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Paul Rosen est l’auteur de deux ouvrages antimaçonniques parus à Paris à la fin du XIXe siècle : Satan et Cie. Association universelle pour la destruction de l’ordre social (1888) et L’Ennemie sociale (1890). Se présentant comme un ancien haut dignitaire de la franc-maçonnerie, il prétendait en dévoiler les buts cachés. Sa biographie reste mal établie : les informations disponibles proviennent pour l’essentiel de ses propres affirmations et de polémiques contemporaines, ce qui impose la plus grande prudence.
Une identité incertaine
On sait peu de chose de Paul Rosen en dehors de ce qu’il a lui-même déclaré. Il se présentait comme Souverain Grand Inspecteur général du 33e et dernier degré, et certaines synthèses le décrivent comme un ancien rabbin converti au catholicisme. Aucune de ces affirmations n’est établie par des sources indépendantes facilement accessibles, et ses dates de naissance et de mort ne sont pas connues avec certitude.
Ce flou n’est pas anodin. Le personnage du « repenti » qui aurait atteint les sommets d’une organisation secrète avant de la dénoncer est l’un des ressorts essentiels de l’antimaçonnisme : il confère au récit une autorité de témoin que les documents seuls ne donnent pas. Une étude publiée en 2025 dans une revue universitaire d’histoire de la maçonnerie latino-américaine va jusqu’à envisager que le nom ait pu servir de pseudonyme ; la question reste ouverte.
Satan et Cie et L’Ennemie sociale
Les deux livres de Rosen associent documents réels et interprétations fantastiques. Satan et Cie (1888) entend prouver que la franc-maçonnerie viserait l’anarchie sociale et la destruction du catholicisme. L’auteur y cite notamment des écrits d’Albert Pike, grand commandeur du Rite écossais ancien et accepté pour la juridiction sud des États-Unis, en les interprétant comme les preuves d’un culte satanique des hauts grades. Le critique britannique Arthur Edward Waite, qui l’examine en 1896, juge cette accusation arbitraire.
L’Ennemie sociale (1890), plus bref, passe en revue la maçonnerie en France, en Belgique et en Italie, en s’appuyant largement sur des discours et déclarations de dignitaires. Selon Waite, le volume s’ouvre sur un bref pontifical transmettant la bénédiction de Léon XIII à l’auteur de Satan et Cie, signe de l’accueil favorable que ce type d’ouvrage recevait alors dans certains milieux romains.
Un concurrent de Léo Taxil
Rosen se situe dans le même marché éditorial que Taxil, et les deux hommes finissent par s’affronter. Ses livres précèdent les grandes mystifications palladistes et contribuent à installer l’image d’un Pike chef suprême d’une maçonnerie luciférienne, que Taxil amplifiera. Selon les synthèses consacrées à l’affaire, Rosen critique ensuite les sources et l’incompétence de Taxil ; ce dernier riposte en l’intégrant à sa fiction sous les traits d’un palladiste.
Ce conflit entre « révélateurs » est instructif : il montre que la dénonciation d’un faussaire par un autre auteur antimaçonnique ne vaut pas critique historique. Chacun reprochait à l’autre ses erreurs tout en défendant sa propre version du complot.
Ce qu’il faut en retenir
Rosen illustre la figure du témoin invérifiable. Ses ouvrages ont alimenté l’accusation de satanisme portée contre les hauts grades et la réputation sulfureuse d’Albert Pike, qui circule encore aujourd’hui sur internet. Ils doivent être lus comme des pièces d’un dossier polémique, non comme des sources sur la franc-maçonnerie.
Toute information biographique nouvelle à son sujet devrait être recoupée dans des archives d’état civil, des registres maçonniques ou des travaux universitaires avant d’être reprise. En l’état, le plus sûr est de le présenter comme l’auteur de deux livres, non comme un témoin dont la qualité serait établie.
Paul Rosen demeure une silhouette plus qu’une biographie. Son œuvre rappelle qu’un témoignage sans témoin vérifiable n’est qu’un récit. Faute de sources indépendantes, l’historien doit ici s’en tenir à ce qui peut être prouvé.
Voir aussi : Affaire Léo Taxil, Albert Pike, Accusation de satanisme, Repentis de la franc-maçonnerie, Pseudo-révélations, Diana Vaughan et le palladisme, Pacte satanique.

