s’est passé.
– Précisons : la falsification des signatures n’a pas été prouvée, dans le sens où il n’y a pas eu d’expertise ?
Oui, lors de l’audience, l’avocat d’Aidar Alpyspaev n’a pas pu fournir les déclarations originales. Il a affirmé que ces documents auraient été transmis par voie électronique, mais il n’a pas pu le confirmer.
De plus, aucune preuve n’a été fournie de la convocation en bonne et due forme de l’assemblée générale à laquelle tous les participants étaient tenus d’être présents.
En général, tous les arguments sur lesquels il s’appuyait n’ont pas été confirmés lors du procès et ont été réfutés.
— Nous avons réglé le schisme. Revenons à la franc-maçonnerie : vous avez noté qu’il existe des pays, notamment en Asie centrale, où la franc-maçonnerie est interdite ?
— Oui. Ce sont des pays où l’État interdit directement les activités des organisations maçonniques.
— Lesquels exactement ?
Certains pays appliquent une interdiction directe et tacite. Concernant les anciennes républiques, à ma connaissance, une telle interdiction existe en Ouzbékistan et au Tadjikistan.
Bien qu’il soit possible d’enregistrer officiellement la franc-maçonnerie comme association publique au Kirghizistan, nous n’avons pour l’instant aucune expérience en la matière. Je parle précisément de l’aspect juridique.
Les loges maçonniques ne sont pas autorisées sur le territoire d’un État si celui-ci les interdit. C’est une règle générale. Si de telles activités sont menées clandestinement, les francs-maçons concernés ne sont pas considérés comme réguliers.
– Définissons donc clairement ce qu’est la franc-maçonnerie traditionnelle ?
« C’est un club philosophique qui réunit des personnes partageant les mêmes principes de pensée. Nous choisissons nos membres, interagissons avec eux et déterminons si chacun est candidat à l’adhésion. »
Bien sûr, tout cela ne s’applique pas aux histoires qu’ils répandent sur nous — sur le satanisme et autres phénomènes surnaturels. Nous sommes des gens ordinaires qui étudions les sciences, mais dans un contexte philosophique plus large.
franc-maçonnerie kazakhe
Par exemple, une personne titulaire d’un diplôme universitaire, disons un doctorat en économie, peut interpréter les idées philosophiques à sa manière, en s’appuyant sur son expérience professionnelle. Cela élargit les horizons de tous les membres de la loge et approfondit l’échange de connaissances.
C’est pourquoi des personnes instruites et intelligentes, soucieuses de développement et de connaissances, se tournent vers nous. L’un des objectifs de notre ordre est d’aider les individus à s’épanouir grâce à la communauté elle-même. Nous recrutons des personnes issues de la société et, par leur participation à la vie de l’organisation, nous favorisons leur développement.
Il n’existe pas de système rigide de pression ou d’exclusion en cas de non-respect des règles – le développement se fait par immersion dans l’environnement et par échange d’expériences.
Historiquement, la franc-maçonnerie est associée à la transition de la franc-maçonnerie opérative à la franc-maçonnerie spéculative. Les francs-maçons opératifs étaient des bâtisseurs qui travaillaient la pierre et créaient des structures matérielles. Les francs-maçons spéculatifs, quant à eux, œuvrent pour les valeurs spirituelles et morales, érigeant symboliquement un « temple de vertu et de spiritualité ».
Nous sommes une franc-maçonnerie spéculative. Par conséquent, tout membre de cette communauté est inévitablement guidé par les principes d’honneur et de moralité qui sous-tendent l’ordre.
Par conséquent, l’idée que la franc-maçonnerie soit un club philosophique est bien réelle. Quant aux notions d’intrigues politiques et de complots, elles ne sont que des mythes souvent utilisés pour attirer l’attention.
Les statuts de l’ordre stipulent qu’aucun franc-maçon n’a le droit de s’engager dans des affaires politiques ou des intrigues au sein de la loge.
Pourquoi ? Parce que la politique divise les gens. Les opinions politiques divisent les membres d’une même communauté, c’est pourquoi elles sont interdites dans les loges.
Il existe effectivement des hommes politiques et des hauts fonctionnaires parmi les francs-maçons, y compris des présidents de divers pays. Mais une distinction stricte s’impose : d’une part, leur activité gouvernementale, leur engagement politique ; d’autre part, la franc-maçonnerie, où ces deux activités sont totalement distinctes.
Notre club peut être comparé à un rassemblement de personnes autour d’une idée commune. Nous sommes également unis par un objectif commun : le désir d’améliorer la société et l’humanité.
Nous créons une organisation plus forte, plus instruite et plus influente – principalement dans les domaines qui façonnent les valeurs culturelles et les projets culturels dans les pays où l’ordre opère.
C’est précisément ce que nous faisons : rassembler les gens pour mettre en œuvre des initiatives culturelles et sociales importantes.
— Donc, les francs-maçons ne mangent pas de bébés, ne font pas d’orgies et ne s’engagent pas dans la politique au sein de l’organisation, mais en même temps, ils peuvent s’engager dans la politique en dehors de la franc-maçonnerie ?
« Vous avez tout à fait raison. Bien sûr, ces histoires de « bébés » et autres sont des mythes. Nous ne buvons pas le sang de vierges et nous ne « consommons » personne. Tout cela est pure fiction. Nos activités sont exclusivement liées à des projets caritatifs et culturels. Nous ne nous immisçons pas dans la politique au sein de l’ordre. »
Quant aux théories répandues selon lesquelles les francs-maçons seraient impliqués dans des coups d’État ou des révolutions dans divers pays, cela est également faux. Ces affirmations sont grandement exagérées et farfelues.
Oui, il y a des francs-maçons parmi les hommes politiques, mais ils agissent uniquement en tant qu’hommes politiques, dans le cadre de leurs fonctions étatiques. On ne saurait prétendre que la franc-maçonnerie, en tant qu’organisation, puisse intervenir dans les processus politiques, et encore moins dans les révolutions.
Ce sont des domaines fondamentalement différents, et nous insistons toujours sur cette distinction pour éviter toute confusion.
— Vous avez mentionné une fois une réunion de francs-maçons à Londres…
En 1717, plusieurs loges londoniennes se réunirent au café-restaurant Goose and Pan pour discuter du développement de la franc-maçonnerie et de ses principes. Elles finirent par convenir d’agir conjointement, selon des règles uniformes.
Cet événement s’est produit le jour de la Saint-Jean, en juin, lors du solstice d’été. Cette date est considérée comme la date de fondation de la franc-maçonnerie moderne.
Plus tard, en 1723, la Constitution Anderson fut adoptée et est restée en grande partie inchangée jusqu’à nos jours. À l’instar de nos ancêtres du Moyen Âge, nous continuons d’utiliser cette Constitution. Quelques ajouts y ont été apportés pour tenir compte des réalités modernes, mais les principes fondamentaux demeurent inchangés.
Quand et comment la franc-maçonnerie est-elle apparue au Kazakhstan ? Est-elle apparue avant l’enregistrement officiel de votre organisation ?
Cette année, nous célébrons le dixième anniversaire de la Grande Loge du Kazakhstan. Cependant, la franc-maçonnerie est apparue au Kazakhstan un peu plus tôt.
L’histoire a commencé avec plusieurs frères qui travaillaient initialement dans des ateliers russes, mais résidaient à Almaty, au Kazakhstan. Le premier Grand Maître et premier franc-maçon de l’ère moderne fut Berik Zhubanyazov . Il fut initié à la Grande Loge de Russie environ six à huit ans avant l’ouverture officielle de la première loge au Kazakhstan.
Plus tard, les frères se mirent en quête d’un ordre et en trouvèrent un au sein de la Fédération de Russie, dans la Grande Loge de Russie, auquel ils adhérèrent. Lorsqu’ils furent sept, ils adressèrent une requête au Grand Maître de la Grande Loge de Russie afin d’établir une loge au Kazakhstan sous le nom d’ Alikhan Bukeikhanov .
Il s’agissait de la loge n° 1, nommée en l’honneur d’Alikhan Bukeikhanov. Alikhan Bukeikhanov est considéré comme le premier franc-maçon d’origine kazakhe au sens moderne du terme, ainsi que le premier Premier ministre du Kazakhstan dans le contexte historique. La première loge fut nommée en son honneur.
En 2016, la Grande Loge du Kazakhstan a été créée sous l’égide de la Grande Loge de Russie. Cette création a été rendue possible par l’existence d’au moins trois loges. À cette époque, il en existait déjà trois, et nous avons demandé la création de notre propre Grande Loge.
Comment savoir si une personne a les qualités requises pour devenir franc-maçon ? Où les trouver – lors d’événements, dans des restaurants ? Et comment se déroule le processus de sélection ?
« Qualifier cela de « recherche » serait inexact, car nous n’invitons personne en particulier. Nous ne sommes pas une organisation qui recrute ou qui contacte des gens en masse. »
Nous disposons de sources d’information — un site web officiel et des comptes sur les réseaux sociaux — où nous publions des informations sur nos réunions, nos activités et les projets culturels que nous soutenons. Les personnes qui nous consultent nous contactent directement.
