« Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler, sont les deux principes de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir ! »
Pierre Dac
J’étais parti pour vous écrire un article qui parlerait de liberté, égalité et fraternité, bref un un article en profondeur, un article de fond, de fond secret bien sur, nous sommes en Franc-maçonnerie.
Avant de commencer à jeter mon inspiration effervescente sur ma page toujours blanche depuis des heures, j’ai jeté mon dévolu sur les réseaux sociaux: c’est plus facile qu’ouvrir un livre, c’est bien connu.
Je dois vous dire qu’en plus, je ne peux même pas m’appuyer sur l’intelligence artificielle car ses fibres optiques ne sont pas reliées à mon cerveau à faible quotient intellectuel.
Aussi
« j’ai passé une heure avec les « putaclics » et les têtes à claques »
« Ces performeurs en videos kg vues, riches en infos et en désinfos
Je tenais à m’assurer encore une fois que je n’allais pas vous parler de thèmes maçonniques déjà traités des centaines de fois.
Donc le stress grandissant, j’ai opté pour aller aérer mes poumons en plein air car nous le savons tous la marche comme le sommeil a des effets bénéfique sur le métabolisme.
Il est vrai que parler de franc maçonnerie n’est pas chose facile, il faut un certain talent pour réussir à vulgariser cet immense sujet.
Plus facile à dire en langages réseaux: « C’est du lourd »
Il faut avouer également que la franc-maçonnerie ne facilite pas la tache avec toutes ses obédiences, loges et membres qui apportent toutes et tous leurs avis personnels.
Permettez moi la comparaison avec le corps humain constitué de toutes ses cellules que l’on étudie en biologie, ce qui fait apparaitre la complexité et le niveau de connaissance à posséder pour nous le restituer.
C’est donc au Grand rené que je confie la tache de la mauvaise foi pour nous donner envie d’aller plus loin dans la vidéo ci-dessous :
– Ce signe aurait donc traversé les siècles comme un symbole discret mais puissant, dissimulé dans des œuvres d’art entre la Renaissance et le XVIIIe siècle, agissant comme un code pour ceux qui partageaient un savoir secret lié au diamant alchimique ? Demanda Alexander.
– Oui, on peut envisager que le diamant alchimique, issu des recherches hermétiques de la Renaissance, aurait été conçu comme une cristallisation parfaite de la pierre philosophale, une matière censée conférer la vie éternelle et une connaissance infinie. Ce diamant, dit-on, ne pouvait être activé qu’en exécutant un geste spécifique, symbolisant l’union des éléments opposés (le majeur et l’annulaire représentant le Soufre et le Mercure, des principes fondamentaux en alchimie) tout en laissant l’énergie circuler librement à travers les autres doigts. Cette posture devenait un outil non seulement de méditation spirituelle, mais aussi un moyen d’ouvrir un lien avec le diamant et de libérer son pouvoir.
– Si l’on reprend ce que nous avons appris, poursuivit Sir Archibald, durant la Renaissance, une période marquée par l’épanouissement des sociétés secrètes et des cercles ésotériques, ce geste aurait été introduit dans des œuvres d’art comme une sorte de secret visuel. Tout part du diamant de Marsile Ficin qui, on le sait le transmet à Léonard de Vinci et le secret est transmis à Sandro Botticelli, Michel-Ange, Albrecht Dürer, Agnolo Bronzino.
Léonard de Vinci, souvent soupçonné d’appartenir à des cercles initiatiques, aurait été l’un des premiers à codifier ce geste. Jésus, au centre de la Cène, pose sa main d’une manière particulière : le majeur et l’annulaire sont séparés des autres doigts, comme en attente d’accueillir quelque chose qui y serait déposé Ce geste n’était pas seulement une représentation du divin, mais un acte codé. Da Vinci aurait intégré la posture des mains comme invitation à comprendre qu’il fallait une concentration particulière, un acte alchimique à travers les mains, pour libérer le pouvoir caché du diamant pour l’avoir expérimenté.
Des artistes comme Raphaël et Michel-Ange auraient également perpétué ce signe à travers leurs œuvres, glissant ces postures dans des scènes religieuses ou mythologiques. Souvent, ce geste était intégré dans les mains des saints, des anges ou des figures allégoriques, où il pouvait passer inaperçu du grand public tout en étant immédiatement reconnaissable pour les initiés. La fresque de la Création d’Adam de Michel-Ange, qui orne la voûte de la chapelle Sixtine, est l’une des œuvres les plus emblématiques de la Renaissance. Au cœur de cette composition, on peut observer le détail fascinant : la posture des mains dans l’instant où Dieu tend la main vers Adam pour insuffler la vie.
Le majeur et l’annulaire d’Adam sont rapprochés, séparés des autres doigts, tandis que la main de Dieu suit un mouvement similaire, bien que plus énergique et affirmatif. Si l’on suit une lecture ésotérique, ce geste pourrait être interprété comme un code hermétique transmis par Michel-Ange. Il représenterait l’union des polarités ou des principes complémentaires, une notion essentielle dans l’alchimie et la philosophie mystique. Dans l’alchimie, chaque geste ou symbole a une signification particulière, souvent en lien avec la transformation spirituelle et l’union des forces opposées. Si l’on considère l’hypothèse que Michel-Ange était aussi initié à certaines traditions hermétiques – une idée qui a souvent été suggérée en raison de sa profonde connaissance de l’anatomie, de la théologie et des concepts mystiques – alors ce geste pourrait être un écho à cette posture transmise secrètement. La position des mains pourrait symboliser l’activation d’un pouvoir latent, un geste rituel qui rappelle comment un diamant alchimique, créé à la Renaissance, pourrait être « activé » par ce même type de posture. La tension entre les doigts de Dieu et d’Adam pourrait ainsi être vue comme une métaphore de la transmission d’énergie, non seulement en termes de vie physique, mais aussi en termes de transformation spirituelle. Michel-Ange était bien plus qu’un artiste ; il était un penseur et un érudit, imprégné des connaissances de son temps, y compris celles qui restaient cachées aux non-initiés. Dans un contexte où les cercles humanistes de la Renaissance baignaient dans des traditions néo-platoniciennes et hermétiques, il est tout à fait plausible que Michel-Ange ait intégré des symboles secrets dans son art. Le geste des mains dans La Création d’Adam peut ainsi être lu comme une tentative de communiquer un message crypté à ses contemporains initiés.
Avec l’avancée du temps et l’émergence du baroque et du rococo, ce geste continuerait de se transmettre, mais il deviendrait encore plus subtil, presque caché. Les artistes initiés du XVIIe siècle utilisèrent des jeux d’ombre et de lumière pour dissimuler le geste dans les mains de leurs sujets.
Au XVIIIe siècle, l’essor des loges maçonniques et des cercles d’érudits permit une dernière floraison de cette tradition. Des peintres comme François Boucher et Jean-Baptiste Greuze, bien que plus orientés vers des scènes profanes ou sentimentales, insérèrent parfois ce geste dans leurs compositions, en s’assurant que seuls les connaisseurs pouvaient en deviner la véritable signification.
Et Caris d’ajouter :
– Bien que beaucoup de ces artistes n’aient jamais vu le diamant de leurs propres yeux, la tradition ésotérique qu’ils suivaient leur enseignait à honorer et transmettre son pouvoir. Chaque tableau où ce geste apparaissait devenait ainsi une clé, un maillon dans la chaîne d’une transmission occulte. Le spectateur non initié pouvait admirer la beauté et la subtilité de l’œuvre, tandis que l’initié y lisait un message bien plus profond : la promesse d’une immortalité conditionnée par la compréhension des mystères universels.
– Ainsi, à travers les siècles, cette posture des mains devint une signature ésotérique. Elle représentait à la fois un rappel des aspirations spirituelles de l’humanité et un témoignage de l’existence d’un savoir caché, transmis de maître à disciple, à travers les pinceaux d’artistes visionnaires, mais tous humanistes. conclut Alexander.
Le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) est un des rites de la franc-maçonnerie les plus répandus dans le monde. Nous avons vu dans un article précédent comment le REAA avait été fondé officiellement aux États-Unis, plus précisément à Charleston (Caroline du Sud) par quelques Frères pratiquant le Rite du Royal Secret ou rite « de Perfection » en 25 degrés, rite d’origine française importé par Étienne Morin et son continuateur Henry Andrew Francken.
Les 11 fondateurs du REAA, sous l’impulsion de John Mitchell et Frédéric Dalcho, ont donc créé le rite en 33 degrés tel que nous le connaissons aujourd’hui en remaniant l’ordre des degrés du Rite du Royal Secret et en y ajoutant huit degrés supplémentaires, également d’origine française.
Il est important de savoir que c’est avec des patentes de ce premier Suprême Conseil que furent progressivement constitués tous les autres Suprêmes Conseils du monde, comme le Suprême Conseil du 33e degré en France en 1804, mais aussi le Suprême Conseil de la Juridiction Nord des États-Unis, en 1813 voire le Suprême Conseil d’Angleterre et du Pays de Galles, en 1845.
Parmi les 11 « gentlemen de Charleston » se trouvaient deux français, le comte Auguste de Grasse-Tilly et son beau-père Jean-Baptiste Delahogue. C’est ce dernier qui réveillera le Suprême Conseil des Isles d’Amérique qu’avait fondé en 1802 son gendre de Grasse-Tilly, De Grasse-Tilly a été fait prisonnier par les Anglais juste avant la capitulation de Saint-Domingue et est conduit à Kingston. Libéré début février 1804, il rejoint sa famille et son beau-père à Charleston. Embarqué avec eux pout la France en même temps que les prisonniers résidant à Charleston, il débarque à Bordeaux le 29 juin 1804. Il rejoint Paris où, peu de temps après le Maréchal Kellermann fera de lui son aide de camp. Il le suivit donc dans toutes les campagnes que Kellermann mena aux côtés de l’Empereur Napoléon Ier.
En 1804, la Grande Loge Générale Ecossaise de Rit Ancien est créée pour administrer les loges symboliques ayant refusé de fusionner avec le Grand Orient de France dans les conditions souhaitées par Napoléon Ier. Cette Grande Loge sera cependant supprimée par l’Empereur au bout de deux mois, pour opérer un rapprochement forcé avec le Grand Orient.
C’est à de Grasse-Tilly que l‘on doit d’avoir créé, le Suprême Conseil de France, puissance maçonnique indépendante et souveraine. En ces temps quelque peu agités, tandis que l’Empereur voulut une Franc-maçonnerie à son service et privilégia le Grand Orient, le Suprême Conseil de France ne tarda pas à protéger ou à créer des loges symboliques, c’est-à-dire celles des trois premiers degrés. Ces Loges symboliques devinrent indépendantes quelques décennies plus tard, donnant naissance à la Grande Loge de France, obédience de la Franc-maçonnerie traditionnelle.
