mer 21 janvier 2026 - 08:01
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95% des Francs-maçons tombent dans ce piège : évitez-le pour transformer votre vie maçonnique !

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Imaginez : vous frappez à la porte d’une loge maçonnique, le cœur empli de rêves, d’espoirs secrets et peut-être même de quelques fantasmes. Comme la plupart des profanes (les non-initiés), vous espérez que cette communauté mystique résoudra vos problèmes, apaisera vos doutes et vous offrira un havre de paix éternel. Mais la réalité frappe vite et fort. Si l’harmonie règne souvent lors de votre arrivée, un simple grain de sable – un désaccord mineur, une parole maladroite – suffit à tout chambouler. La loge s’agite, les passions bouillonnent…

Et c’est là que le vrai piège se referme sur 95% des maçons : au lieu d’embrasser ce chaos comme une opportunité de croissance, ils fuient ou réagissent mal, manquant l’essence même de la Franc-maçonnerie.

Dans cet article, nous allons décortiquer ce piège fatal, explorer les profils typiques qui y tombent, et surtout, révéler la méthode maçonnique authentique pour en sortir. Préparez-vous : ce n’est pas une leçon théorique, mais un guide pratique pour tailler votre « pierre brute » – ce symbole maçonnique de votre moi imparfait – et transformer les conflits en lumière intérieure. Prêt à éviter le piège ? Allons-y !

Le piège révélé : fuir le chaos au lieu de l’exploiter

Dès que le calme apparent de la loge est perturbé, le travail maçonnique commence vraiment. La Franc-maçonnerie n’est pas un club de méditation zen où tout glisse comme dans un rêve. Non, c’est un « athanor » – un four alchimique symbolique – où vos passions sont testées, chauffées à blanc pour être purifiées. Vous êtes venu pour cela : utilisez votre « ciseau et maillet » (outils symboliques du maçon) pour sculpter votre caractère.

Pourtant, face au premier conflit, la plupart des maçons paniquent. Ils retournent mentalement au « cabinet de réflexion » – cette chambre initiatique solitaire – comme s’il s’agissait d’un abri anti-atomique.

La phrase classique ? « Je ne suis pas venu en loge pour vivre ça ! »
Ah bon ? Et pour quoi alors ? Pour des séances de yoga avec le Dalaï Lama ? Erreur fatale !

La loge est conçue pour cette catharsis : ce processus purificateur où les énergies se déchaînent, révélant vos fragilités. Mais au lieu d’affronter, beaucoup importent des « métaux profanes » – ces passions non maîtrisées comme la colère ou la lâcheté – dans ce sanctuaire sacré. Résultat ? Ils perpétuent le piège, stagnant dans leur évolution spirituelle.

Les profils typiques qui tombent dans le piège (et que vous reconnaîtrez forcément)

Dans une loge saine, les personnalités variées cohabitent : c’est la richesse de la Franc-maçonnerie ! Si tout le monde est un clone – même chemise, même pensée – fuyez : c’est probablement une secte dirigée par un gourou à la Mao. Mais dans la diversité naissent les conflits… et les pièges. Voici trois profils courants qui ratent l’occasion de grandir :

  • Le Brutal : Il se croit de retour au collège, en mode « pion autoritaire ». Armé de force, il tente de rétablir l’ordre par la contrainte. Mauvaise idée ! Les méthodes profanes ne fonctionnent pas ici. Même si ça calme temporairement, la violence tue la fraternité et injecte un chaos durable. La loge met des mois à s’en remettre et le Brutal reste coincé dans son ego.
  • La Coach : Experte en Communication Non Violente (CNV) après trois stages avec Marshall Rosenberg, elle applique ses techniques RH comme dans une entreprise. « Parlons de nos sentiments ! » dit-elle. Problème : la loge n’est pas un séminaire corporate. C’est un espace pour travailler sur soi, pas pour coacher les autres. Résultat ? Elle évite son propre miroir et rate le vrai travail intérieur.
  • Le Lâche : « Pas de vagues, tout s’arrangera en fraternité ! » pense-t-il. Il nie le conflit, invoquant un monde idéal de Bisounours. Rappel : le mythe fondateur de la maçonnerie tourne autour du meurtre d’Hiram ! Les conflits existent, et les ignorer les amplifie. Le Lâche fuit, privant la loge – et lui-même – d’une opportunité de croissance.

Ces profils ? Vous les croiserez. Et peut-être vous y reconnaîtrez-vous un peu. Mais rassurez-vous : la recette pour en sortir existe, elle est ancrée dans la méthode maçonnique.

La méthode maçonnique : transformez les conflits en lumière (étapes pratiques)

Le secret ? Utiliser les conflits comme des cadeaux utiles. Ils surgissent dans toutes les formes – disputes, jalousies, malentendus – pour pointer vos zones d’ombre. Dans une loge de 30 personnes uniques, c’est comme 30 projecteurs braqués sur vos fragilités !

Voici la méthode en trois étapes simples, inspirée des rituels maçonniques :

Étape 1 : maîtrisez vos passions (sans les contrôler)

Les rituels l’affirment : « Maîtriser ses passions ». Beaucoup confondent avec « contrôler », comme un contrôleur aérien distant. Erreur ! C’est plutôt comme un pilote aux commandes : impliqué, alerte, frais d’esprit. Gardez absolument la tête froide face à la tempête. Respirez, observez sans juger. Cela vous permet de réagir avec sagesse, pas avec impulsivité.

Résultat : Vous devenez un « Maître » capable d’affronter n’importe quoi sans perdre pied.

Étape 2 : observez et éclairez vos ombres

Soyez lucide : tout ce qui vous agace en loge – un frère arrogant, une sœur critique – n’est pas leur faute. C’est uniquement un miroir de vos propres blessures enfouies. Même si 15 complices vous donnent raison, le vrai problème ? C’est vous ! Pourquoi ?

Grâce au « système d’activation réticulaire » (SAR), ce filtre cérébral qui amplifie ce qui vous touche. Comme quand une femme enceinte voit soudain des ventres ronds partout, ou une acheteuse de BMW qui repère la même voiture à chaque coin de rue. (Pour en savoir plus, lisez cet article passionnant : Duel entre Fil à Plomb et Réticulé Activateur). Comprenez bien que vous êtes uniquement touché par ce qui vous contrarie intérieurement. L’exemple des obsédés de la ponctualité ou les maniacs du rangement cachent bien souvent des retardataires ou des bordéliques contrariés dans leur enfance. L’objectif à ce stade est d’identifier avec calme que tout ce qui nous touche ne concerne que nous et nos problématiques.

Testez : la prochaine fois qu’un « gêneur » vous irrite, demandez-vous :

« Quelle partie de moi cela réveille-t-il ? » C’est une émotion enfouie, un trauma protégé comme un enfant innocent.

Affrontez-la avec bienveillance – pas pour vous culpabiliser, mais pour l’éclairer. Inutile de vous rappeler que la maçonnerie rassemble ce qui est épars, pas pour couper (comme « coupable » l’insinue). Pensez au pardon : un « don de la part » qui recentre et laisse passer la lumière grâce à alignement juste et parfait… à midi en général.

Étape 3 : appliquez la Rectitude du VITRIOL

VITRIOL ? Cet acronyme maçonnique signifie « Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem » – (Visite l’intérieur de la Terre, en Rectifiant tu trouveras la pierre cachée). C’est la Rectitude : aligner votre fil à plomb intérieur pour que la lumière passe droit. Reprenez votre responsabilité sans culpabilité (péché : du grec « peccatum » : viser hors cible, pas l’enfer catholique !). En vous réappropriant toutes ces fragilités intérieures grâce à la prise de conscience que dans le fond, le problème n’est pas l’autre.

Chaque conflit est une occasion du réveil d’ombre à intégrer. Par pitié, cessez les boucs émissaires ; transformez-les en alliés de votre évolution.

Échappez au piège : une route vers l’harmonie véritable

En résumé, le piège des 95% ? Fuir les conflits au lieu de les voir comme des outils pour polir votre pierre. En appliquant cette méthode, vous transformez la loge en un laboratoire vivant de croissance. Vous n’êtes plus victime des passions ; vous les maîtrisez. Et rappelez-vous : si chacun est responsable, personne n’est coupable. Bonne route, cher maçon – que votre voyage soit lumineux et audacieux !

Prêt à tester en loge ? Partagez vos expériences dans les commentaires.

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Au « 16 Cadet », la mémoire respire : la bibliothèque du Grand Orient de France, ouverte à toutes et tous

Au « 16 Cadet », la bibliothèque du Grand Orient de France n’est pas un décor patrimonial, c’est un lieu vivant, ouvert, praticable.

Un espace où le livre, l’archive et la recherche ne sont pas des privilèges mais un service rendu à toutes et tous. À l’heure où certaines obédiences semblent hésiter entre montrer la mémoire ou la ranger, « Cadet » fait un choix net : la transmission, sans soupçon, avec méthode, et avec cette élégance rare qui consiste à accueillir avant de juger.

Il est des lieux où l’on n’entre pas seulement pour « consulter »

On y vient comme on franchit un seuil, avec cette sensation très particulière que les rayonnages ne sont pas un décor mais une architecture de la durée. La bibliothèque du Grand Orient de France, au « 16 Cadet », appartient à cette catégorie rare : l’une des plus belles bibliothèques maçonniques vraiment ouvertes, au sens plein du terme, c’est-à-dire accueillant sans esprit de frontière le chercheur confirmé comme le curieux de passage, l’initié comme le profane, quelle que soit son obédience. Et ce n’est pas une formule : c’est écrit noir sur blanc dans les informations pratiques du service.

Une bibliothèque qui assume sa vocation publique

Bibliothèque GODF

Le premier mérite du GODF, ici, est de ne pas traiter son patrimoine comme un privilège réservé. La bibliothèque est annoncée « libre d’accès » à tous les chercheurs et curieux. Le parcours est simple, clair, sécurisé sans être dissuasif : on se présente à l’accueil, on indique vouloir accéder à la bibliothèque, et l’on est accompagné vers l’étage par un agent, l’accès étant sécurisé. Cette sobriété logistique dit déjà beaucoup : la mémoire est protégée, mais elle n’est pas confisquée.

Bibliothèque GODF

Dans cet esprit, la bibliothèque s’inscrit dans l’ensemble plus large des missions du service Bibliothèque-Archives-Musée (BAM) : collecter, enrichir, conserver, et surtout donner accès au plus grand nombre, y compris via les dispositifs numériques.

La force d’un fonds, la cohérence d’un lieu

On oublie parfois qu’une bibliothèque maçonnique n’est pas seulement un alignement de titres : c’est une cartographie des débats, des rites, des controverses, des transmissions. Celle du GODF a été créée en 1838 et conserve un fonds spécialisé de près de 40 000 volumes sur l’histoire de la franc-maçonnerie.

Bibliothèque, image non contractuelle

À cette masse s’ajoutent des périodiques en collections (revues majeures et spécialisées), des dossiers de presse, mais aussi ce que les bibliothécaires appellent la « littérature grise » : brochures, mémoires, thèses, autant de matériaux qui documentent la vie réelle des loges, l’évolution des idées, et les angles morts de l’histoire officielle.

Et puis il y a les archives, nerf discret de la recherche : correspondance avec les loges, registres, fonds spécifiques. Pour la période 1900-1939 (désormais explicitement cadrée), la procédure a évolué : les archives de « correspondance avec les loges » ne sont plus stockées sur le site Cadet et la demande se fait par mail, avec un retour confirmant la communicabilité et la date de mise à disposition. C’est plus long, mais c’est annoncé, expliqué, assumé.

Bibliothèque, image non contractuelle

Le vrai luxe : un personnel qui comprend ce qu’est une recherche

Une grande bibliothèque ne se mesure pas seulement à ses mètres linéaires, mais à la qualité humaine de l’interface entre le lecteur et la matière. À Cadet, l’expérience est celle d’un personnel qui connaît ses fonds, comprend les logiques de consultation, et accompagne sans soupçon, sans infantilisation, sans confondre « service » et « contrôle ».

