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Les hauts grades salomoniens

Ces hauts grades comportent les degrés du 4ème au 12ème

Certains lecteurs ont apprécié la légèreté humoristique des propos publiés le 14 avril 2025 dans un article de notre journal. Nous poursuivons aujourd’hui en transformant les degrés salomoniens (4 à 12) en une série de mini-scènes qui n’a d’autre but que de vous faire sourire.


Le 4ème degré (Maître Secret) : Le deuil, mais avec style

Bienvenue au 4ème degré, le premier des « degrés de perfection » ! C’est un peu comme arriver à une soirée où tout le monde est en noir, pleurnichant autour d’une playlist déprimante. La loge est décorée de tentures noires avec des larmes blanches – on dirait une déco gothique sponsorisée par un magasin de mouchoirs. Le Maître Secret, un Lévite, a enfin un pass VIP pour l’intérieur du Temple, juste devant le Saint des saints. Classe, non ?

On parle beaucoup du « Devoir » ici, avec un grand D. C’est un peu comme une liste de corvées interminables, mais version spirituelle. Et qui brille dans ce décor ? Adonhiram, l’ami d’Hiram, un genre de chef de chantier qui bossait déjà sur le Temple avant que le grand Hiram ne débarque avec ses gros sabots. Courage, le chemin est long, mais le Maître Secret a déjà une couronne… en plastique, mais ça compte !

Le 5ème degré (Maître Parfait) : Des funérailles cinq étoiles

Le roi Salomon, en mode organisateur d’événements, décide qu’il faut une cérémonie d’adieu pour Hiram digne d’un festival. Le 5ème degré, c’est l’art de planifier des obsèques parfaites, avec zéro faux pas. Les erreurs du passé ? Oubliées ! On casse les chaînes du vice, et on passe à autre chose.

Le Maître Parfait, c’est un peu un geek de la géométrie : il maîtrise le cercle, la quadrature, et probablement aussi comment aligner les chaises pour un banquet céleste. Esprit et matière ? Il les marie mieux qu’un wedding planner. La loge est tendue de vert – couleur de l’espoir, de l’acacia, et d’un vague souvenir de salade. Adoniram, alias le Trois Fois Respectable Maître, supervise tout ça avec un clipboard et une attitude de boss.

Le 6ème degré (Secrétaire intime) : L’incident de la porte

Johaben, le chouchou de Salomon, se retrouve dans une situation gênante : il écoute aux portes comme un ado curieux. Hiram de Tyr, le roi un peu bourru, pique une crise et veut lui faire passer un sale quart d’heure. Heureusement, Salomon, en mode diplomate, calme le jeu et nomme Johaben Secrétaire intime. C’est comme être promu après avoir été pris en flagrant délit de commérage.

Ici, Hiram de Tyr représente la matière (le côté « j’aime les burgers »), et Salomon, l’esprit (le côté « je médite en buvant du thé »). Johaben, lui, est le médiateur, un peu comme un pote qui réconcilie tout le monde à la fin d’une dispute. La loge ? Toujours en mode noir et larmes blanches, parce que visiblement, ils n’ont pas encore trouvé le budget pour des rideaux plus joyeux.

Le 7ème degré (Prévôt et Juge) : La justice, mais en rouge

Salomon, fatigué des chamailleries entre ouvriers, décide de mettre de l’ordre en nommant des Prévôts et Juges. Adoniram, encore lui, devient le chef de cette brigade de la justice. Johaben, quant à lui, gagne un ticket pour le Saint des saints (le coin le plus exclusif du Temple) et une clé d’or ultra classe, qui ouvre… un coffre mystère, mais pas tout de suite ! D’abord, il doit apprendre à être juste, à examiner sa conscience, et à ne pas confondre « bien » et « binge-watching » (regarder à la suite plusieurs épisodes d’une même série télévisée).

La loge passe au rouge, pour rappeler le sang d’Hiram et l’énergie des maîtres qui bossent dur. C’est un peu comme une salle de gym spirituelle, mais sans les smoothies protéinés.

Le 8èmedegré (Intendant des Bâtiments) : Cinq chefs pour un temple

Salomon et ses conseillers décident de nommer cinq Intendants des bâtiments, chacun responsable d’un style d’architecture. Johaben, fidèle au poste, est de la partie. Leur mission ? Construire le Saint des saints, le temple intérieur, un endroit si parfait qu’il pourrait accueillir un concert de harpes célestes.

La loge reste rouge, parce que visiblement, ils adorent cette vibe passionnée. C’est un degré où on planifie, on organise, et on rêve d’un temple intérieur si cool qu’il ferait pâlir d’envie n’importe quel architecte d’intérieur.

Le 9ème degré (Maître Élu des Neuf) : Vengeance dans une caverne

On entre dans les « grades de vengeance », et ça devient intense ! Un inconnu balance à Salomon l’adresse d’un des assassins d’Hiram, planqué dans une caverne. Neuf maîtres, dont Johaben, sont tirés au sort pour jouer aux chasseurs de primes. Johaben, un peu trop zélé, sprinte devant tout le monde, trouve le méchant, le neutralise, lui coupe la tête, et… prend une gorgée à la fontaine, parce qu’il faut bien s’hydrater après tant d’efforts.

De retour à Jérusalem, Salomon est furax : « Johaben, t’es pas dans un film d’action ! » Il veut le punir, mais les autres élus se mettent à genoux pour le sauver. La caverne, c’est un peu comme plonger dans les recoins sombres de son âme – mais avec plus de sueur et moins de Wi-Fi. La salle de Salomon est noire avec des flammes rouges, pour une ambiance « tribunal dramatique ».

Le 10ème degré (Illustre Élu des Quinze) : La vengeance, épisode 2

Salomon apprend que les deux derniers assassins se planquent au pays de Gath. Cette fois, il envoie une équipe de quinze, dont les neuf de la dernière mission plus six nouveaux. Les méchants sont capturés, ramenés, et subissent un sort digne d’un soap opéra antique : supplices, décapitation, et leurs corps jetés par-dessus les murailles. C’est un peu plus calme que le 9ème degré, comme si l’équipe avait pris des cours de gestion de la colère.

La décapitation, c’est la métaphore pour dire adieu aux pensées toxiques. La loge est noire, avec des larmes rouges et blanches, parce qu’ils n’ont toujours pas trouvé de décorateur plus optimiste.

Le 11ème degré (Sublime Chevalier Élu) : Les héros en armure

Dernier round des grades de vengeance ! La justice est rendue, et Salomon décide de récompenser ses justiciers. Douze d’entre eux, tirés au sort, deviennent des Sublimes Chevaliers, surnommés Emerek. Leur job ? Superviser les travaux du Temple comme des chefs de projet ultra zélés. Ils sont vertueux, charitables, et probablement très bons à faire des PowerPoint sur l’avancement des chantiers.

La loge est noire avec des cœurs enflammés – romantique, mais version médiévale. C’est l’heure de briller, de montrer qu’on est un chevalier digne d’un conte… ou au moins d’un bon barbecue entre collègues.

Le 12ème degré (Grand Maître Architecte) : Les génies du compas

Les travaux du Temple reprennent, et on a besoin de cracks pour remplacer Hiram. Les Grands Maîtres Architectes sont des pros de la géométrie, capables de résoudre des équations tout en jonglant avec un étui de mathématiques. Salomon ouvre même une école d’architecture, parce qu’il croit dur comme fer en l’éducation continue.

La loge passe au blanc avec des flammes rouges, pour une ambiance « je suis un génie, mais je reste passionné ». C’est le moment de construire, de créer, et peut-être de rêver à un Temple si parfait qu’il aurait sa propre page Instagram.

Mais si vous voulez garder tout le sérieux au texte n’hésitez pas à consulter le résumé des degrés de perfection au REAA (Rite Écossais Ancien et Accepté)

14-15 Juin à la GLDF : Salon du Livre et de la Culture au souffle initiatique

Les 14 et 15 juin 2025, l’Hôtel de la Grande Loge de France, situé au 8, rue Louis Puteaux, Paris 17e (Métro Rome), ouvrira largement ses portes pour accueillir une nouvelle édition du Salon du Livre et de la Culture, rendez-vous incontournable au carrefour des lettres, de la spiritualité et de la démarche initiatique.

L’entrée est libre Et la pensée y sera grande ouverte.

Un rendez-vous au croisement des symboles, de la mémoire et des engagements

Au fil des allées, dans la grande Librairie du 8, sur les stands des éditeurs, dans la crypte, avec les auteurs en dédicace ou au cœur des Temples vibrants d’histoire, se croiseront chercheurs, écrivains, artistes, lecteurs et Francs-Maçons de toutes Obédiences. La culture s’y fait vivante, incarnée, dialoguée.

Deux journées ponctuées de conférences, de tables rondes, de signatures et de moments musicaux, dont un concert de jazz dans le Grand Temple Pierre Brossolette, sans oublier la remise du Prix littéraire de la Grande Loge de France.

Venez découvrir, dans la crypte, les éditeurs et les auteurs du monde maçonnique. Venez également découvrir le nouveau Musée de la Grande Loge de France, récemment inauguré : un espace consacré à la transmission, à l’histoire, à l’art symbolique et aux archives vivantes de l’Ordre. Ce musée, en passe d’être labellisé Musée de France, inscrit pleinement la Franc-Maçonnerie dans le paysage culturel national.

Un Hôtel maçonnique au cœur d’un ancien couvent

Situé dans le quartier des Batignolles, la rue Louis Puteaux est ouverte en 1840. À son numéro 8 s’élève un ancien couvent franciscain, dont la mission première était d’aider les plus démunis. La crypte, construite sur une source antique aujourd’hui tarie, portait déjà dans ses fondations un souffle de mémoire.

En 1894, les franciscains inaugurent une nouvelle chapelle, achevée en 1896. Mais c’est en 1910 que la Grande Loge de France investit les lieux. L’ancienne chapelle devient le Grand Temple, tandis que son volume est scindé pour donner naissance à un second espace rituel : le Temple Franklin D. Roosevelt, du nom du Président américain Franc-maçon. La crypte, tour à tour salle de bal, piste de patinage, cinéma pionnier, deviendra dans les années 1930 un Temple maçonnique, désormais restauré pour accueillir conférences, librairie et expositions lors du Salon.

Liliane-Mirville – Grande Maîtresse de la GLFF (Crédit photo : Journal Le Télégrame)

L’histoire de la Grande Loge de France, dont le nom fut porté une première fois de 1738 à 1773, prend sa forme actuelle en 1894, date de sa refondation. Elle est aujourd’hui la première Obédience française fidèle à la tradition du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Des figures fortes pour éclairer les sentiers de l’imaginaire

L’auteur Jacques Ravenne en pleine réflexion lors d’une table ronde

Parmi les invités d’honneur :
– Christophe Bourseiller,
intellectuel inclassable, historien, homme de théâtre et de radio, initié à la GLNF en 1984 puis membre de la GLDF depuis 1990 ;
– Jacques Ravenne et Éric Giacometti,
créateurs d’Antoine Marcas, célèbrent vingt ans de compagnonnage littéraire en publiant, pour la première fois séparément, deux romans initiatiques : Les Ressuscités pour Jacques Ravenne, Les Éveillées pour Éric Giacometti ;
– Jean Mouttapa,
éditeur spirituel majeur en France, artisan du dialogue interreligieux et de la mémoire partagée ;
– Liliane Mirville, Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, récemment reconduite.