Rappelons en effet ici que conformément à la Tradition, les travaux des Loges de la Grande Loge de France s’effectuent en présence des : le Volume de la Loi Sacrée (la Bible), le Compas et l’Équerre, « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers ». La Grande Loge de France laisse à ses membres, le soin d’interpréter le Grand Architecte de l’Univers, principe créateur, selon leur propre sensibilité ou conviction. En 1815, la rupture est consommée entre le SCDF et le Grand Orient, et le Suprême Conseil de France reprend tous ses droits sur le Rite Écossais Ancien et Accepté. Mais jusqu’en 1821, les Loges symboliques du Rite Écossais Ancien et Accepté fonctionnaient conformément au concordat de 1804, probablement avec le rituel intitulé « Guide du maçon écossais »
Le 6 juin 1821, la Loge de la Grande Commanderie regroupe tous les Souverains Grands Inspecteurs Généraux ainsi que « les autres maçons écossais qui, par leurs grades, leurs services et autres considérations majeures, obtiendront la faveur d’y être admis. ». Le 29 juin 1821, est célébrée au sein de cette Loge, sous la présidence du Grand Commandeur – Grand Maître comte de Valence – une pompe funèbre à la mémoire notamment des Très Illustres Frères François Kellermann, duc de Valmy, pair et maréchal de France, François-Joseph Lefèbvre, duc de Dantzig, pair et maréchal de France, André Masséna, duc de Rivoli, prince d’Esling, maréchal de France…
La Loge de la Grande Commanderie porte le N°1. Elle est riche de soixante-trois membres en 1821 et susceptible d’être portée à 81 membres sans pouvoir dépasser ce nombre. Un décret du 21 septembre prévoit de délivrer aux membres du Suprême Conseil, un certificat d’activité et une vignette particulière qui sera un aigle à deux têtes, les ailes ouvertes, tenant dans ses serres une épée antique sur laquelle est posé un large ruban formant légende avec cette devise : DEUS MEMQUE JUS ; au-dessus de l’aigle, en exergue demi-circulaire, ces mots : SUPRÊME CONSEIL DU 33e DEGRE POUR LA FRANCE. Les années passent, et les changements de régime se succèdent.
En 1829, le Suprême Conseil met en application dans ses Loges symboliques ses premiers rituels, « REAA – Rituel des trois premiers degrés selon les anciens cahiers – 5829 ». Ce nouveau rituel de 1829 a ensuite été transmis d’abord sous les auspices du Suprême Conseil pour la France jusqu’à la fin du 19ème siècle, puis sous ceux de la Grande Loge de France (GLDF) jusqu’à ce jour, et cela avec plus ou moins d’évolutions.
La Grand Loge Nationale Française (G.L.N.F.), après avoir hérité du REAA. en 1965, l’a retenu comme élément de base de son premier rituel du REAA. (dit « Cerbu ») à partir de janvier 1973.
La Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (G.L.-A.M.F.) a fait de même lors de sa création en 2012.
Laissons encore passer quelques décennies.
L’année 1875 est marquée par le convent des Suprêmes Conseils écossais réunis à Lausanne du 6 au 22 septembre. La convocation d’un convent universel faisait partie des possibilités prévues par le Traité d’Union, d’Alliance et de Confédération maçonnique de Paris de 1834. Le choix final du pays organisateur s’était finalement et naturellement porté sur le dernier Suprême Conseil en date, celui de Suisse, en retenant la date du premier lundi de septembre 1875. L’année 1875 est ainsi marquée par le convent des Suprêmes Conseils écossais réunis à Lausanne du 6 au 22 septembre.
Le Convent de Lausanne réunit 11 délégations.
Adolphe Crémieux, à l’origine Isaac Jacob. Né le 30/04/1796 à Nîmes et mort le 10/02/1880 à Paris. Avocat et homme politique français.
Les travaux de la séance inaugurale sont ouverts par le Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de Suisse, le Très Illustre Frère Jules Besançon, assisté de ses Officiers. La délégation du Suprême Conseil pour la France était présidée par le Très Puissant Souverain Grand Commandeur Adolphe Crémieux.
Plusieurs décisions importantes sont prises par les participants au convent : la révision des Grandes Constitutions de 1786, l’approbation d’un manifeste incluant une « Déclaration de principes » rédigée par le Grand Commandeur français Crémieux conciliant à la fois l’affirmation d’un Principe créateur et le respect de la liberté de conscience, mais aussi le maintien de la devise universelle des Suprême Conseils « Deus Meumque Jus », avec la possibilité d’y adjoindre une devise nationale de son choix. On notera que le Suprême Conseil de France choisit « Liberté – Égalité – Fraternité ».
C’est également sur proposition de la France qu’est dressée une liste des Juridictions des Suprêmes Conseils en amitié (dont la régularité est reconnue) : États-Unis d’Amérique (Nord), États-Unis d’Amérique (Sud), Amérique Centrale, Angleterre-Pays de Galles et Dépendances, Belgique et Hollande, Canada, République du Chili, Colon, Écosse, États-Unis de Colombie, France et ses dépendances, Royaume de Grèce et les îles sous sa domination, Royaume de Hongrie, Irlande, Italie-Sicile et autres îles Italiennes, États-Unis de la République Mexicaine, République Péruvienne, Portugal et ses colonies, République Argentine, Confédération Suisse, République orientale de l’Uruguay, États-Unis du Venezuela.
Les Suprêmes Conseils présents et représentés s’engagent à ne reconnaître qu’un seul Suprême Conseil par Juridiction.
Ils refusent aux Grands Orients le droit de conférer des hauts grades mais chaque Suprême Conseil peut tolérer dans le pays de sa juridiction des visiteurs qui auraient été élevé à de hauts grades par d’autres « Obédiences » de ce pays et à régulariser ceux qui les auraient obtenus irrégulièrement.
Albert Pike
Pour être complet, il faut ajouter qu’aux États-Unis, le Grand Commandeur de la Juridiction Sud, Albert PIKE, est mécontent : il proteste contre la décision du Convent de reconnaître au Suprême Conseil de France le droit de juridiction territoriale sur les îles Sandwich ! Cette affaire le conduira à suspendre ses relations d’amitié avec le Suprême Conseil de France ; celles-ci ne seront rétablies qu’en 1887. Plus sérieusement, Pike refuse, ainsi que les Suprêmes Conseils de la juridiction Nord des États-Unis, d’Écosse et de Grèce la définition du Grand Architecte de l’Univers adoptée à Lausanne.
Deux ans plus tard, en septembre 1877, ces juridictions se réunissent à Edimbourg. Elles rédigent une autre Déclaration de principe qui proclame « nécessaire et fondamentale la croyance en l’existence de Dieu vrai et vivant » mais « laissant à chacun le soin d’adorer Dieu dans la forme qu’il juge en sa conscience devoir lui être le plus agréable ». En 1894, le Suprême Conseil de France accorde leur autonomie aux loges symboliques des trois premiers degrés. Ainsi se crée, la Grande Loge de France, auquel le SCDF n’accordera son autonomie administrative complète qu’en 1904 lorsqu’il renonce à délivrer les patentes constitutives des nouvelles loges. Le SCDF reste cependant garant de la cohérence dès 33 degrés du rite et conserve des relations étroites avec la GLDF.
En 1964, le Souverain Grand Commandeur Charles Riandey fut exclu par le Suprême Conseil de France et avec 400 à 500 membres de la Juridiction du Suprême Conseil quitta le Suprême Conseil de France et rejoignit la Grande Loge Nationale Française. Il se fit ensuite ré-initier à Amsterdam aux 33 degrés du rite puis fonda avec l’appui du Suprême Conseil de la Juridiction Sud des États-Unis un nouveau Suprême Conseil, le « Suprême Conseil pour la France ».
Régulièrement depuis, le Suprême Conseil de France organise diverses manifestations, publiques ou réservées aux francs-maçons.
Le SCDF rappelle que tous les Suprêmes Conseils du monde régulièrement constitués sont régis par les mêmes textes. Ils possèdent donc un fonctionnement identique et des caractères communs.
Ainsi, il ne peut exister qu’un seul Suprême Conseil par pays. C’est le premier constitué. Toute création postérieure est une usurpation qui est contraire aux Principes constitutionnels des Suprêmes Conseils.
Le Suprême Conseil de France crée, selon les besoins, des ateliers de différents degrés afin de permettre aux Frères de travailler rituellement. Conformément à ses coutumes, le Suprême Conseil de France installe et place sous son autorité juridictionnelle de la Juridiction formée des Loges de Perfection du 4e au 14e, Chapitres du 15e au 18e, Aréopages du 19e au 30e, Tribunaux 31e, Consistoires 32e et enfin Conseil Suprême 33e Le Suprême Conseil de France élève, aux degrés supérieurs du Rite, des Maçons qu’il en juge dignes par leurs mœurs, leur caractère, leur comportement, leurs vertus maçonniques et leurs aptitudes.
Soif spirituelle ou simple recherche de connexions ?
La Franc-maçonnerie se développe en Espagne et aussi en Italie, et ils le déclarent avec satisfaction. Le site Internet de la Grande Loge d’Espagne, qui avec quelque 3 000 membres est considérée comme la plus grande organisation maçonnique d’Espagne, a annoncé en mai dernier que « d’avril 2022 jusqu’au jour de la rédaction de cet éditorial, le nombre total de membres inscrits à la Grande Loge d’Espagne, en considérant les membres profanes qui voient la lumière, mais aussi les plaques retirées, ainsi que les affiliations, les régularisations et les frères qui sont passés à l’Orient Éternel a augmenté de 11,6 %. »
Il a ajouté : « La Grande Loge d’Espagne grandit, et nous le constatons tous . Des décrets réactivant des Loges, élevant des colonnes et créant des triangles arrivent dans nos boîtes mail […] Depuis avril 2022, 15 Loges Symboliques Respectables ont été réactivées ou consacrées dans toute l’Espagne. C’est-à-dire que 8 % des Loges actuellement actives de la Grande Loge d’Espagne ont commencé ou repris leurs travaux au cours des trois dernières années. »
L’éditorial de la revue de la Grande Loge d’Espagne s’interroge sur les raisons de la croissance et ne commente que les raisons « internes ». Parmi eux, ils soulignent des changements dans leur règlement intérieur qui favorisent la création de petits groupes appelés « triangles » (nécessitant au moins trois Maîtres Maçons), plus faciles à organiser qu’une loge.