Et c’est ici qu’une comparaison s’impose, non pour régler des comptes, mais parce qu’elle touche à une question de principe : qu’attend-on d’une bibliothèque maçonnique ?

À la bibliothèque de la Grande Loge de France, rue Louis Puteaux (Paris 17e)

Blason GLDF

Lors d’une consultation, après avoir demandé deux ouvrages, nous avons sollicité un troisième volume.

GLDF, la bibliothèque

La réponse – « avez-vous déjà lu les deux premiers ? » – nous a laissés sidérés. Non parce qu’un échange serait illégitime, mais parce que la question, posée comme une condition, déplace le centre de gravité : elle ne vise plus à servir la recherche, elle la juge. Or un bibliothécaire n’a pas à demander au lecteur de justifier son cheminement intellectuel. Le lecteur, universitaire ou non, n’a pas à « prouver » qu’il mérite l’accès à un livre. Cette scène, et surtout le ton qui l’accompagnait, nous ont profondément choqués.

GLDF, la bibliothèque

Disons-le clairement : nous ne prétendons pas résumer un service entier à un épisode, et nous savons que d’autres ont pu vivre ailleurs des expériences plus heureuses. Mais l’anecdote a valeur de symptôme, car elle révèle un risque : celui de confondre bibliothèque et sas d’autorisation, conservation et suspicion, accueil et mise à l’épreuve.

À l’inverse, au « 16 Cadet », l’impression dominante est que l’on a affaire à des professionnelles et professionnels qui savent que la recherche est parfois sinueuse, que l’intuition précède souvent la démonstration, et qu’un troisième livre demandé n’est pas un caprice mais, fréquemment, la clé qui manquait aux deux premiers.

Et pendant ce temps-là… ailleurs, l’invisible comme politique de la maison

On mesure aussi la singularité du « 16 Cadet » par contraste

GLNF-ancien-musée-bibliothèque-au-rez-de-chausé

Dans une autre grande obédience, la Grande Loge nationale française (GLNF), pour ne pas la citer, le patrimoine semble parfois pratiquer l’art subtil de l’effacement. Sur le papier, tout est là : un musée, une bibliothèque, une promesse de culture.

Logo-GLNF-Officiel

Dans la réalité, l’accès apparaît, pour nombre de chercheurs, plus incertain : il faut chercher, deviner, demander, patienter, comme si l’entrée dans le savoir devait d’abord éprouver la docilité du demandeur.

GLNF-ancien-musée-bibliothèque-au-rez-de-chausée

Le plus parlant, peut-être, se lit dans le symbole du seuil : l’espace le plus naturel, le plus évident, celui du rez-de-chaussée – le lieu de la transmission visible, de l’accueil qui dit « entrez, regardez, comprenez » – a été réaffecté à un espace de convivialité, un bar, dit-on, plutôt soigné. La convivialité est une vertu, bien sûr. Mais on s’étonne de la hiérarchie implicite. Et l’on se surprend à poser une question presque naïve : quand un lieu choisit ce qu’il montre d’abord, que veut-il nourrir en premier ? Certains semblent préférer la nourriture matérielle à la nourriture spirituelle : c’est plus simple, ça se sert frais, et ça ne pose pas de questions.

GODF, la bibliothèque
GODF, la bibliothèque

Quant au musée, évoqué comme relégué au sous-sol, il donne l’impression d’avoir été rangé là où l’on met ce qui dérange le confort du présent : la mémoire, l’épaisseur, les preuves. Et la bibliothèque consultable – par les universitaires, les maçons, ou même le public profane – demeure, elle, dans une zone grise, ce territoire où l’on « communique » beaucoup et où l’on montre peu.

Le détail le plus parlant, au fond, est celui-ci : il n’est pas rare d’entendre des Frères très instruits aller travailler… ailleurs. Et au « 16 Cadet », justement. C’est dire !

GODF, la bibliothèque

Alors oui, on peut sourire. Mais c’est un sourire qui pince : quand une obédience met la culture en retrait et la convivialité au premier plan, ce n’est pas qu’un choix d’aménagement. C’est une déclaration. Et, à la fin, on en vient à se demander, très calmement, si l’on veut vraiment que l’on cherche… ou seulement que l’on croie que l’on cherche. No comment !

Patrimoine numérique : la bibliothèque qui déborde ses murs

GODF : Le service BAM PATRIMOINE NUMÉRIQUE.
GODF : Le service BAM PATRIMOINE NUMÉRIQUE.

Le GODF a compris une évidence contemporaine : l’accès au patrimoine ne peut plus dépendre uniquement de l’heure d’ouverture d’une salle de lecture. Le service BAM a lancé un dispositif de patrimoine numérique, et 450.fm s’en est déjà fait l’écho, grâce à notre chroniqueur Yonnel Ghernaouti, à qui nous devons aussi les photographies de la bibliothèque du Grand Orient de France. Qu’il soit, hic et nunc, remercié.

La plateforme « Patrimoine numérique » affirme une ambition : offrir une numérisation de qualité, donner à consulter des documents anciens, et ouvrir à distance une partie du trésor.

Ce prolongement en ligne ne remplace pas le lieu : il l’honore. Il dit que la mémoire maçonnique n’est pas un coffre, mais une lampe. Une lampe se protège, certes, mais elle est faite pour éclairer.

Une bibliothèque maçonnique dit toujours quelque chose de la maçonnerie qui l’abrite

Le service Bibliothèque Archives Musée (BAM) du Grand Orient de France.
Le service Bibliothèque Archives Musée (BAM) du Grand Orient de France.

Au « 16 Cadet », elle dit une idée simple, presque révolutionnaire par les temps qui courent : la connaissance n’est pas un signe de pouvoir, c’est un service rendu à l’esprit. Et l’esprit, lui, n’avance jamais en ligne droite : il cherche, il tâtonne, il feuillette, il revient, il compare.

La bibliothèque du GODF l’a compris… et c’est pour cela qu’on y respire.

Infos pratiques – Bibliothèque du Grand Orient de France

Accès : se présenter à l’accueil du 16 Cadet, indiquer l’accès à la Bibliothèque ; accompagnement jusqu’aux ascenseurs (accès sécurisé).

Horaires (1er septembre → 30 juin)

GODF, la bibliothèque
  • Mardi à vendredi : 9h30–12h30 / 14h–18h
  • Nocturnes mercredi et vendredi : 18h–20h
  • Samedi : sur rendez-vous, 9h30–12h30

Horaires (1er juillet → 31 août)

  • Mardi à samedi : sur rendez-vous
  • Nocturnes jusqu’à 19h00
Image non contractuelle

Archives « Correspondance avec les loges » (1900–1939)
Demande préalable par mail ; archives non stockées sur le site Cadet ; consultation après confirmation de mise à disposition.

Contact

  • Téléphone : 01 45 23 75 06 / 01 45 23 74 07

Mail : estelle.prouhet@godf.org / emma.lallemand@godf.org

À Berne, au Musée maçonnique Suisse, la BD ouvre le Temple

À Berne, le Musée maçonnique Suisse fait une proposition rare : traiter la bande dessinée non comme un divertissement, mais comme un langage de signes. Depuis le 12 avril 2025, l’exposition temporaire « Franc-Maçonnerie et BDs » explore un vaste paysage d’imaginaires et de projections, du symbole vivant à la caricature, de l’enquête à l’ésotérisme.

Musee-Maconnique-Suisse-Freimaurer-Museum-Schweiz

Avant sa clôture le 27 juin 2026, deux conférences publiques viennent sceller le parcours : Manuel Mathys (21 mars 2026) sur les comics anglo-saxons et la franc-maçonnerie, puis Arnaud de la Croix (25 avril 2026) autour d’Hergé et de la question maçonnique.

Deux rendez-vous pour apprendre à lire autrement… et lire plus juste.

Pour la BD, la vraie, c’est à Berne qu’il faut être !

Il y a des expositions qui alignent des objets, et d’autres qui apprennent à regarder. À Berne, le Musée maçonnique Suisse a choisi la seconde voie : une proposition publique, intelligible, bilingue, où la bande dessinée – ce 9e art que l’on croit parfois léger – révèle sa puissance de transmission. Car la BD sait porter des mythes, des rites, des figures d’ombre et de lumière, et surtout cette mécanique subtile qui ressemble à l’initiation : avancer par étapes, par seuils, par allusions, en laissant au lecteur la responsabilité de compléter ce qu’on ne lui donne pas tout entier.

Drapeau de la Suisse
Drapeau de la Suisse

L’exposition, ouverte depuis le 12 avril 2025, est visible jusqu’au 27 juin 2026

Elle s’appuie sur une évidence trop rarement formulée. La BD ne parle pas seulement de franc-maçonnerie, elle parle souvent comme elle par signes, par détours, par mise en scène de la quête, par épreuves narratives, par portes entrouvertes. Et parce que l’imaginaire populaire est un miroir immense, il reflète le meilleur comme le plus douteux : symbole, caricature, fascination, soupçon, humour, ésotérisme, parfois théorie fumeuse. Justement : l’exposition n’esquive pas cette ambiguïté, elle la met au travail, avec une médiation qui donne des repères plutôt qu’elle n’impose une thèse.

Le musée rappelle un chiffre qui étonne toujours

Il existerait plus de 200 bandes dessinées francophones abordant la franc-maçonnerie de manière explicite, indirecte ou symbolique. L’exposition, elle, s’appuie sur une quarantaine de BD originales allant de 1981 à nos jours, et propose un parcours qui dépasse la simple vitrine. Le propos est construit autour de sept approches : furtive, humaniste, historique, policière, ésotérique, complotiste, humoristique. Et pour baliser ce champ de représentations, des titres agissent comme des bornes : Fable de Venise (Hugo Pratt), Le Protocole des sages de Sion (Will Eisner), Le Triangle secret (Didier Convard), Les Colonnes de Salomon (Willy Vassaux)

Très vite, la question cesse d’être y a-t-il de la franc-maçonnerie dans la BD ? Elle devient : comment la BD s’en empare-t-elle, et que révèle ce prisme de notre rapport contemporain au secret, à la fraternité, aux récits fondateurs.

L’intérêt du dispositif tient aussi à sa forme : grands panneaux bilingues, bannières consacrées à des auteurs et dessinateurs, présentation vidéo répondant aux questions du grand public, dessins d’humour, et un catalogue illustré (français/allemand) présenté comme très détaillé et couvrant plus de 150 BD. On ne vient pas seulement voir : on vient comprendre, comparer, nuancer, distinguer le symbole vivant du cliché, l’allusion féconde du fantasme.

Après une première année de rencontres en 2025 (Didier Convard, Denis Falque, François Morel, Joël Gregogna), 2026 apparaît comme le temps du décryptage final, juste avant la fermeture de l’exposition.

Les deux rendez-vous 2026

Samedi 21 mars 2026 à 14h

Manuel Mathys, collectionneur : “La franc-maçonnerie dans le monde anglo-saxon du 9e art”
Faire entendre la voix d’un collectionneur, c’est faire entendre une mémoire ordonnée, patiente, presque archivistique. Là où l’auteur crée et où le lecteur reçoit, le collectionneur relie, met en série, repère les récurrences, isole les ruptures. Et surtout, il sait comparer des cultures : la BD anglo-saxonne ne porte pas le même rapport au secret, au ritualisme, à la satire, ni aux codes du signe. Cette conférence promet donc un déplacement salutaire : quitter nos évidences francophones pour observer d’autres grammaires narratives.

Samedi 25 avril 2026 à 14h

Arnaud de la Croix : « Hergé et la franc-maçonnerie » (en collaboration avec l’Association Alpart, les amis suisses de Tintin)
Ici, on touche à un sujet sensible, parce qu’il attire spontanément deux excès : l’excès de la rumeur (il y aurait…”

), et l’excès de la réduction symbolique (tout devient signe, tout devient preuve). C’est précisément pour cela qu’une telle conférence compte. Elle oblige à distinguer la documentation, les correspondances symboliques, et les projections du lecteur. Une leçon de discernement, au sens fort – celui qui refuse de confondre l’envie d’interpréter avec le droit d’affirmer.