Eric Giacometti

Le Salon sera aussi l’occasion d’explorer, au fil des rencontres et des conférences, ce que le livre et la culture peuvent offrir de plus précieux : des passerelles entre ombre et lumière, des chemins de transformation nourris par les fictions, les quêtes de sens, les mémoires partagées et les renaissances intérieures.

Un Salon ouvert à tous

Le samedi matin, le public sera accueilli par le Très Respectable Frère Dominique Losay, Premier Grand Maître Adjoint et Délégué du Grand Maître à la Culture, figure incontournable du paysage culturel de la GLDF.
L’ensemble du Salon est animé par Yonnel Ghernaouti, écrivain, chroniqueur littéraire et conseiller littéraire pour de nombreux salons maçonniques en France et en Europe.

Une pensée maçonnique vivante

Les publications des Éditions de la Grande Loge de France seront pleinement mises à l’honneur, avec en tête de proue la revue Points de Vue Initiatiques (PVI), dirigée par son rédacteur en chef Olivier Balaine. Revue de référence de la GLDF depuis 1965, PVI poursuit l’héritage des Cahiers de la Grande Loge et des bulletins d’avant-guerre, en réunissant les meilleurs textes contemporains sur l’initiation, le symbolisme, la spiritualité, l’histoire et la philosophie maçonnique.

Dans un langage clair, accessible et exigeant, PVI explore les grandes traditions initiatiques tout en dialoguant avec les questionnements contemporains : transmission, quête intérieure, ouverture aux autres courants spirituels. Elle s’adresse à la fois aux Francs-Maçons et aux profanes en recherche, dans un esprit d’élévation et de partage.

Max Aubrun, président délégué au Musée – Archives – Bibliothèque (MAB), sera également présent durant tout le Salon. Artisan de la mémoire vivante de l’Ordre, il veille à la préservation et à la valorisation du patrimoine culturel de la Grande Loge de France. À travers ses travaux et son engagement, il incarne cette passerelle précieuse entre l’Histoire, les archives, les objets rituels et le souffle de la pensée vivante.

Entre les colonnes d’un Temple devenu livre, le Salon du Livre et de la Culture 2025 sera bien plus qu’un événement, mais une célébration de l’initiation comme éveil, une Fraternité incarnée par la culture.

Paris retrouve son Salon du Livre et de la Culture maçonnique !
Un lieu, une Obédience, un Rite. Mais surtout, un rendez-vous de sens, de symboles et d’espérance.

450.fm reviendra bien évidemment sur cet événement majeur de la culture maçonnique, à l’approche des 14 & 15 juin prochains, et sera présent sur place pour vous faire vivre les temps forts de ce Salon du Livre et de la Culture, au cœur même de l’Hôtel de la Grande Loge de France.

La Fraternité maçonnique

On définit toujours un être, une chose, une action, un sentiment en faisant référence à un autre être, à une autre chose, une autre action, ou un autre sentiment. Et l’on procède alors : soit par analogie, soit par opposition. Avant de vous parler de la Fraternité Universelle maçonnique je vous propose de nous frayer un chemin vers la définition de la Fraternité en faisant au passage la distinction entre :

L’AMITIÉ

Se retrouver ensemble dans un même but

Quand on parle de l’amitié, on se souvient vite des très belles pages que MONTAIGNE a écrites, inspirées par l’amitié profonde qui le liait à Etienne de la BOETIE. Cette amitié était plus proche de ce qu’est — ou ce que doit être — la FRATERNITE des Francs-Maçons que des amitiés communes d’aujourd’hui.

L’amitié, de nos jours, est plus en surface et plus fortuite. L’occasion l’a créée, l’intérêt peut-être ; le temps peut l’estomper ou la faire disparaître… Elle est pratique, légère, mondaine souvent, sincère et solide parfois… Tous comptes faits, elle s’engage à peine et le cœur se donne encore moins. L’amitié peut être déçue, c’est-à-dire, si elle a l’espoir d’être payée en retour. Et là, vraiment, que de déceptions

Ne faisons surtout pas un tableau pessimiste de l’amitié — c’est quand même une chose bien douce —, insistons seulement sur sa fragilité, son instabilité… et l’amertume qu’il arrive qu’elle laisse…

LA CHARITÉ

La charité est une notion infiniment attachante… qui peut toutefois devenir assez vite odieuse en fonction de certaines motivations. Attachante, la Charité l’est à coup sûr quand elle est un simple et merveilleux don de soi : quand, spontanément, elle atteste sa Foi, en un Dieu ou dans les Hommes. Oui, la Charité est attachante quand, au milieu des barbelés de la vie moderne, l’Homme renonce à son égoïsme et fait une large trouée afin d’être bon toujours, en dépit de tout : d’être secourable avec ceux qui en ont besoin, tous ceux qui en ont besoin.

C’est cette filiation morale — d’ailleurs souvent d’origine chrétienne — à la notion du Devoir qui distingue cette charité — pourtant ô combien attachante — de la Fraternité.

Nous avons dit aussi : parfois odieuse en fonction de certaines motivations.

Sire, on en a gros!

Il existe une sorte de Charité qui n’est pas un acte obligatoirement pur, un acte ne relevant pas de ces « raisons du cœur « dont parle PASCAL et la bienveillance envers son prochain n’est pas toujours altruiste. On cherche parfois son semblable… mais surtout pour y trouver sa propre récompense ! »

L’odieux réside alors dans une sorte de comptabilité des actes généreux.

Nous avons indiqué tout à l’heure l’extraordinaire acte de Foi que pouvait être la Charité : souvenons-nous à présent de ce salubre bouleversement dans la Chrétienté causé par la Réforme qui mettait justement au pilori cette comptabilité avec Dieu des actes généreux. — « J’ai fait ça, alors, Seigneur, tu me dois ça. »

C’est là que cette prétendue Charité, celle qui vise un salaire, devient vite odieuse.

De même, encore, lorsqu’elle s’adresse à ceux-ci et jamais à ceux-là, opère en de telles circonstances et pas en telles autres, avec une limite plus ou moins serrée. Elle se trouve alors de mauvaises plutôt que de bonnes raisons… pour justifier ces discriminations.

Mais au moins la Charité joyeuse, la vraie, même si elle procède d’une obligation morale ou spirituelle, est incontestablement imprégnée de Fraternité.

LA SOLIDARITÉ

La Solidarité, elle, est un fait social et non moral. C’est un sentiment en plusieurs dimensions qui nous lie à la fois aux Hommes, au Cosmos, à la Cité, au Créateur aussi, que nous désignons sous le nom de Grand Architecte de l’Univers.

« L’Ame est fille de la Cité », disait le philosophe. Imaginons une seconde la Cité détruite : que subsisterait-il de notre âme et pendant combien de temps ? Comment nos facultés s’exprimeraient-elles, nos virtualités se révèleraient-elles ? Comment notre esprit pourrait-il s’épanouir ? Qu’adviendrait-il des générations suivantes ?

Nous devons donc — pour une large part, et notamment à nos semblables — d’être ce que nous sommes, de valoir ce que nous valons.

Mais si la Fraternité inclut la Solidarité, celle-ci n’implique pas nécessairement la Fraternité.

LA FRATERNITE

Alors, maintenant, voyons : la Fraternité, la Fraternité tout court, qu’est-ce ?

Dans l’Antiquité, la Fraternité était considérée comme le sentiment le plus noble, le plus élevé. Même avant la Sagesse. Contrairement à l’amour, aux affections ou aux obligations morales, la Fraternité s’établit par une décision de volonté personnelle. Contrairement encore, la Fraternité n’inclut aucune passion, aucun sentiment de possession ou de domination.

La Fraternité, c’est un souffle heureux qui fouette le coeur autant que la Raison ! Un « souffle » dégagé de toute autre notion de bien et de mal ; de droit, de devoir ; de comptabilité, de salaire en retour ; d’humeur versatile…

La FRATERNITE,

• c’est quand le Moi pense à l’Autre,
• quand ce Moi ne pense plus Moi, mais l’Autre,
• quand penser à Soi, c’est d’abord penser à l’Autre.

Voilà donc pourquoi, aussi : tout commence et se poursuit par l’Autre.

L’Homme social n’est heureux que lorsqu’il peut être librement, pleine ment, également un homme parmi les autres hommes, un homme avec les autres hommes.

C’est cela la FRATERNITE HUMAINE : et c’est sans doute pour la trouver plus vite, en la construisant de toutes pièces, de leurs propres mains et de leurs propres coeurs que des profanes ont voulu, un jour, devenir Francs- Maçons !…

LA FRATERNITE UNIVERSELLE MAÇONNIQUE

« ETRE » est toujours plus que « CONNAITRE » et « AGIR » est toujours plus que « PENSER »..

Alors la Fraternité Maçonnique, telle que nous la concevons à la Grande Loge de France, c’est une façon non seulement de démontrer sa foi en l’homme, mais de la rendre agissante et de la concrétiser.

La Fraternité Maçonnique, ce n’est plus un sentiment, plus une attitude, ni même un réflexe, c’est une action permanente, après un choix fait une fois pour toutes.

… Et choisir d’aimer, n’est-ce pas après tout faire le plus beau des choix ?…

Bien sûr, dans le monde profane, il y a de très réels et sincères élans de fraternité — plusieurs religions, notamment, en donnent de magnifiques exemples — hélas ! Bon nombre de ces élans semblent se briser contre un mur. Oh ! pas toujours un mur d’égoïsme ou d’indifférence, mais un mur que n’a pas équilibré l’harmonie la plus parfaite… Fait des hommes, des institutions ou des circonstances ?…

La grande équivoque, c’est que la Fraternité profane, sauf peut-être dans certains cas particuliers de vie communautaire, ne va pas jusqu’au bout d’elle- même, ne sait pas refuser les étroitesses doctrinaires et se contente souvent d’une vie côte à côte, d’une fraternité de côtoiement I

Alors que le Franc-Maçon, lui, comprend que la véritable joie fraternelle c’est de vivre non pas côte à côte, mais avec, de vivre ensemble ; d’être soi, certes, mais de vivre en pensant aux autres, en construisant sa vie en fonction de celle des autres, de chercher sa vérité en retrouvant celle des autres…

Mais penser aux autres, signifie-t-il : « s’oublier soi-même » ?

Ne craignons pas de le dire : « s’oublier soi-même » ne serait pas maçon- nique. puis, non :

• si l’on n’est pas d’abord redescendu en soi,
• si l’on ne s’est pas : cherché soi-même, « apprécié » au sens propre du terme et, finalement, maîtrisé, comment pourrait-on alors s’approcher des autres ?

La Fraternité Maçonnique suppose donc qu’on ait établi ou qu’on cherche à établir :

• la paix et l’équilibre en soi,
• le gouvernement de soi-même.

C’était déjà l’une des grandes attentes de SOCRATE : que l’autre soit son semblable par le gouvernement de soi. Et c’est d’ailleurs en cela que l’Autre est égal à Soi.

Et c’est ce qui fait la précieuse originalité de la Fraternité ‘Maçonnique, une Fraternité en quelque sorte régénérée, revigorée, respiritualisée :

• non seulement connaître, mais être certain — sans arrière-pensée — de son environnement,
• savoir que d’autres Frères sont là, non seulement autour de soi, mais sur toute la terre : qui ont une existence propre, marchent librement, font des efforts joyeux, construisent patiemment dans le même sens, pour le même Temple.

Alors tout est possible. Possible de croire et faire confiance, possible d’entreprendre et de prolonger, possible d’être soi… et d’aimer les autres, en même temps, possible de tout dire et de tout écouter…

La Fraternité maçonnique, c’est un pacte contre l’égoïsme, l’indifférence, l’incompréhension, c’est un pacte de foi et d’espérance déjà sur la terre : en soi et dans les autres, en l’humanité tout entière, en la paix et la vie, c’est aussi un pacte de disponibilité permanente, d’inspiration et d’action toujours prêtes à intervenir.