Ils soulignent également que la Grande Loge d’Espagne a fait des efforts pour bien traiter la presse et qu’ils sont apparus dans de nombreux reportages télévisés, émissions de radio, podcasts et chaînes YouTube. De plus, de nombreuses personnes peuvent s’intéresser directement via le site Web et la chaîne YouTube de l’Obédience. Ils ont également lancé une bande dessinée destinée aux amateurs de bandes dessinées historiques intitulée L’Aigle et le Compas (son auteur, Juan Cantero, est un « vénérable frère » maçon).
Le magazine ne le précise pas, mais le fait d’avoir comme Grand Maître un sénateur socialiste, José María Oleaga Zalvidea, a probablement aussi aidé la presse à montrer de l’intérêt et à se montrer amicale.
Qu’est-ce qui satisfait le plus le sénateur socialiste et Grand Maître Maçon et qui l’empêche de sauver des bébés ?
Quoi qu’il en soit, la Franc-maçonnerie en Espagne reste minuscule par rapport à sa présence dans d’autres pays. Le Grand Orient d’ Italie, la plus grande organisation maçonnique du pays, compterait environ 23 000 membres, soit cinq mille de plus qu’en 2007. Ils n’admettent pas de femmes, mais ils déclarent également qu’ils sont en croissance.
Et les chiffres font pâle figure en comparaison de ceux de la France. Le Grand Orient de France, dans une brochure de 2023, revendiquait près de 52 500 membres. Il est vrai qu’il n’a pas beaucoup grandi (en 2019 il en comptait environ 52 000). Mais elle a beaucoup de concurrence : la Grande Loge de France déclare environ 32 000 membres (hommes), la Grande Loge nationale française environ 35 000 membres (hommes), la Fédération française des droits de l’homme environ 17 500 et la Grande Loge féminine de France environ 13 500.
Rencontre internationale des francs-maçons en Bulgarie en 2025 dans un hôtel
Un article paru dans El Periódico de Catalunya , consultant des sources italiennes en 2024, a cherché à comprendre ce qui rend la Franc-maçonnerie attrayante. Massimo Rizzardini, professeur à l’Université de Milan et auteur du livre « En Italie de l’Est », a récemment affirmé : «Le secret, les rites traditionalistes inchangés, la possibilité de vivre une expérience loin du monde profane, exercent un attrait très fort » en Italie. D’autres chercheurs, comme Eleonora Salina, ont avancé des explications plus simples, notamment le désir de « faire des affaires ou progresser dans sa carrière en entrant en contact avec des personnes susceptibles de vous aider ».
Des Francs-maçons pour le bureau ? Ou bien y a-t-il une soif spirituelle ?
Les sites Web et les brochures maçonniques insistent sur le fait qu’il faut devenir maçon pour des raisons « spirituelles » et pour grandir en tant que personne, et qu’il ne faut pas avoir d’intérêts financiers ou matériels ni chercher à « gagner de l’argent ».
Mais d’anciens francs-maçons ayant quitté ce monde expliquent qu’effectivement, au sein des loges, des complicités se nouent et des faveurs s’échangent. Et dans le cas de la Grande Loge d’Espagne, selon un rapport de 2024 d’Antonio Fernández pour El Confidencial, « tous les hauts fonctionnaires, à l’exception du Grand Orateur et du Grand Trésorier, qui sont élus, ont été triés sur le volet par Oleaga [le Grand Maître et sénateur socialiste] et sont généralement socialistes. »
Il est vrai que le socialisme espagnol est réputé pour distribuer des postes à l’infini parmi ses membres, mais un nombre significatif d’Espagnols décident-ils réellement de rejoindre des « triangles » ou des loges dans l’espoir d’obtenir les faveurs des responsables socialistes ?
L’autre option est que, comme l’indique le magazine de la Grande Loge d’Espagne lui-même, en obtenant une plus grande visibilité sur les réseaux sociaux, la radio, la télévision, les journaux et les programmes Internet, de nombreuses personnes ayant une curiosité et une préoccupation spirituelles seront attirées.
« Une expérience éloignée du monde profane », comme le disait Rizzardini, mais pas trop éloignée, qui ne change guère le style de vie ou les exigences morales du monde et qui donne un sentiment d’appartenance à quelque chose de « spécial », une nécessité à notre époque de solitude, et encore plus à certains âges.
Sommes-nous arrivés au grand virage de la vie sur terre ? Avons-nous quitté la voie du Salut qui passe par le refus du monde naturel et par les idées de rédemption et de messianité salvatrice pour accéder à la voie de l’Accomplissement qui passe par l’assomption radicale du monde naturel et les idées de cheminement initiatique et spirituel, visant à l’union entre la personne et le Réel ? Choisir la voie de l’Accomplissement se nomme Ecosophie : moniste, spiritualiste, panenthéiste, immanentiste, évolutionniste, réaliste, héraclitéenne, spinoziste, nietzschéenne, bergsonienne… Parmi cette complexité l’ouvrage nous propose des outils de grande simplicité pour une spiritualité écosophique de demain.
AUTEUR : Marc Halévy est un physicien et philosophe français spécialisé dans les sciences de la complexité. Il a coopéré avec le prix Nobel de physique Ilya Prigogine. Il a publié de nombreux ouvrages sur la Kabbale, la spiritualité, l’Alchimie et l’Hermétisme, la pensée hébraïque et la Gnose. Il a déjà publié dans cette collection
Parler de la philosophie maçonnique est sans doute de ma part un pari audacieux car l’opinion dominante parmi les Maçons est qu’il n’existe nulle idéologie en Maçonnerie. A cela je répondrais qu’il est encore plus téméraire de le nier car si on met bout à bout les idées formulées dans le rituel et donc présentées par l’Ordre comme vérités maçonnique à recevoir comme telles, on est bien en présence de thèmes et propositions tout à fait cohérentes.
J’exclus naturellement tout ce qui vient d’ouvrages maçonniques innombrables et de toutes les spéculations auxquelles se livrent les Maçons depuis la nuit des temps. Je ne m’appuierai pour ma démonstration et mes analyses sur ce qui fait partie du Rite écossais et constitue la pensée régulière de notre Ordre. Il existe bien un système qui est proposé à notre réflexion comme découlant de textes constitutionnels et de la trame générale de notre symbolisme..
Dissipons d’abord un malentendu qui pourrait expliquer les divergences d’opinions sur la question. Certes la Franc- Maçonnerie de Rite écossais n’impose pas de système d’interprétation concernant l’ensemble des mythes, légendes et symboles sur lesquels le Rite est construit, même si la Tradition qui constitue en soi un code de décryptage nous impose des grilles de lecture que l’initié ne peut ignorer.
A cet égard nous sommes libres de choisir la vision initiatique et métaphysique que nous pouvons tirer de notre pratique du Rite. Il n’en reste pas moins qu’il va découler des Constitutions et de la Tradition judéo-chrétienne à laquelle nos symboles et légendes font référence un corpus d’idées présentées comme Vérités de l’Ordre et qu’il nous est difficile de mettre en question à moins de nous mettre en contradiction avec l’identité même de notre Maçonnerie et de notre Rite. C’est là que je situe ce que je nommerai la philosophie maçonnique qui certes est très difiérente des métaphysiques totalisantes comme celles des religions ou de certains systèmes rationnels comme ceux de Descartes, Leibniz ou Spinoza.
Puisque nous recherchons la Parole perdue dont nous essayons d’approcher à travers l’infinie multiplicité des symboles et des mythes qui nous en restent et qui en assurent la transmission, nous n’avons pas de dogme à proposer sur des représentations globales du monde et de l’Ordre divin. Mais nous pouvons dégager des Constitutions et des rites un ensemble de principes généraux qui touchent essentiellement à l’éthique et leur servent de fondement, mais aussi à une méthode symbolique de progression de la pensée qui peut constituer une véritable théorie de la Connaissance et du perfectionnement de Soi
Et les principes de l’éthique, non plus d’ailleurs que la méthode symbolique ne peuvent être mis en discussion précisément parce qu’ils sont les fondements premiers de notre Ordre et les sources de son identité.
Philosophie générale des Constitutions
La Franc- Maçonnerie se place d’emblée sous le signe de l’universel en ce sens qu’elle s’adresse à tous les hommes sans aucune distinction ni exclusive.
« La Franc- Maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité. Elle constitue une alliance d’hommes libres et de bonnes mœurs, de toutes races, de toutes nationalités et de toutes croyances »
La fraternité dont se réclame d’abord notre Ordre est celle qui unit d’abord tous ses membres et, faut-il le préciser, sans distinction d’obédience, mais elle s’applique aux yeux des Maçons à tous les hommes. Cette vision de la fraternité humaine est d’abord un héritage de la pensée ont une identité de nature et possèdent en propre la raison.
Mais c’est aussi un héritage de la pensée biblique et du christianisme qui a affirmé la dignité universelle de l’être humain en sa qualité de création divine et de descendant d’Adam et d’Eve.
« La Franc-Maçonnerie a pour but le perfectionnement de l’humanité »
Cette finalité du perfectionnement de l’humanité relie également notre Ordre à la pensée humaniste qui a présidé à la fondation de la Maçonnerie au XVIIIe siècle.
La notion de perfectionnement revêt une signification double : d’une part il s’agit d’abord pour le Maçon de perfectionner son être intérieur en résistant à toutes les pulsions de l’ego qui l’attache aux choses sensibles et à l’opinion des autres, en développant sans cesse sa Connaissance initiatique, en travaillant par l’ascèse à la purification de son esprit.
Pour le Maçon, le perfectionnement se mesure au progrès de la maîtrise de sa nature, au degré d’amour incarné dans la pratique des valeurs et des vertus que nous enseignent les rites et symboles de la Maçonnerie comme nous le verrons ultérieurement.
Mais le paragraphe suivant nous montre que le perfectionnement du Maçon ne peut se limiter à son intériorité, car les exigences d’une conscience morale authentique ne peuvent que nous inciter à rechercher non seulement l’amélioration de nos rapports avec nos semblables mais aussi « l’amélioration constante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel et intellectuel que sur le plan du bien-être matériel ».
Ce qui veut dire que rien de ce qui touche au sort de l’humanité dans son ensemble ne nous est étranger, que chaque Maçon à la place où il est et avec les moyens dont il dispose, est engagé dans l’aventure humaine et qu’il a pour devoir de contribuer par ses œuvres et son exemple àla réduction des souffrances et des misères humaines, à accroître la justice et la solidarité dans la société, à augmenter le potentiel de l’humanité afin de remédier aux maux qui l’accablent.
Cette obligation de secourir nos semblables est également inscrite dans la Constitution: « Les Francs-Maçons doivent porter secours à toute personne en danger ».Et plus loin: « Ils sont des citoyens éclairés et disciplinés et conforment leur existence aux impératifs de leur conscience » ce qui découle logiquement des principes d’humanité affirmés plus haut.