Dominique Alain Freymond

Programme (25 avril) : 14h accueil par Robin Heizmann (directeur du musée), conférence, discussion avec le public (modérée par Dominique Alain Freymond, commissaire de l’exposition), 15h30 visite commentée de l’exposition et dédicace, 16h apéro.

La BD avance par ellipses : elle dit en montrant, elle suggère en coupant, elle confie au lecteur le soin d’assembler. La franc-maçonnerie, elle aussi, travaille dans l’entre-deux : entre le signe et le sens, entre le visible et l’invisible, entre la rumeur et le discernement. À Berne, l’exposition touche à sa dernière ligne droite : le moment où l’on ne vient plus seulement feuilleter des albums, mais éprouver une méthode de lecture. Et c’est peut-être là, au bord du rideau final, que la case devient vraiment un cabinet de symboles.

Informations pratiques

« Les Routes de la foi au cinéma » ou quand l’écran devient initiation

Dans Les routes de la Foi au cinéma, Lionel Tardif ne se contente pas de rassembler des titres qui auraient en commun une référence religieuse ou un parfum de sacré. Il cherche ce point de bascule où l’image cesse d’être récit pour devenir épreuve, là où le cinéma ne montre pas seulement des actes, mais laisse affleurer une verticalité, une tension de l’âme, un rapport à l’invisible qui travaille le visible de l’intérieur.

Le mot foi, chez lui, ne se referme pas sur un catéchisme

Il désigne une force de consentement et de combat, une capacité à tenir debout dans la nuit du monde, parfois sans autre lampe qu’un pressentiment. Et c’est ce déplacement qui donne au livre sa respiration propre, une cartographie, oui, mais une cartographie intérieure, un ensemble de routes dont chaque virage engage une conscience.

Nous retrouvons, sous une autre forme, l’architecte de langage que révélait déjà Les grands aventuriers du cinéma. Là, Lionel Tardif décrivait comment une grammaire s’invente, comment la lumière devient discipline, comment le montage prend la stature d’une pensée.

Ici, il poursuit la même ascèse du regard

Mais il l’oriente vers ce que l’image a de plus délicat, ce moment où elle frôle ce que les mots nomment Dieu, destin, absolu, ou simplement amour, au sens où l’amour n’est plus un sentiment mais une exigence qui consume. La foi devient alors une question d’intensité, non de décor. Elle se reconnaît à ses traces, à ses cicatrices, à ses choix irréversibles.

Il y a, dans cette traversée, une manière très initiatique d’approcher les œuvres. Lionel Tardif n’explique pas pour réduire. Il éclaire pour laisser subsister l’ombre nécessaire. Cette retenue, qui évite la manie de conclure, ressemble à une éthique du symbole. Nous savons, en loge, que le symbole n’est pas un problème à résoudre mais un outil à travailler, qu’il n’épuise jamais ce qu’il indique. Le cinéma, tel que Lionel Tardif le fréquente, devient un atelier analogue. Chaque film est une planche de nuit et de lumière, chaque vision une pierre qui résiste. La foi, dans cette perspective, n’est pas seulement ce que le personnage affirme. Elle est ce que la mise en scène fait endurer au spectateur. Elle est ce qui oblige à consentir à l’inconnu sans s’y dissoudre.

Le livre assume une diversité qui, loin de disperser, révèle une loi secrète

Le souffle épique et la mer intérieure de « Barberousse » peuvent côtoyer la musique et les abîmes du « Salon de musique ». La tendresse obstinée, presque sacrificielle, d’« An Affair to Remember » dialogue avec l’étrangeté primitive de « Tabou ». « Solaris » ouvre une chambre métaphysique où la foi devient l’art de ne pas trahir ce qui revient du passé, tandis que « Thérèse » approche une sainteté sans folklore, une expérience qui brûle dans le quotidien, comme un feu tenu derrière le visage. « La Cité de la joie » place la fraternité dans la boue et l’épuisement, et nous rappelle que la charité n’a rien d’ornemental. « Yeelen » et d’autres films d’initiation déplacent le sacré hors des cadres occidentaux pour le rendre à sa dimension cosmique, celle d’une Loi qui traverse les générations et les éléments, et qui parle autant par la lumière que par la nuit.

Ce qui unit ces routes n’est pas un thème, c’est une épreuve du cœur

Lionel Tardif revient, film après film, à la même question, qu’est-ce qui, en l’homme, consent à s’ouvrir quand tout pousse à se fermer. Il y a là une sensibilité profondément maçonnique, parce qu’elle suppose une transformation. Nous ne sommes pas devant un catalogue d’œuvres pieuses, nous sommes devant des stations où l’ego se fissure, où la peur se dévoile, où l’orgueil apprend sa limite. Une phrase prêtée à Frank Borzage résonne comme un mot de passe, « Va dans les ténèbres et mets ta main dans la main de Dieu. » Elle dit l’essentiel, non pas l’assurance, mais la marche, non pas la preuve, mais la confiance qui traverse l’obscur.

C’est pourquoi Lionel Tardif s’attarde sur des figures où la foi se marque dans la chair. La séquence autour de « Padre Pio », telle qu’il la rapporte par l’itinéraire de « Maria Winowska », frappe moins par l’anecdote que par la symbolique de l’empreinte. Les stigmates deviennent une écriture, et cette écriture renvoie, par un jeu de miroirs presque hermétique, à l’essence même du cinéma, qui est aussi une affaire de traces, de marques, de blessures de lumière sur une matière sensible. Nous comprenons alors ce qui obsède Lionel Tardif, la foi n’est pas une idée, elle est une inscription. Elle fait signe, elle fait douleur, elle fait silence. Elle oblige aussi à discerner, parce que toute marque peut être imitée, contestée, marchandisée. Le livre n’élude pas cette tension. Il la laisse vibrer, comme un fil entre le miracle et la crédulité, entre la ferveur et le théâtre, entre le mystère et sa caricature.

Et pourtant, ce n’est jamais un livre de soupçon

C’est un livre de fidélité au regard, au sens le plus exigeant, c’est-à-dire une fidélité qui refuse l’hypnose. Lionel Tardif parle en passeur. Il a connu les salles, les publics, les incompréhensions, ces silences qui jugent, ces moqueries qui protègent l’ignorance. Il a donc choisi une voie très singulière, offrir des repères sans fermer le ciel. Il y a, dans cette démarche, quelque chose de l’instruction initiatique, qui n’assène pas mais propose, qui ne délivre pas un dogme mais une méthode de lecture. Chaque analyse, accompagnée d’une illustration en noir et blanc, ressemble à une gravure de chantier, un rappel que la lumière a besoin de contraste pour être vue, et que la foi, souvent, se dit mieux par l’économie des moyens que par l’emphase.

Ce livre travaille aussi une question plus vaste

Celle du meurtre intérieur, du sacrifice mal orienté, de cette violence que l’homme attribue aux dieux pour ne pas regarder ses propres tempêtes. Là, Lionel Tardif touche un point brûlant. La foi peut être remède ou prétexte. Elle peut relever ou dresser. Elle peut ouvrir l’inconnu ou exiger qu’on y immole le prochain. La force de son parcours est de nous faire sentir, par le cinéma, cette ligne de crête. Le montage, le cadre, le rythme, deviennent des instruments de discernement. Nous comprenons combien une image peut sauver, mais aussi combien elle peut conduire, insensiblement, à consentir à l’inacceptable. Le livre, sans ton professoral, nous invite à une vigilance de l’âme.

Lionel Tardif occupe, dans ce paysage, une place rare parce qu’il unit la culture des œuvres et la responsabilité de la transmission

Ancien directeur fondateur de la Cinémathèque de Tours, compagnon de route d’Henri Langlois, Lionel Tardif n’écrit pas depuis une chaire, il écrit depuis une vie passée à faire circuler la lumière, à tenir ensemble la salle, le film, le spectateur, et l’après-coup, ce moment où une image continue de travailler longtemps après l’extinction. Cette biographie, que nous rappelions déjà à propos de Les grands aventuriers du cinéma, éclaire la cohérence d’une œuvre qui cherche moins à briller qu’à relier.

Lionel Tardif – source la gazette catalane.com

Pour situer Lionel Tardif sans l’enfermer dans des étiquettes, il suffit peut-être de nommer deux jalons qui se répondent. Les grands aventuriers du cinéma – Architecte d’un langage nouveau 1895–1970 explore la naissance et l’élévation d’une langue de lumière. Les routes de la Foi au cinéma suit cette langue lorsqu’elle tente de dire l’absolu, le tremblement, l’abandon, la fidélité, tout ce qui, en nous, cherche une direction quand la carte du monde se brouille. C’est la même exigence, la même idée que l’image, lorsqu’elle est tenue avec justesse, peut devenir un instrument de rectification intérieure, une équerre invisible posée sur le chaos, non pour le nier, mais pour l’ordonner assez afin que l’humain y demeure digne.

Les Routes de la Foi au cinéma

Lionel Tardif – Éditions du Cosmogone, 2025, 356 pages, 28,80 € / L’éditeur, le SITE

Éd. du Cosmogone

2026 : quand le lien se défait, la Franc-Maçonnerie rappelle l’essentiel

La France entre dans une année décisive où la cohésion n’est plus un thème, mais une question de civilisation. À l’heure des fractures, des colères rapides et des vérités jetables, quel message une Franc-Maçonnerie universelle, au-delà des obédiences, pourrait-elle adresser d’abord à la République, puis au monde ?

Message-de la franc-maçonnerie-à-la-France-et-au-monde

Ni manifeste partisan, ni catéchisme moral : une méthode de discernement, une discipline du commun, et une boussole humaine pour ne pas confondre puissance et brutalité.

Il y a des années où l’on sent que le mortier manque, non parce que les pierres seraient mauvaises, mais parce que le lien se dissout

2026 pourrait être l’une de ces années : non une année de plus, mais une année où la cohésion devient l’épreuve même du pays.

Message de la franc-maçonnerie à la France et au monde

Et si la Franc-Maçonnerie universelle avait un message à formuler, il ne serait ni un programme, ni un mot d’ordre : il serait une méthode de tenue intérieure appliquée à la cité : tenir la juste mesure, relever ce qui s’affaisse, ouvrir ce qui se ferme, rappeler que la liberté n’est pas une solitude, et que la fraternité n’est pas un mot de vitrine.

Logo-GLNF-Officiel

Ce qui suit n’engage aucune obédience particulière. Il constate simplement que, dans le paysage français, la GLNF a fait de la réserve une doctrine : au nom d’une régularité à l’anglaise, elle confond trop souvent silence en loge et abstention dans la cité.

Or, quand le lien social se délite, la neutralité ne peut pas devenir une désertion. Ce texte avance donc une parole d’orientation – initiatique et civique – fidèle à cette idée : on ne construit jamais le Temple contre la ville, mais pour qu’elle redevienne habitable.

1) À la France : réapprendre le “commun” sans écraser les différences

La France, laboratoire du lien… et de ses ruptures

La France porte une singularité historique : elle a tenté, par à-coups, de faire tenir ensemble des contraires féconds. La liberté de conscience et l’exigence d’un espace commun. La diversité des appartenances et l’unité de la loi.

L’aspiration spirituelle et la neutralité de l’État

Or, depuis quelques années, le pays éprouve une fatigue du commun. On débat beaucoup, on s’écoute peu. On s’indigne vite, on s’instruit rarement. On confond la force et le fracas.

Dans ce contexte, la Franc-Maçonnerie universelle pourrait adresser un premier rappel, simple et ferme : le commun n’est pas une opinion, c’est une construction. On ne “possède” pas la République, on la sert. On ne “gagne” pas la laïcité, on l’exerce. Et l’on ne “défend” pas la démocratie seulement contre des ennemis extérieurs, mais contre ses corrosions intérieures : cynisme, paresse civique, mépris social, tentation de l’homme providentiel.