Autrement dit, les gens nous contactent spontanément pour rejoindre l’organisation. Nous ne recherchons ni n’invitons personne. En réalité, nous refusons plus de personnes que nous n’en acceptons, car nous ne visons pas un grand nombre de membres. Il s’agit d’une communauté de personnes partageant les mêmes idées.
Le processus de sélection d’un candidat se déroule en plusieurs étapes. Nous examinons d’abord son parcours et ses antécédents : absence de casier judiciaire, de prises de position politiques radicales et évaluation de sa moralité. Il est essentiel pour nous que le candidat ne soit pas impliqué dans des activités extrémistes et qu’il mène une vie irréprochable. Les francs-maçons sont des personnes dévouées à leur pays et à la société, et leur loyauté envers l’État est sans faille.
Après une première sélection, le candidat est invité à des entretiens – généralement trois – avec différents frères. Lors de ces rencontres, ses qualités personnelles, morales et éthiques, ainsi que sa compatibilité avec la communauté, sont évaluées, car il est important que le candidat se sente à l’aise au sein de la loge.
Si le candidat réussit cette étape, il est invité à l’entretien dit « à l’aveugle », l’étape finale. Celui-ci se déroule au sein de la loge, où, dans un silence complet, les frères lui posent tour à tour des questions sur son monde intérieur et ses valeurs.
Ensuite, un vote à bulletin secret est organisé, à l’aide de pierres noires et blanches. Si trois pierres noires sont déposées contre un candidat, celui-ci est éliminé, même si la majorité a voté « oui ».
Le fait de se bander les yeux n’est pas utilisé comme une forme d’humiliation, mais comme une pratique traditionnelle. Il sert à éviter les distractions extérieures et à permettre à la personne de se concentrer sur ses réponses et son état intérieur. On pense que, dans ces conditions, elle répond avec plus d’honnêteté et de profondeur, sans chercher à se conformer aux attentes d’autrui.
— Donc, la personne a les yeux bandés ?
— Oui. On lui bande les yeux et on le conduit dans une pièce appelée la loge, où se déroule notre travail. Il est assis sur une chaise au centre de la pièce. La pièce est agencée de façon à former quatre coins, et les frères sont disposés autour du candidat.
Puis ils lui posent des questions à tour de rôle, sans s’interrompre, afin qu’il puisse pleinement révéler sa réponse.
– Combien de personnes y a-t-il habituellement ?
En général, 20 personnes ou plus travaillent dans le lodge.
— Et ensuite, chacun d’eux vote ?
« Tout le monde ne vote pas. Seuls les maîtres de loge ont le droit de vote. Nous avons trois degrés d’initiation : apprenti, compagnon et maître. Les apprentis et les compagnons peuvent poser des questions, mais seuls les maîtres ont le dernier mot. »
– Comment les étudiants et les apprentis peuvent-ils influencer la décision ?
« Non, ils ne peuvent pas l’influencer directement. Une fois le candidat présenté, il y a une discussion où les superviseurs expriment leurs opinions : certains ont apprécié le candidat, d’autres non, et leurs réponses sont discutées. »
Les apprentis et les compagnons ne participent pas à cette discussion ; c’est la règle. On considère que, durant leur formation, ils doivent écouter et observer comment les frères plus expérimentés analysent les situations et prennent des décisions. C’est ainsi qu’ils apprennent. Par conséquent, seuls les vénérables maîtres de loge participent à la discussion et au vote.
– La procédure est donc terminée : on pose des questions, on discute de tout, après quoi la personne quitte la pièce ?
– Il est mis hors d’état de nuire avant même que la discussion ne commence.
— Les étudiants sortent aussi ?
« Non, ils restent et observent en silence. Cela fait partie de leur formation. Il est important pour eux de comprendre comment les personnes sont évaluées et les critères selon lesquels les décisions sont prises. »
Parce qu’une personne issue du monde ordinaire peut évaluer un candidat superficiellement, sur la base d’impressions personnelles, et commettre souvent des erreurs.
Les maîtres, quant à eux, examinent les réponses plus en profondeur, du point de vue des significations morales et philosophiques, de ce que le candidat s’efforce réellement d’exprimer.
Par conséquent, le droit de discuter et de voter appartient exclusivement aux maîtres, car ils possèdent une plus grande expérience et une meilleure compréhension de ces critères.
– Avez-vous encore des rituels ou des cérémonies ?
« De nombreux documents concernant nos rituels ont été publiés en ligne et sont accessibles à tous ; il y en a vraiment beaucoup. Il existe également de nombreux livres sur ce que nous faisons à l’intérieur de la loge. Par exemple, Guerre et Paix de Léon Tolstoï contient un épisode avec Pierre Bezoukhov ; il décrit ce qui se passe en détail, et c’est l’une des descriptions littéraires les plus fidèles. »
Les rituels existent dans toute organisation. Par exemple, un club de golf a le sien : les membres se réunissent, boivent du thé et discutent du jeu. Pour nous, il s’agit également d’un rituel, une forme spécifique d’activité partagée au sein du lodge.
Le rituel fait partie des procédures et traditions internes de l’ordre. Notre ordre a deux traditions, qui s’apparentent davantage à des règles établies : la confidentialité des noms des frères et le secret des activités de la loge. Ces principes sont respectés depuis plus de 300 ans.
Sur la photo : Cérémonie de mariage
Par conséquent, lorsque des questions sont posées par des personnes connaissant déjà la structure générale, nous pouvons apporter quelques éclaircissements. Mais personne ne discute publiquement et de manière indépendante de ce qui se passe au sein de la loge, et encore moins ne nomme les francs-maçons.
— On trouve également sur Internet qu’Epstein était franc-maçon, et qu’il existerait même une « loge maçonnique Epstein »…
« Il s’agit d’une fiction journalistique. Je n’ai aucune information selon laquelle Epstein était franc-maçon. Si une personne est membre d’une organisation et se livre à des activités inacceptables, elle serait très probablement exclue de la franc-maçonnerie régulière. »
Les faits rendus publics n’ont rien à voir avec la franc-maçonnerie. Les francs-maçons s’opposent à toute conduite immorale et ne tolèrent pas de tels agissements. Je peux affirmer avec certitude qu’Epstein n’était pas l’un des nôtres.
De telles affirmations sont le fruit d’interprétations journalistiques. Comme vous l’avez justement souligné, l’image de la franc-maçonnerie comme « organisation fermée » a été largement façonnée par le journalisme dans l’espace post-soviétique.
La situation est différente en Europe et aux États-Unis : la franc-maçonnerie y est assez ouverte. Les membres de l’ordre n’hésitent pas à afficher leur appartenance et en sont souvent fiers. Les loges participent à des œuvres caritatives, contribuent à la construction d’hôpitaux et de crèches, et soutiennent des initiatives culturelles, des concerts et des groupes artistiques. L’État apprécie généralement ces actions, et être franc-maçon est considéré comme un honneur. De fait, ceux qui y accèdent sont des personnes jouissant d’une grande confiance publique.
Dans notre pays, ces mythes sont souvent amplifiés car les journalistes s’intéressent davantage aux théories du complot : complots, influences occultes et autres interprétations similaires. Cela conduit parfois à des excès, comme des allégations absurdes concernant le fait de « manger des bébés » ou de « boire le sang de vierges », des affirmations totalement déconnectées de la réalité.
Parfois, on tente même d’associer les francs-maçons à des événements mondiaux, comme la COVID-19. Mais en réalité, de nombreux francs-maçons, au contraire, ont participé à la lutte contre la pandémie : ils ont financé des organisations médicales, acheté des vaccins, soutenu des hôpitaux et fourni du matériel, notamment des respirateurs.
Ils écrivent aussi sur Internet à propos d’une « ville maçonnique au centre de l’Eurasie », et il s’agit d’Astana…
Ces informations ne sont pas confirmées. De telles théories sont généralement diffusées par des blogueurs qui cherchent à interpréter le symbolisme de l’architecture urbaine.
L’architecture du centre moderne d’Astana comporte en effet des éléments que certains interprètent comme symboliques. Toutefois, cela est principalement dû au travail d’architectes, notamment Norman Foster, qui a participé à la conception de plusieurs bâtiments.
On retrouve des symboles similaires dans l’architecture de nombreuses villes du monde. Ils sont souvent interprétés comme maçonniques, alors qu’il s’agit en réalité d’éléments du langage architectural utilisés dans la construction et la conception.
Il en va de même pour Almaty : on trouve parfois des symboles sur des bâtiments de l’époque soviétique, attribués à la franc-maçonnerie. Cependant, dans la plupart des cas, il s’agit d’éléments architecturaux ou institutionnels ; par exemple, le compas et l’équerre sont considérés comme des symboles professionnels des architectes.
Par conséquent, l’affirmation selon laquelle Astana serait le « centre de la franc-maçonnerie en Eurasie » est fausse. Des loges maçonniques existent bien au Kazakhstan, notamment la loge Baiterek à Astana, mais cela n’a aucun lien avec de telles théories du complot.
