jeu 03 avril 2025 - 09:04
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L’ajustement est un défi permanent

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Comme vous avez pu le constater en me lisant de temps à autre, au-delà même de mon attachement au symbolisme, j’appartiens à cette école qui conçoit la franc-maçonnerie comme une voie initiatique. Or qu’est-ce qu’une voie initiatique ? C’est un  engagement intérieur qui vise, en premier lieu, à se débarrasser des scories qui obstruent une vision libre et complète de la vie, jusqu’alors entravée par tout un réseau de réactions égoïstes, reliées à des peurs, à des préjugés et à des désirs de domination.

Ce dépouillement se fait peu à peu. Il vient en réfléchissant aux choses sous des angles divers, en entendant des Frères ou des Sœurs examiner les mêmes questions d’une façon différente. Ce dépouillement est aussi un accueil d’autres points de vue. Ce sont des routes qui s’ouvrent sans que l’on sache toujours où elles mènent, une identification progressive des traces jusqu’au repérage des tracés sous-jacents.

C’est un paradoxe continuel où le détachement des apparences qui nous guidaient antérieurement, loin de nous rendre insensibles aux phénomènes qui nous environnent, nous fait témoins des réalités dans l’enchevêtrement de leurs causes et la variété de leurs manifestations.

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En cela, la Franc-maçonnerie n’est pas un exercice de renoncement au monde comme théâtre d’illusions universelles et perpétuelles, dans une conviction qui s’arrêterait à une position passive et dégagée. C’est voir mieux, plus profondément, pour agir en conséquence. Aussi bien, si se libérer des impressions trompeuses commence par soi-même, c’est pour accéder à la plénitude de son être et donc à son propre accomplissement, non point pour sa seule jouissance mais en harmonie avec les forces qui composent les milieux où l’on vit. Dans cette optique, lucidité et responsabilité vont de pair, dans le respect de la liberté de chacun.

Ce n’est, certes, pas simple. Une réalisation entière est loin d’être toujours possible.

Très prosaïquement, ce que nous appelons la sagesse réside dans une tentative constante d’ajustement.

L’ajustement est un défi permanent.

Petit inventaire de tous les apports extérieurs à la Franc-maçonnerie

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La Franc-maçonnerie est un syncrétisme complexe, un creuset où se mêlent des traditions spirituelles, religieuses, philosophiques et symboliques issues de diverses cultures et époques. Elle s’est nourrie d’un large éventail d’influences, allant des traditions opératives des bâtisseurs médiévaux aux courants ésotériques, en passant par des emprunts aux grandes religions monothéistes, aux philosophies antiques et même à des traditions orientales.

Identifions les principaux éléments qui ont nourri la franc-maçonnerie, leurs provenances, et illustrer comment ils se manifestent dans ses rituels et pratiques. Je m’appuierai sur des informations historiques et culturelles, tout en examinant de manière critique les récits traditionnels pour éviter de simplement reproduire des narrations établies sans réflexion.

1. Les origines opératives : les corporations de maçons médiévaux (Europe, Moyen Âge)

Élément : Les outils de construction (équerre, compas, maillet, ciseau, fil à plomb, niveau, truelle).
Provenance : Les corporations de maçons opératifs en Europe, notamment en Écosse et en Angleterre, dès le Moyen Âge (XIIIe-XVIIe siècles). Ces corporations, qui construisaient des cathédrales et des châteaux, utilisaient ces outils pour leur travail quotidien.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • La franc-maçonnerie spéculative, qui émerge au XVIIe siècle, reprend ces outils comme symboles de valeurs morales et spirituelles. Par exemple, l’équerre représente la rectitude morale, le compas symbolise la sagesse et la mesure, le maillet évoque la force et la volonté, et la truelle incarne la fraternité (elle “unit” les frères comme elle unit les pierres).
  • Les grades maçonniques (apprenti, compagnon, maître) sont directement inspirés des hiérarchies des corporations médiévales, où les apprenants progressaient dans leur maîtrise du métier.
  • Le mythe central de la construction du Temple de Salomon, tiré de l’Ancien Testament, est une métaphore de la construction intérieure de l’initié, un écho des bâtisseurs médiévaux qui voyaient leur travail comme une œuvre sacrée.

Analyse critique : Bien que la franc-maçonnerie moderne revendique une filiation directe avec ces corporations, cette transition de l’opératif au spéculatif est plus symbolique qu’historique. Les premières loges spéculatives (fin XVIIe siècle) incluaient des membres qui n’étaient pas maçons de métier, mais des intellectuels et des notables, suggérant que l’adoption des outils et des grades était davantage une réinvention romantique qu’une continuité stricte.

2. Les traditions bibliques et judéo-chrétiennes (Moyen-Orient, Antiquité)

Élément : Le Temple de Salomon, la légende d’Hiram Abiff, les références à la Bible.
Provenance : Les textes de l’Ancien Testament (notamment le Premier Livre des Rois et le Deuxième Livre des Chroniques) et les traditions judéo-chrétiennes.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • Le Temple de Salomon est au cœur du symbolisme maçonnique. Il représente l’idéal d’un édifice parfait, à la fois matériel et spirituel, que chaque maçon doit construire en lui-même. Les rituels maçonniques, notamment au grade de maître, s’articulent autour de la légende d’Hiram Abiff, l’architecte du Temple, assassiné par trois mauvais compagnons. Cette légende, bien que non présente dans la Bible, est une création maçonnique qui symbolise la quête de la vérité et la résurrection spirituelle.
  • Les “trois grandes lumières” de la franc-maçonnerie (le Volume de la Loi Sacrée, souvent la Bible, l’équerre et le compas) reflètent une influence judéo-chrétienne. Dans les loges traditionnelles, comme celles de la Grande Loge Unie d’Angleterre, la Bible est ouverte lors des tenues, et les serments sont prêtés sur ce livre.
  • Les colonnes Jachin et Boaz, qui encadrent l’entrée du temple maçonnique, sont directement tirées de la description du Temple de Salomon dans la Bible (1 Rois 7:21). Elles symbolisent la force et la stabilité.
  • Les références à la “voûte étoilée” (symbole de l’infini) et au “pavé mosaïque” (dualité du bien et du mal) s’inspirent également de l’imaginaire biblique.

Analyse critique : L’utilisation de la Bible et du Temple de Salomon dans la franc-maçonnerie n’est pas nécessairement religieuse, mais plutôt symbolique. La franc-maçonnerie n’est pas une religion, bien qu’elle ait été accusée de syncrétisme ou de “religion de substitution” par certaines institutions religieuses, comme l’Église catholique, qui y voit une concurrence spirituelle. La légende d’Hiram, bien qu’inspirée de la Bible, est une invention maçonnique du XVIIIe siècle, probablement pour enrichir le rituel et donner une profondeur mythique à l’initiation.

3. Les influences des Lumières et de la philosophie rationaliste (Europe, XVIIIe siècle)

Isaac Newton

Élément : Les idéaux de tolérance, de fraternité, de libre-pensée, et de progrès humain.
Provenance : Les Lumières européennes, notamment en Angleterre et en France, au XVIIIe siècle. La franc-maçonnerie spéculative naît dans un contexte où les idées de John Locke, Isaac Newton, et des philosophes des Lumières (Voltaire, Montesquieu) prônent la raison, la tolérance, et l’émancipation de la pensée.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • La franc-maçonnerie se définit comme une “association philosophique et philanthropique”, un espace où des hommes de différentes origines sociales et religieuses peuvent se rencontrer sans barrière dogmatique. Les Constitutions d’Anderson (1723), rédigées par James Anderson et Jean Théophile Désaguliers, insistent sur une “religion naturelle” ou “noachisme”, une croyance universelle en un Être Suprême sur laquelle tous les hommes peuvent s’accorder, sans imposer de dogme spécifique.
  • Les rituels maçonniques intègrent une “géométrie morale”, où des outils comme l’équerre (rectitude) et le compas (sagesse) deviennent des métaphores pour des vertus rationnelles et morales, en phase avec l’esprit des Lumières.
  • La franc-maçonnerie devient un lieu de débat philosophique et moral, comme en témoignent les tenues d’instruction du XVIIIe siècle en Angleterre, qui étaient centrées sur des discussions éthiques plutôt que sur des cérémonies formelles.

Analyse critique : Bien que la franc-maçonnerie se présente comme un espace de tolérance, cette universalité a ses limites. Les loges traditionnelles, comme celles de la Grande Loge Unie d’Angleterre, exigent une croyance en un Être Suprême, excluant les athées jusqu’au XXe siècle. En revanche, les loges libérales, comme le Grand Orient de France, ont évolué vers une approche adogmatique, acceptant les athées dès 1877, ce qui montre une tension entre l’idéal universaliste et les pratiques réelles.