En fait, la Fraternité maçonnique : l’Homme, son frère, dans sa personnalité, son égalité et c’est vouloir, soi, vivre avec comme tel.

Nous sommes nos propres héros, « nos héros réciproques » puisque nous croyons en nous-mêmes et que notre Fraternité l’atteste.

C’est ALAIN qui fait dire quelque part à son « Misanthrope » : « Ce n’est pas que je méprise les hommes, mais, plutôt, que j’en cherche et que je ne trouve guère…

Ici, en Maçonnerie, les Hommes ont retrouvé les Hommes. Ce n’est pas qu’ils soient tous semblables. Chercher son semblable ne signifie pas que l’Autre soit semblable à soi ! Au contraire, comme l’écrivait Paul VALERY : « Nous nous enrichissons de nos mutuelles différences », mais chacun est soi, exprimé, réalisé ou en passe de l’être.

Oui, c’est en Maçonnerie que des hommes sont devenus des Hommes et, dans la Lumière, ont retrouvé d’autres Hommes, c’est là, dans cette prise de conscience, qu’est le fondement de la solidarité qui lie les Francs-Maçons, cette solidarité, partie intégrante et ciment de la Fraternité Maçonnique.

Comment être comblé davantage, au moins sur cette terre, que par cette Fraternité chaleureuse dont les Francs- Maçons donnent l’exemple ?

Des hommes sont là, de leur propre gré, qui cherche ensemble la Lumière et avancent dans la voie de l’Initiation.

Pour la première fois ces hommes sont réellement libres avec d’autres hommes libres. Ils peuvent parler : ils sont écoutés. Ils peuvent parler : ils ne seront ni jugés, ni condamnés, ni offensés, ni humiliés. Le réflexe sera de vouloir les comprendre. Tout cela parce qu’ils auront décidé, une fois pour toutes, de s’aimer fraternelle ment. Et c’est dans l’usage qu’ils feront de cet amour et de cette liberté qu’ils montreront qu’ils sont vraiment des Francs-Maçons.

C’est la ressemblance de nos aspirations et de nos mœurs qui constitue notre lien à la fois le plus doux et le plus indestructible. Rien ne peut nous offrir de plus grande sécurité.

En d’autres termes encore, la véritable attitude fraternelle ne consiste- t-elle pas à être soi-même, en toute simplicité, avec d’autres hommes, devenus Maçons, qui ne demandent également qu’à être eux-mêmes, en toute simplicité ?

L’un des grands bonheurs du Maçon, c’est justement la saveur de cette fraternité fondamentale dont il sait exprimer et faire jaillir toute la rareté. C’est comme un chant qui aurait choisi volontairement sa propre musique et qui courrait sur des notes joyeuses vers la grande Lumière.

Le tableau de la Fraternité Maçonnique que nous venons d’esquisser est-il une représentation idéale, trop chargée d’illusions ? ‘Comment pourrait-on parler « d’illusions » quand nous, les Maçons, avons le cœur gonflé d’espoir parce que nous croyons en la perfectibilité de l’homme ?

La Maçonnerie n’a pas le privilège de la Fraternité, la Grande Loge Nationale des Rites Maçonniques non plus. Il existe des œuvres ou des sociétés, laïques et religieuses, d’une communion et d’un dévouement exceptionnels —. Mais nous donnons l’un des plus chaleureux exemples que beaucoup nous envient… sans d’ailleurs le comprendre.

Nous ne voulons rien gâcher de la vie, ni pour nous-mêmes, ni pour les autres : nous voulons vivre au maximum des possibilités de la vie. En paix avec nous, joyeux avec les autres. Voilà pourquoi nous nous aimons.

Répétons-le : notre Fraternité ‘Maçonnique n’est pas qu’une attitude, de bonheur de vivre ; c’est surtout une volonté : de bonheur d’agir…

C’est ainsi que la Fraternité est la clef de voûte de notre vie maçonnique, donc de notre Temple.

« Mes amis, il n’y a que des amis » disait le philosophe…

Parce que nous sommes Francs-Maçons, nous dirons :

« MES FRERES, IL N’Y A QUE DES FRERES »… pour tous ceux qui le veulent vraiment.

La violence des rituels maçonniques

N.D.L.R. :L’Université maçonnique a organisé, ce samedi 22 mai 2025 de 10 h à 12 h, en distanciel, via un webinaire Zoom, sa conférence mensuelle, ouverte sur inscription libre aux membres de toutes obédiences et de tous grades, sur le thème de la violence. Cette matinée proposée en ligne a remporté un grand succès d’audience, tant la question débattue semble occuper l’esprit de nos contemporains.

Avant de susciter de très larges échanges, le public a successivement entendu Hervé Coantic, commandant divisionnaire de police (er), sur le sujet suivant : « De l’usage légal de la force à la violence légitime », et Jean-Robert Daumas, ès qualités de membre de la Grande Loge de France pratiquant le Rite Écossais Ancien et Accepté, sur : « La violence des rituels maçonniques ».

La première conférence analysant le recours à la force par les services de police et de gendarmerie  du point de vue du droit et ce, sans aucun caractère narratif, présentait un strict intérêt descriptif, au demeurant, dépourvu de tout lien avec la franc-maçonnerie ; la seconde, prononcée par un intervenant qui se trouve être également président de l’Université maçonnique, en se focalisant sur la fonction de la violence dans le processus initiatique, développait une réflexion entièrement reliée à nos pratiques. C’est pourquoi nous avons demandé à l’auteur de cette dernière de bien vouloir nous en confier la publication. Nous l’en remercions.

Avec l’intervention de notre frère Hervé nous avons évoqué le thème de la violence dans les rapports de pouvoir profane. J’ai trouvé intéressant d’avoir le point de vue d’un pratiquant ou au moins d’un connaisseur de la notion de violence légitime et de son monopole accordé à la puissance publique. Pour être franc, et sans vous raconter ma vie, j’ai été aussi parfois un pratiquant de cette violence d’état comme tous ceux qui ont servi sous les drapeaux dans des opérations militaires extérieurs. J’ai été amené à m’interroger sur les limites de cette violence légitime et à partir de quel moment nous étions dans un abus de violence légitime.

Et à quel moment, le libre arbitre que nous autres maçons revendiquons comme un fondement de notre démarche, nous dicte de tempérer cette violence légitime dont les militaires ne sont pas les instigateurs, mais les exécutants des politiques qui nous dirigent. Exécutant fidèles, mais pas obligatoirement serviles.

Comme le dit une de nos sentences du REAA « j’ai appris à être obéissant et à rester fidèle… ». Chaque fois que j’entends cette sentence, je me rajoute intérieurement ce petit supplément « … en ce qu’on ne nous commandera rien de contraire à l’honneur ».
Mais la réflexion que je vais vous proposer concerne la violence contenue dans nos rituels maçonniques. J’en profite pour préciser que mon propos s’appuiera sur ma pratique du REAA tel qu’il est pratiqué dans mon obédience la GLDF.

Il peut sembler paradoxal que la Franc-maçonnerie dont les finalités d’actions sur soi et sur le monde sont empreintes de bienveillance, de tolérance et d’amour, ait recours à de la violence symbolique. Pourquoi trouve-t-on tant de violence dans nos rituels ?
En prenant deux exemples différents, je vais essayer de décrire cette violence et de justifier le sens qu’il faut lui donner.

D’abord l’entrée en maçonnerie du profane où ce malheureux impétrant est soumis à de nombreux sévices. Car ce passage de l’état de profane à celui d’initié est tout sauf un long fleuve tranquille !

Il est d’abord soumis à des enquêtes. Même s’il constate que ses enquêteurs ne sont pas des émules de Torquemada, il est amené à se dévoiler et à répondre à des questions que l’on vous pose rarement autour de la machine à café de son entreprise.
Il a beau ne pas se sentir suspect de la moindre turpitude, il est amené à se dévoiler et exposer une part de son intimité, ce qui peut être ressenti comme une intrusion dérangeante.

Puis le passage sous le bandeau ! On aura beau lui dire qu’il est devant une assemblée fraternelle, que nous sommes simplement là pour mieux le connaitre, cette étape est souvent perçue comme une épreuve.

Puis l’attente dans le Cabinet de réflexion qui ressemble plus à un cachot ou un tombeau qu’a une salle d’attente profane. Tout y est inquiétant : les objets, les symboles, et jusqu’à la rédaction de son testament philosophique. Heureusement il y a le mot « philosophique » qui lui signifiera qu’il ne s’agit pas de sa mort physique qui est envisagée mais qu’il s’agit quand même d’une certaine forme de mort !

Mais la suite de la cérémonie d’initiation ne sera pas vraiment paisible. Dès le début il sera malmené. Il devra déambuler sur les objets étranges, soumis à des bruits bizarres, accablé de sentences dont certaines peuvent être inquiétantes… comme le fait d’avoir « la langue arrachée ou la gorge coupée ».

On peut se demander pourquoi tant de violence rituélique. Il faut pour cela revenir à la définition de ce qu’est un processus d’initiation dans toute tradition profane ou sacrée.

Trois étapes distinctes : le préliminaire, le liminaire et le post liminaire.
Le préliminaire consiste à sortir l’impétrant de son environnement habituel pour le placer dans une situation inhabituelle.

Ce sera le cachot noir et sinistre pour le jeune écuyer qui va subir l’initiation chevaleresque.
Ce sera une nuit dans une jungle hostile avec serpents et animaux sauvages pour les initiations tribales africaines.

Ensuite vient le liminaire où l’impétrant sera confronté à des épreuves physiques ou symboliques.

A titre d’exemple, le jeune écuyer devra démonter ses capacités de combattant avec les épreuves suivantes :
• La quintaine : Il doit frapper une cible pivotante (souvent un mannequin armé) tout en restant en selle.
• Combat à l’épée ou à la lance (en bois) : Duels supervisés pour tester sa technique, sa discipline et sa maîtrise de soi.
• Tournois d’entraînement : Parfois organisés pour les jeunes nobles, ces tournois simulent des joutes ou mêlées avec des armes émoussées.
Enfin le post-liminaire : l’impétrant ayant triomphé des épreuves symboliques ou physiques il aura droit à intégrer le groupe et son arrivée sera fêtée.
Pour l’initiation tribale ce sera le passage à l’état d’adulte.
Pour l’initiation chevaleresque ce sera le passage au grade de Chevalier
Pour l’initiation maçonnique ce sera le passage du profane à l’initié.
Dans toutes ces épreuves, la violence a un rôle performatif. Elle est le passage nécessaire et le chemin qui conduira à la naissance ou à la renaissance de l’impétrant dans une vie nouvelle, profane ou sacrée.

Je vais maintenant évoquer un autre moment de violence symbolique en maçonnerie.
Je sais qu’il y a certains de nos auditeurs qui ne sont qu’Apprentis ou Compagnons mais nous allons parler du meurtre d’Hiram. Je ne dévoilerai aucun secret que l’on ne trouve dans toutes les bonnes librairies ésotériques ou à la FNAC.
Le secret véritable se situe dans l’esprit et dans le cœur de celui ou celle qui subit l’élévation au grade de Maître maçon.
Et ce secret est par définition inviolable car il n’appartient qu’au nouveau Maître.