Si la présence de symboles individuels en architecture est effectivement possible, cela ne signifie pas pour autant que la franc-maçonnerie soit présente de manière cachée dans l’urbanisme.
– Y a-t-il beaucoup de francs-maçons parmi les hommes politiques kazakhs ?
« En tant que franc-maçon, je n’ai pas le droit de divulguer les noms de mes frères. Mais en tant que Grand Maître de la Grande Loge du Kazakhstan, je peux affirmer qu’il n’y a pas de francs-maçons parmi les hommes politiques du Kazakhstan. »
Ce n’est pas que l’organisation refuse quelqu’un ou qu’il y ait des restrictions. Cela dépend plutôt des personnes elles-mêmes.
Nous n’avons encore reçu aucun contact de la part de personnalités politiques ou de représentants du gouvernement. Cela pourrait s’expliquer par la réputation controversée dont la franc-maçonnerie s’est forgée dans l’espace post-soviétique, en grande partie à cause d’interprétations journalistiques peu scrupuleuses.
Par conséquent, lorsque la perception de notre organisation au Kazakhstan changera, je pense que les représentants du gouvernement et les hommes politiques pourront alors se joindre à nous.
Existe-t-il des personnalités créatives célèbres qui soient francs-maçons ? Si l’on interdit de citer des noms, la réponse est-elle oui ou non ?
« Il y a une règle importante : avant de répondre à cette question, il est essentiel de préciser que si un frère autorise à se présenter comme franc-maçon, alors son nom peut être utilisé. De telles personnes sont rares au Kazakhstan. J’en fais partie, par exemple ; j’ai immédiatement donné mon autorisation pour être désigné comme franc-maçon. »
Parmi les artistes, je peux citer Ivan Breusov — producteur, musicien, compositeur et chanteur. Il a également consenti à être mentionné dans ce contexte.
Il y a aussi des frères parmi d’autres personnes – entrepreneurs, intellectuels et scientifiques – mais ils n’ont pas encore donné leur autorisation pour divulguer leurs noms, je ne peux donc pas les nommer.
Les francs-maçons sont-ils divisés par nationalité ou par religion ?
— Par nationalité ? Non. Les francs-maçons sont représentés par des personnes de diverses nationalités, et nous acceptons dans nos rangs des personnes sans distinction de nationalité.
En matière de religion, nous acceptons les personnes de confession monothéiste, c’est-à-dire celles qui croient en un seul Dieu. Il peut s’agir de fidèles du judaïsme, de l’islam ou du christianisme.
– Je crois que les catholiques interdisent la franc-maçonnerie ?
Oui, la franc-maçonnerie est interdite dans le catholicisme. Le pape et tous les pontifes depuis sa création s’y sont opposés, et cette position demeure inchangée. Il est interdit aux catholiques d’être francs-maçons ; dans ce cas, ils peuvent être excommuniés et privés de communion. Toutefois, rien ne leur interdit d’aller à l’église.
Avec Le Temple de Salomon – Regard d’un Franc-maçon, Marc Halévy rend au sanctuaire biblique sa charge initiatique la plus vive. Loin d’un exercice d’érudition ou d’une reprise convenue de motifs déjà balisés, il fait du Temple une matrice de pensée, de connaissance et d’élévation, où le franc-maçon est rappelé à l’essentiel, bâtir en lui-même l’ordre, la mesure et la lumière.
Marc Halévy redonne au Temple de Salomon une densité que bien des ouvrages ont dissipée en le rabattant sur la seule érudition, sur une imagerie dévote ou sur une mécanique rituelle.
Ici, le Temple redevient une pensée dressée dans la pierre, une architecture de l’âme, une hypothèse métaphysique offerte à la méditation des bâtisseurs intérieurs. Le regard maçonnique de l’auteur n’est pas un habillage.
Il est la substance même du livre
Il ne s’agit pas seulement d’évoquer Salomon, Hiram, YHWH ou la Tente de la Rencontre. Il s’agit de retrouver, dans ces figures fondatrices, une gnose de la construction, une alliance entre la matière, la vie, l’esprit et ce Réel que Marc Halévy préfère au dieu personnel des catéchismes.
L’audace du livre est là
Marc Halévy ne ménage ni les habitudes religieuses ni les conforts doctrinaux. Il arrache la Bible à la littéralité dévote pour la rendre à son feu symbolique. Il récuse le dieu extérieur qui parle, ordonne, récompense et punit, et restitue à la tradition hébraïque une profondeur plus nue, plus abrupte, plus vertigineuse, où le Divin n’est pas un personnage suprême mais la plénitude active du Réel. Dès lors, l’ouvrage dépasse le cadre du seul essai maçonnique. Il devient une interpellation spirituelle, un appel à quitter les croyances de surface pour consentir à une intelligence initiatique du sacré.
Sous la plume de Marc Halévy, le Temple n’est pas d’abord un édifice
Il est un acte de sacralisation. Il est la forme stable, incarnée, assumée, de la Tente mobile du désert. Il fixe sans pétrifier. Il ordonne sans enfermer. Il donne au Nom ineffable un lieu de résonance, non pour retenir l’Infini, mais pour rappeler à l’homme sa vocation de constructeur du monde. C’est ici que le livre touche à une vérité profondément maçonnique.
Bâtir n’est pas seulement assembler. Bâtir, c’est rendre visible un ordre intérieur, faire de la pierre une pensée devenue forme, unir la main, l’intellect et l’âme dans une même ascèse de justesse. Hiram, dès lors, n’est plus seulement une figure traditionnelle. Il devient l’emblème d’un amour exigeant de la connaissance et d’une fidélité à l’Œuvre qui engage tout l’être.
Marc Halévy écrit depuis un lieu singulier
Physicien de formation, philosophe des spiritualités, ancien proche de l’univers d’Ilya Prigogine, il appartient à cette lignée rare d’auteurs qui font dialoguer complexité, métaphysique, noétique et initiation. Cette traversée donne à son propos une tension peu commune.
Nous sentons chez lui le goût des architectures vastes, mais aussi le refus des clôtures mortes. Son œuvre, où voisinent Le Secret murmuré de Dieu, Le Grand Architecte de l’Univers, La Géométrie sacrée et Le Volume de la Loi sacrée, poursuit une même quête, celle d’une intelligibilité haute du monde, où la tradition ne relève jamais de la répétition mais d’une reconquête.
Ce livre ne cherchera pas à plaire à tous
Il y a en lui une âpreté féconde. Certains lecteurs résisteront à cette remise en cause du dieu personnel, à cette lecture du texte biblique comme témoignage symbolique plus encore que comme révélation descendue du ciel. Pourtant, c’est précisément dans cette zone d’inconfort que l’ouvrage prend sa valeur la plus vive. Il oblige à penser plus loin. Il oblige aussi à purifier notre vocabulaire intérieur. Que nommons-nous lorsque nous disons Dieu, Temple, Alliance, Élection, Sacré. Marc Halévy répond en artisan d’une transmutation. Il redonne aux mots leur force opérative, leur tension de sens, leur puissance d’ébranlement.
Nous tenons ainsi un livre de combat spirituel
Non contre les traditions, mais contre les idoles mentales, les paresses théologiques et les contrefaçons de l’initiation. Le Temple de Salomon n’y apparaît plus comme la nostalgie d’un âge d’or disparu. Il devient la figure d’un chantier permanent, où l’humain est appelé à collaborer à une œuvre qui le dépasse et l’accomplit tout ensemble. Cette vision, d’une intensité presque alchimique, rend à la franc-maçonnerie sa dignité de voie de connaissance. Non une sociabilité revêtue de symboles, mais une discipline de l’élévation, une science de l’accord entre le dedans et le dehors, entre la pierre taillée et la lumière cherchée. Chez Marc Halévy, le Temple n’abrite pas seulement le mystère. Il exige de nous que nous devenions capables de le servir.
Sous la pierre, sous le Nom, sous la figure d’Hiram et sous l’ombre rayonnante de Salomon, Marc Halévy reconduit le lecteur vers une exigence qui ne relève ni du folklore ni de la seule mémoire. Le Temple n’est vivant qu’à la condition de redevenir œuvre intérieure, discipline de l’esprit et alliance avec le Réel. C’est dans cette invitation à reprendre les outils, non pour répéter hier mais pour rendre possible une élévation de nous-mêmes à la hauteur du Mystère, que ce livre trouve sa nécessité la plus profonde.
Le Temple de Salomon – Regard d’un Franc-maçon
Marc Halévy – Éditions Numérilivre, 2026, 198 pages, 24 € / L’éditeur, le SITE
Construction du Temple de Jérusalem Flavius Josèphe, Les Antiquités judaïques, enluminure de Jean Fouquet, vers 1470-1475 Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 247, fol. 163 (Livre VIII).
De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz P.G.M.