4. Les traditions ésotériques et hermétiques (Europe et Moyen-Orient, Antiquité et Renaissance)

Élément : Les symboles géométriques, les références à l’hermétisme, et les hauts grades.
Provenance : Les traditions ésotériques de l’Antiquité (Égypte, Grèce) et de la Renaissance européenne, notamment l’hermétisme, l’alchimie, et les courants néoplatoniciens.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • Les symboles géométriques, comme le triangle (représentant la trinité esprit-âme-corps ou la synthèse des dualités), le delta rayonnant (symbole de conscience ou du principe créateur), et les cercles (l’infini), sont inspirés des traditions hermétiques et néoplatoniciennes, qui voyaient dans la géométrie une clé pour comprendre l’univers.
  • Les hauts grades maçonniques, comme ceux du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), intègrent des éléments ésotériques. Par exemple, le grade de Chevalier Rose-Croix (18e degré du REAA) est imprégné de symbolisme chrétien ésotérique, avec des références à la Passion du Christ et à la résurrection, mais aussi à des concepts alchimiques comme la transformation intérieure.
  • L’influence de l’hermétisme est également visible dans la quête de “connaissance cachée” (gnose), un thème central de la franc-maçonnerie. Les rituels maçonniques, avec leurs initiations progressives, rappellent les mystères antiques (comme les mystères d’Eleusis en Grèce), où l’initié accède à des vérités cachées par étapes.
  • René Guénon, un penseur ésotérique du XXe siècle, a influencé certains maçons en proposant que les symboles maçonniques dérivent d’une “tradition primordiale” universelle, une idée séduisante mais spéculative.

Analyse critique : L’influence ésotérique est réelle, mais elle a été amplifiée au XVIIIe siècle pour donner à la franc-maçonnerie une aura de mystère et d’ancienneté. Les références à l’Égypte antique ou aux mystères grecs sont souvent des reconstructions romantiques plutôt que des continuités historiques. Par exemple, le lien avec les mystères d’Eleusis est plus symbolique que factuel, et les hauts grades ont été créés au XVIIIe siècle pour enrichir les rituels, pas pour refléter une tradition ancienne.

5. Les influences orientales : Chine et symbolisme universel (Chine, Antiquité)

Élément : L’équerre et le compas, le soleil et la lune, le yin et le yang.
Provenance : La cosmogonie chinoise, notamment les figures mythiques de Fuxi et Nüwa, datant d’environ 2500 ans (dynasties des Han, 206 av. J.-C. – 220 ap. J.-C.).
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • Dans la mythologie chinoise, Fuxi (inventeur des trigrammes et de l’écriture) et Nüwa (créatrice qui répara la voûte céleste) sont souvent représentés tenant l’équerre et le compas. Fuxi utilise l’équerre pour définir les quatre orients de la terre (le carré, symbole de la stabilité), tandis que Nüwa trace les limites de la sphère céleste avec le compas (le cercle, symbole de l’infini). Cette dualité équerre/compas est centrale en franc-maçonnerie, où ces outils représentent l’équilibre entre la matière (carré) et l’esprit (cercle).
  • Le soleil et la lune, présents dans les temples maçonniques à l’Orient et à l’Occident, évoquent la dualité cosmique du yin et du yang, un concept chinois qui symbolise l’harmonie des opposés. En franc-maçonnerie, le soleil représente la connaissance et la vérité, tandis que la lune symbolise l’intuition et la réflexion.
  • Les trigrammes du Yijing (Livre des Mutations), attribués à Fuxi, trouvent un écho dans les motifs géométriques maçonniques, comme le pavé mosaïque (dualité noir/blanc) ou les triangles, qui symbolisent l’équilibre et l’unité.

Analyse critique : Bien que l’équerre et le compas soient des symboles universels, leur présence en Chine ancienne ne signifie pas une influence directe sur la franc-maçonnerie. Il s’agit plutôt d’une convergence symbolique : ces outils, utilisés par les bâtisseurs partout dans le monde, ont acquis des significations spirituelles similaires dans différentes cultures. L’idée d’une origine chinoise de la franc-maçonnerie, parfois évoquée, est plus spéculative qu’étayée historiquement. Cependant, le syncrétisme maçonnique permet d’intégrer ces concepts universels, comme le yin et le yang, dans une quête d’harmonie spirituelle.

6. Les influences chevaleresques et templières (Europe, Moyen Âge et XVIIIe siècle)

Les mystères du trésor des Templiers - Image générée par Intelligence Artificielle (IA)
Les mystères du trésor des Templiers – Image générée par Intelligence Artificielle (IA)

Élément : Les grades chevaleresques, les symboles templiers (croix, épée).
Provenance : Les ordres chevaleresques médiévaux, notamment les Templiers (XIIe-XIVe siècles), et leur réinvention au XVIIIe siècle dans les hauts grades maçonniques.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • Les hauts grades maçonniques, comme le grade de Chevalier Kadosh (30e degré du REAA), intègrent des éléments chevaleresques : l’épée (symbole de justice), la croix (symbole de sacrifice), et des serments de défense des valeurs morales. Ces grades s’inspirent de l’imaginaire des Templiers, un ordre militaire et religieux dissous en 1312, mais romantisé au XVIIIe siècle.
  • Le discours du chevalier Ramsay (1737), un maçon écossais, a introduit l’idée que la franc-maçonnerie descendait des croisades et des ordres chevaleresques, une affirmation plus mythique qu’historique.
  • Les rituels maçonniques incluent des notions d’esprit chevaleresque, comme la défense de la veuve et de l’orphelin, qui rappellent les idéaux des Templiers.

Analyse critique : Le lien entre la franc-maçonnerie et les Templiers est une construction du XVIIIe siècle, visant à donner à la franc-maçonnerie une ancienneté et une noblesse mythiques. Historiquement, il n’y a pas de continuité directe entre les Templiers et les loges maçonniques. Les grades chevaleresques ont été créés pour enrichir les rituels et répondre à un engouement pour l’imaginaire médiéval, mais ils ne reflètent pas une filiation réelle.

7. Les influences islamiques et soufies (Moyen-Orient, Moyen Âge)

Derviche Tourneur
Derviche Tourneur

Élément : La quête initiatique, les symboles de lumière et de connaissance.
Provenance : Les traditions mystiques de l’Islam, notamment le soufisme, une voie spirituelle qui met l’accent sur la quête intérieure et la connaissance de Dieu.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • La démarche initiatique maçonnique, avec ses étapes progressives (apprenti, compagnon, maître), rappelle les voies soufies, où l’initié progresse à travers des stations spirituelles (maqamat) pour atteindre la vérité divine.
  • Les symboles de lumière (le delta rayonnant, le soleil) et de connaissance (la recherche de la “parole perdue” dans le grade de maître) font écho aux thèmes soufis de l’illumination intérieure et de la quête de la vérité.
  • Des penseurs comme René Guénon, qui s’est converti au soufisme, ont influencé certains maçons en soulignant les parallèles entre la franc-maçonnerie et les traditions mystiques orientales.

Analyse critique : Bien que des similitudes existent entre la franc-maçonnerie et le soufisme, notamment dans leur approche initiatique, ces parallèles sont plus conceptuels qu’historiques. La franc-maçonnerie est née dans un contexte occidental chrétien, et les influences islamiques sont indirectes, souvent intégrées via des penseurs comme Guénon ou des maçons ayant voyagé en Orient. Cependant, la franc-maçonnerie a été mal accueillie dans de nombreux pays musulmans, où elle est parfois perçue comme une menace à l’orthodoxie religieuse.

8. Les influences grecques et égyptiennes (Antiquité)

Élément : Les mystères antiques, les symboles géométriques, le concept de “Grand Architecte de l’Univers”.
Provenance : Les mystères d’Eleusis (Grèce antique) et les traditions égyptiennes, redécouvertes à la Renaissance et popularisées au XVIIIe siècle.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • Les rituels maçonniques, avec leurs initiations progressives et leurs épreuves symboliques, s’inspirent des mystères antiques, comme ceux d’Eleusis, où les initiés passaient par des étapes pour accéder à des vérités cachées.
  • Le concept de “Grand Architecte de l’Univers”, introduit dans les Constitutions d’Anderson (1723), évoque une divinité universelle et géométrique, proche des idées néoplatoniciennes et égyptiennes d’un principe créateur ordonnant le cosmos.
  • Les symboles égyptiens, comme l’œil (symbole de conscience) ou les pyramides (symbole d’élévation), apparaissent dans certains hauts grades, notamment dans le Rite de Memphis-Misraïm, qui revendique une filiation égyptienne.

Analyse critique : L’influence égyptienne et grecque est largement symbolique et spéculative. Les maçons du XVIIIe siècle, fascinés par l’Antiquité, ont intégré ces éléments pour enrichir leurs rituels et leur donner une profondeur historique, mais il n’y a pas de preuve d’une filiation directe. Le Rite de Memphis-Misraïm, par exemple, est une création du XIXe siècle, et non une continuation des mystères égyptiens.

9. Les influences alchimiques (Europe, Renaissance et XVIIe siècle)

Élément : La transformation intérieure, les symboles de purification (feu, eau).
Provenance : L’alchimie européenne, qui cherchait à transformer le plomb en or, mais aussi à atteindre une transformation spirituelle de l’initié.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • La quête maçonnique de “tailler sa pierre brute” (l’initié imparfait) pour en faire une “pierre cubique” (l’initié perfectionné) est une métaphore alchimique de la transmutation intérieure.
  • Les épreuves initiatiques, comme le passage par les éléments (eau, air, feu, terre) dans certains rituels, rappellent les processus alchimiques de purification.
  • Les hauts grades, comme le grade de Rose-Croix, intègrent des symboles alchimiques, comme la rose (symbole de régénération) et la croix (symbole de sacrifice et d’union des opposés).