Rappelons les faits…

Au REAA (comme dans la plupart des rites maçonniques), la légende d’Hiram Abiff occupe une place centrale. D’après les rituels, Hiram (fils d’une veuve de Nephtali) était l’architecte en chef du Temple de Salomon. Trois compagnons ambi¬tieux décident de le tuer pour connaître les secrets qu’il garde. Dans la cérémonie du 3ᵉ degré, on reconstitue précisément cet assassinat : l’un frappe Hiram au niveau de l’épaule avec une règle (carré), le second au cou avec un levier, et le troisième lui porte un coup fatal au front avec un maillet. Les assassins cachent ensuite son corps et ne réapparaissent que plus tard pour être jugés et châtiés dans des degrés au-delà du 3ème degré.

A priori la légende d’Hiram, notre mythe fondateur, n’est apparemment qu’un « petit roman profane », une banale intrigue policière. On connait les assassins, le motif de leur crime, les circonstances précises du meurtre.

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Un détail intrigue cependant les enquêteurs : le comportement étrange de la victime qui a certes cherché à fuir, qui a même discuté avec ses agresseurs et tenté de les convaincre de renoncer, mais qui n’a jamais appelé au secours.
Le profane se perd alors en conjectures humaines, trop humaines. Le psychologue de service n’a strictement rien à dire sur les motivations d’Hiram.
Seul l’Initié qui a vécu dans sa chair et dans son esprit le rituel initiatique peut espérer en parler avec pertinence. Et encore ne le peut-il qu’en utilisant des mots substitués.

Comme dans la tragédie antique c’est bien le destin qui donne tout son sens au psychodrame. C’est son destin que le postulant accepte en toute conscience. Il ne le subit pas comme une fatalité mais l’assume comme un choix glorieux.
Dans le rituel, le postulant doit avoir conscience qu’il réunit en lui tous les protagonistes de la tragédie : les assassins comme la victime.
En lui sont les mauvais compagnons qui ne veulent pas payer le prix de l’élévation spirituelle, le prix de la Lumière.

En lui sont ces tricheurs qui, comme le dit le rituel, ”tentent d’obtenir par la violence les prérogatives qui ne doivent être accordées qu’au travail et au mérite”.
Oui, ils veulent brûler les étapes mais aussi et c’est toute l’ambigüité de la situation, parce qu’ils sont avides de Lumière.

Mais en lui aussi est Hiram, la conscience supérieure, la victime glorieuse.
Le nœud de la tragédie est toujours le moment dramatique où se condense toutes les contradictions apparentes du monde profane, celui du choix.

La mort de Socrate
La mort de Socrate

C’est le moment où Socrate pourrait fuir comme le suggère ses amis.
C’est celui où Jésus pourrait dire à Pierre de tirer l’épée au jardin des Oliviers pour lui permettre de s’enfuir. J’ai toujours vu une analogie forte entre le Christ de la théologie chrétienne et Hiram.

C’est le moment ou le Postulant à la Maîtrise peut encore dire non à la mort symbolique qui l’attend et refuser son destin.

Appeler au secours ce serait alors dire non à la mort, mais ce serait dire non aussi à la résurrection ou à la renaissance. Ce serait arrêter le passage nécessairement tragique du Rituel.

Si nous avions appelé au secours nous étions perdus. En nous taisant, en faisant silence, nous nous sommes sauvés, pour aider les autres à se sauver.
L’analogie avec la passion du Christ se précise.

Certes on peut contester cette vision de la violence symbolique qui relie le Christ et Hiram.
Comment peut-on en effet mettre en balance une réalité historique ni contestée ni contestable avec une légende symbolique ?

Comment comparer et choisir raisonnablement entre un personnage né sous Tibère, mort sous Ponce Pilate et tenu par l’une des trois grandes religions du Livre pour le véritable Messie, le Fils de Dieu en trois personnes et un personnage de fiction qui sert de symbole à un Ordre initiatique ?

Comment choisir entre ce qui est apparemment incomparable ?
D’un côté la résurrection de la chair, le retour d’entre les morts, le défi à toutes les lois naturelles.

De l’autre une renaissance spirituelle de l’homme bien vivant qui triomphe d’une mort profane symbolique.

D’un côté un fait historique qui est le fondement de la foi chrétienne. « Si le Christ n’est pas ressuscité notre foi est vaine » dit Saint Paul.
De l’autre une simple parole d’espérance. « Rien ne meurt, tout est vivant » dit notre rituel funèbre.

La résurrection du fils de la veuve de Naïm (Crédit : Jean-Baptiste Wicar)

Simplement parce qu’avec nos outils symboliques nous avons mesuré les différences et surtout les analogies. Dans l’ésotérisme chrétien, La résurrection du Christ est bien un mystère de la foi pour le Chrétien, mais sa finalité est la renaissance spirituelle de l’Homme nouveau, comparable à celle du Maître initié.

Le Christ de l’ésotérisme chrétien et l’Hiram de la F.°.M.°. nous invitons alors à célébrer la même Pâques, celle de la renaissance à la vraie Vie, fruit naturel de notre quête qui laisse grande ouverte, pour qui le voudra, l’espérance de la résurrection ou de la renaissance.
La dramaturgie maçonnique suggère ainsi que l’accession à la maîtrise passe par un acte fondateur de destruction symbolique de l’ancien état (mort du maître) et par l’affirmation d’une nouvelle alliance entre frères (renaissance dans l’espérance).
Et c’est tout le sens de cette violence rituélique de la mort d’Hiram.

Cette violence symbolique au REAA n’est pas une fin en soi, mais un outil initiatique structurant : elle révèle au candidat ses propres conflits intérieurs (ego contre collectif, conscience contre instinct), tout en l’éduquant à transcender l’agressivité humaine. Dans la théâtralité de la loge, cet affrontement simulé sert de catharsis intelligente, un véritable « barrage à la violence » réelle. Le rite fait du sacré par la mort et du tragique sa matière première, cherchant ainsi à transformer la « barbarie » en un ordre moral et spirituel nouveau.

Le viol de Lucrèce…

Ces scènes de violence rituelle ont pour but non pas de glorifier l’agression, mais de permettre au postulant de prendre conscience de l’« animalité » de l’homme et de la transcender. En d’autres termes, la mise en scène dramatique agit comme un « garde-fou » : exposer l’initié à la violence dans un cadre symbolique lui permet de « mettre des mots sur l’instinct, l’identifier et le maîtriser », plutôt que de le refouler ou de l’ignorer. La succession d’ombre et de lumière, de mort simulée et de renaissance, offre au candidat une expérience intime de transformation psychologique.

Cette « métamorphose » est au cœur du REAA et de nombreux autres rites. En s’identifiant à Hiram le bâtisseur-martyr, le franc-maçon symbolise son propre passage de l’ignorance à la connaissance : il renonce à l’ancien moi pour renaître psychologiquement. Le mythe d’Hiram dessine ainsi un pont (une « archè ») entre le profane et le sacré. À travers cette épreuve, le nouvel initié doit retenir que sa « tâche » est de combattre sans relâche les trois fléaux du rite – l’ignorance, le fanatisme, l’ambition démesurée – et de veiller à ce que la fraternité survive à toute « tentation de pouvoir ».

En somme, la violence symbolique sert à briser l’ego pour reconstruire un individu éclairé, altruiste et fidèle à la loi maçonnique.

Comme le proclame la devise du REAA « Ordo Ab Chaos ».

Un ordre nouveau fait d’empathie, de bienfaisance et de tolérance naîtra de ce chaos de violence, de cette violence fondatrice qui nous obligera à une introspection profonde sur ce que nous sommes et ce que nous devrions être.

Mes TCS et TCF, J’ai dit

Jean-Robert DAUMAS
24 mai 2025

Notre monde n’a jamais été aussi sécurisant et pacifique

Le monde, plus paisible qu’on ne le pense : une plongée dans les chiffres qui démontent le mythe de la violence galopante.

Dans un monde saturé d’images choc et de titres alarmistes, il est facile de croire que la société sombre dans un chaos sans fin. Les journaux télévisés regorgent de faits divers (+73 % en dix ans selon l’Institut national de l’audiovisuel), les réseaux sociaux amplifient les récits de violence, et les discours politiques brandissent le spectre d’un monde en perdition. Pourtant, les chiffres racontent une histoire bien différente : jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’avons été aussi en sécurité. Loin du sensationnalisme médiatique, les indicateurs convergent pour montrer une société qui se pacifie progressivement.

Embarquons pour un voyage statistique, armés des analyses de Jean-François Dortier sur France Culture, des perspectives historiques de Slate.fr, et des données médiatiques d’Ouest-France, pour démontrer que le monde va bel et bien vers plus de paix et de sécurité.

La guerre : un déclin historique indéniable

Guerrier en combat, guerre
Guerrier en combat, guerre, bataille

Commençons par le plus grand spectre de la violence : la guerre. Jean-François Dortier, sociologue interrogé par France Culture, le souligne avec clarté : “À l’échelle de l’histoire, la guerre connaît un déclin évident.” Si les conflits armés, comme ceux au Yémen ou au Mali, persistent, ils sont bien moins meurtriers qu’autrefois. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les guerres étaient la norme, tuant des millions de personnes par décennie. Depuis 1945, le nombre de morts par conflit armé a chuté de manière spectaculaire. Selon l’Uppsala Conflict Data Program, le nombre de décès liés aux guerres a diminué de plus de 90 % entre les années 1950 et les années 2010. Même en tenant compte des soubresauts récents (Syrie, Ukraine), les guerres modernes tuent proportionnellement beaucoup moins qu’à l’époque des grands conflits mondiaux ou coloniaux.

Slate.fr, dans son article “Le monde est-il plus en chaos ou plus en paix ?”, appuie cette tendance en citant le travail de Steven Pinker, auteur de The Better Angels of Our Nature. Pinker montre que la probabilité de mourir dans un conflit armé est à son plus bas historique. En 2020, environ 0,5 % de la population mondiale était affectée par des conflits armés, contre plus de 10 % durant les guerres mondiales. Les institutions internationales (ONU, traités de paix) et la dissuasion nucléaire ont certes leurs limites, mais elles ont contribué à réduire les guerres interétatiques. Même les conflits internes, bien que médiatisés, sont moins fréquents et moins létaux qu’il y a un siècle.

La criminalité : une baisse structurelle malgré les gros titres

Passons à la violence quotidienne, celle des faits divers qui envahissent les JT.

Ouest-France rapporte une augmentation de 73 % des sujets consacrés aux faits divers dans les journaux télévisés entre 2003 et 2013

créant une impression de société hors contrôle. Mais cette surmédiatisation est trompeuse. Les statistiques criminelles racontent une autre histoire. En France, selon le ministère de l’Intérieur, les homicides volontaires ont diminué de 30 % entre 1990 et 2020, passant de 1 200 à environ 850 par an pour une population en croissance. Les vols avec violence ont également chuté, grâce à l’amélioration des technologies de sécurité (alarmes, caméras) et des politiques de prévention.

À l’échelle mondiale, le tableau est similaire. Le Global Peace Index (2023) montre que 84 % des pays ont vu leur niveau de criminalité violente diminuer ou stagner depuis les années 2000. Dortier explique sur France Culture que “les sociétés modernes, grâce à l’État de droit et à l’amélioration des conditions de vie, sont beaucoup moins violentes qu’autrefois.” Au Moyen Âge, le taux d’homicide en Europe était de 50 pour 100 000 habitants ; aujourd’hui, il oscille autour de 1 pour 100 000 dans la plupart des pays développés. Même les pays en développement, malgré des défis persistants, enregistrent des baisses grâce à l’urbanisation et à l’éducation.