Liberté, égalité, fraternité et recherche de la lumière
La Franc-maçonnerie, comprise comme ordre initiatique et traditionnel, ne se réduit ni à une sociabilité discrète ni à une simple philosophie morale. Elle propose un chemin de transformation intérieure, une méthode de travail sur soi qui vise la perfection de l’être humain, non au sens d’une perfection achevée, mais comme un effort continu de rectification, de lucidité et d’élévation. Dans cette perspective, ses principes fondamentaux ne sont pas seulement des règles de conduite : ils sont des archétypes opérants, des forces symboliques qui structurent l’itinéraire de l’initié et l’aident à passer de l’état profane à l’état d’homme libre et de bonnes mœurs.
Le sens initiatique des principes
Dans l’univers maçonnique, le principe n’est jamais abstrait. Il agit. Il oriente. Il façonne. Il ne s’agit pas de proclamer des valeurs de manière théorique, mais de les incarner progressivement dans la pierre vivante que représente l’être humain. La Franc-maçonnerie enseigne que l’homme n’est pas donné une fois pour toutes : il se construit, se polit, se purifie et se découvre à travers le travail, le silence, la parole juste et l’épreuve de la fraternité.
Les principes maçonniques servent alors de lois du chemin. Ils ne sont pas des ornements intellectuels, mais des instruments de transformation. Ils indiquent comment sortir du chaos intérieur, comment traverser les ténèbres de l’ignorance, comment dépasser les passions qui enferment, et comment accéder à une conscience plus vaste de soi, des autres et du monde.
La liberté comme dépouillement
Le premier de ces principes est la liberté. Mais la liberté maçonnique n’est pas une simple liberté civile, juridique ou politique. Elle est d’abord une liberté intérieure, une capacité à se dégager des chaînes invisibles qui asservissent l’esprit : préjugés, fanatisme, orgueil, conformisme, peur de penser par soi-même. Elle est le préalable indispensable à toute initiation authentique.
Être libre, dans le sens initiatique, c’est se rendre disponible à la vérité. C’est accepter de ne pas tout savoir, de ne pas tout maîtriser, de ne pas être enfermé dans ses certitudes. Le profane est souvent prisonnier de ses habitudes mentales, de ses appartenances, de ses réflexes sociaux. Le franc-maçon, lui, est appelé à se dépouiller de ce qui l’encombre pour devenir réceptif à une lumière plus haute.
Cette liberté est donc un acte de délivrance. Elle ne consiste pas à faire tout ce que l’on veut, mais à ne plus être dominé par ce qui empêche de devenir soi-même. Le véritable libre est celui qui n’est plus esclave de ses illusions.
L’égalité comme nivellement
Le second principe est l’égalité. Là encore, il convient de la comprendre dans une dimension initiatique et non simplement politique. L’égalité maçonnique n’abolit pas les différences réelles entre les êtres ; elle affirme au contraire que ces différences ne doivent jamais devenir des hiérarchies de valeur. Tous les êtres humains possèdent une dignité essentielle et sont soumis aux mêmes lois universelles du progrès, du travail et de la mort.
L’outil du niveau, en Franc-maçonnerie, exprime cette vérité avec une grande force symbolique. Il rappelle que, dans le Temple, le roi et le mendiant, le savant et l’ignorant, le puissant et l’humble se tiennent sur un même plan de valeur humaine. Les fonctions peuvent différer, les degrés aussi, mais la valeur essentielle demeure égale.
Cette égalité oblige l’initié à combattre son ego. Elle lui apprend que nul n’est arrivé, que nul n’est au-dessus des autres, que chacun travaille à sa propre rectification. L’égalité maçonnique est donc une école d’humilité. Elle enseigne que l’être humain n’est pas jugé à sa condition sociale mais à sa capacité de se transformer.
La fraternité comme identité de l’essence
Le troisième principe est la fraternité. C’est sans doute le plus profondément initiatique, car il touche à la nature même du lien humain. La fraternité maçonnique ne relève pas de la simple convivialité. Elle ne repose pas sur l’affection spontanée ni sur l’amitié choisie. Elle repose sur la reconnaissance d’une communauté d’essence entre les êtres humains.
La chaîne d’union en est l’image la plus parlante. Lorsque les francs-maçons unissent leurs mains à la fin des travaux, ils figurent visiblement ce que la conscience initiatique comprend intérieurement : aucun être n’est isolé, chacun influe sur l’ensemble, et l’élévation de l’un contribue à l’élévation de tous. La fraternité devient alors une loi de résonance.
Dans une lecture plus symbolique, la fraternité signifie que l’individualité n’est qu’une forme transitoire. L’initié découvre que son être ne prend pleinement sens que dans sa relation au Tout. Le temple n’est pas un agrégat d’individus, mais un organisme spirituel. Chaque frère, chaque sœur, y occupe une place unique, mais aucune n’a de sens sans l’ensemble.
Ainsi, la fraternité ne demande pas seulement de « bien se comporter » avec autrui. Elle demande de comprendre que l’autre fait partie de soi dans un sens plus profond. Travailler pour son perfectionnement personnel, c’est déjà servir la loge, l’humanité et l’ordre symbolique du monde.
La recherche de la lumière comme finalité
Si la liberté, l’égalité et la fraternité forment le trépied des principes, la lumière en constitue le sommet spirituel. Car les principes ne sont pas une fin en soi. Ils sont les voies par lesquelles l’initié s’approche de la lumière, c’est-à-dire de la connaissance de la vérité, de soi-même et de l’ordre universel.
L’entrée en Franc-maçonnerie est souvent présentée comme un passage des ténèbres à la lumière. Ce n’est pas seulement une image rituelle : c’est la description d’un changement d’état intérieur. L’obscurité représente l’ignorance, la dispersion, l’aveuglement du moi. La lumière représente la conscience éveillée, la clarté du discernement, la perception de l’unité derrière la multiplicité.
Dans cette logique, la lumière maçonnique n’est pas une accumulation de savoirs. Elle est une illumination de l’être. Elle ne remplit pas seulement l’esprit ; elle transforme la qualité de la présence au monde. L’initié ne cherche pas à posséder la vérité comme un objet, mais à devenir plus vrai lui-même.
La pierre brute et la méthode
La Franc-maçonnerie se présente souvent comme l’art de tailler la pierre brute. Cette image résume admirablement la fonction des principes. L’homme profane est une pierre informe, pleine d’aspérités, de contradictions, de passivité et de passions. Les principes maçonniques sont les outils qui permettent de la dégrossir, de la polir et de la rendre apte à s’insérer dans l’édifice du Temple.
La liberté empêche l’homme de rester prisonnier de ses chaînes. L’égalité le délivre de l’orgueil. La fraternité lui apprend l’interdépendance. La lumière lui donne la direction.
En ce sens, les principes constituent une méthode de transformation. Ils sont appliqués non comme des lois imposées de l’extérieur, mais comme des forces de rectification intérieure. La Franc-maçonnerie n’enseigne pas seulement ce qu’il faut penser ; elle apprend à devenir capable de penser, de juger et d’agir avec justesse.
Le travail comme voie de perfectionnement
Fibonacci au travail dans son atelier
Le travail est au cœur de cette dynamique. Il ne s’agit pas seulement du travail manuel, mais du travail symbolique, moral et spirituel. Le franc-maçon est un être en construction. Rien ne lui est donné définitivement. Tout se gagne par l’effort, l’attention et la persévérance.
Le travail en loge, la lecture des symboles, l’écoute des planches, la méditation silencieuse, l’échange fraternel, l’introspection : tout cela participe d’une même démarche. L’être doit se tailler lui-même, comme le sculpteur libère la forme enfermée dans la pierre.
Cette conception donne au travail une noblesse particulière. Il n’est pas une contrainte extérieure, mais le moyen même du développement intérieur. Travailler, pour l’initié, c’est se transformer. C’est passer de l’inachevé au plus juste, de l’épars à l’unifié, du bruit à la clarté.
Les degrés du chemin
Chaque degré maçonnique met l’accent sur un aspect particulier des principes.
À l’état d’apprenti, le silence et l’écoute dominent. L’initié apprend à se taire pour mieux entendre. Il découvre que la parole n’a de valeur que lorsqu’elle naît d’une intériorité travaillée.
À l’état de compagnon, le travail et l’étude prennent le relais. L’initié explore, compare, comprend, élargit son regard. Il utilise les facultés humaines, les sens, l’intelligence et la raison pour mieux saisir le monde.
À l’état de maître maçon, la constance, la mémoire de la finitude et la résilience deviennent centrales. L’initié comprend que l’épreuve, la perte et la mort symbolique ne détruisent pas le sens du travail : elles l’approfondissent. La vraie force n’est pas dans l’absence d’épreuves, mais dans la fidélité au chemin malgré elles.
Un humanisme de la transformation
La Franc-maçonnerie n’exige pas de croire à des vérités imposées. Elle invite à chercher. Elle propose un humanisme de la transformation, fondé sur la raison, la réflexion, la science du symbole et le libre examen. Elle ne veut pas former des fidèles, mais des êtres capables de discernement.
En cela, ses principes ne sont pas des dogmes, mais des chemins de rectitude. Ils permettent à l’initié d’habiter le monde autrement. Il ne s’agit pas de fuir l’humanité, mais de mieux l’aimer. Il ne s’agit pas de mépriser la matière, mais de la transfigurer. Il ne s’agit pas de nier l’ombre, mais d’y faire lever la lumière.
