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Le mot du lundi du Vénérable Maître : « J’ai fait un sondage dans ma Loge… c’est déprimant »

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J’ai eu une idée. Une très mauvaise idée, donc forcément une idée de Vénérable Maître : faire un sondage dans ma Loge. Une enquête simple, fraternelle, sans intention inquisitoriale, sans urne truquée et sans cabinet de conseil payé avec les troncs de bienfaisance. La question était pourtant d’une clarté biblique :

« Combien d’entre vous ont lu un livre, en entier, récemment, pour s’instruire ? »

J’avais naïvement imaginé une forêt de mains levées. Je voyais déjà mes Frères et mes Sœurs répondre avec la modestie qui les caractérise : « Oh, trois ou quatre ouvrages seulement : un peu de Platon, un soupçon de Bachelard, les Constitutions d’Anderson entre le fromage et le dessert, et, pour me détendre, une étude comparée des rituels du XVIIIe siècle. »

J’ai vu trois mains. Dont une qui demandait si les conditions générales de vente d’Amazon comptaient comme un livre.

« Je ne sais ni lire ni écrire » : enfin une formule prise au pied de la lettre

En Franc-maçonnerie, chacun connaît cette phrase étrange : « Je ne sais ni lire ni écrire. » Elle est prononcée dans un contexte initiatique, avec un sens symbolique que les Frères apprennent peu à peu à explorer.

C’est une formule d’humilité. Elle suggère que l’Apprenti, devant ce qu’il a encore à comprendre, accepte de reconnaître son ignorance. Il ne sait pas encore lire le langage des symboles. Il ne sait pas encore écrire sa propre construction intérieure. Il entre dans un monde où les évidences profanes ne suffisent plus. C’est beau. C’était beau. Car j’ai découvert que, dans ma Loge, certains avaient décidé de vivre cette phrase avec une fidélité littérale qui force le respect. Ils ne savent ni lire ni écrire… et surtout ils ne veulent plus commencer.

L’un m’a confié : « Moi, Vénérable, je lis beaucoup. Tous les jours. » J’ai retrouvé l’espoir. « Ah ! Et quoi donc ? » Il m’a répondu : « Les notifications. » Un autre m’a assuré qu’il avait récemment « dévoré » un livre. Après enquête, il s’agissait d’un livre audio écouté en accéléré, pendant qu’il répondait à des messages, surveillait une cuisson et regardait une série. La culture, aujourd’hui, c’est formidable : on peut ne pas écouter un livre à une vitesse prodigieuse.

Le classement PISA entre en Loge

Nous parlions récemment des résultats PISA et de la baisse préoccupante des compétences des élèves français. Les résultats PISA 2022 avaient déjà montré un recul sensible de la France en compréhension de l’écrit, passée de 493 à 474 points depuis 2018, soit une baisse plus forte que la moyenne de l’OCDE. Les données plus récentes publiées en septembre 2026 font encore état d’une chute de 18 points en lecture par rapport à 2022, avec un score de 456, sous la moyenne de l’OCDE. Mais pourquoi s’inquiéter seulement des enfants ?

Il suffit de regarder les adultes, les parents, les grands-parents et parfois les arrière-grands-parents qui donnent les conseils. « Lis donc un peu, mon enfant ! » dit le père, le regard fixé sur une vidéo de onze secondes intitulée : Un professeur démonte tout ce que vous croyez savoir en 23 secondes.

« Travaille à l’école ! » ajoute le grand-père, qui confond désormais Molière avec une marque d’aspirateur et croit que Montesquieu est le nom d’un rond-point dans le Loiret. Il faut dire que nous avons inventé une civilisation remarquable : l’enfant doit apprendre à lire pendant que l’adulte lui prouve quotidiennement que la lecture est une activité dangereuse, fatigante et inutile, sauf si le texte commence par « Vous ne devinerez jamais ce qui arrive ensuite ». La transmission culturelle, c’est devenu un peu comme le sport : tout le monde est pour, mais personne ne veut pratiquer.

L’élite maçonnique, version sous-titrée

Autrefois — du moins dans l’image idéalisée que nous aimons entretenir — le Franc-maçon était censé être cultivé. Pas obligatoirement bardé de diplômes, pas nécessairement professeur de philosophie ou collectionneur de livres rares, mais curieux. Il lisait. Il discutait. Il s’informait. Il confrontait les idées. Il pouvait avoir un métier manuel, être artisan, ouvrier, commerçant, militaire, employé, médecin, avocat ou cheminot, mais il voulait agrandir son monde intérieur. Il avait compris que le tablier ne rend pas intelligent par contact. Il faut encore, parfois, ouvrir autre chose que la porte du Temple.

Aujourd’hui, nous avons gardé l’apparence de l’exigence. Nous avons les colonnes, les mots, les grades, les décors, les convocations de tenue, les mails de rappel, les comptes rendus, les règlements généraux, les commissions, les sous-commissions et même les réunions pour préparer les réunions. Mais le livre ? Le vrai livre, celui qui vous impose de rester seul avec une pensée plus longue que votre fil d’actualité ? Il semble avoir été placé sous la garde du Frère Terrible. J’ai demandé à un Frère : « Tu lis quoi en ce moment ? » Il m’a répondu, très sérieusement : « Ma planche. » C’est déjà bien, me direz-vous. Certes. Mais il l’a lue parce qu’il devait la présenter le soir même. Et parce que je l’avais menacé de lui retirer le droit au dessert de l’agape.

Des planches prêtes à l’emploi

Le problème, ce n’est pas que chacun ne lise pas le même genre de livres. On peut s’instruire avec des romans, des essais, des biographies, de l’histoire, de la poésie, des ouvrages scientifiques, de la philosophie, des bandes dessinées exigeantes, des récits de voyage ou même, dans des circonstances extrêmes, avec un bon polar. Le problème est ailleurs : nous voulons donner notre avis sur tout sans avoir pris le temps de nous nourrir de quoi que ce soit.

Nous avons désormais des planches à thème « clés en main ». Il suffit de saisir : « Symbolique de la pierre brute, 1 200 mots, avec une citation de Jung, une phrase en latin, trois occurrences du mot “initiatique” et une conclusion sur la Lumière. » En trois secondes, vous avez un texte. En cinq secondes, vous avez l’impression d’avoir pensé. C’est merveilleux. L’outil est plus rapide que la conscience.

La planche est lue en tenue avec une belle assurance. À la fin, l’auteur déclare : « J’ai beaucoup travaillé sur ce sujet. » C’est exact : il a beaucoup travaillé à choisir entre « générer », « régénérer » et « rendre plus profond ». Et lorsque quelqu’un demande : « Quel ouvrage vous a le plus inspiré ? », un grand silence tombe sur les colonnes. Un silence si dense que même le pavé mosaïque commence à consulter Wikipédia.

La bibliothèque, ce lieu mystique

L'alchimiste de Paulo Coelho
L’alchimiste de Paulo Coelho – Crédit photo lecourrierdelatlas.com

Il y a dans chaque Loge une bibliothèque, ou du moins un meuble qui ressemble à une bibliothèque. On y trouve généralement :

  • Trois volumes poussiéreux sur le Rite écossais, reliés en cuir et ouverts pour la dernière fois sous Giscard d’Estaing.
  • Un dictionnaire maçonnique dont personne ne connaît l’existence, mais dont tout le monde jure qu’il faut absolument le consulter.
  • Des actes de convent datant d’une époque où les Frères rédigeaient encore leurs comptes rendus à la plume.
  • Un exemplaire de L’Alchimiste, abandonné là par un Frère qui pensait avoir découvert l’ésotérisme en achetant un livre à la gare.
  • Une brochure intitulée La symbolique du compas, empruntée en 2009 et jamais rendue, probablement parce que son emprunteur cherche toujours comment l’ouvrir.

La bibliothèque maçonnique est devenue un espace sacré, non parce qu’on y vient souvent, mais précisément parce qu’on n’ose plus y toucher. Là encore, nous avons gagné en modernité. Jadis, il fallait lire pour savoir. Aujourd’hui, il suffit de posséder une étagère derrière soi pendant une visioconférence. L’érudition se pratique en arrière-plan.

Les Frères, les Sœurs et les résumés de résumés

Attention : je ne suis pas injuste. Dans ma Loge, certains lisent beaucoup. Ils sont faciles à reconnaître : ils commencent leurs phrases par « Je ne suis pas certain, mais… », « J’ai été frappé par une idée dans tel ouvrage… », ou encore « Je n’ai pas compris tout de suite, il faudrait y revenir. » Les autres commencent par : « Moi, je vais vous dire la vérité. »

Le lecteur doute.
Le non-lecteur tranche.
C’est une règle presque aussi fiable que le niveau à bulle.

Le premier a rencontré des auteurs qui ne pensent pas comme lui. Il a appris que les mots ont une histoire, que les problèmes sont plus complexes qu’ils n’en ont l’air, que l’on peut être intelligent et se tromper, que l’on peut changer d’avis sans perdre son tablier. Le second a regardé deux vidéos, lu quatre commentaires et possède maintenant une vision définitive de la géopolitique mondiale, de l’IA, de la laïcité, de l’éducation nationale, du conflit israélo-palestinien, de la physique quantique et du symbolisme du nombre trois. Il n’a pas besoin de lire : il sait déjà. Et c’est précisément là que l’Apprenti devrait frapper trois coups sur sa pierre.

L’abandon de l’excellence

Le mot « élite » fait peur. Il est devenu presque aussi dangereux que « tradition », « mérite » ou « grammaire ». Pourtant, l’excellence ne consiste pas à mépriser ceux qui savent moins. Elle consiste à refuser de s’installer dans ce que l’on sait déjà. Une Loge ne devrait pas être une élite sociale. Encore moins un club de diplômés, de notables ou de professionnels de la parole. Mais elle peut et doit être une élite d’effort : un lieu où l’on s’efforce de mieux comprendre, de mieux lire, de mieux écouter, de mieux parler et de mieux agir.

Portrait de Spinoza (1665), anon., Herzog August Bibliothek.

La véritable aristocratie maçonnique ne dépend ni du salaire, ni de la profession, ni du quartier où l’on habite, ni de la taille de sa bibliothèque. Elle dépend de la curiosité.

On peut être mécanicien et lire Spinoza.
On peut être infirmière et aimer l’histoire de l’art.
On peut être artisan et s’intéresser à l’astronomie.
On peut être cadre supérieur et n’avoir jamais lu autre chose qu’un PowerPoint — mais, dans ce cas, évitons de parler d’élévation spirituelle avec l’assurance d’un Nobel de littérature.

La Franc-maçonnerie a longtemps offert à des hommes et à des femmes de tous milieux un lieu pour apprendre. C’est là une de ses forces. Elle permettait d’échanger, de lire, de débattre, de découvrir des idées et des savoirs auxquels l’école, la famille ou le métier ne donnaient pas toujours accès. Si nous perdons cette ambition, nous garderons les symboles, mais nous perdrons peut-être leur substance.

Plan de redressement de la Loge

Après mon sondage, j’ai donc décidé d’agir. Dès le mois prochain, chaque Frère et chaque Sœur devra présenter, en tenue, le dernier livre lu en entier. Pas le titre aperçu dans une librairie. Pas la vidéo qui « résume très bien ». Pas le podcast de douze minutes. Pas le livre audio lancé pendant un embouteillage. Un livre. Afin de ne vexer personne, j’ai prévu une gradation initiatique :

  • L’Apprenti lira un livre de moins de 150 pages, avec des phrases complètes.
  • Le Compagnon passera à un ouvrage ne contenant pas de coloriages.
  • Le Maître devra identifier l’auteur sans utiliser un moteur de recherche.
  • Les dignitaires, eux, liront le règlement général. Intégralement. Sans s’endormir. C’est une épreuve réservée aux plus avancés.

Pour les Frères qui protesteraient en expliquant qu’ils n’ont pas le temps, nous ouvrirons une tenue spéciale, entre deux agapes, intitulée : « La lecture : cette activité étrange consistant à regarder des lignes sans faire défiler son pouce. » Et pour ceux qui assurent ne plus réussir à se concentrer, nous organiserons une chaîne d’union autour d’un livre de poche. Une minute de silence. Puis deux pages. Pas davantage : nous ne sommes pas des bourreaux.

Retrouver le goût de chercher

Au fond, cette chronique ne reproche pas aux Frères et aux Sœurs de ne pas être des encyclopédies vivantes. Elle leur reproche seulement, avec la tendresse féroce qui sied à un Vénérable Maître, de renoncer trop facilement au plaisir de chercher. Lire n’est pas une décoration intellectuelle. Ce n’est pas une manière de faire savant à l’agape, entre le fromage et le café. C’est une école de liberté. Un livre apprend à ralentir. Il oblige à suivre une pensée qui n’est pas la nôtre. Il nous met en contact avec des êtres disparus, lointains ou radicalement différents. Il révèle ce que nous ignorons. Il nous donne parfois le bonheur très maçonnique de découvrir que nous avions tort.

Alors, mes Bien-Aimés Frères et Sœurs, la prochaine fois que nous prononcerons : « Je ne sais ni lire ni écrire », souvenons-nous qu’il ne s’agit pas d’un programme culturel pour le XXIe siècle. C’est une porte d’entrée.

Il serait peut-être temps de la franchir — et d’ouvrir un livre.

La Revue de Presse FM France & Monde du 14/09/26

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Lundi 14 septembre 2026

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères,

De la France aux horizons du monde, 450.fm vous propose un regard quotidien sur l’actualité maçonnique, ses échos dans la presse et les débats qui traversent nos sociétés. Entre vie des obédiences, culture, histoire et questions contemporaines, cette revue rassemble les informations utiles pour nourrir notre réflexion et exercer ce discernement auquel nous invite la démarche initiatique.

Période couverte : du samedi 12 septembre 2026 à 12h00 au dimanche 13 septembre 2026 à 12h00, heure de Paris.

Drapeau français

France

Religions, mémoire et débats

Arnaud Beltrame, de la Franc-maçonnerie à la conversion catholique

Source : Le Figaro (presse, article réservé aux abonnés) · Pays : France · Publication : 13 septembre 2026 · Langue : français · Lire l’article

Le quotidien revient sur l’itinéraire spirituel d’Arnaud Beltrame, officier de gendarmerie passé par la Franc-maçonnerie avant une conversion catholique. Le sujet éclaire la complexité d’un chemin personnel que les appartenances successives ne résument pas. L’article étant inaccessible, cette notice repose uniquement sur le titre et l’extrait transmis par Google Alerts.

« Franc-maçonnerie en France : trente jours d’influence au grand jour »

Source : FSSPX News (site institutionnel confessionnel, non presse indépendante) · Pays : France · Publication : 11 septembre 2026 · Langue : anglais · Lire la publication

La Fraternité Saint-Pie-X rassemble plusieurs événements récents — fin de vie, écoles hors contrat, Arc de Triomphe et prises de parole du GODF — pour soutenir la thèse d’une influence maçonnique croissante. Cette lecture militante mêle faits publics, interprétations et jugements religieux ; ses accusations doivent donc être attribuées à leur auteur et examinées avec distance.

Histoire, symbolisme et transmission

Le Manuscrit Vuillaume sort de l’ombre aux Rencontres Écossaises

Source : 450.fm · Pays : France · Publication : 12 septembre 2026 · Langue : français · Lire l’article

Les deux premiers tomes du Rituel des trente-trois degrés de l’Écossisme seront présentés à Grenoble les 19 et 20 septembre. Identifiés à partir de manuscrits de 1822 conservés à la BnF, ces documents attribués à Claude-André Vuillaume associent transcriptions, notes et riche iconographie. L’entreprise transforme une archive rituelle en source accessible à l’étude.

Le scarabée, celui qui pousse la Lumière hors des ténèbres

Source : 450.fm (chronique symbolique) · Pays : France · Publication : 12 septembre 2026 · Langue : français · Lire l’article

La chronique suit le scarabée depuis Khépri et l’imaginaire funéraire égyptien jusqu’à une lecture initiatique du travail intérieur. L’animal ne possède pas la Lumière : il la remet en mouvement, modestement, au contact de la matière. Cette symbolique du recommencement offre au Franc-Maçon une méditation sur la persévérance, la transformation et l’ouvrage quotidien.

Bienvenue au nouvel Apprenti : un premier pas sur le chemin initiatique

Source : GADLU.INFO (blog maçonnique) · Pays : France · Publication : 13 septembre 2026 · Langue : français · Lire la planche

Cette planche de bienvenue s’adresse au nouvel Apprenti au lendemain de son initiation et rappelle que la réception ne constitue pas un aboutissement, mais l’ouverture d’un travail patient. Le texte privilégie l’écoute, le silence et la découverte progressive des symboles. Il relève de la contribution initiatique publiée par un blog, et non de l’information journalistique.

Et si l’intelligence artificielle devenait Vénérable Maître ?

Source : GADLU.INFO (chronique humoristique de blog) · Pays : France · Publication : 13 septembre 2026 · Langue : français · Lire la chronique

La chronique imagine une IA ponctuelle, incollable sur le rituel et capable d’interrompre les planches trop longues, avant de rappeler ce qu’aucun algorithme ne remplace : un regard, un silence et une présence fraternelle. Derrière l’humour se dessine une question actuelle sur l’assistance technique, l’autorité et l’irréductible humanité du travail en Loge.