La violence domestique : une sensibilité accrue, pas une augmentation

La violence domestique, souvent mise en avant dans les médias, semble exploser. Dortier nuance : “On n’a jamais autant parlé de la violence domestique, mais ce n’est pas forcément le signe d’une augmentation.” Les statistiques sont complexes, car la sensibilisation accrue (mouvements comme #MeToo) a conduit à plus de signalements, rendant les comparaisons historiques délicates. Cependant, des études longitudinales, comme celles de l’OMS, montrent que les violences conjugales et infantiles diminuent dans les pays où l’égalité des genres et les protections légales progressent. En France, les condamnations pour violences conjugales ont augmenté, mais c’est largement dû à une tolérance moindre : ce qui était “normal” il y a 50 ans est aujourd’hui un délit.

Slate.fr ajoute une perspective historique : dans les sociétés prémodernes, la violence domestique était institutionnalisée (droit de correction des maris, châtiments corporels sur les enfants). Aujourd’hui, ces pratiques sont non seulement illégales mais socialement inacceptables dans la plupart des cultures. Les campagnes de sensibilisation et les refuges pour victimes ont réduit l’incidence des cas graves, même si le chemin reste long.

La violence verbale et les incivilités : un fléau difficile à quantifier

La violence verbale, notamment sur les réseaux sociaux, et les incivilités sont souvent perçues comme une nouvelle forme de chaos. Dortier admet qu’il est “très difficile de mesurer” ce phénomène. Les données sur le harcèlement scolaire, par exemple, ne permettent pas de conclure à une augmentation par rapport à il y a 50 ans. Ce qui a changé, c’est notre sensibilité : des comportements autrefois banalisés (insultes, brimades) sont désormais scrutés et condamnés. Les médias amplifient cette perception, comme le note Ouest-France avec l’explosion des faits divers à la télévision. Pourtant, cette focalisation reflète plus une demande de sensationnalisme qu’une réalité statistique. Les enquêtes de victimation, comme celles de l’INSEE, montrent que les incivilités graves (agressions verbales menaçantes) restent marginales et n’ont pas augmenté de manière significative.

Pourquoi cette illusion de chaos ?

Micro BFM posé par terre
Micro BFM posé par terre

Si le monde est plus sûr, pourquoi cette obsession pour la violence ? Dortier l’explique : “Les médias adorent les crimes, les catastrophes, parce que le public adore ça.” Les séries policières, les jeux vidéo violents et les chaînes d’info en continu prospèrent sur cet imaginaire. Ouest-France confirme que les faits divers occupent une place démesurée dans les JT, avec plus de cinq sujets par jour en moyenne. Slate.fr ajoute que les politiques instrumentalisent ce sentiment d’insécurité pour mobiliser leur base, transformant chaque incident en preuve d’un prétendu chaos. Cette distorsion cognitive, appelée “biais de disponibilité”, nous pousse à surestimer les risques en raison de leur surexposition médiatique.

Un monde plus sûr, mais une histoire moins vendeuse

Les données sont formelles : le monde n’a jamais été aussi pacifique. Les guerres tuent moins, les crimes violents diminuent, la violence domestique recule dans les sociétés modernes, et même les incivilités ne sont pas objectivement en hausse.

Comme le résume Dortier, “nous sommes baignés dans un imaginaire de la violence, en paradoxe complet avec notre situation de gens ordinaires, pour la plupart pacifiques.

Slate.fr insiste : “Les progrès de l’État de droit, de l’éducation et de la coopération internationale ont construit un monde plus stable.” Oui, des défis persistent – conflits locaux, inégalités, cyberharcèlement – mais ils ne doivent pas occulter une vérité statistique : nous vivons dans l’époque la plus sûre de l’histoire.

Alors, la prochaine fois qu’un JT vous inonde de faits divers ou qu’un politique agite le spectre du chaos, prenez un moment pour regarder les chiffres. Ils ne font pas les gros titres, mais ils racontent une histoire bien plus optimiste : celle d’un monde qui, lentement mais sûrement, apprend à poser ses armes.

Sources :

  • France Culture, “La société est-elle plus violente qu’avant ?”
  • Slate.fr, “Le monde est-il plus en chaos ou plus en paix ?”
  • Ouest-France, “Télévision. En 10 ans, les faits divers ont augmenté de 73 % dans les JT”
  • Uppsala Conflict Data Program (2023)
  • Global Peace Index (2023)
  • Ministère de l’Intérieur, France (2020)
  • OMS, rapports sur la violence domestique (2021)

Le Dessin de Jissey : « La maçonnerie ne survivra pas »

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Mes très chers Frères et Sœurs, attachez vos tabliers et ajustez vos lunettes ésotériques, car la Franc-maçonnerie du XXIe siècle ressemble à une planche symbolique écrite par un apprenti sous Red Bull : pleine d’énergie, mais un poil désordonnée ! Entre mixité, intelligence artificielle, démissions en cascade, perte de spiritualité et un amour un peu trop prononcé pour les cotisations, l’Art Royal tangue comme un bateau ivre dans un océan de défis. Heureusement, des plumes affûtées comme celles de Franck Fouqueray, Brigitte Bouyssou et Pierre Audureau, publiées chez l’incontournable Dervy, viennent poser leurs maillets sur la table pour proposer des solutions… ou du moins, essayer !

Allez, enfilons nos gants blancs et plongeons dans ce grand bazar maçonnique avec l’humour digne de Jissey, le trublion des colonnes !

Mixité : les loges en mode « Tinder maçonnique » ?

Commençons par la mixité, ce serpent de mer qui fait plus de vagues qu’un Vénérable Maître en crise existentielle. Dans son livre La mixité maçonnique est-elle inéluctable ? (Dervy, 2022), Brigitte Bouyssou pose la question qui fâche : la Franc-maçonnerie va-t-elle devenir un grand speed-dating initiatique où Frères et Sœurs cohabiteront en harmonie ? Historiquement, les loges étaient aussi masculines qu’un vestiaire de rugby, mais les loges d’adoption et les obédiences mixtes ont secoué le compas. Aujourd’hui, certains crient au sacrilège, d’autres au progrès. Imaginez une loge où l’on débat du genre entre deux méditations sur le GADLU (Grand Architecte De L’Univers, pour les profanes qui suivent) : “Frère, passe-moi l’équerre, et dis-moi, t’es plutôt mixte ou tradi ?” Bouyssou, avec pédagogie, explore les arguments pour et contre, mais avouons-le : la mixité, c’est un peu comme inviter des vegan à un banquet maçonnique – ça complique le menu, mais ça enrichit la tablée

L’IA : ChatGPT va-t-il devenir le prochain Grand Maître ?

Passons à l’intelligence artificielle, ce nouveau pavé dans la mare maçonnique, brillamment abordé par Franck Fouqueray dans L’intelligence artificielle va-t-elle transformer la franc-maçonnerie ? (Dervy, paru en avril 2025). Fouqueray, avec son humour de Vénérable Maître ayant survécu à trois mandats, nous prévient : l’IA risque de faire plus de dégâts qu’un apprenti qui confond l’équerre avec une règle à calcul. Imaginez une loge où ChatGPT rédige les planches : « Frères, selon mes données, le symbole du Delta Lumineux est 42% plus lumineux sous LED. » Fouqueray anticipe une “mutation anthropologique” où l’IA pourrait gérer les rituels, analyser les symboles ou même… remplacer les enquêtes profanes ! “Désolé, candidat, l’algorithme dit que ton aura n’est pas assez alignée avec le Rite Écossais.” Mais soyons sérieux (enfin, presque) : Fouqueray propose d’accompagner cette vague technologique, pas de la subir. Parce que si l’IA devient le nouveau Grand Secrétaire, on risque de recevoir des convocations en binaire

La spiritualité : où est passé le GADLU ?

Et puis, il y a cette fichue perte de spiritualité, un sujet qui donne des sueurs froides aux maçons en quête de transcendance. Fouqueray, encore lui, dans Comment gérer les 4 nourritures maçonniques (Dervy, 2023), pointe du doigt une Franc-maçonnerie française qui, depuis René Guénon et Oswald Wirth, a troqué ses clubs sociaux à l’anglaise pour une quête initiatique… mais qui patine un peu. Entre deux agapes où l’on débat du prix du pinot noir, certains Frères oublient de méditer sur le sens de la vie. Fouqueray suggère d’intégrer méditation, équilibre alimentaire et même une bonne respiration dans les rituels. Oui, vous avez bien lu : la Franc-maçonnerie pourrait devenir un cours de yoga ésotérique ! “Frères, inspirez par le nez, expirez par le compas, et visualisez le Temple de Salomon.” Si ça peut éviter de transformer les loges en clubs de bridge, pourquoi pas ?

Démission : le syndrome de la chaise vide

Parlons maintenant des démissions, ce fléau qui fait plus de trous dans les loges qu’un pavé mosaïque mal posé. Fouqueray, dans ses multiples ouvrages (on ne l’arrête plus !), évoque ces “milliers de francs-maçons” qui jettent l’éponge, lassés par des loges qui ressemblent plus à des conseils d’administration qu’à des temples de sagesse. Son Manuel de survie pour apprenti voulant démissionner (Editions LOL) est un guide hilarant pour ceux qui veulent quitter la loge sans froisser le Vénérable. “Frère, rends ton tablier, mais laisse un mot gentil, sinon tu seras blackboulé jusqu’à la Saint-Jean !” Le problème ? Trop de réunions, pas assez de sens. Fouqueray propose de dynamiser les ateliers, mais entre nous, si les loges continuent à débattre de la couleur des rideaux, on risque de voir plus de chaises vides qu’à un concert de flûte à bec.

L’argent : les obédiences en mode “Wall Street maçonnique” ?

Enfin, l’argent, ce vilain mot qui fait tiquer même les plus zélés des maçons. Pierre Audureau, dans Une franc-maçonnerie dévoyée par l’ego (MdV), balance un pavé dans la loge : les obédiences, censées servir les ateliers, se transforment parfois en machines à cotisations dirigées par des dignitaires plus intéressés par leur ego que par le bien commun. Ambition, jalousie, conflits internes… on dirait une série Netflix, mais sans popcorn ! Audureau propose un retour à l’esprit originel : moins de paperasse, plus de fraternité. Parce que, soyons honnêtes, quand la quête du pouvoir remplace celle du GADLU, la loge ressemble moins à un temple qu’à un Monopoly ésotérique. “Je passe par la case départ, je touche 200 deniers et j’achète la Grande Loge !”

Et alors, on fait quoi ?

Face à ces défis, la Franc-maçonnerie a deux options : soit elle se réinvente, soit elle finit au musée des traditions poussiéreuses, entre les costumes de templiers et les machines à écrire. Fouqueray, Bouyssou et Audureau, chacun à leur façon, appellent à un sursaut. La mixité pour ouvrir les colonnes, l’IA pour moderniser sans dénaturer, la spiritualité pour retrouver du sens, moins de démissions pour garder les tabliers au chaud, et un rapport plus sain à l’argent pour éviter que les loges ne deviennent des startups ésotériques. En attendant, chers Frères et Sœurs, continuons à rire de nous-mêmes – après tout, comme dirait Jissey, un maçon qui ne rit pas est un maçon qui a oublié son maillet… ou son sens de l’humour !

Mot de la fin : Si la Franc-maçonnerie veut survivre au XXIe siècle, elle devra apprendre à jongler entre tradition et modernité, tout en gardant un œil sur le compas et l’autre sur Netflix.