Pour conclure…
Les principes maçonniques ne sont pas seulement des repères moraux. Ils sont la trame vivante d’un itinéraire initiatique. La liberté dépouille, l’égalité redresse, la fraternité relie, la lumière révèle. Ensemble, ils forment la méthode par laquelle l’homme ordinaire peut devenir un être plus juste, plus conscient et plus libre.
La Franc-maçonnerie invite ainsi chacun à entrer dans le Temple de l’Humanité non comme un possesseur de vérité, mais comme un ouvrier de la pierre intérieure. Elle rappelle que l’être humain ne se réalise pas dans la domination ou l’isolement, mais dans l’effort patient, la rectitude et la communion avec les autres.
En fin de compte, être maçon, c’est accepter que les principes soient moins des idées que des forces de transmutation. C’est travailler à devenir lumière, pour soi, pour la loge et pour l’humanité tout entière.
Selon L’Humanité, plusieurs membres ou proches du Rassemblement national fréquenteraient la loge « L’abbé Suger », atelier rattaché à la Grande Loge Nationale Française. Une révélation sensible, tant la GLNF revendique une franc-maçonnerie spirituelle, régulière, étrangère aux débats politiques et religieux. Mais lorsque le temple semble frôler le salon d’influence, une double question revient avec insistance : où s’arrête la liberté du frère et où commence la dérive d’un atelier ?
Selon les informations publiées par L’Humanité sous la plume de Bruno Rieth, la loge « L’abbé Suger », rattachée à la Grande Loge Nationale Française (GLNF), réunirait en Île-de-France plusieurs profils politiquement marqués à droite, voire proches du Rassemblement national. Le journal évoque notamment la présence de policiers issus de syndicats minoritaires, dont France Police et Police Citoyenne, ainsi que celle d’élus ou anciens élus liés au RN. L’affaire, si les éléments rapportés sont confirmés, ne relève donc pas seulement d’une rumeur d’agapes. Elle touche à une question beaucoup plus profonde, presque opérative au sens initiatique du terme : que devient une loge lorsque l’atelier, lieu de silence, de dépouillement et de fraternité, semble servir de point de rencontre à une sensibilité partisane ?
Grande Loge Nationale Francaise GLNF
La prudence s’impose. Il ne s’agit pas de faire porter à toute une obédience le poids d’une loge ni à toute une loge celui de quelques appartenances individuelles. La franc-maçonnerie n’est pas un bloc ; la GLNF encore moins une caricature. Elle se présente publiquement comme une obédience dite régulière de 32 000 membres, «où l’on ne parle ni de politique ni de religion », en amitié avec 212 Grandes Loges étrangères.
Cette affirmation donne précisément toute sa gravité à l’affaire. Car plus une institution se réclame de l’apolitisme, plus elle doit veiller à ce que cet apolitisme ne devienne pas un paravent commode, une tenture tirée devant des fréquentations devenues trop voyantes.
Le cas de France Police ajoute une charge particulière au dossier. Ce syndicat, présenté par Le Parisien comme proche de l’extrême droite, avait été menacé de dissolution après des propos publiés à la suite de la mort de Nahel, propos dénoncés par le ministère de l’Intérieur comme « inacceptables » et « abjects »le ministre en exercice étant alors Gérald Darmanin. (leparisien.fr) Si des membres liés à cet univers gravitent effectivement autour d’un atelier maçonnique, la question n’est plus seulement celle d’une préférence électorale privée ; elle manifeste alors une porosité entre un espace initiatique et des imaginaires politiques de tension, d’ordre, d’identité et d’affrontement.
La GLNF a, d’ailleurs, déjà soulevé quelques interrogations de la Presse, à ce sujet. En effet, en février 2024, à la suite d’un article du Canard enchaîné évoquant un déjeuner organisé, au Cercle de l’Union Interalliée, par certains de ses membres avec Jordan Bardella, elle avait publié un démenti formel récusant la moindre implication de l’Obédience dans cette initiative, son communiqué rappelant solennellement sa volonté permanente de rester à l’écart des questions religieuses et politiques. Ce précédent éclaire le malaise actuel. À chaque fois, le même dilemme refait surface et demande à être résolu : la régularité maçonnique peut-elle se réduire efficacement – et contre vents et marées – à une intangible orthodoxie rituelle ou ne risque-t-elle pas – à un moment ou à un autre – de se dissoudre peu ou prou dans le reflet de certaines concentrations d’opinions, aussi bien au plan moral que civique, au gré de ce qui se vit entre les colonnes ?
Le problème n’est pas qu’un franc-maçon ait des opinions politiques. Ce serait absurde et même contraire à l’idée d’homme libre. Le maçon vote, pense, doute, se trompe parfois, revient sur ses pas, polit sa pierre dans le monde réel. Mais la loge n’est pas un club électoral. Ce n’est ni une succursale politique ni une arrière-boutique où se recomposeraient des fidélités partisanes, sous couvert de fraternité. Le temple ne demande pas au frère d’abandonner sa conscience à la porte. Il lui demande, au contraire, de la déposer sur l’autel intérieur, afin de pouvoir l’examiner, la rectifier et l’élever.
La formule souvent invoquée de la « loge libre » mérite donc d’être reprise avec rigueur. Libre ne signifie pas livrée à toutes les captations. Libre ne signifie pas disponible pour toutes les influences. Libre signifie responsable. Libre signifie capable de tenir l’équilibre entre l’indépendance des frères et la fidélité à l’esprit de l’Ordre. Une loge vraiment libre ne devient jamais le refuge confortable d’un entre-soi politique. Elle demeure un lieu d’épreuve, où chaque certitude doit accepter le maillet de la contradiction, l’équerre de la justice et le niveau de l’égalité fraternelle.
Suger représenté dans le vitrail de l’Arbre de Jessé de la basilique Saint-Denis, restitué par Eugène Viollet-le-Duc et Henri Gérente en 1848.
L’affaire « L’abbé Suger », si elle devait se confirmer dans toute son ampleur, poserait donc à la GLNF une question qui dépasse largement la seule gestion disciplinaire. Elle l’obligerait à dire ce qu’elle entend par apolitisme. Est-ce le silence absolu sur la cité ou l’exigence de ne pas importer la rivalité des partis dans le temple ? Est-ce une neutralité de façade ou une ascèse réelle imposant aux frères de ne pas transformer leur appartenance maçonnique en réseau d’influence ? Principes et pratiques différentes aux conséquences majeures. Car le silence maçonnique n’est pas l’absence de parole. C’est une discipline de la parole, qui protège le travail intérieur et ne doit jamais servir à soustraire l’institution au discernement.
Nous savons combien l’époque est dangereuse pour la franc-maçonnerie. L’antimaçonnisme prospère sur les demi-vérités, les insinuations et les fantasmes de pouvoir occulte. Chaque ambiguïté devient un brandon tendu aux entrepreneurs du soupçon. C’est pourquoi les obédiences ont aujourd’hui une responsabilité accrue. Elles doivent éviter deux pièges : le premier serait la panique morale, qui confondrait immédiatement opinion politique et faute maçonnique ; le second serait l’indifférence confortable, qui laisserait se constituer des foyers de connivence partisane, au motif que rien, officiellement, ne se dit en tenue.
Dans ce type d’affaire, la réponse la plus forte n’est pas nécessairement le communiqué. C’est la clarté : clarté sur les principes, clarté sur les limites, clarté sur ce qui distingue la liberté individuelle du frère et l’usage collectif d’un atelier. Car la franc-maçonnerie ne peut pas se contenter d’être irréprochable dans ses rituels. Elle doit aussi être vigilante dans ses fréquentations, dans ses images, dans les signes qu’elle adresse au monde profane. Le symbole n’est jamais neutre. Une loge porte un nom, une mémoire, une orientation spirituelle. Elle ne saurait devenir, sans dommage, le miroir d’un camp.
Suger est fait abbé de Saint-Denis, tableau de Juste d’Egmont, musée d’Arts de Nantes, XVIIe siècle.
L’abbé Suger, figure médiévale de Saint-Denis, fut associé à la lumière gothique, à l’élévation de la pierre, à l’art de faire descendre la clarté dans la matière. Que son nom se retrouve aujourd’hui au centre d’une polémique sur des proximités politiques supposées avec l’extrême droite donne à cette affaire une ironie presque symbolique : là où Suger ouvrait les murs pour laisser passer la lumière, certains semblent tentés de refermer les portes sur des affinités trop étroites.
La franc-maçonnerie n’a rien à gagner à nier ses tensions internes. Elle a tout à gagner à les regarder en face. Le pavé mosaïque n’est pas une décoration. Il enseigne que la lumière et l’ombre coexistent, mais qu’elles ne se confondent pas. Une obédience qui se dit spirituelle ne peut éluder cette exigence. Elle doit rappeler que la fraternité n’est ni une protection automatique ni un alibi ni un passe-droit. C’est une responsabilité.
Dans un temple, nous ne demandons pas aux frères de penser tous la même chose. Nous leur demandons de ne jamais oublier pourquoi ils sont venus.
