Brenier, Flavien (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Flavien Brenier, parfois dit Brenier de Saint-Christo, né à Constantine et mort à Châtenay-Malabry, vraisemblablement en 1933, est un journaliste et agitateur d’extrême droite qui traverse quarante ans de ligues nationalistes, antisémites et antimaçonniques. Secrétaire général de la Ligue française antimaçonnique à partir de 1907, polémiste au service de François Coty au début des années 1930, il incarne le militant professionnel du soupçon, aussi habile à dénoncer les « complots » qu’à diviser son propre camp, lequel le soupçonna longtemps d’être un indicateur de police.

De la Normandie royaliste aux ligues de l’affaire Dreyfus

Flavien Brenier
Wikimedia Commons – Public domain

Brenier entre en politique par la presse et l’agitation locale. Fils de colon né en Algérie, il fait ses débuts au Havre, au Courrier du Havre, journal royaliste dirigé par son oncle, puis à la tête du Tocsin normand. Adolescent, il milite à la Jeunesse royaliste de Seine-Inférieure, qu’il quitte bientôt pour fonder la Fédération nationaliste normande, organisation à la fois antidreyfusarde, antisémite et antimaçonnique, proche de la Jeunesse antisémitique d’Édouard Dubuc.

En 1899, au cœur de la crise dreyfusienne, son entourage est mêlé à l’affaire des « Frères de la Mort », groupuscule dont l’existence réelle demeure incertaine. Un de ses camarades est arrêté lors du coup de filet ordonné par le gouvernement Waldeck-Rousseau ; Brenier, lui, ne comparaît que comme témoin devant la Haute Cour. De ce traitement de faveur naît une rumeur tenace : il aurait renseigné la Sûreté. Il participe la même année au congrès antijuif de Paris et se rapproche d’Édouard Drumont et de La Libre Parole.

La Ligue française antimaçonnique

C’est dans la lutte contre les loges que Brenier trouve son principal terrain. Au lendemain de l’affaire des fiches, l’antimaçonnisme français se dote de structures militantes. La Ligue française antimaçonnique, issue vers 1906 du regroupement d’initiatives de Paul Copin-Albancelli et du commandant Émile Driant, et soutenue par le commandant Louis Cuignet, le célèbre découvreur du « faux Henry », s’exprime dans l’hebdomadaire La Bastille. Brenier en devient le secrétaire général en 1907.

Son action y est autant interne qu’offensive. Vers 1910, il attise la concurrence avec l’Association antimaçonnique de France de l’abbé Tourmentin et contribue à écarter Copin-Albancelli, provoquant une scission. En 1913, ses attaques contre Charles Nicoullaud et Jean Bidegain font échouer le projet de fédération des groupements antimaçonniques porté par Mgr Ernest Jouin. L’historien Michel Jarrige, dans son étude de l’antimaçonnerie de la Belle Époque, a montré combien ces querelles de personnes minaient un mouvement qui se voulait uni contre un ennemi unique.

Une production éditoriale au service du complot

Les livres de Brenier déclinent les grandes figures du soupçon de son temps. Après des écrits littéraires (Billets d’un inconnu, 1906 ; Don Sanche, 1907 ; L’Écolier d’Alcala, 1908), il publie Les Juifs et la Réforme (1910), puis La Franc-maçonnerie et la révolution de Portugal (1911), qui fait de la chute de la monarchie portugaise, en octobre 1910, l’œuvre des loges. Suivent Les Juifs et le Talmud (1913) et, en pleine guerre, L’Allemagne occulte (1915), préfacé par Maurice Barrès.

En 1930, sous le pseudonyme de Salluste, il donne chez Tallandier Les Origines secrètes du bolchévisme, qui relie Henri Heine et Karl Marx à une prétendue conspiration juive. Ce glissement de la « judéo-maçonnerie » vers le « judéo-bolchevisme » est caractéristique de l’entre-deux-guerres : l’ennemi change de costume, la structure du récit demeure.

Agent double, polémiste et franc-tireur

Brenier mêle l’activisme idéologique à des initiatives plus troubles. En 1911-1912, il met la Ligue en contact avec des monarchistes portugais préparant une restauration, projet que Cuignet interrompt. En 1916, il transmet aux autorités espagnoles des renseignements qui conduisent à des arrestations. À la fin de la guerre, il propose une « Garde blanche » anticommuniste, sans lendemain, avant de diriger en Belgique une affaire de négoce de vin qui échoue.

À la fin des années 1920, il administre l’Institut antimarxiste de Paris, présidé par le duc Joseph Pozzo di Borgo, et y donne des conférences sur le « complot judéo-bolchévique ». Embauché par le parfumeur François Coty, il écrit dans Le Figaro sous le pseudonyme d’Eugène Gâtebois. En 1932, après la mort de Mgr Jouin, il s’en prend à l’Action française : Léon Daudet et Maurice Pujo l’accusent publiquement d’être un policier depuis 1899, et il réplique en attaquant Maurras. Il quitte Le Figaro en octobre 1932.

Ce que révèle son parcours

Le cas Brenier montre que l’antimaçonnisme militant fonctionnait aussi comme un marché. Ligues, journaux, instituts et bailleurs de fonds formaient un petit monde où l’on se disputait adhérents, subsides et légitimité. Le soupçon de manipulation policière qui pesait sur lui n’a jamais été prouvé de manière définitive, mais il dit beaucoup d’un milieu qui voyait des agents infiltrés partout, y compris dans ses propres rangs.

Sa postérité est mince : ses ouvrages sont restés confinés aux bibliothèques militantes. Mais son itinéraire, de l’affaire Dreyfus à l’anticommunisme des années 1930, résume la continuité d’un imaginaire qui recycle sans cesse la même figure de l’ennemi caché.

Flavien Brenier n’a pas inventé le complot judéo-maçonnique : il l’a administré, diffusé, monnayé. Son existence de militant, ponctuée de scissions et d’accusations de trahison, montre un monde conspirationniste rongé par la méfiance qu’il prêchait. À force de chercher l’ennemi intérieur, ce camp finissait par le trouver chez lui.

Voir aussi : Associations antimaçonniques françaises (1895-1939), Ligues antisémites et antimaçonniques, Dreyfus, Alfred, Guérin, Jules, Fort Chabrol (1899), Action française, Maurras, Charles, Judéo-bolchevisme, Presse antimaçonnique.

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