Conférences et patrimoine

À Castres, une conférence sur le protestantisme et la Franc-maçonnerie

Source : Tarn Tourisme (agenda institutionnel local) · Pays : France · Publication : date de mise en ligne non indiquée ; événement le 26 septembre 2026 · Langue : français · Voir l’annonce

Patrick Moron interviendra le samedi 26 septembre à 16h30, au 2 avenue du Sidobre à Castres, à l’invitation de la Société d’Histoire du Protestantisme Tarnais. L’entrée est annoncée gratuite. La rencontre devrait permettre d’éclairer voisinages historiques et différences doctrinales entre deux univers souvent associés autour de la conscience, de la lecture et de la liberté.

Journées du patrimoine : de nouveaux temples annoncés à Nancy, Évreux et au Lamentin

Source : actu.fr, La Dépêche Évreux via PressReader et Unidivers · Pays : France · Publication : publications des 11 et 12 septembre 2026 ; certaines dates de mise en ligne non vérifiables · Langue : français · Nancy · Évreux · Le Lamentin

Les annonces locales complètent la cartographie des ouvertures maçonniques des 19 et 20 septembre : un temple figure parmi les lieux insolites de Nancy, la Loge GODF La Fraternité normande accueille le public à Évreux, tandis qu’un temple GLDF est annoncé au Lamentin.

Réseaux d’affaires et Franc-maçonnerie : une comparaison qui appelle le discernement

France – SEAL, publication en français ; alerte reçue le 13 septembre, date de publication non confirmée.

SEAL rapproche Rotary, Lions, réseaux d’anciens élèves, clubs d’entrepreneurs et Franc-maçonnerie dans une réflexion sur le capital social. Cette approche économique appelle une distinction essentielle entre les relations que favorise une appartenance et la finalité initiatique du travail en Loge, qui ne saurait se réduire à l’utilité professionnelle. Notice fondée sur les extraits disponibles. Source : SEAL

REAA, RER, Rite Français : les grades ne se superposent pas comme les barreaux d’une même échelle

France – Le Guichet du Savoir, Bibliothèque municipale de Lyon, réponse du 12 septembre 2026 ; français.

Interrogé sur les équivalences entre les grades de trois rites, le service documentaire distingue les rapprochements symboliques des passerelles administratives. Sa réponse souligne la diversité des contenus et des architectures rituelles, accompagnée de références bibliographiques : une invitation utile à comprendre chaque parcours dans sa cohérence propre, sans confondre correspondance de reconnaissance et identité initiatique. Source : Le Guichet du Savoir

À Couzeix, le patrimoine maçonnique ouvre aussi sur une interrogation contemporaine

France – Le Populaire du Centre, presse régionale ; alerte reçue le 12 septembre 2026, date de publication non vérifiée ; français.

Parmi les découvertes proposées à Couzeix pour les Journées du patrimoine, le journal signale une exposition consacrée à la symbolique maçonnique et une conférence dominicale à 15 heures sur le fait de devenir Franc-Maçon à la GLDF en 2026. L’ouverture des lieux se prolonge ainsi par une présentation des valeurs et du cheminement. Notice fondée sur l’extrait Google Alerts. Source : Le Populaire du Centre

Bartholdi à Orsay : la Liberté retrouve l’atelier de son créateur

France – L’Alsace, articles du 13 septembre 2026 ; français.

L’Alsace annonce pour le 15 septembre l’ouverture au musée d’Orsay d’une exposition consacrée à Auguste Bartholdi et à La Liberté éclairant le monde, avec le concours des collections du musée Bartholdi de Colmar. Cette actualité offre un prolongement culturel à la réflexion sur la puissance des symboles et leur inscription dans l’espace public. Notice fondée sur les extraits Google Alerts. Source : L’Alsace

Drapeau de la Belgique
Drapeau de la Belgique

Monde

Belgique — Ouverture au public

À Verviers, une Loge veut dissiper les fantasmes sur la Franc-maçonnerie

Source : Sudinfo (presse régionale) · Pays : Belgique · Publication : 13 septembre 2026 · Langue : français · Lire l’article

Le quotidien donne la parole à André Lepas, ancien Vénérable Maître de la Loge verviétoise « Les Philadelphes et le Travail réunis », autour d’une formule sans ambiguïté : aucune volonté de dominer le monde. L’article semble accompagner une démarche d’ouverture et de pédagogie publique. Son accès étant bloqué, la notice repose sur l’extrait de Google Alerts.

Canada — Légendes et mémoire maçonnique

La Chasse-galerie : le canot volant, ou le prix secret du désir

Source : 450.fm (chronique culturelle) · Pays : Canada · Publication : 13 septembre 2026 · Langue : français · Lire l’article

La légende québécoise du canot volant devient une méditation sur le pacte, le désir et le prix de la transgression. La chronique rappelle aussi l’importance d’Honoré Beaugrand, qui fixa une version célèbre du récit et revendiquait son appartenance maçonnique. Le rapprochement n’annexe pas le folklore : il en dégage une interrogation sur la liberté et la parole donnée.

Royaume-Uni — Irlande du Nord, pédagogie publique

Les Francs-Maçons d’Irlande du Nord ouvrent leurs portes et répondent aux idées reçues

Source : Belfast Telegraph (vidéo publiée sur Facebook, média de presse) · Pays : Royaume-Uni – Irlande du Nord · Publication : date de publication non vérifiée ; alerte reçue le 12 septembre 2026 · Langue : anglais · Voir la vidéo

Le Belfast Telegraph interroge David Selby, Grand Maître provincial de Down, sur les signes de reconnaissance, les décors, l’admission et la réalité des travaux maçonniques. La séquence accompagne une politique d’ouverture destinée à corriger les spéculations entourant l’institution. Facebook n’ayant pas permis l’accès direct, la notice repose sur l’extrait indexé de Google Alerts.

États-Unis — Histoire et pensée symbolique

« Le temps cosmique et les portes du Soleil »

Source : Universal Co-Masonry – American Federation of Human Rights (article institutionnel) · Pays : États-Unis · Publication : 11 septembre 2026 · Langue : anglais · Lire l’article

L’article relit Cancer et Capricorne comme deux portes solsticiales, l’une associée à la descente dans la génération, l’autre à l’ascension vers la source divine. Cette doctrine ésotérique est présentée comme l’interprétation propre à Universal Co-Masonry, non comme un fait historique établi. Elle articule parcours solaire, colonnes du Temple et élévation morale de l’Initié.

William Morgan, deux cents ans après une disparition qui bouleversa la Maçonnerie américaine

Source : Scottish Rite of Freemasonry, Southern Jurisdiction (communication institutionnelle sur YouTube) · Pays : États-Unis · Publication : 12 septembre 2026 · Langue : anglais · Voir l’annonce

Le Rite Écossais annonce un documentaire consacré à William Morgan, disparu en 1826 après avoir projeté de révéler des secrets maçonniques. L’affaire alimenta un puissant mouvement antimaçonnique et marqua durablement la vie politique américaine.

Haïti : le dessin, langage commun des savoirs et des symboles

Haïti – Le National, Dominique Domerçant, 12 septembre 2026 ; français.

Dans un plaidoyer pour une Journée nationale du dessin, Dominique Domerçant relie création artistique, transmission des savoirs, mémoire et reconstruction sociale. Il évoque explicitement les tracés symboliques de la Franc-maçonnerie et les vèvè du vodou haïtien, parmi les usages rituels du dessin : une ouverture féconde sur le geste graphique comme manière de penser et de transmettre. Source : Le National

Au fil de ces regards croisés, cette revue de presse invite à prolonger la réflexion, à confronter les points de vue et à demeurer attentifs aux mouvements de notre temps, dans un esprit de liberté, de vigilance et de fraternité. Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, nous vous souhaitons une bonne lecture. Ainsi va le Monde…

Proverbes et sentences : « L’erreur ne devient pas vérité parce qu’elle se propage et se multiplie… »

Cette phrase de Gandhi est une leçon de courage intellectuel : le nombre ne suffit pas à donner raison, pas plus que l’isolement ne suffit à condamner une idée juste. Pour le Franc-maçon, elle invite à préférer la recherche patiente de la vérité au confort des opinions partagées.

Une vérité qui ne se compte pas

« L’erreur ne devient pas vérité parce qu’elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit. »

La phrase est attribuée à Mohandas Karamchand Gandhi, dit le Mahatma Gandhi (1869-1948). Elle reprend une formulation parue dans Young India, le journal qu’il anima dans les années 1920. La version anglaise complète ajoute une précision capitale : « La vérité demeure, même lorsqu’elle ne reçoit aucun soutien public ; elle se soutient elle-même. » Il faut entendre ici une mise en garde contre une confusion dont les sociétés humaines sont familières : prendre la répétition pour une preuve. Une idée entendue mille fois peut finir par sembler évidente, naturelle, incontestable. Elle n’en reste pas moins fausse si elle ne résiste ni aux faits, ni à la conscience, ni à l’examen honnête.

Mahatma Gandhi

Inversement, une vérité peut demeurer discrète, minoritaire, impopulaire ou même silencieuse pendant longtemps. Elle ne cesse pas d’être vraie parce qu’elle n’est pas applaudie. Elle ne devient pas erreur parce qu’elle ne fait pas tendance. Gandhi ne parlait pas en théoricien enfermé dans une bibliothèque. Sa vie fut précisément une expérience de la résistance à l’opinion dominante. Il affronta l’ordre colonial britannique, les discriminations raciales, les injustices de caste, ainsi que les logiques de violence présentées comme inévitables. Son mot central était satya, la vérité; de là vient l’expression satyagraha, souvent comprise comme la « force de vérité » ou l’attachement actif à la vérité.

Cette vérité n’était pas, chez lui, le privilège arrogant de celui qui croit tout savoir. Elle appelait au contraire l’humilité, l’examen de soi et la rectification de ses propres erreurs. Gandhi savait qu’un homme peut être sincère et se tromper. Mais il refusait l’idée qu’une foule, une institution ou une propagande puisse transformer mécaniquement le faux en vrai.

Le règne du nombre

Gandhi en 1918, au moment des satyagrahas du Champaran et du Kheda.

Cette sentence prend une résonance singulière dans notre temps. Jamais une opinion, une rumeur ou une indignation n’a pu circuler aussi vite. Une affirmation reprise à la télévision, amplifiée sur les réseaux sociaux, commentée par des milliers de comptes et répétée dans les conversations quotidiennes acquiert facilement l’apparence de la vérité. Mais la viralité n’est pas une démonstration. Le nombre de partages ne mesure ni la rigueur d’un raisonnement, ni l’exactitude d’un fait, ni la justice d’un jugement. Il mesure seulement la capacité d’un message à circuler. Or ce qui circule le mieux n’est pas toujours ce qui éclaire le mieux : la peur, le scandale, la simplification et la colère voyagent souvent plus vite que la nuance.

À l’inverse, certaines paroles restent longtemps à la périphérie. Elles dérangent les habitudes, bousculent les intérêts ou obligent chacun à reconnaître ce qu’il préférerait ignorer. Elles ne séduisent pas immédiatement. Elles ne font pas forcément du bruit. Pourtant, elles peuvent contenir une part essentielle de vérité. Gandhi nous rappelle donc une exigence qui peut paraître austère : ne pas demander d’abord combien de personnes pensent comme nous, mais pourquoi nous pensons ce que nous pensons. Ne pas chercher le camp le plus bruyant, mais la parole la plus juste.

La vérité ne se décide pas par acclamation.

Leon-Tolstoi-a-Iasnaia Poliana 1908 – Premier portrait photographique en couleur en Russie.

Gandhi n’était pas franc-maçon

Gandhi n’était pas franc-maçon. Il ne parlait ni à partir du langage des temples, ni à partir des outils du Rite, ni depuis une quelconque tradition initiatique occidentale. Sa voie était nourrie d’hindouisme, de jaïnisme, de christianisme, de lectures de Tolstoï et de Thoreau, ainsi que de son expérience politique et morale. Pour autant, il existe entre sa sentence et l’idéal maçonnique une proximité évidente. La Franc-maçonnerie ne prétend pas posséder la vérité; elle se définit plutôt, dans son meilleur esprit, comme un lieu où l’on apprend à la chercher ensemble. Elle ne devrait jamais être une fabrique de certitudes collectives.

C’est là que la phrase de Gandhi peut devenir une question posée au Maçon :

Suis-je venu en loge pour faire confirmer ce que je savais déjà, ou pour accepter que ma pensée soit déplacée ?

Le travail maçonnique demande une forme de séparation avec le tumulte profane. Lorsque le temple s’ouvre, le Frère ou la Sœur ne laisse pas son intelligence à la porte; il ou elle est invité à laisser, au moins pour un temps, les réflexes de tribu, les slogans, les appartenances trop rapides et les passions qui empêchent d’écouter.

Le silence de l’Apprenti, la lenteur de la parole, la régularité du rituel, le détour par le symbole : tout cela peut être compris comme une discipline contre la précipitation du jugement. Dans le monde profane, chacun est souvent pressé d’avoir un avis. En loge, l’initiation rappelle qu’il faut parfois apprendre à regarder avant de conclure, à écouter avant de répondre, à douter avant d’affirmer.

Quand la loge devient une majorité

La phrase de Gandhi ne vise pas seulement les foules, les médias ou les pouvoirs politiques. Elle peut aussi s’adresser à une loge.

Une loge, même fraternelle, n’est pas automatiquement à l’abri du conformisme. Une opinion peut s’y installer parce qu’elle est portée par les plus anciens, les plus éloquents ou les plus nombreux. Une manière de comprendre un symbole, un rituel ou une question de société peut finir par prendre le statut tacite de « bonne lecture », comme si toute autre approche devenait incongrue. C’est alors que le travail initiatique risque de se figer. Le Maçon devrait pouvoir exprimer un désaccord sans être traité comme un gêneur. Non pour cultiver la contradiction par principe, mais pour que la pluralité des regards continue d’ouvrir le travail. La concorde n’est pas l’unanimité forcée. Elle consiste à chercher un terrain commun sans exiger que chacun renonce à penser.

L’exemple le plus simple tient à une planche. Un Frère présente une interprétation de la pierre brute, de la lumière, de la porte du temple ou de la chaîne d’union. L’assemblée acquiesce. Les références sont solides, le propos est élégant, la formule est séduisante. Mais est-ce une vérité définitive ? Bien sûr que non. Un autre Frère peut entendre le même symbole autrement, à partir de son métier, de son histoire, de sa culture ou de ses blessures. Son propos est peut-être moins académique, moins conforme à l’usage, moins brillant dans sa forme. Il peut néanmoins ouvrir une compréhension plus vivante et plus profonde. Dans une loge réellement fraternelle, la vérité n’est pas celle qui parle le mieux ni celle qui rassemble le plus vite. Elle est ce qui travaille chacun intérieurement et ce qui rend l’ensemble plus lucide.

Le symbole contre le slogan

Le symbole maçonnique a précisément cette vertu : il résiste à la simplification.

Un slogan répond vite. Il tranche, désigne un camp, résume le monde en quelques mots et dispense parfois de penser davantage. Un symbole, lui, ne se laisse pas posséder aussi facilement. Il demande du temps. Il accueille des interprétations différentes. Il oblige l’homme à revenir plusieurs fois au même objet, au même geste, à la même image.

La pierre brute, par exemple, ne signifie pas une seule chose. Elle peut évoquer le travail de soi, la résistance de nos habitudes, la matière inachevée, la patience, l’humilité ou encore le rapport entre l’individu et l’œuvre commune. Celui qui croit avoir définitivement épuisé le symbole risque de ne plus y voir qu’un décor. Gandhi aurait probablement reconnu dans cette attention au symbole une école de vigilance. Car l’erreur se propage souvent par des mots trop sûrs d’eux-mêmes. La vérité, elle, accepte parfois le détour, le silence, la lenteur et l’incertitude. Le Maçon n’est donc pas appelé à devenir un collectionneur de formules, même lorsqu’elles sont magnifiques. Il est appelé à examiner ce qu’elles produisent en lui. Dire que la liberté, l’égalité, la fraternité, la tolérance ou la laïcité sont de grandes valeurs ne suffit pas. Encore faut-il accepter de les confronter à ses propres préjugés, à ses réflexes et à ses actes.

Chercher sans posséder

La sentence de Gandhi pourrait se reformuler, dans un langage maçonnique, de cette manière :

« Ce n’est pas parce qu’une opinion est répétée dans le monde profane, ou même en loge, qu’elle devient lumière. Et ce n’est pas parce qu’une intuition demeure solitaire qu’elle cesse de mériter d’être examinée. »

Cette reformulation ne signifie pas que chaque opinion se vaut. La Maçonnerie n’est pas un relativisme confortable où tout serait également juste parce que chacun « a son ressenti ». Gandhi ne disait pas que toute conviction minoritaire est vraie; l’histoire est remplie d’erreurs défendues par des minorités tout aussi acharnées que les majorités. La leçon est plus exigeante : ni la popularité ni l’isolement ne constituent une preuve. Le jugement doit s’appuyer sur l’expérience, la raison, la conscience, le dialogue et la capacité de reconnaître ses erreurs.