Non pour faire entrer le bruit des partis entre les colonnes, mais pour apprendre patiemment à faire taire ce qui divise, abaisse et enferme. La loge libre est non seulement celle où personne n’importe ni a fortiori n’impose son camp mais c’est surtout celle où chacun accepte, enfin, de le dépasser et de se dépasser.
La lettre est une création humaine et le nombre aussi. Ni l’une ni l’autre n’existent dans la nature. Ils sont tous deux issus de l’esprit humain. Ces signes permettent de rendre compte de la réalité. Ils ne sont pas la réalité elle-même. Ils permettent la construction des idées sur le monde. L’histoire des lettres montre que l’esprit associe nombre et langage. Lire, c’est réunir des lettres en mots. Épeler c’est nommer oralement successivement chacune des lettres d’un mot.
Cette façon d’approcher le langage est intimement lié à son l’acquisition et à sa maîtrise. Décomposer méthodiquement un mot en sonorités élémentaires permet de mieux le reconstituer et ainsi se l’approprier. Ce même procédé sera d’ailleurs utilisé tout au long de la vie de l’individu pour apprendre ou transmettre oralement la juste orthographe d’un mot.
Il est important de noter que l’action d’épeler implique une relation entre un destinateur (celui qui détient l’information et va la transmettre), le message (le mot, nom épelé), et un destinataire (celui qui va recevoir l’information). Il s’agit donc d’une véritable communication qui est mise en place.
D’un point de vue physiologique la fonction d’« Épeler » est la résultante visible d’un mécanisme complexe mettant en jeu différentes capacités cognitives, auditives et phonatoires. La fonction d’épeler s’avère donc être à la fois une faculté naturelle nécessaire pour acquérir le langage, un facteur structurant de notre appareil psychique et un mode de communication particulier.
Épeler dans le temple
Dans l’univers symbolique et rituel de la franc-maçonnerie, certaines expressions résonnent comme des énigmes, chargées de sens profonds et de traditions ancestrales. Parmi elles, la réponse de l’Apprenti à la demande du Mot Sacré – « Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler. Donnez-moi la première lettre, je vous donnerai la seconde » – occupe une place centrale. Cette formule, souvent prononcée dans un chuchotement rituel lors de la révélation des arcanes ou lors d’un tuilage (l’examen maçonnique pour vérifier l’identité et le degré d’un frère ou d’une sœur), n’est pas un simple aveu d’ignorance. Au-delà d’une simple réplique, elle révèle les fondements d’une tradition qui valorise la discrétion, la fraternité et l’élévation progressive de l’esprit.
Cette phrase, issue des rituels maçonniques du XVIIIe siècle, apparaît dans divers rites, comme le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) ou le Rite Français. Elle symbolise le passage d’un état profane à une quête spirituelle et morale, où le néophyte apprend à décomposer le savoir pour mieux le reconstruire.
Les deux interlocuteurs épellent alternativement les lettres du Mot Sacré, sans jamais le prononcer en entier. Ce rituel n’est pas anodin : il s’accompagne de gestes physiques, comme un balancement du corps ou un chuchotement alterné à l’oreille gauche et droite, renforçant le caractère intime et sacré de l’échange. L’Apprenti, en avouant son « incapacité » à lire ou écrire, exprime, dans l’interprétation la plus courante, sa dépendance vis-à-vis du guide plus expérimenté, soulignant la nécessité d’une transmission fraternelle et progressive. Ce moment rituel intervient après l’initiation proprement dite, où le néophyte a déjà subi des épreuves symboliques et prêté serment de garder les secrets.
Les racines de cette phrase remontent aux origines de la franc-maçonnerie spéculative, au début du XVIIIe siècle en Angleterre, avec la création de la Grande Loge de Londres en 1717. À l’époque, les rituels étaient transmis oralement pour éviter toute divulgation écrite, conformément aux anciens serments des maçons opératifs (bâtisseurs de cathédrales) qui juraient de ne pas révéler leurs secrets professionnels. Les premières divulgations rituelles, comme Les Trois coups distincts (vers 1760), montrent déjà des variantes de cette formule, où l’Apprenti affirme ne pas devoir lire ni écrire les secrets, pour respecter l’interdiction de les consigner par écrit. Il état donc impossible de le dire sans le violer.
En France, où la franc-maçonnerie s’implante rapidement, la phrase évolue. Au Rite Français, elle devient souvent « Je ne dois ni lire ni écrire » , insistant sur l’obligation morale plutôt que sur l’ignorance. Cette version est plus fidèle aux sources du XVIIIe siècle, où les rituels écrits étaient prohibés par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Des loges d’instruction comme la Stability Lodge ou l’Emulation Lodge transmettaient les workings (façons de faire) par mémoire pure, évitant toute note. La variante « Je ne sais » apparaît plus tard, vers 1825-1830, au REAA, avec une connotation moralisante et sociale, reflétant l’évolution de la maçonnerie vers une dimension éducative et philosophique.
Cette évolution historique souligne un passage d’une maçonnerie opérative (pratique) à spéculative (symbolique), où l’illettrisme allégorique de l’Apprenti rappelle les bâtisseurs médiévaux, souvent analphabètes mais maîtres dans l’art de la construction.
« Je ne sais qu’épeler » marque les premiers pas vers la lumière, en décomposant le savoir en éléments basiques – les lettres – pour le reconstruire progressivement.
En décomposant le Mot en unités élémentaires (les lettres), la transmission devient progressive, adaptée au rythme de l’Apprenti qui avance pas à pas. Le secret n’est pas brutalement imposé : il est suggéré, reconstruit ensemble. Cette approche enseigne au néophyte non seulement le Mot lui-même, mais aussi la méthode maçonnique par excellence : questionner, écouter, contribuer, assembler ce qui est épars. L’épellation devient ainsi une leçon vivante de l’humilité et de la fraternité.
Cette décomposition évoque la Parole perdue de la légende maçonnique d’Hiram, architecte du Temple de Salomon, dont le meurtre prive les maçons du mot de maître. L’Apprenti, en épelant, cherche à retrouver cette Parole, lettre par lettre, symbolisant la quête initiatique : analyser, disséquer pour synthétiser. Selon René Guénon, l’Apprenti est incapable de « rassembler ce qui est épars », d’où son recours à l’épellation, qui nécessite un duo fraternel.
Symboliquement, cela renforce l’oralité : les secrets maçonniques ne doivent pas être écrits pour éviter la profanation, préservant leur caractère sacré et dynamique. L’échange alterné des lettres illustre la fraternité, où l’un complète l’autre, formant une chaîne d’union. Elle rappelle aussi la marche de l’Apprenti – trois pas glissés–, une progression prudente et rectiligne, similaire à l’épellation lettre par lettre.
Épeler est une approche fractale du savoir, où l’épellation symbolise un flux incessant. Elle rappelle que la maçonnerie n’est pas une accumulation de connaissances, mais une transformation intérieure progressive.
« Je ne sais qu’épeler » n’est pas un aveu de faiblesse, mais une porte vers l’élévation. Elle encapsule l’essence de la franc-maçonnerie : humilité, fraternité, transmission orale et quête perpétuelle. Pour l’Apprenti, elle marque le début d’un voyage où chaque lettre épelée est un pas vers la lumière, rappelant que le vrai savoir se construit ensemble, dans la discrétion et la persévérance.
Chaque lettre prononcée à tour de rôle crée une respiration saccadée, une pulsation qui anime la cérémonie d’initiation ou le tuilage. Ce rythme n’est pas anodin : il rappelle les coups réguliers du maillet sur le ciseau, lorsque le maçon opératif dégrossit la pierre brute pour lui donner forme. Dans cet échange alterné, le franc-maçon incarne successivement plusieurs rôles : – Celui qui prononce une lettre devient actif, tel le maillet et le ciseau qui frappent et taillent, modelant le Mot. – Celui qui attend la lettre suivante se place en position réceptive, comme la pierre qui subit l’action des outils et se transforme progressivement. À deux, les interlocuteurs contribuent ainsi à édifier une œuvre commune : le Mot Sacré, reconstruit lettre par lettre, mot par mot, dans une collaboration fraternelle. Cette dynamique illustre parfaitement le principe maçonnique selon lequel rien ne s’accomplit seul ; l’édifice symbolique naît de l’union des efforts.
À première vue, l’échange semble binaire : un locuteur, puis l’autre. Pourtant, il dissimule un ternaire profond. Entre chaque lettre prononcée s’intercale un silence – infime, mais essentiel. Ce silence n’est pas un vide : il est la source originelle, le potentiel non manifesté d’où naît toute vibration, toute parole. L’épellation met en scène ce ternaire caché : la lettre prononcée (manifestation active), le silence qui suit (source et réceptacle), la lettre suivante, qui naît de ce silence. Dans l’épellation, fragmentée et ralentie, c’est précisément ce vide inter-lettré qui attire l’attention. Il met en relief le Mot, lui donne relief et profondeur.