Analyse critique : L’influence alchimique est réelle, mais elle a été amplifiée au XVIIIe siècle pour répondre à un engouement pour l’ésotérisme. Les parallèles entre l’alchimie et la franc-maçonnerie sont plus conceptuels qu’historiques, bien que certains maçons, comme Elias Ashmole (XVIIe siècle), aient été alchimistes.

10. Les influences celtiques et druidiques (Europe, Antiquité et XVIIIe siècle)

Druidesse avec sa serpe d’or

Élément : Les symboles de la nature, les rituels en plein air.
Provenance : Les traditions celtiques et druidiques, redécouvertes et romantisée au XVIIIe siècle en Europe, notamment en Grande-Bretagne.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • Certains rituels maçonniques, comme ceux du Rite Écossais Ancien et Accepté, incluent des références à la nature (arbres, soleil, lune), qui peuvent rappeler les traditions druidiques, où la nature était sacrée.
  • L’idée de se réunir “sous la voûte étoilée” (symbole de l’infini) évoque les pratiques druidiques de célébration en plein air.
  • Les banquets rituels aux solstices d’hiver et d’été, appelés “banquets d’ordre”, coïncident avec des fêtes celtiques traditionnelles.

Analyse critique : L’influence celtique est mineure et largement symbolique. Les maçons du XVIIIe siècle, influencés par le romantisme, ont intégré ces éléments pour renforcer l’idée d’une ancienneté mythique, mais il n’y a pas de preuve d’une filiation directe avec les druides.

Résumons-nous

La Franc-maçonnerie est un syncrétisme riche et complexe, qui a puisé dans de nombreuses traditions pour construire son univers symbolique et rituel :

  • Origines opératives : Les corporations médiévales européennes (outils, grades).
  • Traditions judéo-chrétiennes : La Bible, le Temple de Salomon, la légende d’Hiram.
  • Lumières : Tolérance, rationalité, géométrie morale.
  • Ésotérisme : Hermétisme, alchimie, mystères antiques.
  • Influences orientales : Symboles universels comme l’équerre et le compas (Chine, Fuxi et Nüwa), le yin et le yang, le soufisme.
  • Chevalerie : Templiers, grades chevaleresques.
  • Antiquité : Mystères grecs et égyptiens, concept du Grand Architecte.
  • Traditions celtiques : Nature, solstices.

Ce syncrétisme reflète la volonté de la franc-maçonnerie de s’enrichir de toutes les traditions spirituelles et philosophiques, tout en les réinterprétant dans une quête universelle de perfectionnement humain. Cependant, beaucoup de ces influences sont des reconstructions symboliques plutôt que des continuités historiques, ce qui montre que la franc-maçonnerie est autant une création de son époque (XVIIe-XVIIIe siècles) qu’un héritage des traditions anciennes.

Le mot du mois : « Je m’en veux »

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Quelle étrange expression !

Elle se décline à toutes les personnes avec tous les pronoms possibles de l’« accusation ». Qu’elle soit ou non assortie d’un « contenu ».
Et la force de sa signification tient justement à ce qu’elle s’ancre dans une ferme volonté et se suffit à elle-même, au-delà de l’adverbe éventuel qu’on lui adjoint. Tout est dans le « en ». Ressentiment, regret.
Dans sa forme pronominale, elle marque la souffrance de celui ou celle qui bat sa coulpe de l’échec de ses efforts. Et le désarroi ou la souffrance en sont d’autant plus intenses que la tentative est irrémédiable.

François Mauriac, avec une autodérision de bon aloi, s’évite les hématomes de la flagellation excessive :

« Je regrette mes péchés, mais je regrette plus encore ceux que j’eusse aimé commettre. »…

Je t’en veux !

L’acte de contrition étant rarement dans la nature humaine, il est si facile d’en vouloir à la terre entière de ses propres manques ou incompétences.
D’où une rancoeur, une rancune, qui « rancit » l’être, ses relations avec les autres. Le mot n’a pas d’étymologie connue en latin. On le trouve comme tel en anglais et en allemand. Le beurre, la crème sont rances, leur douceur et leur onctuosité sont définitivement gâtées. Bons à jeter.

Alors on peste, on déteste. Avec une mauvaise foi qui s’enferre souvent dans une haine sans motif, qui touche à l’identité même de l’autre. Cette racine de tous les racismes, à commencer par l’antisémitisme. Je t’en veux d’être ce que tu es, de me renvoyer l’image de ce que je ne suis pas ou voudrais être. Et ferme est ma volonté de te nuire.
Mais le repentir sincère est une denrée plutôt rare. Car il supposerait une lucidité pénible et l’acceptation de la peine subséquente.

enfant insécurisé

Nos sociétés de la parole immédiate, dans l’impunité de son anonymat, n’éprouvent pas la nécessité de la repentance, de la lucidité qu’elle sous-tend. Le mal est fait, répandu comme une traînée de poudre sur le support médiatique, cautionné comme tel en dépit de sa fausseté manifeste. On passe à autre chose sans se retourner sur le tort causé, irrécupérable et ravageur.

Nos sociétés, et l’exemple vient du plus haut, courent ainsi le risque de sombrer dans une profonde amertume, dans le chaos des injustices ou des désillusions invoquées. Le fiel ronge insidieusement l’impossible tissu des relations.
Entre la flagellation de soi et la haine de l’autre, ne pourrait-on pas glisser la relativisation par l’humour ?

L’Almanach du marin breton remet en autre perspective le regret éternel :

« Si tu veux savoir combien de gens te regretteront, plante ton doigt dans la mer, retire-le et regarde le trou. »

Un bon sens roboratif, n’est-ce pas ?

Annick DROGOU


De quoi t’en vouloir ?

Tu me dis que tu t’en veux. De quoi ? D’un oubli ? D’un rendez-vous manqué ? De m’avoir fait de la peine ? Du tort que tu ne voulais pas causer ? Du lait renversé ? Pourquoi t’en vouloir ?

À qui t’en prends-tu ? Serais-tu en colère contre toi-même ? Crains-tu qu’à mon tour je puisse t’en vouloir ? De quoi ? Crains-tu que je ne veuille plus vouloir, désirer, espérer, continuer notre doux commerce amical ? Je comprends bien que ce souci de toi est d’abord le souci de l’autre. « Je m’en veux », comme une simple formule qui veut dire « faites excuse », qui range tous les torts de ton côté, et semble indiquer que tu n’aurais pas été à la hauteur.

Oublie l’acte de contrition. « Je m’en veux », c’est une politesse et non une repentance. Heureuse expression qui dit notre civilité, qui clame surtout « ne m’en veux pas ». Nous avons besoin de ces mots pour désarmer, se comprendre mutuellement. « Je m’en veux » pour vouloir à nouveau le meilleur. Et conjuguons cela à tous les temps et sur tous les modes, « je m’en suis voulu », tout cela est derrière nous. « Je m’en voudrai » afin de rester en permanente courtoisie sur le chemin commun. Alors, ne t’en veux pas, et voulons, simplement ensemble. À l’impératif, un doux impératif comme le vélin soyeux d’une carte d’invitation, et pas un carton de condoléances. Sans regrets.

Jean DUMONTEIL

La tradition du cigare dans la Franc-maçonnerie : une flamme entre rite et modernité

Dans les loges maçonniques, où le symbolisme règne en maître, le cigare s’est imposé au fil des siècles comme un compagnon discret mais puissant. Plus qu’un simple plaisir, il incarne une tradition qui mêle convivialité, méditation et héritage culturel. De ses origines historiques à son statut actuel, en passant par les défis posés par les interdictions du tabac, cette pratique révèle une facette méconnue de la franc-maçonnerie, entre ombre et lumière. Plongeons dans cette histoire fascinante, où la fumée du cigare dessine des ponts entre le passé et le présent.

I. Aux origines : une tradition née dans la fumée

Jean Nicot

La Franc-maçonnerie, née au tournant du XVIIe siècle en Écosse et en Angleterre, s’est construite sur le mythe de la fondations des corporations de bâtisseurs médiévaux, avant de devenir une société spéculative vouée à la quête philosophique et à la fraternité. Si les outils des maçons opératifs – équerre, compas, maillet – sont devenus des symboles, le cigare, lui, a émergé comme un rituel informel, lié aux moments d’échange et de réflexion.

Ridolfo del Ghirlandaio – Portrait de Christophe Colomb (1520)

Le tabac arrive en Europe dès le XVIe siècle, grâce aux explorations de Christophe Colomb, qui rapporte des feuilles de cohiba fumées par les Taïnos des Caraïbes. En France, Jean Nicot popularise son usage au point de lui donner son nom : la nicotine. Mais c’est au XVIIIe siècle que le cigare, raffiné par les artisans de Séville à partir de tabac cubain, s’impose comme un marqueur social. Les loges maçonniques, alors en plein essor sous l’influence des Lumières, adoptent ce symbole de distinction et de contemplation. « Le cigare, avec sa combustion lente et sa fumée enveloppante, offrait un contrepoint aux débats ardents des tenues », note l’historien Pierre Mollier, spécialiste de la franc-maçonnerie française.