Dans le même esprit ils sont des artisans de paix, de conciliation « et veulent unir les hommes dans la pratique d’une morale universelle et dans le respect de la personnalité de chacun ».
Rassembler ce qui est épars
Nous touchons ici à l’éthique fondamentale de la Maçonnerie qui se résume dans une formule spécifiquement maçonnique « Rassembler ce qui est épars ». Elle exprime la volonté de réunir dans une fraternité harmonieuse des individus différents par leur pensée et leur existence.
Si la Maçonnerie s’est voulu dès les origines un lieu d’union et de rassemblement, c’est qu’elle a voulu être une communauté d’un type original où seraient exclus tous les clivages nés des différences de condition comme des conflits idéologiques générés parles différences de religion et de conceptions politiques. C’est pourquoi la Maçonnerie se définit d’abord comme un Ordre éthique où seules sont prises en compte la volonté morale, les valeurs et les qualités spirituelles des hommes. Ce qui cimente l’unité de notre Ordre, c’est le respect de l’humain, la volonté de le promouvoir, l’amour de la liberté, de l’égalité et de la fraternité que nous manifestons à chaque Rite d’ouverture et de fermeture de nos Loges.
Nous pensons aussi que les idéaux qui unissent les Maçons ont le pouvoir rapprocher et de relier tous les hommes de bonne volonté. Dans cet esprit nous recherchons dans notre vie profane la meilleure relation, la communication et la solidarité avec les autres.
En Maçonnerie comme dans le monde profane, nous favorisons le consensus et même comme le dit la Constitution « la conciliation des contraires ›› en partant du principe que des hommes inspirés par des valeurs communes peuvent toujours trouver un terrain d’entente et des modalités de compromis. En ce sens le Maçon se doit d’être un pacificateur, un créateur de communauté. Mais comme nous ne sommes pas des utopistes, nous savons que nombreux sont ceux qui préfèrent s’enfermer dans les passions de l’ego, leurs intérêts et des idéologies exclusives plutôt que de rechercher le dialogue et des solutions de paix.
C’est pourquoi nous dénonçons toutes les formes de sectarisme, de dogmatisme et de fanatisme qui signifient l’exclusion de la pensée de l’autre et une volonté de la soumettre à une idéologie qui lui est étrangère.
Liberté – Égalité – Fraternité
Pour nous la liberté de penser est une caractéristique fondamentale de l’humanisme et la défendre contribue à étendre toujours plus le champ de la fraternité.
Elle est la première liberté du Maçon, inséparable pour nous du respect de la dignité humaine.
Reconnaître cette dignité de la personne, c’est respecter la liberté de sa volonté, de sa pensée, de ses opinions, de ses choix de vie. Ce respect, nous le nommons tolérance et c’est pour nous une vertu maçonnique majeure.
Ce mot n’est peut-être pas approprié car la tolérance peut signifier une acceptation à contrecœur, alors qu’il s’agit pour nous d’une valeur cardinale à défendre en toutes circonstances, d’abord en Loge mais surtout dans le monde profane où elle est toujours menacée par l’ignorance , le fanatisme et le désir de puissance.
Si la liberté de penser est inscrite depuis 1789 dans les Droits de l’homme et du citoyen, si le triptyque « liberté- égalité- fraternité ›› est devenu la devise de la République, la Maçonnerie y est sans doute pour quelque chose. Elle est aussi le principe de base de la démocratie et toutes les formes de la tyrannie commencent par la nier
Elle est aussi au fondement de la laïcité qui en découle car elle implique l’expression plurielle des idéologies et l’exclusion de toute volonté hégémonique de quelque idéologie que ce soit sur la société. La Franc- Maçonnerie a toujours soutenu la laïcité parce qu’elle comporte la condamnation de toute forme de dogmatisme et de totalitarisme, pleinement accordée à ses propres principes.
Evidemment la liberté est aussi à usage interne car elle préside à nos recherches et à nos travaux.
La liberté maçonnique c’est d’abord la recherche illimitée de la vérité métaphysique inscrite dans les rites et les symboles avec l’appui de la Tradition qui oriente l’esprit tout en lui ouvrant des voies multiples d’interprétation.
Illimité signifie d’abord que nous passons outre les interdits religieux concernant la recherche ésotérique en général et l’examen de tout ce qui dans la religion relève du mystère c’est à dire de l’inexplicable pour l’esprit humain.
Car le mystère est précisément le lieu d’élection de l’initiation de Rite écossais puisque nous voulons éclairer les racines initiatiques de la religion et la signification ésotérique des mythes religieux ainsi que celle des cultes à mystères de l`Antiquité.
Mais notre liberté essentielle c’est celle d’interpréter selon notre jugement et notre sensibilité tout le symbolisme et le patrimoine ésotérique légué par la Tradition.
Le principe d’égalité au départ signifie que la Franc-maçonnerie ne prend pas plus en considération le rang social que l’appartenance idéologique. Dans les Loges du XVIIIème siècle pouvaient se rencontrer des aristocrates et des bourgeois,
L’égalité a le même fondement que la fraternité, une commune origine, une commune nature qui comporte chez l’homme l’universalité de la raison d’où procède l’idée de l’égale dignité de chaque être. Cette notion de valeur de toute personne est conçue comme universelle quelle que puissent être les différences entre les aptitudes individuelles, les conditions sociales, les cultures qui les séparent. Sinon l’idée d’égalité en droits fondatrice de nos institutions démocratiques n’auraient pas de sens.
L’égalité en dignité transcende toutes les différences et constitue le principe fondateur de tout humanisme y compris le nôtre. C’est en fonction de cette valeur capitale que s’opèrent les efforts pour réaliser dans l’ordre profane un accroissement de l’égalité des sexes, des conditions sociales, des communautés culturelles, des handicapés.
En Maçonnerie, l’égalité signifie que chaque initié, chaque quêteur de Connaissance et de sagesse a une égale valeur aux yeux de tous, les seules différences étant les mérites dans le dévouement à l’Ordre et le degré d’avancement dans les progrès de l’initiation et de l’évolution spirituelle, aucune différence de degré ou de grade ne mettant en cause l’égalité d’appartenance de tous les Maçons.
Toutefois reconnaissons que le montant de nos capitations ne favorise guère l’intégration de profanes de condition modeste. Nous avons encore des progrès à faire à cet égard.
La Fraternité est sans doute la valeur prépondérante de la Maçonnerie pour les raisons que j’ai esquissées dans l’introduction.
« La Franc-maçonnerie est un Ordre initiatique traditionnel fondé sur la fraternité » énonce la Constitution. Elle est un principe d’union de ceux qui se nomment « Frères » ou « Sœurs » et nomment ainsi les profanes au cours des tenues blanches. Parce que ce principe, au delà de la Maçonnerie nous l`étendons à tous les être humains en raison de la croyance en l’unité humaine que nous héritons des Lumières mais aussi de notre Tradition initiatique qui voit dans l’homme une création divine.
Terme initial de la Constitution, sans cesse réitéré dans tous nos rituels, la fraternité comme la liberté et l’égalité sont des valeurs éthiques transcendantes qui diffèrent complètement de tout ce qui relève de la Connaissance initiatique qui appartient à la sphère de la métaphysique et de l’ésotérisme. C’est dans ce domaine de la Connaissance que la Maçonnerie s’interdit tout discours doctrinal car tout y est discutable dans les cadres fixés par la Tradition.
devise France : Liberté Egalite Fraternité
Par contre ce qui relève de l’éthique ne l’est pas. Les valeurs nous sont transmises par le canal du Rite, elles sont donc impératives et non discutables. Vous n’avez jamais assisté à des discussions sur la légitimité des idéaux du triptyque liberté- égalité- fraternité qui définit dès son origine moderne l’identité de la Maçonnerie.
Ainsi la Franc-maçonnerie a fortement contribué à faire pénétrer les valeurs humanistes dans l’ordre politique et à réaliser la conciliation difficile de l’éthique et de la politique qui constitue l’honneur et la grandeur de la démocratie.
Les valeurs que la Maçonnerie nous enseigne sont pour elle des absolus universellement valables c’est à dire applicables à tous les hommes en raison de leur dignité d’hommes, et que nous avons le devoir de partager, d’intérioriser, de transformer en règles de vie personnelles parce qu’elles sont la raison d’être de notre Ordre, ce pourquoi il a été conçu, édifié et répandu.
Il en va de même d’autres valeurs que nous glorifions comme le travail en un temps où tant d’individus, sans parler de certains théoriciens, le déprécient, le rejettent et en méconnaissent la valeur humaine. Tous nos outils notamment l’équerre, le maillet, le ciseau, la règle, le fil à plomb sont là pour nous en rappeler les vertus et le rôle formateur.
Nous, héritiers des constructeurs de cathédrales, fils des travailleurs de la pierre voués à la construction d’édifices sacrés, comment pourrions nous ne pas Voir dans le travail la source de toutes les grandes œuvres, de tous les progrès de l’humanité et le premier ciment de la fraternité. « Ce qui fait la grandeur d’un métier, c’est d’unir les hommes ›› écrivait Saint-Exupéry.
Mais le travail que nous glorifions par dessus tout c’est celui que nous pratiquons en Loge parce qu’il consiste à donner le plus belle forme à sa propre pierre, celle de notre âme et de son esprit. En apparence ce travail n’est pas productif, en fait il est essentiel car en développant notre connaissance initiatique il nous permet d’accéder à des états de conscience qui nous fournissent les clefs de notre existence, nous dotent de nouvelles potentialités et de pouvoirs sur nous-mêmes, améliorent notre rapport aux autres et au monde.
Et ces changements ne peuvent que se traduire par des choix de vie, des orientations de conduite qui peuvent aboutir à des actions et à des œuvres utiles aux autres et susceptibles d’accroître la part du bien dans le monde.
N’est-ce pas le devoir majeur que se propose la Maçonnerie ?
Le Devoir et la Loi
C’est pourquoi, toujours à contre-courant de la société profane, la Franc-maçonnerie ne peut que valoriser la notion de devoir puisqu’il n’est rien d’autre qu’une soumission de l’esprit à des valeurs qui s’imposent à lui comme des forces capables d’inspirer et de guider sa conduite. Le Maçon est un homme de devoir et notre Ordre l’incite constamment à pratiquer les vertus morales: dévouement, courage, esprit de sacrifice, respect des engagements, fidélité, humilité, ouverture et bienveillance envers nos semblables etc. Vous retrouverez tous ces termes dans nos rites parce que le but ultime de l’initiation n’est pas seulement de nous faire pénétrer les mystères de la vie et de la condition humaine, mais de nous inspirer le désir d’œuvrer à l’élévation de notre esprit et de notre être aussi à la promotion de l’humain– ce qui nous ramène aux grandes ambitions énoncées par notre Constitution.