Cependant une question demeure : Dans le dialogue rituel entre l’Apprenti et le Surveillant (ou tout autre frère qui pratique le tuilage), l’épellation du Mot Sacré n’est pas un exercice aléatoire ou une simple mémorisation mécanique. Ne repose-elle pas sur un principe très précis :
les deux interlocuteurs connaissent-ils déjà le mot en entier, mais ils ne le prononcent jamais tel quel à haute et intelligible voix?
L’Apprenti répond immédiatement par la lettre suivante. Les deux connaissent-ils donc la suite ? Si l’un des deux ne connaissait pas le mot, il serait incapable de donner la bonne lettre suivante → le dialogue s’arrêterait immédiatement, révélant qu’il n’est pas initié au grade. L’alternance prouve que les deux ont reçu la même transmission et respectent les mêmes règles. L’épellation ainsi ne serait pas une devinette, contrairement à ce qu’en dit Wirth dans La Franc Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes- Livre de l’Apprenti où il écrit : « On met le Néophyte sur la voie de la vérité, en lui donnant symboliquement la première lettre du mot sacré; il doit trouver lui-même la seconde, puis on lui indique la troisième, afin qu’il devine la quatrième », p.149 ). C’est précisément parce que les deux sauraient déjà qu’ils peuvent alterner sans hésiter, reconstruisant ainsi symboliquement la « Parole » fragmentée, lettre par lettre, dans le silence et la discrétion du temple. Symboliquement, cela illustre que le savoir maçonnique se construit ensemble, par fragments, dans la fraternité et la complémentarité (l’un donne, l’autre complète). Ce serait alors un test croisé de reconnaissance, un rituel de prudence, de mémoire et de fraternité.
L’acte d’épeler dépasse la simple reconnaissance rituelle. Il incarne le travail de l’Apprenti sur sa pierre brute, la transmission fraternelle, la puissance créatrice de la Parole fragmentée et recomposée, et surtout la complémentarité fraternelle nécessaire à la voie initiatique.
Avec De l’ombre à la lumière à La Ciotat, Christian Gauthier compose un roman de passage, de secousse et de relèvement.
Blason de La Ciotat
En conduisant plusieurs êtres cabossés vers une ville chargée de mémoire, de mer et de clarté, il fait de La Ciotat un lieu de vérité intérieure, où les ombres anciennes ne disparaissent pas, mais se travaillent jusqu’à devenir lumière.
Christian Gauthier ne donne pas seulement à lire un roman de rencontre, de réparation et de métamorphose intérieure.
Il déploie une traversée de la faille, une montée vers une clarté qui ne gomme rien, n’excuse rien, mais oblige chacun à reprendre en main la matière blessée de sa propre existence.
Les frères Lumière, gare de La Ciotat
Quatre êtres cabossés, Lucie, Romuald, Clara et Éric, sont saisis à l’instant précis où leur vie menace de se durcir en destin. L’invitation qui les arrache à leur quotidien possède la douceur d’un signe et l’autorité d’un appel. L’énigme n’y relève jamais d’un artifice narratif. Elle prend la forme même de la vocation intérieure.
La grande réussite du livre tient à ce que La Ciotat n’y est jamais réduite à un simple cadre Elle devient une puissance symbolique. Ville des frères Lumière, ville des chantiers, ville de l’arrêt puis de la réinvention, elle porte en elle la loi secrète du roman. Ce qui fut métal, bruit, deuil et fatigue peut y devenir création, recommencement, transmutation.
Christian Gauthier saisit avec justesse qu’une géographie peut recevoir une valeur initiatique. La mer, les hauteurs, les traces ouvrières, la mémoire industrielle et la lumière méditerranéenne composent ici une véritable alchimie. La ville devient le miroir des consciences qu’elle accueille, comme si chaque rue demandait aux personnages ce qu’ils ont fait de leur ombre et s’ils consentent enfin à la travailler.
Lucie, sœur insoumise, usée par les impostures du monde autant que par les déceptions decertains milieux maçonniques, porte la révolte devenue braise. Romuald, ancien maçon lui aussi, cherche de voie en voie une vérité qu’aucune appartenance n’a pu contenir. Clara règne sur la puissance et découvre peu à peu la nudité intérieure d’une existence soumise au contrôle. Éric, enfin, s’avance au bord du gouffre, là où l’âme ne tient plus qu’à un fil.
Christian Gauthier a l’intelligence de ne pas distribuer des rôles psychologiques convenus
La Ciotat, vue du ciel
Il fait de chacun une modalité de la quête. Ces quatre personnages apparaissent presque comme les quatre visages d’un même être en travail. Ils forment les quatre coins d’un pavé intérieur, les quatre éléments d’une œuvre au noir qui attend son relèvement.
Le cœur maçonnique et initiatique du livre apparaît alors avec netteté
Sous la demeure où ils sont réunis repose un ancien temple avec ses colonnes J et B, sa voûte étoilée, son compas, son équerre, son pavé mosaïque. Pourtant, le roman ne se perd jamais dans l’ornement symbolique. Il rappelle une vérité plus exigeante. Le temple n’est rien sans le travail de l’être. La parole, le silence, la confrontation à soi, le groupe, la mémoire, jusqu’aux séances d’hypnose, tout concourt à une œuvre de dégagement intérieur. Ce que Christian Gauthier met ici en scène relève moins d’une initiation conférée que d’une initiation consentie. La lumière n’est pas donnée, elle est reconnue. Et la franc-maçonnerie, telle qu’elle affleure ici, retrouve sa dignité lorsqu’elle cesse d’être apparat pour redevenir faim de sens.
L’écriture aime l’abondance, l’insistance, la générosité expressive
Par instants, elle déborde, mais ce débordement appartient à la vérité même de l’entreprise. Christian Gauthier préfère le trop-plein de vie à la sécheresse. Son roman cherche moins la perfection formelle que la justesse vibrante. Il veut toucher, consoler, secouer, remettre debout. C’est pourquoi ce livre nous semble émouvant dans ce qu’il porte de plus profond. Il rappelle que toute quête spirituelle digne de ce nom commence non dans les hauteurs abstraites, mais dans les fractures de l’existence ordinaire.
De Christian Gauthier, nous connaissons déjà Écoute-moi, paru en 2023, puis Le Défi de vivre, paru en 2024 et écrit avec Rodolphe Gillet. Cette brève bibliographie suffit à dessiner une fidélité. Écouter, vivre, passer de l’ombre à la lumière. Tout est déjà là, comme une ligne intérieure. Christian Gauthier apparaît ainsi comme un écrivain du relèvement, attentif aux êtres en rupture, aux consciences fatiguées, aux renaissances lentes.
Avec ce roman, il donne à cette orientation une portée plus chorale, plus symbolique, plus maçonnique aussi. Et c’est précisément ce qui nous retient durablement. Non une leçon, mais une mise en marche.
Christian Gauthier rappelle ainsi que toute renaissance véritable exige davantage qu’un déplacement de lieu
Logo-LOL
Elle suppose une traversée, une mise à nu, une fidélité à ce qui, en nous-mêmes, demande encore à être redressé. Sous le ciel de La Ciotat, son roman fait entendre cette leçon discrète et profonde où l’existence, enfin, consent à son propre relèvement.
Je peux aussi te faire une seconde version, un peu plus journalistique pour 450.fm, tout en gardant la même profondeur.
De l’ombre à la lumière à La Ciotat Christian Gauthier – Éditions L.O.L., 2026, 324 pages
Si on a à l’esprit que la gestion des émotions est à l’origine des principaux dérèglements de la pensée humaine, l’assurance que la pratique quotidienne de la méditation permet d’éviter des passages à l’acte préjudiciables crédibilise l’intégration de la méditation dans une démarche initiatique renouvelée.
Mon expérience personnelle et les témoignages recueillis me permettent d’affirmer que tous les francs-maçons devraient méditer chaque jour 15 à 30 minutes. Que de soucis en moins. Au diable les mesquineries de bas étage. Les réactions superficielles des sujets fatigués. Les comportements inutilement agressifs. L’autosatisfaction béate des faibles d’esprit. L’entre soi du café du commerce.
Je suis convaincu que cette intégration de la méditation dans le cursus maçonnique devrait faire partie de l’apprentissage et devrait être une condition nécessaire pour prétendre accéder aux différents degrés des rituels.
Cela pourrait faire partie des différents éléments novateurs qui pourraient permettre un renouveau maçonnique.
La grande variété des thèmes de la démarche maçonnique nous autorise à créer des méditations guidées en résonance avec nos préoccupations. C’est ce que j’ai entrepris dans mon activité de formation en méditation.
Je vous propose deux méditations guidées que j’ai réalisées dans cette perspective :
La première rentre dans le cadre du principe socratique « Connais toi toi-même »
Comme vous le verrez, on reste dans la méthodologie de la méditation :
la respiration ventrale
la fixation de l’attention sur un thème
l’observation sans jugement
le regard distancé.
Dans cette méditation, j’utilise le symbolisme de l’arbre et celui de la coupe.
La 2e méditation est plus spécifiquement maçonnique car elle est fondée sur l’attention portée sur la flamme d’une bougie.