Le Franc-maçon ne cherche pas à imposer sa vérité aux autres. Il cherche à devenir assez libre pour entendre une vérité qui le dérange. Il ne se juge pas à la quantité de paroles prononcées, de signes connus ou de titres portés, mais à sa capacité à ne pas se laisser aveugler par ce qui flatte ses certitudes. Cette phrase de Gandhi rejoint alors le travail de la pierre brute. Tailler sa pierre, ce n’est pas fabriquer un être humain parfaitement poli, toujours sûr de lui, toujours conforme au groupe. C’est retirer, peu à peu, ce qui encombre le regard : l’orgueil, le préjugé, la peur de la différence, l’attachement à avoir raison et le besoin d’être applaudi.

Une leçon de fraternité

La fraternité ne consiste pas à se donner toujours raison. Elle consiste aussi à s’accorder le droit de chercher, de douter et parfois de se tromper. Dans une époque où la contradiction est facilement vécue comme une agression, la loge peut redevenir un lieu rare : celui où l’on peut confronter des idées sans vouloir détruire la personne qui les porte. Être en désaccord avec un Frère ou une Sœur ne signifie pas rompre la chaîne d’union. Cela peut, au contraire, la rendre plus authentique.

La vérité selon Gandhi n’est ni une arme de domination ni un trophée. Elle exige de la fermeté, mais aussi une grande douceur envers ceux qui ne la voient pas encore — et envers soi-même, car personne n’est définitivement assuré de la posséder. C’est peut-être la plus belle leçon que peut retenir le Maçon : ne jamais confondre la lumière avec le projecteur braqué sur une opinion majoritaire. La lumière initiatique ne se mesure pas à son audience. Elle se reconnaît à ce qu’elle éclaire, à ce qu’elle transforme et à la manière dont elle rend chacun plus juste envers les autres.

L’erreur peut faire du bruit. La vérité peut attendre.
Le devoir du Maçon est de ne jamais cesser de les distinguer.

Grenoble 2026 : les Rencontres Écossaises du SCPLF-REAA, RdV incontournable de la rentrée maçonnique

Les 19 et 20 septembre 2026, Grenoble accueillera les Rencontres Écossaises organisées par le Suprême Conseil pour la France du Rite Écossais Ancien et Accepté. Après « Le Réel » à Angers en 2025, la 42e édition s’attaque à une question plus vertigineuse encore : « La Création ». Mythes fondateurs, métaphysique, sciences, poésie, initiation et REAA vont dialoguer pendant deux journées à Alpexpo.

Le choix de Grenoble n’a rien d’anodin : au confluent du Drac et de l’Isère, entre Chartreuse, Vercors et Belledonne, la ville est aussi, en 2026, Capitale européenne de l’innovation. Tout semble donc concourir à faire de ce millésime un moment majeur, et probablement l’un des rendez-vous maçonniques à ne pas manquer cette année.

Il existe des manifestations qui s’ajoutent au calendrier et d’autres qui, par leur durée, leur fidélité et leur capacité à renouveler les questions, finissent par appartenir au paysage intellectuel de la Franc-Maçonnerie.

Les Rencontres Écossaises relèvent désormais de cette seconde catégorie

Nées en 1984, elles abordent leur cinquième décennie avec une singularité assez rare pour être soulignée : ne pas réduire le Rite Écossais Ancien et Accepté à l’étude de ses seuls rituels, de son histoire institutionnelle ou de ses grades, mais le confronter chaque année à l’une des grandes interrogations de l’esprit humain. En 2024, les 40es Rencontres réunissaient à Angers plus de 700 participants autour de « Dire et vivre l’Idée » ; en 2025, près de 600 personnes se retrouvaient autour du « Réel ».

Cette année, le calendrier officiel fixe sans ambiguïté le rendez-vous aux samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026 à Grenoble, les inscriptions ayant été ouvertes dès le 15 avril. Et il suffit de regarder le programme pour comprendre que le SCPLF-REAA a choisi de faire de Grenoble autre chose qu’une simple étape provinciale : « La Création » y sera envisagée comme un carrefour où se rencontrent récit des origines, connaissance scientifique, métaphysique, imagination, art et expérience initiatique.

Grenoble, ou lorsque le lieu répond au sujet

Le choix de Grenoble possède d’abord une évidence géographique. La ville s’est développée à la confluence du Drac et de l’Isère, dans cette plaine fermée par les trois grands ensembles du Vercors, de la Chartreuse et de Belledonne.

Ici, la montagne n’est jamais un décor lointain : elle impose sa verticalité à la ville, commande la lumière, limite l’horizon avant de l’ouvrir vers les sommets. Pour un imaginaire initiatique qui connaît la puissance symbolique de l’ascension, de la pierre, de la vallée et de la hauteur, la correspondance est presque trop belle.

François de Bonne de Lesdiguières

Elle trouve son emblème dans les célèbres « bulles » de Grenoble, le téléphérique urbain inauguré en 1934, qui relie en quelques minutes le centre-ville à la Bastille. Une précision historique mérite toutefois d’être apportée : le fort visible aujourd’hui n’est pas simplement une forteresse du XVIIIe siècle. Une première fortification du site fut achevée sous François de Bonne de Lesdiguières en 1592, tandis que l’ouvrage militaire actuel relève essentiellement du XIXe siècle. Le programme réservé aux accompagnantes des Rencontres a d’ailleurs intégré cette géographie symbolique en prévoyant la montée vers la Bastille par les « bulles ».

Mais Grenoble n’est pas seulement la ville des Alpes, des musées, des sports de montagne et des panoramas. Elle est surtout devenue l’un des grands laboratoires scientifiques européens. Et c’est ici que le choix du thème prend une dimension presque journalistiquement parfaite : Grenoble Alpes Métropole a reçu le titre de Capitale européenne de l’innovation 2026, décerné par la Commission européenne. Le territoire concentre quelque 30 000 emplois publics et privés de recherche et développement dans un rayon de vingt kilomètres, plusieurs infrastructures scientifiques internationales et de grands organismes de recherche.

Voilà qui change la perspective

Parler de Création à Grenoble en 2026, ce n’est pas seulement méditer la Genèse sous les montagnes ; c’est poser la question de l’origine et de l’invention au cœur d’une ville où l’on produit quotidiennement du savoir, des brevets, de la technologie et de nouvelles représentations du monde.

Un programme pensé comme une progression

La construction intellectuelle du programme mérite que l’on s’y attarde, car elle évite précisément l’écueil du colloque où s’enchaîneraient des communications sans véritable architecture. Le samedi matin s’ouvrira par Jacques Azot, Souverain Grand Commandeur du SCPLF, avant une interview filmée du rabbin Marc-Alain Ouaknin, intitulée très justement « Au commencement ». Viendra ensuite le professeur Paul Clavier avec « La Création : entre mythologie, science et métaphysique », puis Jean-Pierre Farnéa sur les mythes de la création et Francis Bardot avec une proposition dont le titre porte déjà tout un programme initiatique : « Créer avec la Création : l’initié comme poète. »

Marc-Alain Ouaknin

Le choix de Marc-Alain Ouaknin ne doit rien au hasard.

Rabbin, docteur en philosophie, traducteur de l’hébreu et penseur familier de l’exégèse, il appartient à cette famille intellectuelle pour laquelle lire n’est jamais seulement recevoir un texte, mais l’ouvrir, le retourner, le faire résonner et lui restituer sa puissance d’inachèvement.  Quant à Paul Clavier, professeur de philosophie à l’Université de Lorraine, ses travaux portent précisément sur l’histoire de la métaphysique, la cosmologie et la philosophie de la religion ; il a notamment consacré deux imposants volumes à la notion de création ex nihilo.

Son intervention devrait permettre d’éviter une confusion aussi ancienne que persistante entre récit théologique de la Création, interrogation métaphysique sur l’être et description scientifique de l’univers.

Car c’est bien là l’un des enjeux intellectuels de ces Rencontres.

La Création est un thème dangereux dès qu’on cesse de distinguer les registres du discours. La cosmologie ne démontre pas la Genèse ; la Genèse n’est pas un traité d’astrophysique ; le symbole ne vient pas combler les lacunes provisoires de la science. Le véritable dialogue commence lorsque chacun accepte de ne pas annexer l’autre. La science demande comment se constituent et évoluent les phénomènes ; la métaphysique s’interroge sur l’être, la contingence ou la cause ; les récits religieux et mythologiques donnent forme à l’expérience humaine de l’origine ; l’initiation, enfin, déplace encore la question en demandant non plus seulement comment le monde commence, mais comment un être humain peut commencer autrement.

L’après-midi prolongera cette tension féconde

Après la remise du Prix littéraire des Rencontres Écossaises, Jean-Paul Thomas puis François Gerin aborderont l’apprentissage et la connaissance de la création par la science, avant qu’Annie Chevallier ne conduise la réflexion vers « “Vivre” la vie : un processus de création continue ». On passe ainsi de l’origine cosmique à l’activité créatrice, puis de celle-ci au vivant : non plus seulement quand et comment quelque chose advient, mais comment la création demeure à l’œuvre dans le devenir.

Le dimanche ramènera explicitement cette matière vers le Rite.

Jacques-Azot

Henri Lustman traitera de « La Création dans le REAA », avant une table ronde conduite par Charles Tordjman, les conclusions de Gérard Audouin et la clôture par Jacques Azot. Tout au long des Rencontres, Francis Vidil ponctuera les travaux d’improvisations au piano inspirées principalement des jours de la Genèse. Ce choix musical est loin d’être accessoire. Il rappelle que la création ne s’épuise jamais dans son commentaire : à côté du concept demeure le son qui naît, se déploie, se transforme puis disparaît. L’improvisation sera peut-être, en elle-même, la plus immédiate des démonstrations.

Depuis 1984, une histoire intellectuelle de l’écossisme

Pour mesurer l’importance de Grenoble, il faut revenir à l’histoire des Rencontres. Le REAA lui-même plonge ses racines dans une histoire transatlantique complexe : le premier Suprême Conseil du 33e degré est constitué à Charleston en 1801 et le Suprême Conseil du 33e degré en France apparaît en 1804 autour de Grasse-Tilly.

Deux siècles plus tard, l’enjeu des Rencontres n’est évidemment plus d’établir une juridiction mais de créer un espace où l’Écossisme puisse se penser au contact de la culture contemporaine.

La première édition, organisée à Lyon en 1984, avait pour thème « L’Initiateur invisible ». Suivirent « Savoir et connaissance » à Tours en 1985, « Image et symbole » à Royaumont en 1986, « Initiation et réalisation » à Strasbourg en 1987, « La Chevalerie spirituelle » en 1988, « Orient et Occident » en 1989, puis « Hermétisme et alchimie » à Fontainebleau en 1990. L’association loi de 1901 chargée de l’organisation des colloques fut formellement créée par le SCPLF le 15 mai 1987, les Rencontres précédant donc de trois ans leur structure associative propre.

La succession des thèmes raconte à elle seule une histoire de la pensée initiatique contemporaine. Le Mythe en 1994, le Sacrifice en 1995, le Mal en 1998, le Temps en 1999, le Feu en 2001, la Vérité en 2003, les Mystères en 2006, « Ramsay et la Tradition » en 2007, « La Quête du sacré » en 2010, « L’Universalité du Rite Écossais Ancien et Accepté » en 2011, « Logos, souffle et lumière » en 2013, « De l’Incompréhensible au Mystère » en 2015, La Tradition en 2017, L’Initiation en 2018 et L’Un en 2019 dessinent une véritable cartographie des grandes préoccupations de l’écossisme spiritualiste.

Après le report de 2020 vint « Ordo ab Chao » à Clermont-Ferrand en 2021, puis « Dire, parole et langage » à Angers en 2022. Depuis, la cohérence apparaît plus nettement encore : « Dire l’indicible » en 2023, « Dire et vivre l’Idée » en 2024, « Le Réel » en 2025 et maintenant « La Création ». On peut lire cette succession comme une progression : après avoir interrogé ce qui peut être dit, ce qui excède la parole, ce que l’idée donne à penser et ce que le réel oppose à nos constructions, voici venue la question de l’acte qui fait surgir une forme nouvelle. Rien n’autorise à dire que cette continuité a été programmée dès l’origine ; elle n’en possède pas moins, rétrospectivement, une remarquable logique initiatique.

La revue Salix joue d’ailleurs un rôle essentiel dans cette continuité en conservant et prolongeant la réflexion née lors des Rencontres. Son numéro 54, paru en 2026, revenait précisément sur « Le Réel » d’Angers, transformant le temps éphémère du colloque en matière durable de lecture et de méditation. Les Rencontres ne sont donc pas seulement deux journées annuelles : elles produisent une mémoire.

Grenoble ouvre aussi un nouveau chapitre humain

L’édition 2026 possède une autre particularité, plus discrète mais historiquement importante. À Angers, en octobre 2025, Alain Chaize avait annoncé qu’il quittait la direction et l’organisation des Rencontres après trente-six années de service. Il précisait même qu’il ne serait pas présent à Grenoble.

Cette 42e édition constitue donc aussi un passage de témoin.

Dans une manifestation qui réfléchit depuis toujours à la Tradition, à la transmission et à la transformation, le symbole est puissant : il faut savoir conserver une œuvre sans la momifier, transmettre une méthode sans condamner ceux qui la reçoivent à reproduire indéfiniment les mêmes formes.

C’est peut-être ici que le mot création rejoint le plus profondément l’esprit traditionnel. Dans une perspective initiatique, créer ne signifie pas faire table rase. Le bâtisseur ne crée pas la pierre ; il l’extrait, l’éprouve, la taille et l’ordonne. Le musicien ne crée ni le silence ni les lois de l’harmonie ; il les habite pour qu’une forme encore inexistante puisse advenir. De même, une tradition vivante n’est ni répétition servile ni innovation sans mémoire. Elle demeure parce qu’elle engendre.

Le Prix littéraire, autre colonne de ces Rencontres

Il faut enfin compter avec ce qui est devenu, en quelques années, l’un des temps forts du week-end : le Prix littéraire des Rencontres Écossaises. Créé en 2022 avec le site littéraire La Griffe, il récompense des romans, essais, documents ou biographies touchant à l’ésotérisme, à la spiritualité et à la philosophie. Frédéric Lenoir fut le premier lauréat pour Jung, un voyage vers soi, suivi de Françoise Schwab pour son ouvrage consacré à Vladimir Jankélévitch, d’Antoine Sénanque pour Croix de cendre, puis, en 2025, de Heinz Wismann et Robert Redeker, couronnés ex æquo.

Pour 2026, le dossier officiel annonce onze finalistes

Leur diversité dit beaucoup de l’ambition intellectuelle du prix : Sophie Galabru avec Nos dernières fois, Paul-Victor Duquaire avec Penser la création, Camille de Villeneuve avec Aimer pour rien, Frédéric Nef avec L’esprit vivant de la nature, Catherine Bréchignac avec L’Odyssée de Luca, Sophie Nordmann avec La vocation de philosophe, Giorgio Agamben avec L’irréalisable, Joseph Raymond Bogmis avec Métaphysique et critique de la connaissance, Denis Bosomi Limbaya avec Les Chevaliers de la rationalité, Évelyne Grossman avec L’Art du déséquilibre et Julien d’Huy avec Dragon – Généalogie mondiale d’un mythe. La sélection ne cherche manifestement pas un « livre maçonnique » au sens étroit du terme : elle fait entrer dans le Temple des questions venues de la philosophie, de la science, de l’histoire des religions, de la littérature et de l’anthropologie.

Penser la création de Paul-Victor Duquaire résonne évidemment de façon presque programmatique avec le thème des Rencontres, puisqu’il examine la création divine, l’émancipation du sujet et la création symbolique. Mais d’autres ouvrages déplacent heureusement la question. Catherine Bréchignac met en scène un monde où l’opinion menace de supplanter l’argumentation et l’ignorance la science ; Sophie Nordmann défend la philosophie comme puissance de mise en question face aux dogmatismes et au prêt-à-penser. Quant à Julien d’Huy, en suivant à travers les continents la généalogie du dragon, il rappelle que l’humanité crée aussi en racontant, en transmettant et en métamorphosant ses mythes.

Pourquoi Grenoble 2026 s’impose

Tout concourt finalement à distinguer cette édition. Quarante-deux Rencontres et plus de quatre décennies de continuité, une thématique qui touche simultanément aux religions, aux sciences et à l’initiation, des intervenants capables de croiser plusieurs disciplines sans les confondre, un Prix littéraire désormais installé, la musique intégrée au cheminement intellectuel, un passage de génération dans l’organisation et, pour décor, une métropole européenne de la recherche et de l’innovation : il est rare que le lieu, le moment et le sujet s’accordent aussi étroitement.

L’organisation a choisi Alpexpo, où les participants seront accueillis dès 8 heures le samedi ; les conférences auront lieu dans l’amphithéâtre Jean Prouvé de l’Espace 1968, tandis que repas et soirée de gala sont également prévus sur le site. Ce cadre donnera à ces Rencontres les dimensions d’un véritable congrès, mais leur enjeu demeure ailleurs : dans cette possibilité offerte à plusieurs centaines de femmes et d’hommes de suspendre pendant deux jours le bruit ordinaire du monde afin de revenir à une question qui les précède tous.