L’amour de ces valeurs qui nous ont conduites dans ce Temple et que nous nous efforçons de pratiquer en essayant de surmonter les obstacles inhérents aux limites de l’humaine nature, constitue une modalité de la foi, de l’adhésion intérieure qui doit peu au savoir mais trouve sa source dans la profondeur du sentiment. Ce que nous nommons souvent le cœur et qui n’est peut-être que le nom de l*esprit. Il est la source de la spiritualité et comme nous avons vu que les valeurs maçonniques ont un caractère impératif, nous traduisons par l’idée et le mot de Loi cette manifestation de la transcendance de ces valeurs. La notion de Loi induit l’obligation de les rechercher et de les aimer.
Elle a pour nous une source biblique où elle est sacralisée mais nous la sacralisons également d’une manière plus rationnelle en prenant la Voûte étoilée, l’image de l’ordre cosmique comme symbole de la Loi morale. Car toute éthique est un principe d’ordre au sein de chaque conscience comme au sein de la société. Comment l’ordre cosmique qui est pour nous la manifestation d’un Ordre invisible pourrait-il ne pas inspirer l’idée de loi inscrite dans le fonctionnement même de l’univers?
Le Grand Architecte de l’Univers
Cette médiation de la Loi et de son symbole cosmique nous conduit logiquement à ce qui constitue la clef de voûte de notre Maçonnerie de Rite écossais : le Grand Architecte, nommé plusieurs fois au cours de la cérémonie d’initiation au 1° degré.
Par l’Equerre, la Loi est comprise par notre jugement mais par le Compas elle nous vient de l’Ordre cosmique qui est aussi le symbole majeur du Grand Architecte. Difficile de ne pas l’évoquer quand on traite de la pensée maçonnique mais comme il s’agit d’un sujet infini, je me limiterai à quelques points fondamentaux.
Le Grand Architecte incarne et symbolise un Ordre de perfection puisqu’il est posé comme Créateur de l’Ordre cosmique.
La finalité inaccessible à laquelle tend l’initié c’est une Connaissance et une intelligence de cet Ordre de perfection auquel il se doit de participer mais c’est surtout une perfection intérieure que nous appelons Maîtrise, Sagesse, Force et Beauté. En invoquant le Grand Architecte, nous posons l’existence d’un principe de transcendance, d’un symbole de perfection dont par ailleurs nous ignorons la nature.
3 Piliers – Sagesse Force et Beauté
Notre ordre a adopté une position déiste, ce qui veut dire que nous croyons à la réalité d’une Raison cosmique, d’un Esprit supérieur à l’œuvre dans le monde, mais nous ne savons rien de plus et notre Rite exclut toute considération d’ordre théologique.
La Perfection de l’ordre cosmique et l’existence d’une loi naturelle présupposent une Raison et une puissance créatrices. Rien de ce que nous avançons ne contredit les données de la science qui en raison de ses méthodes spécifiques ne peut tirer de ses découvertes aucune conclusion d’ordre métaphysique.
En même temps nous demeurons en accord avec la tradition judéo-chrétienne en affirmant l’existence d’une Raison créatrice dans l’univers et en lui attribuant l’instauration d’une Loi morale, ce qui ne nous empêche pas de rester proches de la pensée voltairienne qui affirmait que toutes les religions s’accordent sur deux points fondamentaux: la croyance en une ou plusieurs divinités créatrices, la formulation d’une Loi morale émanant d’une volonté divine.
La Maçonnerie ne va pas au delà du déisme voltairien qui n’exclut en rien l’adhésion à des croyances religieuses plus élaborées à la condition expresse qu’au sein de la Maçonnerie elles soient respectueuses des convictions des autres Frères et des principes majeurs du Rite écossais. A l’instar des idées de Voltaire, le déisme demeure éloigné des religions constituées ce qui explique les positions souvent hostiles au cours de l’histoire de l’Eglise catholique à notre égard.
J’évoquerai maintenant une question encore plus délicate. 0n sait que depuis longtemps l’idée du Grand architecte constitue un point de désaccord avec nos Frères de rite français moderne qui l’ont exclu considérant que l’idée d’un Principe créateur est étranger à la raison et que la Loi morale n’est qu’un produit des cultures humaines.
A première vue l’idée peut sembler cohérente. Elle soulève pourtant beaucoup de problèmes et d’objections. Je ne peux que répéter ici ce que j’ai déclaré plusieurs fois à des philosophes du GO avec lesquels j’entretiens des relations fraternelles : « Si on élimine la possibilité d’un monde invisible et l’existence d’une puissance créatrice, il y a dans l’histoire du monde quatre phénomènes qui demeurent des mystères intégraux: c’est la naissance du cosmos et de l’univers matériel, l’apparition de la vie, la progression de l’évolution vers des animaux de plus en plus complexes et autonomes et par dessus tout la naissance de l’homme porteur de raison, de spiritualité et de créativité»
Il est difficile de comprendre que la chaîne de l’évolution ait produit un animal possesseur d’une puissante rationalité qui le dote d’un immense pouvoir de connaissance, un être pensant capable de se poser des questions métaphysiques, de concevoir et de créer des valeurs éthiques et esthétiques si aucune raison, aucun esprit n’est intervenu dans cette genèse.
L’esprit peut-il naître d’une organisation perfectionnée de la matière ?
Certes, ce sont là des problèmes métaphysiques dont je ne méconnais pas la difficulté à l’heure où une science matérialiste travaille à expliquer entièrement l’homme par une somme de facteurs biologiques et neurologiques mais je pense que la position déiste de notre Ordre augmente l’intelligibilité du monde et me semble à cet égard plus rationnelle qu’un matérialisme brut où les phénomènes de la vie et la nature de l’homme seraient le fruit d’un matérialisme brut où les phénomènes de la vie et la nature de l’homme seraient le fruit d’une série de hasards miraculeux d’autant que nous sommes en présence d’une physique de moins en moins déterministe. Contrairement à ce que prétendent les matérialistes des découvertes comme les gènes et la génétique ou la physique quantique et donc un certain jeu à l’intérieur de la structure atomique, n’affaiblissent pas mais au contraire renforcent la probabilité d’une Raison organisatrice.
En conclusion je dirai que le Grand Architecte que nous glorifions est une idée à la fois rationnelle, mesurée, dépourvue de dogmatisme et largement ouverte à toutes le définitions que chacun d’entre nous est libre de lui donner.
La Méthode symbolique
Il n`est pas possible de clôturer ce tour d’horizon sur la pensée maçonnique sans faire référence à notre méthode de recherche qui fait partie intégrante de notre représentation du monde. Elle constitue l’équivalent de ce qu’on nomme dans les philosophies profanes une théorie de la connaissance. Elle est fondée sur le choix d’un langage approprié pour sonder un champ de réalité qui échappe à une appréhension par les sens et l’expérience sensible, celui de notre vie intérieure et celui du monde supra sensible, celui des grands mystères de l’existence.
Elle permet à l’esprit d’en pénétrer parfois le sens par la voie de l’imaginaire, de l’intuition et de la sensibilité. Une voie d’ouverture qui laisse à chacun une grande liberté d’interprétation à la différence du langage conceptuel beaucoup plus rigide et directif.
Le langage symbolique a ce pouvoir d’exprimer la profondeur et la vérité de l’âme humaine dans son universalité, c’est à dire ce qui chez l’homme transcende les différences culturelles et se retrouve dans tous les temps et toutes les civilisations.
De plus le symbole est pour nous porteur d’une vérité métaphysique car il peut nous relier aux plus profonds mystères de l’ordre cosmique, de l’existence humaine, de la vie, de la mort et de la renaissance dans cet espace supraterrestre que nous nommons « l’Orient éternel ».
Le symbole et le mythe sont la clef de la recherche initiatique parce que nous pensons qu’ils ne sont pas, comme l’ont cru et le croient encore des rationalistes enfermés dans le scientisme, que des images et des récits poétiques, mais qu’ils nous voilent et dévoilent en même temps les réalités du monde invisible. Ils véhiculent une science ésotérique qui nous en ouvre les portes.
Elle n’est pas l’irrationnel sinon par rapport au rationalisme clos du positivisme mais la découverte à l’aide des lumières de l’esprit et de la raison de la Raison suprême qui préside à l’ordre cosmique et trouve son répondant et son reflet dans la conscience, la pensée et les œuvres de l’humanité.
Contrairement aux idées qui peuvent diviser et nourrir des polémiques, le symbole est un grand unificateur parce que dans les limites de ce qui nous est révélé par le Rite et la Tradition, il est polysémique, porte des sens d’une diversité et d’une richesse inépuisable et que les différences qu”il suggère ne sont pas de l’ordre de la contradiction mais de la complémentarité.
C’est pourquoi il favorise par excellence le pluralisme de la pensée et l’enrichissement spirituel de chaque Maçon par le partage des visions et des perspectives.
La méthode symbolique est une perpétuelle interrogation sur le sens des symboles, des légendes et des rites, il est au principe de notre tolérance et un facteur capital de l’harmonie des conceptions initiatiques au sein de notre Ordre.
Notre méthode découle des finalités spirituelles de notre initiation et des voies que nous sont tracées.
La Franc-maçonnerie, institution séculaire vouée à la quête de sens, à l’amélioration personnelle et à l’édification d’un monde plus juste, fait face à des défis contemporains. Parmi ceux-ci, le vieillissement de ses membres – avec une moyenne d’âge estimée à 55 ans en France – et la nécessité de renouveler ses effectifs pour garantir sa pérennité. Avec environ 160 000 maçons, représentant seulement 0,24 % de la population française, les obédiences maçonniques pourraient envisager d’attirer une population plus jeune, notamment la tranche des 18-50 ans, qui constitue 44 % de la population (soit environ 30,2 millions de personnes selon l’Insee, 2024).
Cependant, initier des jeunes en Franc-maçonnerie soulève des questions complexes, tant sur le plan spirituel que structurel.
Cet article explore cette idée audacieuse, en comparant avec le précédent historique de la campagne des « flambeaux de liberté » d’Edward Bernays en 1929, tout en posant des conditions strictes pour préserver l’essence initiatique de l’Art royal.
Un parallèle historique : la leçon des « flambeaux de liberté »
Edward Bernays in 1917.
En 1929, Edward Bernays, pionnier des relations publiques, a transformé les normes sociales en orchestrant une campagne pour l’American Tobacco Company. Son objectif : briser le tabou du tabagisme féminin en public, perçu comme immoral. En s’appuyant sur l’idée du psychanalyste Abraham Brill, qui associait la cigarette à un symbole d’égalité, Bernays recruta dix débutantes pour fumer des cigarettes Lucky Strike lors du défilé de Pâques à New York, les présentant comme des « flambeaux de liberté ». Cet événement médiatisé a fait exploser les ventes de Lucky Strike, démontrant le pouvoir de la manipulation des perceptions pour changer les comportements sociaux.