Les deux dimensions de la pratique de la méditation dans le cadre de la démarche maçonnique
la pratique individuelle
et la pratique collective
La pratique individuelle doit être quotidienne si on veut en tirer les bienfaits espérés.
La pratique collective pourrait faire partie d’une innovation dans la démarche maçonnique ! On pourrait imaginer que cette pratique collective se fasse dans les créneaux horaires où les temples ne sont pas utilisés. Ce pourrait être une pratique inter-obédientielle ou interloges.
L’article de Ça m’intéresse publié en avril 2026 met en lumière un angle souvent négligé de l’histoire politique et sociale : la manière dont des lieux de sociabilité fermés ou semi-fermés — loges maçonniques, clubs, cercles, think tanks — ont servi de matrices d’influence, de cooptation et parfois de décision indirecte. Le texte rappelle que ces espaces ne se réduisent pas à des cénacles d’entre-soi : ils ont aussi été des laboratoires d’idées, des réseaux de circulation des élites et, dans certains contextes, de véritables accélérateurs de réformes.
Depuis la Révolution française, puis sous la IIIᵉ République, la franc-maçonnerie a été associée à la construction de certains grands équilibres politiques et laïques. Mais l’article souligne surtout qu’elle s’inscrit dans une galaxie plus large de réseaux d’influence, au côté des clubs parlementaires, des cercles mondains, des think tanks modernes et des forums internationaux. Cette continuité historique permet de comprendre pourquoi les loges ont souvent été perçues, à tort ou à raison, comme des espaces où s’élaborent des visions du monde avant de se traduire dans la sphère publique.
Une histoire longue des cercles d’influence : Des salons aux clubs révolutionnaires
Le texte de Ça m’intéresse rappelle que les clubs révolutionnaires du Paris de 1789 furent les héritiers des salons, académies et cafés de l’Ancien Régime. Les Jacobins, les Feuillants ou les Cordeliers ne sont pas seulement des lieux de discours : ils structurent des alliances, fixent des lignes de fracture et façonnent les premiers langages politiques modernes.
Cette logique de cooptation et de circulation des idées se retrouve ensuite dans d’autres formes d’associations. La franc-maçonnerie, en tant que fraternité organisée, reprend une partie de cette logique en l’orientant vers une finalité initiatique et morale. Dans le même temps, elle devient un espace de socialisation des élites, de formation des réseaux et de diffusion de valeurs comme la laïcité, l’universalisme ou l’école républicaine.
La franc-maçonnerie comme réseau : Influence, mais pas pouvoir occulte
L’article insiste sur une nuance essentielle : la franc-maçonnerie influence, mais elle ne gouverne pas en bloc. Elle n’agit pas comme un État dans l’État, mais comme un tissu relationnel où se croisent des hommes et des femmes de convictions diverses. Cette distinction est importante, car elle permet de sortir du fantasme complotiste sans nier l’existence d’effets concrets de réseau.
Jean-Antoine-Nicolas Caritat, marquis de Condorcet
Le Grand Orient de France, la Grande Loge de France ou le Droit Humain ont pesé historiquement dans la promotion de la laïcité, de l’école publique et des droits civiques. La Bibliothèque nationale de France rappelle d’ailleurs que plusieurs Francs-maçons ont contribué à des idées sociales majeures, de Condorcet à Pierre Mendès France, en passant par Jean Zay ou Léon Bourgeois.
Mais cette influence s’exerce toujours dans un cadre pluraliste : il n’existe pas de hiérarchie mondiale unique capable d’ordonner des décisions à l’échelle de l’État. L’article de Ça m’intéresse rejoint ainsi les analyses sociologiques qui décrivent les loges comme des espaces de cooptation et de circulation d’idées, non comme des centres de commandement secret.
Des think tanks au cœur du jeu : L’influence devenue expertise
Un des apports majeurs de l’article est de replacer les loges dans une histoire plus large des think tanks. Ces derniers représentent une évolution moderne du vieux modèle des clubs : ils sortent du secret pour investir l’expertise, la recherche appliquée et le conseil aux décideurs. Le Council on Foreign Relations, la Brookings Institution ou la Rand Corporation sont évoqués comme des institutions qui ont durablement orienté des politiques publiques aux États-Unis.
En France, des structures comme Le Siècle, l’Institut Montaigne ou Terra Nova jouent un rôle analogue, même si leur mode d’action est plus discret et plus policé. Le cercle Le Siècle, fondé en 1944, rassemble chaque mois plusieurs centaines de personnalités politiques, économiques, médiatiques et administratives. Il fonctionne comme un lieu de contact, de circulation des informations et de mise en relation des élites.
L’article souligne ainsi que le pouvoir contemporain ne passe pas seulement par les partis ou les institutions visibles. Il se construit aussi dans des espaces intermédiaires où se nouent les relations de confiance, où circulent les diagnostics et où se fabriquent des convergences intellectuelles.
Les suspicions internationales : Bilderberg, Davos, Trilatérale
DAVOS/SWITZERLAND, 27JAN11 – Daniel Goleman, Co-Director, Consortium for Research on Emotional Intelligence in Organizations, Rutgers University, USA, speaks during the session ‘The New Reality of Consumer Power’ at the Annual Meeting 2011 of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, January 27, 2011. Copyright by World Economic Forum swiss-image.ch/Photo by Michael Wuertenberg
Le texte de Ça m’intéresse rappelle que certaines structures internationales ont cristallisé les fantasmes les plus puissants autour des réseaux d’influence. Le groupe Bilderberg, le Forum de Davos et la Commission Trilatérale sont souvent perçus comme des lieux d’entre-soi globalisé, dans lesquels dirigeants politiques, financiers et intellectuels échangent à huis clos.
Ces rendez-vous sont rarement des lieux de décision formelle, mais ils sont des lieux d’orientation, de mise en récit et de coordination informelle. C’est précisément cette part d’invisible qui alimente les soupçons, surtout quand les débats se déroulent « off », hors contrôle démocratique direct. Le texte cite à ce propos l’idée bourdieusienne selon laquelle la reproduction des élites passe par l’appropriation des positions prestigieuses et leur transmission dans des réseaux de reconnaissance mutuelle.
Pourquoi la franc-maçonnerie concentre les fantasmes Secret, symbole et pouvoir perçu
La franc-maçonnerie concentre depuis longtemps les projections parce qu’elle associe trois éléments particulièrement sensibles : le secret relatif, la cooptation et la présence historique d’élites. Elle devient alors, dans l’imaginaire public, l’archétype du réseau qui agirait sans être vu.
Pourtant, l’article rappelle que la Maçonnerie est d’abord un espace de travail symbolique et de débat moral. Les loges ne dictent pas des programmes politiques ; elles mettent en relation des personnes qui, parfois, influencent ensuite leurs institutions respectives. Cette différence est fondamentale : il y a bien circulation d’idées et de personnes, mais pas de centralisation occulte absolue.
Le texte rejoint ici des analyses plus anciennes sur le rôle des loges dans la modernité politique. Elles ont pu servir de « laboratoires » d’idées, mais sans abolir la diversité des trajectoires individuelles.
Le temps des plateformes : Réseaux numériques et continuités anciennes
L’article de Ça m’intéresse prend tout son sens à l’heure des plateformes numériques. Les réseaux sociaux, les moteurs de recherche et les agrégateurs d’actualité ont remplacé une partie des anciens cercles d’influence comme lieux de diffusion. Là où les clubs distribuaient l’information à huis clos, les plateformes la propagent désormais à grande échelle, avec des effets d’amplification très puissants.
Cette mutation ne supprime pas les réseaux traditionnels : elle les redouble. Les loges, les clubs et les think tanks continuent d’exister, mais ils doivent composer avec un environnement où la visibilité est immédiate, où les soupçons circulent vite, et où les théories du complot trouvent facilement un terrain de prolifération.
Une influence réelle, mais limitée : Entre réseaux et fantasmes
Les sources convergent sur un point : les Francs-maçons ont pu jouer un rôle important dans la vie publique française, notamment sous la IIIᵉ République et dans certains combats laïques ou sociaux. Mais cette réalité historique ne justifie ni l’idée d’un contrôle total, ni celle d’un complot permanent.
L’article de Ça m’intéresse a le mérite de replacer la question dans une perspective plus large : les loges ne sont qu’un type de réseau parmi d’autres, au même titre que les clubs, les cercles patronaux, les think tanks ou les forums internationaux. Leur influence est diffuse, relationnelle, variable selon les époques et les contextes.
Pour terminer… Comprendre sans caricaturer
Le grand intérêt de cet article est de montrer que la puissance des réseaux ne tient pas uniquement aux institutions visibles, mais aussi aux espaces de confiance, de sociabilité et de circulation des idées. La franc-maçonnerie y occupe une place singulière, à la fois historique, symbolique et politique.
En même temps, il faut éviter de transformer cette influence en mythe totalisant. Les loges ne commandent pas l’État, ne dirigent pas les algorithmes et ne gouvernent pas le monde. Elles participent à la fabrique des élites et à la circulation des idées, ce qui est déjà considérable, mais cela reste inscrit dans un tissu plus vaste de clubs, de think tanks et de réseaux d’influence concurrents.