Les Constitutions d’Anderson (1723), texte fondateur de la maçonnerie spéculative, ne mentionnent pas le tabac. Pourtant, les archives des loges britanniques du XVIIIe siècle révèlent des commandes régulières de tabac à priser ou à fumer, souvent consommé lors des agapes – ces repas fraternels qui prolongent les travaux en loge. Avec l’essor des « smoking rooms » dans les clubs gentlemen de Londres, le cigare devient un attribut des élites, y compris maçonniques. En France, sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), il symbolise la bourgeoisie triomphante, un profil fréquent parmi les maçons de l’époque.

II. Le cigare comme rite : principes et symbolisme

Échantillon de cigares (Crédit : Dan Smith)

Dans la Franc-maçonnerie, rien n’est anodin. Si le cigare n’est pas un symbole officiel au sens des trois grades fondamentaux (Apprenti, Compagnon, Maître), il s’est intégré aux pratiques informelles avec une profondeur insoupçonnée. Pour les amateurs, fumer un cigare lors des agapes ou dans les « salles humides » – espaces de détente après les tenues – est une expérience méditative. « La lenteur de la combustion invite à la patience, une vertu maçonnique par excellence », explique un Maître maçon du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), sous couvert d’anonymat.

Le cigare partage des parallèles troublants avec les outils maçonniques. Sa coupe précise évoque l’équerre, son allumage maîtrisé rappelle le feu sacré du temple de Salomon, et sa fumée ascendante peut être vue comme une métaphore de l’élévation spirituelle. Certains hauts grades, comme le 18e degré du REAA (Chevalier Rose-Croix), intègrent des références au feu et à la purification, que des maçons ont associées au rituel du cigare. « C’est une alchimie personnelle : transformer une feuille brute en un moment de sagesse », confie un membre de la Grande Loge de France amateur de cigare (GLDF).

Historiquement, le cigare a aussi renforcé la fraternité. Au XIXe siècle, les loges militaires françaises, héritières des campagnes napoléoniennes, adoptaient le « banquet d’ordre », un repas rituel où le cigare trônait aux côtés des « barriques » (bouteilles). Cette tradition, encore vivace dans certains rites, souligne l’idée d’un partage égalitaire : un bon cigare, comme la parole, circule entre Frères.

III. Les amateurs de cigares : une passion maçonnique

Les maçons amateurs de cigares forment une sous-culture au sein de l’ordre. Dès le XIXe siècle, des figures comme Winston Churchill – maçon notoire et fumeur légendaire – ont incarné ce lien. En France, des personnalités maçonniques comme Jules Ferry ou Victor Schoelcher, bien que leur goût pour le cigare ne soit pas toujours documenté, évoluaient dans des cercles où il était omniprésent. Aujourd’hui, les amateurs se retrouvent dans des cercles informels, parfois appelés « fraternelles », où ils échangent sur les arômes du Cohiba ou du Montecristo tout en discutant philosophie.

« Le cigare n’est pas une addiction, c’est un art », affirme Paul, 55 ans, membre du Grand Orient de France (GODF). Ces passionnés valorisent la qualité sur la quantité, privilégiant les cigares roulés main aux cigarillos industriels. Des marques cubaines ou dominicaines dominent leurs préférences, reflétant un héritage colonial que la maçonnerie, par son universalisme, a su transcender. Les agapes deviennent alors des « dégustations initiatiques », où le choix du cigare – son terroir, sa puissance – reflète la personnalité du fumeur.

IV. État actuel : la France et le monde

En France, la franc-maçonnerie compte environ 170 000 membres répartis entre des obédiences comme le GODF (50 000 membres), la GLDF (35 000) et la GLNF (35 000), selon des estimations de 2024. Si la tradition du cigare perdure, elle est moins systématique qu’au siècle dernier. « Dans ma loge, à Paris, on fume encore après les tenues, mais c’est rare en province », rapporte un Frère de la GLDF. Les agapes restent un espace privilégié, mais les interdictions du tabac ont relégué la pratique à des lieux extérieurs ou privés.

À l’échelle mondiale, le cigare conserve une aura particulière dans les pays anglophones. Aux États-Unis, où la franc-maçonnerie revendique près de 1 million de membres, les loges conservatrices (affiliées à la United Grand Lodge of England) maintiennent des « cigar nights » comme événements sociaux. À Cuba, berceau du cigare, la maçonnerie, bien que discrète sous le régime castriste, a historiquement lié le tabac à la lutte anticoloniale, un héritage que les exilés tabaqueros ont exporté en Floride.

En Afrique francophone, où la maçonnerie prospère (notamment au Sénégal et en Côte d’Ivoire), le cigare est moins répandu, remplacé par des traditions locales. Claude Wauthier, dans Le Monde diplomatique (1997), soulignait déjà l’adaptation des rites maçonniques aux cultures africaines, où le tabac à priser prédomine.

V. L’impact des interdictions du tabac

Simone Veil (Crédit : Marie-Lan Nguyen)

Depuis la loi Veil de 1976, qui restreint le tabac dans les transports publics, la France a durci sa législation. La loi Évin (1991) puis le décret de 2007 ont interdit de fumer dans les lieux publics clos, y compris les temples maçonniques lorsqu’ils sont accessibles au public. En 2023, l’interdiction s’est étendue aux plages et aux abords des écoles, et les amendes atteignent 450 € pour les fumeurs, 750 € pour les propriétaires de lieux en infraction.

Ces restrictions ont bouleversé la tradition maçonnique. « Avant, on allumait nos cigares dans la salle humide sans se poser de questions. Aujourd’hui, on sort sur le trottoir, comme des parias », déplore un maçon lyonnais. Certaines loges ont adapté leurs locaux avec des terrasses ou des fumoirs privés, mais cela reste coûteux. Le musée du Fumeur à Paris, qui célèbre l’histoire du fumer, note une chute de fréquentation depuis les bans, reflétant une stigmatisation croissante.

À l’international, des pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis offrent plus de souplesse via des clubs privés, mais la tendance mondiale est à la restriction. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), via la Convention-cadre pour la lutte antitabac (2005), dont la France est signataire, pousse cette dynamique. Pour les maçons, c’est un dilemme : préserver une tradition ou s’aligner sur les normes sanitaires ?

VI. Une flamme vacillante mais tenace

La tradition du cigare dans la franc-maçonnerie n’est pas morte, mais elle se transforme. Les amateurs insistent sur sa noblesse – « fumer moins, mais mieux », comme le prônait Tigrane Hadengue, conservateur du musée du Tabac en 2007. Face aux interdictions, certains envisagent des alternatives, comme les cigares électroniques, bien que leur froideur mécanique peine à remplacer la chaleur du rituel.

« Le cigare, c’est un lien avec nos Frères d’hier », conclut un vénérable maître du GODF. Entre héritage et modernité, cette pratique illustre la capacité de la maçonnerie à s’adapter sans renier ses racines. Dans la pénombre des loges, la fumée continue de danser, fragile mais vivante, comme une étoile flamboyante dans la nuit initiatique.

Visitez ce site de cigares maçonniques :


Sources :

  • Los Angeles Times, « Keeping a French tradition », 30 décembre 2007.
  • Mollier, Pierre, Histoire de la franc-maçonnerie française, Perrin, 2015.
  • Wauthier, Claude, « L’étrange influence des francs-maçons en Afrique francophone », Le Monde diplomatique, septembre 1997.
  • Ferland, Catherine (dir.), Tabac & fumées, Presses de l’Université Laval, 2007.
  • Archives du Grand Orient de France et de la Grande Loge de France, estimations 2024.
  • Législation française : lois Veil (1976), Évin (1991), décret 2007, plan antitabac 2023-2027.

Consultez aussi le site « Les risques du tabac », c’est dangereux pour la santé !

Le Dessin de Jissey : « Les maçons et les agapes »

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Les agapes (du grec agapê, qui signifie “amour fraternel” ou “charité”) désignent un repas rituel partagé par les francs-maçons après une tenue. Ce moment est considéré comme une extension de la réunion maçonnique, un espace où les frères (et parfois les sœurs, dans les obédiences mixtes) prolongent leur travail spirituel et symbolique dans un cadre fraternel. Les agapes ne sont pas un simple banquet : elles sont encadrées par des règles précises, des toasts rituels, et une atmosphère empreinte de symbolisme.

Dans la franc-maçonnerie, les agapes ont plusieurs fonctions :

Ritualiser le partage : Les agapes sont souvent accompagnées de toasts spécifiques, comme le “toast à la santé des frères” ou le “toast à l’humanité”, qui rappellent les valeurs maçonniques.

Renforcer la fraternité : Elles incarnent l’idéal d’égalité et de communion entre les membres, qui partagent le pain et le vin dans un esprit d’unité.

Prolonger le travail symbolique : Les discussions lors des agapes, bien que plus informelles, restent souvent centrées sur des thèmes maçonniques (éthique, philosophie, symbolisme).

2. Origine historique des agapes dans la franc-maçonnerie

a. Les premières loges spéculatives (XVIIe-XVIIIe siècles, Grande-Bretagne)

Les agapes maçonniques trouvent leur origine dans les pratiques des premières loges spéculatives, qui émergent en Grande-Bretagne à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle. À cette époque, la franc-maçonnerie passe d’une organisation opérative (composée de maçons bâtisseurs) à une organisation spéculative (composée d’intellectuels, de nobles, et de bourgeois). Les réunions maçonniques se tenaient souvent dans des tavernes ou des auberges, comme la taverne Goose and Gridiron à Londres, où la Grande Loge de Londres est fondée en 1717.