Car « créer » est peut-être l’un des verbes les plus maçonniques qui soient. Le Franc-Maçon ne reçoit pas une pierre achevée ni un Temple déjà construit. Il reçoit une matière, des outils, une tradition et une tâche. Entre ce qui est et ce qui pourrait être s’ouvre alors l’espace de son travail. Après avoir consacré les Rencontres de 2025 au Réel, le SCPLF-REAA pouvait difficilement choisir question plus exigeante que celle-ci : que faisons-nous de ce réel qui nous est donné ?

À Grenoble, les 19 et 20 septembre, il ne s’agira donc pas seulement de parler de la Création du monde. Il faudra aussi interroger cette faculté singulière qui permet à l’être humain de donner forme sans se croire tout-puissant, d’innover sans renier ce qu’il a reçu, de transformer sans détruire, de transmettre sans répéter. Entre le Drac et l’Isère, sous les trois massifs et à quelques minutes des « bulles » montant vers la Bastille, le SCPLF-REAA invite ainsi l’écossisme à ce qu’il sait faire de mieux lorsqu’il demeure fidèle à sa vocation : mettre en dialogue la raison et le symbole, le savoir et le mystère, la tradition et l’avenir.

Ces Rencontres offriront également aux participants l’occasion de découvrir et d’acquérir en avant-première les deux premiers tomes du Manuscrit Vuillaume, qui inaugurent une remarquable entreprise éditoriale consacrée à l’un des grands témoins de la tradition maçonnique. Une raison supplémentaire, s’il en fallait encore une, de faire de Grenoble 2026 un rendez-vous où la réflexion, la transmission et le livre se rencontreront sous le signe vivant de l’Écossisme.

Grenoble 2026 ne sera pas simplement une nouvelle édition des Rencontres Écossaises. Tout indique qu’elle sera l’un des grands rendez-vous maçonniques de cette rentrée. Et, pour qui considère le REAA comme une voie vivante plutôt que comme un patrimoine sous vitrine, probablement l’un des plus nécessaires.

Programmes et inscriptions – Rencontres Écossaises Grenoble, 2026.

Journées européennes du patrimoine 2026 – Quand le Grand Orient de France ouvre ses Temples à la cité

Les 19 et 20 septembre 2026, les Journées européennes du patrimoine offriront une nouvelle occasion de franchir des portes que l’imaginaire collectif croit volontiers closes. À Paris, Thouars, Chinon et Fort-de-France, le Grand Orient de France invite le public à découvrir Temples, musée, collections, histoire et symboles. Derrière la curiosité patrimoniale se joue quelque chose de plus essentiel : la rencontre entre une institution initiatique plusieurs fois séculaire et la cité dont elle n’a jamais cessé d’être l’une des composantes.

La 43e édition des Journées européennes du patrimoine se tiendra les samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026 autour de deux thèmes, « Patrimoine de la photographie » et, à l’échelle européenne, « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ». Une formulation qui résonne singulièrement avec la Franc-Maçonnerie, dont le patrimoine matériel n’a de sens qu’à la condition de demeurer le dépositaire vivant d’une mémoire, d’une méthode et d’une transmission.

Ouvrir un Temple, c’est aussi déplacer le regard

Il existe probablement peu de lieux sur lesquels se soient accumulés autant de fantasmes que le Temple maçonnique. Parce que ses portes sont ordinairement réservées aux membres de la Loge lorsqu’elle se réunit rituellement, l’imagination profane les a parfois peuplées de conciliabules, de pouvoirs occultes et de secrets plus romanesques qu’historiques. Les Journées européennes du patrimoine offrent précisément l’occasion de renverser cette perspective : non pas désacraliser le Temple, mais permettre d’en comprendre l’architecture symbolique, les objets et le vocabulaire afin de montrer que le secret initiatique ne réside pas dans ce que l’on dissimule, mais dans ce que chacun doit personnellement éprouver.

En ouvrant plusieurs de ses sites, le Grand Orient de France inscrit ainsi son patrimoine dans une conception profondément républicaine de la transmission. Montrer n’est pas tout révéler, expliquer n’est pas abolir le symbole et accueillir n’est pas renoncer à l’intimité propre à toute démarche initiatique. Il s’agit plutôt d’offrir des clefs, puis de laisser le visiteur regarder autrement ces colonnes, ces outils, ces décors et cette Voûte étoilée dont la signification ne s’épuise jamais dans une simple définition.

Au « 16 Cadet », le patrimoine maçonnique devient une histoire de France

À Paris, le rendez-vous majeur se déroulera au musée de la franc-maçonnerie et dans les Temples du Grand Orient de France, 16 rue Cadet. Les visiteurs pourront participer gratuitement à des visites guidées conduites par des Francs-Maçons, sans réservation, tout en circulant librement dans le musée. Le programme officiel des Journées européennes du patrimoine annonce une ouverture le samedi 19 septembre de 10 h à 19 h et le dimanche 20 septembre de 10 h à 18 h. De nombreux médiateurs et Francs-Maçons seront présents afin de répondre aux questions du public.

Le musée permet surtout de replacer la Franc-Maçonnerie dans la longue durée de l’histoire française. Manuscrits, objets rituels, archives et œuvres d’art accompagnent un parcours allant du Paris de Louis XV jusqu’au XXIe siècle, avec notamment une édition originale des Constitutions d’Anderson, des tabliers ayant appartenu à Voltaire et Jérôme Bonaparte ou encore l’épée de La Fayette. Autant d’objets qui cessent ici d’être de simples reliques pour devenir les témoins d’une histoire intellectuelle, politique et culturelle où se croisent Lumières, Empire, République et mouvements d’émancipation.

Les visiteurs pourront également découvrir l’exposition temporaire « Lumières dans la ville, Paris et les Francs-Maçons », présentée jusqu’au 20 décembre. Elle explore cette relation singulière entre Paris et les Loges, des premières implantations maçonniques aux Neuf Sœurs, de l’égyptomanie aux barricades de la Commune, des fastes impériaux aux cimetières du Père-Lachaise et de Montparnasse. Paris y apparaît presque comme un immense tableau de Loge dans lequel idées, lieux, hommes et symboles se répondent.

À Thouars, une chapelle du XIXe siècle devenue lieu de transmission

À Thouars, la Loge du Grand Orient de France Émancipation Thouarsaise ouvrira exceptionnellement son Temple, installé dans une chapelle du XIXe siècle appartenant à un ancien hôpital aujourd’hui transformé en pôle administratif. La seule histoire architecturale du bâtiment mérite déjà le détour : un lieu autrefois voué au soin du corps et à la consolation religieuse accueille désormais un espace consacré au travail symbolique et à l’émancipation de la conscience.

Temple-GODF-Thouars
Temple-GODF-Thouars

Les visiteurs pourront y découvrir l’histoire du lieu, la symbolique d’un Temple maçonnique et les valeurs revendiquées par le Grand Orient de France, dans une volonté explicitement tournée vers « l’accueil et la transmission ». L’entrée est annoncée libre et gratuite au 4 rue des Ursulines, les 19 et 20 septembre. Ici, le patrimoine montre admirablement que les bâtiments changent d’usage sans nécessairement perdre leur vocation la plus profonde : rassembler des êtres humains autour de ce qui peut les élever.

À Chinon, les Enfants de Rabelais ouvrent leurs portes

À Chinon, la Loge Les Enfants de Rabelais proposera au public une visite de son Temple, accompagnée d’une conférence et d’une exposition. Le rendez-vous aura lieu les 19 et 20 septembre au 62 rue Haute-Saint-Maurice. Une réservation est proposée par l’intermédiaire de la Loge.

Le nom lui-même donne au rendez-vous une saveur particulière. À quelques pas de l’univers de Rabelais, dont l’œuvre demeure inséparable du rire humaniste, de la liberté d’esprit et de cette fameuse injonction selon laquelle « science sans conscience » menace de ruiner l’âme, l’ouverture d’un Temple maçonnique rappelle combien la Franc-Maçonnerie française s’est toujours située au croisement de l’humanisme, de la connaissance et du libre examen. Le patrimoine n’est alors plus seulement affaire de murs anciens : il devient une généalogie de l’esprit.

À Fort-de-France, la mémoire maçonnique se raconte aussi depuis la Caraïbe

Le voyage patrimonial se prolongera de l’autre côté de l’Atlantique avec l’ouverture du musée de la Franc-Maçonnerie Antilles Guyane Caraïbes, situé 4 rue du Temple, Morne Tartenson, à Fort-de-France. Organisées par l’association des amis du musée et les Loges du Grand Orient de France de Martinique, les visites auront lieu le samedi 19 septembre, avec des départs annoncés à 9 h, 10 h, 11 h et 12 h.

Cette présence ultramarine donne une profondeur supplémentaire à l’événement. Le patrimoine maçonnique français ne se réduit évidemment pas à Paris ni à l’Hexagone ; il épouse une histoire faite de circulations, d’implantations, de rencontres culturelles et de trajectoires parfois complexes entre Europe, Antilles, Guyane et espace caribéen. Faire entrer ce patrimoine dans les Journées européennes revient aussi à rappeler que l’histoire de la Franc-Maçonnerie française s’écrit au pluriel, depuis des territoires dont chacun a développé sa propre mémoire maçonnique.

Le véritable patrimoine d’une Loge demeure ce qu’elle transmet

Ces journées nous rappellent enfin une distinction essentielle. Un maillet ancien, un sautoir, une bannière, un tableau de Loge ou un Temple admirablement conservé constituent assurément un patrimoine qu’il faut protéger, inventorier et transmettre. Mais la Franc-Maçonnerie deviendrait un simple objet de musée si elle confondait la conservation des instruments avec la préservation de leur sens.

Le patrimoine initiatique possède cette particularité de ne pouvoir survivre qu’à travers ceux qui le reçoivent et le remettent en mouvement.

L’équerre derrière une vitrine demeure un objet historique ; tenue entre les mains d’un Franc-Maçon qui comprend ce qu’elle lui enseigne sur la rectitude de son action, elle redevient un symbole vivant. Il en va de même du Temple : admirable lorsqu’on le visite, il ne retrouve pleinement sa raison d’être que lorsque des femmes et des hommes s’y rassemblent pour travailler sur eux-mêmes afin de retourner dans la cité un peu plus conscients de leurs devoirs envers les autres.

Temple-GODF-Thouars
Temple-GODF-Thouars

C’est peut-être là que le thème européen de cette édition, « raviver, résister, réimaginer », rencontre le mieux la démarche maçonnique. Raviver ce qui pourrait devenir une tradition morte, résister aux caricatures comme à l’oubli et réimaginer la transmission pour que les générations nouvelles puissent à leur tour comprendre ce qui leur est confié : tout patrimoine digne de ce nom est moins un héritage que l’on possède qu’une dette que l’on contracte envers ceux qui viendront après nous.

Les 19 et 20 septembre prochains, lorsqu’un visiteur franchira pour la première fois la porte d’un Temple à Paris, Thouars ou Chinon, ou celle du musée maçonnique de Fort-de-France, il découvrira sans doute des décors et des objets qu’il ne connaissait pas. Mais peut-être découvrira-t-il surtout que derrière ces portes si souvent fantasmées ne se cache pas un monde soustrait à la cité : s’y trouve un chantier symbolique qui, depuis près de trois siècles, prétend au contraire mieux y retourner.

Légendes de France ou d’ailleurs – La Chasse-galerie : le canot volant, ou le prix secret du désir

Dans la nuit québécoise, huit hommes arrachent un canot à la neige pour rejoindre celles qu’ils aiment. Le Diable leur prête le ciel, mais exige que leurs âmes répondent du voyage. Rendue célèbre par Honoré Beaugrand, lui-même Franc-Maçon et libre-penseur, la Chasse-galerie porte bien davantage qu’un avertissement contre les mauvaises fréquentations : une interrogation sur le désir, la liberté, la parole engagée et cette responsabilité fraternelle qui nous interdit de croire que nous pouvons chavirer seuls. Des chasses fantastiques de France aux cortèges nocturnes d’autres cultures, elle invite à reconnaître ce que l’être humain risque de perdre lorsqu’il veut abolir toute distance.

Nous quittons volontairement l’Europe, mais l’Europe ne nous quitte pas tout à fait

Elle a traversé l’Atlantique dans les mots des voyageurs, les prières des familles, les chansons qui soutenaient l’effort et les histoires auxquelles la nuit rendait leur puissance. Sur les rives du Saint-Laurent, sa mémoire rencontre un autre monde, ses peuples, ses savoirs, ses immensités. Les chevaux des anciennes chasses fantastiques peuvent désormais céder la place à un canot d’écorce, tandis que la forêt déplace l’horizon du merveilleux. Ce qui rôdait autour des villages français prend le large dans le ciel américain ; ce qui effrayait les veillées devient aussi le langage d’une séparation, celle d’hommes dont le métier éloigne les corps sans parvenir à discipliner les cœurs.

Il faut d’abord entendre cette solitude.

Le bois craque, la neige ensevelit les chemins, le chantier retient ceux qui ont laissé au village une amoureuse, une famille, une part de leur jeunesse. Au soir de la Saint-Sylvestre, l’absence devient presque une présence physique : ailleurs, des maisons s’éclairent, des violons appellent à la danse, une année s’achève au milieu des visages aimés. Ici, la forêt demeure immense, et le désir découvre qu’il peut souffrir autant du calendrier que de la distance. C’est dans cette brèche que le Diable introduit sa proposition, avec l’habileté de ceux qui savent présenter une servitude comme un service.

Dans le récit d’Honoré Beaugrand, Joe, devenu cuisinier de chantier, raconte à ses camarades une aventure de jeunesse

Honoré Beaugrand

Baptiste Durand l’a convaincu de rejoindre un équipage de huit hommes pour gagner Lavaltrie par les airs. Le pacte interdit de prononcer le nom de Dieu et de toucher une croix pendant le voyage ; il faut aussi regagner le chantier avant six heures. La sobriété doit permettre de respecter ces conditions. Le canot décolle, survole les rivières et Montréal, puis les voyageurs gagnent un bal près de Contrecœur. Au retour, Baptiste, qui a bu, compromet la navigation ; ses compagnons le maîtrisent, mais il se libère, et l’embarcation finit dans un pin. Tous survivent, retrouvés dans la neige. Leurs âmes ont été mises en jeu ; le dénouement ne raconte pas leur confiscation. Joe laisse même subsister une explication moins surnaturelle : leurs camarades les auraient simplement découverts ivres. Cette ambiguïté appartient à la saveur du conte autant que son prodigieux envol. Beaugrand ne crée pas cette croyance de toutes pièces. Il lui donne une forme littéraire durable, en conservant le grain de la parole, la malice du narrateur et la rudesse du chantier.

Mais celui qui accueille le Diable dans ses pages mérite davantage qu’une mention au passage.

Honoré Beaugrand (1848-1906) appartient à ces existences mobiles qui font circuler les idées avec les hommes. Né à Lanoraie, passé par le métier des armes et par les États-Unis avant de devenir journaliste, écrivain et maire de Montréal de 1885 à 1887, il connaît les départs, les recommencements et les communautés de langue française qui cherchent à préserver leur voix loin de leur terre d’origine. Son roman Jeanne la fileuse, publié en volume en 1878, porte déjà cette attention à l’émigration franco-canadienne, aux travailleurs et à leurs destinées.

Son activité de presse donne à cette sensibilité une portée civique. Avec La République, lancée en 1875, il tente de faire vivre aux États-Unis un journal français qui informe, rassemble et défend une pensée indépendante. Les déplacements de l’entreprise, de Fall River à Lowell, puis à Saint-Louis et de nouveau à Fall River, ses interruptions et ses reprises jusqu’à sa disparition en 1878, disent la précarité d’une parole qui cherche ses lecteurs autant que ses moyens d’existence. Dans ces colonnes, les nouvelles, les histoires et les plaisanteries voisinent avec l’affirmation des convictions : la culture populaire et le débat politique partagent déjà la même demeure. En fondant La Patrie à Montréal en 1879, Beaugrand donnera à ce travail de journaliste une assise beaucoup plus durable.

La Franc-Maçonnerie constitue une dimension explicite de cet engagement.

Devenu Franc-Maçon en 1873 selon le Dictionnaire biographique du Canada, Beaugrand revendique publiquement dans La République sa qualité de « franc-maçon très avancé », en même temps que celle de « libéral très avancé ». Son admiration pour les principes de la Révolution française et son attachement aux droits de l’homme s’inscrivent dans un combat pour l’autonomie de la conscience. Déiste et anticlérical à cette époque, il invoque aussi l’absence de religion d’État dans le cadre constitutionnel américain pour affirmer sa liberté de conviction. Chez lui, l’émancipation intellectuelle prend donc une forme publique, exposée à la contradiction, portée dans les journaux et assumée devant ses adversaires.

À la fin du XIXe siècle, il participe également à la fondation de la Loge montréalaise L’Émancipation, liée au Grand Orient de France. Le nom de cet Atelier entre en résonance avec sa trajectoire : s’affranchir des tutelles qui prétendent gouverner la pensée, faire place au jugement personnel et ouvrir un espace de discussion. Cette orientation ne résume pas toute la diversité de la Franc-Maçonnerie ; elle situe Beaugrand dans son courant libéral et dans les tensions d’une société où l’influence ultramontaine demeure forte. Elle permet surtout de mesurer ce que représente, pour un homme de son temps, le fait de déclarer son appartenance et d’en soutenir les exigences dans la cité.