Message de la franc-maçonnerie à la France et au monde

2026, année municipale : le civisme à hauteur d’homme

La France votera aux élections municipales les 15 et 22 mars 2026.
L’échelle municipale est précieuse, parce qu’elle ramène le politique à ce qu’il devrait toujours être : une responsabilité concrète. La Franc-Maçonnerie, si elle parlait à la France, pourrait insister sur ceci : le premier antidote au désenchantement démocratique, c’est la participation de proximité. Là où l’on se connaît. Là où l’on doit rendre des comptes. Là où l’on voit immédiatement les effets d’une décision sur la vie réelle.

Elle pourrait même risquer une formule à la fois symbolique et opérative :


« La cité n’a pas besoin d’adorateurs, elle a besoin d’ouvriers. »


Des ouvriers du dialogue, de l’arbitrage, de la réparation. Des femmes et des hommes capables de tenir ensemble la complexité sans la transformer en guerre civile froide.

Message de la franc-maçonnerie à la France et au monde

Laïcité : passer de l’affrontement au discernement

Dans l’espace français, la laïcité est trop souvent prise en otage par deux caricatures opposées :

  • l’une voudrait en faire une arme identitaire ;
  • l’autre la réduit à une gêne polie, qu’il faudrait minimiser pour ne pas faire de vagues.

Or la laïcité, au sens profond, pourrait être rappelée comme une discipline du respect : elle protège le droit de croire, de ne pas croire, de chercher, de douter, sans laisser une croyance s’emparer de l’État, ni l’État dicter une croyance. La Franc-Maçonnerie universelle pourrait dire à la France : « Ne transforme pas la neutralité en froid, ni la liberté en affrontement. »


La neutralité n’est pas une indifférence morale : elle est une condition de paix civile

Message de la franc-maçonnerie à la France et au monde

Le message français en quatre verbes

S’il fallait condenser ce message en quatre verbes, ce serait ceux-ci :

  1. Écouter (avant de juger)
  2. Instruire (avant d’affirmer)
  3. Relier (avant d’exclure)
  4. Servir (avant de réclamer)

Ce n’est pas “moraliste”. C’est technique. Dans un atelier, si l’on ne mesure pas, on casse. Dans une République, si l’on ne discerne pas, on fracture.

2) Au monde : tenir la boussole humaine au milieu des puissances

Le monde 2026 : le retour du dur, et la tentation du brut

Le monde traverse une séquence où le rapport de force redevient une langue commune. Les institutions peinent, les alliances se recomposent, la violence s’installe dans la durée, et l’on s’habitue à l’inacceptable. Les pages meetings coverage de l’ONU, par exemple, montrent à quel point les crises s’enchevêtrent (Gaza, mer Rouge, Yémen…) et comment chaque foyer rejaillit sur l’équilibre global.

Dans ce climat, la Franc-Maçonnerie universelle pourrait affirmer un principe non négociable :

« Le progrès technique ne vaut rien sans progrès de l’humain. »

Ce n’est pas une sentence abstraite. C’est un critère de gouvernement du monde.

Climat : la Terre comme Temple commun

Message de la franc-maçonnerie à la France et au monde

La COP31 est annoncée du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya.
La mécanique diplomatique du climat continue, mais la lassitude gagne, et la fragmentation géopolitique brouille les efforts. La Franc-Maçonnerie universelle pourrait proposer un déplacement du regard : sortir du seul langage des objectifs pour retrouver celui des devoirs.

Dans une lecture symbolique, la Terre n’est pas “un décor”. C’est le chantier premier. La nature n’est pas un stock, c’est une alliance. La question écologique n’est pas un thème, c’est une épreuve de vérité : qu’est-ce qu’une humanité qui sait et ne fait pas ? qu’est-ce qu’une intelligence qui calcule et n’habite plus ?

Le message au monde pourrait être celui-ci :
« Votre souveraineté n’est pas le droit de détruire. »
Il ne s’agit pas d’abolir les nations. Il s’agit de rappeler que la puissance sans limite est une forme de barbarie sophistiquée.

Intelligence artificielle : gouverner l’outil, ou être gouverné par lui

Les sommets sur l’IA se structurent dans une séquence internationale : après Paris (février 2025), l’Inde doit accueillir un AI Impact Summit en février 2026.
Le débat n’est plus seulement “technique”. Il devient anthropologique : que devient la responsabilité quand la décision est assistée, automatisée, démultipliée ? Et que devient la dignité quand l’humain est réduit à un profil, une prédiction, une variable d’ajustement ?

La Franc-Maçonnerie universelle pourrait tenir une ligne claire, compatible avec toutes les sensibilités initiatiques :


Message de la franc-maçonnerie à la France et au monde
  • oui à l’innovation,
  • non à la dépossession,
  • oui à la connaissance,
  • non à l’aveuglement.

En d’autres termes : l’outil doit rester un outil. Un maillet n’a pas de morale, mais la main qui le tient, oui. La question n’est pas de diaboliser l’IA, mais d’empêcher que l’humanité se mette en sommeil au profit de la facilité.

Le message mondial en sept points

Si la Franc-Maçonnerie universelle devait formuler une adresse au monde, elle pourrait s’articuler ainsi :

  1. Primauté de la dignité humaine sur toute logique de domination.
  2. Liberté de conscience comme socle de paix, pas comme prétexte à la guerre culturelle.
  3. Fraternité active : réduire la haine par des institutions justes, pas par des sermons.
  4. Vérité comme méthode : combattre le mensonge non par la censure, mais par l’instruction, la traçabilité, la responsabilité.
  5. Limites écologiques : reconnaître que la planète impose des bornes, comme l’équerre impose une rectitude.
  6. Gouvernance des technologies : transparence, auditabilité, contrôle humain, accès équitable.
  7. Refus de l’habituation au pire : ne jamais normaliser la violence, la corruption, l’humiliation.
Message de la franc-maçonnerie à la France et au monde

Une parole de lumière, certes mais une lumière qui oblige

La Franc-Maçonnerie universelle, si elle veut compter, ne doit pas se contenter d’éclairer au sens décoratif. Elle doit éclairer au sens exigeant : rendre visible ce que l’époque tente d’obscurcir. La fragilité du commun. La tentation du bouc émissaire. Le confort du renoncement. L’ivresse de la puissance. La fuite dans le virtuel.

À la France, elle pourrait dire : « Reviens à la fraternité comme travail. »
Au monde, elle pourrait dire : « Reviens à la dignité comme limite. »

Et, dans les deux cas, rappeler ce principe de chantier. On reconnaît un monde qui tient non à ce qu’il proclame, mais à ce qu’il répare.

En 2026, la Franc-Maçonnerie n’a pas tant à s’exposer, fût-ce au micro, qu’à rappeler la règle du chantier.
La lumière n’est pas un effet de scène, c’est une charge.
Un monde ne se juge pas à ce qu’il proclame, mais à ce qu’il relève : réparer, relier, contenir la violence, oser la vérité… À hauteur d’homme, et à l’échelle de la Terre.

Légendes de France ou d’ailleurs : Le Matagot, ou l’art dangereux d’apprivoiser la richesse

Provence, Languedoc. Un chat noir, un pacte sans signature, et la fortune qui n’obéit qu’à la discipline.

Dans les pays de Provence et de Languedoc, une vieille rumeur marche encore entre les vignes, les garrigues et les chemins creux. Elle dit qu’il existe un animal « familier », souvent un chat noir, qui peut faire entrer l’or dans une maison comme l’eau entre par une fissure, sans fracas, sans témoin. Ce chat porte un nom qui sonne comme un sort bref, Le Matagot.

Il n’est pas seulement un personnage de veillée. Il est une figure complète de l’ambivalence, une image de ce que nous désirons et redoutons à la fois, l’abondance, l’aisance, la réussite, et, derrière elles, la dette invisible qui s’attache à tout avantage obtenu autrement que par le labeur ordinaire.

La légende, selon les régions, l’appelle aussi « chat d’argent » ou « mandragot »

Le détail n’est pas anecdotique. Le langage populaire range dans la même poche des mots le félin nocturne, la pièce de monnaie, et parfois la mandragore, racine réputée sorcière. Autrement dit, la fortune, le vivant et la plante magique appartiennent au même réseau de correspondances. Le Matagot devient alors une créature-lien, une passerelle entre le foyer et les puissances qui l’environnent. Il est domestique et étranger, familier et inquiétant.

Ce que la tradition raconte d’abord, c’est une acquisition

Pour obtenir le Matagot, il ne suffit pas d’aimer les chats. Il faut une scène rituelle, de nuit, loin des regards, souvent au carrefour. La croisée des chemins n’est pas un décor romantique, c’est un opérateur symbolique. Là où plusieurs routes se coupent, l’orientation vacille, la décision se fait plus aiguë, et l’imaginaire comprend qu’une autre loi que celle du village peut s’y manifester. Dans certaines versions, il faut guetter plusieurs nuits, parfois à minuit, puis capturer l’animal et le ramener sans se retourner, comme si la première épreuve consistait à résister au vertige même du miracle.

Ne pas se retourner, c’est plus qu’une consigne de conte

C’est une ascèse. Le Matagot n’aime pas les demi-mesures, parce qu’il est la personnification d’un contrat. Il teste la tenue intérieure. Il exige que la parole soit ferme, même si elle n’est pas prononcée. Et dès l’instant où il franchit le seuil, le foyer n’est plus tout à fait le même. Il devient un petit sanctuaire de réciprocité, une maison qui a accepté qu’une part de sa prospérité dépende d’un invisible nourri, entretenu, respecté.

C’est ici que la légende se fait d’une précision presque liturgique

Le Matagot apporte la richesse, mais seulement si nous l’honorons selon un rituel strict. Il réclame une nourriture choisie, parfois du lait, parfois de la viande, et surtout un geste qui frappe par sa force archaïque, la première bouchée de chaque repas. L’offrande précède la consommation. La maison reconnaît que l’abondance n’est pas un dû, mais un don conditionné. Ce renversement est essentiel. Là où l’économie moderne fait de la richesse un droit acquis, le Matagot la réinscrit dans une économie du lien, donnant donnant, attention contre bénéfice, fidélité contre pièces d’or.

L’or, justement. Le Matagot sort la nuit, erre, puis revient à l’aube avec des louis

La scène est simple, presque enfantine. Mais elle porte un sous-texte vertigineux. La nuit représente l’inconscient du monde, la zone où travaillent les forces que la raison n’éclaire pas. Le Matagot, animal nocturne, traverse cette épaisseur et en ramène une matérialisation. Ce n’est pas seulement de la monnaie. C’est la preuve que l’ombre peut produire. Et cette production n’est jamais gratuite. Si le maître néglige l’animal, s’il oublie la règle, s’il cesse d’honorer le pacte, la légende prévoit la vengeance, parfois cruelle. Le message est net. La richesse non accompagnée d’une éthique devient un poison.

À ce stade, le Matagot cesse d’être un « chat magique » et devient un symbole de la puissance. Toute puissance réclame un entretien. Tout pouvoir non entretenu se retourne. La tradition populaire, avec son sens des images directes, met dans un corps de chat ce que tant de traités ont tenté de dire autrement. Posséder sans servir, c’est perdre la maîtrise. Gagner sans reconnaître, c’est préparer la chute.

Le motif des « neuf maîtres » ajoute une profondeur initiatique

Le Matagot

Certaines versions disent que le Matagot ne sert pas un seul propriétaire, mais une série, jusqu’au neuvième, et que le dernier paie le prix fort. Cette arithmétique raconte la circulation de la dette. La fortune ne se contente pas de passer de main en main, elle entraîne avec elle une charge. La légende enseigne que l’on hérite aussi des conséquences. Ce qui arrive « facilement » finit toujours par demander un règlement, parfois différé, parfois transmis.

Le Matagot, dans sa noirceur, touche également à l’histoire religieuse et à l’imaginaire des procès de sorcellerie

Le chat noir, accusé d’être compagnon des sorcières, a été persécuté, soupçonné, chargé de toutes les peurs. Le Matagot condense cette mémoire. Il est l’animal que l’on regarde de travers, celui dont la présence suffit à créer une rumeur. Et c’est là que la légende devient sociale. La prospérité soudaine isole. Elle attire l’envie, la suspicion, la calomnie. Avoir un Matagot, c’est risquer d’être dit sorcier, ou complice. Ainsi le conte ne parle pas seulement d’or, il parle du regard des autres, de la difficulté d’habiter une différence sans se condamner soi-même à la solitude.

