Prache, Laurent (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Laurent Prache, né en 1856 à Combles (Somme) et mort en 1919 à Paris, est un homme politique français de la droite libérale catholique, conseiller municipal de Paris puis député de la Seine de 1906 à 1910. Il s’est fait connaître par ses interventions répétées contre le Grand Orient de France, à la tribune de la Chambre comme par voie de pétition, au moment où la loi sur les associations, l’affaire des fiches et la séparation des Églises et de l’État cristallisaient les tensions entre catholiques et républicains laïques.

Un notable parisien de la droite libérale

Laurent Prache
Wikimedia Commons – Eugène Pirou – Public domain

Laurent Prache appartient à la droite modérée plutôt qu’aux ligues de rue. Membre de l’Union libérale du VIe arrondissement, il est élu en 1890 conseiller municipal du quartier de Saint-Germain-des-Prés. Il entre à la Chambre des députés comme élu de la Seine pour la IXe législature, de 1906 à 1910. Son profil est celui d’un notable catholique, attaché à la défense des congrégations et de l’enseignement libre.

Les sources accessibles renseignent peu sur sa formation et sa vie privée. Il faut s’en tenir à ce que documentent les répertoires parlementaires et ses propres publications, qui suffisent cependant à situer son action.

Le Parlement comme tribune antimaçonnique

Sa singularité est de porter la critique de la franc-maçonnerie dans l’enceinte parlementaire. En 1901, lors de la discussion de la loi sur les associations, il prononce un discours consacré à la franc-maçonnerie : il y conteste qu’une société qui pèse sur la vie politique puisse échapper aux contraintes imposées aux congrégations religieuses. En 1905, il publie un autre discours sous un titre explicite, Le Grand-Orient au-dessus des lois.

L’argument est d’abord juridique : si l’État exige des congrégations autorisation et transparence, pourquoi les obédiences en seraient-elles dispensées ? Ce terrain légaliste distingue Prache des pamphlétaires du complot. Mais il glisse aisément vers l’idée d’un « État dans l’État », thème qui, chez d’autres, alimentera le fantasme d’une puissance occulte gouvernant la République.

La pétition de 1905

En 1905, Prache présente à la 11e commission des pétitions de la Chambre un exposé publié sous le titre La Pétition contre la franc-maçonnerie. Il y soutient que le Grand Orient est devenu exclusif et intolérant. Il s’appuie sur des faits réels : la suppression en 1877 de l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme au Grand Orient, puis l’abandon de la référence au Grand Architecte de l’Univers par la Grande Loge symbolique écossaise en 1879, et une révision statutaire de 1885 qu’il interprète comme la fin du respect des opinions religieuses et politiques des membres.

C’est l’interprétation qui pose problème. Pour les obédiences concernées, ces réformes visaient à garantir une liberté de conscience absolue, y compris pour les non-croyants. Prache y lit au contraire une conversion à l’antispiritualisme et une hostilité organisée à la religion. Le débat oppose ainsi deux conceptions de la tolérance plus qu’il ne dévoile une conspiration.

Dans le sillage de l’affaire des fiches

Son action s’inscrit dans le moment de plus forte suspicion envers le Grand Orient. L’affaire des fiches, révélée en 1904, avait montré que le cabinet du ministre de la Guerre s’était appuyé sur des renseignements fournis par des membres du Grand Orient pour noter les opinions religieuses des officiers. Ce scandale, réel et documenté, donna un poids considérable aux critiques de l’influence maçonnique, et le mouvement antimaçonnique organisé connut alors une forte croissance.

Prache en tire argument, comme beaucoup de parlementaires catholiques. Les sources consultées ne permettent pas, en revanche, de préciser son rôle exact dans les ligues antimaçonniques de l’époque ; il convient donc de le présenter avant tout comme un relais parlementaire, sans lui prêter de responsabilités organisationnelles non attestées.

Une trace inattendue dans Paris

Le nom de Laurent Prache survit surtout dans la toponymie parisienne. Le square Laurent-Prache, aménagé au début du XXe siècle près de l’église Saint-Germain-des-Prés, porte son nom. Ironie de l’histoire, il abrite depuis 1959 un bronze offert par Picasso à la Ville de Paris en hommage à Guillaume Apollinaire, de sorte que la plupart des passants y associent l’avant-garde artistique plutôt que la polémique antimaçonnique.

Cette postérité discrète reflète son importance réelle : Prache n’est ni un théoricien du complot ni un propagandiste de masse, mais un témoin représentatif d’un antimaçonnisme parlementaire, catholique et légaliste, qui a pesé dans les débats de la Belle Époque avant d’être supplanté par des formes beaucoup plus radicales.

Laurent Prache illustre la face institutionnelle de l’antimaçonnisme français : celle qui plaide à la tribune et dépose des pétitions plutôt qu’elle ne fabrique des faux. Ses arguments reposaient sur des faits exacts, mais leur lecture transformait une réforme de liberté de conscience en déclaration de guerre religieuse. La frontière entre critique légitime et soupçon systématique passe souvent par l’interprétation plus que par les faits.

Voir aussi : Laïcité, Haine de la laïcité, Liberté de conscience, Éducation laïque, Fichage antimaçonnique, Associations antimaçonniques françaises (1895-1939), Catholicisme et franc-maçonnerie, République, Ennemi intérieur.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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