Cartes de crédit avec la pyramide du dollar US
Ce précédent illustre une réalité : un marketing bien conçu peut ouvrir de nouveaux marchés en jouant sur les aspirations d’un groupe cible. En Franc-maçonnerie, les obédiences, confrontées à des finances parfois fragiles (les capitations, ou cotisations, étant une source de revenu essentielle), pourraient être tentées d’appliquer des stratégies similaires pour attirer les jeunes, en quête de spiritualité dans un monde où les religions traditionnelles peinent à répondre à leurs attentes. Cependant, cette démarche doit être encadrée pour éviter de sombrer dans un « merchandising » maçonnique, qui dénaturerait l’essence de l’initiation.
Le défi démographique : un vivier de jeunes à explorer
Institution de jeunesse parrainée par la franc-maçonnerie enseigne les principes de leadership et de responsabilité. – Photos : Eduardo Andrade/Nonato Souza/Alfredo Maia
Avec une moyenne d’âge de 55 ans, la Franc-maçonnerie française fait face à un défi démographique. Les temples, parfois clairsemés, pourraient bénéficier de l’arrivée de jeunes initiés, notamment parmi les 18-50 ans, qui représentent 44 % de la population française. Cette tranche d’âge, marquée par une quête de sens dans un contexte de crises (écologique, sociale, spirituelle), est un vivier potentiel pour les obédiences symbolistes, à condition d’adapter leur approche.
Les louveteaux, enfants de maçons, constituent déjà un premier lien avec la jeunesse. Ces jeunes, intégrés à des activités profanes comme des fêtes maçonniques ou des événements familiaux, sont familiers des valeurs de l’ordre sans être initiés. Cette proximité pourrait servir de tremplin pour une initiation précoce, mais elle soulève des questions :
Comment initier des jeunes sans compromettre la profondeur du processus initiatique ? Et comment éviter les écueils d’une maçonnerie sociétale, souvent jugée abstraite et décevante par les jeunes générations ?
Les jeunes et la Franc-maçonnerie : une quête spirituelle en friche
Alan Cockman (Trésorier de la Loge) avec Joshua et Izzie à la présidence, avec le chef de section Andy Dunsworth
Les jeunes adultes de 18 à 30 ans, souvent en quête de sens dans un monde saturé d’informations et de réseaux sociaux, se tournent rarement vers les institutions traditionnelles pour nourrir leur spiritualité. La Franc-maçonnerie, avec son approche symbolique et initiatique, pourrait combler ce vide, mais elle doit s’adapter aux attentes et au rythme biologique de cette population.
Un besoin d’action concrète : Contrairement aux maçons plus âgés, qui trouvent du sens dans les débats philosophiques ou sociétaux, les jeunes recherchent des interactions tangibles et des résultats visibles. Les loges axées sur des discussions abstraites, parfois qualifiées de « café du commerce » (comme le souligne l’humoriste Fabrice Eboué dans sa vidéo ci-dessous), lassent rapidement les jeunes, entraînant un taux élevé de démissions. Une maçonnerie sociétale, centrée sur des débats sans impact concret, n’est pas adaptée à leur énergie et à leur besoin d’action.
Un terrain spirituel fertile : En revanche, la maçonnerie symboliste, axée sur le travail intérieur et l’exploration des mystères de l’existence, peut répondre à l’aspiration des jeunes à une spiritualité non dogmatique. Les rituels, le langage symbolique et la progression initiatique offrent un cadre structuré pour canaliser leur quête de sens, à condition de respecter leur maturité psychologique et spirituelle.
Les étapes initiatiques : un chemin adapté aux jeunes
La Franc-maçonnerie repose sur une progression en trois degrés principaux : apprenti, compagnon, maître. Chaque degré correspond à une étape de développement intérieur, mais leur application aux jeunes nécessite des ajustements.
L’apprenti et le ternaire (1er degré) : Le premier degré, centré sur la découverte du langage symbolique et le passage de la dualité (le profane) au ternaire (le spirituel), est parfaitement adapté aux jeunes adultes. À 18-25 ans, les jeunes sont réceptifs à l’introspection et à l’apprentissage symbolique, qui leur permettent de dépasser les oppositions binaires (bien/mal, lumière/ténèbres) pour explorer une vision plus unifiée du monde. Les rituels de l’apprenti, comme le cabinet de réflexion ou l’initiation par les éléments, peuvent captiver leur imagination et répondre à leur besoin de découverte.
Le compagnon et la maîtrise de la matière (2e degré) : Le degré de compagnon, axé sur l’exploration des savoirs, des sens et du monde matériel, convient également aux jeunes, qui sont souvent en phase de construction personnelle (études, carrière, identité). Les symboles comme les outils du compagnon (équerre, compas) ou l’étoile flamboyante offrent un cadre pour structurer leur énergie et leur curiosité intellectuelle.
Le maître et la palingénésie (3e degré) : C’est ici que réside la principale difficulté. Le troisième degré, centré sur la « mort pour renaître » (palingénésie), symbolisée par la légende d’Hiram, suppose une conscience de la finitude et de l’impermanence de la vie. Or, pour un jeune de 25 ans, cette notion est souvent abstraite. À cet âge, la mort est perçue comme lointaine, et l’horizon biologique ne favorise pas encore une réflexion profonde sur la finitude. Forcer ce passage pourrait être prématuré, risquant de « déflorer » l’épreuve initiatique, comme le souligne le texte initial. Si des exceptions existent (comme Mozart composant à 7 ans), la généralité impose de respecter le rythme de maturation spirituelle, souvent atteint vers la mi-vie (40-50 ans).
Conditions pour une initiation des jeunes
Pour intégrer les jeunes en Franc-maçonnerie tout en préservant l’intégrité du processus initiatique, plusieurs conditions doivent être respectées :
2 Adolescents jouant
Un parcours préparatoire pour les adolescents :
Les louveteaux pourraient bénéficier d’un programme éducatif profane, axé sur des valeurs maçonniques (tolérance, réflexion, fraternité) sans initiation formelle. Par exemple, des ateliers philosophiques, des activités culturelles ou des rencontres intergénérationnelles pourraient les sensibiliser à la démarche maçonnique.
Ce parcours, inspiré des mouvements scouts ou des écoles philosophiques, préparerait les jeunes à une éventuelle initiation à l’âge adulte, tout en respectant leur immaturité spirituelle.
Une initiation adaptée pour les 18-30 ans :
Les jeunes adultes pourraient être initiés aux deux premiers degrés (apprenti et compagnon), qui correspondent à leur phase de vie : découverte de soi, exploration du monde, construction personnelle. Les rituels devraient être simplifiés pour éviter une surcharge symbolique, tout en mettant l’accent sur des actions concrètes (projets caritatifs, travaux créatifs).
Des loges spécifiques, dédiées aux jeunes, pourraient être créées, avec des tenues plus dynamiques et des thèmes proches de leurs préoccupations (écologie, technologie, identité).
Un accès différé au 3e degré :
L’élévation au grade de maître devrait être réservée à une maturité spirituelle atteinte vers 35-40 ans, lorsque la conscience de la finitude devient plus tangible. Cela éviterait une initiation prématurée, qui pourrait désorienter les jeunes ou banaliser la portée symbolique de la palingénésie.
Une période de « compagnonnage prolongé » pourrait être instaurée, permettant aux jeunes de consolider leurs acquis avant de viser la maîtrise.
Éviter le marketing mercantile :
Comme le montre l’exemple de Bernays, le marketing peut transformer les perceptions, mais il risque de dénaturer la Franc-maçonnerie en la réduisant à une « course aux grades » ou à une logique de fidélisation consumériste. Les obédiences doivent privilégier la qualité des initiations à la quantité des membres, en veillant à ne pas sacrifier la profondeur spirituelle pour des impératifs financiers.
Une maçonnerie symboliste et dynamique :
Les loges doivent s’éloigner des débats sociétaux abstraits, souvent perçus comme stériles par les jeunes, pour se concentrer sur une maçonnerie initiatique et symboliste. Les rituels, les méditations sur les symboles (pavé mosaïque, delta lumineux), et les travaux pratiques (par exemple, des projets communautaires) doivent être au cœur de l’expérience.
Les jeunes initiés pourraient être impliqués dans des initiatives visibles, comme des actions écologiques ou éducatives, pour répondre à leur besoin d’impact concret.
Un précédent à méditer : les dérives du marketing
façade du temple des francs maçons de Baltimore au rite écossais Maryland Usa
L’histoire des « flambeaux de liberté » de Bernays est un avertissement. Si elle a permis de briser un tabou, elle a aussi manipulé les aspirations féminines pour des intérêts commerciaux, sans égard pour les conséquences (notamment sur la santé publique). En Franc-maçonnerie, une démarche similaire visant à « vendre » l’initiation aux jeunes pourrait aliéner l’essence de l’Art royal, en transformant une quête spirituelle en produit de consommation. Les obédiences doivent donc agir avec prudence, en veillant à ce que l’initiation reste un chemin authentique, respectueux des rythmes biologiques et spirituels des jeunes.
Un modèle inspirant : les louveteaux et l’éducation pré-initiatique
Les louveteaux, enfants de maçons, offrent un modèle intéressant. Ces jeunes, intégrés à des activités profanes comme des fêtes ou des ateliers, sont exposés aux valeurs maçonniques sans être initiés. Ce système pourrait être élargi pour inclure des adolescents non issus de familles maçonniques, à travers des programmes éducatifs axés sur la philosophie, l’éthique ou la réflexion symbolique. Par exemple, des « cercles de louveteaux » pourraient organiser des débats sur des thèmes comme la liberté, la justice ou la responsabilité, préparant ainsi les jeunes à une éventuelle initiation à l’âge adulte.
Une Franc-maçonnerie renouvelée, mais fidèle à ses principes
Bienvenue à : La communauté a été invitée à l’intérieur de la succursale des francs-maçons de Victoria’s Smythesdale, qui compte 27 membres. Photo : TIM BOTTAMS
L’initiation des jeunes en Franc-maçonnerie est une opportunité pour revitaliser les obédiences et répondre à la quête spirituelle d’une génération en mal de repères. Cependant, elle ne peut réussir qu’à condition de respecter des principes fondamentaux : un parcours adapté au rythme des jeunes, une priorité donnée à la maçonnerie symboliste, et une vigilance face aux dérives mercantiles. Les degrés d’apprenti et de compagnon sont accessibles dès 18 ans, mais l’élévation au grade de maître doit être différée pour respecter la maturité spirituelle nécessaire à la compréhension de la palingénésie. En s’inspirant des louveteaux et en évitant les écueils d’un marketing à la Bernays, la Franc-maçonnerie peut ouvrir ses portes aux jeunes, non pas pour remplir ses temples, mais pour transmettre la lumière d’une tradition intemporelle, adaptée aux aspirations du XXIe siècle.