Le lien avec la mandragore ouvre une autre chambre du symbolisme

Dans le Midi occitan, on trouve des récits autour de « l’èrba de Matagòt », une herbe associée à l’envoûtement, cueillie dans la nuit précédant la Saint-Jean, et parfois identifiée à la mandragore. Une collecte en Aveyron rapporte même l’idée que cette herbe pouvait « embalausir », ensorceler au point de faire perdre son chemin. La même racine qui attire l’amour ou trouble la volonté dérègle l’orientation. C’est remarquable. Le Matagot, chat de richesse, a son double végétal, herbe de trouble, comme si la tradition prévenait que l’abondance et l’envoûtement se ressemblent, et que l’un des risques majeurs de la fortune est de désorienter l’âme.

Feu de la Saint Jean d’été

La Saint-Jean n’est pas un hasard

Dans l’Europe des rites saisonniers, cette nuit marque un seuil, une bascule du cycle solaire. Les herbes y deviennent plus « actives », les mondes se frôlent, les frontières s’amincissent. Que l’herbe du Matagot se cueille à ce moment-là dit clairement la nature de la légende. Nous sommes dans une pensée du passage. Le Matagot est un esprit de seuil, un gardien de transition. Il apparaît lorsque la conscience accepte d’entrer dans une zone où tout se paie, mais pas forcément en argent.

Il faut alors oser une lecture ésotérique plus intérieure

Et si le Matagot désignait moins un animal extérieur qu’une force psychique, une part de nous-mêmes capable de produire, d’attirer, d’accumuler. Une puissance de concrétisation. Cette puissance, si elle est nourrie correctement, apporte des fruits. Si elle est négligée, elle se venge sous forme d’avidité, de crispation, de peur de perdre. La « première bouchée » prend ici tout son sens. Elle signifie que nous devons donner la première part de notre énergie à l’entretien du principe, avant de jouir des résultats. Dans la langue des alchimistes, cela revient à alimenter le feu avant de réclamer la pierre.

De là vient la tonalité presque initiatique du récit

Le Matagot n’est pas un raccourci. Il est une école. Il enseigne l’exigence, la régularité, la gratitude, la tenue. Et il met en garde contre le fantasme moderne du gain sans effort. Dans une époque fascinée par les promesses rapides, le Matagot rappelle une loi ancienne. Tout ce qui enrichit réellement demande une règle. La règle n’est pas une prison. Elle est le prix de la liberté.

Les collecteurs de folklore, de François-Marie Luzel et d’autres, ont d’ailleurs consigné des variantes où la crédulité autour du « chat d’argent » nourrit des arnaques, preuve supplémentaire que la légende vit à la frontière de l’espérance et de l’exploitation. Même le merveilleux attire ses marchands. La tradition, en le racontant, nous apprend à distinguer l’épreuve initiatique de la supercherie intéressée.

Au fond, Le Matagot pose une question simple, presque embarrassante

Que faisons-nous de la richesse quand elle arrive. L’agrandissons-nous en générosité, ou la rétrécissons-nous en peur. Le chat noir du Midi, avec ses yeux de braise, répond sans discours. Il apporte l’or à la condition que nous restions dignes de l’or. Il nous donne une fortune, mais il exige une posture. Il accorde un bénéfice, mais il réclame une âme tenue.

Et c’est peut-être la chute la plus juste pour une rubrique de légendes. Le Matagot ne raconte pas comment devenir riche. Il raconte comment la richesse devient une épreuve. La fortune, dans ce conte, n’est pas la récompense finale. Elle est le début du travail.

Ce que le maçon en tire comme enseignement

Le Matagot, pour nous, n’est pas seulement un chat noir de veillée. Il est une mise en garde en forme de fable, une petite leçon populaire sur la tentation de la facilité et sur la discipline qui seule rend l’abondance habitable.

D’abord, il rappelle une loi initiatique essentielle

Toute puissance exige une règle tenue. Non pas un rite de théâtre, mais une exigence régulière, presque humble dans sa répétition. Donner au Matagot la première bouchée, le nourrir avant soi, dit une vérité nue : nous ne maîtrisons rien si nous ne commençons pas par mettre notre désir à sa place. La prospérité devient toxique quand elle n’est plus ordonnée ; elle devient féconde quand elle demeure sous l’autorité d’un principe.

Ensuite, la légende avertit contre les richesses qui viennent « de la nuit »

Le Matagot rapporte de l’or, mais cet or porte l’ombre de son origine : rumeur, soupçon, dépendance, dette. Le Maçon y lit une exigence éthique. Tout ce qui s’obtient sans clarté, sans effort, sans traçabilité, sans rectitude, finit par réclamer un prix, parfois sous forme d’angoisse, parfois sous forme d’isolement. L’argent facile promet l’aisance ; il installe souvent une servitude.

Il y a aussi l’épreuve du silence et du non-retournement. Ramener le Matagot sans se retourner, c’est apprendre à ne pas céder aux voix derrière soi : peur, doute, honte, besoin d’être rassuré. La marche initiatique connaît cette tentation. L’axe se tient quand le tumulte appelle. La légende dit, avec une simplicité implacable, que la fidélité à la consigne est déjà une victoire sur soi.

La transmission, parfois jusqu’au neuvième maître, ouvre une autre profondeur. Rien ne se transmet sans charge. Nous héritons aussi des conséquences. Le Matagot devient l’image d’une comptabilité morale : ce qui n’est pas réglé remonte un jour, et peut frapper celui qui n’a rien demandé. D’où l’exigence de vigilance : clarifier, assainir, rendre juste, afin de ne pas léguer une dette déguisée en avantage.

Enfin, le Matagot parle de transmutation

L'athanor,
L’athanor,-Jean-Luc-Leguay,-Coll.Yonnel Ghernaouti

Le foyer devient presque un athanor : l’or naît près du feu domestique. Nous pouvons y entendre une alchimie de la conscience. La vraie richesse n’est pas le métal, mais la capacité de transformer le temps, le travail, l’énergie, et même la peur, en œuvre et en service. Si l’art est « dangereux », c’est lorsque l’or cesse d’être un moyen et devient un maître.

Ainsi, le Matagot ne raconte pas comment devenir riche. Il demande si nous savons demeurer libres quand la richesse arrive. Et c’est peut-être cela, la pointe la plus aiguë de la légende : l’abondance n’est pas la fin du chemin, elle en est l’épreuve.

Vos contributions pourront nourrir la rubrique Légendes de France ou d’ailleurs, et seront présentées, signées et mises en valeur comme elles le méritent : avec respect pour la mémoire des territoires et reconnaissance pour votre regard de veilleur.

Londres : l’obligation de se déclarer Franc-maçon à la Met – état des lieux au 15 janvier 2026

Il y a, dans toute société, des moments où la transparence bascule en soupçon. Le débat londonien sur l’obligation faite aux policiers de la Metropolitan Police de déclarer une appartenance maçonnique appartient à cette zone de frottement : celle où la nécessité de restaurer la confiance publique rencontre le droit à la vie privée et la liberté d’association. Depuis l’automne 2025, l’affaire a quitté le terrain des échanges internes pour devenir un dossier politique, juridique et symbolique et, désormais, un contentieux porté devant la High Court.

1) Ce que la Met a décidé exactement et à qui cela s’applique

Le 11 décembre 2025, la Metropolitan Police a annoncé l’ajout des « organisations hiérarchiques dont l’adhésion est confidentielle et qui exigent que leurs membres se soutiennent et se protègent mutuellement » à sa politique des declarable associations. La franc-maçonnerie y est explicitement nommée, avec l’idée que d’autres organisations pourraient être ajoutées si des informations le justifient.

Concrètement, à compter du 11 décembre, les policiers et personnels de la Met doivent déclarer toute appartenance passée ou présente à une organisation entrant dans cette définition, et cette déclaration devient également obligatoire dans les procédures de vetting (filtrage/agrément).

La Met insiste sur un point : il ne s’agit pas d’interdire l’appartenance, mais d’identifier un risque possible de conflit de loyauté (réel ou perçu) et de gérer ce risque.

2) La justification avancée par la Met : confiance, impartialité, « New Met for London »

Dans sa communication officielle, la Met relie cette mesure à une stratégie plus large de redressement moral et disciplinaire (New Met for London plan). Le Commander Simon Messinger explique que « la confiance du public et des personnels doit primer sur le secret de toute organisation d’adhésion » et évoque des inquiétudes persistantes concernant l’impact – « réel ou perçu » – sur enquêtes, promotions, procédures disciplinaires.

Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre – Le Temple (GLUA)

La Met met aussi en avant les résultats d’une consultation interne (octobre 2025) : un peu plus de 2000 répondants, avec environ 66 % jugeant que l’appartenance à ce type d’organisation affecte la perception d’impartialité et la confiance, et 66 % favorables à l’inclusion de la franc-maçonnerie dans les declarable associations.
(Chiffres contestés ensuite par les organisations maçonniques, qui soulignent une participation faible relativement à l’effectif global.)

3) Le déclencheur « macro » : Daniel Morgan (1987) et l’ombre longue de la corruption institutionnelle

L’argument le plus structurant vient d’un arrière-plan. La crise de confiance autour de la Met depuis des années, et en particulier le rapport du Daniel Morgan Independent Panel (publié en 2021) sur l’enquête du meurtre de Daniel Morgan (1987) et la question des défaillances systémiques. La Met rappelle explicitement que ce panel recommandait que les personnels déclarent l’appartenance à des organisations, dont la franc-maçonnerie, pouvant présenter un conflit d’intérêt potentiel.

Autrement dit : la Met ne dit pas “la franc-maçonnerie est corruptrice”. Elle dit : dans une institution déjà fragilisée, certaines formes d’adhésions hiérarchiques et confidentielles alimentent une perception de cercle fermé, donc un risque réputationnel et parfois opérationnel qui doit être encadré.

4) La riposte maçonnique : « illégal, injuste, discriminatoire » + droits fondamentaux

Face à la décision du 11 décembre, la United Grand Lodge of England (UGLE) – agissant aussi pour l’Order of Women Freemasons (OWF) et la Honourable Fraternity of Ancient Freemasons (HFAF) – a engagé une stratégie frontale.

a) Sur le fond : stigmatisation et atteinte à la liberté d’association

Le 17 décembre 2025, l’UGLE (Grand Loge Unie d’Angleterre) annonce l’envoi d’une letter before claim en vue d’un judicial review, estimant la décision unlawful, unfair and discriminatory, et jugeant la consultation wholly inadequate.

Le cœur du raisonnement : une obligation de déclaration généralisée « jette une aura de méfiance » sur l’ensemble des maçons, alors même que l’UGLE revendique une politique d’ouverture accrue depuis des décennies.

b) Les bases juridiques invoquées, telles qu’UGLE les met sur la table

Dans son communiqué, l’UGLE évoque des atteintes potentielles :

  • à l’Equality Act 2010,
  • au UK GDPR (données personnelles),
  • et plus largement aux droits fondamentaux des membres.

Dans la presse, les requérants articulent aussi un argument « à fort pouvoir symbolique »: l’adhésion maçonnique régulière exigeant une croyance (au sens d’une référence au “Grand Architecte”/principe supérieur), l’obligation de dévoilement toucherait à une dimension assimilable à une conviction protégée, donc à un risque de discrimination liée à la religion ou aux croyances (source The Guardian).

5) Un point crucial : « registre public » ou déclaration interne ?

Là se joue une grande partie du malentendu médiatique. La mesure actuelle est une obligation de déclaration à l’employeur (Met), adossée au vetting, pas l’annonce d’un registre public accessible à tous. Dans l’histoire britannique, l’idée d’un registre public a déjà existé comme débat politique – mais ici, on est d’abord dans le registre du contrôle interne, de la conformité et de la gestion des risques.