Cette liberté éclaire sa manière de recueillir les légendes.

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Un Franc-Maçon peut entendre la voix des anciens, aimer leurs histoires de revenants et donner au Diable une présence littéraire sans renoncer à la raison. En publiant La Chasse-galerie dans La Patrie en 1891, puis en la réunissant à d’autres récits dans le volume de 1900, Beaugrand offre à la mémoire populaire un avenir qui ne dépend plus de l’adhésion littérale à ses croyances. Son appartenance n’autorise pas à transformer le conte en rituel chiffré ; elle rend particulièrement féconde la rencontre, dans une même œuvre, du merveilleux transmis et de la conscience affranchie. Le lecteur maçonnique peut y reconnaître cette tâche délicate : recevoir un héritage, le travailler et le transmettre en laissant à celui qui vient la liberté d’en chercher le sens.

Honore_Beaugrand maire de Montréal en 1887

L’enjeu culturel est considérable

Une tradition peut être aimée sans que toutes ses croyances soient professées, et transmise sans que ses interdits deviennent ceux du lecteur. Beaugrand laisse vivre ensemble la peur de l’enfer, le plaisir du récit et la possibilité d’une explication prosaïque. Cette hospitalité de la littérature préserve plusieurs façons de comprendre. Le croyant y reconnaît une tentation, le sceptique un récit d’ivresse, l’historien une société, et le lecteur sensible aux symboles une aventure intérieure ; aucun n’est obligé de chasser les autres de la veillée pour avoir sa place auprès du feu.

Sur l’autre rive de l’Atlantique, la France conserve les parentés les plus directes du nom

Le Poitou et la Saintonge connaissent la chasse-galerie, tandis que les traditions françaises déploient tout un vocabulaire de chasses fantastiques et de troupes nocturnes, dont la mesnie Hellequin. Un récit populaire évoque un seigneur Gallery condamné pour avoir préféré la chasse au devoir religieux ; il faut cependant recevoir cette histoire comme une explication légendaire, et non comme une étymologie définitivement établie. Derrière la diversité des noms demeure l’effroi d’une humanité emportée au-delà de ses limites, poursuivant jusque dans l’éternité ce qu’elle n’a pas su interrompre pendant sa vie.

Dans une autre version du chasseur Gallery, un cerf poursuivi trouve refuge auprès d’un ermite ; le seigneur passe outre à l’interdit et tue l’animal. La malédiction sanctionne alors une puissance incapable de reconnaître un lieu de protection. Nous pouvons entendre dans cette scène une question qui traverse les siècles : que vaut notre force si elle ne sait jamais s’arrêter devant la vulnérabilité ? Le cerf, la grotte et l’ermite composent un espace de retrait que la chasse devrait respecter. Celui qui viole cet asile finit prisonnier de sa propre poursuite, condamné à prolonger indéfiniment le geste qu’il aurait pu interrompre.

La tradition orale ne connaît pourtant pas une seule embarcation ni un unique dénouement.

Certaines variantes font voyager les hommes sur un manche de hache merveilleusement allongé ; d’autres infléchissent l’accident, la faute ou le sort des voyageurs. Avant même le récit organisé, les bruits du vent et les cris d’oiseaux dans la nuit ont pu nourrir la croyance à des passages surnaturels. Le conte donne des visages à ce que l’oreille perçoit sans que l’œil puisse l’identifier. La mémoire populaire travaille ainsi à partir d’une expérience du monde, puis chaque narrateur ajuste ce qu’il transmet à la crainte, au rire ou à l’attente de ceux qui l’écoutent.

Le changement québécois est alors saisissant. À la passion du chasseur s’est substituée, dans le conte de Beaugrand, l’impatience de ceux qui veulent retrouver une présence aimée. La forêt cesse d’être seulement le domaine d’une poursuite ; elle devient l’espace d’un empêchement. Le merveilleux change aussi de condition sociale : des travailleurs occupent le centre du récit, et leur bonheur désiré tient à quelques heures de fête. Nous pouvons y lire la plainte discrète d’existences auxquelles le travail prend une partie du temps d’aimer, sans transformer pour autant la légende en document économique ou son auteur en porte-parole d’une théorie qu’il n’énonce pas.

Le canot lui-même oblige à élargir la mémoire. L’embarcation d’écorce renvoie aux savoirs des peuples autochtones, dont les voyageurs européens ont appris à se servir. Cette présence matérielle est solidement documentée. L’idée, souvent répétée, d’une fusion avec un récit autochtone précis de canot volant exige en revanche une tradition identifiée et une source : la silhouette de l’embarcation ne suffit pas à prouver cette filiation. Reconnaître l’héritage autochtone consiste aussi à ne pas lui attribuer indistinctement tout ce que notre goût du mystère souhaite y trouver.

À partir de ce foyer franco-québécois, la comparaison peut ouvrir une vaste géographie, pourvu qu’elle distingue les traditions parentes des simples résonances. Aucun inventaire bref ne saurait épuiser toutes les variantes locales ; suivre leurs principales familles permet cependant de comprendre comment des sociétés différentes ont donné forme à la même inquiétude devant les passages interdits. En Allemagne, les récits de chasse sauvage font entendre la chevauchée d’un chasseur surnaturel, parfois nommé Wod, que la tradition savante rapproche de Wodan. Au Danemark, des récits mettent Odin en scène comme chasseur. En Pologne et en Bohême, aujourd’hui en Tchéquie, d’autres collectes attestent des chasseurs fantastiques et des courses nocturnes. Ces ressemblances dessinent une circulation de motifs ; elles ne restituent pas, à elles seules, une religion originelle intacte sous tous les contes.

En Norvège, l’Åsgårdsreien donne à cette traversée nocturne une puissance presque cosmique. Le tableau peint par Peter Nicolai Arbo en 1872, conservé au Musée national d’Oslo, déploie dans le ciel une troupe tumultueuse. Les traditions évoquées par le musée associent cette course aux morts et aux êtres surnaturels, particulièrement autour de Noël. En regard du canot québécois, le contraste éclaire deux terreurs : être happé par une puissance étrangère, ou lui ouvrir soi-même la porte. Les bûcherons ne sont pas seulement les témoins d’un ciel inquiétant ; ils choisissent d’y embarquer, et cette décision transforme l’effroi en responsabilité.

Au pays de Galles, les Cŵn Annwn, chiens de l’Autre Monde, appartiennent à une tradition où la chasse met en relation des domaines que l’expérience ordinaire sépare. Annwn ne se laisse pas réduire sans précaution à l’enfer chrétien : la rencontre des héritages et de leurs réinterprétations fait précisément la richesse de ces récits. En Angleterre, Herne le Chasseur hante le chêne de Windsor, avec ses bois de cerf et ses chaînes ; Shakespeare en conserve un témoignage dans Les Joyeuses Commères de Windsor. Ce fantôme forestier offre un rapprochement, sans que nous devions faire de lui le conducteur universel de toutes les chasses britanniques. Ici encore, un arbre, un lieu et une heure suffisent à rendre poreuse la frontière du visible.

En Espagne, dans la tradition galicienne, la Santa Compaña déplace le motif vers une procession d’âmes en peine qui parcourt les chemins nocturnes. La chasse devient cortège, et la route familière peut se changer en passage des morts. La parenté avec la Chasse-galerie relève ici de cette proximité inquiétante entre le monde habité et l’invisible, plutôt que du canot ou du pacte. Le paysage n’est plus un décor neutre : il conserve des présences et oblige le vivant à penser la place de ceux qui l’ont précédé.

Du côté des Pays-Bas et des routes maritimes du cap de Bonne-Espérance, le Hollandais volant constitue un autre rapprochement majeur, issu d’une tradition maritime devenue internationale. Selon les versions, le vaisseau maudit poursuit une navigation sans repos, sous l’effet d’un défi ou d’une condamnation. Il offre au canot québécois un miroir renversé : les bûcherons veulent raccourcir le voyage, tandis que le navire fantôme ne peut plus le finir. La malédiction tient alors à une mobilité privée de retour, comme si l’on pouvait tout traverser après avoir perdu le droit d’arriver.

En Irlande, l’histoire d’Oisín et de Tír na nÓg explore plus directement encore le prix du retour. Le héros quitte le pays de l’éternelle jeunesse pour revoir les siens, avec l’interdiction de poser le pied sur le sol ; lorsqu’il touche terre, le temps auquel il avait échappé le rattrape. Ce n’est pas une variante de la Chasse-galerie, mais une admirable résonance : l’amour du pays et des êtres ne suffit pas à abolir la durée. Sous des formes différentes, les deux récits nous demandent si nous savons encore revenir lorsque nous avons consenti à sortir des conditions ordinaires de l’existence.

Dans le conte russe du Navire volant, le merveilleux collectif prend une orientation plus heureuse. Un garçon jugé simple accueille des compagnons aux facultés extraordinaires, dont les dons permettront de surmonter les épreuves. Le rapprochement ne suppose aucune ascendance directe du récit québécois ; il révèle une autre possibilité du symbole. Une embarcation impossible peut récompenser l’hospitalité et faire de la différence des êtres une force commune. La comparaison est précieuse pour notre lecture : le vol, à lui seul, ne signifie donc ni faute ni sagesse ; sa valeur dépend de ce qui anime les voyageurs et de la manière dont ils se traitent.

Au Chili, le Caleuche, navire fantôme des mers de Chiloé, inscrit l’embarcation surnaturelle dans une autre mémoire maritime, largement recueillie et réinvestie par la littérature. Au Japon, le Hyakki yagyō, cortège nocturne des cent démons, déploie un monde d’êtres étranges que des rouleaux peints font défiler jusqu’au retour du jour. Ni l’un ni l’autre ne doit être présenté comme un descendant du canot québécois. Ils élargissent cependant notre regard : les cultures ont imaginé bien des façons de peupler les heures où l’ordre quotidien semble suspendu, sans partager nécessairement les mêmes dieux, la même idée du mal ni la même destinée de l’âme.

Ce pouvoir de métamorphose explique aussi la fécondité artistique du motif. La chasse fantastique nourrit Le Chasseur maudit de César Franck, inspiré de Bürger ; la Chasse-galerie résonne dans les chansons de Claude Dubois et de La Bottine Souriante, tandis que le cinéma d’animation lui donne un nouveau ciel avec La Légende du canot d’écorce de Robert Doucet. Les illustrations d’Henri Julien ont, elles aussi, contribué à fixer la silhouette du canot suspendu au-dessus du pays. Chaque art choisit son passage : la musique fait entendre l’élan et l’inquiétude, l’image installe la fragile embarcation dans l’immensité, la voix du conteur rend sensible le prix humain du voyage. La transmission se poursuit parce que le symbole conserve assez de profondeur pour accueillir d’autres sensibilités.

Revenons alors à nos hommes suspendus entre la forêt et les étoiles. La lecture initiatique commence par leur désir, dont il serait trop facile de faire un ennemi. Aimer, vouloir rejoindre, souffrir de l’absence appartiennent à ce qui nous humanise. La question se déplace vers le prix auquel cette aspiration accepte de se satisfaire. Le pacte devient inquiétant lorsque l’objet désiré occupe tout le champ de la conscience, au point de rendre négligeable ce qui engage l’être entier. Quelques heures de présence semblent peser davantage que la liberté de celui qui les demande, et l’impatience altère jusqu’à la capacité de comparer.

Pour le Franc-Maçon, cette impatience rencontre le travail de la pierre brute.

La matière à dégrossir comprend nos empressements, nos vanités et cette manière de croire qu’une volonté intense suffit à rendre juste ce qu’elle exige. Le maillet et le ciseau peuvent ici accompagner notre lecture : l’énergie demande une direction, et le discernement doit régler la force. Le compas, à son tour, devient une invitation à tracer la juste étendue de nos désirs, afin que leur expansion n’envahisse pas la liberté d’autrui. Ces rapprochements appartiennent au regard que nous portons sur le conte ; ils donnent aux outils une prise sur notre vie intérieure sans les réduire à des ornements ajoutés au paysage.

Le passage d’une année à l’autre approfondit encore cette méditation

La Saint-Sylvestre place les voyageurs sur un seuil, entre ce qui s’achève et ce qui ne s’est pas encore accompli. Une démarche initiatique nous apprend à donner sens à ces moments de transition, à consentir à quitter une habitude sans prétendre posséder d’avance la forme nouvelle de notre existence. Les bûcherons voudraient, eux, obtenir immédiatement le bénéfice du passage. Leur aventure nous rend sensible la patience nécessaire à toute transformation : franchir un seuil matériel peut prendre un instant, tandis qu’en comprendre la portée exige parfois des années.

Le consentement mérite lui aussi d’être interrogé. Les voyageurs prononcent bien leur engagement, mais Joe a été pressé, moqué dans sa prudence et entraîné par les autres. La scène ne permet pas de confondre aisément parole donnée et liberté pleinement éclairée. Elle montre combien l’assurance d’un meneur, la peur de paraître lâche et le désir d’appartenir au groupe peuvent accélérer une décision. Une communauté fraternelle devrait précisément offrir à chacun le temps que Baptiste refuse à Joe : celui de comprendre ce qu’il accepte, d’exprimer une réserve et de conserver sa dignité lorsqu’il hésite.

Le Diable prend ainsi, dans notre interprétation, le visage du marchand d’immédiateté

Il n’a pas à créer le manque ; il lui suffit d’en exploiter la douleur. Le rapprochement avec Faust vient naturellement, mais ces hommes ne réclament ni la totalité du savoir ni la domination du monde : ils veulent retrouver un bal et une amoureuse. Cette modestie rend l’affaire plus troublante encore, car elle rappelle qu’une aliénation peut commencer par un arrangement apparemment minuscule. Nous pouvons reconnaître cette mécanique chaque fois qu’un avantage immédiat nous invite à engager une part de nous-mêmes dont nous ne mesurons plus la valeur.

Le canot devient alors une image de l’interdépendance

Chacun garde son corps, sa place et son aviron, mais personne ne possède une trajectoire entièrement séparée de celle des autres. Le rapprochement avec la Loge trouve ici sa justesse, à condition de rester une lecture symbolique et de ne pas assimiler un engagement maçonnique à un marché diabolique. Une œuvre commune suppose que les forces individuelles s’accordent ; elle exige également que nul ne fasse porter aux autres le risque de sa seule volonté. La fraternité prend toute sa consistance lorsqu’elle nous rend attentifs aux effets de nos actes sur ceux qui voyagent avec nous.

La chaîne d’union prolonge cette image de l’équipage, car la force du lien réside dans l’attention que chacun porte à ceux qui l’entourent. Elle nous rappelle que le travail intérieur trouve sa vérité dans une relation vécue : soutenir, avertir, accepter d’être averti, et reconnaître à chacun sa place. L’équilibre d’un canot dépend moins de l’éclat d’un geste que de l’accord des gestes ; de même, une Loge éprouve sa fraternité dans la qualité de l’écoute et dans le soin qu’elle apporte aux plus hésitants. La défaillance d’un Frère appelle une réponse qui protège le groupe tout en préservant la possibilité pour cet homme de se relever.

Sous la voûte étoilé, cette solidarité acquiert une dimension plus vaste.

La voûte que contemplent les voyageurs peut rappeler au Maçon l’horizon symbolique de ses travaux, cette immensité devant laquelle l’orgueil humain retrouve sa mesure. Elle n’abolit cependant ni le danger ni la nécessité de tenir l’aviron. Ainsi comprise, la Lumière ne se confond pas avec l’éclat de la lune sur la neige : elle désigne la lucidité qui permet de reconnaître sa part de responsabilité. L’homme peut être entouré de clarté et continuer de mal conduire ; son véritable progrès commence lorsqu’il éclaire aussi les raisons de son mouvement.

La défaillance de Baptiste introduit une question politique au cœur de l’aventure. Celui qui connaît la route peut perdre le droit de gouverner lorsqu’il cesse d’entendre les avertissements. Son expérience ne le dispense pas de répondre de sa conduite, et ses succès passés ne garantissent pas le voyage présent. Les compagnons doivent intervenir pour préserver l’équipage, y compris celui qui le met en danger. Nous pouvons y lire une conception exigeante de l’autorité : elle demeure liée au service rendu, à la vigilance et à la capacité d’accueillir une contradiction. La solidarité n’oblige pas à abandonner le jugement entre les mains du plus assuré.

Dans cette perspective, l’ivresse dépasse sa fonction morale immédiate. Elle peut figurer toute exaltation qui rend un être sourd à la réalité, qu’elle naisse de la puissance, du prestige, de la certitude ou du sentiment d’être indispensable. Le gouvernail devient dangereux lorsque celui qui le tient confond sa personne avec le salut du groupe. Pour une Loge comme pour toute institution, la leçon ne se réduit donc pas à l’obéissance aux règles : elle concerne les conditions dans lesquelles la parole d’alerte peut être entendue, et la possibilité de reprendre ensemble une direction que l’un a compromise.

Les interdits du voyage éclairent aussi une dimension religieuse plus profonde.