Pratique des banquets dans les tavernes :

  • Les loges de l’époque, comme la loge de Saint-Paul, se réunissaient dans des lieux publics où il était courant de partager un repas après les travaux. Ces repas, appelés “table lodges” (loges de table), étaient un prolongement naturel des réunions. Les Constitutions d’Anderson (1723), un texte fondamental de la franc-maçonnerie moderne, mentionnent ces repas comme une pratique courante, bien qu’ils ne soient pas encore formalisés comme un rituel.
  • Les toasts portés lors de ces repas, comme le toast au roi ou à la Grande Loge, reflétaient les usages sociaux de l’époque, mais ils ont évolué pour inclure des toasts maçonniques spécifiques, comme le toast “à tous les maçons, où qu’ils soient sur la surface de la terre”.

Influence des guildes médiévales :

  • Les corporations de maçons opératifs, qui précèdent la franc-maçonnerie spéculative, avaient pour habitude de célébrer des banquets lors des grandes fêtes (comme la Saint-Jean, patron des maçons). Ces repas étaient des moments de cohésion sociale, où les membres partageaient nourriture et boisson pour renforcer leurs liens. La franc-maçonnerie spéculative a hérité de cette tradition, mais l’a transformée en un rituel symbolique.

b. Formalisation des agapes au XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, avec l’expansion de la franc-maçonnerie en Europe (notamment en France), les agapes deviennent un rituel plus structuré. Les loges françaises, influencées par les usages britanniques mais aussi par la culture gastronomique locale, commencent à codifier les agapes :

  • Les repas sont organisés selon un protocole précis, avec un “maître des agapes” (souvent le Second Surveillant) chargé de diriger le banquet.
  • Les toasts rituels, comme le “coup de canon” (toast accompagné d’un geste symbolique), deviennent une partie intégrante des agapes.
  • Les agapes sont parfois appelées “banquet d’ordre”, notamment lors des tenues solennelles comme les fêtes de la Saint-Jean d’été (24 juin) et d’hiver (27 décembre), qui coïncident avec les solstices.

3. Influences spirituelles et culturelles des agapes

Les agapes maçonniques ne sont pas simplement un héritage des banquets médiévaux ou des tavernes britanniques. Elles s’inspirent de traditions spirituelles et culturelles plus anciennes, qui leur confèrent une profondeur symbolique.

a. Les agapes chrétiennes (Antiquité, tradition judéo-chrétienne)

Origine : Le terme “agapes” vient du grec agapê, qui signifie “amour fraternel” ou “charité”. Dans les premières communautés chrétiennes (Ier-IIe siècles), les agapes étaient des repas communautaires où les fidèles partageaient le pain et le vin dans un esprit d’amour et de communion, souvent avant ou après l’Eucharistie. Ces repas, décrits dans les Actes des Apôtres (2:46) et les épîtres de Paul (1 Corinthiens 11:20-34), étaient un moment de fraternité et de charité.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • La franc-maçonnerie, née dans un contexte judéo-chrétien, a repris le terme “agapes” pour désigner ses repas fraternels, en y associant l’idée d’amour fraternel et d’égalité. Bien que la franc-maçonnerie ne soit pas une religion, elle emprunte ce concept pour souligner l’importance de la communion entre les frères.
  • Le partage du pain et du vin lors des agapes maçonniques évoque symboliquement l’Eucharistie chrétienne, bien que le sens soit différent : dans la franc-maçonnerie, il s’agit d’un acte de fraternité, et non d’un sacrement religieux.
  • Les toasts rituels, comme le toast “à la santé des frères”, rappellent les bénédictions prononcées lors des agapes chrétiennes.

Analyse critique : L’influence chrétienne est évidente dans le choix du terme “agapes”, mais la franc-maçonnerie a sécularisé cette pratique. Les agapes maçonniques ne sont pas un rituel religieux, et leur symbolisme est universel, ce qui permet à des maçons de différentes croyances (ou sans croyance) de participer.

b. Les banquets philosophiques grecs (Antiquité, Grèce)

Origine : Dans la Grèce antique, les banquets ou symposia étaient des repas où les participants partageaient vin, nourriture, et discussions philosophiques. Ces banquets, décrits par Platon dans Le Banquet ou par Xénophon dans son Symposium, étaient des moments d’échange intellectuel et spirituel, où l’on débattait de sujets comme l’amour, la justice, ou la vérité.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • Les agapes maçonniques s’inspirent de cette tradition grecque en tant que moment de partage intellectuel et fraternel. Les discussions lors des agapes, bien que moins formelles que celles des tenues, portent souvent sur des thèmes maçonniques (symbolisme, éthique, philosophie).
  • Le vin, élément central des agapes maçonniques, rappelle le rôle du vin dans les symposia grecs, où il était associé à la convivialité et à l’inspiration. Dans la franc-maçonnerie, le vin symbolise la joie et la fraternité, mais il est consommé avec modération, conformément aux valeurs maçonniques de mesure et de tempérance.
  • Les toasts rituels, comme le “coup de canon”, peuvent être vus comme une réinterprétation des libations grecques, où l’on offrait du vin aux dieux avant de boire.

Analyse critique : L’influence grecque est plus conceptuelle qu’historique. Les maçons du XVIIIe siècle, influencés par le renouveau classique et les Lumières, ont intégré des éléments des symposia grecs pour enrichir leurs rituels, mais il n’y a pas de filiation directe. Cette influence reflète l’aspiration de la franc-maçonnerie à se connecter à des traditions intellectuelles anciennes.

c. Les traditions celtiques et les fêtes des solstices (Europe, Antiquité)

Origine : Les traditions celtiques, notamment les fêtes des solstices d’été et d’hiver, étaient marquées par des banquets communautaires où l’on partageait nourriture et boisson pour célébrer les cycles de la nature. Ces fêtes, comme le solstice d’été (Litha) ou le solstice d’hiver (Yule), étaient des moments de communion et de renouvellement.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • Les agapes maçonniques lors des fêtes de la Saint-Jean d’été (24 juin) et d’hiver (27 décembre), qui coïncident avec les solstices, s’inspirent de ces traditions celtiques. La Saint-Jean est une fête chrétienne (Saint Jean-Baptiste et Saint Jean l’Évangéliste), mais elle a des racines païennes liées aux solstices.
  • Les banquets d’ordre lors des solstices sont des moments où les maçons célèbrent la lumière (solstice d’été) et le retour de la lumière (solstice d’hiver), des thèmes qui résonnent avec le symbolisme maçonnique de la lumière spirituelle.
  • Le partage de nourriture lors des agapes évoque les banquets celtiques, où la communauté se réunissait pour renforcer ses liens.

Analyse critique : L’influence celtique est indirecte et symbolique. Les maçons du XVIIIe siècle, influencés par le romantisme et l’intérêt pour les traditions anciennes, ont intégré ces éléments pour donner à leurs rituels une profondeur mythique. Cependant, la coïncidence des fêtes de la Saint-Jean avec les solstices est plus une réinterprétation qu’une filiation directe.

d. Les influences orientales et soufies (Moyen-Orient, Moyen Âge)

Origine : Dans les traditions soufies (mystique islamique), les repas communautaires, souvent appelés dastarkhān (tableau de partage), étaient des moments de communion spirituelle où les derviches partageaient nourriture et poésie pour célébrer l’amour divin.
Influence dans la franc-maçonnerie :

  • Les agapes maçonniques, en tant que moment de partage fraternel, présentent des parallèles avec les repas soufis, où l’acte de manger ensemble est un acte d’amour et d’unité spirituelle.
  • Les toasts rituels, qui rythment les agapes maçonniques, peuvent être comparés aux bénédictions ou aux poèmes récités lors des repas soufis, qui visent à élever l’âme.
  • L’idée de “communion” dans les agapes maçonniques résonne avec les concepts soufis d’unité et de fraternité universelle.

Analyse critique : L’influence soufie est plus conceptuelle qu’historique. La franc-maçonnerie, née dans un contexte occidental, n’a pas été directement influencée par le soufisme, mais des penseurs comme René Guénon, qui s’est converti au soufisme, ont souligné ces parallèles au XXe siècle. Ces similitudes reflètent le caractère syncrétique de la franc-maçonnerie, qui intègre des concepts universels d’amour fraternel.

4. Symbolisme des agapes dans la franc-maçonnerie

Les agapes ne sont pas un simple repas : elles sont chargées de symbolisme, qui reflète les influences spirituelles et culturelles mentionnées ci-dessus :

  • Le pain et le vin : Symboles universels de partage et de communion, ils évoquent l’Eucharistie chrétienne, les symposia grecs, et les repas soufis. Dans la franc-maçonnerie, ils représentent la fraternité et la joie partagée.
  • Les toasts rituels : Les toasts, comme le “coup de canon”, sont des moments de célébration et de bénédiction, qui rappellent les libations grecques et les bénédictions chrétiennes. Chaque toast (au Vénérable Maître, aux officiers, à l’humanité) est une affirmation des valeurs maçonniques.
  • La table comme autel : La table des agapes est souvent disposée en U ou en rectangle, symbolisant l’égalité entre les frères. Elle est parfois vue comme un “autel profane”, un prolongement de l’autel sacré de la loge.
  • Les éléments naturels : Les agapes intègrent parfois des références aux quatre éléments (eau, vin, pain, sel), qui symbolisent l’harmonie cosmique et rappellent les traditions alchimiques et celtiques.