Cela n’empêche pas l’UGLE de voir une pente : si l’institution considère l’appartenance comme “signal” à surveiller, la confidentialité, même interne, devient un marqueur et ce marqueur, dans un climat de soupçon, peut produire de la stigmatisation.

6) Où en est le contentieux devant la High Court (au 15 janvier 2026)

a) Une procédure de judicial review est enclenchée

L’UGLE et ses partenaires ont lancé l’action.

b) L’épisode « injonction » : pas de suspension immédiate, débat en cours

Un juge de la High Court (Mr Justice Chamberlain) a rendu une ordonnance datée du 2 janvier 2026, publiée le 12 janvier 2026. Elle est très éclairante sur l’instant procédural :

  • L’ordonnance rappelle que la décision contestée impose bien une exigence applicable immédiatement.
  • Mais elle note qu’il n’y a pas de besoin pressant de mesures provisoires immédiates, notamment parce que plus de 300 personnels ont déjà déclaré une implication dans des associations maçonniques ou autres, et parce que la Met n’envisage pas, à très court terme, des sanctions disciplinaires dans les semaines suivantes.
  • Elle prévoit que la question de l’interim relief (suspension) soit tranchée “sur pièces” pendant la semaine commençant le 12 janvier 2026 (donc : décision attendue à brève échéance à partir de cette date).

c) L’incident d’anonymat : « FSK »

L’ordonnance accorde aussi une mesure d’anonymat provisoire à un quatrième requérant « FSK », avec un passage piquant : le juge demande des observations sur une possible contradiction entre l’attente de confidentialité et le fait qu’une mention d’appartenance apparaisse sur une page Facebook publique (source Courts ans Tribynals Judiciary).
Ce détail, apparemment anecdotique, touche à la philosophie du dossier : la frontière entre discrétion et secret, entre choix intime et exposition, n’est pas uniforme chez tous les membres.

d) Le chiffre « 300+ »

Au 13 janvier 2026, la presse indique 316 déclarations et rapporte que plus de 300 personnels ont obtempéré. En effet, Guardian, ITV, etc. reprennent ensuite le chiffre 316 déclarations, à date, dans le même mouvement.

e) Et c’est là que l’écho médiatique français prend tout son sens

Le 14 janvier, La Voix du Nord – rare média, en France, a avoir abordé ce sujet – relaie que « plus de 300 » employées et employés de la police britannique ont déjà déclaré une appartenance maçonnique non comme une rumeur, mais comme un fait procédural adossé à la justice. L’émetteur, au fond, n’est pas un commentateur : c’est le juge.Dans une ordonnance de la High Court (Administrative Court), signée par Mr Justice Chamberlain, datée du 2 janvier et rendue publique le 12 janvier, la Cour constate que la décision contestée « s’applique immédiatement », mais qu’il n’y a pas de nécessité pressante d’une suspension immédiate, notamment parce que « some 300 officers and staff have already declared » leur implication dans des associations maçonniques ou autres associations hiérarchiques.

La Voix du Nord, Lille

Le juge ajoute deux éléments qui, politiquement, pèsent lourd : d’une part, l’absence d’intention annoncée de sanctions disciplinaires dans les prochaines semaines pour les retardataires ; d’autre part, l’engagement de la Met à reconsidérer sa décision à la lumière des observations des requérants. Autrement dit, l’argument d’urgence – clé des mesures provisoires – se trouve mécaniquement affaibli par la réalité déjà produite par la mesure.

VDN – logo

Et c’est précisément cette bascule que l’article de La Voix du Nord met en scène pour un lectorat français. La controverse n’est plus seulement doctrinale, elle est devenue comptable. Dans la presse britannique, cette barre des 300 est précisée à 316 déclarations à la date évoquée, chiffre brandi comme indice d’une conformité déjà largement engagée, tandis que les obédiences y voient, à l’inverse, la preuve d’une pression institutionnelle qui force la main au choix de la transparence.

7) L’argument Hillsborough : quand un rapport officiel démonte l’imaginaire du complot

Un des éléments les plus intéressants, et souvent mal exploités, est la manière dont un rapport officiel récent traite frontalement la rumeur d’influence maçonnique.

Dans son chapitre No evidence found of masonic influence, l’Independent Office for Police Conduct (IOPC) explique avoir examiné l’allégation selon laquelle certains officiers auraient cherché à protéger un supérieur parce qu’il était franc-maçon ; l’IOPC décrit sa méthode (questions systématiques, vérifications, sollicitation de l’UGLE, liste de noms, correspondances de fichiers) et conclut ne pas avoir trouvé d’éléments soutenant l’idée d’une conspiration maçonnique ou d’une protection motivée par l’appartenance.

Ce point ne clôt pas la question de la perception, mais il éclaire la mécanique : le soupçon maçonnique peut devenir une explication prête à l’emploi dans les crises de confiance, même lorsque les investigations documentées n’en confirment pas la structure fantasmatique.

8) Le précédent historique Blair/Straw : oui, le Royaume-Uni a déjà tenté… puis reculé

Le feuilleton ne sort pas de nulle part. À la fin des années 1990, un régime de déclaration avait été imposé à certains segments (magistrature, police, pénitentiaire), avant d’être abandonné.

Tony-Blair-en-2024

Une réponse officielle citée dans un échange public de la London Assembly rappelle que des registres ont été mis en place à partir de 1998 (à l’initiative du Home Secretary Jack Straw), puis qu’ils ont été supprimés en 2001, à la suite d’une décision de la Cour européenne des droits de l’homme et d’un réexamen par le Home Office.

Jack_Straw en 2015

Ce précédent est essentiel : il fournit à l’UGLE une mémoire juridique et politique, et il rappelle à la Met qu’elle marche sur une corde raide : ce qui se veut aujourd’hui mesure de confiance peut redevenir demain mesure illégale si la proportionnalité n’est pas démontrée.

9) Police Federation : une opposition corporate mais pas maçonnique

Autre acteur clé : la Metropolitan Police Federation, le syndicat. Elle a publié des déclarations critiques, dénonçant une mesure jugée attentatoire aux droits des agents et s’inquiétant d’un engrenage. la question peut se poser : où va s’arrêter la liste ?

Ce soutien est stratégiquement important pour l’UGLE : il évite de réduire le conflit à « maçons contre police ». Il installe plutôt une triangulation : management (Met) vs représentations professionnelles (Federation) + associations initiatiques (UGLE/OWF/HFAF).

10) Ce qui se joue vraiment (au-delà du droit) : une affaire d’équerre et de regard

Freemasons’ Hall

Au fond, l’angle initiatique aide à nommer l’invisible :

  • La Met veut rétablir un regard d’équerre – celui qui vérifie les conflits de loyauté et redresse les verticales.
  • Les obédiences maçonniques défendent le droit au voile mesuré – non pas le secret coupable, mais la part de réserve qui appartient à la liberté intime, à la conscience, à l’association.

Et ce qui fait crise, c’est que la même chose – la fraternité, l’entraide, l’appartenance – peut être lue comme vertu (solidarité) ou comme risque (réseau). La politique des declarable associations tente d’objectiver le risque ; la riposte maçonnique pointe la stigmatisation et l’amplification d’un soupçon.

11) À surveiller maintenant : les prochaines marches du dossier…

  1. Décision imminente sur l’interim relief (suspension provisoire), annoncée comme devant être tranchée “sur pièces” la semaine du 12 janvier 2026.
  2. Si la suspension est refusée, la politique continue de s’appliquer pendant que le judicial review suit son cours (fond : légalité, proportionnalité, consultation, data protection, égalité).
  3. Si la suspension est accordée, la Met devra geler l’application en attendant le jugement au fond, ce qui serait un signal fort sur la fragilité juridique de la mesure.

Au 15 janvier 2026, le dossier est entré dans sa phase la plus révélatrice : celle où le droit va contraindre chacun à prouver ce qu’il affirme. La Met devra démontrer que la mesure est nécessaire et proportionnée au but poursuivi (confiance, impartialité). L’UGLE, l’OWF et la HFAF devront démontrer que l’obligation produit une atteinte excessive aux droits, et qu’elle vise, de fait, une communauté déjà surchargée d’imaginaires.

Le paradoxe est là : la franc-maçonnerie anglaise, historiquement engagée depuis des décennies dans une politique d’ouverture, se retrouve sommée d’être transparente à la demande, non plus librement, mais sous menace disciplinaire potentielle. Et la police, institution de l’État, se retrouve à manier une matière hautement inflammable : le symbolique, ce carburant des peurs collectives.

Affaire à suivre…

Temple de la GLUA – UGLE

Chrétien ou Christique, parallèles se rejoignant à l’infini

En raison des nombreux éléments propre au christianisme, tels que la croix latine, la formule INRI et toutes les références verbales issues du texte même des Evangiles, le 18ème degré reçoit couramment l’appellation de rite « christique », qualificatif au sens extrêmement large. Pas d’erreur possible, le 18ème degré est véritablement en lien avec la figure et les paroles de celui qui est l’origine de la religion chrétienne – peut-être conviendrait-il de dire des religions chrétiennes ?

Le point de départ, bien entendu, c’est cet homme natif de Jérusalem, il y a environ deux mille ans, dont le nom complet est Yéshoua ben Yossef, ben David, ce qui donne en français courant : Jésus, fils de Joseph, de la lignée de David…, homme jeune, porteur d’un charisme exceptionnel, qui a entraîné à sa suite de nombreuses personnes à qui il délivrait un enseignement nouveau, et qui prodiguait des guérisons miraculeuses, tout en prononçant des discours séditieux et provocateurs à l’encontre des autorités de sa propre religion. Comme chacun sait, selon la tradition, il a fini de manière infâme, sur une croix, à la suite d’un procès expéditif. Les écrits se rapportant à lui disent qu’il avait alors trente-trois ans.

On peut donc s’interroger, pour décider quelle appréciation s’avère la plus pertinente pour caractériser le 18ème degré : s’agit-il d’un rite chrétien ou d’un rite christique ? Il convient avant tout de s’entendre, sur le sens des mots. Pour l’adjectif chrétien nous retiendrons le sens de « ce qui se rapporte, à proprement parler, à la figure du christ » et pour l’adjectif christique nous retiendrons le sens de « dérivé du christianisme ». Sur cette base, j’examinerai tout d’abord, dans cette planche, la dimension chrétienne du rite, c’est-à-dire en rapport direct avec les paroles et la vie du christ ; dans un deuxième temps je considèrerai les aspects christiques, c’est-à-dire les dimensions d’ordre spirituel qui s’y sont rajoutées. Je terminerai en me concentrant sur le sens profond de ces deux termes à travers la notion de messianité qui définit, pour le mieux, la réalité ontologique du christ.

1 La dimension chrétienne

Depuis notre initiation au premier degré et le serment prêté sur le Volume de la Loi sacrée, ouverte au Prologue de l’évangile de Jean, nous sommes familiers du lien qui rattache la maçonnerie avec la tradition chrétienne. Cependant, pour celui qui accède au 17ème degré et qui entend pour la première fois les paroles qui y sont prononcées, ce dernier découvre, à condition de disposer d’un minimum de culture religieuse, que la maçonnerie qui se présente à lui maintenant s’appuie sur de solides et nombreux fondements néotestamentaires, autrement dit chrétiens. Cette constatation a lieu lorsqu’il apprend que le 17ème degré se situe en référence à l’Apocalypse, soit le dernier livre du Nouveau Testament, celui qui achève la Bible dans sa totalité.

 Différents éléments vont attirer l’attention des nouveaux candidats, dès lors qu’ils apprennent que le temple sombre où se réalise la première partie de l’initiation au 18ème degré prend le nom de « Golgotha ou calvaire ». De même, ils reconnaîtront au cours de cette cérémonie, puis dans le rite ordinaire, des fragments du texte sacré qui relatent la crucifixion. Citons par exemple l’heure du parfait maçon définie dans le rituel de reprise des travaux comme l’heure où le voile du Temple s’est déchiré. Chez Marc nous lisons ceci au chapitre XV, versets 37 et 38 :

« Jésus poussa un grand cri et expira. Le rideau du Temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ».