Dans l’univers du conte, la croix conserve une puissance que le pacte ne peut neutraliser ; le Diable obtient un détour, non la disparition de tout ordre sacré. Pour le lecteur symboliste, le clocher peut devenir le signe d’une verticalité que le simple déplacement aérien ne suffit pas à rejoindre. Le canot s’élève dans l’espace sans garantir aucune élévation de l’être. Nous touchons là une distinction essentielle à toute démarche initiatique : une expérience extraordinaire, une sensation de puissance ou un accès à l’invisible ne valent pas, par eux-mêmes, transformation intérieure.

La règle imposée à la parole redouble cette ambiguïté. Les hommes doivent surveiller leur langue pour survivre au contrat, mais cette discipline les empêche aussi de nommer ce qui pourrait leur servir de recours. Un silence peut protéger une maturation ; il peut également enfermer dans une dépendance. La lecture ésotérique perdrait son discernement si elle sacralisait indistinctement toute réserve, tout secret et toute obéissance. Le conte nous invite à demander ce que sert une règle, à qui elle profite et quelle liberté elle laisse à ceux qui s’y soumettent.

Même les éléments peuvent entrer dans cette méditation, sans que nous prétendions découvrir chez Beaugrand un traité hermétique dissimulé. Le bois vient de la terre, l’embarcation appartient à l’eau, l’aventure la livre à l’air, tandis que le feu demeure associé aussi bien à la menace infernale qu’à la chaleur du foyer. Une lecture alchimique y verra volontiers l’écart entre la volatilité conquise et la stabilité encore à acquérir. Le retour au sol devient alors l’épreuve décisive : que rapporte l’homme de son envol, et comment ce qu’il a vécu transforme-t-il sa manière d’habiter le monde ? La chute ne confère aucun grade et ne produit aucune sagesse par elle-même ; elle devient une épreuve féconde lorsque l’expérience se change en conscience, puis en conduite. C’est tout le sens d’un retour au travail : reprendre la matière de sa propre vie, y reconnaître ce qui demeure désordonné et poursuivre l’ouvrage avec davantage de justesse.

Cette question rejoint notre civilisation de la vitesse

Nous multiplions les moyens de réduire les délais, et beaucoup de ces conquêtes soulagent réellement l’existence ; la légende ne commande aucun renoncement au progrès. Elle interroge plutôt la maturité de ceux qui disposent d’une puissance accrue. Un outil capable d’abolir une distance laisse entière la question du but, de la mesure et du coût supporté par autrui. À l’échelle collective, le canot peut aussi figurer notre condition écologique : des places différentes dans une même embarcation, des responsabilités inégales, mais un milieu commun dont personne ne s’extrait durablement par sa seule volonté.

Il reste enfin à regarder celles vers qui les hommes se précipitent. Le récit épouse surtout la voix masculine du chantier, et les amoureuses apparaissent à travers son attente. Une lecture contemporaine peut leur rendre une liberté que le désir des voyageurs tend à oublier : elles ne sont ni des récompenses ni des biens gardés au village. Aucun exploit accompli pour rejoindre quelqu’un ne donne droit à son amour. Cette limite prolonge la méditation sur le pacte jusque dans l’intimité ; l’être aimé demeure libre, même lorsque nous avons traversé le ciel pour lui.

La beauté du dénouement tient à ce que Joe peut encore raconter

L’aventure a laissé un corps meurtri, une mémoire et une parole offerte à ceux qui l’écoutent. Dans la chaleur retrouvée, le récit transforme une imprudence en expérience partageable, sans épuiser son mystère. La transmission accomplit peut-être ainsi ce que l’envol n’avait pas su produire : un déplacement intérieur, rendu possible par le retour, le recul et l’attention des autres. Le vieux conteur rend à la communauté ce que le jeune homme avait risqué de perdre en voulant brusquer le temps.

Lorsque nous levons les yeux vers ce canot lancé dans la nuit, nous pouvons donc y reconnaître notre propre désir de franchir ce qui résiste.

La Franc-Maçonnerie offre à cette image une interrogation qui lui est familière : quelle maîtrise de nous-mêmes accompagne les moyens que nous acquérons, et quelle place gardons-nous à ceux dont la vie dépend de notre conduite ? Le prix secret du désir apparaît lorsque, pour atteindre plus vite la maison aimée, nous acceptons de ne plus répondre de celui qui en franchira le seuil. La Chasse-galerie nous laisse heureusement le temps de reprendre l’aviron, de veiller sur nos compagnons et d’apprendre qu’un véritable retour exige encore que nous soyons capables d’habiter ensemble la terre.

Aujourd’hui l’histoire, avec Maxime Coutié

Avec Radio-Canada Ohdio, écoutez « Honoré Beaugrand, un personnage complexe et coloré », une émission du 4 décembre 2024

La Revue de Presse FM France & Monde du 13/09/26

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Dimanche 13 septembre 2026

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères,

De la France aux horizons du monde, 450.fm vous propose un regard quotidien sur l’actualité maçonnique, ses échos dans la presse et les débats qui traversent nos sociétés. Entre vie des obédiences, culture, histoire et questions contemporaines, cette revue rassemble les informations utiles pour nourrir notre réflexion et exercer ce discernement auquel nous invite la démarche initiatique.

Période de veille : du vendredi 11 septembre 2026 à 12 h au samedi 12 septembre 2026 à

12 h, heure de Paris. Cette édition comprend également des compléments culturels et un agenda issus des lettres d’information des obédiences, dont certaines publications sont antérieures à cette période. Les rendez-vous sont présentés par ordre chronologique.

FRANCE – VIE PUBLIQUE ET LIBERTÉS

Liberté de conscience des magistrats : les obédiences interpellent l’exécutif

Source : Hiram.be, communiqué du 11 septembre 2026 – France.

Douze obédiences, parmi lesquelles le GODF, la GLDF, la GLNF, la GLFF et la Fédération française du Droit Humain, contestent un avis du Collège de déontologie des magistrats qu’elles estiment porteur d’une suspicion générale envers l’appartenance maçonnique. Leur démarche auprès des autorités défend une appréciation des engagements individuels selon les mêmes principes que pour tout citoyen, sans présomption attachée à la nature de l’association fréquentée. Lire le communiqué sur Hiram.be (site payant ; cet article est en accès libre)

FRANCE – SOCIÉTÉ, CULTURE ET SPIRITUALITÉ

Quand la République cherche encore son centre

Source : 450.fm, chronique d’opinion du 11 septembre 2026 – France.

Cette chronique rapproche les débats de la presse hebdomadaire sur l’école, les inégalités, la laïcité et la démocratie, puis les relit à travers les outils symboliques du bâtisseur. En faisant dialoguer l’actualité des idées avec l’exigence du travail sur soi, elle défend l’instruction et la transmission comme conditions d’une liberté réellement exercée et d’une République capable de tenir ses promesses. Lire l’article

Jacques Carletto explore « Le pouvoir extraordinaire des sons »

Source : 450.fm, entretien du 11 septembre 2026 – France.

Autour du travail d’Alex Michel, cet entretien présente une approche vibratoire du son associant écoute, conscience et recherche d’harmonie intérieure. Si les effets physiologiques ou « énergétiques » évoqués doivent être rapportés aux thèses de l’auteur, le sujet rejoint l’attention initiatique portée au silence, au rythme et à la résonance, autant de dimensions sensibles de notre relation au monde. Lire l’entretien

Avec Thomas Römer, Points de Vue Initiatiques revient aux commencements

Source : lettre d’information n°149 de la GLDF du 10 septembre 2026 – complément culturel.

Le numéro 221 de Points de Vue Initiatiques, intitulé « Au début… », explore les mythes fondateurs et l’initiation comme possibilité de recommencement. Son invité, Thomas Römer, exégète et administrateur du Collège de France, y accorde un entretien intitulé « La Bible n’est pas tombée du ciel », ouvrant un dialogue entre l’histoire des textes, leur élaboration humaine et la lecture symbolique des origines.

Le Prix Provins Moyen Âge 2026 met les Templiers à l’honneur

Source : actu.fr – alerte reçue le 12 septembre 2026 ; date de publication non vérifiée.

Le Prix Provins Moyen Âge met en lumière l’histoire des Templiers et plusieurs ouvrages retenus par son jury. Cette actualité intéresse d’abord la connaissance du monde médiéval, tout en invitant les lecteurs maçonniques à distinguer l’histoire documentée de l’ordre du Temple des filiations symboliques et des récits élaborés ultérieurement ; la présente notice repose sur l’extrait de Google Alerts, l’article complet n’ayant pas pu être consulté. Lire la source

FRANCE – L’AGENDA DES OBÉDIENCES ET DES RENCONTRES

16 septembre – À Metz, Bernard Saïag invité par Georges Troispoints

Source : Association Georges Troispoints, annonce relayée par 450.fm le 11 septembre 2026.

L’association Georges Troispoints annonce une rencontre publique avec Bernard Saïag, professeur émérite et chercheur en philosophie des sciences, le 16 septembre, de 18 h 30 à 20 h, dans les grands salons de l’Hôtel de Ville de Metz. Annoncée libre et gratuite, cette soirée reliera esprit critique, éthique et vivre-ensemble, dans une perspective où le questionnement maçonnique participe à la construction d’une pensée ouverte. Lire l’annonce

17 septembre – Avec Pierre Schoeller, le GODF interroge l’exercice du pouvoir républicain

Source : lettre d’information du GODF du 11 septembre 2026.

Le ciné-débat Louis Delluc accueillera jeudi 17 septembre à 19 h 30, à Paris, une projection de L’Exercice de l’État, suivie d’une discussion avec son réalisateur, Pierre Schoeller, sur le thème de « L’État républicain ». Le cinéma devient ici un lieu d’interrogation sur les responsabilités du pouvoir et les tensions de la décision publique ; la lettre précise que cette rencontre affiche déjà complet.

19 et 20 septembre – La GLDF ouvre vingt-sept sites pour faire découvrir un patrimoine vivant

Source : lettre d’information de la GLDF du 10 septembre 2026 – complément d’agenda.

Vingt-sept sites de la Grande Loge de France accueilleront le public en métropole, en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. De l’ancien grenier à sel d’Avignon aux décors égyptiens de Cannes, du siège parisien installé dans un ancien couvent franciscain au Château Saint-Antoine de Marseille, les visites associeront découverte architecturale, objets maçonniques et échanges avec les Frères sur la démarche initiatique.

19 et 20 septembre – De Camus à Spinoza, le patrimoine devient un rendez-vous de pensée

Source : lettre d’information de la GLDF du 10 septembre 2026 – complément culturel.

À Montpellier, le programme annoncé réunit l’exposition Au cœur des Symboles, une lecture théâtrale de L’Étranger d’Albert Camus et le dialogue théâtral Le Bandeau de Spinoza. D’autres sites proposent des conférences sur la transmission, l’engagement initiatique ou le métier de maître verrier, donnant à ces journées une dimension littéraire et philosophique qui prolonge la découverte des Temples.

23 septembre – « Incarner l’intérêt général » : la République à l’épreuve de ses représentants

Source : lettre d’information du GODF du 11 septembre 2026.

À l’occasion du 234e anniversaire de la Première République, le GODF organise mercredi 23 septembre à 19 h 30, à Paris, une table ronde avec le concours de la Loge d’études et de recherche République universelle. Autour d’élus locaux et nationaux, parmi lesquels Hélène Bidard, Bertrand Bouyx, Sébastien Fagnen, Lauriane Josende et Emmanuel Maurel, la rencontre animée par Ella Micheletti-Huertas interrogera la manière de donner une réalité à l’intérêt général, au-delà de son invocation dans les discours.

26 septembre – À Paris, les Sœurs de la GLFF présentent leurs travaux au public

Source : site officiel de la GLFF – date de publication non précisée.

La Grande Loge Féminine de France annonce un « Temple ouvert », samedi 26 septembre à partir de 14 h 30, au 4, Cité du Couvent, dans le XIe arrondissement de Paris. Gratuite sur inscription et accessible à tout public, cette rencontre permettra de découvrir les travaux des Franc-Maçonnes et d’approcher leur démarche à travers une présentation directe de leurs réflexions. Consulter le site officiel de la GLFF

30 septembre – À Grasse, les 120 ans de la Loge PAX invitent à rencontrer l’histoire

Source : lettre d’information du GODF du 11 septembre 2026.

La Loge PAX de Grasse célébrera son 120e anniversaire mercredi 30 septembre, dès 14 h, par une exposition et une conférence publique, avec la présence annoncée de Guillaume Trichard et de l’historien Pierre-Yves Beaurepaire. Cette ouverture offre l’occasion de découvrir comment l’histoire d’un Atelier s’inscrit dans celle d’une ville, entre mémoire fraternelle, transmission et présence dans la société.

1er octobre – À Rennes, un voyage dans la Franc-Maçonnerie féminine

Source : site officiel de la GLFF – date de publication non précisée.

M.-T. Besson

Marie-Thérèse Besson, ancienne Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, donnera jeudi 1er octobre à Rennes une conférence publique intitulée « Voyage en franc-maçonnerie féminine ». Ce rendez-vous permettra de mieux connaître une tradition initiatique dont l’histoire, les pratiques et les engagements contribuent à la diversité du paysage maçonnique contemporain. Consulter le site officiel de la GLFF

3 octobre – À Castelsarrasin, Cécile Révauger éclaire l’engagement maçonnique contemporain

Source : lettre d’information du GODF du 11 septembre 2026.

Cécile Revauger

La Loge Le Réveil du Quercy organise samedi 3 octobre à 18 h une conférence publique consacrée à la manière d’être Franc-Maçon et Franc-Maçonne au Grand Orient de France au XXIe siècle. Avec l’historienne Cécile Révauger, en présence de Guillaume Trichard, ce rendez-vous permettra d’aborder un engagement dont les formes contemporaines se comprennent aussi à la lumière de son histoire.

9 octobre – À Étampes, laïcité et spiritualité entrent en dialogue

Source : lettre d’information du GODF du 11 septembre 2026.

Ville d’Étampes

Pour son vingtième anniversaire, la Loge L’Atelier Écossais d’Étampes annonce vendredi 9 octobre à 19 h une conférence publique intitulée « Laïcité, Spiritualité et Franc-maçonnerie ». Jean-François Colosimo et François Cavaignac y interviendront dans une table ronde animée par Lou Fritel, en présence annoncée de Gérard Larcher et de Guillaume Trichard ; le rapprochement de ces trois termes ouvre un champ de réflexion sur la liberté de conscience et les différentes expressions de la vie spirituelle.

MONDE – MÉMOIRE ET SYMBOLISME

États-Unis – « Tribute in Light » : deux colonnes de lumière pour rendre visible l’absence

Source : 450.fm, lecture culturelle du 11 septembre 2026 – pays concerné : États-Unis.

Pour le vingt-cinquième anniversaire des attentats du 11-Septembre, cette lecture culturelle médite sur les deux faisceaux lumineux dressés à New York. Tout en précisant que l’œuvre n’est pas maçonnique, l’auteur en rapproche la verticalité, la présence de deux colonnes, la mémoire et le relèvement, dans une interprétation qui distingue l’intention artistique des résonances symboliques éveillées chez le spectateur. Lire l’article

Au fil de ces regards croisés, cette revue de presse invite à prolonger la réflexion, à confronter les points de vue et à demeurer attentifs aux mouvements de notre temps, dans un esprit de liberté, de vigilance et de fraternité.

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, nous vous souhaitons une bonne lecture.

Ainsi va le Monde*…

*Ainsi va le monde… Depuis des siècles, la formule accompagne avec une discrète mélancolie le spectacle des affaires humaines : les puissances passent, les certitudes vacillent, les réputations se font et se défont, tandis que l’Histoire poursuit sa course sans toujours demander notre permission. « Ainsi va le monde » n’est pourtant ni une résignation ni un renoncement ; c’est d’abord le constat lucide d’un univers en mouvement, où rien n’est définitivement acquis et où chaque époque porte ses ombres autant que ses Lumières. Pour le Franc-Maçon, habitué à travailler entre l’éphémère et l’essentiel, cette vieille expression prend une résonance particulière : si le monde tourne, il appartient à chacun de chercher son axe, de discerner derrière le bruit des événements ce qui mérite d’être compris, transmis ou interrogé. C’est précisément l’ambition de cette revue de presse : observer le monde tel qu’il va, sans complaisance ni désenchantement, afin de mieux penser celui qui vient.

Revue de presse d’hier

Liberté de conscience des magistrats : les obédiences maçonniques interpellent l’exécutif

Douze principales obédiences maçonniques françaises viennent d’adresser une protestation solennelle au président de la République, au garde des Sceaux et au Collège de déontologie des magistrats. En cause : l’avis n° 2026-27, qui présenterait l’appartenance maçonnique d’un magistrat comme « incompatible » avec sa fonction ou, à tout le moins, comme appelant de « réserves importantes ». Les signataires y voient non une simple exigence déontologique, mais le retour inquiétant d’une suspicion collective fondée sur l’appartenance associative.

Une réaction collective inédite

Temple Jean Mons – GLNF Paris

Le texte rassemble un spectre particulièrement large de la maçonnerie française. Le Grand Orient de France, la Grande Loge Nationale Française, la Grande Loge de France, la Fédération française du Droit humain, la Grande Loge féminine de France, la Grande Loge de l’Alliance maçonnique française, ainsi que plusieurs obédiences mixtes, indépendantes, spiritualistes et traditionnelles, ont choisi de parler d’une même voix (liste en fin d’article).