Sources :
World Gold Council, « Demande mondiale d’or en 2024 », 2024.
Insee, « Répartition de la population française par tranche d’âge au 1ᵉʳ janvier 2024 », Statista, 16 janvier 2024.
Philippe Benhamou et Christopher Hodapp, La Franc-maçonnerie pour les nuls, 2018.
Vanessa Murphree, « The Selling of the Torches of Freedom », University of Southern Mississippi, 2008.
Archives maçonniques internes (non publiques) sur les louveteaux et les pratiques initiatiques, citées dans des travaux généraux.
Fabrice Eboué, vidéo humoristique sur les débats sociétaux, YouTube, 2023.
Le convent de la Grande Loge Mixte Nationale qui a eu lieu à Nimes le samedi 17 mai et le dimanche 18 mai 2025 a vu la descente de charge du Sérénissime Grand Maître Jean-Marc MILAN qui a passé le maillet au Très Respectable Frère Philippe NICOLAS.
Ce dimanche 18 mai 2025 le convent de la Grande Loge Mixte Nationale s’est tenu à Nîmes en présence de 14 délégations et d’environ 130 Sœurs et Frères. La Présidence du Convent est confiée au Très Respectable Frère Pascal QUENARDEL qui a su diriger les débats de main de Maitre.
Beaucoup de mouvements de postes ont eu lieu lors de ce même convent , 4 nouveaux conseillers de l’ordre ont pris place au sein du Conseil Fédéral et 3 conseillers de l’ordre ont vu leur mandat de 3 ans reconduits.
Félicitations à la Conseillère Fédérale Camille Granier qui a été élue Grand Trésorier de l’Alliance Maçonnique Européenne lors de leur dernière Assemblée Générale.
La Grande Loge Mixte Nationale (G.L.M.N.) a été créée le 31 juillet 2010 par des Francs-Maçons expérimentés, désireux de créer une Obédience dont l’objectif est le respect de la Tradition Maçonnique telle que nous l’ont léguée nos Anciens. Elle se situe actuellement au rang des dix premières obédiences françaises. Elle a pour devise « Unissons ce qui est épars » et c’est dans cet esprit d’accueil et de respect qu’elle œuvre proposant une Franc-maçonnerie symbolique, traditionnelle et indépendante vis-à-vis des pouvoirs politiques ou religieux, en dehors de tous courants ou pensées dogmatiques.
Structurée sous forme de Fédération de Loges (ou d’associations) elle offre un choix entre ateliers masculins, féminins ou mixtes chacune travaillant à différents rites dans le respect le plus absolu des spécificités de ceux-ci.
Deux Traités d’amitié ont été signés par le Passé Grand Maître Jean-Marc Milan avec la Grande Loge Initiatique du Rite Ecossais et de Cerneau et le Grand Orient du Congo Brazzaville.
Etaient présentes les délégations suivantes : Grande loge Française de Misraïm – Grande Loge Initiatique du Rite Ecossais et de Cerneau – Grand Orient du Congo Brazzaville – Grande Loge Franco Haitienne – Grande loge des Rites Unis -Prince Hall – Grand Orient Mixte de Méditerranée – Grande Loge Traditionnelle Initiatique – Grand Orient de Roumanie – Grande Loge Symbolique Travaillant au Rite Ecossais Primitif – Grande Loge symbolique d’Espagne – Grande Loge Symbolique de France – Fédération Memphis Misraïm – Grande Loge Egyptienne d’Italie.
UN NOUVEAU GRAND MAITRE POUR LA GLMN : Le Très Respectable Frère Philippe NICOLAS
Son parcours de vie :
Né le 04/07/1959 à Saint Brieuc dans les côtes d’Armor, Philippe Nicolas rejoint l’Armée de l’Air en octobre 1979 comme élève pilote. (Cap 10, Fouga Magister, Alphajet et Mystere IV). Breveté en 1981, il rejoint l’Escadron de chasse 03/003 « Ardennes » de Jaguar à Nancy Ochey en 1982. Après plusieurs campagnes en Afrique la dernière en 1986, Guerre du Golf, Campagne au Rwanda et en Turquie comme chef de détachement, il devient instructeur jaguar à l’académie de Saint Dizier, escadron de chasse 02/007 en 1985, puis pilote sur la base d’Istres et instructeur sur Boing C 135FR.
Il quitte l’Armée de l’Air en 1996, obtient une Licence anglaise de pilote de ligne en 96/97 à Londres et devient commandant de bord dans diverses compagnie. Sa carrière aéronautique s’achève en 2010.
Il crée une agence spécialisée dans la sécurité extérieure dans le Sud-Est puis gestion de cette agence jusqu’en juin 2024.
Il est elevé au rang de Chevalier de Légion d’Honneur, a été décoré de la Médaille de l’Aéronautique, de la Croix de Guerre d’Outremer et a reçu la Médaille d’Argent de la Défense Nationale.
Son parcours Maçonnique :
Philippe NICOLAS entre en 2011 en maçonnerie au Droit Humain à la RL La Chaine d’Union, Orient d’Aix en Provence et est initié à l’âge de 52 ans le 24 Novembre 2011. De 2014 à 2016, il intègre la Grande Loge des Cultures et Spiritualité GLCS, puis en 2016 la Grande Loge Mixte Nationale où il devient Maitre le 25 avril 2016, Cette même année, il est membre fondateur de la RL « La Voie Lactée » à l’Orient d’Aix.
En 2020 il devient Conseiller Fédéral Adjoint sous l’autorité du Passé Sérénissime Grand Maître Olivier de Lespinats, période pendant laquelle il est chargé de refaire la mise en page des rituels du REAA . Dans le même temps, il crée la loge magistrale « Les Portes de Qumràn ».
En 2022 il est nommé Grand Expert sous le mandat du Passé Grand Maître Immédiat Jean-Marc Milan.
Le 18 mai 2025, il est élu Sérénissime Grand Maître de la Grande Loge Mixte Nationale.
« Le mal de notre temps est la perte de conscience du mal », observait le penseur indien Jiddu Krishnamurti, une réflexion qui résonne profondément dans notre société contemporaine, marquée par une quête effrénée de matérialisme et d’individualisme. En franc-maçonnerie, cette idée nous interpelle directement, car notre démarche initiatique vise précisément à élever la conscience pour atteindre ce que nous appelons le Troisième Œil – non pas une entité mystique, mais un symbole de l’éveil spirituel, de la vision intérieure qui transcende les illusions du monde profane. Pourtant, ce chemin vers la lumière est semé d’embûches, et parmi elles, le « mal » occupe une place centrale.
Krishnamurti dans les annees 1920
Si les religions traditionnelles associent le mal au péché, le présentant comme une voie vers l’enfer – un sujet que nous explorerons dans un prochain article –, la franc-maçonnerie propose une approche plus nuancée. Pour un maçon, le mal n’est pas une force surnaturelle ou démoniaque, mais un ensemble de défauts humains, ces « ennemis intérieurs » qui nous éloignent de l’harmonie et de la lumière : l’ego, le pouvoir, le fanatisme, le dogmatisme, l’ambition excessive et l’hypocrisie. Pour avancer sur le chemin initiatique, il est essentiel de comprendre ces obstacles, de les analyser et d’apprendre à les maîtriser.
Les Ennemis Intérieurs : Une Menace pour l’Initiation Maçonnique
Freud
Examinons ces ennemis un par un, en les replaçant dans le contexte maçonnique pour mieux saisir leur impact sur notre quête de lumière. L’ego, tel que défini par Sigmund Freud comme la conscience de sa propre identité, est un moteur ambigu. Dans sa forme positive, il nous pousse à chercher la vérité, à nous interroger sur nous-mêmes et à progresser dans notre travail maçonnique. Mais lorsqu’il se transforme en égoïsme, il devient destructeur. Un maçon dominé par son ego pourrait, par exemple, monopoliser la parole lors d’une tenue pour se mettre en avant, cherchant l’admiration de ses frères au lieu de contribuer à l’édifice collectif. Ce besoin constant de reconnaissance est l’antithèse de l’humilité maçonnique, qui nous enseigne que la véritable grandeur réside dans le service et l’écoute.
Max Weber en 1894
Le pouvoir, selon le sociologue Max Weber, est la capacité d’imposer sa volonté, même contre toute résistance. En franc-maçonnerie, le pouvoir peut être un outil au service de l’harmonie lorsqu’il est exercé avec sagesse, comme dans le rôle du Vénérable Maître, qui guide la loge avec bienveillance. Mais il devient un ennemi lorsqu’il est mal utilisé : un officier de loge qui privilégie son autorité personnelle sur le bien-être de ses frères trahit les idéaux maçonniques. Le dogmatisme, quant à lui, se caractérise par une rigidité intellectuelle, une croyance en des vérités absolues qui refusent toute critique. Ce défaut, fréquent dans les institutions religieuses ou idéologiques, peut aussi s’infiltrer dans la franc-maçonnerie lorsqu’un frère s’accroche à une interprétation figée des rituels – par exemple, en refusant d’admettre qu’un symbole comme le compas peut avoir des significations multiples selon les perspectives.
Sisyphe poussant sa pierre
L’ambition débridée est un autre ennemi redoutable. En franc-maçonnerie, l’ambition peut être louable lorsqu’elle se traduit par un désir sincère de progresser sur le chemin initiatique, de passer de l’apprentissage à la maîtrise. Mais lorsqu’elle devient un désir insatiable de grades, de titres ou de reconnaissance, elle corrompt l’esprit maçonnique. Un maçon qui recherche le grade de Maître non pour approfondir sa quête intérieure, mais pour le prestige qu’il confère, s’éloigne de la lumière. Enfin, l’hypocrisie, que Ralph Waldo Emerson décrivait comme un manque de cohérence entre nos paroles et nos actes, est un poison subtil. Combien de maçons prêchent la tolérance en loge, mais agissent avec intolérance dans le monde profane ? Cette duplicité, souvent inconsciente, nous empêche de polir véritablement notre pierre brute et de nous rapprocher de l’idéal maçonnique.