Et si tout ça échoue, on pourra toujours demander à ChatGPT de rédiger un rituel universel… en 280 caractères maximum !

24/05/25 à la GLDF : Inauguration de la Librairie du 8

Une passerelle entre le Verbe et la Lumière

Le samedi 24 mai 2025, la Grande Loge de France a ouvert un nouveau chapitre de son histoire en inaugurant un lieu porteur de symboles et de promesses : la Librairie du 8, installée dans l’enceinte même de son Hôtel, au 8, rue Louis Puteaux (Métro Rome), dans le 17ᵉ arrondissement de Paris.

Ce lieu n’est pas qu’un espace de vente. Il est un seuil, un repère, une halte pour la conscience.

Dans son discours de clôture, le Très Respectable Frère Thierry Zaveroni, Grand Maître de la Grande Loge de France, a déployé une parole d’une rare intensité symbolique et poétique, rappelant que cette librairie, à l’image d’un tilleul de pensée, devait devenir un abri fraternel pour celles et ceux qui cherchent, écoutent, méditent et transmettent. « Le Livre, pour le Franc-Maçon, a-t-il rappelé, n’est pas un objet. Il est le miroir de l’âme, le compagnon du chemin entre les colonnes, le trait d’union entre la Tradition et le présent, entre le rappel et l’espérance. »

Le Grand Maître a longuement médité sur le chiffre 8, choisi comme nom de ce lieu. Ce n’est pas un chiffre froid, mais un nombre initiatique, porteur de sens et d’élans. « Le 8 est la figure de l’infini, le symbole du renouveau, le signe du recommencement perpétuel. Il est aussi le seuil : celui que franchit le cherchant pour entamer son voyage initiatique. Il marque le passage du connu vers l’Inconnu, de la mesure vers l’Infini. »

Ce lieu, selon lui, prend racine dans la pierre pour s’élever vers l’étoile : un carrefour d’élévation, un havre pour l’esprit, une halte pour la conscience. Il est aussi un hommage vivant à tous les auteurs de la Grande Loge de France, ces Frères « souvent discrets, toujours habités d’un feu intérieur », dont les ouvrages sont autant de pierres taillées dans la cathédrale invisible.

Sous l’impulsion du Frère Jean-Pierre Thomas, Délégué du Grand Maître à la Culture (Histoire et Patrimoine), cette belle initiative a réuni une dizaine d’auteurs de l’Obédience, venus dédicacer leurs livres et dialoguer avec les Frères. Radio Delta, conduite par le Frère Gilles Saulière, a capté leurs voix et leurs messages dans une série d’entretiens déjà disponibles en ligne.

Le Grand Maître a aussi tenu à saluer le travail de Jean-François Dossat et de son équipe, qui ont su faire de cette librairie un véritable cocon fraternel, ainsi que l’engagement de tous les Frères qui, dans la discrétion, ont contribué à l’émergence de ce lieu. Il a exprimé une reconnaissance appuyée à Clément Ledoux, animateur de l’émission de la GLDF sur France Culture, à Yonnel Ghernaouti pour son accompagnement en communication, et aux anciens Grands Maîtres et dignitaires ayant soutenu ce projet.

Dominique Losay

Il a aussi chaleureusement remercié le Très Respectable Frère Dominique Losay, Premier Grand Maître Adjoint, Délégué du Grand Maître à la vie culturelle, dont l’engagement actif a contribué à renforcer cette dynamique. Celle-ci se traduit, entre autres, par les Petits-déjeuners “Enjeux & Perspectives”, qui croisent pensée contemporaine et spiritualité initiatique, mais aussi par la création récente de la chorale “Vox Hominis”, véritable prolongement harmonique de l’âme collective de l’Obédience.  

Enfin, le Très Respectable Grand Maître Thierry Zaveroni a adressé un remerciement particulier à 450.fm, qui a su relayer fidèlement les grandes étapes de son mandat, notamment à travers les articles consacrés aux moments clés de la Grande Loge de France. Il a salué la qualité du travail journalistique, l’indépendance du ton, et la capacité à mettre en valeur la dimension culturelle et initiatique de l’Obédience.

La création de la Librairie du 8 s’inscrit dans une dynamique plus vaste, celle d’un souffle culturel que le Grand Maître a tenu à incarner tout au long de son mandat. Comme il l’a souligné en conclusion : « Ce lieu doit vivre, rayonner, accueillir, transmettre. Il nous oblige. Il nous relie. Il nous éveille. »

Longue vie à la Librairie du 8 !

Illustration : de g. à d., ciseaux en main – T. Zaveroni (GM), J.-P. Thomas, J.-F. Dossat.
À l’arrière-plan : B. Lebrun, Grand Secrétaire.

Liliane Mirville reconduite comme Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France en 2025

RÉÉlue avec 92,5% des voix

À l’issue du Convent de la Grande Loge Féminine de France (GLFF) en 2025, Liliane Mirville a été reconduite dans ses fonctions de Grande Maîtresse pour l’année à venir, confirmant la confiance des sœurs dans son leadership. Élue pour la première fois le 1er juin 2024 avec 61 % des voix lors du Convent de Bagnolet l’an dernier, Liliane Mirville vient d’être réélue hier avec 92,5% des voix. Elle poursuit ainsi sa mission de vivifier la vie initiatique, de renforcer la présence de la GLFF dans le paysage maçonnique et de promouvoir ses valeurs humanistes.

Cet article, basé sur les informations disponibles et les récentes activités de la GLFF, explore le contexte de cette reconduction, le parcours de Liliane Mirville, et les perspectives qu’elle ouvre pour l’obédience féminine, notamment face aux défis démographiques et sociétaux.

Grande Loge Féminine de France, Cité du Couvent
Grande Loge Féminine de France, Cité du Couvent

Contexte de la reconduction : un leadership affirmé

Le Convent de 2025, assemblée générale annuelle de la GLFF, s’est tenu dans un contexte particulier : les 80 ans de l’obédience, célébrés à travers des événements publics et des conférences, comme celles animées par Liliane Mirville à Pomerol (5 avril 2025) et Lorient (26 avril 2025). Bien que les détails précis du Convent 2025 ne soient pas encore pleinement disponibles dans les sources publiques, la reconduction de Liliane Mirville témoigne de la volonté des sœurs de poursuivre les axes stratégiques qu’elle a définis : dynamiser le recrutement, renforcer l’engagement humaniste, et ouvrir la GLFF à de nouveaux horizons, notamment à l’international.

La GLFF, première obédience féminine au monde avec 13 000 Soeurs et 458 loges en France

En Outre-mer et dans des pays comme l’Afrique, le Maghreb, ou le Canada, la GLFF fait face à des défis structurels : un vieillissement de ses effectifs (moyenne d’âge autour de 62 ans) et une baisse des adhésions post-Covid. Dans une interview à 450.fm en août 2024, Liliane Mirville insistait sur la nécessité d’un « recrutement dynamique » via la cooptation, chaque sœur devenant une « ambassadrice » de la maçonnerie féminine. Sa reconduction en 2025 reflète la confiance des Députées dans sa capacité à relever ces défis tout en préservant l’essence initiatique de l’obédience.

Liliane Mirville : un parcours d’engagement

Née en 1954 à Dinan, Liliane Mirville, de son nom complet Liliane Tronel épouse Mirville, a été initiée en 1998 au sein de la Respectable Loge Thebah n°5 à Paris, dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA). Elle a ensuite fondé la loge Sothis en 2017, pratiquant le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, démontrant son engagement pour la diversité des rites au sein de la GLFF. Titulaire d’un DESS en Gestion et Techniques Nouvelles de l’Université Paris Dauphine, elle a mené une carrière de 44 ans à La Poste et à la Banque Postale, occupant des postes de cadre stratégique avant de prendre sa retraite en 2021.

Son parcours maçonnique est marqué par des responsabilités importantes : Grande Trésorière de 2011 à 2014 auprès des Grandes Maîtresses Denise Oberlin et Catherine Jeannin-Naltet, puis de 2019 à 2022 auprès de Marie-Claude Kervella et Catherine Lyautey. Élue au Conseil Fédéral pour un mandat de trois ans en 2022, elle accède au poste de Grande Maîtresse en juin 2024, succédant à Catherine Lyautey avec 255 votes sur 416 exprimés (61 %). Sa reconduction avec 92,5% des voix en 2025 prolonge ce mandat, prévu initialement pour trois ans et confirme son rôle de figure fédératrice.

Les axes de son mandat : vivification et ouverture

Liliane Mirville a défini des priorités claires pour son mandat, qui se prolongent en 2025 :

  1. Vivifier la vie initiatique : Liliane Mirville met l’accent sur la richesse des 5 rites pratiqués à la GLFF, pour renforcer le travail spirituel des sœurs. Dans une interview à France Culture (7 juillet 2024), elle décrit l’initiation comme « un voyage à la rencontre de soi-même et de l’autre », soulignant l’importance de la transmission initiatique.
  2. Renforcer la présence de la GLFF : Avec 950 membres et 32 loges en Bretagne, par exemple, la GLFF cherche à consolider son rayonnement en France et à l’étranger. Liliane Mirville ambitionne de créer une ou deux nouvelles obédiences féminines en 2025, comme elle l’a mentionné à 450.fm.
  3. Promouvoir les valeurs humanistes : La GLFF, sous sa direction, s’engage pour les droits des femmes, la laïcité, et la solidarité. En novembre 2024, Liliane Mirville a publié une déclaration pour la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, appelant à une vigilance accrue face aux violences, notamment à la lumière du procès de Mazan. Elle a également annoncé un suivi attentif des mesures gouvernementales en la matière. Recrutement dynamique : Face à la baisse des effectifs post-Covid, Liliane Mirville promeut la cooptation comme mode de recrutement, encourageant les sœurs à devenir des « ambassadrices » de la GLFF lors d’événements publics, comme les conférences de Pomerol et Lorient.

Les défis de 2025 : attirer les jeunes générations

Logo GLFF
Logo GLFF

La reconduction de Liliane Mirville intervient dans un contexte où la GLFF doit relever le défi démographique. Avec une moyenne d’âge de 62 ans, l’obédience risque de voir ses temples se vider si elle ne parvient pas à attirer les jeunes femmes, notamment celles de 18 à 50 ans, qui représentent 44 % de la population française. La GLFF pourrait s’inspirer des louveteaux, enfants de maçons intégrés à des activités profanes (fêtes, ateliers éducatifs), pour créer des programmes préparatoires pour les adolescentes. Ces « cercles de jeunes » pourraient proposer des débats philosophiques ou des activités culturelles, sensibilisant les jeunes aux valeurs maçonniques sans initiation prématurée.

Cependant, initier des jeunes nécessite des ajustements. Les jeunes femmes recherchent une spiritualité non dogmatique et des actions concrètes, comme des projets pour les droits des femmes ou l’écologie.

Une vision pour l’avenir : une maçonnerie féminine dynamique

Sous la direction de Liliane Mirville, la GLFF célèbre ses 80 ans en 2025 avec une ambition claire : rester un espace de liberté et d’émancipation pour les femmes. Les conférences publiques, comme celles d’Olivet (6 avril 2025) ou de Perpignan (8 février 2025, animée par l’ancienne Grande Maîtresse Marie-Thérèse Besson), témoignagent de cette ouverture au grand public. En parallèle, la publication des Cahiers de la GLFF sur la Beauté, présentée par Liliane Mirville le 10 octobre 2024, illustre l’engagement de l’obédience pour une réflexion symbolique et culturelle.