Cette unité est en elle-même un événement. Les obédiences françaises ne partagent ni les mêmes références, ni la même conception du travail initiatique, ni les mêmes positions sur la mixité, la spiritualité, la place du Grand Architecte de l’Univers ou l’engagement dans la cité. Mais elles se retrouvent ici sur une ligne simple : un citoyen ne saurait être frappé d’une suspicion générale à raison de son appartenance à une association licite.

Leur inquiétude porte moins sur le contrôle normal des conflits d’intérêts que sur le glissement possible d’une vigilance légitime vers une présomption. Autrement dit, il est parfaitement recevable d’examiner les liens concrets, les relations particulières, les intérêts en cause ou les situations susceptibles d’altérer l’impartialité d’un juge. En revanche, qualifier globalement la qualité de franc-maçon d’« incompatible » avec l’exercice de la magistrature revient à faire de l’appartenance elle-même un motif de défiance.

Or, l’appartenance à une organisation, même connue pour sa discrétion, ne démontre par elle-même ni collusion, ni partialité, ni intérêt personnel. L’analyse pertinente doit porter sur des faits vérifiables : une affaire précise, une relation directe, un avantage, une intervention, un conflit d’intérêts identifiable. La seule étiquette ne peut suffire.

Pouvoir, justice, droit, assemblée

Le point sensible : impartialité ou présomption ?

La justice impose aux magistrats une exigence élevée d’indépendance, d’impartialité et de probité. Cette exigence ne se discute pas. Elle protège les justiciables, garantit la confiance dans les décisions rendues et constitue l’un des piliers de l’État de droit.

Mais les obédiences signataires estiment que l’avis du Collège de déontologie franchirait une limite en laissant entendre que l’engagement maçonnique serait, en lui-même, incompatible avec la fonction de juger. Une telle approche soulève une question de principe : doit-on apprécier un magistrat selon ses actes, sa situation objective et son comportement professionnel, ou selon les appartenances privées qu’il partage avec des milliers d’autres citoyens ?

C’est tout l’enjeu du conflit entre deux visions de la déontologie.

Une déontologie fondée sur les faitsUne déontologie fondée sur la suspicion d’appartenance
Elle recherche un conflit d’intérêts concretElle déduit un risque général d’une qualité personnelle
Elle impose le déport lorsqu’un lien précis met l’impartialité en causeElle rend l’appartenance elle-même suspecte
Elle s’applique à tous les réseaux ou engagements : associations, syndicats, partis, cultes, cercles professionnelsElle cible une catégorie particulière d’association
Elle sanctionne un comportement ou une situation objectivableElle peut aboutir à une forme de tribunal des appartenances

Pour les obédiences, la seconde logique serait difficilement conciliable avec les libertés publiques. Elles rappellent que la liberté d’association, la liberté de conscience, la liberté d’opinion et le principe d’égalité ne sont pas des libertés conditionnelles : elles protègent aussi les opinions, les appartenances et les engagements qui dérangent, intriguent ou suscitent la méfiance.

L’enjeu ne concerne donc pas exclusivement la Franc-maçonnerie. Si un citoyen peut être regardé comme moins apte à exercer une fonction publique parce qu’il appartient à une association licite, la question se pose inévitablement pour d’autres formes d’engagement : syndical, philosophique, religieux, politique, mutualiste ou culturel. L’État de droit ne se mesure pas à la manière dont il protège les affiliations consensuelles, mais à sa capacité à défendre les libertés lorsque celles-ci deviennent impopulaires.

Une mémoire française douloureuse

Les mots employés par les obédiences – « doctrine de suspicion et d’exclusion », « pages les plus sombres de notre histoire nationale » – ne sont pas choisis au hasard. La France a connu des périodes durant lesquelles l’appartenance maçonnique a servi de critère de fichage, de mise à l’écart, de discrimination professionnelle, voire de persécution.

Sous le régime de Vichy, les lois antimaçonniques ont notamment entraîné la dissolution des obédiences, la saisie de leurs biens et l’exclusion de nombreux francs-maçons de fonctions publiques. Le soupçon porté sur la Maçonnerie ne relevait pas seulement de la polémique : il s’est traduit par des dispositifs administratifs et politiques visant des personnes à raison de leur appartenance réelle ou supposée.

C’est pourquoi les signataires refusent toute résurgence d’un raisonnement collectif : être franc-maçon ne peut devenir, de façon automatique, un élément à charge. La prudence déontologique est nécessaire; l’assignation identitaire est dangereuse. Entre les deux, il existe une frontière que la République doit préserver.

Cette vigilance est d’autant plus importante que l’antimaçonnisme contemporain se nourrit souvent de vieilles représentations : l’idée d’un « réseau » omnipotent, d’une solidarité occulte qui commanderait les décisions publiques, ou d’une influence cachée qui dispenserait de toute preuve. Or une information relative à une appartenance, même lorsqu’elle peut relever de l’intérêt général dans certaines circonstances, ne constitue jamais à elle seule la preuve d’une collusion ou d’un conflit d’intérêts.

Trois courriers, trois demandes

Les obédiences ont articulé leur démarche autour de trois interventions distinctes.

D’abord, elles demandent au président de la République de veiller à ce que les instances de l’État et les comités déontologiques ne se transforment pas en « tribunaux de conscience ». La formule vise à rappeler que l’État laïque n’a pas à trier les citoyens selon la respectabilité supposée de leurs convictions philosophiques ou de leurs appartenances associatives.

Ensuite, elles sollicitent le garde des Sceaux afin que le Conseil supérieur de la magistrature, dans sa formation plénière, se prononce sans ambiguïté sur cette question. Elles souhaitent que l’autorité constitutionnelle chargée de concourir à l’indépendance de la magistrature fixe une position claire : l’appartenance maçonnique n’emporte pas, par nature, incompatibilité avec les fonctions judiciaires.

Enfin, les obédiences ont saisi le président et les membres du Collège de déontologie des magistrats. Leur demande est précise : l’engagement des magistrats francs-maçons doit être apprécié selon les mêmes critères que celui de tout autre citoyen. Cela signifie qu’un magistrat doit se déporter quand une situation concrète l’exige, déclarer les intérêts pertinents et éviter toute confusion entre liens privés et devoirs publics; mais il ne doit pas subir une présomption défavorable attachée à la simple nature de l’association dont il est membre.

Défendre la justice sans discriminer

Le débat est donc plus subtil que l’alternative caricaturale entre secret et transparence. Les magistrats ne sont pas au-dessus des règles déontologiques, et la Franc-maçonnerie ne saurait être placée hors du champ de l’examen public lorsqu’un conflit concret peut exister. Mais la même règle doit valoir pour tous.

La bonne méthode consiste à distinguer trois niveaux :

  • L’appartenance, qui relève en principe de la liberté associative et de la vie privée.
  • Le lien spécifique entre un magistrat et une personne, une partie, un avocat, une entreprise ou un dossier.
  • Le conflit d’intérêts, qui apparaît lorsqu’un intérêt privé ou une relation particulière est de nature à compromettre l’impartialité, ou à faire raisonnablement douter de celle-ci.

C’est au troisième niveau que doit intervenir le contrôle déontologique. Non au premier, sauf à installer une police des consciences où certaines appartenances seraient tolérées et d’autres intrinsèquement suspectes.

Les obédiences ne demandent donc pas une immunité. Elles demandent l’égalité de traitement. Elles ne contestent pas le devoir d’impartialité des magistrats; elles rappellent que celui-ci doit se fonder sur des circonstances objectives, non sur des fantasmes collectifs. Elles ne réclament pas le droit à l’opacité; elles refusent que la transparence devienne le prétexte à une exclusion.

Une alerte républicaine

Au-delà de la controverse immédiate, cette mobilisation collective pose une question essentielle à la démocratie française : peut-on être pleinement citoyen, pleinement libre et pleinement serviteur de l’État tout en appartenant à une organisation philosophique ou fraternelle licite ?

La réponse devrait être évidente. Oui, à condition que l’exercice de la fonction publique reste gouverné par la loi, l’impartialité, la déclaration des intérêts utiles et, lorsque cela est nécessaire, le déport. Tout le reste relève d’une confusion entre la vigilance démocratique et le soupçon généralisé.

Les douze obédiences signataires veulent précisément empêcher cette confusion. À travers leurs courriers, elles défendent certes leurs membres, mais elles soulèvent une alerte qui dépasse très largement leurs temples : dans une République attachée à la liberté de conscience, nul ne devrait être condamné par avance à raison de l’association légale à laquelle il appartient.

Signataires : Grand Orient de France, Grande Loge Nationale Française, Grande Loge de France, Fédération Française du Droit Humain, Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité, Grande Loge Féminine de France, Grande Loge Indépendante de France, Loge Mixte de France, Grande Loge Mixte Memphis-Misraïm, Grande Loge Mixte Universelle, Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra

Communiqué de presse de la GLFF

L’acacia : le végétal sacré de la légende hiramique

À côté des outils empruntés aux maçons opératifs, des réminiscences du Temple de Salomon, telles les colonnes B et J, et de l’emblème pythagoricien du Pentagramme, la Franc-maçonnerie symbolique honore tout particulièrement un symbole végétal, l’Acacia.

Acacia est en réalité un genre de plantes, en fait de près de 1500 arbres et d’arbustes, dont la plupart en Australie, puis dans les régions tropicales et subtropicales d’Afrique, d’Asie et des Amériques. Leur système racinaire est généralement bien développé, ce qui favorise l’exploitation des ressources hydriques dans des sols souvent pauvres et soumis à une forte variabilité climatique. Le nom de genre Acacia a été publié en 1754 dans la 4e édition abrégée du Gardeners Dictionary. Au cours du XIXe siècle, de nombreuses espèces furent progressivement rattachées à ce genre, qui devint extrêmement vaste et hétérogène.

Le nom Acacia provient du grec ancien ἀκακία (akakia), nom d’un arbre épineux d’Égypte et de la péninsule Arabique. Ce terme est généralement rattaché à ἀκίς (akis), « pointe, épine », tandis que l’étymologie grecque du mot a-kakia suggére l’innocence, vertu de celui qui ignore le mal, signifiant la candeur d’un être aux intentions pures.

L’« acacia » des textes grecs, mentionné notamment par Théophraste Renaudot, correspond vraisemblablement au gommier rouge arbre épineux commun dont les gousses et les exsudats étaient utilisés en pharmacopée antique. Le mot a été repris en latin, puis adopté par la botanique moderne comme nom de genre.

 En franc-maçonnerie, l’Acacia occupe une place à part : elle est liée à la légende d’Hiram, et on la retrouve sur presque tous les décors du grade de Maître, ainsi que sur certains hauts grades du REAA.

Mais l’Acacia n’a pas toujours régné seule. Au XVIIIe siècle, et encore au XIXe, d’autres plantes se sont invitées dans certains rituels maçonniques.

C’est le cas du Cassia, qu’on appelle aussi la casse, et du Tamaris.

Revenons un instant en arrière. La légende d’Hiram serait entrée dans la Franc-maçonnerie peu avant 1730. Elle n’appartient donc pas au noyau originel de la Franc-maçonnerie spéculative du XVIIe siècle.

On pense que la scène du relèvement du corps d’Hiram s’inspire d’une légende maçonnique plus ancienne : celle de la découverte du corps de Noé par ses trois fils. On en trouve déjà la trace dans le manuscrit Graham, daté de 1726. Mais à ce stade, aucun symbole végétal n’apparaît encore dans le récit.

Il faudra attendre 1730, et le Masonry Dissected de Samuel Pritchard, pour lire la première description du grade de Maître telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Dans ce texte, l’endroit où repose le corps est signalé par un rameau. Mais attention : ce n’est pas encore l’Acacia que l’on connaît. C’est une branche de Cassia, car le mot désigne plusieurs arbustes proches : la casse, le séné, le faux séné, ou encore le cannelier de Chine.

Il s’agit dans tous les cas d’un arbuste, reconnu pour ses vertus médicinales et aromatiques. Cet arbuste a traversé les cultures. On y a souvent vu un symbole de force intérieure, de résilience, de résistance face aux épreuves.

Le Cassia avait aussi sa place dans les rites funéraires. En 1731, l’auteur de A Defence of Freemasonry le rappelait en ces mots : on disait que les Frères plaçaient une branche de Cassia à la tête de la tombe d’Hiram, en écho à une ancienne coutume des pays orientaux, celle d’embaumer les morts, et en particulier de préparer la tête et d’en sécher le cerveau, comme Hérodote l’avait déjà raconté.

Le Cassia avait donc tout pour être choisi : ses fleurs d’un jaune éclatant évoquent la lumière, il symbolise l’endurance dans l’épreuve, et il tenait une place dans les rites funéraires. Alors, une question demeure : pourquoi a-t-il fini par céder sa place à l’Acacia ?

C’est probablement en France que l’on trouvera la réponse à ces questions. Dès les années 1740, on trouve l’Acacia dans les rituels maçonniques français. C’est le cas notamment dans le Manuscrit Luquet, l’un des deux plus anciens rituels manuscrits français connus (vers 1745), et dans la divulgation « Le Sceau Rompu » (1745).

Comment est-on passé de Cassia à Acacia ? Vraisemblablement par une proche homophonie entre « le Cassia » et « l’Acacia », d’autant plus explicable par le caractère essentiellement oral des anciennes pratiques rituelles des francs-maçons. Mais encore fallait-il que cette homophonie fît sens.

Et c’était le cas, car l’Acacia a encore plus de lettres de noblesse que le Cassia. Ne le dit-on pas imputrescible, capable de renaître après les incendies et donc symbole de renaissance et d’immortalité ? Mais surtout, selon la Bible, c’est le bois qui servit à la construction de l’Arche de l’Alliance, du mobilier liturgique et des piliers du Tabernacle, le Temple itinérant institué par Moïse dans le désert (Exode, chapitres 25 à 27).

La tradition chrétienne affirme quant à elle, sans référence scripturaire, que la Croix du Christ et la couronne d’épine était faites d’Acacia. Et dans certaines versions de la légende d’Osiris, le corps du dieu assassiné reposa près d’un Acacia.

Si le Cassia avait de bonnes raisons d’illustrer la légende d’Hiram, l’Acacia en avait de meilleures, car il rattachait la mort d’Hiram à l’Arche de l’Alliance et à l’idée de renaissance et de résurrection induite par les figures du Christ et d’Osiris.

Mais comment expliquer qu’une homophonie entre « la Cassia » et « l’Acacia » en français ait imposé à l’ensemble de la Franc-maçonnerie le symbole de l’Acacia ? Les rituels anglais (que ce soit Emulation ou les autres rituels en usage dans la Grande Loge Unie d’Angleterre, tels le Taylor, le West End, …) connaissent tous l’Acacia.

 Serait-il alors admissible que les rituels maçonniques français aient pour une fois influencé les usages maçonniques anglais et non l’inverse ? 

La Cassia était clairement la version en usage chez les Modernes, c’est-à-dire les Loges de la Première Grande Loge de Londres (1717), selon la divulgation de Pritchard en 1730.

On ignore en revanche si un symbole végétal équivalent apparaissait dans les rituels des Anciens, dont la Grande Loge fut fondée en 1753. En tout cas la divulgation The Three Distinct Knocks de 1760, qui révèle les usages rituels d’une Loge des Anciens, n’en mentionne aucun. 

Mais l’on sait très bien qu’il y eut beaucoup de contacts entre les francs-maçons jacobites exilés en France et les Loges françaises.

Or les Jacobites avaient généralement plus d’affinités avec les Anciens qu’avec les Modernes, inféodés à la dynastie hanovrienne. C’est donc vraisemblablement par eux que l’Acacia français pénétra la Franc-maçonnerie anglaise des Anciens.

Et lors de l’union des deux Grandes Loges en 1813 pour former la Grande Loge Unie d’Angleterre, on sait que les usages rituels des Anciens furent adoptés et c’est très vraisemblablement à partir de là que l’Acacia remplaça la Cassia dans les rituels anglais.

Si l’Acacia semble s’être imposé dans l’ensemble de la Franc-maçonnerie mondiale, une troisième variante apparut en France au sein du Rite de Misraïm.

Dans le rituel de ce Rite rédigé entre 1815 et 1820, on ne trouve mention ni de Cassia ni d’Acacia, mais de Tamaris. Connu de la Bible et de nombreuses cultures anciennes (Égypte, Grèce, Scandinavie, Chine, Japon…), le Tamaris véhicule un symbolisme qui n’est pas très éloigné de celui du Cassia et de l’Acacia : force, endurance, fécondité, longévité et immortalité. Mais c’est bien évidemment son inscription dans la tradition égyptienne qui va pousser les auteurs de ce Rite à le choisir.

Les sources égyptiennes affirment généralement que le corps d’Osiris reposa près d’un Acacia ou d’un Sycomore. Mais il faut bien comprendre que ces sources restèrent inaccessibles aux lecteurs modernes jusqu’au déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion en 1822.

Les créateurs de la Franc-maçonnerie égyptienne n’avaient donc accès à l’Égypte ancienne qu’au travers des écrits des auteurs grecs (Hérodote, Diodore de Sicile, Strabon, Plutarque…) et dans une moindre mesure, latins (Pline l’Ancien, Apulée…). Faisant preuve d’une certaine érudition, c’est certainement chez Plutarque que l’auteur découvrit le Tamaris, qu’il choisit d’introduire dans sa légende d’Hiram, au lieu de la Cassia ou de l’Acacia, afin d’égyptianiser davantage son propos.