5. Évolution des agapes dans la franc-maçonnerie moderne

Au fil du temps, les agapes ont évolué pour s’adapter aux contextes culturels et sociaux :

  • En France : Les agapes sont souvent marquées par la tradition gastronomique française, avec des repas élaborés et des vins soigneusement choisis. Les loges françaises, comme celles du Grand Orient de France, mettent l’accent sur la convivialité et les discussions philosophiques.
  • En Grande-Bretagne : Les agapes, appelées “festive board”, restent plus formelles, avec des toasts codifiés et une atmosphère solennelle.
  • Dans les obédiences mixtes ou libérales : Les agapes sont parfois ouvertes à des non-maçons (amis, conjoints), reflétant une approche plus inclusive.
  • Dans les loges féminines : Les agapes peuvent inclure des éléments spécifiques, comme des toasts à la sororité, tout en conservant les traditions maçonniques.

Les agapes dans la franc-maçonnerie ont une origine multiple, mêlant des influences historiques et spirituelles :

  • Origine pratique : Les banquets des tavernes britanniques (XVIIe-XVIIIe siècles) et des corporations médiévales.
  • Influence chrétienne : Les agapes des premières communautés chrétiennes, avec leur idéal d’amour fraternel.
  • Influence grecque : Les symposia philosophiques, où le partage de nourriture et de vin était un acte intellectuel et spirituel.
  • Influence celtique : Les fêtes des solstices, qui ont inspiré les banquets d’ordre de la Saint-Jean.
  • Influence soufie : Les repas communautaires comme moments de communion spirituelle.

Ces influences ont été réinterprétées pour créer un rituel unique, qui prolonge le travail maçonnique dans un cadre fraternel et symbolique. Les agapes sont un exemple parfait du syncrétisme maçonnique, qui puise dans des traditions diverses pour construire une pratique universelle, centrée sur la fraternité, la réflexion, et l’harmonie. Si tu souhaites approfondir un aspect spécifique, comme les toasts rituels ou les agapes dans une obédience particulière, fais-le-moi savoir !

La Grande Loge de France inaugure son nouveau musée

Ce jeudi 27 mars 2025, un événement d’envergure a marqué l’histoire de la Franc-maçonnerie française : l’inauguration du nouveau musée de la Grande Loge de France (GLDF). Plus de 450 invités[1] se pressaient en l’Hôtel de la Grande Loge de France, situé au 8 rue Louis Puteaux, dans le 17e arrondissement de Paris, pour célébrer cette réalisation ambitieuse.


[1] Petit sourire incident. Vous aurez peut-être relevé cet heureux présage : le nombre d’invités correspondant à celui du titre de notre Journal nous a également paru de bon augure…

Un moment solennel dans le Grand Temple Pierre Brossolette

La cérémonie s’est ouverte dans le cadre majestueux du Grand Temple Pierre Brossolette, un lieu emblématique de la GLDF, où ont eu lieu des tenues et des rencontres historiques, au cours des décennies. Le Grand Maître de la GLDF, Thierry Zaveroni, a prononcé un discours captivant, entouré de figures politiques et culturelles bien connues de la capitale. À ses côtés se trouvaient notamment Madame Karen Taïeb, Adjointe à la Maire de Paris en charge du patrimoine, de l’histoire de Paris et des relations avec les cultes, et Monsieur Geoffroy Boulard, Maire du 17e arrondissement. Leur présence a souligné l’importance de cet événement, au delà de la communauté maçonnique, pour la ville de Paris où prend place, avec ce musée, un nouvel acteur culturel original et enrichissant.

Dans son allocution inaugurale, Thierry Zaveroni a insisté sur la vocation du musée à incarner les valeurs humanistes et spirituelles de la GLDF, tout en s’ouvrant à un public plus large. « Ce musée est un pont entre notre tradition tricentenaire et les enjeux contemporains, » a-t-il déclaré, rappelant que la GLDF, forte de ses 32 000 membres et 940 loges, se veut un « rempart face aux extrémismes » et un promoteur de la laïcité et de la fraternité. Après ce discours, le Grand Maître, accompagné de ses invités d’honneur, a procédé à la coupe du cordon, symbolisant l’ouverture officielle du musée.

Un parterre de personnalités pour un site fédérateur

L’inauguration a attiré un public varié, reflet de l’ambition de la GLDF de dialoguer avec la société dans son ensemble. Parmi les 450 participants, on comptait des personnalités du monde politique, médiatique, scientifique, ainsi que des acteurs majeurs de la culture et du patrimoine. Des représentants d’autres obédiences maçonniques, comme la Grande Loge Nationale Française (GLNF), avec laquelle la GLDF a coorganisé les Entretiens Pic de la Mirandole, étaient également présents, manifestant un esprit de coopération interobédientielle. La présence de figures extérieures à la franc-maçonnerie, notamment des chercheurs et des historiens, a renforcé l’idée que ce musée s’adresse à tous, initiés comme profanes.

Des posts sur X, tels que celui de

  • @OrdoAbChaos147, ont capturé l’enthousiasme des participants : « Inauguration du Musée de la @GLDF_Officiel : J’y étais ! Une bonne idée que de vouloir y faire venir des enfants avec leur professeur, une bonne façon de démystifier dès le départ toute bêtise et de leur faire toucher du doigt la beauté. » Un autre utilisateur,
  • @LeHeros147, a ajouté : « Ce lieu mêle la Tradition et la modernité. Un moment à partager avec le plus grand nombre. C’est juste… magnifique ! Bravo à l’équipe du Musée de la @GLDF_Officiel. »
  • Ces témoignages spontanés reflètent l’émotion et l’espoir suscités par cette réalisation.

Un musée repensé pour transmettre et dialoguer

Le nouveau musée de la GLDF, situé au siège de l’obédience, est le fruit d’une année de travaux intensifs, initiée sous l’impulsion de Thierry Zaveroni, Grand Maître depuis 2022. Il s’inscrit dans une démarche de modernisation tout en restant fidèle aux racines historiques et spirituelles de l’obédience. Autrefois contenu dans un espace plus restreint d’une présentation classique, le musée a été entièrement repensé pour devenir un lieu « vivant », qui tisse un dialogue entre passé et présent. Il s’articule autour du triptyque MAB (Musée, Archives, Bibliothèque), inspiré des muséions antiques, ces temples grecs dédiés aux Muses, symboles de savoir et d’inspiration.

Les collections exposées offrent un panorama complet de trois siècles d’histoire maçonnique. Parmi les pièces phares, on trouve un registre de délibérations datant des origines de la GLDF, des textiles et bijoux maçonniques (cordons, sautoirs, médailles) illustrant les grades et les rites, notamment le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), pilier de la GLDF, ainsi que des objets prêtés par des institutions internationales. Une exposition dédiée aux francs-maçons résistants, avec des témoignages et des objets d’époque, rappelle leur rôle sous l’Occupation, lorsque le régime de Vichy avait interdit la franc-maçonnerie et pillé ses temples.

Un lieu d’ouverture et de partage

Ce musée incarne la volonté de la GLDF de s’ouvrir davantage à la Cité, comme l’a souligné Max Aubrun, président délégué du MAB, lors de l’inauguration : « Ce projet illustre une volonté d’ouverture, pour dépasser l’image de société discrète et devenir un acteur culturel reconnu. » Des outils numériques, tels que des écrans interactifs et des reconstitutions virtuelles, rendent l’expérience accessible à tous les publics : francs-maçons, chercheurs, scolaires ou simples curieux. Des visites thématiques sont prévues, notamment pour les enfants, afin de démystifier la franc-maçonnerie et de transmettre ses valeurs humanistes dès le plus jeune âge.

Le musée s’inscrit également dans une dynamique collaborative, notamment avec l’Association of Masonic Museums, Libraries and Archives in Europe (AMMLA), présidée par la GLDF depuis 2005. Cette ouverture s’est déjà manifestée lors des Journées du Patrimoine, où le siège de la rue Puteaux a attiré des milliers de visiteurs par le passé. Un espace notable du musée est dédié à la Loge Clio – du nom de la muse de l’Histoire – pour souligner que « transmettre, c’est prolonger la mémoire du monde ».

Un jalon dans l’histoire de la GLDF

Lieu de mémoire, de culture et de transmission, ce musée marque une étape majeure dans l’histoire de la GLDF, à la croisée du patrimoine maçonnique et de l’héritage spirituel. Initié sous Pierre Simon dans les années 1970, le projet MAB a évolué pour devenir un pôle d’excellence et cette rénovation en est l’heureux aboutissement. Elle intervient à un moment où la GLDF cherche à renforcer sa visibilité culturelle, dans un monde marqué par les crises et les tensions. Comme l’a rappelé Thierry Zaveroni lors de son propos, « la franc-maçonnerie joue un rôle essentiel dans notre société, en incarnant des valeurs humanistes face aux discours haineux et aux extrémismes ».

En inaugurant ce musée, la GLDF ne se contente pas de regarder le passé : elle se projette dans l’avenir.