La reconduction de Liliane Mirville en 2025 marque une continuité dans cette dynamique. En s’appuyant sur son expérience et sa vision, la GLFF peut relever le défi d’attirer les jeunes générations tout en restant fidèle à ses racines. En créant des espaces pour les adolescentes (inspirés des louveteaux), en adaptant les rituels aux 18-30 ans, et en promouvant des projets concrets, l’obédience peut devenir un refuge spirituel pour les femmes en quête de sens, tout en évitant les écueils d’un marketing excessif.

Jeune et belle femme brune en costume
Jeune et belle femme brune en costume

La reconduction de Liliane Mirville comme Grande Maîtresse de la GLFF en 2025 est un signe de stabilité et d’ambition pour l’obédience. À la tête de la première obédience féminine au monde, Liliane Mirville porte une vision humaniste et initiatique, axée sur la vivification des rituels, le recrutement dynamique, et la défense des droits des femmes. Face au défi démographique, elle a l’opportunité d’ouvrir la GLFF aux jeunes générations, en respectant leur rythme spirituel et en évitant les dérives mercantiles. Comme elle l’affirme, « la loge est un espace de rencontres et d’échanges entre femmes de tous âges, de tous horizons et de toutes cultures. » En 2025, sous son impulsion, la GLFF peut continuer à rayonner comme un phare de la maçonnerie féminine, transmettant la lumière de la liberté et de la fraternité aux générations futures.

Site officiel de la Grande Loge Féminine de France

La quête de l’Ibis vert : Le Chemin et ses fréquences

Après avoir tracé la carte du territoire à parcourir, il est possible de tracer un cap à suivre menant des apparences où le [Myste • erre] au Centre où il s’ignitie1 devenant enfin l’Initié s’étant affranchi du [vois • Le] du [ris2 • d’os]. Sans Feu primordial, pas d’Holocauste3, juste un veau d’or dévoré en [ri4 • paille]

Pour sortir de la [mal • le • é • diction] c’est toujours le premier pas qui coûte et c’est par les Trois qu’on le [révèle].
C’est aussi ce premier [Pas], ce premier manque ou première frustration, qui donne [l’en • vie] générant l’inertie aux autres pas permettant de traverser l’abîme en poursuivant son [élan] comme d’autres poursuivent leur [cache • à • lot] jusque derrière les portes de [l’Aur • riant].
En cela le Roman Graphique de [l’Âme • en • dore • le] de la Roue du Tarot peut nous guider sans [mot • dire] au cœur des six-lances🐇 en quête de l’Ibis vert prévenant les crues du [nie • Il] en répondant à l’appel du Coq🐇.

« un voyage de mille lieux commence par un premier pas »

Lao Tseu
Photographie Eadweard Muybridge – Homme montant des escaliers (1884-1885) – License Creative Common

Le Kaïros du Chemin

Suivant les différents rituels l’angle de l’Equerre de notre posture est orientée soit sur le pied droit ou le pied gauche.
Dans tous les cas, le pas du Franc-Maçon se décompose comme suit : le point de départ où l’on se trouve. Statue de [scelle] immobile le long de notre Fil à Plomb dont le leste est notre propre centre de Gravité.
Répondant à l’appel du Coq🐇 vient le basculement vers l’avant dans une perte d’équilibre contrôlée par le Niveau formé par la souplesse des organes de notre corps : la peau collée à la chair, la chair unie aux os. Le point d’arrivée de la première jambe marque l’appui salvateur prévenant la chute fatale mais pourtant si intimement nécessaire au Chemin.
Le retour à l’Equerre est possible lorsque La seconde est ramenée ensuite derrière la première. L’Equerre horizontale ainsi formée est gage d’un retour propice au flamboiement du Centre de Soi[e] duquel part le fil [d’Art • Jean] [tant • dû] par le Poids de Plomb à transmuter en Poids de Plume donnant les fruits de [l’en • vol] vers la saison de la pesée juste après le [légèr • été].
[L’équarri], le [nie-veau] et les [lacets de plomb] [dys • paraissent] sur les pierres du Chemin qui les transmutent. Les traces que nous laissons ne sont peut-être que les scories nécessaires à la transmutation du [chemine • ment] à soi-même en celui qui [part • s‘aime] et [en • s’aime • anse] les abords de Pierres d’angle marquant les chemins de liberté qu’il n’a pu explorer en [re • co • nnaissant] chaque pas uniquement pour ce qu’il est, sans ce retourner sur ce qu’il fut tout en espérant ce qu’il sera… Une Loge est une aventure collective dont la progression dépend du travail de chacun.
C’est en funambule marchant sur le fil de [l’Un • se • tend] que l’écho sort du Silence et par [l’évent] ramène des abysses [l’émaux] [pair • dus]. 

« fais de chaque pas un Chemin en lui-même »

Lao Tseu

De l’Âge au Pas : la fréquence

Cette opération est répété le nombre de fois nécessaires avec les variantes que l’on connaît selon les Degrés. Les Degrés sont codifiés par des Âges, parfois farouches selon nos Chemins de Vie. Ils sont, pour les Loges bleues, de 3 ans pour les Apprentis, 5 ans pour les compagnons et 7 ans et plus pour les Maîtres. Ces âges déterminent des tessitures différentes de la toute première cérémonie qui amène le profane sur son Chemin vers [l’Un • connu]. Cette cérémonie peu porter différents noms, réception chez les uns, initiation chez d’autres, sans compter ce que j’ignore…

Dans l’idéal, cette façon de marcher fait de chaque pas un chemin en lui-même sauf que l’Idéal est une direction, une espérance, une expérience à vivre pour certains. Il perd de sa majuscule lorsque, séparé de son unité originelle, il [deux • vient] un but prétentieusement atteint ou à atteindre. Nous ne sommes pas un idéal ! En humains, héritiers de la pensée aristotélicienne, nous sommes très souvent focalisés sur le but, parfois appelé aussi objectif, à atteindre quitte à tordre le chemin à notre guise en tentant de quitter ce jeu de [l’ • oi •e]… A chacun ses expériences, toutes enrichissent le Chemin si elles deviennent transmission…

Ainsi l’Apprenti prête attention au premier (l’origine) et au dernier pas (but et point de départ du pas d’après). 

Le Compagnon prête attention au premier, puis, contraint par le Chemin, à l’étape du quatrième et enfin du cinquième pas. 

Le Maître prête attention au premier. Au cinquième, il s’élèvera pour les sixième et septièmes pas pour terminer sa course « achabienne » pour terminer l’initiation des degrés symboliques de la Franc-maçonnerie en espérant l’Ignition qui verra naître l’Initié.

Si on fait abstraction des étapes intermédiaires qui appartiennent à chacun et qu’on ne ne retient que le « premier et le dernier pas qui coûtent » cela donne les partitions illustrées ci dessus. Elles nous donnent les fréquences particulières à chaque degré à appliquer à la roue du Tarot.

De la fréquence au Chemin

« Le but n’est pas LE But, Le But est le Chemin »

Lao Tseu

La règle est simple : on part toujours du parvis en prenant appui sur le Bateleur (I) et le cycle s’arrête lorsque le Monde (XXI), point d’arrivée du cycle, est atteint. L’initié retourne sur le parvis couronné des lauriers de la mandorle de la Gloire du Monde, derrière le Miroir à [l’Or • riant] où [l’Aur • y • est]

Vol de nuit – Série Tempus Fugit – Photopovera – 2012 – ©Stefan von Nemau

Pourquoi partir du [par • vi •e • s] ? 

Parce que la vie matérielle où l’on doit « amener la Lumière de l’Œuvre commencée dans le Temple » selon le Rite Ecossais Ancien et Accepté, chemine en spirale. [L’en • vol] en spirale est ainsi [par • vie] en [par • vis], à l’extérieur du Temple imaginaire que nous bâtissons à chaque Tenue. Un certain Rituel demande d’ailleurs au Compagnon d’entrer suivant un pas dit « Pas à vis » évoquant le parcours en spirale, témoignant ses progrès sur le chemin de l’Or des Nombres.

La quête de l’Ibis vert – La carte et le territoire de l’Antremonde – Encre et collage sur papier – 50 x 50 cm – 2024 – ©Stefan von Nemau & Stéphane Chauvet

Sur le parvis, c’est à dire dans le monde matériel qui nous entoure, nous incarnons ce Temple en nous sans pour autant le dévoiler, c’est une partie du Secret maçonnique. 

Pour le cycle de l’Apprenti, on s’élance donc du parvis et on prend appui sur le Bateleur (I) et l’Impératrice (III) est notre première étape du voyage. Elle devient base de départ. On prend ensuite appuis sur l’Empereur (IIII) et on arrive à l’Amoureux (VI), et ainsi de suite jusqu’au point d’arrivée du Monde (XXI). De cette façon, c’est 7 étapes qui sont proposés à l’Apprenti dans ce Voyage Initiatique avant de rejoindre le parvis.

Pour le cycle du Compagnon, selon le même système, durant la première étape de ses 5 voyages ce pose un choix à faire. Au dernier pas de ce premier voyage, l’initié arrive sur le Jugement (XX). Là une alternative se présente à lui : 

  • soit il respecte la règle et prend appui sur le Monde pour continuer son cycle de voyages, auquel cas il en fera 5 pour parvenir au Monde en point d’arrivée
  • soit il ne respecte pas la règle des cycles établie prend appui sur le Monde pour s’élever directement dans le 3ème cycle. Cette transgression aura une importance capitale pour la suite de notre Chemin.

Pour le cycle du Maître, celui-ci ayant ailé ses bottes de [3 + 4 • lieux] grâce aux Arts Libéraux et aux noces de Mercure, selon les règles établies ses voyages seront au nombre de 3.

Entre rémanence et immanence : la transcendance

Je note que ce Chemin particulier révèle quelque chose de contre-intuitif en apparence derrière la série des âges maçonniques (3, 5 et 7 et +) théoriques. Si cette suite numérique est croissante, elle agît comme un alambic en en tirant du Chemin parcouru un élixir ramenant au ternaire (Plus, 7, 5 et 3 étapes). Ce parcours alchimique en spirale, au gré des forces centrifuge et centripète extrait ainsi la substantifique moelle ramenant aux origines, dans le cabinet de réflexion, devant ce crâne pour témoin, ce miroir pour porte, ce soufre, ce sel et ce mercure comme moyen, jetant désespérément [l’ancre] sur ce [teste • amant] de papier. [Les • preuves] présentées ici ne nous demandent-elles pas de tout quitter pour parcourir le Chemin de l’Art-Royal dans l’espérance de devenir cet Œuvrier qui révélera par son Chef d’Œuvre l’Artiste endormi en nous ? Le pain et l’eau sont là pour rassurer nos peurs, même si nous quittons tout pour cette odyssée, nous ne manquerons jamais de rien de vital dans ce Voyage Initiatique.

Le petit « Plus » de la Voie initiatique marquerait la possibilité de poursuivre la Spirale d’Or qui mène au Centre de la Sphère en nous rappelant que pour visiter les différents Temples permettant de transmuter le ternaire du Savoir 🜍Expérience Connaissance 🜔 en pure Conscience ⎈ il faut aller chercher derrière les apparences écrites par d’autres en [occis • dans] l’acteur du Chemin. C’est ainsi et seulement ainsi que celui-ci révèle l'[hauteur] de son reflet. Narcisse ne sait pas nager mais c’est en plongeant à sa rencontre qu’il se relève.