L’allusion ésotérique de ce phénomène est celle que la connaissance secrète de l’ancienne religion juive se trouve désormais offerte aux yeux de tous.

 Autre élément symbolique lié à la crucifixion, la pierre qui sue « sang et eau ». Ici nous avons dans l’Evangile de Jean, chap. XIX, verset 34, cette phrase : Un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. En associant les deux liquides à la pierre cubique, le rituel désigne clairement la figure de Jésus, qui reprenant d’anciens propos du psaume 118 et d’Isaïe XXVIII, s’était identifié lui-même, à la pierre d’angle du Temple :

« Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ! »

(Mt. XXI – 42)

 Autre métaphore du rituel qui introduit la figure de Jésus dans la cérémonie : je veux parler de la rose sur la croix. Voici ce que dit le rituel :

« Cela se produisit quand la rose mystique sacrifiée sur une croix plantée sur une montagne s’éleva au ciel par trois carrés, trois triangles, et trois cercles ».

Étrange formule que cette « rose mystique qui monte au ciel » ! L’image fait partie des allégories poétiques inventées par les alchimistes dans lesquelles, je ne saurais entrer. Cependant, la phrase reprend trois éléments fondamentaux de la passion du christ : le sacrifice sur une croix, le site constitué d’une montagne, soit le Golgotha (lieu du crâne), et pour finir, le principe d’une montée vers le ciel…

 Ce relevé d’éléments chrétiens n’est pas exhaustif. Notons encore, toutefois, la référence aux trois jours de la descente aux enfers de la tradition chrétienne : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. (Mt. XII – 40). Le rituel dit sobrement : « Après trois jours le Grand architecte de l’univers rendit tout son éclat à la lumière ». Terminons ce relevé en rappelant l’âge symbolique des Chevaliers Rose-Croix : trente-trois ans, l’âge du christ.

 Nous avons là, par conséquent, un nombre important d’indices qui nous confrontent avec les sources éminemment chrétiennes de ce rite. On ne peut, cependant, s’en tenir là, d’autres éléments se rajoutent qui élargissent cette thématique. C’est ce qu’on appellera la dimension christique.

2 La dimension christique

 Sur un mode ironique on dira peut-être, que vie du christ aura enflammé bien des imaginations ! En effet, depuis le moment de sa mort, jusqu’à notre présent le plus contemporain, elle aura inspiré des comportements, des engagements spirituels innombrables et variés qui se réfèrent tous à l’exemple et à la parole de Jésus. Le livre le plus publié après la Bible, depuis la Renaissance, d’un auteur anonyme, s’intitule L’Imitation de Jésus-Christ, et, sur la base de cette phrase de l’Evangile de Jean, « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres… » (Jn. VIII-12) enseigne à mener sa vie sur le modèle du Christ. Cette amplification du message chrétien imprègne totalement notre 18ème degré ce qui nous autorise à lui reconnaître une dimension christique.

 En premier lieu nous sommes obligés de mettre ici en évidence les trois vertus théologales, Foi, Charité, Espérance.

Ces trois vertus, sont commentées par le rituel de manière très prudente, de façon à ne pas tomber dans l’ornière du dogmatisme catholique. « Grâce à l’Espérance, l’humanité a toujours tendu vers le bien ». « La Foi est une tension qui se manifeste dans le cœur de l’homme et le porte à consacrer son énergie et même sa vie, à la poursuite de l’idéal engendré par l’espérance ». « La Charité est la beauté de l’âme qui permet d’adoucir l’existence si dure de tant d’êtres vivants ». Rien d’incompatible dans ces trois définitions, avec le message chrétien, bien au contraire.

Cependant il s’agit d’un développement christique sur la base de l’enseignement du premier apôtre, Paul. Le rituel- même lui rend son crédit en citant la Première Épitre aux Éphésiens :

« Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaitrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la FOI, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la CHARITÉ, je ne suis rien… ».

Paul est postérieur d’une vingtaine d’année à la naissance du christ et ses Épitres participent du développement du christianisme à travers les communautés juives, du pourtour méditerranéen, favorables à l’évolution de leur religion et qui vivaient dans leur chair les persécutions dont ils étaient l’objet. L’écrivain Emmanuel Carrère, dans son livre intitulé Le Royaume, consacré à sa foi personnelle, a sur Paul une appréciation pleine de sens. Il dira de lui : transposé dans les dix premières années de la révolution bolchévique, en Russie, le personnage de Paul me fait penser à un général de l’armée blanche, qui, ayant épousé la cause du communisme, cherche à être plus léniniste que les premiers acteurs de la Révolution rouge… 

 Autres aspects qui correspondent à ce que nous pouvons considérer comme des éléments de nature christique, ce sont toutes ces petites formules qui émaillent le rituel, pas vraiment présentes dans le Nouveau Testament, mais toutes porteuses d’une connotation chrétienne. Exemple : « Qui vous a reçu ? Le plus humble de tous…parce qu’il était le plus éclairé, sachant que toute inspiration vient d’en haut… ». Cette dernière formulation, toute inspiration vient d’en haut, fait écho indirectement aux multiples citations relatives à « ce qui est donné » aux hommes, venant du Tout-Puissant.

Ne parlons pas des notions de Lumière dissipant les ténèbres, ou de Lumière revenue dans tout son éclat… qui renvoie au Prologue de l’Evangile de Jean. De même l’usage de la formule hoshée, qui veut dire sauveur, soit le nom-même de Jésus.

On ne saurait oublier la symbolique de la « table fraternelle » où nous procédons à la cérémonie de la cène, avec le partage du pain et du vin, et la formule ambiguë, à mes yeux, dans ce contexte : « Tout est consommé ! »

3 Au-delà des mots (conclusion)

chemins dans les champs

 Je terminerai ce texte par quelques réflexions qui répondent directement à la question posée : Chrétien ou Christique, parallèles se rejoignant à l’infini ? Compte tenu de ce que je viens de dire, démontrant que les qualificatifs sont tous deux justes et pertinents à la base. Il en ressort selon moi, que la question ne se pose pas : par définition les parallèles ne se rejoignent jamais. Ici le point de départ à ces deux mots, « christique ou chrétien », est commun, car il s’agit du christ, plus précisément ses paroles et son exemple. Dans la distinction entre chrétien et christique il y a un sous-entendu dans lequel, pour ma part, je ne rentre pas, sous-entendu qui attribuerait a priori le qualificatif de « chrétien » aux églises se réclamant de Pierre, et celui de « christique » à la maçonnerie laquelle se réclame de Jean. Si l’on veut voir les choses de près, je ne pense pas qu’il n’y ait de grosses différences. Ce qui peut varier c’est l’intensité dans la référence au christ, et certainement la qualité de cœur qu’on y met. Le reste est une affaire de forme, de mise en scène…

Ces deux termes procèdent de la même racine grecque, à savoir l’adjectif christos dont le sens est : qui a reçu l’onction. En français il faudrait dire l’oint, mais la sonorité de ce mot passe mal dans cette langue. Ce mot, oint est un décalque de l’hébreu biblique mashiah qui a donné le terme messie en français. Cela correspond à la désignation d’un être particulièrement consacré pour accomplir la volonté du Tout-Puissant, au moyen d’un geste fait par un grand prêtre ou prophète, selon le Lévitique, qui verse l’huile contenue dans une corne évidée de bélier sur le front d’un personnage d’exception, futur chef, en général. Ce geste a été repris lors du couronnement des rois de toute la chrétienté occidentale. L’huile étant appelée le « saint chrême », faisant ainsi des personnages oints, autrement dit des « christs » à leur tour. Le rite écossais ancien et accepté reprend ce geste hautement sacré au 14ème degré, dès lors que le T.F.P.M. prononce ces mots :

« En mémoire de l’onction que reçurent Aaron, David et Salomon, je vais imprimer sur vous la marque du G.A.D.L.U. ! ».

S’ensuit le geste symbolique que nous avons tous connu exécuté avec une truelle d’or appliquée sur les yeux, la bouche et le cœur…

Ce mot Mashiah francisé, via les communautés juives de France, en « messie », désigne l’envoyé de Dieu qui doit sauver le monde à la fin des temps. Une expression populaire reprend cette idée employée pour évoquer une personne en retard : « Tu tardes comme le messie ! » Il importe donc de ne pas perdre de vue cette notion quand on emploie ces mots, chrétien, ou christique. Toutefois devons-nous nous satisfaire de ces deux qualificatifs. Pour ma part je ressens une certaine restriction dans ces termes, restant, pour ma part, attaché à une conception judéo-chrétienne de la maçonnerie. Si elle est chrétienne elle est aussi judéenne. Le cadre le veut avec les deux colonnes J. et B., les dix offices hérités du minyan juif etc.

Cependant, il y a encore autre chose qui caractérise la spiritualité juive dont nous avons reçu l’héritage, même si cela n’est pas dit très clairement : le propre de cette spiritualité qui résume et exalte les dix commandements est la suivante : c’est « l’étude de la Loi ». Jésus brodera en insistant sur l’amour à avoir pour le Dieu unique et l’amour pour notre prochain, mais conclura en disant : « De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes » (Mt. XXII – 40). « La Loi et les prophètes » résument ainsi la marche du monde qu’en tant qu’initiés nous sommes appelés à méditer.

Tel est bien le message judéo-chrétien donné au 18ème degré !

Jacques Carletto fait son Interview : « La bibliothèque idéale de l’initié » de Thierry Viquerat

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La Bibliothèque idéale de l’Initié n’est ni un manuel d’érudition, ni une bibliographie exhaustive, ni un ouvrage prescriptif au sens dogmatique. L’auteur adopte d’emblée une posture singulière : celle d’un grand lecteur désabusé de l’illusion culturelle, conscient que l’accumulation de savoirs ne garantit ni la sagesse, ni la vertu, ni même l’éveil spirituel. À travers une réflexion très personnelle, nourrie par plus de trente ans de pratique maçonnique (au Rite Écossais Ancien et Accepté), il affirme une idée centrale : la lecture n’est ni une condition suffisante, ni une condition nécessaire à l’accomplissement humain, mais elle peut devenir un puissant levier initiatique lorsqu’elle est intégrée à une démarche existentielle cohérente.

Le ton, volontairement ironique et parfois provocateur, sert à désacraliser la posture de l’érudit et à libérer le lecteur de tout complexe intellectuel. L’auteur refuse explicitement le rôle de gourou ou d’arbitre de la vérité : il propose un outil, pas une norme.

L’un des apports majeurs de l’ouvrage est la redéfinition radicale de la notion de « lecture initiatique ». Pour Thierry Viquerat, un livre n’est pas initiatique par essence, par son sujet ou par l’intention de son auteur. Il le devient dans la relation singulière qu’il entretient avec son lecteur. Le caractère initiatique est donc relatif, contextuel et subjectif. Cette approche rompt avec toute vision ésotérique élitiste ou figée. Elle explique aussi des choix qui peuvent surprendre : l’exclusion volontaire de nombreux ouvrages « classiques » de l’ésotérisme au profit de textes littéraires, mythologiques ou philosophiques capables de provoquer un déplacement intérieur.

Le socle théorique du guide repose sur une défense assumée du syncrétisme intégral, présenté non comme une confusion des traditions, mais comme une nécessité ontologique du chemin initiatique. Il exige un recours à l’ensemble des traditions humaines : mythologies antiques, religions révélées, philosophies grecques, hermétisme, alchimie, kabbale, sciences modernes, poésie et littérature.

Ce syncrétisme n’est pas décoratif : il répond à l’idée que la Vérité ne peut être approchée par exclusion, mais seulement par intégration de perspectives multiples. Dans cette optique, la bibliothèque idéale n’est pas un empilement de livres, mais une boîte à outils spirituelle, destinée à offrir une vision horizontale large, quitte à renoncer à toute spécialisation approfondie.