Plutarque rapporte en effet une version du mythe d’Osiris inconnue dans les sources égyptiennes : selon cette variante, le corps d’Osiris, placé dans un coffre, fut livré aux flots de la mer et dériva jusqu’à s’échouer contre un Tamaris à Byblos en Phénicie (actuellement au Liban).

Le Tamaris grandit autour du coffre, qu’il finit par englober, et le roi de Byblos, émerveillé de la croissance inhabituelle de cet arbre, le fit couper pour en faire une colonne de son palais.

À la recherche du corps de son époux, Isis parvint à obtenir la colonne, en dégagea le corps d’Osiris, qu’elle embauma et ramena en Égypte.

acacia
acacia

Cette légende avait au moins deux raisons de retenir l’attention de l’auteur du rituel de Misraïm : tout d’abord, le Tamaris était explicitement intégré à la découverte du corps d’Osiris et pouvait ainsi tout naturellement trouver sa place dans la légende d’Hiram. Ensuite, le fait que le corps d’Hiram se soit retrouvé à l’intérieur d’une colonne devait être très parlant pour un auteur de rituel maçonnique. Et plus, si l’on suppose que l’auteur avait également connaissance des écrits botaniques de Pline l’Ancien, qui affirme que les prêtres égyptiens portaient des couronnes faites de rameaux de Tamaris.

Le choix du Tamaris était donc tout à fait judicieux pour souligner la dimension égyptienne du rituel, et l’on peut regretter que le Rite de Misraïm utilisé de nos jours (dit Rite de Venise 1788), qui date en fait des années 1980 seulement, n’ait pas suivi son illustre prédécesseur sur ce point et se soit aligné sur l’Acacia.

En somme,Acacia, Cassia ou Tamaris ont tous trois de bonnes raisons d’avoir été choisis pour illustrer la légende d’Hiram dans les rituels maçonniques.

Mais l’importance prépondérante du symbole de l’acacia au 3ème degré a permis à William Hutchinson (1732-1814), membre de la Royal Society of Antiquaries de surnommer les francs-maçons, les Acaciens.

Probablement jugé plus prestigieux que ses concurrents, l’Acacia s’est donc finalement imposé.

Mais il est temps de se focaliser sur l’Acacia, au risque de ne pas choisir d’autre végétal mentionné par les traditions !

D’un degré à l’autre, les réponses au tuilage progressent d’un état de passivité vers un niveau d’implication et de responsabilité.

Branche d'acacia dans les mains sur tissu rouge
Branche d’acacia dans les mains sur tissu rouge

Au 1er degré, l’Apprenti annonce : « Mes Frères me reconnaissent comme tel ». Il dépend de ses Frères qui admettent sa qualité maçonnique, donc il est mis sur la voie silencieuse de l’introspection.

Au2ème degré, le Compagnon déclare : « J’ai vu l’étoile flamboyante ». Il consacre ses sens à la prospection du monde, guidée par son étoile, mais n’est pas encore maître de son voyage.

Au 3e degré, le Maître affirme : « L’acacia m’est connu », il agit en possession des mots substitués, maîtrisant ses pas sur la voie du milieu ; il s’engage pour chercher les secrets véritables qui ont été perdus, là où se trouve l’acacia.

Dans la plupart des rituels d’élévation à la Maîtrise, alors que la loge est plongée dans le plus grand chaos, neuf Frères voyagent à la recherche du Maître assassiné.

Soudain, le 2e Surveillant fait savoir : « Cet arbre funéraire, cet acacia m’annonce une sépulture. Il n’y a pas longtemps qu’il est planté… peut-être ombrage-t-il le tombeau de notre Maître Hiram ».

On peut citer ici une variante de ce mythe. Les Maîtres partis à la recherche d’Hiram n’aperçoivent pas l’acacia, car ce sont eux qui vont le planter. Voici ce que rapporte François-Timoléon Bègue-Clavel du Rite Français ancien dans son ouvrage Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie et des Sociétés Secrètes Anciennes et Modernes de 1783 : « Le respectable Maître Hiram ne paraissant plus aux travaux comme à son ordinaire, Salomon ordonna à neuf maîtres de faire des recherches, et ceux-ci allèrent sur le mont Liban.

Le deuxième jour, l’un d’eux, excessivement fatigué, voulut se reposer sur un monticule ; s’étant aperçu que la terre était nouvellement remuée, il s’en approcha et fouillant, il trouva le cadavre. Il appela ses camarades et leur fit part de sa triste découverte, présumant que c’était le corps de leur respectable Maître qui sans doute avait été assassiné, et n’osant, par respect, pousser leurs recherches plus loin, ils recouvrirent la fosse et pour la reconnaître ils coupèrent une branche d’acacia qu’ils plantèrent au-dessus et se retirèrent vers Salomon auquel ils firent leur rapport »

Peu importe la version à retenir, l’acacia, verdoyant, planté sur un tertre fraîchement dressé, indique toujours la sépulture du Maître.

Radio 2
Branche d’acacia – Crédit photo Radio 2

Il pointe le centre du drame, où se retrouvent alors les Frères Maîtres, entre l’équerre et le compas.

Repère solitaire dans l’immensité du voyage, l’acacia oriente l’attention du Maître Maçon et balise son chemin à la rencontre de son propre centre.

Cependant, sur la tombe d’Hiram où la terre est fraîchement remuée, l’acacia n’est pas né tout seul d’un germe spontané.

Sa plantation implique un acte volontaire qui, dans notre rituel, mémorise un emplacement et donne une suite à l’histoire.

Comme c’est le cas le plus courant dans nos rituels actuels, dans un effort commun, les neuf Frères ont retrouvé la sépulture d’Hiram grâce à l’acacia. Ils tournent alors leur regard vers le tombeau et ses mystères.

Le 1e Surveillant témoigne : « oui, il est dit que la Connaissance repose à l’ombre de l’Acacia ».

Le maître du chantier, mis à mort par l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition, possède la Connaissance que localise l’acacia. Il a emporté avec lui les secrets véritables des maîtres bâtisseurs.

L’ombre donne la fraîcheur, mais aussi la clairvoyance sur ce qui ne peut être dévoilé en pleine lumière, car le plein soleil aveugle l’esprit et il est dangereux de « Révéler » à qui n’a pas qualité pour recevoir, comprendre et s’en servir.

L’acacia aux fortes épines protège cette Vérité qui doit rester hermétique aux imposteurs, car les mauvais Compagnons rôdent toujours.

L’aspect épineux de l’acacia a suggéré une tradition christique selon laquelle la couronne d’épine de Jésus fut tressée avec les épines de cet arbuste. Au-delà, la croix elle-même aurait été faite du bois qui servait à la construction du temple donc avec de l’acacia… ou du cèdre.

Dans le livre de 1440 Heures de Catherine de Clèves, une miniature montre une passerelle que la reine de Saba doit franchir pour rendre visite à Salomon. La reine, cependant, eut une vision prophétique que le pont fournirait le bois sur lequel le Christ serait crucifié. Elle refuse donc de marcher sur le pont et patauge pour rejoindre le roi qui l’attend. 

Dans l’analogie astronomique, la légende d’Hiram est l’emblème du soleil, le symbole de sa marche apparente : ainsi le Compagnon est entré à reculons dans le Temple, contemplant l’étoile flamboyante qui brille au loin à l’Occident, posant un regard sur son travail passé. Puis il a fait face pour marcher vers son avenir, comme le soleil d’automne en route vers le déclin.

Si l’acacia est un Arbre funéraire, c’est donc aussi un arbre de vie

On notera ainsi que sur un tableau allégorique anonyme, conservé au Musée de la Franc-maçonnerie de Londres et intitulé Les mystères montrés ici sont ceux que seul un maçon peut connaître, le Roi Salomon dessine le théorème de Pythagore, et dans le ciel, sur des nuages, Chronos tient dans sa main droite la faux de la mort et une branche d’acacia résurrectionnelle dans sa main gauche.

Sur la tombe d’Hiram, la verdeur de l’acacia a signé un triomphe sur la mort, il est imputrescible. Il forme cet axe vertical chargé de sève dont les racines inventives cheminent vers des richesses connues d’elles seules, tandis que ses feuilles respirent au plus près du soleil.

Il se régénère sur le terreau des morts où s’organise le grand rassemblement des particules dispersées à travers l’espace et le temps.

C’est la règle générale de la nature qui donne la vie et la reprend, se nourrit d’elle-même, recycle à l’infini.

À l’image de l’acacia, le nouveau Maître prend racine dans cette part invisible de lui-même, se recentre dans une intimité déjà sondée le long du fil à plomb.

Par les 5 points de la Maîtrise, le futur Maître est relevé et reçoit les syllabes du Mot Sacré. Comme le soleil reparaît au solstice d’hiver, le Maître renaît plus radieux que jamais, rayonnant de lumière. L’acacia est connu.

Restauré dans ses possibilités et devenu conscient d’une transformation en lui, le Maître se nourrit désormais de l’enseignement de son relèvement pour continuer sa quête et devenir un pilier stable de la loge.

Plante de résilience dans les déserts arides, bois imputrescible de l’Arche d’Alliance, arbre de renaissance associé à Osiris et au Christ, l’acacia concentre en lui les grandes thématiques initiatiques : la mort, la quête, la connaissance et la régénération.

En définitive, l’Acacia ne marque pas seulement l’emplacement du corps d’Hiram : il indique le chemin que chaque Maître Maçon doit suivre pour retrouver, en lui, le Maître véritable.

Symbole d’immortalité et d’espérance, il rappelle avec force que, même après l’épreuve la plus sombre, la vie et la lumière peuvent toujours renaître, plus vigoureuses et plus lumineuses qu’auparavant.

Le Maître Maçon comprend que la véritable immortalité ne réside pas dans la survie du corps, mais dans la transmission de la Lumière, de la Connaissance et des valeurs qu’il s’efforce d’incarner.

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Le Manuscrit Vuillaume sort de l’ombre : les deux premiers tomes dévoilés aux Rencontres Écossaises de Grenoble du SCPLF-REAA

Plus de deux siècles après leur rédaction, les rituels consignés par Claude-André Vuillaume retrouvent le chemin des mains, du regard et de l’étude. Le Suprême Conseil pour la France du Rite Écossais Ancien et Accepté entreprend la publication d’un ensemble documentaire exceptionnel sous le titre Rituel des trente-trois degrés de l’Écossisme. Les deux premiers tomes seront disponibles à l’occasion des Rencontres Écossaises de Grenoble, les 19 et 20 septembre 2026. Les quatre volumes suivants viendront compléter cette monumentale entreprise éditoriale en 2027.

Quand un manuscrit oublié redevient une source vivante

Il est des archives qui dorment et d’autres qui attendent. La nuance est essentielle. Les premières appartiennent au silence du passé ; les secondes semblent patienter jusqu’à ce qu’un regard suffisamment attentif vienne à nouveau les éclairer. Le Manuscrit Vuillaume appartient incontestablement à cette seconde catégorie.

En 2019, la Bibliothèque nationale de France numérise, au sein de Gallica, trois manuscrits conservés sous les cotes Smith-Lesouëf 125 à 127. Parce qu’ils n’étaient pas intégrés au fonds maçonnique proprement dit, ces documents fondamentaux avaient jusque-là largement échappé au regard des historiens de la Franc-Maçonnerie. Ils sont alors repérés et étudiés par les chercheurs de la Fondation Latomia, qui parviennent à identifier leur rédacteur : Claude-André Vuillaume, 33e, auteur du célèbre Tuileur, et à dater leur rédaction de 1822.

Cette date suffit presque à dire l’importance de l’ensemble. Nous nous situons aux premières années de l’installation et de la structuration du Rite Écossais Ancien et Accepté en France, dans la proximité immédiate de la réorganisation du Suprême Conseil en 1821. Le Suprême Conseil du 33e degré avait été créé en France en 1804 ; les décennies suivantes furent celles des ajustements, des transmissions, des recompositions institutionnelles et rituelles dont devait naître une tradition durable.

Le manuscrit ne constitue donc pas seulement une curiosité bibliophilique. Il offre quelque chose de beaucoup plus précieux : un témoignage rituel situé dans le temps, au moment où le REAA français prend forme, organise ses degrés et transmet son architecture initiatique.

Trente-trois degrés, trois manuscrits, six tomes

Devant l’importance historique et rituelle de ces documents, la Commission Histoire du Suprême Conseil pour la France a souhaité en assurer la publication. L’ensemble paraîtra sous le titre Rituel des trente-trois degrés de l’Écossisme et permettra de parcourir progressivement la totalité de l’édifice écossais.

L’édition ne se contente pas de reproduire un texte ancien

Elle restitue des manuscrits remarquablement illustrés, dans lesquels figurent des lithographies issues notamment de l’édition de 1820 du Tuileur de Vuillaume, mais aussi des dessins originaux, plans, signes d’ordre, bijoux, tableaux de Loge, objets et tabliers du Rite. Chaque grade est accompagné de représentations du Franc-Maçon dans les décors et les postures d’ordre caractéristiques. L’ensemble compte 107 illustrations en pleine page, auxquelles viennent s’ajouter de nombreuses illustrations insérées dans le texte ainsi qu’un appareil de notes explicatives particulièrement développé.

Le choix éditorial consiste à répartir les trois manuscrits originaux en six tomes, accompagnés de leur transcription et d’un abondant apparat critique.

Le premier volume couvre les 1er au 3e degrés, complétés notamment par les rituels funèbres et celui de Passé-Maître ; le deuxième conduit du 4e au 14e degré. Viendront ensuite le tome 3, consacré aux 15e à 18e degrés ; le tome 4, aux 19e à 27e degrés ; le tome 5, aux 28e à 30e degrés ; enfin le tome 6, qui conduira du 31e au 33e degré, avec un supplément historique.

Grenoble 2026 : les deux premiers tomes disponibles

C’est donc un rendez-vous éditorial autant qu’initiatique qui attend les participants aux prochaines Rencontres Écossaises, organisées à Grenoble les samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026. Le site officiel du Suprême Conseil pour la France confirme ces dates,

À cette occasion, les deux premiers tomes du Rituel des trente-trois degrés de l’Écossisme seront disponibles. Ce premier ensemble permettra déjà de suivre un arc essentiel de la progression écossaise, depuis les trois grades symboliques jusqu’au 14e degré. Les tomes 3, 4, 5 et 6 paraîtront au cours de l’année 2027, achevant ainsi la publication de l’intégralité du corpus Vuillaume.

Le choix de présenter ces premiers volumes lors des Rencontres Écossaises n’a d’ailleurs rien d’anodin. Ces journées sont devenues au fil des décennies un lieu de dialogue entre histoire, philosophie, science, symbolisme et spiritualité, prolongeant par la réflexion ce que le Rite propose par l’expérience. En 2026, elles se tiendront à Grenoble autour de grandes interrogations liées notamment à la Création et à la pensée initiatique.

Le rituel comme mémoire en mouvement

L’intérêt d’une telle publication dépasse naturellement la seule histoire documentaire. Un rituel ancien n’est pas un fossile que l’on placerait sous verre ; il est une strate de mémoire. Il révèle ce qu’une génération de Maçons recevait, pratiquait, transformait et transmettait. En confrontant ces textes de 1822 aux usages contemporains, le lecteur peut mesurer ce qui demeure, ce qui s’est déplacé, ce qui s’est enrichi et parfois ce qui s’est effacé.

C’est là que l’entreprise prend une véritable dimension initiatique. La Tradition n’est pas la répétition mécanique du passé ; elle est transmission d’un dépôt vivant. Encore faut-il connaître ce dépôt, revenir aux sources, examiner les mots, les gestes, les décors et les symboles avant de prétendre en comprendre l’esprit. Le Manuscrit Vuillaume nous offre précisément cette possibilité : remonter le cours du Rite jusqu’à une époque où nombre de ses formes étaient encore proches de leur élaboration française.

On pourrait presque y voir le geste de l’archéologue rejoint par celui du Maçon.

L’un retire patiemment les couches du temps ; l’autre cherche derrière les formes successives la pierre première dont procède l’édifice. Tous deux savent que l’ancien ne vaut pas parce qu’il est ancien, mais parce qu’il permet de mieux interroger le présent.

Avec cette édition en six tomes, le Suprême Conseil pour la France accomplit ainsi un véritable travail de conservation et de transmission. Les deux premiers volumes proposés à Grenoble ouvriront la porte ; les quatre autres, attendus en 2027, permettront d’achever le parcours jusqu’au 33e degré. Deux cents ans après que Claude-André Vuillaume eut fixé sur le papier rites, signes, décors et enseignements, son manuscrit revient ainsi parmi les Maçons non comme une relique, mais comme une parole retrouvée de la mémoire écossaise.

Les Rencontres Écossaises 2026 auront lieu à Grenoble les 19 et 20 septembre. Pour les amoureux du REAA, de son histoire et de ses sources, le rendez-vous prendra cette année une dimension particulière : celle de pouvoir enfin ouvrir les premiers volumes d’un manuscrit qui, après deux siècles de silence, recommence à transmettre.