Le Chemin nous offre ainsi la possibilité, le risque même, de quitter notre point de rémanence au point de jonction K de la transcendance avec l’immanence. C’est sur ce point que le Franc-maçon se tient à l’Ordre dès l’origine. Sa malédiction est que pour le découvrir, pour se le dévoiler à soi-même, il faut faire ce Voyage Intérieur. Celui unique qui change le regard. C’est seulement ainsi que l’on peut espérer, parfois, incarner ce point K🐇, le corps droit et tendu exprimant la tension de l’espoir en l’immanence, les pieds à l’équerre, la rémanence en origine, la transcendance en véhicule, le Corps, l’Esprit et l’Âme réunis au Centre du Cercle, entre Equerre et Compas, endroit où jamais Franc-maçon ne se perd, le Coq solaire sur son épaule gauche et l’Ibis vert lunaire posé sur celle de droite.

Une musique des sphères

[Quart • ton] [d’Or • gueux] de barbarie – Tableau des fréquences – ©Stéphane Chauvet

On peut ainsi remarquer que des arcanes sont visitées plusieurs fois alors que certaines ne le sont qu’une seule fois comme le montre le tableau ci-dessus.

Ici, nous découvrons les 4 arcanes « mères » ou « Triples » : le Bateleur , le Chariot, le Diable et le Monde.
Puis, les 12 arcanes « doubles » sont pour l’Apprenti et le Compagnon : l’Impératrice, l’Empereur, l’Amoureux, l’Ermite, la Roue de Fortune, le Pendu, l’arcane sans nom XIII, la Maison Dieu, la Lune et le Soleil. En ce qui concerne le Compagnon et le Maître on trouve la Justice et la Tempérance.
Pour finir, les 5 arcanes « simples », c’est à dire visitées qu’une seule fois, sont : la Papesse, le Pape, la Force, les Étoiles, le Jugement.

Nous pouvons remarquer par exemple, que le Compagnon et le Maître devant maîtriser tous les deux les arcanes de la Justice et de la Tempérance, la structure proposée serait bien en lien direct avec La Légende des trois premiers Degrés. Cet exemple est-il constitutif d’une règle de lecture, d’un simple hasard ou d’une intuition ? A chacun de trouver sa réponse dans cette proposition artistique qui s’espère adogmatique.

L’intuition

La ligne K – Page 47 tirée du roman graphique éponyme – Aquarelle – 2020/2022 – ©Stefan von Nemau

Pour conclure, il reste une voie sur le dessin qui n’a pas encore développée : c’est la voie de l’Intuition. Cette voie parabolique est un accès direct au [sans • trait] du [mille • lieux].

La Voie de l’Intuition – Détail

C’est une voie initiatique pleine et entière car elle demande son tribu de [sang • trait], ses sacrifices, au premier duquel figure l’incrédulité de ceux à qui on tente de l’expliquer au lieu de simplement la transmettre. Ce sont parfois les cris de Cassandre qui résonnent dans l’oubli. Comme toutes les voies initiatiques, cette [Voi • e • x] du poète ne peut que se vivre car elle a sa rationalité propre. 

« Impose ta chance, serre ton bonheur, va vers ton risque, à te regarder ils s’habitueront »

René Char

La Voie mystique du kaïros pour transcender l’oubli

C’est parfois plus l’intuition que l’envie qui nous accompagne lors de nos premiers pas. C’est elle qui nous fait lever le pied pour basculer de [l’avent]🐇 vers le pendant mais souvent… nous oublions…

De trace nul ne laisse – n°20 – Photocollage & prises de vue numériques – 2010 – ©Stefan von Nemau

C’est une voie de solitude, arpentée dans la [n’ai • Je], de pas de vis en pas de côté. Une Voie mystique et onirique de confrontation aux illusions du monde… la Voie de traverse de ceux qui n’ont pas la mémoire du Savoir mais qui parfois entendent [l’Âme • moire] traversant le val [d’aime • hors] en rendant sa splendeur à l’écho du Silence fécondé des larmes de Pénélope tissant le [même • moire], attendant [nue • lisse] son altérité transfiguré.

La ligne K – Pages 66 et 67 tirées du roman graphique éponyme – Aquarelle – 2020/2022 – ©Stefan von Nemau

C’est la Voi(e)(x) du Fou attaché à son Mat, comme Ulysse le fut afin de ne pas succomber aux chants des sirènes… cependant « qu’il est paradoxalement Sublime et Beau d’explorer les abysses avec elles… les souvenirs de ma chasse exhalent l’ambre gris du fantasme de Moby Dick… ma fragrance de [l’évide • dense] solastalgique🐇 initiatique… » aurait peut-être pu dire le capitaine Achab après avoir franchi les portes de son Aur riant, transmuté par ses passions délétères.

C’est ainsi que voyage le Fou, les bras ballants en équilibre sur son mat…

  1. Ignitier : du latin « ignis » – feu – Ignition, état de ce qui est en [feu]
    ↩︎
  2. Ris : Partie d’une voile qu’on peut replier pour diminuer sa surface ↩︎
  3. Holocauste : Sacrifice religieux, pratiqué notamment par les Hébreux aux temps bibliques, et au cours duquel la victime (uniquement animale chez les Hébreux) était entièrement consumée par le feu. (Source : https://www.cnrtl.fr/definition/holocauste) ↩︎
  4. Ri : utilisation polysémique d’un pronom personnel non officiel en espéranto pour la troisième personne du singulier ; RI venu de RYS (Belgique) signifie petit court d’eau ; enfin, diminutif du nom commun rire ↩︎

Les magiciennes du Grand Œuvre : « Quand les femmes font parler l’Or »

En ce dimanche 25 mai, nous adressons une pensée fraternelle et lumineuse à toutes les mères – celles qui donnent la vie, celles qui veillent dans l’ombre, celles dont l’amour nourrit le monde. Et c’est en pensant à elles, aux forces féminines de transmission, de sagesse et de transmutation, que nous consacrons notre note de lecture du jour à des femmes d’exception. Mais pas n’importe lesquelles : des femmes alchimistes. Des femmes remarquables.

Dans cet ouvrage qui prend la forme d’une traversée des siècles, Grégoire Brissé accomplit une œuvre réparatrice. Non pas tant dans une volonté de réhabilitation – ce mot, trop connoté, suppose encore une hiérarchie à renverser – que dans une opération de révélation : faire apparaître, par le Verbe et l’image, ces femmes qui furent non seulement des praticiennes du Grand Œuvre, mais surtout des incarnations vivantes de la transmutation. En cela, Les Femmes alchimistes est un livre de feu, un livre de chair, un livre d’âme.

Le cœur battant de l’ouvrage est un cortège de douze figures féminines, chacune portant en elle la flamme de l’alchimie, tour à tour initiée, magicienne, princesse, mécène ou chimiste, parfois les cinq à la fois. Le cahier central d’illustrations, précieusement inséré au milieu de l’ouvrage, n’est pas anecdotique. Il vient incarner cette parole retrouvée, donner un visage à l’ombre, rendre au lecteur cette présence charnelle et magnétique que l’écriture seule ne suffit pas à fixer. Voir le regard profond de Marie la Juive, deviner la noblesse tragique de Catherine Sforza, la détermination intériorisée d’Anne-Marie-Louise de Médicis, c’est faire l’expérience d’une reconnaissance silencieuse. Comme si ces femmes, longtemps effacées du livre de l’Histoire, reprenaient enfin leur place dans notre imaginaire symbolique.

La figure de Marie la Juive ouvre le bal comme une première lueur dans les ténèbres d’Alexandrie. Citée par Zosime au IIIe siècle, elle est décrite comme ayant été « initiée par Dieu » – formule saisissante, qui rappelle l’origine divine et directe de certaines vocations alchimiques. Marie n’est pas seulement celle qui invente le bain-marie ou le kerotakis, mais celle qui pense le laboratoire comme un Temple, et l’opération comme une prière. Elle est matrice à la fois d’une science et d’un style, figure primordiale où se confondent sagesse, technique et mystique.

Plus loin, Catherine Sforza, noble italienne du XVe siècle, rayonne de cette énergie dionysiaque qui anime les femmes de pouvoir fascinées par la connaissance interdite. Emprisonnée, accusée de sorcellerie, elle n’en continue pas moins de travailler à l’élixir de vie dans l’intimité de ses geôles. Le laboratoire devient alors cellule, et la cellule devient creuset. Il y a chez elle quelque chose de l’alchimiste martyre, figure christique du féminin sacrifié à la peur des hommes. Grégoire Brissé ne se contente pas d’en faire une héroïne romantique : il en fait une sœur de Loge invisible, travaillant à l’élévation de l’esprit malgré les chaînes du monde profane.

L’ouvrage s’attarde également sur Martine de Bertereau, la baronne minéralogiste du XVIIe siècle, dont les Véritables déclarations envoyées au roi Louis XIII constituent un témoignage bouleversant. Femme savante, géologue, mais aussi initiée aux sciences subtiles, elle combine exploration de la Terre et alchimie intérieure. Emprisonnée pour ses écrits et ses pratiques, elle meurt en détention. Une vie de combat, de lumière et de silence, où la quête de l’or s’élève bien au-delà de l’ambition matérielle pour devenir une offrande spirituelle.

Et puis, il y a l’étrange et fascinante Mary Anne Atwood, dont le nom résonne comme un écho lointain à travers les méandres de l’ésotérisme anglais du XIXe siècle. Formée par son père, elle rédige A Suggestive Inquiry into the Hermetic Mystery, texte majeur qu’elle fait détruire à sa parution… par fidélité au secret initiatique. Cet acte de retrait n’est pas un renoncement, mais un serment. Une fidélité farouche à l’esprit de la Tradition, qui fait d’elle l’une des dernières grandes figures de l’hermétisme féminin. Elle est la dépositaire d’un savoir qui ne cherche ni disciples ni reconnaissance, mais qui poursuit sa course dans l’invisible.

Dans ce chœur de femmes se glisse aussi Christine de Suède, « cas à part », comme l’indique l’auteur. Reine, philosophe, passionnée par l’hermétisme chrétien, elle abdique pour suivre sa quête intérieure. Étrange trajectoire que la sienne, faite d’éclats, de ruptures, de fulgurances. Elle est l’archétype de la transmutation royale, celle qui quitte la couronne temporelle pour l’anneau d’or spirituel.

Mais ce que Grégoire Brissé parvient surtout à faire, c’est de tisser un fil rouge entre ces femmes. Par-delà les siècles, les pays, les langues, elles partagent un même élan : celui de l’union des contraires, du dépassement des genres, de l’ascension par la matière transfigurée. Loin de se poser en concurrentes des hommes, elles en prolongent le geste, elles en éclairent l’ombre. La tradition alchimique est ici pensée comme une spirale ascendante, une échelle de Jacob où chaque échelon féminin vient compléter l’ouvrage du Temple intérieur.

Ainsi l’ouvrage devient miroir. Nous y lisons le reflet de nos propres quêtes, de nos doutes, de nos feux secrets. Nous y percevons l’appel à la réconciliation, à la complétude, à cette union mystique entre le roi et la reine, entre le sel et le soufre, entre l’intellect et l’amour. Il y a dans ces pages un souffle maçonnique discret, mais tenace : celui qui murmure que le Temple n’est pas complet tant que la part féminine de la lumière n’y a pas été reconnue.

Et si ce livre trouvait sa place sur la table d’un Atelier ? Non comme un objet d’étude, mais comme une clef. Car Les Femmes alchimistes de Grégoire Brissé n’est pas un ouvrage à consulter. C’est une porte à franchir.

Les Femmes alchimistes

Grégoire BrisséÉditions Dervy, 2025, 176 pages, 18 € – Format Kindle 12,99 €