40 jours dans le désert

Le désert s’étend devant nous comme une mer immobile, un océan de sable où le temps semble suspendu. Dans son silence écrasant, il murmure des vérités anciennes, des secrets que seul le vent ose porter. Quand l’on parle des 40 jours dans le désert, l’esprit se tourne souvent vers Jésus-Christ, retiré dans cette solitude aride pour jeûner et affronter les tentations. Pourtant, cette période résonne bien au-delà d’une seule tradition : elle est un symbole universel, une clé mystique ouvrant les portes de la transformation, de la purification et de la rencontre avec une Lumière intérieure.

Le désert : un sanctuaire de l’âme

Le désert n’est pas un simple lieu ; il est un temple sacré, un miroir où l’âme se contemple dans sa nudité la plus brute. Dépouillé des artifices du monde (bruits, richesses, distraction), l’être y entre comme un initié, laissant derrière lui les chaînes du superflu. Sous son soleil implacable, chaque grain de sable reflète une question essentielle :

Le désert est un creuset, un feu purificateur où l’ego s’effrite, où les illusions se consument. Dans cette solitude résonne une vérité profonde : le silence n’est pas vide, mais habité d’une présence invisible, une voix intérieure qui guide vers la connaissance de soi.
Dans cette immensité, Jésus a marché, Moïse a gravi des sommets, et des âmes innombrables ont cherché des réponses. Le désert est un seuil, une frontière entre le matériel et le spirituel, un espace où l’humain s’élève vers le sacré. Il ne tolère pas les faux-semblants ; il exige une authenticité absolue, comme un passage initiatique vers une vérité plus haute.

Le jeûne : une porte vers l’invisible

Le jeûne transcende la simple abstinence ; il est une clé sacrée, un rite où le corps se tait pour que l’esprit s’éveille. Dans le silence des sens, lorsque la faim physique s’efface, une autre quête se révèle : celle de l’infini, de l’absolu. Le jeûne dépouille l’être de ses attaches terrestres, le libérant des désirs matériels pour l’orienter vers des sphères plus subtiles. C’est un acte de purification, un renoncement au visible pour embrasser l’invisible, un écho au détachement des passions qui ouvre la voie à la Lumière.
Dans cette privation volontaire, l’âme se tient nue, sans les voiles des plaisirs éphémères. Le jeûne est un miroir de notre essence : il expose nos faiblesses, nos chaînes, mais aussi une force cachée. Il invite à dépasser la chair, à reconnaître que nous sommes souffle, esprit, Lumière. Chaque jour de jeûne est une marche intérieure, un pas vers la source enfouie en nous.

Le mystère du nombre 40

Pourquoi 40 jours ? Ce chiffre n’est pas un hasard ; il vibre d’une résonance mystique, traversant les cultures et les âges. Moïse passa 40 jours sur le mont Sinaï pour recevoir la loi divine, les Israélites errèrent 40 ans avant la Terre Promise, Jésus ressuscita après 40 jours parmi les siens, et Mahomet atteignit 40 ans lors de ses premières révélations. Quarante est un cycle complet, une gestation spirituelle, un temps où l’âme se dépouille, se forge et s’élève. Il symbolise un chemin de transformation, un rite de passage où l’ancien s’efface pour que le nouveau naisse. Le nombre 40 est une porte, un pont entre le terrestre et l’Éternel.

Les tentations : des ombres qui éclairent

Dans le désert, Jésus fait face à Satan, qui lui propose pouvoir, gloire et abondance. Ces tentations ne sont pas de simples obstacles ; elles sont des épreuves révélatrices, des miroirs tendus à notre humanité. Elles dévoilent nos désirs, nos failles, ces liens invisibles qui nous rattachent au monde matériel. Le désert les met en lumière, non pour nous perdre, mais pour nous inviter à les surmonter. Chaque tentation est un choix : succomber à l’illusion ou tendre vers la Lumière.
En résistant, Jésus trace une voie initiatique. Le désert devient une forge où l’âme est éprouvée, où la volonté se trempe comme l’acier. Les tentations, loin d’être ennemis, sont des guides masqués, des flammes qui consomment le superflu pour révéler l’essentiel.

Les leçons du désert

Que nous enseigne ce périple de 40 jours ?

Trois vérités émergentes des dunes mouvantes :

• La solitude comme révélatrice
Dans un monde saturé de bruit, le désert nous appelle à nous retirer, à nous dépouiller pour contempler notre essence sous un regard supérieur. La solitude, amplifiée par le jeûne, n’est pas un poids, mais un sanctuaire où l’âme se découvre. Dans cet isolement silencieux, face à l’immense étendue, les murmures intérieurs deviennent clairs, et le vide s’emplit d’une présence sacrée.

• La persévérance comme voie
Les 40 jours forment un cycle mystique, un chemin où l’âme se forge dans la patience et la foi. Chaque pas dans le désert, chaque jour de jeûne, est une victoire sur le doute, une progression vers une vérité plus haute. Le nombre 40 nous rappelle que l’élévation exige un effort constant, un pont à traverser pour atteindre l’Éternel.

• Les épreuves comme bénédictions
Tentations, privations et silences ne sont pas des fardeaux, mais des maîtres déguisés. Elles brûlent les illusions, révélant l’essentiel. Chaque épreuve est une flamme purificatrice, une étape vers la Lumière intérieure. Le désert enseigne que la croissance naît des défis, que l’âme s’élève dans le feu des ténèbres surmontées.

Une invitation éternelle

Les 40 jours dans le désert ne sont pas un récit figé ; ils sont un appel intemporel, une carte gravée dans le sable de notre être. Que nous suivions une foi ou cherchions un sens, le désert nous convie à abandonner nos fardeaux, à affronter nos ombres, à poursuivre notre vérité. Car c’est là, dans l’aridité et le silence, que l’âme trouve sa source, que l’humain s’approche de l’infini.
Osons ce voyage mystique. Entrons dans le désert de notre intériorité, car au terme des 40 jours, au-delà des épreuves, brille la promesse d’une renaissance, d’une Lumière qui éclaire le chemin vers notre essence éternelle.

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La Franc-maçonnerie de São Carlos lance la cinquième édition de la Campagne de Solidarité « Ensemble, nous sommes plus forts »

De notre confrère saocarlosagora.com.br

Dans un geste de solidarité et d’engagement social, la Franc-Maçonnerie de São Carlos promeut la cinquième édition de la Campagne de Solidarité « Ensemble, nous sommes plus forts ». L’initiative vise à collecter des denrées non périssables, des produits de nettoyage et des produits d’hygiène personnelle au profit de la population nécessiteuse de la municipalité.

La campagne a débuté le 24 mars, avec la distribution de boîtes de collecte dans différents points de la ville, tels que des copropriétés résidentielles, des supermarchés, des entreprises et des établissements commerciaux. La collecte se poursuivra jusqu’au 5 avril, date à laquelle les employés seront présents dans les principaux supermarchés et magasins de la ville pour encourager les dons.

En plus des dons physiques, la campagne accepte également les contributions en espèces via PIX, en utilisant les coordonnées bancaires suivantes :

PIX: 19428617000130
Benfeitoria Augusta e Respeitável Loja Simbólica Acácia de São Carlos

Tous les fonds récoltés serviront à acheter des paniers alimentaires de base, du matériel de nettoyage et des produits d’hygiène personnelle, qui seront distribués à des organismes caritatifs de la municipalité.

Depuis sa première édition en 2020, la Campagne de Solidarité « Juntos Somos Mais Fortes » s’est distinguée par l’importante collecte de dons, totalisant 50 tonnes de nourriture et de produits essentiels. Plusieurs entités en ont bénéficié au fil des ans, notamment la Maison de retraite fraternelle Dona Maria Jacinta Cantinho, le Refuge pour personnes âgées Dona Helena Dornfeld, l’ONG Nave Sal da Terra, l’ONG Amigo de São Judas, SOSopão, le CEAC Enfants du Pèlerin Fabiano de Cristo, Nosso Lar, l’Association spirite Luz e Caridade, l’Église Saint-Jean-Baptiste, la Société de Saint-Vincent-de-Paul de São Carlos, Oncovita et le Réseau des femmes de São Carlos pour la lutte contre le cancer.

Le Pardès et la Kabbale

Le sujet que je vais aborder aujourd’hui concerne une méthodologie initialement destinée à ceux qui étudient la Torah. (La loi, l’enseignement). Cette tradition illustre le cheminement intellectuel et spirituel qui mène à terme celui qui s’engage dans son étude au lieu où il peut atteindre un état de béatitude. Pour ma part, elle m’est parfaitement étrangère, ormis quelques bribes glanées ça et là et je vais tenter d’en approfondir sa signification.

Ce lieu cité plus haut, est le Pardès, et signifie jardin ou verger et s’apparente au mot paradis. On sait que dans la tradition de la Kabbale, chacune des lettres qui composent les mots de la Torah a un sens mystique. Le Pardès lui, est composé de quatre lettres (PRDS) qui désignent un degré de lecture tant des Écritures que de l’œuvre du divin.

