Boissel, Jean (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Jean Boissel, de son nom complet Anselme Joseph Médéric Marie Boissel, né le 1er mai 1891 à Bains (Haute-Loire) et mort le 19 octobre 1951 à la prison de Fresnes, est un militant d’extrême droite français, fondateur en 1934 du mouvement Racisme international fascisme, devenu le Front franc, et de son journal Le Réveil du peuple. Grand mutilé de 1914-1918 devenu architecte, il fait de la dénonciation conjointe des Juifs et des francs-maçons le cœur d’une propagande ouvertement alignée sur le nazisme, avant de servir la collaboration.

Du front à l’architecture balnéaire

Jean Boissel
Wikimedia Commons – Public domain

Rien, dans ses débuts, ne laisse présager le propagandiste. Fils de gendarme, Boissel sert pendant la Première Guerre mondiale comme sergent aviateur. Grièvement blessé, il reste mutilé à vie et pensionné à cent pour cent. Cette condition d’ancien combattant meurtri nourrira plus tard une rhétorique du sacrifice trahi, très répandue dans les ligues des années 1930.

Dans l’entre-deux-guerres, il exerce comme architecte, surtout au Touquet-Paris-Plage, où il construit de nombreuses villas. Il remporte le concours de l’hôtel des postes de la station, édifié en 1927 et aujourd’hui protégé au titre des monuments historiques. Ce versant de sa vie, souvent ignoré, rappelle que les militants les plus radicaux pouvaient appartenir à une bourgeoisie établie et reconnue.

Un racisme revendiqué et un antimaçonnisme de combat

En 1934, Boissel fonde la ligue Racisme international fascisme, bientôt rebaptisée Front franc. Inspiré par les théories raciales issues de Gobineau, le mouvement se définit d’emblée comme antisémite, antiparlementaire et antimaçonnique. Son livre Les Croix de sang (1933) et sa conférence Le Juif, poison mortel, publiée en 1935, annoncent la tonalité : les loges y sont présentées comme l’instrument d’une domination juive sur la République.

Cette articulation n’a rien d’original ; elle reprend le schéma du « complot judéo-maçonnique » forgé à la fin du XIXe siècle. Ce qui change, c’est le cadre : chez Boissel, l’antimaçonnisme n’est plus une polémique catholique ou nationaliste, mais une pièce d’un programme raciste explicite, qui emprunte directement à l’Allemagne nazie son vocabulaire et ses priorités.

Nuremberg, Hitler et Le Réveil du peuple

Boissel est l’un des rares Français à s’afficher publiquement aux côtés des dignitaires nazis avant la guerre. En mai 1935, il participe à Nuremberg au congrès de la Ligue antijuive universelle aux côtés de Julius Streicher et y prononce un discours le 9 mai. En 1936, il est reçu par Adolf Hitler. Il correspond par ailleurs avec Theodor Kessemeier, responsable du Deutscher Fichte-Bund, officine de propagande allemande à destination de l’étranger.

En mars 1936 naît Le Réveil du peuple, organe du Front franc, dont la virulence antisémite vaut à son directeur des poursuites. En 1938, il est condamné à quatre mois de prison pour des menaces de mort contre Léon Blum, chef du gouvernement du Front populaire. Ces condamnations, loin de le freiner, alimentent son image de martyr dans les cercles qu’il anime.

Un collaborationniste de second rang

Arrêté en octobre 1939 pour intelligence avec l’ennemi, il est libéré par les Allemands le 10 juillet 1940. Sous l’Occupation, il reprend la présidence du Front franc, relance Le Réveil du peuple, multiplie les conférences et publie en 1941 plusieurs brochures, dont L’Appel à la France, une Charte du Front Franc, La Crise, œuvre juive suivie d’une Charte anti-judéo-maçonnique, Mon discours de Nuremberg préfacé par Alphonse de Châteaubriant et Souvenirs de mes prisons.

Son rôle reste néanmoins secondaire face aux grands partis collaborationnistes de Déat, Doriot ou Deloncle. Il préside aussi l’Union des forces françaises, qui organise un « pèlerinage » sur la tombe d’Édouard Drumont, geste qui dit assez la filiation revendiquée. Le dernier numéro du Réveil du peuple paraît le 16 août 1944, quelques jours avant la libération de Paris.

Fuite, condamnation et fin à Fresnes

La débâcle allemande le conduit à Baden-Baden puis à Sigmaringen, refuge des derniers collaborationnistes. Arrêté, il est condamné à mort après la Libération, en 1946 selon les notices disponibles, puis voit sa peine commuée en détention ; il est radié de la Légion d’honneur. Les sources consultées ne s’accordent pas entièrement sur la chronologie de la grâce. Il meurt en détention à Fresnes en 1951.

Sa famille a partagé son engagement : son épouse est condamnée pour espionnage au profit de l’Allemagne, l’un de ses fils pour sa participation au Front franc, l’autre pour avoir servi dans la Milice puis dans la division Charlemagne. Ce destin collectif illustre la manière dont la propagande antijudéo-maçonnique a pu déboucher sur l’engagement armé aux côtés de l’occupant.

Jean Boissel n’a pas laissé d’œuvre doctrinale marquante, mais il incarne la radicalisation d’un antimaçonnisme devenu raciste et aligné sur Berlin. Avec lui, l’accusation contre les loges cesse d’être un débat d’idées pour devenir un programme d’exclusion. Le Réveil du peuple portait mal son nom : il annonçait moins un réveil qu’une nuit.

Voir aussi : Vichy et héritages antijudéo-maçonniques, Complot judéo-maçonnique, Antimaçonnisme d’extrême droite, Fascisme, Ligues antisémites et antimaçonniques, Coston, Henry, Presse antimaçonnique, Mein Kampf.

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