Hérault, René (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

René Hérault (1691-1740), né à Rouen le 23 avril 1691 et mort à Paris le 2 août 1740, fut lieutenant général de police de Paris de 1725 à 1739. Magistrat efficace et redouté, connu pour ses réformes urbaines et sa lutte contre les jansénistes, il est aussi le premier haut fonctionnaire français à avoir organisé la surveillance et la répression des loges maçonniques parisiennes, en 1737-1738. Il ne fut pas un idéologue antimaçonnique, mais un homme d’ordre au service de la monarchie : son action relève de la raison d’État, non du fantasme du complot.

Un grand commis de la monarchie

René Hérault
Wikimedia Commons – Liotard, Jean-Etienne (Genève, 22–12–1702 – Genève, 12–06–1789), graveur – CC0

Hérault fait une carrière classique de magistrat au service du roi. Issu d’une famille normande, fils d’un receveur des domaines, il est avocat du roi au Châtelet en 1712, puis procureur général au Grand Conseil et maître des requêtes. Intendant de la généralité de Tours à partir de 1722, il s’y fait remarquer par sa gestion d’une disette. En 1725, il est nommé lieutenant général de police de Paris, fonction qu’il exerce près de quinze ans avant de devenir conseiller d’État et intendant de Paris, peu avant sa mort.

Son administration modernise la capitale : éloignement des décharges, arrosage des rues pendant les chaleurs, premières plaques de noms de rues à partir de 1728. Elle repose aussi sur un vaste réseau d’informateurs, qui le rend impopulaire. Sa seconde épouse, Hélène Moreau de Séchelles, le rattache à une famille influente ; le conventionnel Hérault de Séchelles passe officiellement pour son petit-fils.

L’homme de la répression religieuse

Avant les francs-maçons, Hérault a combattu les jansénistes. Il fait pourchasser les auteurs et imprimeurs des Nouvelles ecclésiastiques, journal clandestin janséniste qu’il ne parvient jamais à faire taire, et met fin en 1732 aux scènes des convulsionnaires du cimetière Saint-Médard. Cette expérience de la surveillance des groupes jugés dissidents explique sa manière d’aborder les loges : comme des assemblées privées échappant au contrôle de l’autorité.

Dans la France de Louis XV, toute association non autorisée est suspecte par principe. Le pouvoir redoute les réunions où se mêlent des personnes de conditions, de religions et de nationalités différentes, d’autant que les premières loges parisiennes sont liées à des milieux britanniques et jacobites, au moment où le cardinal Fleury recherche un rapprochement avec Londres.

La surveillance des premières loges (1737-1738)

En 1737, sur instruction du cardinal Fleury, Hérault entreprend de mettre fin aux réunions maçonniques. La police interdit aux cabaretiers, traiteurs et aubergistes d’accueillir les assemblées de francs-maçons, sous peine, selon les sources, de fermeture de leur établissement pendant six mois et de lourdes amendes. Des loges sont surveillées et visitées ; celle dite de Coustos-Villeroy cesse ses travaux après une intervention policière en 1737, et son registre saisi est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France.

L’arme la plus redoutable de Hérault fut pourtant le ridicule. Ayant obtenu le texte d’une cérémonie de réception, selon la tradition grâce aux confidences recueillies par une danseuse de l’Opéra, Mlle Carton, il le fait publier fin 1737 sous le titre de Réception d’un frey-maçon, texte repris ensuite dans la presse, notamment hollandaise, en 1738. La divulgation vise à démystifier : montrer que le secret recouvre des rites jugés puérils.

Des effets limités

La répression ralentit l’essor des loges sans l’arrêter. Les arrestations débouchent sur des peines légères, et les réunions se poursuivent sous la protection de grands seigneurs, au premier rang desquels le duc d’Antin, élu grand maître en 1738. La bulle In eminenti de Clément XII, publiée le 28 avril 1738, n’est pas enregistrée par le Parlement de Paris et reste sans effet civil dans le royaume. Les enquêtes policières reprennent au début des années 1740, sous le successeur et gendre de Hérault, Feydeau de Marville.

La divulgation de 1737 a d’ailleurs un effet paradoxal : elle fait connaître la maçonnerie à un public plus large et ouvre la voie à une abondante littérature de « secrets révélés », qui circulera parmi les curieux autant que parmi les adversaires des loges.

Une place à part dans l’histoire de l’antimaçonnisme

Hérault inaugure une forme d’hostilité d’État, distincte du complotisme ultérieur. Il ne prête pas aux francs-maçons de dessein révolutionnaire ou satanique ; il les traite comme une société non autorisée, potentiellement liée à une puissance étrangère et à la cause jacobite. Ses archives, conservées dans les fonds de police, constituent aujourd’hui l’une des sources les plus précieuses sur les débuts de la maçonnerie française.

Les auteurs antimaçonniques ultérieurs ont parfois invoqué ces mesures comme la preuve d’une dangerosité reconnue dès l’origine. C’est un anachronisme : en 1737, la monarchie surveille des assemblées, elle ne combat pas un complot.

René Hérault a voulu tuer la franc-maçonnerie naissante par l’interdiction et le rire. Il n’a fait que la rendre plus visible. Paradoxalement, ses policiers furent parmi ses premiers historiens.

Voir aussi : Bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII, 28 avril 1738 (date historique), Discours du chevalier Ramsay à la loge Saint-Thomas de Paris, 26 décembre 1736 (date historique), Secret maçonnique, Censure, Âge des Lumières, Pape et franc-maçonnerie, Fichage antimaçonnique, Dénonciation.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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