Les quatre lettres de ce mot – pé, reish, daleth et sameck – sont chacune l’initiale d’un terme hébreu qui indique les quatre niveaux d’étude des Écritures :

  • PESHAT, c’est-à-dire le sens littéral du texte qui ne traite que du monde sensible.
  • REMEZ, c’est-à-dire l’allusion / insinuation qui consiste en un niveau plus élevé de l’étude.
  • DERASH, c’est-à-dire l’interprétation figurée qui est la parabole, la légende, le proverbe, le mythe.
  • SOD, c’est-à-dire le Secret, qui consiste dans le niveau ésotérique traitant de la métaphysique et de la révélation des réalités surnaturelles, secrètes et mystérieuses. (Source Wykipédia)

Par conséquent, le Pardès est un concept permettant de faire référence aux quatre niveaux de compréhension possible de la Torah (l’Enseignement) et aux quatre branches de l’enseignement de la Torah (c’est-à-dire respectivement :

Le Miqra (Ecritures), la Mishna (Répétition), le Talmud (Etude approfondie de la Mishna) et la Kabbale (explication ésotérique de la Torah)).

Le Pardès n’est pas un lieu géographiquement accessible, mais spirituel tout comme le paradis chrétien, l’Eden et autre Nirvana, où l’on ne peut accéder qu’en passant d’un état de conscience à un autre plus élevé.

La Kabbale, branche de la Torah, qu’il est préconisé d’aborder au 14ème degré est donc un tremplin pour s’élever, pour emprunter le chemin du Pardès. Ce voyage dont la Torah est un appui et un décryptage, est un voyage en soi, du monde extérieur, du monde physique vers le monde intérieur de la spiritualité, VITRIOL.

Entrer dans le monde de la Torah est donc un procédé pour s’engager vers le Pardès.

Parallèlement, prendre le chemin de la Perfection du REAA est un processus pour accéder au jardin d’Eden, approcher l’arbre de la connaissance et toucher l’inaccessible étoile.  L’endroit de la Vrai Lumière.

La découverte de Sod (le Secret) n’est donc rien d’autre que la découverte de son soi le plus intime tout comme en Franc-maçonnerie qui nous indique que c’est par l’introspection que l’on peut accéder aux secrets de l’univers. Voilà ce que je peux dire de ce sujet, tout au moins ce que j’ai pu comprendre et en tirer une explication simple.

Pourtant, ce qui m’a interpellé, c’est une certaine similitude avec notre processus initiatique de REAA et le but commun sous-jacent.

Mettons en parallèle les quatre lettres qui composent le Pardès :

  • PESHAT, Le monde sensible, extraction du monde profane et engagement sur la voie de l’initiation. C’est l’heure de l’appréhension du symbolisme, le moment d’établir les bases de notre temple et de puiser dans la transmission qui nous est prodiguée.

Le moment du dépassement, de la foi et de la confiance en l’autre.

J’ai le souvenir, jeune scout, de ma nuit de totemnisation. La lune était cachée et seul, au milieu d’un bois plongé dans le noir, j’écoutais tous les bruits qui m’environnaient, les bruissements des feuilles, les cris des oiseaux, le craquement des branches mortes, un scénario fantomatique mettant à l’épreuve mon courage. Inutile de préciser que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit et que du fond de mon sac de couchage j’ai observé le jeu des étoiles qui me surplombaient. Au petit matin, fier d’avoir subit victorieusement cette étape, j’ai eu réellement le sentiment d’un aboutissement, d’une victoire sur moi-même. En guise de lauriers j’ai été affublé d’un surnom secret que j’ai fièrement enfoui dans ma mémoire.

Le cabinet de réflexion, les épreuves de l’initiation procurent cette même sensation de dépassement de soi et de confiance en ceux qui nous guident que j’ai ressenti à cette occasion.

  • REMEZ le moment d’étudier ce qui nous entoure l’architecture, la géométrie, la philosophie. Le moment de percevoir la lumière, de s’enrichir par la parole le dialogue et les voyages.

C’est aussi le palier qui nous incite à aller plus loin rapidement, quitte à obtenir les secrets du temple illégalement. C’est le moment de l’émancipation et de l’envol.

  • DERASH le mythe. Le nouveau Maître s’est enfin relevé, de l’horizontalité il est passé à la verticalité.

La goutte qui tombe a fait trois cercles concentriques. Il a victorieusement remonté le courant des trois spirales pour aujourd’hui se redresser et chercher l’origine de la goutte. Par substitution il est devenu Hiram et se doit d’en assumer l’exemplarité et la sagesse.

  • SOD Enfin redressé, on recherche la perfection. Pour cela, il faut épouser des situations et des personnages qui nous amènent à vivre des degrés de sensibilités aussi différents qu’enrichissants les uns les autres.

Les légendes et les mythes lui donnent un enseignement qui lui permet de se hisser dans l’échelle de la compréhension.

Pourtant, rien n’est acquis et arrivé au 13ème  il doit redescendre dans le cabinet de réflexion, revisiter VITRIOL, et refaire son parcours afin de mieux comprendre où il se trouve.

Le 14ème degré lui donne un secret, mais est-ce pour autant « Le Secret » ?

Le nom de Dieu YHWH est écrit sur le Tétragramme au 13ème degré, lorsqu’il est placé sur l’autel des serments, et au 14ème degré au dessus et derrière le Trois Fois Puissant Grand Maître.

Encore quatre caractères hébreux employés pour nommer Dieu, Jéhovah ou Yahvé.

Ce nom qui fut communiqué à Moïse près du Buisson Ardent lorsque Dieu lui dit « Va dire aux enfants d’Israël, je suis Yahvé, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et de Jacob. C’est mon nom pour toujours et il restera dans vos mémoires. » Ce nom signifie la lumière, le mystère de la vie, en fait le Verbe.

Ce nom qui nous est communiqué, nous le connaissions déjà, nous l’avions en mémoire.

Pourquoi le REAA a-t-il emprunté le Nom Ineffable si ce n’est pour nous faire toucher le caractère sacré de notre engagement ?

Pour autant,  il nous est divulgué à un moment où nous devons acquérir un degré de conscience du parcours effectué.

Telle l’échelle de Jacob, nous grimpons paliers par paliers pour atteindre notre Pardès.

C’est par ces degrés de consciences que le REAA nous convie, invite, suggère, de tenter de rejoindre le sommet de l’échelle où se trouve ce que d’aucuns appellent Dieu, Adonaï, Jésus, Allah, ou le Grand Architecte de l’Univers.

Mais pour autant, la divulgation de ce secret nous indique-t-elle la connaissance du grand mystère ? « Tous les arbres du jardin, tu peux t’en nourrir, mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras point ».

L’homme a quitté le paradis alors qu’il avait la connaissance et la compréhension de son créateur.

Son orgueil et sa vanité l’ont éloigné du centre initial.

Mais pour autant, pouvait-il se satisfaire de la révélation primordiale insufflée par Dieu alors que sa curiosité et son sens de l’exploration l’ont invité à chercher au-delà des limites imparties. Comme Lucifer il a cherché à obtenir toujours plus de lumière, ce qui l’a amené à s’éloigner du principe créateur.

Notre démarche est de réintégrer le Pardès, ce paradis perdu, là où la lumière divine que nous recherchons se trouve ?

La Kabbale croit en la métempsychose, à la réincarnation.

Dieu se réjouit de la mort de ses fidèles, car l’être humain revient sur terre sous forme humaine ou animale pour se purifier.

D’existence en existence, il doit chercher la vraie lumière et retrouver l’état édénique. Retrouver son androgynie primitive, son état avant la division en Adam et Eve qui doit nous conduire au « Saint des Saints ». Là, tout rentre dans l’unité et la perfection. L’homme qui arrive à cet état de pensée ne se distingue plus de son créateur, il en fait partie.

Introspection (VITRIOL) et réintégration (Pardès) seraient donc les deux indices que le rituel nous propose afin d’approcher le Grand Architecte de l’Univers. J’ai donc le sentiment que le barreau sur lequel je me trouve est plus une étape qu’un aboutissement.

Dans le noir de ma forêt, j’attends le petit matin et le grand jour qui va m’éclairer …

Équinoxe de Printemps

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La Franc-maçonnerie peut elle nous aider à réapprendre à vivre avec les saisons ?

La Franc maçonnerie se situe sur notre chemin de vie, elle en fait partie intégrante par choix, je dirai même que nos comportements sont profondément imprégnés également de ces choix maçonniques que nous suivront durant toute notre vie. Nous évoluons au fur et à mesure que notre pierre brute se modifie vers le perfectionnement, alors quoi de plus logique que d’accepter dans nos réflexions un lien avec les saisons que la vie nous propose.

« Une horloge biologique, mise en place par le grand architecte pourrions nous dire »

qui nous rappelle sans cesse notre union à la vie et aux éléments qui construisent le monde et qui nous y rattachent.

Oui nous vivons en osmose avec les éléments naturels de notre planète, c’est une évidence, ensuite arrive notre quête philosophique, notre recherche spirituelle. D’accord rien de nouveau.

Cependant force est de constater que nous avons tendance à oublier voire à négliger parfois les mécanismes, les principes dans lesquelles nous évoluons.

« le rythme des saisons principe régulateur indispensable au même titre que le sommeil »

creuset indispensable pour notre équilibre biologique et psychologique.

Alors suite à ce constat, que je veux bien admettre rempli de banalités, je me range vers ces forces naturelles que nous ne pouvons faire autrement qu’accepter…

Je vis avec les saisons en essayant de m’en faire mes alliés, avec dans mes bagages de quoi leurs donner une couleur et une dimension maçonnique.

Le Gand René a lui aussi son point de vue dans la video ci-dessous :