Enfin, l’ouvrage propose une véritable éthique de la lecture initiatique. L’auteur insiste sur trois attitudes fondamentales : L’humilité : accepter de ne pas comprendre, de relire, de différer une œuvre trop difficile. La patience : certaines lectures n’ont de sens qu’à un moment précis du chemin. Le refus de la compétition intellectuelle : lire n’est pas un concours de performance spirituelle.

L’auteur : Thierry Viquerat dirige un cabinet de Conseil en gestion de crise des PME. Il a enseigné et publié dans ce domaine. ll est titulaire de la Légion d’honneur pour ses contributions au monde de la petite entreprise. En parallèle, il poursuit une quête initiatique, humaniste et philosophique de littérature et de théologies comparées. Il est membre de la Grande Loge de France et de la juridiction du Suprême Conseil de France.

« Tintin en Amérique », ou la grande initiation du monde marchand

Sous la ligne claire, une inquiétude persiste. Dans Tintin en Amérique, Georges Remi dit Hergé compose moins un récit d’aventures qu’une traversée morale d’un continent devenu machine, où l’or commande, où la loi se déguise, où l’innocence doit apprendre à tenir debout sans se dissoudre dans le spectacle.

Il faut regarder ce livre comme un miroir tendu à la modernité, un miroir volontairement abrupt, parfois brutal, toujours nerveux

Dès les premières pages, Chicago se dresse comme un théâtre de la puissance grise. La ville ne sert pas de décor, elle impose un régime intérieur. Dans l’album, la rue n’est pas un espace, c’est une épreuve. Les façades ressemblent à des parois, les couloirs d’hôtel à des antichambres de pièges, les portes à des seuils qui claquent. L’air même paraît chargé de menaces, comme si la cité possédait son propre égrégore, un esprit collectif alimenté par la peur et par l’argent. Le lecteur le sent très vite dans cette manière qu’a Hergé de faire surgir le coup, l’embuscade, l’enlèvement, puis de relancer aussitôt, sans répit. La cadence devient un langage. Elle dit l’époque. Elle dit la vitesse comme violence, la vitesse comme argument.

Le fait que le visage d’Al Capone apparaisse si tôt, et qu’il soit traité comme une évidence, révèle une intuition profonde

Le crime n’est pas une anomalie. Le crime est une structure parallèle, presque officielle, un autre visage de l’organisation. Dans cette Amérique-là, la puissance ne se contente pas de menacer, elle administre. Le gangster devient une figure de souveraineté clandestine. Et c’est ici que la lecture initiatique trouve une première prise. Le monde profane se présente souvent comme un ensemble de règles, mais il s’avère fait de rapports de force dissimulés, d’influences, de couloirs. Hergé ne théorise pas, il montre. Il met Tintin dans un réseau, et ce réseau a des tentacules. Nous comprenons alors que le véritable adversaire n’est pas tel individu, mais une forme de domination qui circule, se démultiplie, se recompose.

Tintin, lui, n’a ni cynisme ni goût du compromis

Il entre dans la ville avec cette rectitude presque scandaleuse, celle qui dérange parce qu’elle refuse d’être achetable. Il ne cherche pas à briller, il cherche à dénouer. Sa morale n’est pas une posture, c’est un axe. Dans une perspective maçonnique, cet axe fait penser à une colonne intérieure. Non pas l’assurance d’avoir raison, mais l’exigence de rester juste quand tout conspire à brouiller la mesure. Hergé installe très tôt une opposition entre la droiture et la comédie sociale. Les policiers, les notables, les hommes “respectables” peuvent être ridiculisés ou manipulés. Le salut ne vient pas du prestige, il vient de la tenue.

Nous remarquons aussi que l’album travaille une idée rarement dite à voix haute, mais sans cesse vérifiée dans l’expérience humaine

La chute vient souvent de ce que nous croyons reconnaître. Ici, les uniformes, les bureaux, les titres, les cartes de visite, les sourires officiels, tout peut être masque. Les ennemis savent se faire passer pour des alliés. La vérité doit donc apprendre à se défendre, non par la brutalité, mais par la vigilance. L’œil initiatique, celui qui ne confond pas l’apparence et l’être, devient une nécessité de survie. Hergé, par le comique et l’action, raconte une ascèse du discernement.

Cette ascèse passe par le corps

L’album est une suite d’atteintes, de captures, de fuites, de chutes, de reprises. Tintin y devient un athlète du refus. Il se dégage, il échappe, il recommence. Ce mouvement répétitif possède une valeur symbolique. Chaque enlèvement est une tentative de le faire taire. Chaque évasion est une réaffirmation de la parole libre. Chaque piège déjoué redit qu’aucune force ne peut durablement tenir un être debout s’il garde sa conscience en éveil. Nous pouvons lire cette dynamique comme une série d’épreuves purificatrices, non pas parce que Tintin deviendrait “meilleur” au sens moral, mais parce que l’album vérifie sa capacité à demeurer identique à lui-même, sans se laisser contaminer.

La question de l’argent traverse tout…

La question de l’argent traverse tout, comme une rivière sombre

Dans Tintin en Amérique, la richesse n’est pas une récompense, elle est un principe de désordre. Elle attire la convoitise, produit la trahison, finance la violence, et surtout elle transforme les êtres en fonctions. Le monde du capital se présente comme rationnel, mais Hergé le montre animé par une passion froide. Il n’y a pas ici d’éloge de la réussite, mais la radiographie d’une avidité qui finit par ressembler à une religion. Une religion sans transcendance, sans prière, mais avec ses rites, ses temples de verre, ses sacrifices. Le lecteur initié entend, derrière les gags et les poursuites, la question brûlante. Qu’est-ce qui gouverne réellement nos cités, nos décisions, nos fidélités.

Cette interrogation se prolonge dans la figure du spectacle

L’album aime les retournements, les mises en scène, les coups médiatiques avant la lettre. Le monde moderne est aussi un monde de représentation. La vérité, pour se frayer un chemin, doit traverser des images fabriquées. C’est une leçon spirituelle autant que politique. Celui qui cherche la lumière ne peut se contenter de croire ce qui s’exhibe. Il doit apprendre à lire les signes, à déceler la main qui tire les ficelles, à reconnaître le théâtre du pouvoir.

Une lecture exigeante ne peut cependant éluder l’ombre qui habite ce volume

La représentation des peuples autochtones, telle qu’elle apparaît dans l’imaginaire européen du premier vingtième siècle, charrie des stéréotypes aujourd’hui insupportables.

Hergé écrit depuis un continent qui projette, simplifie, caricature. Il serait trop confortable de détourner le regard. Il faut au contraire tenir ensemble deux réalités. D’une part, la force satirique de l’album contre la corruption urbaine et la brutalité capitaliste. D’autre part, l’aveuglement colonial qui traverse certaines scènes, comme si l’Amérique « authentique » ne pouvait être pensée qu’à travers un folklore. Une lecture initiatique ne cherche pas l’innocence, elle cherche la vérité, et la vérité inclut la part d’ombre. Cela aussi travaille le lecteur. Lire, c’est apprendre à ne pas s’absoudre trop vite.

Dans cette tension, Tintin lui-même apparaît comme une figure paradoxale

Il est à la fois le héros occidental qui traverse, juge, répare, et le témoin d’un monde qui lui échappe. Il possède l’énergie de l’action, mais il ne maîtrise pas l’histoire longue. Les puissances qu’il affronte sont immédiates, et les injustices profondes demeurent. Cette limite fait partie de l’intérêt du livre. Elle rappelle que la vertu individuelle, si admirable soit-elle, ne suffit pas à elle seule à guérir les structures. Le récit propose une éthique de résistance, pas une refondation. Et cette distinction, pour nous, pèse. Elle invite à interroger ce que nous appelons engagement. Elle invite à discerner entre sauver, réparer, transformer.

Si nous cherchons une clef plus hermétique, nous la trouvons dans la manière qu’a Hergé d’opposer la ligne et le chaos

La ligne claire n’est pas qu’une esthétique. Elle peut être comprise comme une volonté d’ordonner le monde par la forme. Elle trace, elle découpe, elle donne des contours. Or le monde raconté ici déborde sans cesse. L’album met donc en scène une lutte secrète entre la mise en ordre et la déferlante des passions collectives. Chaque case est une tentative d’intelligibilité. Chaque poursuite est l’aveu que le réel fuit. Et c’est peut-être là que l’œuvre touche, au-delà de son âge et de ses naïvetés. Nous vivons tous dans cette tension entre ce que nous voudrions rendre lisible et ce qui résiste, s’emballe, se déchaîne.

À ce stade, il devient juste de rappeler qui est Hergé, sans transformer la lecture

Herge-Italie-1965-Linus

Georges Remi, né en 1907 et mort en 1983, a bâti avec Tintin une mythologie moderne, immédiatement reconnaissable, qui a façonné des générations de regards. Son art tient à une discipline du trait, à une puissance narrative, à une capacité d’absorber les imaginaires de son temps, parfois pour les refléter, parfois pour les questionner. Dans sa bibliographie, les albums de Tintin dessinent une sorte de long apprentissage, depuis les premières aventures marquées par l’esprit d’époque jusqu’aux œuvres de maturité où le doute, la psychologie et l’ambiguïté gagnent du terrain. Citer quelques jalons suffit à situer l’onde longue. Tintin au Congo, Le Lotus bleu, L’Oreille cassée, Le Sceptre d’Ottokar, Le Secret de la Licorne, Les Sept Boules de cristal, Tintin au Tibet, Les Bijoux de la Castafiore témoignent de cette évolution, et permettent de comprendre Tintin en Amérique comme un moment où la satire sociale se mêle encore à des représentations héritées, avant que l’œuvre ne se complexifie.

Pour une sensibilité maçonnique, ce livre vaut aussi comme méditation sur la loi

Non pas la loi écrite, mais la loi vécue. Il y a la loi des institutions, souvent prise de court, parfois ridiculisée. Il y a la loi des gangs, brutale, immédiate, efficace. Et il y a la loi intérieure de Tintin, qui ne se négocie pas. La question devient alors celle-ci. Quelle loi mérite obéissance. Quelle loi élève. Quelle loi protège. Dans l’album, la vraie justice ne se confond pas avec la force, et ne se confond pas non plus avec l’ordre apparent. Elle ressemble à une rectitude en marche, parfois comique, parfois héroïque, toujours exposée.

Nous comprenons ainsi que Tintin en Amérique n’est pas seulement un récit d’action

C’est une fable sur la contamination. Un monde peut rendre les hommes semblables à ce qu’ils combattent, s’ils se laissent gagner par les méthodes qu’ils dénoncent. Tintin, lui, traverse sans se souiller, non parce qu’il serait « pur » au sens moral, mais parce qu’il demeure attaché à une idée du vrai qui ne dépend ni des applaudissements ni des résultats immédiats. C’est une fidélité qui ressemble à une initiation permanente. Non pas l’acquisition d’un savoir, mais la pratique d’une tenue.

Et c’est peut-être la beauté secrète de cet album

Sous ses outrances, sous ses stéréotypes, sous sa mécanique de gags et de périls, il conserve une nervure éthique. Une nervure qui dit ceci.

Quand le monde devient marché, la conscience devient résistance.

Quand la violence devient système, la droiture devient scandale. Quand tout s’achète, il reste encore, pour celles et ceux qui ne renoncent pas, la possibilité de tenir une parole, de sauver un lien, de refuser la peur.

Tintin en Amérique laisse derrière lui une poussière de routes, de coups de feu, de rires et de malaise, et cette poussière n’est pas un défaut. Elle oblige à penser. Elle oblige à reconnaître ce que l’époque projetait, et ce que l’œuvre, malgré elle parfois, met déjà à nu. Une Amérique comme laboratoire, une modernité comme vertige, et, au milieu, un jeune homme qui ne possède rien d’autre que sa conscience, et qui prouve que cela peut encore suffire à déranger les empires.

Conformément au droit d’auteur et aux droits d’exploitation attachés à l’œuvre d’Hergé, nous ne reproduisons pas d’images issues des albums de Tintin : ni premières de couverture, ni planches, ni représentations des personnages. Les illustrations proposées pour cet article sont donc des créations originales, sans reprise d’éléments graphiques de l’univers de Tintin.