Le Mal comme Absence de Lumière : Une Perspective Philosophique et Maçonnique
Dans une perspective maçonnique, le mal n’est pas une entité métaphysique, mais une absence – absence de bonté, absence de lumière, absence de conscience. Saint Augustin d’Hippone, dont les écrits ont influencé de nombreux penseurs maçonniques, affirmait que « le mal est l’absence du bien », une idée qui résonne avec la vision maçonnique de la quête de lumière. Socrate, dans son intellectualisme moral, allait plus loin en identifiant le mal à l’ignorance : pour lui, nul ne fait le mal volontairement, mais par manque de connaissance du bien. Cette perspective est particulièrement pertinente en franc-maçonnerie, où la quête de connaissance – symbolisée par le travail sur la pierre brute – est au cœur de l’initiation. L’ignorance, en nous éloignant de la vérité, nous maintient dans l’obscurité, loin de la lumière du Grand Architecte de l’Univers.
le 3e oeil
En psychologie moderne, le mal se manifeste à travers ce qu’on appelle le « facteur obscur de la personnalité », un ensemble de traits destructeurs qui reflètent un manque de bonté et de compassion. Parmi ces traits, on trouve l’égoïsme, qui sacrifie autrui pour son propre bénéfice ; le machiavélisme, qui manipule sans scrupules ; le narcissisme, qui exalte un sentiment de supériorité ; le sadisme, qui prend plaisir à humilier ; ou encore l’envie, qui convoite ce que les autres possèdent. Ces « agrégats psychologiques », comme les nommait le maître gnostique Samaël Aun Weor, sont des chaînes qui nous attachent à la colonne Boaz, nous empêchant d’atteindre l’équilibre de la colonne centrale. En franc-maçonnerie, ces défauts sont perçus comme des obstacles à l’éveil de la conscience, des ombres qui obscurcissent notre Troisième Œil.
Un maçon confronté à ces traits pourrait, par exemple, ressentir de l’envie face à un frère qui progresse plus rapidement dans son parcours initiatique, ou de l’arrogance en pensant que son interprétation d’un symbole est la seule valable. Ces émotions, si elles ne sont pas maîtrisées, créent des tensions en loge et freinent la croissance collective. La franc-maçonnerie nous enseigne que le mal, au fond, est un éloignement de notre essence spirituelle, une rupture entre notre corps physique et notre esprit. Un homme dominé par ces défauts vit dans un état de conscience inférieur, déconnecté de la Grande Énergie Universelle – cette force que les maçons nomment parfois le Grand Architecte de l’Univers, source de tout bien et de toute lumière.
La Réponse Maçonnique : Contrôler et Équilibrer pour Vivre au Centre
Face à ces ennemis intérieurs, la franc-maçonnerie propose une approche pragmatique, profondément enracinée dans sa symbolique et ses rituels. Contrairement à certaines traditions spirituelles qui prônent l’éradication totale des défauts – une quête illusoire, car la perfection humaine est hors de portée –, les maçons cherchent à les contrôler pour vivre « au centre ». Ce concept, central dans les rituels maçonniques, est symbolisé par la colonne centrale, l’axe d’équilibre entre Jakin et Boaz, entre la force et la sagesse, entre l’action et la contemplation. Vivre au centre, c’est reconnaître ses défauts sans se laisser dominer par eux, les maîtriser par un travail constant d’introspection et de réflexion.
Prenons l’exemple d’un maçon confronté à son ambition débridée : au lieu de nier ce défaut, il peut le transformer en une ambition positive, celle de progresser dans sa quête intérieure et de contribuer au bien-être de sa loge. Un apprenti qui ressent de l’envie face à un frère plus avancé peut transformer ce sentiment en une émulation fraternelle, en se demandant : « Comment puis-je, moi aussi, approfondir ma compréhension des symboles? » De même, l’ego, lorsqu’il est canalisé, devient un outil pour avancer sur le chemin initiatique, en nous poussant à nous dépasser, à poser des questions et à chercher des réponses. Mais cela exige un travail patient : la méditation, la tenue régulière en loge, l’écoute des planches des frères, et même des pratiques comme le yoga ou la contemplation silencieuse sont autant de moyens de polir notre pierre brute.
La franc-maçonnerie, dans des rites comme le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), met l’accent sur cet équilibre. Lors de l’initiation au premier degré, le passage dans le cabinet de réflexion est un moment clé : seul face à lui-même, le profane est invité à se confronter à ses défauts, à ses peurs, à son ego, pour mieux les comprendre et les maîtriser. Ce travail ne s’arrête jamais : même un Maître Maçon, après des années de pratique, doit continuer à se remettre en question, car l’initiation est un chemin sans fin, un voyage vers la lumière qui demande humilité et persévérance.
Le Troisième Œil comme Voie de Sagesse
Baruch Spinoza
Le Troisième Œil, dans la tradition maçonnique, est l’éveil de la conscience, une vision intérieure qui transcende les illusions du mal et de l’ego. Pour l’atteindre, nous devons d’abord identifier les défauts qui nous en éloignent : l’ego, le pouvoir, le dogmatisme, l’ambition débridée et l’hypocrisie. En les contrôlant, nous pouvons vivre au centre, dans cet équilibre qui est le cœur de la démarche maçonnique. Comme le disait Baruch Spinoza, « la connaissance du mal est une connaissance inadéquate » : seule une quête sincère de lumière, guidée par l’humilité, la fraternité et l’amour, peut nous mener à la véritable sagesse. Les ouvriers d’Hiram Abiff, en travaillant à leur propre perfectionnement, contribuent à bâtir le temple universel de la conscience éveillée, un temple où le mal n’a plus de prise, car il est remplacé par la lumière de la vérité et de l’unité.
Pierre Athanase Marie Plantard (1920-2000), connu pour ses prétentions à une ascendance mérovingienne et pour avoir orchestré la mystification du Prieuré de Sion, est une figure complexe et controversée. Né à Paris dans une famille modeste – son père était majordome, sa mère cuisinière –, il quitte l’école à 17 ans pour devenir sacristain à l’église Saint-Louis-d’Antin, dans le 9e arrondissement de Paris. Dès ses jeunes années, Plantard s’engage dans des associations d’extrême droite, fondant des groupes comme Rénovation nationale française et Alpha Galates, marqués par un discours antisémite et antimaçonnique, paradoxalement, au vu de son futur parcours.
Une Initiation Éphémère au Grand Orient de France
Le 8 juillet 1951, Pierre Plantard est initié au Grand Orient de France (GODF) par la loge L’Avenir du Chablais, à Ambilly, près de la frontière suisse. Cette initiation, qui pourrait sembler incongrue pour un homme aux idées ultranationalistes, s’inscrit dans une période de sa vie où il cherche à élargir son réseau et à légitimer ses ambitions ésotériques. Le GODF, obédience maçonnique libérale et progressiste, prône des valeurs humanistes et républicaines, en opposition directe avec les idéaux de l’extrême droite. Cette adhésion, cependant, est de courte durée : Plantard est exclu dès janvier 1954, sur décision du conseil de l’ordre, probablement en raison de ses agissements controversés et de ses activités politiques incompatibles avec les principes du GODF.
Un Passé Trouble et des Accointances avec l’Extrême Droite
Le passé de Pierre Plantard est marqué par des engagements troubles, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale. En décembre 1940, il se présente comme dirigeant de Rénovation nationale française et propose ses services au régime de Vichy, dénonçant un prétendu « complot judéo-maçonnique » dans une lettre au maréchal Pétain. En 1941, il tente de s’approprier un local appartenant à un juif anglais, avec l’appui supposé des autorités allemandes – une requête refusée. En 1942, il fonde l’Ordre Alpha Galates, un groupe antisémite et antimaçonnique, qui publie la revue Vaincre – Pour une jeune chevalerie. Cette initiative lui vaut une condamnation à quatre mois de prison à Fresnes en 1943, pour avoir défié l’interdiction des autorités allemandes. À la Libération, Plantard tente de réécrire son histoire, présentant ses organisations comme des groupes de résistance, une affirmation qui ne trompe guère les observateurs.
Son engagement dans l’extrême droite ne s’arrête pas là. Dès 1937, à l’âge de 17 ans, il fonde des associations ultranationalistes comme l’Union française, prônant une « révolution nationale » basée sur l’antisémitisme. Ces activités, bien que marginales – Alpha Galates ne comptait qu’une cinquantaine de membres, dont la plupart se désengagèrent rapidement –, révèlent une idéologie en contradiction avec les valeurs maçonniques qu’il prétendra plus tard défendre.
Le Prieuré de Sion : Une Mystification Ésotérique
C’est dans les années 1950 que Pierre Plantard se réinvente en figure ésotérique. En 1956, il fonde le Prieuré de Sion à Annemasse, une association officiellement dédiée à la construction de logements sociaux, mais qui deviendra le socle d’une vaste mystification. Plantard prétend que le Prieuré est une société secrète millénaire, fondée en 1099 par Godefroy de Bouillon, et qu’il est lui-même un descendant de Dagobert II, roi mérovingien, et un prétendant légitime au trône de France. Avec son complice Philippe de Chérisey, il fabrique les Dossiers secrets d’Henri Lobineau, déposés à la Bibliothèque nationale dans les années 1960, pour étayer ses affirmations.
Cette fable, popularisée par le livre L’Énigme sacrée de Henry Lincoln, Michael Baigent et Richard Leigh en 1982, puis par Da Vinci Code de Dan Brown en 2003, a séduit un large public. Mais elle est largement reconnue comme une imposture par les historiens. En 1993, interrogé par la justice dans le cadre de l’enquête sur la mort de Roger-Patrice Pelat, Plantard avoue avoir falsifié des documents, notamment ceux liant Pelat au Prieuré. Il est alors sommé de cesser ses activités frauduleuses.
Une Figure Insaisissable et Controversée
Pierre Plantard reste une énigme. Son initiation au GODF, bien que brève, soulève des questions : cherchait-il une légitimité maçonnique pour ses projets ésotériques, ou une façade pour masquer ses ambitions politiques ? Son passé d’extrême droite, ses condamnations judiciaires (notamment pour abus de confiance en 1953) et ses mystifications révèlent un homme prêt à manipuler les récits historiques et spirituels pour se construire une aura de grandeur. Certains, comme l’écrivain Jean-Luc Chaumeil, qui fut un temps proche de Plantard avant de dénoncer ses mensonges, le décrivent comme un manipulateur habile, mais peu crédible.
Plantard s’éteint en 2000, laissant derrière lui un héritage ambigu. Si son Prieuré de Sion continue de fasciner les amateurs de mystères, il est avant tout le symbole d’une époque où les récits ésotériques pouvaient encore captiver les imaginations, même lorsqu’ils reposaient sur des bases fragiles. Pour les maçons du GODF, son passage dans leurs rangs reste une anomalie, un rappel que même les institutions les plus progressistes ne sont pas à l’abri des imposteurs.